La connaissance de la métaphysique et des réalités spirituelles s’obtient par l’ascèse spirituelle

Si les sciences naturelles et physiques, tout comme la théologie spéculative et la rationalité peuvent apporter un certain degré de connaissance, celles-ci se limitent généralement au monde sensible, à la psychologie et à la philosophie, mais demeurent incapables, à elles seules, d’aller au fond des choses et d’atteindre la Réalité ultime. La différence qualitative de nature entre la métaphysique (et le dévoilement spirituel) et la philosophie peut être illustrée par la rencontre entre le métaphysicien et maître spirituel musulman Ibn ‘Arabî et le philosophe musulman Ibn Rushd, et le dialogue qui s’en était suivi comme le rapporte Ibn ‘Arabî lui-même dans ses Futûhât al-Makkîyya (pp.235-238) :

« Je me suis rendu un jour à Cordoue, à la demeure d’Abû l-Wâlid Ibn Rushd, grand juge de la ville, qui avait manifesté le désir de me connaître personnellement parce que ce qu’il avait entendu à mon sujet l’avait fort émerveillé, c’est-à-dire les récits qui lui étaient arrivés au sujet des illuminations et inspirations qu’Allâh m’avait accordées au cours de ma retraite spirituelle. Aussi, mon père, qui était un de ses amis intimes, m’envoya chez lui prétextant une commission à lui faire, mais seulement pour donner ainsi l’occasion à Ibn Rushd de converser avec moi. J’étais en ce temps-là un jeune adolescent imberbe. Dès qu’il m’aperçut, le philosophe se leva de sa place, vint à ma rencontre en me prodiguant des marques démonstratives d’amitié et de considération, et finalement me serra dans ses bras. Puis il me dit : « Oui ». Et à mon tour, je lui répondis : « Oui ». Alors sa joie s’accrut de constater que je l’avais compris. Mais ensuite, prenant moi-même conscience de ce qui avait provoqué sa joie, j’ajoutai : « Non ». Aussitôt, Ibn Rushd se contracta, la couleur de ses traits s’altéra, il sembla douter de ce qu’il pensait. Il me posa cette question : « Quelle sorte de solution as-tu trouvée par l’illumination et l’inspiration divine ? Est-ce identique à ce que nous dispense à nous la réflexion spéculative ? ». Je lui répondis : « Oui et non. Entre le oui et le non les esprits prennent leur vol hors de leur matière, et les nuques se détachent de leur corps ». Ibn Rushd pâlit, je le vis trembler; il murmura la phrase rituelle : « il n’y a de force qu’en Allâh » – car il avait compris ce à quoi je faisais allusion.

Plus tard, après notre entrevue, il interrogea mon père à mon sujet, afin de confronter l’opinion qu’il s’était faite de moi et de savoir si elle coïncidait avec celle de mon père ou au contraire en différait. C’est qu’Ibn Rushd (Averroès) était un grand maître en réflexion et en méditation philosophique. Il rendit grâces à Allâh, me dit-on, de l’avoir fait vivre en un temps où il pût voir quelqu’un qui était entré ignorant dans la retraite spirituelle, et qui en était sorti tel que j’en étais sorti. C’est un cas, dit-il, dont j’avais affirmé moi-même la possibilité, mais sans avoir encore rencontré personne qui l’ait expérimenté en fait. Gloire à Allâh qui m’a fait vivre en un temps où existe un des maîtres de cette expérience, un de ceux qui ouvrent les serrures de Ses portes. Gloire à Allâh qui m’a fait la faveur personnelle d’en voir un de mes propres yeux. Je voulus avoir une autre fois une nouvelle entrevue. La Miséricorde Divine me le fit apparaître en une extase, sous une forme telle qu’entre sa personne et moi-même, il y avait un léger voile. Je le voyais à travers ce voile, sans que lui-même me vît ni ne sût que j’étais là. Il était en effet trop absorbé dans sa méditation, pour s’apercevoir de moi. Alors je me dis : son propos ne le conduit pas là où moi-même j’en suis.

Je n’eus plus l’occasion de le rencontrer jusqu’à sa mort qui survint en l’année 595 de l’hégire (1198), à Marrâkesh. Ses restes furent transférés à Cordoue, où est sa tombe. Lorsque le cercueil qui contenait ses cendres eut été chargé au flanc d’une bête de somme, on plaça ses œuvres de l’autre côté pour faire contrepoids. J’étais là debout en arrêt : il y avait avec moi le juriste et lettré Abû l-Hussayn Muhammad ibn Jubayr, secrétaire du Sayyed Abû Sa’îd (prince almohade), ainsi que mon compagnon Abû l-Hakam ‘Amrû ibn as-Sarrâj, le copiste. Alors Abû l-Hakam se tourna vers nous et nous dit : « Vous n’observez pas ce qui sert de contrepoids au maître Ibn Rushd sur sa monture ? D’un côté le maître (imâm), de l’autre ses œuvres, les livres composés par lui ». Alors Ibn Jubayr de lui répondre : « Tu dis que je n’observe pas, ô mon enfant ? Mais certainement que si. Que bénie soit ta langue ! » Alors je recueillis en moi (cette phrase d’Abû l-Hakal), pour qu’elle me soit un thème de méditation et de remémoration. Je suis maintenant le seul survivant de ce petit groupe d’amis – qu’Allâh les ait en Sa miséricorde – et je me dis alors à ce sujet : D’un côté le maître, de l’autre ses œuvres. Ah ! comme je voudrais savoir si ses espoirs ont été exaucés ».

Le Qur’ân parle de la sagesse, de la purification de l’âme et de la connaissance bénéfique, et du fait que purifier son âme et faire le bien apportent la quiétude du cœur et la clairvoyance :

« ceux qui ont cru, et dont les cœurs se tranquillisent à l’évocation d’Allâh ». Certes, c’est par l’évocation d’Allâh que les cœurs se tranquillisent » (Qur’ân 13, 28).

« Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne le Livre et la Sagesse et vous enseigne ce que vous ne saviez pas » (Qur’ân 2, 151).

« Et gardez dans vos mémoires ce qui, dans vos foyers, est récité des versets d’Allâh et de la sagesse » (Qur’ân 33, 34).

« Et (Allâh) lui enseignera l’écriture, la Sagesse, la Torah et l’Evangile » (Qur’ân 3, 48).

« Et quand il eut atteint sa maturité et sa pleine formation, Nous lui donnâmes la faculté de juger et une science. C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants » (Qur’ân 28, 14).

« Et quand il eut atteint sa maturité Nous lui accordâmes sagesse et savoir. C’est ainsi que nous récompensons les bienfaisants » (Qur’ân 12, 22).

« Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avons donné une grâce de Notre part, et à qui Nous avons enseigné une science émanant de Nous. Mûsa lui dit : « Puis-je te suivre à la condition que tu m’apprennes ce qu’on t’a appris concernant une bonne direction ? » L’autre dit : Sûrement, tu ne pourras pas être patient avec moi » (Qur’ân 18, 65-67).

« Dis : Si la mer se faisait d’encre pour écrire le langage de mon Seigneur, elle s’y épuiserait, même si Nous en doublions l’étendue, avant que ne s’épuisât le langage » (Qur’ân 18, 109).

« Dis : Si la mer servait d’encre en vue d’écrire les Paroles de mon Seigneur, elle se serait tarie sans que les Paroles de mon Seigneur aient été épuisées, quand bien même Nous l’aurions doublée d’une autre mer en guise d’encre » (Qur’ân 18, 109).

« Il est le Premier (al-Awwal) et le Dernier (al-Akhir), l’Extérieur (al-Zâhir) et l’Intérieur (al-Bâtin). Il est informé de toute chose » (Qur’ân 57, 3).

« Seigneur, accorde-moi sagesse (et savoir) et fais-moi rejoindre les gens de bien » (Qur’ân 26, 83).

« Il ne convient pas à un être humain qu’Allâh s’adresse à lui autrement que par inspiration ou derrière un voile » (Qur’ân 42, 51).

« Craignez donc Allâh (soyez pieux) et Allâh vous enseignera » (Qur’ân 2, 282).

« Il donne la sagesse à qui Il veut et quiconque reçoit la sagesse reçoit un bien immense » (Qur’ân 2, 269).

