Réponse à un YouTubeur athée au sujet du Qur’ân

Introduction

Début juin 2023, un idéologue athée, plutôt actif en tant que YouTubeur dans le monde francophone, se donne pour mission de promouvoir la croyance athée, et de « débunker » les Religions, en ayant commencé par le Christianisme à travers la Bible, puis, plus récemment, à l’Islam à travers le Qur’ân.
Ne s’auto-proclamant pas spécialiste – ce qu’il n’est effectivement pas -, il prétend proposer une approche « rationnelle » pour les « réfuter ». Or, après avoir visionné les vidéos où il tente une « démonstration », force est de constater que, outre l’absence évidente de qualification (linguistique, théologique, logique, historique et métaphysique), il s’embrouille, conteste des notions évidentes, ne définit pas certains concepts, est encore trop prisonnier de certaines croyances modernes, et ne sait pas prendre le recul nécessaire ni n’adopte une approche intellectuelle (sollicitant à la fois les principes et catégories de la rationalité et de la logique, mais aussi les données historiques, psychologiques, métaphysiques, linguistiques, scientifiques, etc.). Par ailleurs, il ne propose pas une critique de la Bible ou du Qur’ân dans leur langue originale, et dans le cas du Qur’ân, se base même sur des « références » contestées, contestables et parmi les moins sérieuses. En effet, il prend appui sur Guillaume Dye (qui n’est pas un spécialiste ni une personne intellectuellement intègre ; ses compétences en matières de langue arabe/linguistique comme d’histoire et de logique sont réfutées par d’éminents experts, et lui-même arrive à se contredire à plusieurs reprises même dans une très courte interview, sans parler d’une malhonnêteté induite par son idéologie, au point où il affirme des choses qu’il sait fausses, et qu’il occulte des faits historiques et archéologiques qu’il sait vrais). Quant au second ; A.M. Moezzi, si ses compétences linguistiques et historiques ne sont pas remises en cause, cela ne l’a pas empêché non plus de mentir, d’occulter des faits importants – remettant en question ses positions officielles -, de se contredire et de censurer des étudiants et doctorants qui n’abondaient pas dans son sens.

Il est problématique aussi de prétendre juger la « forme » d’un livre, d’un poème ou d’un texte philosophique, si l’on ne l’étudie pas dans sa langue originale, car la beauté et tous les sens qui y sont contenus ne sont plus forcément perceptibles dans le cas d’un essai de traduction (surtout si celui-ci est plus que lacunaire, appauvri ou orienté idéologiquement). A ce sujet, plusieurs traducteurs proposent des essais de traduction que nous jugeons complémentaires par rapport au Qur’ân comme Maurice Gloton, Jean-Louis Michon, Abdallah Penot, Mohammed Chiadmi, Jacques Berque et Muhammad Hamidullah (dans sa traduction française originale et non celle qui a été remaniée par une édition saoudienne à destination de la langue française).

Enfin, il n’est guère besoin d’être musulman pour apprécier la beauté du Verbe qurânique et d’être touché jusqu’au plus profond de son être rien qu’à son écoute, et on peut d’ailleurs trouver sur YouTube de nombreuses personnes non-musulmanes qui l’attestent, ou qui parfois n’arrivent à se calmer, se tranquilliser ou ne s’apaiser – face à certains types d’angoisse ou de malaise – qu’à l’écoute du Qur’ân ou de certains « chants sacrés » religieux (dhikr et anasheed en Islam) puisant justement leur « structure » et leur inspiration dans le Qur’ân et la Tradition prophétique.


Quant au Qur’ân, l’arabisant, islamologue, sociologue, anthropologue et traducteur du Qur’ân Jacques Berque (1910 – 1995) écrit : « Il n’est pas besoin d’être musulman pour être sensible à la beauté singulière de ce texte [i.e. le Qur’ân], à sa plénitude et à sa valeur universelle » (Jacques Berque, Relire le Coran, éd. Albin Michel, 1993, p. 131). On regrettera cependant sa vision teintée de superstitions modernes, mais toutefois globalement objective et bienveillante à l’égard des Musulmans.

Ainsi, dès le départ, on peut dire que ça commence mal, puisque ses intentions ne sont ni bonnes ni nobles, partant déjà avec des idées préconçues, et où à cela s’ajoute un manque de qualifications, et des sources considérées objectivement et rationnellement contestables et peu fiables. Autre problème majeur, c’est qu’il analyse le Qur’ân de façon parcellaire et partielle, en reprochant au Qur’ân un manque de précision alors que les précisions sont données justement dans les autres Sûrates qu’il n’a pas encore lu, ce qui fausse évidemment tout son raisonnement, et où finalement le Qur’ân infirme ses prétentions et allégations.

Mais malgré cela, il est parfois possible de développer de bons arguments sur le « fond », à condition de se fier sur de bons essais de traduction qui mettent en avant les subtilités du Texte, ou qui accompagnent la traduction de notes explicatives (ce qui n’est pas le cas ici avec ce YouTubeur). Et c’est ce que nous allons vérifier ici.

1. Sur la préservation du Qur’ân.

Le Qur’ân actuel est bien conforme à ce que l’on trouve dans tous les manuscrits du Qur’ân les plus anciens datant du 1er siècle de l’Hégire, et qui a toujours été transmis sous la même forme et ses différents modes de lecture de génération en génération depuis l’ère prophétique. Ici plusieurs manuscrits qurâniques sont analysés et recensés : https://www.islamic-awareness.org/quran/text/mss/

Le Dr. et spécialiste des religions comparées et des études qurâniques (ainsi que du Sûfisme en Islam) Carl W. Ernst, indiquait que l’explication la plus cohérente et plausible d’après tous les éléments historiques, traditionnels et archéologiques disponibles, était, en grande partie, les données fournies par la Tradition – confirmées par de nombreuses traces historiques, et offrait une bien meilleure solution et explication à tous les enjeux et informations collectées à cette époque, plus que toutes les théories orientalistes postulant une histoire complètement différente et alternative mais sans aucun élément déterminant pour les étayer, théories par ailleurs mutuellement contradictoires et antagonistes entre elles. Conclusion partagée par de nombreux islamologues et chercheurs comme le Dr. Joseph E. B. Lumbard dans les années 2010 déjà, où les preuves historiques confirmaient de façon certaine, en grande partie les données de la Tradition (“Question contemporaine : Le Coran original est-il préservé ? Dr Joseph Lumbard”, vidéo traduite en français et publiée par une autre chaine YouTube le 15 février 2018 : https://www.youtube.com/watch?v=_0IXzprAk-M).

2. Il s’étonne qu’Allâh s’adresse aux communautés humaines antérieures à celle de l’islam muhammadien

Beaucoup de ses commentaires sont à côté de la plaque, comme par exemple le fait Dieu (Allâh) existe forcément de tous temps, et s’adresse à l’Humanité, et avant l’Islam muhammadien, il y avait d’autres communautés religieuses connaissaient déjà Dieu, donc il est normal qu’Allâh évoque les communautés passées en plus de s’adresser à l’être humain dans sa dimension ontologique et existentielle, et pas seulement « historique ». Que ce soit ses critiques sur la Sûrah Al-Fatiha ou la Sûrah Al-Baqara, c’est ignorer qu’Allâh est le Seigneur des Hommes (comme cela est formulé à diverses reprises dans les autres Sûrates) et qu’Il est aussi Celui qui a fait descendre les autres Révélations aux communautés antérieures – comme cela sera précisé plus loin -.

3. Le Qur’ân fait appel à des raisonnements « performatifs »

La « performativité » est « le fait, pour un signe linguistique (énoncé, phrase, verbe, etc.) de réaliser lui-même ce qu’il énonce ; on dit alors que le signe est « performatif ». Le fait d’utiliser un de ces signes fait advenir une réalité. Par exemple, lors du jugement d’un accusé, la sentence décidée par le juge déterminera l’avenir de l’individu ; il deviendra soit « coupable », soit « innocent », la sentence sera donc « performative », les deux mots ayant un impact considérable sur l’identité de l’interlocuteur. On peut également énoncer la phrase « Je vous déclare unis par les liens du mariage », phrase performative qui intègre les conjoint(e)s dans le régime du mariage ». En soi déjà, un argument performatif n’est pas faux en soi, et s’avère même nécessaire et utile dans un certain nombre de domaines et de cas particuliers.

Cependant le Qur’ân est un tout, et se doit de proposer différents types de raisonnements et d’arguments, qui se soutiennent et se renforcent mutuellement. Par exemple, si nous affirmons « nous sommes sympathiques », cela n’est pas erroné en soi, mais pour le démontrer aux autres, il faudra recourir à d’autres types de preuves et d’arguments que notre seul « jugement » ou « appréciation », à savoir le témoignage de gens crédibles et honnêtes qui ont bien été témoins du fait que nous sommes des gens sympathiques, se concrétisant dans les relations cordiales, amicales et bienveillantes – y compris dans les moments pénibles – avec nos proches, collègues, camarades, etc.

