Les musulmans doivent se réveiller du sommeil profond dans lequel ils sont plongés

Face aux tragédies qui secouent et qui frappent les populations musulmanes, ainsi que les populations non-musulmanes, il est un devoir pour les musulmans d’y faire face, et d’agir pour le mieux pour surmonter les tragédies.

Allâh dit : « Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les gens, vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez en Allâh » (Qur’ân 3, 111). Ici, Allâh lit l’excellence et la bénédiction de la Communauté musulmane, uniquement si celle-ci demeure consciente de ses principes et de ses finalités, où elle doit incarner l’excellence morale et spirituelle, en ordonnant les choses convenables et louables, et en dénonçant le blâmable, tout en s’en abstenant de commettre des injustices et des nuisances.

Allâh a dit : « Nous avons, certes, créé l’humain pour une vie de lutte » (Qur’ân 90, 4), c’est-à-dire que ce bas-monde est la demeure des épreuves, et que l’humain est confronté à des questionnements, des problèmes et des épreuves qu’il se doit de surmonter et qui doivent le pousser à méditer tout en luttant contre ses mauvais penchants.

La communauté musulmane, malgré son grand nombre numérique à notre époque, ne semble jamais avoir été aussi divisée et faible qu’aujourd’hui. Si la communauté regorge d’ingénieurs, d’historiens, de physiciens, de médecins, de sociologues, de penseurs, de linguistes, de théologiens, de juristes, de commerçants, de biologistes ou d’informaticiens, chacun évolue dans son coin, travaille pour des entreprises non-musulmanes et souvent peu soucieuses de l’éthique et de l’environnement, et n’ayant nullement le projet de soutenir le monde musulman.

Si beaucoup de musulmans se plaignent à juste titre des tragédies qui nous accablent, peu prennent conscience que nous en sommes en grande partie responsable, – et les injustes et islamophobes en profitent pour accroitre leur domination et massacrer les populations musulmanes sous nos yeux, impuissants face à leur barbarie -. Allâh dit : « Tout malheur qui vous atteint est dû à ce que vos mains ont acquis. Et Il pardonne beaucoup » (Qur’ân 42, 30).

Sans cette revivification intérieure de l’Islam, et sans cette volonté d’introspection, les choses ne feront qu’empirer, – conformément aux ahadiths fiables sur les signes eschatologiques qui se réalisent sous nos yeux ! -. Allâh a dit : « En vérité, Allâh ne modifie point l’état d’un peuple, tant qu’ils ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes » (Qur’ân 13, 11).

Une fois que la prise de conscience a été réalisée, que faire ?

Alors que les ennemis de l’Islam continuent de massacrer les musulmans en toute impunité et de travailler pour mener à bien leur agenda à tous les niveaux (économique, politique, idéologique, énergétique, médiatique, militaire, etc.), trop nombreux sont encore les musulmans qui « dorment » et qui « vivent » sans se soucier de faire le Bien ou de s’intéresser à contribuer positivement au monde.

Nous ne disons pas aux musulmans de renoncer à tout plaisir mondain qui soit licite, ou à tout type de divertissement, car des Compagnons s’y adonnaient aussi, mais il y a un temps propice pour chaque chose, et il faut trouver un juste équilibre, dans une perspective du juste milieu, comme le dit Allâh : « C’est ainsi que nous fîmes de vous une communauté du juste milieu afin que vous soyez modèles/témoins aux gens, tout comme le Prophète est un modèle/témoin pour vous » (Qur’ân 2, 143).  

Le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) a dit à ce sujet : « La belle apparence, la pondération et la modération représentent l’une 24 parties de la prophétie » (Rapporté par At-Tirmidhî dans ses Sunân selon ‘Abdallâh ibn Serjes al-Muzanî).

Le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) a dit : « Méfiez-vous de l’exagération (extrémisme) en matière de religion » (Rapporté par Ibn Mâjah dans ses Sunân).