« Voilà vraiment des preuves et des signes, pour ceux qui savent observer (avec perspicacité) ! » (Qur’ân 15, 75).

« Car assurément les yeux ne s’aveuglent pas, mais ce sont les cœurs qui sont dans les poitrines qui s’aveuglent » (Qur’ân 22, 46). Le terme « basar » fait référence aux yeux physiques et « basira » fait référence aux « yeux spirituels » – la « vision du cœur » -, l’un des compagnons Khalid ibn Madan a dit : « Chaque serviteur a 2 yeux sur son visage par lesquels il voit ce monde et 2 yeux dans son cœur par lesquels il voit l’Au-delà (le monde spirituel). Ainsi, si Allâh désire du bien pour Son serviteur, Il ouvre les 2 yeux de son cœur et il voit ce qui lui est promis dans l’invisible, et ils (ces yeux) viennent de l’invisible » (rapporté par At-Tabarî).

« … J’invoque Allâh avec une perspicacité spirituelle (basira), moi et ceux qui me suivent … » (Qur’ân 12, 108).

« Est-ce que celui qui était mort et que Nous avons ramené à la vie et à qui Nous avons assigné une lumière grâce à laquelle il marche parmi les gens » (Qur’ân 6, 122).

« Accepte ce qu’on t’offre de raisonnable, commande ce qui est convenable et éloigne-toi des ignorants (qui t’éloignent du Divin et du bien). Et si jamais le Shaytân t’incite à faire le mal, cherche refuge auprès d’Allâh. Car Il entend, et sait tout. Ceux qui pratiquent la piété, lorsqu’une suggestion du Shaytân les touche, se remémorent Allâh : et les voilà devenus clairvoyants. (Quant aux malfaisants), leurs partenaires (parmi les diables) les enfoncent dans l’aberration, puis ils ne cessent (de s’enfoncer davantage) » (Qur’ân 7, 199-202).

Le Prophète Muhammad (ﷺ) a dit : « Sans les démons [leurs influences et suggestions] qui entourent les « coeurs » ; les fils d’Adam pourraient (perce)voir le Monde Spirituel (malakût) ». (Rapporté sous l’autorité de Abû Hurayra, et rapporté par Ahmad ibn Hanbal dans son Musnad n°8760, par Ibn Abi Shayba dans son Musannaf n°35916, authentifié aussi par As-Suyûtî).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Le Qur’ân possède un extérieur, un intérieur, [Il] détermine des principes et ouvre sur l’universel » (Rapporté par At-Tabarânî, ainsi que par l’auteur du Tâj al-tafâsîr et par Al-Hindi dans Kanz ul-Ummal n°3086.

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Combien connaissent les règles religieuses (fiqh) tout en manquant de clairvoyance (laysa bifaqîh) ! » (Rapporté par différents rapporteurs parfois avec quelques petites variantes, comme At-Tabarânî, et Al-Hindi dans Kanz ul-Ummal n°29004.

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Enseignez, facilitez et ne rendez pas les choses difficiles, annoncez de bonnes nouvelles et ne faites pas fuir et lorsque l’un d’entre vous s’énerve qu’il se taise » (Rapporté par Ahmad dans son Musnad n°2556 selon Ibn ‘Abbâs, sahîh, par Al-Bazzâr dans son Musnad n°4872, Al-Munawî dans Fayd al-Qâdîr n°5480 et par At-Tabarânî dans son recueil 11/33 n°10951 avec une petite différence).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Peut-être que celui à qui on transmet (une information ou une science) saisit mieux que celui qui entend directement » (Rapporté notamment par Al-Bukharî rapporte dans son Sahîh n°1741).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Les justes de chaque génération porteront ce savoir et le préserveront de la déformation des rigoristes, de l’usurpation des imposteurs et de l’interprétation des ignorants » (Rapporté par At-Tabarânî dans Musnad al-Shâmiyyiîn n°588 par une voie sahîh, Al-Hakîm At-Tirmidhî dans Nawâdir Al-Ussûl n°1165, par At-Tabarî, Tamâm, ‘Adî dans ses Fawâîd, Ibn al Qayyim dans Miftâh dâr as-sa’âda 1/164 qui le juge Sahîh, Ibn al Wazîr aussi Sahîh ou Hassan, l’imâm Ahmad le juge Sahîh ainsi qu’Ibn ‘Abd al-Barr, rapporté aussi par al-Bayhaqî dans Sunân al Kubrâ’ ; il a été relaté par plusieurs voies via ‘Alî, Mu’âdh Ibn Jabal,  Ibn ‘Umar, Abû Umama, Ibn ‘Abbâs, Abû Hurayra, Anas Ibn Mâlik, Ibn Mas’ûd et d’autres, certaines sont faibles et d’autres sont bonnes et authentiques).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Seul peut commander le bien ou interdire le mal celui qui fait preuve de douceur lorsqu’il ordonne ou interdit ; celui qui est patient et intelligent lorsqu’il ordonne ou interdit ; celui qui connaît et comprend [véritablement] les règles religieuses lorsqu’il ordonne ou interdit » (Rapporté notamment par Shaykh Ahmad al-Alawî dans l’introduction de son Al-Qawl al-ma’rûf fî l-radd ‘alâ man Ankara l-tasawwuf).

Le Prophète (ﷺ) a dit : « Celui pour qui Allâh désire un bien immense, Il lui accorde (yafaqqihhu/yufqihhu fil din) une compréhension supérieure et une perspicacité dans la religion. Je ne fais que distribuer (le Qur’ân, la Sunnah et la Sagesse) et c’est Allâh qui donne (c’est-à-dire la compréhension et la sagesse de Lui) ». (Rapporté par Muslim dans son Sahîh n°1037, une partie similaire est aussi relatée dans un autre hadith rapporté par al-Bukharî dans Al-Adab al-Mufrad n°666 ainsi que par Mâlik dans Al-Muwattâ’ n°1633 et Ibn Mâjah dans ses Sunân n°220 et 221.