Le Qur’ân fait donc appel logiquement à divers raisonnements et arguments qui tous se complètent et s’interpénètrent : cosmologiques, ontologiques, éthiques, spirituels, performatifs, linguistiques, psychologiques, scientifiques, logiques, etc. Le Qur’ân exhorte à observer et scruter les signes du cosmos, les phénomènes de la nature, à explorer la terre, et en somme, à méditer sur tous les Signes (métaphysiques, physiques, théologiques, spirituels, etc.) qui nous entourent et à exercer notre intelligence et notre esprit critique également (notamment envers certaines croyances ou pratiques erronées, déviantes ou dangereuses), parfois en utilisant le raisonnement logique ou l’observation, d’autres fois en se basant sur l’expérience, et d’autre fois encore, par l’usage de « menaces » et « d’avertissement » qui permettant de saisir immédiatement, même sans « preuve immédiate », la dangerosité de telle ou telle pratique (comme le meurtre, la sorcellerie, l’oppression, l’idolâtrie, etc.), car il est parfois nécessaire d’user cette « rhétorique » pour éviter de plus grands maux, surtout chez des gens qui ne saisiraient pas forcément, de façon immédiate, le danger de certaines pratiques. Et cela se vérifie de nos jours avec les réseaux sociaux, la fornication, l’adultère, la promiscuité, etc., où les avertissements religieux (sous forme d’interdictions) qui ont été transgressé dans ce domaine, ont bien conduit à de terribles maux dont tout le monde se plaint actuellement : prolifération de la haine et des fakes news, augmentation des suicides et de la dépression, renforcement du terrorisme et de la violence, viols et harcèlements sexuels de façon fréquente, divorces en masse, enfants malheureux, etc. Il y a parfois des sagesses qui ne se révèlent qu’après avoir vécu certaines réalités, ou même des informations et mécanismes scientifiques qui ne se dévoilent que des années ou des siècles plus tard. La modernité a trop excité l’aspect « hâtif et impatient » de l’Homme moderne, ce qui empêche la réalisation de la connaissance et de cultiver une véritable sagesse, qui demande des efforts, de l’endurance, de la patience, de la réflexion, de la gratitude et de l’humilité. Ainsi, tout ce que le Qur’ân interdit est sagesse, et les observations que l’on peut faire corroborent la sagesse derrière les obligations religieuses (comme la prière, la zakât, le hajj, le jeûne du mois de Ramadan, le bon comportement, etc.) comme celles liées aux interdictions religieuses (idolâtrie, sorcellerie réelle, meurtre, oppression, adultère, ivresse, fornication, manque de spiritualité et d’éducation de l’âme, promiscuité avec le sexe opposé en dehors des cercles familiaux et conjugaux, drogue, orgueil, égoïsme, mentalité rigide, racisme, tribalisme, misogynie, attitude tyrannique, terrorisme, criminalité diverse, etc.).

« Sois patient et endurant (dans tes bonnes œuvres, tes efforts et ta confiance en Lui). La fin heureuse sera aux pieux » (Qur’ân 11, 49).

« Et concourez au pardon de votre Seigneur, et à un Jardin (du Paradis) large comme les cieux et la terre, préparé pour les pieux, qui distribuent et dépensent (de) leurs biens dans l’aisance et dans l’adversité, qui maîtrisent et dominent leur ressentiment autant que leur colère, et qui pardonnent (malgré tout) à autrui parmi les gens – car Allâh aime ceux qui oeuvrent dans la bienfaisance et l’excellence – » (Qur’ân 3, 133-134).

« Par la sagesse et la bonne exhortation, appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon. (…) Certes, Allâh est avec ceux qui [L’] ont craint avec piété et ceux qui sont bienfaisants » (Qur’ân 16, 125 et 127).

« Et aussi Nous avons fait de vous une communauté de justes (et du juste milieu) pour que vous soyez témoins aux gens » (Qur’ân 2, 143).

« Et dis à Mes serviteurs d’exprimer les meilleures paroles, car le Diable sème la discorde parmi eux. Le Diable est certes, pour l’homme, un ennemi déclaré » (Qur’ân 17, 53) ; répondre aux dénégateurs, même à ceux qui insulteraient les Musulmans, ne doit se faire que dans le cadre de la sagesse et de la bonté, ou dans certains cas, d’une fermeté intellectuelle en vue de réfuter leurs assertions ou de défendre l’honneur des femmes ou des hommes injustement calomniés ou pris pour cibles, mais jamais en cédant à la vulgarité ou à l’extrémisme dans la façon de réagir.

« Accepte ce qu’on t’offre de raisonnable, commande ce qui est convenable et éloigne-toi des ignorants (qui t’éloignent du Divin et du bien). Et si jamais le Shaytân t’incite à faire le mal, cherche refuge auprès d’Allâh. Car Il entend, et sait tout. Ceux qui pratiquent la piété, lorsqu’une suggestion du Shaytân les touche, se remémorent Allâh : et les voilà devenus clairvoyants. (Quant aux malfaisants), leurs partenaires (parmi les diables) les enfoncent dans l’aberration, puis ils ne cessent (de s’enfoncer davantage) » (Qur’ân 7, 199-202).

« La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse (le mal) par ce qui est meilleur (le bien) ; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux. Mais (ce privilège) n’est donné qu’à ceux qui endurent et il n’est donné qu’au possesseur d’une grâce immense. Et si jamais le Shaytan t’incite (à agir autrement), alors cherche refuge auprès Allâh ; c’est Lui, vraiment l’Audient, l’Omniscient » (Qur’ân 41, 34-36).

Ici, l’ennemi est général, pouvant désigner aussi bien le non-musulman hostile et injuste que le musulman ignorant et injuste.

Ibn ‘Abbâs a dit, en guise de commentaire de ce passage qurânique : « Allâh ordonne aux croyants d’être patients lorsqu’ils se sentent en colère, d’être indulgents lorsqu’ils sont confrontés à l’ignorance et de pardonner lorsqu’ils sont maltraités. S’ils font cela, Allâh les sauvera de Shaytan et leur soumettra leurs ennemis jusqu’à ce qu’ils deviennent comme des amis proches » (Rapporté par Ibn Kathîr dans son Tafsiîr al-Qur’ân al-‘Āzîm 41/34).

4. Sur la Basmallâh

Au sujet de la Basmallâh qu’il s’étonne de voir à chaque début de Sûrate (sauf pour la Sûrah at-Tawba ; Le Repentir), information qu’il a lu dans un article avant même d’avoir lu tout le Qur’ân.

La Basmallah est un rappel à chacun, sachant que l’être humain oublie souvent, il est bon qu’il se rappelle de faire les choses en Son Nom, afin de bénéficier de Ses Bénédictions et de rappeler ce qui Le définit en premier lieu dans Ses Attributs : la Miséricorde et l’Amour-Rayonnant (traduction toutefois lacunaire de Ar-Rahmân). C’est aussi un moyen de marquer ce qui sépare les Sûrates les unes des autres, et de se souvenir, qu’à la lecture de chaque Sûrah, malgré nos fautes, nos défauts et nos limites, qu’il faut garder à l’esprit qu’Il est le Tout-Miséricordieux, et qu’il ne nous faut jamais désespérer, car Il embrasse toute chose par Sa Miséricorde, ce qui est dit explicitement dans le Qur’ân : « Allâh est le meilleur gardien, et Il est Le plus Miséricordieux des miséricordieux » (Qur’ân 12, 64) et « Et Ma miséricorde embrasse (englobe, dépasse) toute chose » (Qur’ân 7, 156).

5. Il affirme que le Qur’ân se trompe sur le fait de qualifier les autres Prophètes de « Musulmans »

Les Prophètes avant Muhammad étaient bien Musulmans, en ce sens que « muslim » signifie soumis à Allâh (le Dieu unique, éternel et absolu) et à Son Ordre, ayant pleinement conscience de l’Absolu, donc en soi cette affirmation est à la fois vraie et logique. C’est dans le sens universel et métahistorique qu’il faut le comprendre, d’où l’erreur du YouTubeur. Un exemple parmi d’autres : « Dites (ô Musulmans) : nous croyons en Allâh, à ce qui nous est révélé,

à ce qui fut révélé à Abraham (Ibrâhîm), à Ismaël (Ismâ’îl), à Isaac (Ishâq), à Jacob (Yaqûb) et à leurs enfants, à ce que Moïse (Mûsâ), Jésus (Issâ) et les prophètes ont reçu de leur Seigneur. Nous ne faisons pas de différence entre eux, et nous sommes résignés aux volontés d’Allâh » (Qur’ân 2,136).

6. Il ignore les significations liées à la notion « d’incroyant » dans le Qur’ân et pense y trouver une contraction autour de « l’incroyant hypocrite »

Tout d’abord, selon le Qur’ân, le dénégateur (kâfir ; kafirûn au pluriel) doit être distingué de l’associateur/idolâtre (mushrik), de l’hypocrite (munafiq), des injustes (Ad-Dhâlimûn), des pervers (Al-fasiqûn) et des Gens du Livre (Ahl ul Kitâb). Ce sont des notions différentes, mais qui selon les contextes, peuvent co-exister et permuter. Le Qur’ân distingue par exemple les gens pieux (salihîn) aussi bien parmi les Musulmans que parmi les Gens du Livre par exemple, de ceux qui agissent avec injustice et perversion (en commettant des actes de trahison, de dérives sexuelles, de falsification ou manipulation des Textes à des fins personnelles et injustes, etc.). Certains idolâtres ne sont pas désignés sous le qualificatif de « kafirûn » car étymologiquement et théologiquement, le « kâfir » est celui qui a été témoin de la Vérité, qui en a conscience, mais qui s’en détourne volontairement et sans réelle excuse. Or, certains idolâtres n’ont pas été témoins de la vérité, et bien qu’on les classe juridiquement parmi les « dénégateurs » (incroyants) au sens de « non-musulmans », sur le plan théologique, leur cas est différent. De même chez ceux qui parmi les Gens du Livre, ont rejeté une partie de leur Livre, des Prophètes ou des enseignements connus (à l’origine) de leur religion en connaissance de cause, ceux-ci aussi ont « mécru » sous ce rapport, et sont donc des « dénégateurs », sans forcément être des « idolâtres » (mushrikûn) au sens théologique.  Enfin, l’hypocrite peut se réclamer de n’importe quelle religion ou idéologie, y compris l’Islam – à l’instar de nombreux dirigeants qui gouvernent le monde musulman aujourd’hui, ou même de certains « imâms » ou « savants ». En Islam la notion de « munafiq » (hypocrite) dans son aspect religieux, est celui de feindre l’adhésion à la Religion et à ses principes de façon extérieure (sociale), alors qu’intérieurement ils n’y adhèrent pas tout en souhaitant le mal aux croyants. Cela doit être distingué de l’hypocrisie au sens « caractériel », c’est-à-dire quelqu’un qui dit telle chose et reproche aux gens de commettre telle ou telle pratique, alors qu’en privé, lui-même commet ce genre de choses, ou alors celui qui affirme s’engager à accomplir telle ou telle chose, et qui, sans excuse valable, rompt sa promesse et ne fait aucun effort pour tenir ses engagements, une telle personne est alors « hypocrite » en tant que transgresseur du point de vue religieux, sans toutefois commettre de « kufr » comme le font les « hypocrites » au sens religieux qui ne croient pas du tout dans les principes de la Religion qu’ils prétendent professer. Dans un cas il s’agit plutôt de faiblesse morale et spirituelle (simplement ne pas tenir ses engagements ou faire le contraire de ce qu’ils disent aux gens), et dans l’autre cas il y a une négation intérieure des principes même de la Religion.