Et dans d’autres ahadiths il a été dit : « Cette religion est robuste, alors pénétrez-y avec douceur. Ne faites pas de surenchère en matière de religion » (Rapporté par al-Bayhaqî).
« Ceux qui exagèrent (en matière de religion) ont péri (le répétant 3 fois) ».
« Cette religion est de pratique facile. Que personne ne cherche à être trop rigoureux dans l’observance de la religion, sinon il succombera à la tâche. En conséquence, choisissez le juste milieu en cherchant à vous rapprocher de l’excellence, réjouissez-vous (de la récompense qui vous attend), et restez persévérants dans l’accomplissement des actes d’adoration le matin, le soir et une partie de la nuit » (Rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh).
« Rendez les choses faciles aux gens, ne les rendez pas difficiles, rassurez-les par de bonnes nouvelles et ne les repoussez pas » (Rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh). Le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm), vers la fin de la période médinoise, envoya les Compagnons Mû’adh Ibn Jabal et Abû Mûsa Al-Ash’arî avec cette injonction au Yémen après l’expédition de Tabûk et peu de temps avant son dernier sermon public (le sermon d’Adieu lors du Hajj) pour prêcher l’Islam aux non-musulmans, que dire alors de l’attitude qu’il faut observer entre musulmans.

Dans un hadîth rapporté par Muslim dans son Sahîh, le Prophète enseignait l’importance d’une vie équilibrée, où il y avait un temps pour chaque chose (les actes cultuels pour Allâh, la vie familiale, la détente, etc.). Dans un autre hadîth nous apprenons qu’un jour, questionnée par des épouses du Prophète quant à la raison de son laisser-aller au niveau de son apparence, Khuwayla bint Hakîm leur répondit que son mari, ‘Uthmân ibn Maz’ûn, la délaissait totalement, passant ses journées à jeûner et ses nuits à prier ; ne se sentant plus désirée, elle se négligeait. Quand le Prophète l’apprit, il dit à ‘Uthmân ibn Maz’ûn : « ‘Uthmân, n’as-tu pas en moi un modèle ? – Qu’est-ce donc, ô Messager d’Allâh – mon père et ma mère pour toi – ? ». Le Prophète lui dit : « Toi tu pries (toute) la nuit et tu jeûnes (chaque) jour. (Or) ta famille a des droits sur toi, et ton corps a des droits sur toi. Prie donc (une partie de la nuit) et dors (une autre partie). Jeûne (certains jours) et ne jeûne pas (d’autres jours) ». Plus tard Khuwayla se rendit auprès des épouses du Prophète : elle était alors comme une nouvelle mariée » (Rapporté par at-Tabarânî et cité dans Tahrîr ul-mar’a 5/183).

Dans une version voisine, on lit que le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) dit à ‘Uthmân ibn Maz’ûn : « ‘Uthmân, (y aurait-il en toi) quelque dédain pour (raghba ‘an) ma voie (« sunna ») ? – Non, par Allâh, ô Messager d’Allâh ! C’est au contraire ta voie (« sunna ») que je recherche ! – Eh bien moi je dors (une partie de la nuit) et je prie (une autre partie). Je jeûne (certains jours) et je ne jeûne pas (d’autres jours). Et j’ai affaire (relations conjugales) avec les femmes. Crains donc Allâh, ô ‘Uthmân, car ta famille a des droits sur toi, ton hôte a des droits sur toi, et ta personne a des droits sur toi. Aussi, jeûne (certains jours) et ne jeûne pas (d’autres jours) ; et prie (une partie de la nuit) et dors (une autre partie) » (Rapporté par Ahmad dans son Musnad n°25104).

De la même manière, il ne faut pas imposer aux gens de suivre à contre-cœur trop de cours ou de rappels sur la Religion, sauf si eux-mêmes le demandent : « le Prophète choisissait des jours pour nous faire le rappel (al-maw’iza), de crainte que nous éprouvions ensuite de la lassitude » (rapporté par al-Bukhârî n°70 et Muslim n°2821 dans leur Sahîh). Le Compagnon Abdullâh ibn ‘Abbâs avait fait quant à lui cette sage recommandation à son élève ‘Ikrima : « Fais aux gens le rappel chaque vendredi, ou 2 fois par semaine, ou 3 fois par semaine, et ne les amène pas à être lassés de ce Qur’ân. Et que je ne te voie jamais te rendre auprès de gens occupés à parler, te mettre alors à leur faire le rappel après avoir interrompu leur conversation et les amener ainsi à être lassés [de l’islâm et de ses enseignements]. Dans pareil cas, reste silencieux. S’ils te le demandent, fais-leur le rappel, qu’ils auront alors l’envie d’écouter… » (rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh n°5978). C’est pourquoi il faut se ménager de temps en temps des petits moments pour se détendre, se divertir, etc., que l’on prenne cette détente seul(e) ou en famille, etc.