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Le détachement vis-à-vis du monde (des affaires mondaines) repose le coeur et le corps, tandis que le désir mondain et la passion engendrent le souci, la tristesse et la souffrance, et l’oisiveté durcit le coeur ». (Rapporté par As-Suyûtî dans al-Jâmi’ al-Saghîr n°4596 selon ‘Abdullâh Ibn ‘Amr avec une bonne chaine, par al-Qudâ’î dans Musnad al-Shihâb et d’autres).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Je vous recommande la tristesse nostalgique (qui amène à se rapprocher d’Allâh, à méditer et à s’éloigner des affaires mondaines), car c’est la clef du coeur : affamez et assoiffez votre ego (afin de ne pas suivre ses caprices et ses mauvais penchants) » (Rapporté par At-Tabarânî dans Al-Mu’jam al-Kabir selon Ibn ‘Abbâs et Al-Haythâmî juge que la chaine est bonne dans Majmâ’ al-Zawâ’îd n°14188).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Lorsqu’Allâh veut le bien pour un serviteur, Il lui accorde une saine exhortation venant de son coeur » (Rapporté par Ad-Daylamî dans Musnad al-Firdaws selon Umm Salama, par Hâfiz al-‘Iraqî dans son Takhrîj ahâdith al-Ihyâ’ au chapitre ‘Ajâ’îb al-qalb avec une bonne chaine et d’autres).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Lorsque la lumière entre dans le cœur, celui-ci se dilate et s’élargit ».  On demanda (au Prophète) : « Quel est le signe qui atteste de cela ? ». Le Prophète répondit : « Le fait de s’orienter vers la Demeure de l’éternité (l’Au-délà ; le Monde céleste), de se détourner de la Demeure de l’illusion et de se préparer (spirituellement) à la mort (physique) avant qu’elle n’arrive ». (Rapporté par Al-Hakîm at-Tirmidhî dans Nawâdir al-Ussûl 1/528-529 qui le commente, selon Ibn Mas’ûd ainsi que par al-Hâkim dans son Mustadrak n°7863 selon Ibn Mas’ûd et n°8623 selon un hadith de Ibn ‘Umar un peu plus loin, avec une voie sahîh).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Méfiez-vous de la vision/lumière intérieure (firasa) du croyant car il voit avec la lumière d’Allâh ». Ensuite il récita (le verset du Qur’ân) : « Voilà vraiment des preuves et des signes, pour ceux qui savent observer (avec perspicacité) ! » (Qur’ân 15, 75) » (Rapporté par plusieurs voies selon Abû Sa’îd al-Khudrî, Abû Umama, Ibn ‘Umar, Anâs Ibn Mâlik et d’autres, certaines voies étant faibles et d’autres étant bonnes ; par Sahl al-Tustari dans son Tafsîr au verset 15/75, par At-Tirmidhi dans ses Sunân n°3127 par Al-Bazzar dans son Musnad 4/3632, par al-Khatib al-Baghdadî dans Târîkh Baghdâd 3/191-192, par Abû Nu’aym dans Hilyat al-Awliyâ 4/94, par Ibn al-Qayyîm dans et dans Al-Turuq al-Hakamiyyah et dans Madârij al-Salikîn 2/482 qui considère l’imâm As-Shafi’i comme faisant partie de ceux qui avaient ce don spirituel, par Al-Bukharî dans son Târîkh, At-Tabarî dans son Tafsîr au passage qurânique 15/75, par Al-Hâkim at-Tirmidhî, At-Tabarânî dans al-Mû’jam al-Kabîr et d’autres encore l’ont rapporté, et authentifié spirituellement par de nombreux awliyâ’) ainsi que le hadith : « Allâh possède des serviteurs qui connaissent les choses par la firasa (clairvoyance, perspicacité et connaissance de nature spirituelle) » selon Anas, rapporté par At-Tabarânî dans Al-Mû’jam al-Awsat 3/207, At-Tabarî dans son Tafsîr 14/46, par Al-Haythâmî dans Majmâ’ al-Zawâ’îd 10/268 avec une bonne chaine, voir aussi Al-Ghazâlî dans son Ihyâ’ 2/59 avec un hadîth ayant le même sens, ainsi qu’As-Suyûtî dans Tarikh al-khulafa et l’imâm Ahmad).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Il y a 4 types de cœurs : le coeur dépouillé dans lequel se trouve une lumière semblable à un flambeau qui illumine ; le coeur enfermé dans une enveloppe ; le coeur inversé ; et le coeur divisé. Le coeur dépouillé et poli est celui du croyant et le flambeau qui s’y trouve est sa lumière (reçue d’Allâh), ; le coeur enfermé est celui de l’incroyant (privé de la lumière reçue par Allâh) ; le coeur inversé est celui de l’hypocrite qui connait (théoriquement) la vérité mais la refuse et la rejette ; le coeur divisé est celui dans lequel se trouve une part de foi et une part d’hypocrisie. La part de la foi qui s’y trouve est comparable à une bonne plantation arrosée par une eau pure ; et la part d’hypocrisie qui s’y trouve est comparable à une blessure baignée de pus et de sang. Celle qui sera la plus forte parmi les 2 (la part de foi ou la part d’hypocrisie) sera celle qui dominera le coeur (de cette personne) ». (Rapporté par Ahmad dans son Musnad n°11129 selon Abû Sa’îd al-Khudri, sahîh selon Ahmad Shakir et d’autres. Ibn Kathîr dans son Tafsîr dit que : « La chaine de ce hadith est de qualité (isnâduhu jayyid) ». As-Shawkani dans Al-Fath Al-Qadir dit : « Sa chaîne est bonne ». Rapporté aussi par At-Tabarânî dans al-Mû’jam al-Saghîr, et selon une autre voie par ‘Abdullâh Ibn Ahmad dans Kitâb as-Sunnah, par Abû Nu’aym dans Hilyat al-Awliyâ’, par Ibn Abi Shayba et d’autres encore).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Quiconque me voit dans un rêve m’a vraiment vu, car Shaytan ne peut pas prendre ma forme, et la vision du rêve du croyant (ru’ya) est une partie de 46 de la prophétie ». (Rapporté avec quelques variantes par Ibn Mâjah dans ses Sunân n°3893 à 3905 selon Ibn Mas’ûd, Ibn ‘Umar, Abû Sa’îd al-Khudri, Jabir, Abû Juhayfa, Ibn ‘Abbâs, Abû Hurayra et d’autres, tous sahîh, par al-Bukhari dans son Sahîh n°110 et 6994 selon Anas Ibn Mâlik, par At-Tirmidhî dans ses Sunân n°2276 et 2280, etc.).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « A l’approche de l’Heure, les rêves d’un croyant ne manqueront presque jamais de se réaliser, et le plus véridique d’entre eux dans les rêves sera le plus véridique d’entre eux dans la parole. Le rêve d’un musulman est un aspect (ou partie) parmi les 46 aspects (parties) de la prophétie, et les rêves sont de 3 sortes : (1) le rêve véridique qui est une bonne annonce d’Allâh ; (2) les rêves dans lesquels le Shaytân terrifie quelqu’un [et mieux vaut ne pas en parler ou y prêter attention] ; (3) et les rêves psychologiques qui arrivent à la personne elle-même. (…) ». (Rapporté par at-Tirmidhî dans ses Sunân n°2270 selon Abû Hurayra, chaîne sahîh, et une partie du hadîth a été rapportée aussi selon ‘Ubadah Ibn As-Samit n°2271, par Anas Ibn Malik n°2272, par Abû Ad-Dardâ’ et ‘Ata’ Ibn Yasar n°2273 et d’autres).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Les plus véridiques d’entre vous sont ceux qui ont les rêves les plus véridiques et authentiques. Il existe 3 types de vision. La vision juste est la bonne nouvelle d’Allâh, la vision affligeante vient de Shaytân et la vision (psychologique) venant de soi-même. Si l’un de vous voit quelque chose qu’il n’aime pas, qu’il se lève pour prier et qu’il n’en parle pas aux gens » (Rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh n°6614, par Muslim dans son Sahîh n°2263 selon Abû Hurayra).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Lorsque l’Heure approchera, presque aucune vision (spirituelle) de rêve du croyant ne sera fausse. La vision du rêve du croyant est une partie des 46 aspects de la prophétie, et la prophétie ne ment (ou ne se trompe) jamais » (Rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh n°6614, par Muslim dans son Sahîh n°2263 selon Abû Hurayra).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Ô Allâh, illumine mon cœur, et déverse la lumière sur ma langue, dans mon ouïe, dans ma vue, au-dessus de moi, en-dessous de moi, à ma droite, à ma gauche, devant moi, derrière-moi, (Ô Allâh) illumine mon âme, et rend la lumière abondante sur et pour moi » (Rapporté par Al-Bukharî dans son Sahîh n°6316, par Muslim dans son Sahîh n°763 selon Ibn ‘Abbâs).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Il y avait, dans les peuples qui étaient avant vous, des hommes qui étaient inspirés (muhaddathûn). S’il y en a bien (un particulièrement) dans cette Ummah, c’est ‘Umar (Ibn al-Khattâb) ». (Rapporté par al-Bukhârî dans son Sahîh n°3689 selon Abû Hurayra). A noter que ce hadith légitime l’inspiration divine des grands sages que l’on peut retrouver dans la Perse antique, l’Egypte antique, la Grèce antique, etc. et qui étaient bien inspirés, rattachés à l’Unité principielle et donc au Divin, et incarnant la vertu et la sagesse.

Mais ‘Umar n’était pas le seul, puisque d’autres comme Abû Bakr, ‘Alî et Salmân par exemple étaient connus pour leurs inspirations (divines) aussi ainsi que la lumière divine qui avait été déposée dans leur « cœur » également.

Il a été rapporté sous l’autorité de Bakr ibn ‘Abdullâh al-Muzanni qu’« Abû Bakr ne vous est pas supérieur en raison de son abondance de prière et de jeûne, mais il a été favorisé et vous est supérieur par une chose (un secret et une lumière) se trouvant dans son cœur » (Rapporté par al-Hâkim at-Tirmidhî dans Nawâdir al-Ussûl 1/148).

Le Shaykh Ibn Taymiyya dans son Majmu` al-Fatâwa (2/385) considérait que ce « quelque chose » consistait dans la certitude spirituelle (yaqîn) et dans la foi « pure » (imân). Quant au Shaykh Mullâ `Ali al-Qari il disait « C’est quelque chose d’immuable, profondément enraciné, continu et permanent, consistant en le souvenir (et remémoration) du Seigneur ».