On peut donc être extérieurement « musulman » et intérieurement « hypocrite » et « incroyant » tout comme on peut être « incroyant » sans être hypocrite.

Sur l’incroyant hypocrite, donc, il peut l’être sur différents aspects, et être intérieurement incroyant et hypocrite sans l’admettre extérieurement…sauf qu’Allâh connait le secret des « cœurs ». Un infidèle peut par ailleurs être un déiste aussi, mais infidèle à l’égard de la Volonté divine et de Son Message, ou de l’Ultime révélation. Il n’y a donc là encore, aucune contradiction.

Chaque être humain, musulman ou non, a été créé avec une dignité à l’origine.

« Et nous avons (honoré et) donné à chaque être humain une dignité. Nous les transportons sur terre et sur mer et Nous leur donnons de bonnes choses comme nourriture. Nous les avons nettement privilégiés à plusieurs de Nos créatures » (Qur’ân 17, 70).

Cependant, même s’il faut respecter leur dignité et se montrer bon, la lutte contre l’injustice ou les crimes relève de la nécessité, car laisser prospérer l’injustice, la criminalité et l’oppression sans s’y opposer conduirait à plus de mal et à plus d’oppression encore :

« Ceux qui combattent et luttent en Nous et pour Notre Cause, Nous les dirigerons sur Nos voies. En Vérité, Allâh est avec ceux qui pratiquent la bonté, l’excellence spirituelle et la bienfaisance (al-muhsinîn) » (Qur’ân 29, 69).

« Appelle donc les gens à cela ; reste droit (et vertueux) comme il t’a été commandé ; ne suis pas leurs passions (qui égarent de la droiture et de la vérité) ; et dis :  « Je crois en tout ce qu’Allâh a fait descendre comme Livre, et il m’a été commandé d’être équitable et juste entre vous. Allâh est notre Seigneur et votre Seigneur. A nous nos oeuvres et à vous vos oeuvres. Aucun argument ne peut trancher entre nous et vous. Allâh nous regroupera tous. Et vers Lui est la destination » » (Qur’ân 42, 15).

« Ô les croyants ! Soyez stricts (dans vos devoirs) envers Allâh et (soyez) des témoins équitables. Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l’équité : cela est plus proche de la piété. Et craignez Allâh. Car Allâh est certes Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites » (Qur’ân 5, 8).

Le simple fait d’être un non-musulman (négateur et/ou idolâtre et/ou un croyant parmi les Gens du Livre) ne justifie pas d’être attaqué ou persécuté, cela ne peut être le cas uniquement que si l’infidèle combat les Musulmans et participe à commettre des injustices graves à l’encontre de croyants innocents ou même envers des non-musulmans qui sont sous la protection des Musulmans. Par exemple ces versets de la fin de la période médinoise l’attestent clairement :

« Il se peut qu’Allâh établisse de l’amitié entre vous et ceux d’entre eux dont vous avez été les ennemis. Et Allâh est Omnipotent et Allâh est Pardonneur et Très Miséricordieux. Allâh ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allâh aime les équitables. Allâh vous interdit seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes » (Qur’ân 60, 7-9).

« Et s’ils inclinent à la paix, incline vers celle-ci (toi aussi) et place ta confiance en Allâh, car c’est Lui l’Audient, l’Omniscient » (Qur’ân 8, 61).

Même chose pour la Sûrah at-Tawba (Le Repentir) où les islamophobes cachent souvent les versets qui donnent justement le contexte et qui infirment leurs allégations : « Et si l’un des associateurs te demande asile, accorde-le lui, afin qu’il entende la parole d’Allâh, puis fais-le parvenir convenablement à son lieu de sécurité. Car ce sont des gens qui ne savent pas.

Comment y aurait-il pour les associateurs un pacte admis par Allâh et par Son messager ? A l’exception de ceux avec lesquels vous avez conclu un pacte près de la Mosquée sacrée. Tant qu’ils sont droits envers vous, soyez droits envers eux. Car Allâh aime les pieux.

Comment donc ! Quand ils triomphent de vous, ils ne respectent à votre égard, ni parenté ni pacte conclu. Ils vous satisfont de leurs bouches, tandis que leurs coeurs se refusent ; et la plupart d’entre eux sont des pervers. Ils troquent à vil prix les versets d’Allâh (le Qur’ân) et obstruent Son chemin. Ce qu’ils font est très mauvais ! Ils ne respectent, à l’égard d’un croyant, ni parenté ni pacte conclu. Et ceux-là sont les transgresseurs. Mais s’ils se repentent, accomplissent la Salât et acquittent la Zakât, ils deviendront vos frères en religion. Nous exposons intelligiblement les versets pour des gens qui savent. Et si, après le pacte, ils violent leurs serments et attaquent votre religion, combattez alors les chefs de la mécréance – car, ils ne tiennent aucun serment – peut-être cesseront-ils ? Ne combattrez-vous pas des gens qui ont violé leurs serments, qui ont voulu bannir le Messager et alors que ce sont eux qui vous ont attaqués les premiers ? Les redoutiez-vous ? C’est Allâh qui est plus digne de votre crainte si vous êtes croyants ! (…) » (Qur’ân 9, 6-13).

Allâh conditionne donc le combat par les violences et trahisons causées par les autres, et exhorte les croyants à cibler en priorité les chefs pour faire cesser la guerre plutôt que de s’en prendre à tous leurs soldats et combattants, qui souvent n’obéissent qu’aux ordres alors qu’eux-mêmes ne souhaitent pas forcément une telle chose. Le Qur’ân interdit donc d’attaquer injustement les non-musulmans (même les idolâtres et négateurs) et n’autorise le combat que contre les agresseurs et ceux qui ont violé les traités de paix et la justice, et parallèlement à cela, le Qur’ân interdit de violer les traités de paix ou d’attaquer les non-combattants parmi les infidèles.

Même principe concernant leur devenir post-mortem, où du point de vue exotérique chaque âme sera jugée d’une part selon ce qu’elle savait du monde, du Divin, du bien, du mal, etc., si elle avait ou non connaissance de l’Islam et de ses nobles principes, et les actions commises selon son degré de connaissance et les éventuelles circonstances atténuantes (être sourd ou aveugle, être dément, etc.), et où du point de vue ésotérique, chaque âme (une fois purifiée) connaitra aussi une certaine forme de félicité et de Miséricorde (voir par exemple les longs développements doctrinaux et scripturaires développés par de grands savants musulmans du passé comme Al-Hakim at-Tirmidhî, Ibn ‘Arabî, Al-Qashânî et plus proches de nous, comme l’émir ‘Abd al-Qadîr dans son Kitâb al-Mawâqif).

7. Sur les guerres et la « Religion » et le monde musulman

Sur les guerres et la Religion, The Encyclopedy of Wars indique que plus de 95% des guerres n’ont pas de cause (essentiellement) religieuse. Et encore, certaines guerres comptées parmi les motivations religieuses ne le sont pas (certaines guerres dans le monde musulman selon leur classement) alors qu’elles sont politiques et économiques avant tout.

Il ignore aussi les implications des différentes puissances non-musulmanes (principalement Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Belgique, Israël, Russie, Chine) à notre époque, dans la plupart des guerres contemporaines, des conflits armés, des mouvements terroristes, des coups d’Etat, des guerres civiles ou des famines planifiées en Afrique ou ailleurs, comme le savent les politologues et experts les plus sérieux et indépendants, et ce qu’ont révélé de nombreuses enquêtes journalistiques – musulmanes et non-musulmanes – ainsi que certains dossiers officiels déclassifiés aux Etats-Unis, en France ou au Royaume-Uni, ou encore ce qu’ont dévoilé aussi de nombreux lanceurs d’alerte comme Julian Assange, Edward Snowden, Seymour Hersh et d’autres, en se basant sur de nombreux documents confidentiels ou sources de première main.
Beaucoup de conflits ou de tensions de notre temps n’ont aucun lien avec l’Islam ou la Religion en tant que telle comme les conflits des Balkans (essentiellement politiques et ethniques), les tensions entre l’Inde, la Chine et le Népal, entre l’Inde et le Pakistan, entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, entre le Japon, la Chine et la Corée du Nord, entre l’Ukraine et la Russie, entre la Chine et Taïwan, les 2 premières guerres mondiales, la guerre froide entre le bloc américain et bloc soviétique, entre le Maroc et l’Algérie, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan,  entre la Grèce et la Turquie, entre la Géorgie, l’Arménie et la Russie, etc.