Dans son Sahîh, au Kitâb ul-isti’dhân (bâb 52), al-Bukharî écrit : « Tout divertissement qui détourne de l’obéissance à Allâh est mauvais » et dans au Kitâb ul-adâb (bâb 92) il écrit : « Du fait qu’il est mauvais que la poésie domine [occupe excessivement] l’homme au point de l’empêcher de penser à Allâh, d’acquérir la connaissance et de lire le Qur’ân ». Cela signifie que tout divertissement reposant sur une nuisance prédominante ou une activité qui nous coupe de façon potentielle ou « permanente » du Divin, du licite ou du louable, est proscrit. A contrario, le divertissement qui ne repose pas sur une chose illicite est permis tant que cela est fait avec modération et sans nous empêcher d’accomplir nos obligations religieuses, familiales, fraternelles, professionnelles, etc.

Le célèbre Compagnon Abû ad-Dardâ’ disait : « Je me détends en faisant quelque chose qui relève du futile (bâtil ; mais qui est en soi licite) afin d’avoir ensuite la force de faire ce qu’il faut (dans le convenable et l’utile) » (Rapporté par Ibn Taymiyya dans son Majmû’ al-Fatawâ 28/368). Le Compagnon Mu’adh avait dit pour sa part au Compagnon Abû Mûsâ : « Je dors la première partie de la nuit. Puis, ayant ainsi rempli ma part de sommeil, je me lève, et je récite ce qu’Allâh a écrit pour moi. J’espère ainsi la récompense divine pour mon sommeil comme j’espère la récompense divine pour ma récitation » (rapporté par al-Bukharî n°4086 et Muslim n°1824 dans leur Sahîh).

Si certains Compagnons (comme Abû ad-Dardâ’ et les Compagnons parmi les ahl ul suffâ’), et ascètes des générations ultérieures, se sont coupés de la société et des activités sociales, ou ont pu se priver de confort matériel (à l’instar du Prophète Muhammad et des Compagnons comme Salmân al-Farisî, Abû Bakr, ‘Umar, ‘Alî et d’autres), cela n’est pas adapté à tous et il n’est donc pas obligatoire de les suivre en cela.

Un récit expose que quelques Compagnons se rendirent aux appartements d’épouses du Prophète, questionner (celles-ci) au sujet de la ‘ibâda que le Prophète faisait [il s’agissait de la ‘ibâdatullâh surérogatoire – nâfila – que le Prophète faisait chez lui]. Lorsqu’ils en furent informés, ils ont alors dit : « Quel est notre statut par rapport à celui du Prophète, lui dont Allâh a pardonné les fautes antérieures et futures ! ». L’un d’eux dit alors : « Moi je prierai toujours toute la nuit ». Un autre dit : « Je jeûnerai tout le temps, ne passant aucune journée sans jeûne ». L’autre dit : « Je resterai à l’écart des femmes et ne me marierai jamais ». (Ayant été informé de ce que ces 3 Compagnons avaient projeté de faire), le Messager d’Allâh se rendit auprès d’eux et leur dit : « Etes-vous ceux qui ont dit ainsi et ainsi ? Par Allâh je suis celui qui a le plus de crainte pour Allâh et le plus de piété envers Lui. Mais (certains jours) je jeûne et (d’autres jours), je ne jeûne pas ; (la nuit) je prie et je dors ; et je me marie avec les femmes. Celui qui dédaigne (raghiba ‘an) ma voie (sunnah) ne fait pas partie (réellement) de moi » (Rapporté par al-Bukharî n°4776 et Muslim n°1401 dans leur Sahîh, An-Nasâ’ï dans ses Sunân n°3217). Cette version est celle de al-Bukhârî. Dans une autre version, le propos suivant est relaté de l’un d’eux : « Je prierai et ne dormirai pas » (Rapporté par par Ahmad dans son Musnad n°13045).