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Abû Bakr interprète les songes, et les pieux songes sont une part de la Prophétie » (Rapporté par At-Tabarânî dans Al-Mû’jam Al-Kabîr, As-Suyûtî dans Ar-Rawd Al-Anîq fi Fadl As-Siddiq et d’autres, selon Samrah).

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Je reçus l’Ordre de charger Abû Bakr d’interpréter les songes » (Rapporté par Ad-Daylamî dans son Musnad, As-Suyûtî dans Ar-Rawd Al-Anîq fi Fadl As-Siddiq et d’autres, selon Samrah).

Al-Bukharî dans son Sahîh n°7046 selon Ibn ‘Abbâs rapporte le hadith dans lequel un homme vient voir le Prophète (ﷺ) et dit : « J’ai vu dans un rêve, un nuage ayant de l’ombre. Du beurre et du miel en tombaient et j’ai vu les gens en cueillir dans leurs mains, certains en ramassant beaucoup et d’autres un peu. Et voici, il y avait une corde qui s’étendait de la terre au ciel, et j’ai vu que vous (le Prophète) la teniez et montiez, puis un autre homme la tenait et montait et (après cela) un autre (troisième) la tenait et est monté, puis après qu’un autre (quatrième) homme l’ait tenu, mais il s’est cassé et s’est ensuite reconnecté ». Abû Bakr a dit : « Ô Messager d’Allâh (ﷺ) ! Que mon père soit sacrifié pour toi ! Permets-moi d’interpréter ce rêve ». Le Prophète (ﷺ) lui dit : « Interprétez-le ». Abû Bakr a dit : « Le nuage avec de l’ombre symbolise l’islam, et le beurre et le miel qui en tombent, symbolisent le Qur’ân, la chute de sa douceur et certaines personnes apprennent beaucoup du Qur’ân et d’autres un peu. La corde qui est tendue du ciel à la terre est la Vérité que toi (le Prophète) tu suis. Tu le suis et Allâh t’élèvera haut avec lui, puis un autre homme le suivra et se lèvera avec lui et une autre personne le suivra et puis un autre homme le suivra mais il se brisera et alors il sera connecté pour lui et il se lèvera avec. Ô Messager d’Allâh (ﷺ) (…) » et le Prophète (ﷺ) confirma une partie de son interprétation. 

Al-Bukharî n°6606 et Muslim n°2390 dans leur Sahîh rapportent d’Abû Sa’id al-Khudri que le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Pendant que je dormais, j’ai vu des gens disposés devant moi. Ils portaient des chemises, dont certaines couvraient leur poitrine et d’autres en dessous. ‘Umar ibn al-Khattâb est passé à côté de moi et il portait une chemise traînant derrière lui. Ils ont dit : « Quelle est son interprétation, Ô Messager d’Allâh ? ». Le Prophète a dit : « La religion » ».

Al-Bukharî dans son Sahîh n°6903 et 6915 rapporte qu’Abû Juhayfa a relaté : « J’ai demandé à `Alî : « Avez-vous une autre littérature d’origine divine en plus de ce qui est dans le Livre d’Allâh (Qur’ân) ? ». Ou, comme Uyayna l’a dit un jour « En dehors de ce que les gens ont ? ». `Alî a dit : « Par Celui qui a fait fendre (germer) le grain et créé l’âme, nous n’avons rien sauf ce qui est dans le Qur’ân et la capacité (en tant que Don d’Allâh) de comprendre le Livre d’Allah qu’Il peut accorder à une personne avec et ce qui est écrit sur cette feuille de papier ». J’ai demandé : « Qu’y a-t-il sur ce papier ? ». Il a répondu : « Les réglementations légales de Diya (la compensation en cas de sang versé) et la (rançon pour) la libération des captifs, et le jugement selon lequel aucun musulman ne devrait être tué (en raison de la loi du talion) pour avoir tué un Kafir (pour lequel il n’y avait aucun pacte) », il s’agit là de ne pas punir par la mort le musulman qui a transgressé en tuant un non-musulman issu d’une terre de guerre n’étant lié par aucun pacte, et dont la mort est probablement accidentelle ou non-préméditée, mais une punition peut être donnée, mais en deçà de la peine capitale, wa Allâhu a’lam. Quoi qu’il en soit, ce récit parle de l’Inspiration divine qu’Allâh peut accorder à des non-prophètes comme l’imâm ‘Alî afin de comprendre la Révélation et les enseignements prophétiques qui nous sont accessibles.

Al-Bukharî rapporte dans son Sahîh n°120 d’Abû Hurayra : « Je tiens du Prophète 2 « gourdes » (types de connaissance). Je vous ai enseigné la première, mais si je divulguais l’autre, vous me trancheriez le gosier (c’est-à-dire l’œsophage qui sert de transit aux aliments) ». Le Shaykh al-Akbar Muhyî-d-Dîn Ibn Arabî avait authentifié et commenté ce récit dans ses Futûhât au chapitre 30 : « Des 2 catégories de Pôles « cavaliers du désert » : « (…) C’est ce qui faisait dire à Junayd : « Nul n’atteint au degré de la Réalité sans que 1000 personnes dignes de foi n’attestent qu’il est un hérétique, et cela parce qu’ils tiennent d’Allâh ce que d’autres ignorent et qu’ils détiennent cette science dont sayyidûna ‘Alî Ibn Abî Tâlib disait en se frappant la poitrine de sa main en soupirant : « Il y a là-dedans des sciences synthétiques ; si seulement je trouvais quelqu’un pour les porter ». Or, ‘Alî était l’un d’entre eux et nul du vivant du Prophète ne prononça de telles paroles en dehors d’Abû Hurayra. Selon al-Bukhârî, qui le rapporte dans son recueil de hadîths sahîh, ce dernier affirma : « Je tiens du Prophète deux « gourdes ». Je vous ai révélé la première, mais si je divulguais l’autre, vous me trancheriez le gosier (c’est-à-dire l’œsophage qui sert de transit aux aliments) ». Abû Hurayra rappela qu’il détenait cette science de l’Envoyé d’Allâh, science qu’il transmettait sans y avoir « goûté » mais qui n’en constituait pas moins une science parce qu’il l’avait entendue de l’Envoyé d’Allâh – sur lui la Grâce et la Paix -. Nous parlons quant à nous de ceux qui puisent à la source la compréhension qu’ils ont de la Parole divine : telle est la science des esseulés.

‘Abdallâh Ibn ‘Abbâs était un des leurs que l’on surnommait « l’Océan » en raison de l’étendue de sa science et qui disait à propos de la Parole d’Allâh : « Allâh qui est Celui qui a créé les 7 cieux et autant de terres à partir de la nôtre. Son ordre descend graduellement des cieux en terre (Qur’ân 65, 12) : Si je donnais l’interprétation de ce verset, vous m’auriez lapidé ou, selon une autre version, vous m’auriez traité de mécréant ». C’est également à cette science que fit allusion ‘Alî, fils d’al-Hussayn, fils de ‘Alî b. Abî Tâlib, Zayn al-‘Âbidîn – sur eux la Grâce et la Paix – lorsqu’il disait (j’ignore si ce propos est de lui ou s’il l’a repris à son compte) :

« Il est probable que si je venais à divulguer telle science essentielle

On dirait de moi : tu es de ceux qui adorent les idoles.

Des musulmans auraient alors rendu mon sang licite

Estimant que le pire de leur forfait était bénéfique (ou : salutaire) ».

(Par ces vers), il a attiré notre attention sur son objectif qui était d’examiner l’exégèse de cette sentence prophétique : Allâh a créé Adam selon sa (ou Sa selon les interprétations) forme en faisant du pronom hi (Sa) un substitut du nom d’Allâh ce qui constitue l’une des multiples interprétations possibles ».