Prenons le cas du conflit russo-ukrainien, qui sont 2 nations dont les peuples sont culturellement chrétiens (même si l’on y trouve des Musulmans, des déistes, des juifs, des agnostiques, etc.), mais dont les dirigeants ne sont pas des pieux chrétiens mais des identitaires régis par un régime sécularisé, l’un soutenu par un régime athée et communiste (la Chine dans le cas de la Russie), et l’autre par des pays « laïcs » (dont la France et les Etats-Unis) qui y ont des intérêts politiques et économiques, ne voulant pas la paix et provoquant la Russie depuis des années, tandis que la Russie souhaite étendre son influence pour des raisons politiques et géostratégiques, n’ayant aucune noble cause à l’esprit à l’origine de cette décision militaire. Les causes ne sont donc pas religieuses, même si pour motiver les troupes, les différents camps vont mobiliser diverses justifications et motivations ad-hoc, mêlant souvent les questions ethniques, linguistiques, identitaires/religieuses, politiques, économiques, idéologiques, culturelles, etc.
Même chose par exemple dans le conflit Iran-Irak dans les années 1980, impliquant aussi des pays « laïcs » (là encore la France et les Etats-Unis), ou les tensions entre l’Iran et l’Arabie qui n’étaient pas religieuses, mais idéologiques et politiques avant tout, puisque l’Arabie Saoudite s’entendait bien avec des partis shiites en Irak comme au Liban, et que l’Iran entretient aussi des relations avec des pays sunnites tout en étant en froid avec un pays « shiite » comme l’Azerbaïdjan.
Dans le conflit israélo-palestinien, la base du conflit n’est pas religieux, mais plutôt identitaire et idéologique, avec l’idéologie fasciste du sionisme politique, – d’ailleurs les Juifs orthodoxes dénoncent l’extrême droite sioniste  (se disant religieuse mais qui est plus raciste et identitaire que religieuse et spirituelle) tout comme l’idéologie matérialiste ou athée des sionistes extrémistes qui ne professent pas la « religion » juive mais seulement leur identité ethnique et idéologique. Pendant plus de 1300 ans, la norme (certes pas absolue) a été la coexistence pacifique entre les peuples Juifs, Chrétiens et Musulmans dans cette région du monde, qui a su résister globalement aux changements et turbulences politiques avec leur lot de tensions, jusqu’à la période coloniale « laïque » qui a empoisonné les relations intercommunautaires jusqu’à nos jours.

Enfin, beaucoup de « Musulmans » ne se conforment pas aux principes éthiques et doctrinaux du Qur’ân et de la Sunnah purifiée, cela est une évidence reconnue par tous les spécialistes et connaisseurs de l’Islam. La simple adhésion sociale à une communauté n’implique pas nécessairement la conformité aux principes et valeurs de la Religion, et le Qur’ân lui-même évoque cette distinction, et qualifie de bien-guidés seulement ceux qui incarnent et cultivent aussi bien la piété que l’équité et la sagesse, qui sont les pierres angulaires de la Religion, contrairement à la simple adhésion culturelle ou identitaire, ce qui s’applique aussi à tous les identitaires racistes ou violents que l’on peut trouver aussi chez des Chrétiens, des Juifs, des Hindous ou des Bouddhistes, qui sont très loin des principes fondateurs et éthiques de leur Religion, et qui partagent ainsi les mêmes tares psychologiques que beaucoup d’anti-religieux ou non-religieux identitaires.

La foi (al-imân) n’est pas seulement une question de convictions théoriques ou de profession d’une doctrine, mais aussi et surtout, d’une aspiration au Bien et à se conformer à Son Ordre, non seulement juridique et politique, mais aussi moral et éthique.

La Salât (prière canonique) en est un bon exemple, pour distinguer ceux qui se rattachent à l’Islam sans cultiver la foi (al-imân) et ceux qui la cultivent.

Dans le premier cas, la Salât fait sans recueillement ni introspection, ne les éloigne pas de commettre des grands péchés ou d’être rongés par la haine et l’agressivité, bien qu’au moment d’accomplir la Salât, ils évitent de faire du tort aux autres, ce qui constitue déjà un grand bien pour eux-mêmes comme pour les autres. Dans le second cas, la Salât illumine le cœur des véridiques et des sincères, et les éloigne de la turpitude, de l’injustice et des mauvaises oeuvres.

Plusieurs versets qurâniques pourraient bien illustrer cela, et nous en citerons quelques-unes :

1) Ceux qui se contentent d’une simple adhésion « formelle » sans cultiver la foi et la bonté :  « Les Bédouins ont dit : « Nous avons la foi ». Dis : « Vous n’avez pas encore la foi. Dites plutôt : « Nous nous sommes simplement soumis, car la foi n’a pas encore pénétré dans vos cœurs. Et si vous obéissez à Allâh et à Son messager, Il ne vous fera rien perdre de vos œuvres ». Allâh est Pardonneur et Miséricordieux » (Qur’ân 49, 14).

2) Ceux qui font germer la foi et la bonté en eux : « La bonté pieuse (al birr) ne consiste pas à tourner vos visages vers le Levant ou le Couchant. Mais la bonté pieuse est de croire en Allah, au Jour Dernier, aux Anges, au Livre et aux prophètes, de donner de son bien, quelqu’amour qu’on en ait, aux proches, aux orphelins, aux nécessiteux, aux voyageurs indigents et à ceux qui demandent l’aide et pour délier les jougs (affranchir les esclaves), d’accomplir la Salât et d’acquitter la Zakât. Et ceux qui remplissent leurs engagements lorsqu’ils se sont engagés, ceux qui sont endurants dans la misère, la maladie et quand les combats font rage, les voilà les véridiques et les voilà les vrais pieux ! » (Qur’ân 2, 177).

 « Au milieu des biens qu’Allâh t’a accordés, recherche la Demeure Dernière. Ne néglige pas ta part de ce bas-monde. Sois bon comme Allâh est Bon avec toi. Ne cherche (et ne sème) pas la corruption sur la Terre. Allâh n’aime pas ceux qui sèment la corruption » (Qur’ân 28, 77).

 « (…) ceux qui ont la foi et accomplissent de bonnes œuvres ; puis qui [continuent] d’être pieux et d’avoir la foi et qui [demeurent] pieux et bienfaisants. Car Allâh aime les bienfaisants » (Qur’ân 5, 93).

« Adorez Allâh et ne Lui donnez aucun associé. Agissez avec bonté et bienveillance envers vos père et mère, les proches, les orphelins, les pauvres, le proche voisin, le voisin lointain, le collègue et le voyageur, et les domestiques sous votre responsabilité, car Allâh n’aime pas, en vérité, le présomptueux, l’arrogant » (Qur’ân 4, 36).

La Foi doit être fondée et accompagnée par certaines qualités du coeur, comme la Taqwâ (crainte pieuse, vigilance du coeur et de la conscience, droiture, piété, etc.), al-Ihsân (la bienfaisance, l’excellence, etc.) et al-Birr (la bonté d’âme) en plus de la sincérité et de l’humilité, pour qu’elle soit opérative et porte réellement ses fruits.

Pour autant, même dans le cas des insouciants et des gens se contentant d’une pratique extérieure de la Salât, celle-ci demeure une miséricorde pour eux, ici-bas comme dans l’Au-delà, car non seulement cela les préserve, – au moment d’accomplir la Salât – de commettre des méfaits et de semer le désordre sur la terre -, mais les autres êtres vivants sont également épargnés de leur mal durant ces moments : « La prière (Salât) éloigne l’être humain de la turpitude et des actions blâmables, mais l’invocation du nom d’Allâh est ce qu’il y a de plus grand » (Qur’ân 29, 45).

L’imâm Abû Hâmid al-Ghazâlî a dit dans al-Ihyâ’ (au préambule de son Kitâb asrâr as-Salât fî-l islâm) : « Que Sa Gloire (à Allâh) est grande, Son importance infinie, Ses Bienfaits excellents, Sa Bonté inépuisable ! Bénis soient Muhammad – l’Elu – l’Envoyé d’Allâh et Ami fidèle du Seigneur, ainsi que sa famille et ses Compagnons, clés de la Voie droite (et de la Droiture) et lumière parmi les ténèbres. Que la Paix soit avec eux. Pilier central de la Religion, anse de la certitude, premier des actes pour se rapprocher d’Allâh, symbole de l’obéissance à Allâh, telle est la prière ».

Et par exemple, les gens pieux qui ont le sens de la justice sont des gens de paix et de sagesse, ce que l’on peut observer pour quiconque connait personnellement ces gens-là (qu’ils soient Musulmans, Chrétiens, Bouddhistes, Juifs, Hindous, Taoïstes ou autres, et dont beaucoup connaissent bien leurs textes religieux et les savants de leur religion, là où d’autres se contentent de vivre selon les grands principes et valeurs de leur Religion, sans s’attarder sur certains détails ou aspects juridiques ou historiques, qui sont par ailleurs souvent le reflet d’une contingence historique n’ayant pas toujours vocation à être « universelle »).

8. Sur la guidance, l’égarement, l’existence du mal et de la « Punition divine »

Sur la guidance, le Qur’ân explique le sens de ce qu’il n’a pas compris où Allâh ne « scelle » pas les cœurs de façon arbitraire, mais scelle leur coeur selon leurs aspirations. Donc tant que leurs aspirations ne changent pas, ils n’auront pas de déclic. Mais si leur volonté change, alors Allâh les guidera sur la bonne voie, comme Il l’indique ailleurs dans le Qur’ân.

Tout comme les parents peuvent aimer sincèrement leurs enfants, se montrer miséricordieux et bons envers eux, mais aussi se mettre en colère pour de bonnes raisons – notamment les éduquer et condamner ce qu’ils font de mal -, ou réprouver certains de leurs actes et allant même jusqu’à les punir de façon appropriée et proportionnée.

L’existence du mal, de l’égarement ou des punitions remettent-elles en cause la Réalité de l’Absolu créateur, de l’Amour ou de la Sagesse ? Non, tout comme l’existence des maladies ou des gens idiots ne remettent pas en cause l’existence des gens en bonne santé, des médecins et de la médecine, ou de l’intelligence et des personnes intelligentes et bien-guidées. Les parents éduquent aussi leurs enfants les plus bornés avec des avertissements et des ‘menaces’ dans un but pédagogique et dissuasif avant de s’adapter à leurs besoins et profils, là où la douceur et la sagesse peuvent suffire pour d’autres, le tout toujours en visant un but plus élevé : les éloigner du mal, du blâmable et des illusions de l’ego qui poussent à l’orgueil, à l’arrogance, à la tyrannie, à l’auto-satisfaction, à l’ignorance, à l’indifférence et à la condescendance, autant de travers que l’on peut observer chez les anti-religieux et athégristes comme chez certains religieux très éloignés de la piété et de la spiritualité de leur propre Religion .