On rapporte que le Compagnon ‘Umar ibn al-Khattâb, voyant l’extrême sobriété régnant dans la pièce où le Prophète s’était retiré, il fondit en larmes, et lui dit : « Chosroes (empereur de la Perse) et César (empereur de Byzance) sont dans ce en quoi ils sont (le luxe et le confort matériel). Et tu es le Messager d’Allâh, et voilà ce que tu possèdes (pratiquement aucune richesse matérielle) ! », et dans une autre version : « Invoque Allâh, ô Messager d’Allâh, qu’Il accorde largesse (matérielle) à ta Ummah. Car Il l’a accordée aux Perses et aux Romains, alors que ceux-ci ne font pas Sa ‘ibâda ». Entendant cela, – et sachant que ‘Umar ne lui voulait que du bien, le Prophète se redressa et lui dit : « Dans cette [façon de voir], es-tu, ô fils de al-Khattâb ? N’es-tu pas satisfait que nous ayons l’au-delà et eux ce monde ? » ; dans l’autre version : « Ce sont là des gens dont leurs bonnes choses (tayyibât) leur ont été données immédiatement (par Allâh), dans cette vie terrestre » (Rapporté par Muslim dans son Sahîh n°1479, etc.). Cette réponse du Prophète apaisa ‘Umar, et lui enseigna que le bonheur et la dignité ne se trouvaient pas dans l’abondance de la richesse matérielle, et que si le Prophète l’aurait voulu, il l’aurait obtenu puisqu’il en avait les moyens et l’opportunité.

Le confort matériel, dans la limite du raisonnable, n’est certes pas illicite, mais à force de s’y habituer, le corps et l’esprit s’engourdissent, s’enlaidissent et s’alourdissent, se complaisant dans l’orgueil, l’ostentation et la superficialité, ainsi que dans le gaspillage, l’avidité et l’avarice, qui sont des maux de l’âme, et qui conduisent l’âme à être esclave de ce bas-monde et de ceux qui les maintiennent dans leur condition d’esclave. Or, il y a dans la simplicité, la modestie et le contentement de ce qui nous suffit pour vivre, les méthodes pour nous libérer des malheurs, des vices et des chaines de l’esclavage mental et social. Le Prophète avait dit à Mu’âdh en l’envoyant au Yémen : « Préserve-toi du luxe ; car les (véritables et meilleurs) serviteurs d’Allâh ne sont pas ceux qui sont dans le luxe » (Rapporté par Ahmad dans son Musnad n°21089 et 21102) ; il a également dit : « N’entendez-vous pas ? N’entendez-vous pas ? La simplicité (al-badhâdha) fait partie de la foi ! La simplicité fait partie de la foi ! » (Rapporté par Abû Dawûd dans ses Sunân n°4161). Alors qu’il était calife, ‘Umar ibn ul-Khattâb écrivit à d’autres Compagnons se trouvant en Azerbaïdjan (actuel) pour leur dire entre autres de ne pas se laisser ramollir : « Portez le pagne, la houppelande et les sandales ; délaissez les chaussettes en cuir et les pantalons : choisissez les vêtements de votre ancêtre Ismaël. Préservez-vous du luxe et de la tenue vestimentaire des non-arabes. Restez au soleil, c’est le hammam des Arabes. Gardez la culture de Ma’add [ancêtre des Quraysh]. Endurcissez-vous (dans votre détermination et vos œuvres de piété). Soyez prêts. Coupez les étriers [= montez à cheval sans étriers] et sautez à cheval. Entraînez-vous au tir à l’arc en visant des cibles (licites) » (Rapporté dans le Musnadu Abî ‘Awâna, et par Ibn al-Qayyîm dans Al-Furûssiya, p. 120).

Cette parole prophétique est des plus éloquentes à ce sujet : « Ce qui est peu et suffit (kafâ) est mieux que ce qui est abondant et occupe (al’hâ) » (Rapporté par Muḥammad ibn ʻAbd Allāh Khatib Al-Tabrizi dans son Mishkât al-Masabih n°5218).