L’imâm Mâlik a dit : « La sagesse et la connaissance sont une lumière par laquelle Allâh guide qui Il veut, cela ne consiste pas à savoir beaucoup de choses (c’est-à-dire cela ne dépend pas de l’érudition et du savoir encyclopédique ; une accumulation d’informations sans intelligence ni faculté synthétique) » et « La connaissance ne consiste pas à raconter beaucoup, la connaissance n’est qu’une lumière qu’Allâh place dans le cœur » (Rapporté par Al-Qâdî ‘Iyyâd dans Tartîb al-madârik 2/62, par Ibn ʿAbd al-Barr dans Jâmiʿ Bayân al-ʿIlm 1/83-84, par As-Shâtibî dans al-Muwâfâqat 4/97-98, par Ibn Kathîr dans son Tafsir 3/555 et d’autres)


L’imâm As-Shâfiʿî a dit : « La connaissance est ce qui est profitable et bénéfique. La connaissance n’est pas ce que l’on a mémorisé » (Rapporté par Al-Bayhaqî dans al-Madkhal ilá al-Sunan al-Kubrâ n°400, par Abû Nu’aym dans Hilyat Al-Awliya’ et d’autres).

L’imâm As-Sakandârî dans ses Hikâm n°213 a dit : « La connaissance qui est bénéfique est celle dont les rayons s’étendent dans la poitrine et dont le voile se lève dans le cœur ».

L’imâm Ad-Dhahabî dans son Siyâr 10/642 a dit : « La véritable science (al-ʿilm) n’est pas la profusion de la narration, mais une lumière qu’Allâh jette dans le cœur ».

Al-Khatîb dans son Iqtidâ ‘al-ʿIlm al-ʿAmal rapporte de nombreuses paroles similaires d’Ibn Masʿûd, Abû Hurayra, Abû ad-Dardâ, Sahl al-Tustarî, Ibn ʿUyayna et d’autres parmi les Salafs. Il est rapporté aussi que le Prophète (ﷺ) a dit : « L’énergie des ulamas (savants) est de prendre soin et de fournir de l’aide, tandis que l’énergie des imbéciles est de citer (tout ce qu’ils trouvent, sans sagesse ni intelligence) » (Rapporté par al-Khatîb dans al-Jâmi’ li Akhlâq al-Râwî 1/88 n°27, par As-Suyûtî dans al-Jâmi’ al-Saghîr n°9598, par Ibn Asâkir dans son Târikh, par al-Kindi dans Kanz ul-Ummâl n°29337 selon Hassân al-Basrî qui le rapporte du Prophète sans nommer le Compagnon qui lui a transmis ce hadîth).

Le tabi’i Thabit al Bunani avait l’habitude de prier et de dire : « Ô Allâh ! Si tu accordais à quelqu’un l’honneur de faire la Salât dans son don, alors accorde-moi cet honneur. Plus tard le jour de sa mort, Jubayr (un autre Tabi’i) a dit : « Je jure par Allâh qui m’a créé, j’ai mis Thabit al Bunani dans sa tombe ce jour-là quand nous l’avons enterré et avec moi se trouvait une personne nommée Humayd à Tawîl, et quand nous avons fini de mettre les pierres sur la tombe, l’une d’elles est tombée et j’ai vu Thabit (dans une posture) faisant la salât dans sa tombe ». (Rapporté par Ibn Abi Shayba dans son Musannaf 8/317, par Al-Bayhaqî dans Shu’ab al-Imân 3/155 n°3189, par Ahmad dans Kitâb az-Zuhd et d’autres).

Le Shaykh Ibn Taymiyya dans Minhaj as-Sunnah parle du kashf (dévoilement spirituel), du ilhâm (inspiration divine) et des karamats (prodiges spirituels). Dans les types de connaissance (ul-ulûm) et de dévoilement (Al-mukashafat), et les types de capacité (Al-qudrah) et les effets (At-ta’thirat) qu’il évoque, il y a la catégorie liée à la connaissance et au dévoilement, et une autre catégorie qui a un lien avec la capacité et les effets, c’est-à-dire les prodiges et dons spirituels.

Pour la catégorie liée à Al-Ulum, on peut ainsi posséder certains types de connaissances que d’autres n’ont pas – qui se contentent (ou se bornent) des voies ordinaires de la connaissance -.

Quant à Al-Mukashafat, c’est ce qui lui devient visible des choses à travers les dévoilements spirituels, d’une manière qui ne se produit pas pour les autres.

Un exemple pour Al-Ulum (connaissances) est ce qui est mentionné à propos d’Abû Bakr, ce qui lui a permis de regarder ce qui était dans le ventre de sa femme, – la grossesse – et d’identifier que c’était une fille par kashf (Rapporté par Mâlik dans al-Muwattâ, Al-Lalikai dans Karamat Al-Awliya p.63, Ibn Hajar al ‘Asqalânî dans Al-Isabah 4/261).

Un exemple de la deuxième catégorie, Al-Mukashafat est que ce qui est arrivé à ‘Umar ibn Al-Khattâb, alors qu’il donnait un sermon au peuple sur le Minbar Vendredi (au Hijâz). Ils l’entendirent dire : « Ô Sariyah ! La montagne (il s’agissait d’un endroit situé en Irak) ! ». Ils ont été surpris par cette déclaration. Ensuite, ils l’ont interrogé à ce sujet. Il a répondu qu’il lui avait été montré que Sariyah Ibn Zanim, l’un de ses dirigeants en Irak, était entouré par ses ennemis (sur le front de la guerre). Alors il (‘Umar) lui ordonnait d’aller vers la montagne, et il lui dit : « Ô Sariyah ! La montagne », Sariyah entendit la voix d’Umar, alors il monta à la montagne et chercha à s’y fortifier ». (Rapporté par Sahl al-Tustari dans son Tafsîr au verset 15/75, par Al-Bayhaqi dans Dalâ’îl An-Nubuwwah 6/370, Ibn Kathir dans Al-Bidâyah wa an-Nihâyah 7/131 qui a dit : « Sa chaîne est Hassân Jayyid », Abû Nu’aym dans Al-Dalâ’îl al-Nubuwwah n°525,Ibn Hajar al ‘Asqalânî dans Al-Isabah 4/98, As-Sakhawî dans Takhrij Al-Arabîn n°5 et dans Al-Maqasid n°736 et d’autres). Par un dévoilement, Allâh montra à ‘Umar ce qui se passait en Irak – donc très loin du Hijâz -, et Allâh lui accorda aussi le prodige en permettant à son commandant situé à environ 1000 km d’entendre ‘Umar et de suivre son conseil tactique.

Ainsi, les prodiges spirituels, dons et inspirations ainsi que la sagesse, qui surviennent à la suite de l’éducation de l’âme, sont des signes éclatants des fruits de l’Agrément divin et de Son Soutien, et ce, malgré les erreurs, divergences ou certaines lacunes chez Ses serviteurs, sauf lorsqu’ils parlent et agissent sous Inspiration divine, ou via un dévoilement spirituel, ou réalisent – par la Grâce divine – des prodiges divers. Cela n’est valable que s’ils suivent le Qur’ân, la Tradition prophétique et cherchent Son Agrément, cheminent dans la droiture et la piété, et font le bien. Car en ce qui concerne les phénomènes occultes et psychiques en lien avec le satanisme, ils peuvent aussi « violer les lois de la nature », mais leur nature n’est pas spirituelle, et elle est tournée vers ce qui est malsain, obscur, profane et vulgaire dans un objectif matérialiste, impudique ou illicite.

Le Prophète bénéficie, de façon singulière et unique, de la Révélation (wahy), de la prophétie (Nubuwwa) et des miracles (al-mu’jizat) qui lui sont uniques et qui ont une portée visant à démontrer la prétention de la prophétie, dans un contexte précis et déterminé, et à cela peut s’ajouter d’autres dons et prodiges spirituels, que les Saints et les vertueux peuvent en être gratifiés également. Le Prophète jouit ainsi de la prophétie et de la sainteté, tandis que les Saints ne bénéficient pas de la prophétie, mais jouissent de la Lumière Muhammadienne en se fondant sur son exemple.

Comme l’ont expliqué les maîtres comme Al-Junayd, Al-Qushayrî, Al-Ghazâlî, Al-Jilânî, Al-Haddad, et Abû l-Hassân As-Shadhili dont ce dernier a dit : « Si vos inspirations spirituelles contredisent le Livre (Qur’ân) et la Sunnah, agissez selon le Livre et la Sunnah et arrêtez votre dévoilement et dites-vous : « Allâh a garanti l’infaillibilité dans le Livre et la Sunnah » ».