Quant à l’opposition apparente entre certains de Ses Attributs comme la Miséricorde et la Rigueur, les 2 sont nécessaires pour l’équilibre du monde et pour la psyché humaine ordinaire, et leur raison d’être a très bien été expliquée et dévoilée par le métaphysicien, exégète et maître spirituel l’Emir ‘Abd al-Qadir dans son Livre des Haltes (Kitâb al-Mawâqif en arabe), commenté aussi par Denis Gril au sein d’un ouvrage collectif consacré à l’Emir intitulé Abd el-Kader : Un spirituel dans la modernité (éd. Albouraq, 2010, sous la direction de l’islamologue et épistémologue Eric Geoffroy).

9. Sa critique du Qur’ân pour avoir employé la notion du « Ciel ».

Le ciel n’est pas qu’un concept, mais une réalité physique et composite, qui sert à désigner une chose concrète que l’on peut observer. Le « ciel » comme la « terre » sont des réalités formant un ensemble d’éléments. Dans le langage courant, comme sur le plan scientifique ou dans le langage poétique, on continue de les employer. Nier leur réalité peut s’apparenter à une sorte de folie, de croyance irrationnelle et d’obscurantisme.

C’est comme la distinction entre le « vous » (en tant que personne humaine ; ou même en tant que corps humain) puis le « vous » en tant qu’ensemble d’atomes, de particules, de cellules, de pensées, de traits de caractère. Opposer les 2 n’a donc aucun sens ni aucun fondement.

10. Incompréhension sur la notion « d’esclave/serviteur » pour désigner les croyants

Sur le terme esclave/serviteur, il n’y a rien de péjoratif en tant que notion religieuse et spirituelle (quand on parle du croyant vis-à-vis du Divin), cela signifie simplement que la créature est limitée et que sa vocation spirituelle est de L’adorer – notamment par la Connaissance de Son Être et de la Création – en s’élevant spirituellement pour s’émanciper de l’asservissement des choses matérielles et créées.

Qu’on le veuille ou non, nous sommes tous soumis à certaines normes ou contraintes (ne serait-ce que politiques, physiques, etc.). Même les « salariés et employés » d’aujourd’hui, y compris les « stars » qui signent avec l’industrie, sont des « esclaves » avec leurs droits et leurs devoirs, des interdictions et des restrictions, selon la teneur de leur contrat, et sont donc en quelque sorte « achetés » et « possédés » par d’autres êtres humains, et pas toujours des plus bienveillants et justes (énormément de dérives et de crimes sont commis dans ces milieux, beaucoup d’interdictions sur des libertés fondamentales ou prises de parole).
Il s’étonne aussi de voir que même « l’élu de Dieu », c’est-à-dire le Prophète Muhammad, était décrit comme étant son « esclave/serviteur », ce qui n’a rien de péjoratif, c’est tout simplement une évidence ontologique du rapport serviteur et créature par rapport au fait que le Divin soit Seigneur et Créateur.

11. Sur l’athéisme et la rationalité

L’athéisme n’est pas un antidote contre l’absurdité, l’irrationnel ou le terrorisme, puisqu’elle est par définition une croyance irrationnelle contestant le caractère rationnel de l’existence, de la science et de l’esprit humain, même si des athées se comportent en contradiction avec l’athéisme sur ce plan. Ensuite l’athéisme est par essence a-morale et ne propose aucune morale ni une éthique qui soient à la fois universelle, objective et transcendante. Les athées doivent donc s’inspirer des valeurs religieuses s’ils veulent cultiver une certaine éthique et morale. Certains idéologues athées modernes encouragent ou tolèrent même le mensonge, l’inceste, l’adultère, la pédophilie et le terrorisme, on ne peut donc pas dire qu’ils agissent et pensent de façon noble, non seulement car les textes et principes religieux condamnent ce genre d’actes, mais aussi car d’un point de vue rationnel et empirique, cela porte atteinte aux droits humains et au bon fonctionnement de la société.

Les régimes athées et/ou anti-religieux et/ou non-religieux qui ont plus été influencés par l’athéisme, le darwinisme social et le matérialisme, qu’ils soient communistes ou capitalistes, ont été les sociétés et pays les plus délétères, barbares et totalitaires que l’humanité ait connu au 20e siècle, que ce soit les régimes soviétiques et communistes, les pays impérialistes occidentaux ou les régimes nazis et fascistes, tous ont été coupables de certains génocides, massacres de grande ampleur, exécutions de masse, tortures, mensonges d’État, persécutions des religieux et des opposants politiques, de destruction environnementale et de pollution majeure. Ils ont même créé les conditions favorables à l’émergence des mouvements terroristes qui sévissent encore aujourd’hui, quand ils ne les financent pas directement (comme les USA et l’UE qui soutiennent ouvertement des organisations terroristes ouvertement athées et marxistes en Syrie, en Irak et en Turquie).

Que ce soit à l’échelle étatique comme la Chine ou la Corée du Nord, ou à l’échelle individuelle où des fanatiques agressent, censurent, menacent ou assassinent des religieux ou des personnes liées à une communauté religieuse, comme en Amérique du Nord ou en Europe, l’athéisme tue également et menace de nombreuses libertés, en plus de favoriser la folie, les croyances irrationnelles ou la violence, surtout là où le confort matériel ne peut plus endormir les consciences et neutraliser certaines menaces, comme nous l’avons vu tout au long du 20e siècle. La conscience religieuse vivifiée par l’intellect et la spiritualité permet d’éviter ce genre de choses, mais l’influence grandissante du sécularisme empoisonne les esprits et augmente le taux de schizophrénie et de fanatisme chez bien des individus de tous bords.

Le logicien, physicien et mathématicien – l’un des plus grands du 20e siècle – Kurt Gödel (1906 – 1978), dont la conception religieuse dans laquelle il se reconnaissait était celle de l’Islam puisqu’il écrivit : « J’aime l’islam, c’est une idée cohérente de la religion et une ouverture d’esprit » comme le rapporte Hao Wang dans A Logical Journey: From Godel to Philosophy (The MIT Press. 1996, p. 148), élabora plusieurs théorèmes mathématiques montrant l’inanité du scientisme et du matérialisme à travers les théorèmes d’incomplétude, du même qu’il démontra la nécessité logico-mathématique du Divin (en tant que Principe nécessaire, absolu et éternel à l’origine des éléments contingents de l’existence) et s’essaya même à une démonstration mathématique et logique de l’existence des Anges et des Jinns dans d’autres dimensions du Réel.

D’un point de vue à la fois logique, épistémologique et philosophique, les mathématiciens, scientifiques et philosophes des sciences Mahmoud Bina et Alireza K. Ziarani dans La philosophie de la science à la lumière de la Sagesse pérenne (éd. Tasnîm, 2021) ont démontré les contradictions, les limites et l’inconsistance des postulats et croyances sur lesquels se fondent aussi l’athéisme, comme le matérialisme, le scientisme, le subjectivisme, le relativisme et l’agnosticisme.

12. Sur la Sûrah al-Fatiha

Sa compréhension est lacunaire et étonnamment superficielle. Pour une étude plus profonde, sérieuse et subtile de la Sûrah Al Fatiha, voir par exemple celle de l’Imâm et Shaykh Ahmad Ibn ‘Ajiba (spécialiste de la langue arabe, du Qur’ân, de l’exégèse, du Hadith, de la théologie et de la logique) dans son Tafsir (la partie la Sûrah al-Fatiha a été traduite en français aux éditions i Littérature en 2022 sous le titre Commentaire du Qur’ân : La Fatiha), ou pour un contemporain, voir la conférence donnée par le spécialiste du Qur’ân et de la langue arabe, Nouman Ali Khan « Redécouvrir la Fatiha » et qui dure plusieurs heures, postée en 4 parties (avec les sous-titres en français) :

1) https://www.youtube.com/watch?v=hx6KKZrw5zI

2) https://www.youtube.com/watch?v=d_AyptxqdaYh

https://www.youtube.com/watch?v=d_AyptxqdaYh

3) https://www.youtube.com/watch?v=0SsW14ykDBc

4) https://www.youtube.com/watch?v=YXh02a9Ttak

Voir aussi son livre Divine Speech: Exploring Quran As Literature (Bayyinah Publishing, 2016), qui montre le caractère miraculeux et inimitable du Qur’ân du point de vue linguistique autant que psychologique, historique et scientifique.

13. Selon lui, le Qur’ân serait « désordonné et arbitraire » dans sa structure

Le corpus ‘Uthmanien du Qur’ân suit – comme il le rappelle – un ordre particulier, par longueur des Sûrates, des plus longues aux plus courtes. Mais cela ne signifie pas du tout que le Qur’ân est désordonné ou arbitraire, car ce choix est celui de l’inspiration prophétique, indiquant l’ordre des Sûrates et des Versets, et qui reflète les réalités de l’âme, où s’entremêlent les questionnements, les réflexions et les différents éléments existentiels qui surviennent souvent de façon cyclique au cours de notre vie. En cela, le Qur’ân est comme en phase avec nos pensées et nos réalités, et se décrit aussi comme étant un « Rappel pour les pieux », d’où certaines répétitions de versets, ou l’existence de versets aux enseignements similaires mais comportant chacune leur propre nuance, ou s’insérant dans un contexte particulier. Comme l’ont montré le Shaykh al-Akbar Ibn ‘Arabî (1165 – 1240) et d’autres auteurs plus tardifs comme René Guénon, Michel Vâlsan, Charles-André Gilis et Pierre Lory (comme dans son ouvrage La Science des lettres en Islam, éd. Dervy, 2004), à chaque lettre arabe qurânique correspond une valeur numérique, qui à leur tour, offrent une correspondance avec les réalités et principes théologiques, cosmologiques et métaphysiques, où les valeurs numériques présentent une précision et une cohérence – chaque lettre, mot et positionnement dans le Discours qurânique – défiant la simple volonté humaine, et réfutant par ce moyen, toutes les hypothèses faisant appel à une composition linéaire, plurielle et graduelle par différents auteurs au fil du temps (et ce bien que nous avons plusieurs manuscrits du Qur’ân des premières décennies de l’Hégire qui montrent bien que le Qur’ân était à la fois déjà complet et fixé par voie orale, mais aussi sur des supports écrits, avec quelques variantes dans la façon de « ponctuer », grâce aux signes diacritiques, certains mots pour en faciliter l’étude aux non-arabophones, système qui existait déjà avant l’Islam mais qui a été systématisé et répandu avec la propagation de l’Islam).