Et cette autre parole prophétique célèbre : « Sois dans cette vie comme un étranger ou un voyageur qui fait une halte et compte ta propre personne parmi les gens des tombes ». Et il m’a dit : « Ô Ibn ‘Umar ! Le matin ne réfléchis pas au soir et le soir ne réfléchis pas au matin. Et profite de ta santé avant ta maladie et de ta vie avant ta mort car certes tu ne sais pas ô ‘Abdallâh où tu seras demain » (Rapporté par Al Bayhaqî).

Le musulman doit agir en intériorisant la réalité de l’Islam, telle qu’énoncée dans le Qur’ân : « Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver (et de savoir) qui de vous est le meilleur en œuvre, et c’est Lui le Puissant, le Pardonneur » (Qur’ân 67, 2). Nous existons ici-bas, avec l’objectif d’atteindre l’excellence dans toutes les choses utiles et bénéfiques de l’existence.

Nous devons aussi garder à l’esprit ceci : « Qu’attendent-ils ? Que les Anges leur viennent ? Que vienne ton Seigneur ? Ou que viennent certains signes de ton Seigneur ? Le jour où certains signes de ton Seigneur viendront, la foi en Lui ne profitera à aucune âme qui n’avait pas cru auparavant ou qui n’avait acquis aucun mérite de sa doctrine. Dis : « Attendez ! ». Nous attendons, Nous aussi.
Ceux qui émiettent leur religion et se divisent en sectes, de ceux-là tu n’es responsable en rien : leur sort ne dépend que d’Allâh. Puis Il les informera de ce qu’ils faisaient.
Quiconque viendra avec le bien aura 10 fois autant ; et quiconque viendra avec le mal ne sera rétribué que par son équivalent. Et on ne leur fera aucune injustice.

Dis [ô Muhammad] : « Moi, mon Seigneur m’a guidé vers un chemin droit, une religion droite, la religion d’Ibrâhîm (Abraham), le soumis exclusivement à Allâh et qui n’était point parmi les associateurs.
Dis [ô Muhammad] : « Ma prière et mes actes de dévotion, ma vie et ma mort sont pour Allâh le Seigneur de l’univers, qui n’a pas d’associé. C’est ce qui m’a été ordonné et je suis le premier de ceux qui se soumettent (à Lui seul) ».
Dis [ô Muhammad] : « Chercherais-je un autre Seigneur qu’Allâh, alors qu’Il est le Seigneur de toute chose ? Chacun n’acquiert [le mal] qu’à son détriment : personne ne portera le fardeau (responsabilité) d’autrui. Puis vers votre Seigneur sera votre retour et Il vous informera de ce en quoi vous divergez » »
(Qur’ân 6, 158-164).

Ainsi, toute la vie du croyant doit être ponctuée et rythmée par des activités saines et bénéfiques, en « baignant » de façon permanente dans le Souvenir du Divin et du Sacré, pour ne pas y laisser pénétrer les ruses sataniques, les influences néfastes et les vices de l’ego. Cependant, notre époque connaissant une véritable inversion des valeurs et des principes, est coupée du Sacré à différents niveaux de conscience, et s’y agripper n’est pas chose facile. Il convient donc de maintenir une pratique religieuse au moins « minimale », par l’accomplissement de la prière, de la zakâh (pour ceux qui le peuvent), du jeûne obligatoire (pour ceux qui le peuvent) durant le mois de Ramadan et du jeûne surérogatoire à certaines occasions durant l’année, en écoutant ou récitant le Qur’ân à certains moments de la journée ou de la semaine, à lire quelques livres sur la spiritualité ou la religion, – ou scientifique, littéraire, poétique ou historique qui permettent de mieux comprendre la Création d’Allâh -, ou à suivre quelques cours ou conférences utiles et profitables dans la vie du croyant (professionnelle, conjugales, spirituelles, juridiques, scientifiques, etc.).