L’imâm Ahmad Ar-Rifâ’î dit Al-Hikam Ar-Rifâ`iyyah (pp.15-16) : « Toute prétendue vérité qui contredit la législation n’est qu’une hérésie (zandaqah) (…), le walî (bien-aimé et allié d’Allâh) est celui qui s’attache complètement à la Tradition du Prophète (ﷺ), et qui agrée Allâh comme Allié. Quiconque s’attache fermement à Allâh est élevé et quiconque compte sur quelqu’un en dehors de Dieu sera humilié ».

Il dit également : « Le Shaykh c’est celui qui t’attache au Qur’ân et la Sunnah, et qui t’éloigne des innovations. L’apparence (dhâhir) du Shaykh c’est le shar` (Loi religieuse) et son for intérieur (bâtin) est le shar`. La voie c’est la Sharî`ah » ainsi que : « Le Qur’ân est l’Océan de toutes les sagesses. Mais où est l’oreille qui saisit ? (…). Quiconque ne pèse pas ses paroles, ses actes et ses états, à tout moment, par le Livre et la Sunnah, et qui n’accuse pas ses pensées, n’est pas inscrit chez nous dans le recueil des hommes considérés ».

Dans Al-Burhân Al-Mu’ayyad il dit : « Mordez sur la Législation divine avec vos molaires, elle vous protégera (…). Sois un sûfi pur, ne sois pas un sûfi hypocrite, car alors tu périras. Le Tasawwuf consiste à se détourner de tout ce qui est autre qu’Allâh (i`râd `an ghayr’illâh), ne pas préoccuper son mental par la réflexion sur l’Essence Divine, compter sur Allâh en toute chose et s’abandonner en toute confiance à Sa Volonté, lancer les rênes de l’état dans la Porte du tafwîd, attendre que la Porte de la Générosité s’ouvre, compter sur la Bonté Infinie d’Allâh, craindre Allâh à tout moment et avoir une haute estime de Lui (husn adh-dhann bihi) dans toute situation. Ne dites pas ce que disent certains prétendants au Tasawwuf : « nous sommes les gens de l’intérieur et ils sont les gens de l’apparent » … Cette religion est complète ; son intérieur est le coeur de son apparent et son apparent est l’enveloppe de son intérieur. Sans ce qui est apparent, elle n’aurait pu avoir un intérieur et sans lui, il n’aurait pu être et n’aurait été correct. Le coeur ne peut vivre sans corps. Sans le corps il périt. Le coeur est la lumière du corps. Cette science que certains ont appelé la science de l’intérieur, consiste à réformer et purifier le coeur. La condition première est l’accomplissement des piliers et l’établissement de la foi dans le coeur. Si ton coeur renferme la bonne intention, s’il est pur en son for intérieur, mais que tu tues, tu voles, tu forniques, tu manges l’usure, tu bois le vin, tu mens, tu es orgueilleux, tu parles de façon rude : quel est donc l’intérêt de ton intention et ta purification ?! D’autre part, si tu adores Allâh, si tu fais preuve d’abstinence et de continence, si tu observes le silence, si tu te montres véridique et humble, alors que l’hypocrisie et la corruption ont tapissé ton coeur : à quoi sert ton œuvre ? Lorsque tu vois que l’intérieur est l’essence de l’apparent et que l’apparent est l’enveloppe de l’intérieur, qu’il n’y a aucune divergence entre eux et que l’un ne peut se passer de l’autre, dis : nous sommes des gens de l’apparent – et c’est comme si tu avais dit : « et nous sommes des gens de l’intérieur » – et dis : « nous sommes des gens de l’apparent de la Sharî`ah ». (…). Ne considérez pas la dissociation entre l’intérieur et l’apparent et n’essayez pas de les dissocier, car cela est une déviance et une innovation. Ne négligez pas les droits des savants et des juristes, car cela est un signe d’ignorance et de stupidité. Ne prenez pas la douceur du savoir en abandonnant l’amertume de l’oeuvre. Cette douceur n’est guère utile sans cette amertume et cette amertume mène à la douceur éternelle : « Vraiment, Nous ne laissons pas perdre la récompense de celui qui fait le bien ». C’est là un témoignage qurânique de la rétribution pour les oeuvres ».

Dans Hâlat Ahl Al-Haqîqah ma`a Allâh il rapporte selon Dhu’n-Nûn : « L’observation des secrets par le Vrai, Glorifié Soit-Il, par la continuité du flux de grâce est comme l’observation de la terre par le soleil, par la manifestation des lumières. Vous devez donc purifier vos coeurs ; ce sont les endroits qu’Il regarde et les lieux où Il loge Son Secret ».

Et enfin, il dit : « Ma voie est une religion sans innovation (blâmable), une énergie sans paresse, des actes dépourvus d’hypocrisie, des oeuvres faites pour l’Agrément d’Allâh, une âme dépourvue de viles passions, et un coeur plein d’Amour » (cité aussi dans Al-Aqtâb Ath-Thalâthah, de Salâh `Azzâm).

L’imâm Abû Hâmid al-Ghazâlî a dit dans son Al Munqid min Ad-dalâl (La délivrance de l’erreur) : « Dès le début de la voie se succèdent les dévoilements (Makashafat) et les visions présentielles (Mushahadat) au point qu’en état de veille les soufis voient les anges et les Esprits des Prophètes ; ils entendent leurs voix et tirent profit de leur présence. Ensuite avec l’élévation de leur état spirituel, ils voient des formes et des images et atteignent des degrés ineffables que nul ne peut exprimer par des mots sans tomber dans l’erreur ».

L’imâm Farid ud-Dîn Attâr dans son Tadhkirat al Awliyâ’ (dans la section dédiée à Al-Kharaqânî) rapporte que ce dernier était aussi une autorité dans le Hadîth, et que de par sa proximité avec Allâh, il était capable de voir le Prophète (ﷺ) à l’état d’éveil, lui disant quand un hadîth était bien de lui et quand ça ne l’était pas (il fronçait alors les sourcils) : « On rapporte qu’un homme qui voulait aller en Irak pour écouter des hadiths demanda au Maître l’autorisation de s’y rendre. Mais le Maître refusa et dit : « Il y a ici des gens dont les chaines de transmission dépassent de loin ceux d’Irak ».

L’homme désapprouva ces paroles et les contesta. Le Maître dit : « Les bienfaits d’Allâh à mon égard sont trop nombreux pour que je m’en souvienne et les mentionne. C’est Lui qui m’a instruit par bonté et grâce de Sa part ». L’homme dit : « Qui t’as enseigné le hadith ? ». Le Maître dit : « Je les ai entendus de la bouche de l’Envoyé d’Allâh (). C’est lui qui me les a enseigné ». Le soir même, l’homme vit en songe le Prophète () qui lui disait : « Ne dénigre pas les princes (de la foi), car ils disent la vérité ». Le lendemain, l’homme revint chez le Maître et commença à citer et à étudier les ahadiths. Lorsque le hadîth était apocryphe, le Maître disait : « Ce hadîth n’est pas du Prophète () (…). J’observe le visage du Prophète () quand on cite un hadîth. Si ces paroles ne sont pas de lui, il fronce les sourcils et je sais alors qu’il ne les a pas prononcées ».

Même si ce n’est pas systématique, celui qui dit la vérité à propos de ses visions du Prophète (ﷺ), la personne qui l’écoute finit par voir aussi le Prophète (ﷺ) en guise de confirmation, ou alors Allâh lui enseigne par inspiration, dévoilement ou intuition, la même réalité, ou encore le conduit par des moyens (rencontre avec une personne, un livre ou des propos similaires) visant à confirmer les propos de la personne ayant vu ou entendu le Prophète (ﷺ) à l’état d’éveil ou lors d’une vision onirique.

Abû Sulaymân Al-Dârânî a dit : « Ibn Tawbân avait promis à un frère de prendre chez lui le repas de rupture du jeûne, mais il tarda et n’était toujours pas arrivé au moment de l’aube suivante. Son frère le rencontra le lendemain et lui dit : « Tu m’avais promis de prendre le repas chez moi et tu n’as pas tenu ta promesse ! ». Ibn Tawbân s’expliqua alors : « N’était ma promesse envers toi, je ne t’aurais pas expliqué ce qui m’a retenu. Après la prière du soir, j’ai souhaité accomplir une prière impaire (salât al-witr) avant de te rendre visite car la mort peut me saisir à n’importe quel moment. Durant la prière, au moment de l’imploration, j’eus une vision d’un jardin vert contenant toutes sortes de fleurs du Paradis. Je contemplais ainsi ce jardin jusqu’à l’aube ! » ».