Sur la cohérence et la logique interne du corpus qurânique, voir aussi l’ouvrage de Farrin Raymond, Structure and Quranic Interpretation, a Study of Symmetry and Coherence in Islams Holy Tex (Islamic Encounter Serie, 2014)) qui réfute aussi les prétentions du YouTubeur, sur le caractère un peu désordonnée et arbitraire du Qur’ân.

14. Sur le défi qurânique autour de son « inimitabilité » et de sa compréhension

  Ce défi, dans le Qur’ân, est multiple, et là encore, l’idéologue athée en ignore les critères fournis par le Texte qurânique tout comme par les spécialistes (linguistes, métaphysiciens, exégètes, historiens, etc.). Le défi comporte la beauté du Verbe arabe dans sa forme qurânique, les précisions et nuances linguistiques fournies, la noblesse de ses enseignements, la profondeur spirituelle de Son Discours, les multiples niveaux de compréhension, son impact sur les cœurs, sa capacité d’apaiser les âmes, de transformer et de purifier les cœurs, ses principes et méthodes opératives capables d’élever spirituellement l’Homme, de pacifier son corps, son âme et son esprit, et de trouver un sens noble et effectif à sa présence sur Terre, etc. Et le fait même que le Qur’ân soit intemporel dans sa fonction et ses principes (théologiques, rituels, éthiques, juridiques, politiques, sociaux, métaphysiques, etc.) tout en prenant en compte les changements et modalités de nature temporelle, qui eux peuvent changer et évoluer avec le temps, offrant des outils et finalités juridiques prenant en compte les coutumes, pouvant les nuancer, les abroger, les suspendre, etc., toujours dans le cadre de tendre vers la justice, la sagesse et l’équilibre sociétal au sein d’une société donnée.

Le Qur’ân est singulier et miraculeux en ce sens que sa forme comme le fond sont inimitables ; guérisons spirituelles par son écoute, enseignements métaphysiques, scientifiques, éthiques, psychologiques, logiques, sociologiques, etc. qui se révèlent à chaque époque, qui s’interpénètrent et qui sont inépuisables, ne se limitant donc pas seulement qu’au sens apparent, comme l’attestent des milliers d’exégèses spirituelles, métaphysiques, philosophiques et autres. Tout cela est confirmé par l’expérience.

Un exemple parmi tant d’autres, où les précisions qurâniques sont aujourd’hui confirmées par les découvertes archéologiques et historiques, même quand le Qur’ân décrivait des événements étant antérieurs de plusieurs millénaires, notamment par rapport au Pharaon Ramsès II, au Prophète Mûsâ (Moïse) et aux Hébreux, comme l’a montré le chercheur Hocine Jaied dans une fabuleuse enquête, retranscrite sous forme de livre, intitulé L’histoire de Moïse et des Hebreux – D’après les données coraniques et archéologiques (éd. KA, 2023).

C’est quand on fait preuve d’humilité et de gratitude qu’on peut éduquer notre âme et être plus réceptif à la connaissance et aux réalités que l’on ignore encore à cet instant, 2 qualités fondamentales évoquées par le Qur’ân et qui doivent inspirer le croyant dans sa vie de tous les jours en principe, 2 qualités qui sont finalement remises en question ou balayées pour et par ce YouTubeur athée.

Dans ce verset, Allâh demande aux croyants de constamment observer la justice – dans les actes comme dans les témoignages – et ce même contre un peuple injuste qui aurait suscité de l’aversion et de la haine ? En prenant en compte l’ensemble des versets sur cette thématique, on s’aperçoit que ce peuple injuste, en plus de mécroire, accumule de nombreuses dérives et atrocités : trahison de pacte, tortures, meurtres de civils et de combattants légitimes, offensives militaires, persécutions religieuses, racisme, volonté d’éradiquer toute une communauté (ici musulmane), embargo, etc. En somme, ce qu’il y a de pire, comme l’ont fait les idolâtres parmi les qurayshites et leurs alliés. Si donc une telle nation hostile doit être traitée malgré tout avec justice et équité, que dire pour les pays ou groupes qui n’ont pas atteint un tel niveau de kufr ou de tyrannie ? Le verset ici, est général, et peut donc concerner aussi des pays musulmans, qui pour des raisons ethniques ou géopolitiques, ne s’apprécient pas ou sabotent mutuellement leurs relations ou projets. Dans tous les cas, le croyant doit oeuvrer pour la justice et se montrer équitable et toujours favorable à ce qui se conforme à la piété, comme l’indique le verset.

L’art islamique, que ce soit par la calligraphie, l’architecture, la peinture, les chants ou la poésie, sont les manifestations éclatantes de la beauté, de la profondeur, de la spiritualité, de la sagesse, de la grâce et de l’infinitude qui caractérisent l’Islam. L’art n’est que l’expression et le développement des principes et qualités contenus dans la Tradition islamique, elle-même reposant sur les plus nobles valeurs et vertus.

Dans l’histoire islamique, l’éclosion des vertus spirituelles et des qualités morales, de même que des principes métaphysiques, éthiques et théologiques, ne passaient parfois que par la poésie, le chant et l’architecture islamique, parfois bien plus efficaces pour éduquer la masse que de longs traités écrits et transmis dans les cercles savants.

Contempler l’architecture d’une mosquée traditionnelle fait naitre par exemple les sentiments de Beauté du Divin, de Sa Majesté et de Sa Grandeur, tout comme de Son Infinitude, et développe pour celui qui sait observer, des vertus comme l’humilité, la pudeur, la sagesse et la spiritualité, se fondant dans l’ambiance spirituelle du lieu, et se coupant des mauvaises influences de l’ego ou de la vie profane.

Par ailleurs, l’Islam, sans abolir les spécificités culturelles et les sensibilités psychologiques de chacun, les dépasse pour mieux les transcender et les sublimer. On le voit bien à travers l’art islamique ; le Sacré a épousé les formes artistiques persanes, turques, africaines, etc., chacune manifestant ses particularités tout en s’articulant autour de l’axe islamique, ou autrement dit, l’Unité transcendant la multiplicité.

Parmi les auteurs musulmans ayant le mieux exposé cette dimension civilisationnelle et spirituelle de la Tradition islamique, et dont les livres existent en français comme en anglais, il y a Titus Burckhardt (m. 1984), Jean-Louis Michon (m. 2013) et Seyyed Hossein Nasr (né en 1933).

Le métaphysicien, logicien, architecte, historien de l’art, islamologue, spirituel, traducteur, épistémologue, polyglotte et écrivain Titus Burckhardt écrivait : « La langue du Coran est omniprésente dans le monde de l’Islam. Toute la vie du musulman s’accompagne de formules coraniques, de prières, de litanies et invocations en arabe, dont les éléments sont puisés dans le Livre sacré ; d’innombrables inscriptions en portent témoignage. On pourrait dire que cette ubiquité du Coran agit comme une vibration spirituelle – il n’existe pas de meilleur terme pour désigner une influence de nature à la fois spirituelle et sonore , et que cette vibration détermine nécessairement les modes et les mesures de l’art musulman. L’art plastique de l’Islam est donc, d’une certaine manière, le reflet du Verbe coranique. Il est bien difficile, cependant, de saisir le principe qui relie cet art au texte coranique, non pas sur le plan narratif, qui ne joue aucun rôle dans l’art plastique normal de l’Islam, mais sur le plan des structures formelles, car le Coran n’obéit à aucune loi de composition, ni dans l’enchaînement de ses thèmes, étrangement discontinu, ni dans sa démarche verbale qui échappe à toutes les règles métriques. Son rythme, pourtant si puissant et si pénétrant, ne suit aucune mesure fixe : totalement imprévisible, il insiste parfois sur une rime martelée telle un battement de tambour puis change soudain d’ampleur et de pas, bouleversant les cadences de façon aussi inattendue que percutante. (…).

Mais le jeu de l’art obéit toujours à des règles faciles à deviner tandis que les vagues du discours sacré, si elles dessinent parfois des figures régulières, ont derrière elles tout un océan sans forme. De même, l’état d’harmonie intérieure qu’engendrent les paroles et la magie sonore du Coran se situe sur un tout autre plan que la satisfaction que peut offrir, par exemple, la poésie parfaite. Le Coran ne satisfait pas, il donne et il enlève en même temps; il élargit l’âme en lui prêtant des ailes, puis la terrasse et la dépouille.

Pour le croyant, il est, tel un orage, réconfortant et purificateur à la fois. L’art purement humain n’a pas cette vertu. C’est dire qu’il n’existe pas de « style » coranique qui puisse être transposé tel quel dans l’art. Mais il existe un état d’âme que la récitation du Coran entretient, qui prédispose à certaines manifestations formelles et en exclut d’autres. Le diapason coranique allie toujours la nostalgie enivrante à la plus grande sobriété : rayonnement du Soleil divin sur le désert humain » (Titus Burckhardt, L’Art de l’islam.  Langage et signification, éd. Tasnîm 2022, Chapitre : Le langage de l’art islamique. 1- Art arabe ou art islamique ?, pp. 50-51).

Le Qur’ân signifie ce qui est le plus récité et ce qui réunit et synthétise ce qui est épars, et il faut donc réunir tous les versets d’une même thématique pour en avoir une vision globale.  Le Discours qurânique lui-même définit un certain nombre de principes et de finalités qui doivent fonder la méthodologie fondamentale en matière de compréhension, d’interprétation et de pratique.

Ainsi, à titre d’exemples, le Qur’ân décrit Allâh, le Messager et le Qur’ân (Sa Parole Révélée) comme étant lumière, guide et miséricorde pour l’Humanité.