Tout musulman, tout occupé qu’il soit dans ses activités professionnelles, familiales ou universitaires, doit se fixer au moins une activité journalière, ou à défaut, hebdomadaire ou mensuelle, dans laquelle il apporta son aide à la communauté et à l’Humanité (sans que cela ne constitue une nuisance à l’égard de la Communauté musulmane et de la nature). Cette aide active peut consister en la rédaction d’articles ou de livres intéressants et profitables, en la réalisation de productions artistiques et audiovisuelles dans l’événementiel licite, l’information (actualité, reportages et documentaires, sensibilisation sur des sujets importants), soutenir de bonnes maisons d’édition musulmanes ou tout autre projet louable lancé par des membres de la Communauté, l’aide aux nécessiteux, l’allègement d’une dette, la recherche scientifique avec des buts louables, l’aide aux commerces musulmans qui suivent une éthique noble, le soutien actif aux opprimés, l’éducation des enfants, le soutien scolaire aux élèves, le nettoyage et la propreté dans les quartiers ou les mosquées, etc.

Et si cela serait hors d’atteinte, alors, apporter une « aide passive », c’est-à-dire ne pas rendre difficile la vie des gens, de ne pas leur mettre des bâtons dans les roues dans leurs nobles projets, préserver sa langue pour éviter la calomnie ou la médisance, retenir sa main d’accomplir de mauvaises actions, ne pas dépenser (tant que cela est possible) son argent auprès de firmes et entreprises impliquées dans l’esclavagisme moderne, l’oppression, la maltraitance animale, la corruption sur terre ou la destruction environnementale. Privilégier les achats auprès des personnes honnêtes qui vendent des produits licites.

En agissant de la sorte, tout en purifiant notre intention, en pratiquant la miséricorde et en recherchant la Satisfaction Divine, nous pourrons espérer alors les Bénédictions Divines, à l’instar des Bénédictions et du Soutien qu’Allâh octroya au noble Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) : « Certes, un Messager pris parmi vous, est venu à vous, auquel pèsent lourd les difficultés que vous subissez, qui est plein de sollicitude pour vous, qui est compatissant et miséricordieux envers les croyants » (Qur’ân 9, 128).

Le cœur du croyant ne peut pas abriter la tyrannie et la cruauté, car ils sont sources de maux terribles. L’érudit et poète Ibn Hazm disait à juste titre dans son Mudâwât an Nufûs : « Sache aussi que la tyrannie et la cruauté envers ceux dont Allâh – exalté soit-Il – t’as confié la charge, tels que les serviteurs ou les sujets sont preuve de vilenie, de bassesse et de faiblesse d’esprit, car le sage qui a de la grandeur d’âme ne vainc ses adversaires et ses égaux que par sa force et puissance. Quant à l’hostilité envers les faibles impuissants, elle relève de la bassesse, de la déchéance des mœurs, de la faiblesse et de la vileté. Celui qui en use ressemble à celui qui se vante d’avoir tué un rat, une puce ou une punaise. Et il n’y a rien d’aussi vil ».

Allâh dit en effet : « Allâh ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Allâh vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes » (Qur’ân 60, 8-9).

« Certes, Allâh enjoint la justice, la bienfaisance et l’assistance aux proches. Et Il interdit l’indécence, l’injustice et la rébellion » (Qur’ân 16, 90).

« Adorez Allâh et ne Lui donnez aucun associé. Agissez avec bonté envers (vos) père et mère, les proches, les orphelins, les pauvres, le proche voisin, le voisin lointain, le collègue et le voyageur, et les domestiques sous votre responsabilité, car Allâh n’aime pas, en vérité, le présomptueux, l’arrogant » (Qur’ân 4, 36).

« La bonté pieuse ne consiste pas à tourner vos visages vers le Levant ou le Couchant. Mais la bonté pieuse est de croire en Allâh, au Jour dernier, aux Anges, au Livre et aux prophètes, de donner de son bien, quelqu’amour qu’on en ait, aux proches, aux orphelins, aux nécessiteux, aux voyageurs indigents et à ceux qui demandent l’aide et pour délier les jougs, d’accomplir la Salât (prière rituelle) et d’acquitter la Zakât (aumône obligatoire). Et ceux qui remplissent leurs engagements lorsqu’ils se sont engagés, ceux qui sont endurants dans la misère, la maladie et quand les combats font rage, les voilà les véridiques et les voilà les vrais pieux » (Qur’ân 2, 177).