Récit rapporté par Abû Tâlib al-Makkî dans Qût al-qulûb,1/46, ainsi que par Al-Ghazâlî dans son ‘Ihya’ dans le Livre traitant des merveilles du Qur’ân et du « cœur ».

Le savant musulman et poète persan, théologien et maître dans la récitation du Qur’ân, exégète et juriste, philosophe et physicien, astronome et mathématicien ‘Umar Khayyâm disait dans son Risâlat-i wujûd où il divise les pèlerins de la connaissance en 4 catégories :

« 1. Les théologiens, qui trouvent leur satisfaction dans les discussions et les preuves « convaincantes » (rationnelles), et considèrent une telle connaissance du Créateur – excellent est Son Nom ! – comme suffisante ;

2. Les philosophes et les lettrés, d’inspiration grecque, qui usent d’arguments rationnels et s’appliquent à connaitre les lois de la logique ; ils ne se contentent jamais de simples arguments de conviction, mais ne parviennent à rester fidèles aux impératifs de la logique qui, à son tour, les abandonne ;

3. Les Ismaéliens, branche de l’islam shiite, et certaines doctrines pour lesquelles il n’est chemin de connaissance, sinon dans l’enseignement d’un maitre instruit et digne de foi ; car il est ardu de raisonner sur la connaissance du Créateur, Son Essence et Ses Attributs. Devant Lui, le raisonnement de ceux qui s’opposent à l’autorité finale de la Révélation, comme ceux qui s’y soumettent pleinement, reste paralysé et sans moyens. Il est donc préférable de rechercher la connaissance à travers les paroles d’une personne sincère ;

4. Les sûfis, qui ne cherchent pas la connaissance dans la cogitation mentale ou dans la pensée discursive, mais en purifiant leur être intérieur et leurs intentions. Ils débarrassent l’âme rationnelle des impuretés de la Nature et de la forme corporelle pour la rendre substance pure. Elle rencontre alors le monde spirituel, et les formes de ce monde se reflètent en elle dans leur vérité, exemptes de doute et d’ambiguïté. De toutes les voies, elle est la meilleure : aucune des perfections de Dieu n’en est exclue, et aucun voile ni obstacle n’en interdit l’accès. L’ignorance de l’homme vient donc de l’impureté de sa nature ; qu’on retire cet écran, et la vérité des choses apparait dans son évidence. C’est ce que le Maître (Sayyîd), le Prophète Muhammad () dit : « En vérité, tout au long de votre existence, des inspirations vous viennent d’Allâh. Ne voulez-vous donc pas les suivre ? ». Allez-dire aux « raisonneurs », que pour les amoureux du Divin, – les sûfis (gnostiques) -, c’est l’intuition (inspiration divine ; ilhâm) qui est un guide, et non la pensée discursive ! ». (1)

Dans ce que l’on a pu observer et expérimenter, nous avons connu et rencontré des personnes dont l’érudition (dans les sciences islamiques ou autres) n’était pas très impressionnante, mais dont la piété, la sagesse et la spiritualité étaient incroyables, à qui Allâh avait accordé Sa Baraka et une grande maitrise et bénédiction dans leur commerce, dans leur façon de vivre et qui étaient d’une compagnie excellente, dont leur présence réjouissait les cœurs et apaisait les esprits, et qui maitrisaient leur ego, bien plus que les philosophes modernes et leurs vaines prétentions, ou bien plus que les savants « religieux » qui ne s’occupent nullement de purifier leur âme ou de s’élever intellectuellement et qui restent prisonnier de leur ego et de certains livres (juridiques ou théologiques) qui ne leurs sont nullement bénéfiques et à qui échappent la sagesse, la connaissance bénéfique, la science utile et la bonté d’âme. De même, certains ont concilié magnifiquement une étonnante érudition et l’adab (respect des convenances) et le noble comportement, la sagesse et la Voie spirituelle, tout en délaissant ce qui était futile, et qui se sont attachés à ce qui était bénéfique et utile pour eux-mêmes tout comme pour leurs disciples ou leurs proches. Dans ce que nous avons expérimenté personnellement, depuis la pratique de la Voie spirituelle, il y a l’apparition de multiples visions et rêves spirituels, l’inspiration divine, une meilleure perspicacité et clairvoyance concernant les ruses de l’ego, les illusions de ce bas-monde, les tromperies et mensonges venant des personnes malhonnêtes et hypocrites, une connaissance synthétique des différents ordres de la réalité (métaphysique, psychologie, physique, mathématiques, biologie, sciences politiques, économie, histoire, sociologie, religions comparées, l’éducation de l’âme, etc.), la vigilance et la méthodologie rigoureuse pour trier les informations, vérifier ou interroger les sources, se méfier des personnes malhonnêtes ou opportunistes qui propagent certains types d’informations (mêlant vérités et mensonges, ou inventant certaines choses de toute pièce), etc. De même, que ce soit pour nous ou pour d’autres proches, qui aspirent à la piété malgré leurs faiblesses et leur degré n’ayant pas atteint le rang de la sainteté, il y a des prodiges (s’abstenir de nourriture sans éprouver la faim pour une longue période, disparition et apparition d’objets, de nourriture et de biens sans que l’on le demande et sans qu’aucune explication physique ou occulte ne puisse les expliquer) et des dons spirituels divers (comme s’éloigner et identifier des gens pervers et/ou hypocrites), tout cela émane des bienfaits qu’Allâh accorde à ceux qui cheminent vers Lui dans Sa Voie, et qui cherchent à s’éloigner du mal et des ruses shaytanesques.

Notes :

(1) Az-Zarkali dans al-âlâm (5/38) rapporte qu’Umar Khayyâm fit le hajj à la Mecque vers la fin de sa vie. Bien qu’il affirme qu’il s’était repenti de sa vie de débauche – de par la lecture profane qui avait été faite sur certains de ses quatrain (rubayyat) – en vérité il était sûfi et vivait dans la piété religieuse ; ses quatrains parlant de la vie initiatique, du vin spirituel, des conceptions erronées et superficielles de certains religieux éloignés de la spiritualité et de la noblesse de la Voie prophétique, etc. Cette incompréhension a poussé aussi des chercheurs à remettre en cause ses rubayyât car incompatibles selon eux aux nombreux éléments de sa biographie indiquant sa piété religieuse et son excellente maitrise de la récitation qur’ânique, comme Abd al-Haqq Fadhil dans Thawrat al-Khayyâm. Abû l-Hassân al-Bayhaqî dans sa biographie de ‘Umar Khayyâm dit ceci : « Ḥakim (‘Umar Khayyâm) étudiait l’Ilâhiyyāt du Shifâ (l’ouvrage d’Ibn Sina) et une fois arrivé à la section sur l’unité et la multiplicité, il s’arrêta pour prier (Allâh) et prononcer ses dernières paroles. Ses compagnons se sont réunis et il [Khayyâm] a annoncé ses dernières volontés et son testament et a effectué sa prière de dhor. Il n’a plus mangé ni bu jusqu’à ce qu’il ait accompli sa prière du soir. Il s’inclina et posa son front sur le sol et dit : « Ô Allâh, je te connais autant que mes capacités le permettent, pardonne-moi (pour mes erreurs et mes péchés) car je sais que Ta voie est la voie vers Toi », puis il mourut ». Le savant musulman Abû-l Hassân Ibn Zayd Zahîr ad-Dîn al-Bayhaqî (490 H/1097 – 565 H/1169-1170) appelé aussi Ibn Funduq ne doit pas être confondu avec Abû Bakr al-Bayhaqî (le célèbre savant du Hadith). Il était un savant polymathe ayant étudié la théologie, l’exégèse qurânique, la science du Hadith, la grammaire, la rhétorique, la pharmacologie, la logique, la philosophie, la médecine, la jurisprudence, l’histoire, la littérature, la poésie, les mathématiques, l’astronomie, la magistrature et exerça aussi en tant que juge, écrivait en arabe et en persan, etc., et avait rencontré personnellement ‘Umar Khayyâm pour la première fois en 507 H (1113-1114) le décrivant comme un musulman pieux. Il était donc un témoin oculaire en plus d’être son contemporain. Cela peut être consulté dans le Mashârib al-tajârib.