C’est ainsi que doit être le musulman, une miséricorde et une lumière de guidance – par la Grâce divine – qui incarne et manifeste la Sagesse pour l’Humanité, surtout lorsqu’elle sombre dans l’obscurité, le désespoir, l’orgueil, l’injustice, l’oppression et la décadence.

« Certes, ce Qur’ân guide vers ce qu’il y a de plus droit (et de meilleur), et il annonce aux croyants qui font de bonnes oeuvres qu’ils auront une grande récompense » (Qur’ân 17, 9).

« Nous faisons descendre du Qur’ân, ce qui est une guérison et une miséricorde pour les croyants » (Qur’ân 17, 82).

« Nous t’avons seulement envoyé (essentiellement) comme une Miséricorde et un Amour rayonnant pour les mondes » (Qur’ân 21, 107).

« Allâh est la Lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un (récipient de) cristal et celui-ci ressemble à un astre de grand éclat ; son combustible vient d’un arbre béni : un olivier ni oriental ni occidental dont l’huile semble éclairer sans même que le feu la touche. Lumière sur lumière. Allâh guide vers Sa lumière qui Il veut. Allâh propose aux êtres humains des paraboles et Allâh est Omniscient » (Qur’ân 24, 35).

« Il y a là des gens qui aiment à se purifier (intérieurement et extérieurement) ; et Allâh aime ceux qui se purifient » (Qur’ân 9, 108).

« Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne le Livre et la Sagesse et vous enseigne ce que vous ne saviez pas » (Qur’ân 2, 151).

« Ô gens du Livre ! Notre Messager (Muhammad) vous est certes venu, vous exposant beaucoup de ce que vous cachiez du Livre, et passant sur bien d’autres choses ! Une lumière et un Livre explicite vous sont certes venus d’Allâh » (Qur’ân 5, 15).

« C’est le Livre au sujet duquel il n’y a aucun doute, c’est un guide pour les pieux » (Qur’ân 2, 2).

« Ô Prophète ! Nous t’avons envoyé [pour être] témoin, annonciateur, avertisseur, appelant (les gens) à Allâh, par Sa permission ; et comme une lampe éclairante (Sirâjân Munîrân ; la racine de Minuirân vient du mot Nûr) » (Qur’ân 33, 45-46).

« Dis : Si la mer servait d’encre en vue d’écrire les Paroles de mon Seigneur, elle se serait tarie sans que les Paroles de mon Seigneur aient été épuisées, quand bien même Nous l’aurions doublée d’une autre mer en guise d’encre » (Qur’ân 18, 109).

« Quand bien même tous les arbres de la terre se changeraient en calames [plumes pour écrire], quand bien même l’océan serait un océan d’encre où conflueraient 7 autres océans, les Paroles d’Allâh ne s’épuiseraient pas. Car Allâh est Puissant et Sage » (Qur’ân 31, 27).

« Seigneur, accorde-moi sagesse (et savoir) et fais-moi rejoindre les gens de bien et de bonté. Octroie pour moi un langage de vérité destiné (et adapté) aux gens des derniers temps (tout en m’accordant une mention honorable sur les langues de la postérité). Et fais de moi l’un des héritiers du Jardin des délices » (Qur’an 26, 83-85).

« Il est le Premier (al-Awwal) et le Dernier (al-Akhir), l’Extérieur (al-Zâhir) et l’Intérieur (al-Bâtin). Il est informé de toute chose » (Qur’ân 57, 3).

« [Voici] un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets et que les doués d’intelligence réfléchissent ! » (Qur’ân 38, 29).

Ainsi, toute interprétation du Qur’ân, pour être légitime dans sa propre perspective, doit se fonder sur les principes de miséricorde, de justice, d’équité, de bonté, de connaissance et de sagesse. Allâh dit encore : « En toute vérité, Allâh commande la justice, la vertu et la générosité (libéralité, assistance) envers les proches, et Il interdit la turpitude, les actes répréhensibles, la tyrannie (la rébellion et l’injustice) » (Qur’ân 16, 90). Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit, en commentant l’éthique qurânique : « En vérité, Allâh a enveloppé (haffa) l’Islâm dans les nobles qualités et les belles oeuvres » (Rapporté par al-Ghazâlî dans Kitâb al-ma’isha wa akhlâq al-nubuwwa, selon Mu’âdh Ibn Jabal).

Qu’on le veuille ou non, le Qur’ân reste un « Livre ouvert » dont les racines (fondements) et le sommet (les idéaux et les finalités) sont immuables, mais dont les branches fleurissent à toutes les époques et offrent de belles et rafraichissantes perspectives, d’où les nouveaux tafasir qui apparaissent à chaque époque. Celui qui prétend figer et consigner toute la connaissance (humaine) sur des dispositions juridico-sociales qui sont par définition contingentes ou culturelles, sans en saisir la finalité du Discours qurânique, est condamné ou bien à s’enfermer dans des considérations temporelles du passé qui n’ont plus lieu d’être, et où l’interprétation circonstancielle du passé prend le pas sur l’actualisation de la Parole Divine (conforme à Ses propres fondements et finalités), ou alors, se fourvoie et se laisse égarer par les passions de notre temps, où la sagesse du passé et l’opérativité de la Parole Divine lui sont rendues inaccessibles et inopérantes, car suivant les idéologies (fondées sur des passions personnelles et des confusions diverses) du présent, qui sont, qui plus est, orientées contre le Sacré, ou qui lui tournent inconsciemment le dos.

La portée symbolique du Qur’ân et de la Tradition prophétique est évoquée à plusieurs reprises comme nous l’avons cité. Le langage étant limité, contrairement à la connaissance intégrale qui dépasse le langage humain, l’usage du symbolisme est une nécessité pour décrire des réalités dépassant le cadre « ordinaire » du mental et des phénomènes physiques : « Allâh guide vers Sa Lumière qui Il veut et propose des paraboles aux hommes, car Sa Science n’a point de limites » (Qur’ân 24, 35)

« N’as-tu pas vu comment Allâh propose en parabole une très bonne parole ? Elle est comparable à un arbre excellent dont la racine est solide, la ramure élevée dans le ciel et les fruits abondants en toute saison » (Qur’ân 14, 24-25).

« Et lorsque nous te disions que ton Seigneur cerne tous les gens par Sa Puissance et Son Savoir. Quant à la vision que nous t’avons montrée » (Qur’ân 17, 60).

L’émir ‘ Abd al Qadir dit dans ses Mawâqif : « Il est bien connu que la Parole du Réel est conforme à Sa science et que Sa science englobe et concerne le nécessaire, le possible et l’impossible, donc on n’est pas loin de penser que l’intention du Réel à partir du verset se ramène à tout ce qu’ont compris les exotéristes et les ésotéristes ainsi qu’à ce qu’ils n’ont pas encore compris. Voilà pourquoi, chaque fois qu’arrive quelqu’un dont Allâh a ouvert le regard intérieur et illuminé le cœur, on le voit faire sortir du verset et de la tradition un sens vers lequel celui qui le précédait n’avait pas été conduit. Et il en sera ainsi jusqu’au lever de l’heure. Et cela n’est dû à rien d’autre qu’à l’ampleur de la science du Réel ».

Comme le disait Rûmî, l’un des plus grands poètes et maîtres spirituels de l’humanité et qui était aussi logicien et théologien, le Qur’ân se dévoile selon notre expérience spirituelle et notre degré d’intelligence. Si une personne n’y voit que de la superficialité ou de la médiocrité, c’est là sans doute le reflet de sa propre personnalité ou le résultat de son atrophie intellectuelle.

Bien de Sages, des philosophes, des scientifiques, des artistes, des poètes, des logiciens, des juristes, des éthiciens, des métaphysiciens et d’écrivains ont été inspirés par le Qur’ân et le Modèle Muhammadien, et ont produit leurs plus grands chefs d’oeuvre, car leurs aspirations étaient nobles, et que leur méditation du Qur’ân et de la Tradition prophétique était profonde et pleinement vécue de l’intérieur.

Jalâl ud-Dîn Rûmî dit en effet dans son Fîhi-mâ-fihî (Le livre du-dedans) à propos de la profondeur du Qur’ân – son œuvre est en soi une sorte de commentaire spirituel et éthique du Qur’ân – : « Le Qur’ân est comme une jeune mariée : Tu essaies de retirer son voile, et elle ne te montre pas son visage. Au moment où la jeune mariée qu’est le sens du Qur’ân retire son voile, le royaume de la foi est dénué de trouble. Si l’examen du Qur’ân ne te donne aucune satisfaction et ne te dévoile rien, c’est parce qu’il refuse que tu retires le voile ; il a rusé avec toi en se montrant comme laid ; il te dit : « Je ne suis pas cette beauté ». Le Qur’ân est capable de se montrer sous l’apparence qu’il veut. Mais si tu ne cherches pas à lui ôter le voile, tout en œuvrant à son contentement, en arrosant son champ, et en lui rendant service de loin, par tout ce qui peut lui donner satisfaction, alors, sans que tu retires le voile, il se montrera à toi ».

L’imâm ‘Alî ibn Abû Tâlîb (‘alayhî salâm) a dit : « Si je le voulais, je pourrais écrire un commentaire de la Sûrate Al Fâtiha tellement long qu’il faudrait 70 chameaux [70 étant un nombre assez symbolique signifiant souvent un développement important ou une grande quantité) pour le transporter » (Récit rapporté par Abû Tâlib al-Makkî, Qût al-qulûb, 1/50).

L’imâm Abû Hâmid al-Ghazâlî commente cela dans son Ihyâ’ en disant : « Les significations spirituelles des Paroles d’Allâh sont, en effet, sans fin et les océans seraient épuisés avant que ne s’épuisent les Paroles d’Allâh (Exalté Soit-Il). Sous ce rapport, les capacités de compréhension des créatures sont diverses même s’ils possèdent au même degré la nécessaire connaissance de l’interprétation exotérique [littérale] ».