Il faut savoir aussi mettre de côté les divergences et dissensions internes, – car nous y serions toujours confrontés de toute manière -, pour se soutenir mutuellement en cas d’agression ou de danger ciblant la Communauté musulmane ou les populations non-musulmanes injustement opprimées.

Allâh a dit : « Ô vous qui avez cru ! Qu’un groupe ne se raille pas d’un autre groupe : ceux-ci sont peut-être meilleurs qu’eux. Et que des femmes ne se raillent pas d’autres femmes : celles-ci sont peut-être meilleures qu’elles. Ne vous dénigrez pas et ne vous lancez pas mutuellement des sobriquets (injurieux). Quel vilain mot que « perversion » lorsqu’on a déjà la foi. Et quiconque ne se repent pas… Ceux-là sont les injustes » (Qur’ân 49, 11).

Il dit aussi : « Par le Temps ! L’être humain est certes, en perdition, sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres, s’enjoignent mutuellement la vérité et s’enjoignent mutuellement » (Qur’ân 103, 1-3).

De même, Allâh dit encore dans le Qur’ân : « Et que la haine (l’inimitié) envers des gens qui vous ont empêché d’accéder à la Mosquée Sacrée (de la Mecque) ne vous incite pas à vous rendre transgresseurs/agresseurs. Et entraidez-vous dans la vertu et dans la piété, et ne vous entraidez pas dans le péché ni dans la transgression (et la haine). Prenez (donc) pieusement garde à Allâh » (Qur’ân 5, 2).

L’imâm An-Nawawî dans son al-Arbaʿîn al-Nawawiyya (hadîth n°35) rapporte le hadith prophétique (rapporté par Muslim dans son Sahîh) qui dit : « Ne vous jalousez pas, n`enchérissez pas les uns sur les autres, ne vous haïssez pas, et n`agissez pas avec perversité les uns à l`égard des autres, ne concluez pas d`achats au détriment les uns des autres. Soyez, ô serviteurs d’Allâh, tous frères, le musulman est frère du musulman, il ne l`opprime pas, ni ne l`abandonne, et il ne lui ment pas, ni ne le méprise. La crainte d’Allâh est ici », et il dit ceci en montrant trois fois son cœur, puis il ajouta : « Le pire de l`iniquité est de mépriser son frère musulman. Tout ce qui appartient au musulman est sacré pour le musulman : son sang, son bien, son honneur ».

Ainsi que cette autre parole prophétique : « Ne faites pas de mal, et ne rendez pas le mal pour le mal » (Rapporté par Ibn Mâjah dans ses Sunân et par Ahmad dans son Musnad).

Sur les fondements de la Religion, les croyants doivent être fermes, c’est-à-dire s’accrocher avec détermination aux 5 piliers de l’Islam et aux 6 piliers de la Foi, sur la Transcendance de l’Essence Divine à l’égard des modalités créées des existants (qui ne dépendent que de Lui), sur la sacralité du Qur’ân et la vénération que nous devons à l’égard de tous Ses Prophètes, Anges, Messagers, Saints, et sur la reconnaissance de la « pureté » et de la « véridicité » du Prophète Muhammad en tant que modèle excellent dans le cheminement spirituel de tout musulman. Ensuite le respect des obligations nécessairement connues (comme la prière, la zakâh, le jeûne du mois de Ramadan, le respect des liens de parenté, etc.) et la connaissance des interdictions claires qui constituent une nuisance pour l’âme, la conscience, la santé et la société (idolâtrie, sorcellerie, meurtre, viol, adultère, vol, consommation d’alcool et de drogue, etc.). En dehors de cela, il y a des points de désaccords, tantôt légitimes, tantôt illégitimes mais qui peuvent être excusables tant que les musulmans demeurent dans une démarche sincère, cherchant à atteindre la justice et la piété. Il ne faut donc pas souscrire au fanatisme et au sectarisme en cas de désaccord, – tout en s’opposant fermement mais avec sagesse et équité en cas de calomnies ou de médisances sur les épouses, proches (issus de la famille) ou nobles Compagnons du Prophète tout comme pour nos proches ou tout être humain que l’on sait injustement salit -.