‘Umar Khayyâm a souvent été décrit comme étant « L’Imâm, le patron de la foi (Ghîyâth ad-Dîn) et la preuve de la vérité (Hujjat al-Haqq) ». (Mehdi Aminrazavi, The Wine of Wisdom: The Life, Poetry and Philosophy of Omar Khayyam, Oneworld Publications, 2007).  Al-Bayhaqî toujours, dans son Tatimmat Siwân al-Hikma parle de ‘Umar Khayyâm comme étant un homme très pieux qui a professé des vues orthodoxes (du point de vue islamique) jusqu’à sa dernière heure. Comme beaucoup d’autres savants musulmans pieux, à cause de la jalousie de certains rivaux, de fausses rumeurs ou d’une éventuelle période de leur vie où ils s’étaient éloignés d’une vie très pieuse avant revenir dans une démarche plus pieuse et spirituelle, certains auteurs les ont classé parmi les « hérétiques » (souvent traduit en langue occidentale par « athées » alors qu’il s’agissait plutôt de dénoncer les hérésies ou le caractère « négateur » par rapport à la Loi religieuse, et non pas de l’athéisme dans le sens de la négation du Divin ou même de la prophétie) ou les « débauchés/pervers » – car leurs critères étaient exigeants – mais n’ont pas toujours bien vérifié la fiabilité de leurs sources ou n’ont pas pris en compte leur période de piété religieuse après leur repentir. Cela n’était pourtant pas rare, et aujourd’hui on le voit encore, où de nombreux débauchés ou « agnostiques » finissent par revenir à une vie plus religieuse et spirituelle après une période de doute existentiel, de débauche, d’indifférence ou d’éloignement de la pratique religieuse – sans forcément tomber dans la débauche pour autant -. Seyyed Hossein Nasr dans Islamic Philosophy from Its Origin to the Present (Chapter 9, 2006, pp. 165–183) le décrivait aussi comme un Sûfi et un métaphysicien (enseignant et commentant des traités métaphysiques et philosophiques sur la nécessité du Divin, le principe de la prophétie, etc.). C’est aussi l’avis du traducteur Omar Ali-Shah, spécialiste de ‘Umar Khayyâm et du Tasawwuf, qui développe dans sa traduction Les Quatrains d’Omar Khayyâm (éd. Albin Michel, 2005) son affiliation sûfie, et où pour lui, le persan des quatrains de Khayyâm se réfère constamment au vocabulaire sûfi et a été mal traduit dans l’oubli de sa portée spirituelle et symbolique, que l’on retrouve chez pratiquement tous les auteurs et maîtres sûfis comme Rûmî, Attâr, Hafez, ‘Umar ibn al-Farid, Abû al ‘alâ al-Ma’arî, l’émir Abd al-Qâdir, Ahmad al-Alawî et tant d’autres, et dont on sait pourtant qu’ils ont toujours mené une vie pieuse – loin de l’hédonisme, de l’hypocrisie et des hérésies -, et qui défendaient magistralement la Religion et conduisaient leurs disciples à la purification de l’âme, à l’élévation spirituelle et à une vie ascétique, donc très loin des vues et postures anti-religieuses. En tant que disciples sûfis, on sait à quel point ils étaient pieux et dignes, et nous connaissons – chacun à notre degré – la portée symbolique et la charge spirituelle des allégories, métaphores et symboles qui parsèment leurs écrits et leurs enseignements, afin de les préserver des yeux du vulgaire. Comme ils l’ont dit eux-mêmes dans leurs ouvrages, ils emploient un langage symbolique car les réalités spirituelles ne sont pas « exprimables » et communicables d’une autre façon – pour ceux qui n’en ont pas fait l’expérience -, et sont obligés d’user d’images sensibles qui permettront d’opérer une sorte d’analogie et d’aperçu, mais à ne pas prendre au sens apparent (physique), d’où leur volonté de réfuter d’emblée les mauvaises interprétations possibles comme la beuverie, l’impiété, le panthéisme, l’incarnationnisme, etc. Ainsi il affirme que le « Vin » de Khayyâm est un vin spirituel, que la Tariqa est la Voie (sous entendue au sens sûfi de chemin initiatique vers le Divin) et non la simple « route » ou « route secondaire ».

Les manuscrits les plus anciens et les mieux authentifiés concernant ses rubayyât, ne font pas état d’un certain nombre de quatrains qui ont été rajoutés par la suite, donc après son décès. Malheureusement, beaucoup de sites athégristes ou anti-religieux continuent de faire passer ‘Umar Khayyân pour un athée ou un hédoniste et lui attribuent de fausses citations ou des citations tronquées et très mal comprises.

Shahrazuri dans Nuzhat al-Arwah décrit aussi le dernier jour d’Umar Khayyâm en disant qu’il priait beaucoup et se prosternait (lors de la prière) tout en invoquant le Pardon divin juste avant de mourir. On peut imputer à Ibn al Qifti (1172-1248) d’être souvent à l’origine de nombreuses fausses informations concernant l’histoire et la philosophie, où il spécule très librement sur les intentions imputées à de nombreuses personnalités à travers l’histoire, dans son œuvre Târîkh al-hukamâ, faisant notamment de ‘Umar Khayyâm un anti-religieux sous taqiyya, alors que ses proches et disciples le décrivaient comme un sûfi orthodoxe et un religieux très pieux, et que ses ouvrages bien authentifiés louent Allâh et Son Messager, et qu’il abordait beaucoup les questions religieuses et métaphysiques en défendant la nécessité logique et métaphysique du Principe divin et créateur à l’origine de l’existence relative.

C’est aussi Ibn al Qifti qui avait imputé faussement à ‘Umar Ibn al-Khattâb sans aucune preuve (et plus de 5 siècles après les faits) la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie en 642 en donnant l’ordre de détruire la bibliothèque à son général ‘Amr Ibn al-‘As, alors qu’aucun document historique relatait une telle chose, ni chez les Musulmans ni chez les Chrétiens entre le 7e et le 13e siècle, avant Ibn al-Qifti et ʿAbd al-Latîf al-Baghdâdî (1162 – 1231). Or, la bibliothèque avait été détruite à 2 reprises, plusieurs siècles avant l’arrivée des Musulmans en Egypte, et que ‘Umar encourageait l’étude de l’astronomie, de l’histoire, de la médecine, de la géographie, des mathématiques et des sciences liées à la politique et à l’administration, tout en laissant les non-musulmans lire leurs livres religieux dans leurs lieux de culte ou dans leurs demeures. Paul Balta, dans Alexandrie : Éloge du cosmopolitisme (et cité dans Confluences Méditerranée, n°10, Villes exemplaires, villes déchirées, Printemps 1994) affirme que la destruction de la bibliothèque date de l’époque du patriarche Théophile d’Alexandrie (m. 412). Pour l’historien Luciano Canfora (directeur scientifique de l’École supérieure d’études historiques de l’université de Saint-Marin), il situe la destruction au cours du conflit entre Aurélien et Zénobie de Palmyre (3e siècle) comme étant la plus vraisemblable (voir M.-Cl Lambrechts-Baets, La véritable histoire de la bibliothèque d’Alexandrie, compte-rendu dans la Revue belge de philologie et d’histoire, 1990, 68-1, pp. 201-203). L’historien des sciences et mathématicien Ahmed Djebbar situait aussi la destruction avant l’arrivée des Arabes, notamment dans L’âge d’or des sciences arabes, Le Pommier, Paris, 2013, p. 15. L’historien, écrivain, médecin, mathématicien, physicien, sociologue et psychologue Gustave Le Bon était aussi de cet avis comme il l’écrivait dans La Civilisation des Arabes (Livre 3, 1884, rééd. de 1980, p. 468) : « Sous la domination romaine, Alexandrie reprit un nouvel essor, et devint bientôt la seconde ville de l’Empire romain ; mais cette prospérité devait être éphémère encore. Elle se laissa envahir par la manie des querelles religieuses, et, à partir du troisième siècle, les émeutes, les révoltes s’y succédèrent constamment, malgré les sanglantes répressions des empereurs. Quand le christianisme devint la religion officielle, l’empereur Théodose fit détruire, comme nous l’avons dit, tous les temples, statues et livres païens ».


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