Comme nous le rappelait le scientifique, historien, théologien, philosophe et penseur iranien Seyyed Hossein Nasr dans Islam – perspectives et réalités (éd. Tasnîm, 2019) : « Bien des gens, en effet, lisent le Livre sacré sans en rien recevoir d’autre que le message littéral, parce qu’aucun texte sacré ne s’ouvre facilement au regard de l’homme pour lui révéler son secret. Le Qur’ân est comme l’Univers, il a de nombreux plans d’existence et de nombreux niveaux de signification, et une préparation est nécessaire à qui veut comprendre tout ce qu’il signifie ».

Et en effet, la méditation du Qur’ân demande aussi à ce que le lecteur se purifie de certaines illusions et superstitions, tant sur le plan intellect que dans son âme : « Et par l’âme et Celui qui l’a harmonieusement façonnée ; et lui a alors inspiré son immoralité, de même que sa piété ! A réussi, certes celui qui la purifie. Et est perdu, certes, celui qui la corrompt » (Qur’ân 91, 7-10).

C’est justement à tout cela que l’on saisit à quel point le Qur’ân est un Livre vivant qui n’est ni mort ni figé mais qui est le reflet de l’Essence divine, Son Auteur, à savoir Universel et Vivant, où son écoute et sa récitation font vibrer les cœurs, où ses enseignements éloignent des turpitudes et de nombreux maux, et où sa méditation profonde ouvre vers les réalités et perspectives les plus spirituelles, métaphysiques, élevées et universelles qui soient.

Le théologien, savant chrétien et métaphysicien Maître Eckhart (vers 1260 – 1328) dit dans le Sermon n°28 sur l’âme : « Il y a quelque chose dans l’âme, qui est incréée et incréable… Et c’est l’Intellect ».

En effet, comme l’indiquent le Qur’ân et les maîtres spirituels de la Tradition islamique, l’être humain se compose d’un corps (jism), d’une âme (nafs) et d’un esprit (rûh). Or, si le corps et les âmes sont créés et limités, et peuvent être corruptibles (soit par la maladie pour le corps soit par l’âme rebelle et obscurcit pour l’âme en tant qu’ego), l’esprit lui est directement en lien avec l’Esprit, à travers l’opération divine du Souffle divin, et c’est cela ce “quelque chose qui est incréée” en l’être humain et qui le relie au Divin, contrairement à son individualité.

L’Intellect (l’esprit) ne peut pas être corruptible et son lien avec la logique (qui est universelle) le prouve aussi sous ce rapport, mais l’intellect peut être voilé à travers les illusions et dérives de l’ego, du moins jusqu’à ce que l’être dompte et purifie son ego comme l’indique le Qur’ân, à l’instar du soleil (intellect) qui éclaire et illumine la lune (âme) qui absorbe et réfléchit à la fois sa lumière et se purifie par ce processus.

« Et par l’âme et Celui qui l’a harmonieusement façonnée ; et lui a alors inspiré son immoralité, de même que sa piété ! A réussi, certes celui qui la purifie. Et est perdu, certes, celui qui la corrompt » (Qur’ân 91, 7-10).

« Et lorsque ton Seigneur dit aux Anges : « Je vais créer un homme à partir d’une boue malléable. Lorsque Je lui aurai donné une forme harmonieuse et que j’aurai insufflé (nafakhtu) en lui de Mon Esprit (rûh), alors vous vous jetterez devant lui, prosternés » (Qur’ân 38, 71-72) et c’est sans doute à cause de cette perplexité qu’Iblis s’est rebellé, ignorant que ce Rûh, habitant le cœur de l’Homme, était à la fois un Don divin et ce lien entre le créé et l’Incréé qui donnait à l’être humain toute sa dignité, et ce qui motivait l’acte de révérence des Anges par la prosternation conformément à l’Ordre divin.

Wa Allâhu a’lam.

Conclusion

En conclusion, cet idéologue athée propose une approche lacunaire et même médiocre, où rien ne va : ni la méthodologie, ni les sources, ni les raisonnements. Il a par ailleurs lu notre réponse à sa vidéo, mais y a simplement répondu par un « non », sans proposer de « réfutation ». Bien que son approche soit superficielle et lacunaire, il n’y a ici aucune originalité, en ce sens que c’est le même disque rayé (bien qu’ici, sa petite touche personnelle soit celle du « ton humoristique », mais qui n’est pas de qualité) que l’on entend ici et là chez la plupart des idéologues athées que nous avons lu ou écouté (des plus célèbres qui ont vendu leurs livres à de très nombreux exemplaires et qui ont été promus par des institutions politiques, aux moins connus parmi les blogueurs et youtubeurs, que ce soit dans les communautés anglophones, francophones, arabophones, turcophones ou iranophones, c’est toujours le même discours à peu de choses près); pas de bagage intellectuel conséquent, pas de culture islamique (au sens ici de la connaissance sur les courants intellectuels, politiques, historiques, théologiques, spirituels, philosophiques, etc. rattachés à l’Islam), méconnaissance totale des principes et réalités métaphysique, aucune connaissance concernant les aspects sociologiques, psychologiques et anthropologiques des populations musulmanes, confusions entre le politique et le religieux, poncifs et préjugés classiques, etc.

On le voit d’ailleurs bien en lisant les commentaires qui saluent son approche superficielle et condescendante, ce sont des gens qui n’ont jamais lu le Qur’ân par eux-mêmes et qui ne possèdent aucun bagage intellectuel sérieux et approfondi sur l’Islam, l’épistémologie et la philosophie.

Un regard objectif montre que sur tous les points qu’il a jugé problématiques, aucun n’a ne repose sur une connaissance solide ou sur une démonstration convaincante, et c’est même le contraire, tous les points ont été réfutés.

L’ouvrage de Denis Gril et Francesco Chiabotti Le Serviteur de Dieu – La figure de Muhammad en spiritualité musulmane (éd. Cerf, 2020) est une excellente introduction en la matière (approches historiques, anthropologiques, théologiques, exégétiques et spirituelles) pour quiconque souhaite approcher le Qur’ân et la figure prophétique de Muhammad de façon plus sérieuse et objective, par des académiciens qualifiés.

Et vraiment, nous insistons sur ce point, il faut prendre le temps de lire ou d’écouter des auteurs comme René Guénon, Maurice Gloton, Denis Gril, Inès Safi, Eva de Vitray-Meyerovitch, Malek Bennabi, Hamza Benaïssa, Martin Lings, Seyyed Hossein Nasr, Frithjof Schuon, Titus Burckhardt, Muhammad Hamidullah, Jean-Louis Michon, Tayeb Chouiref, Sofiane Meziani, Reza-Shah Kazemi, Nouman Ali Khan, Mahmoud Bina, Alireza K. Ziarani, Roger Du Pasquier, Pierre Lory, Bruno Abdelhaqq Guiderdoni, et d’autres de la même trempe, qui expliquent très bien les choses, avec beaucoup d’érudition, de sagesse et d’humilité, et qui connaissent bien mieux les subtilités et l’histoire des différentes civilisations et communautés religieuses, ainsi que les thèses modernistes, la philosophie moderne et les sciences, que tous les athées (célèbres et moins célèbres) que nous avons pu lire ou écouter, et même avec qui nous avons directement débattu et échangé (y compris parmi les adeptes de la « zététique »). Dans un autre registre, on peut citer aussi le philosophe et logicien Frédéric Guillaud, d’une part dans sa réfutation rationnelle de l’athéisme et du freudisme dans son ouvrage Dieu existe – Arguments philosophiques (éd. Cerf, 2013 ; où il réfute les croyances du freudisme, du kantisme, du scientisme, du matérialisme et de l’athéisme, aussi bien par la démonstration logico-rationnelle que par les données de la physique, des mathématiques et de la biochimie, même si sa critique de certains concepts scientifiques comme la complexité irréductible est très légère), et d’autre part, – même si nous ne sommes pas Chrétiens (bien que nous soyons aussi fidèles et suiveurs du Christ dans une perspective islamique et métaphysique) – dans sa réfutation (pertinente mais lacunaire sur quelques points, notamment dans sa défense du dogme de la « Divinité du Christ » ou de ses préjugés sur l’Islam) des thèses orientalistes et « hypercritiques » dans son Catholix Reloaded – Essai sur la vérité du christianisme (éd. Cerf, 2015), réfutations dont les principes peuvent aussi infirmer les prétentions orientalistes et « hypercritiques » sur l’Islam et ses origines, non seulement du point de vue intellectuel et logique, mais aussi d’après les plus récentes découvertes archéologiques et historiques qui confirment sans l’ombre d’un doute, les grandes lignes de la Tradition musulmane dans les événements et grands personnages des débuts de l’Islam.

Une approche holistique de l’Islam, incluant à la fois l’intelligence ou l’approche « intuitive » et spirituelle, de même que l’érudition, et surtout la pratique de l’Islam en tant que foi et spiritualité, peuvent se passer de nombreux discours théoriques souffrant de nombreuses lacunes. Beaucoup de réalités et vérités de l’Islam ou plus généralement de la « foi » se vivent et se « goûtent » par la pratique, de même que les Dons divins et Ses bienfaits, qui se perçoivent dans la vie du quotidien, et qui se manifestent parfois sous la forme de « visions spirituelles », d’états spirituels, de rêves prémonitoires, de rencontres magnifiques répondant à un « appel du cœur », etc. Mais de cela évidemment, ils n’en savent rien, puisque seuls ceux qui y ont goûté peuvent le saisir, alors que c’est pourtant là l’essentiel de l’Islam et de la « Foi » (qui, dans une perspective traditionnelle, une sorte de synthèse entre la Connaissance, l’Amour, la Confiance en Lui, la Piété et la Sincérité, ainsi qu’une « faculté » ou dimension spirituelle de l’être). C’est aussi ce qui explique en partie l’inanité des thèses athées ou antireligieuses, car l’essentiel échappe à leurs « investigations », qui, bien que pouvant être parfois pertinentes sur certains points, en éludent l’essentiel, en réduisent la portée, et en déforment certains aspects, parfois en raison simplement de leur ignorance ou de la méconnaissance d’un certain nombre de données historiques, linguistiques, sociologiques et scientifiques.


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