Et comme le disait le grand penseur musulman d’origine algérienne, Malek Bennabi dans son ouvrage Vocation de l’Islam (éd. Albouraq, 2006) : « La plus grave parmi les paralysies, celle qui détermine dans une certaine mesure les deux autres (sociale et intellectuelle), c’est la paralysie morale. Son origine est connue : « L’islam est une religion parfaite ». Voilà une vérité dont personne ne discute. Malheureusement il en découle dans la conscience post-almohadienne une autre proposition : « Nous sommes musulmans donc nous sommes parfaits ». Syllogisme funeste qui sape toute perfectibilité dans l’individu, en neutralisant en lui tout souci de perfectionnement. Jadis Omar ibn al-Khattab faisait régulièrement son examen de conscience et pleurait souvent sur ses « fautes ». Mais il y a longtemps que le monde musulman a cessé de s’inquiéter de possibles cas de conscience. On ne voit plus qui que ce soit s’émouvoir d’une erreur, d’une faute. Parmi les classes dirigeantes règne la plus grande quiétude morale. On ne voit aucun dirigeant faire son mea culpa. C’est ainsi que l’idéal islamique ; idéal de vie et de mouvement a sombré dans l’orgueil et particulièrement dans la suffisance du dévot qui croit réaliser la perfection en faisant ses cinq prières quotidiennes sans essayer de s’amender ou de s’améliorer : il est irrémédiablement parfait, Parfait comme la mort et comme le néant. Tout le mécanisme psychologique du progrès de l’individu et de la société se trouve faussé par cette morne de satisfaction de soi. Des êtres immobiles dans leur médiocrité et dans leur perfectible imperfection deviennent ainsi l’élite d’une société morale d’une société où la vérité n’a enfanté qu’un nihilisme. La différence est essentielle entre la vérité, simple concept théorique éclairant un raisonnement abstrait, et la vérité agissante qui inspire des actes concrets. La vérité peut même devenir néfaste, en tant que facteur sociologique, lorsqu’elle n’inspire plus l’action et la paralyse, lorsqu’elle ne coïncide plus avec les mobiles de la transformation, mais avec les alibis de la stagnation individuelle et sociale. Elle peut devenir l’origine d’un monde paralytique que Renan et Lamennais dénonçaient en disant que l’islam « pourrait devenir une religion de stagnation et de régression » ».

Dans son autre ouvrage Les Grands Thèmes : la civilisation, de la culture, de l’idéologie, de la démocratie en islam, de l’orientalisme (éd. El Borhane, 2005) il écrivait : « Quand une société primitive met des tabous autour de ses traditions, de ses convictions, de ses goûts, de ses usages, ce qui est risible là-dedans – à supposer qu’il y ait quelque chose de risible – ce n’est pas le tabou mais le vide culturel, l’inculture qu’elle défend, c’est-à-dire l’ensemble de causes qui maintiennent cette société en stagnation ».

Une communauté qui a perdu son charisme spirituel, sa dimension spirituelle, son goût du savoir pour les sciences utiles, son aspiration à la justice et à la générosité, et qui ne sait plus quelles sont ses priorités tout comme ses finalités, est condamnée à être dominée, puis à périr, tout en étant pris en étau par des fanatiques enragées (secouées par les troubles puis assoiffées de pouvoir et de revanche) ou par des charlatans qui les endorment et les détournent de leur patrimoine civilisationnel et de la piété religieuse.

Si les musulmans ne se réveillent pas dès à présent, alors même qu’ils sont pris pour cibles et assaillis de toutes parts, il n’y a plus rien à espérer pour eux ici-bas, si ce n’est (de) la Miséricorde Divine.

« Annonce une heureuse issue aux patients, à ceux qui, frappés d’un malheur disent : « Nous appartenons à Allâh et à Lui nous ferons retour ! ». Ceux-là, auront pour lot miséricorde et bénédiction de leur Seigneur. Ils auront suivi le droit chemin » (Qur’ân 2, 156).


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