Sultan Muhammad al-Fâtih (Mehmet II)


Le Sultan Muhammad al-Fâtih (1432 – 1481), était un sultan connu pour sa conquête déterminante du point de vue musulman, avec la prise de Constantinople, renommée Islambul puis Istanbul, accomplissant ainsi la prophétie (la première au sujet de cette ville, qui ne doit pas être confondue avec la seconde) du Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) qui a dit : « Constantinople sera conquise. Quel excellent commandant que son commandant (celui qui la conquira) et quelle excellente armée que cette armée » (1).

Constantinople fut prise en effet par les musulmans sous l’autorité ottomane, cela ne fait aucun doute sur le plan historique, et ne peut donc concerner que cet événement de l’an 1453. Le Prophète fit donc l’éloge de Muhammad al-Fâtih, qui était un sûfi, un poète, un amoureux des sciences, un théologien suivant l’école maturidite, et un juriste (instruit selon des savants essentiellement shafiites et hanafites).

Le Sultan était un dirigeant juste, amoureux d’Allâh, disciple du Prophète, et avait été instruit à la théologie, au droit musulman, à la logique, à la poésie, aux langues (turc ottoman, l’arabe, le persan, l’hébreu, le latin et le grec), à la littérature, à l’exégèse qurânique, à la science du hadîth, à la Sîrah, aux arts militaires et politiques, à la philosophie, aux mathématiques, à l’histoire des civilisations, à l’astronomie, à la médecine et à quelques autres sciences. Il avait un grand respect pour les poètes, les maîtres spirituels, les scientifiques et les savants exotériques de l’Islam.

L’Imâm ‘Abd al-Rahman As-Suyûtî a dit dans son Nazm ul-I’qyân fi A’yân-il-A’yân : « Le sultan Muhammad al-Fâtih (le Conquérant). Muhammad ibn Murâd ibn Muhammad ibn Bâyazîd ibn ‘Uthmân. Le sultan, le revivificateur de la religion (muhîy ad-dîn), le conquérant de Rome, le souverain de Constantinople et son conquérant. L’érudit Shihâb al-dîn al-Kawrânî l’a loué au début de son poème (…) ».

Le Shaykh shâfi’îte Shihâb al-dîn Ahmad al-Kawrânî (813-893 H) était un grand savant d’origine kurde et muftî de l’Empire ottoman. Il fut l’élève du Hâfiz ibn Hajar al-‘Asqalânî et a été le professeur et l’éducateur spirituel de Muhammad al-Fâtih. Le Shaykh Shihâb al-dîn al-Kawrânî fit d’ailleurs le Sharh du Sahîh al-Bukhârî et un tafsîr du Qur’ân en plus d’être un Shaykh dans le tasawwuf.

Le Sultan Muhammad al-Fâtih entretint aussi des relations avec de nombreux poètes et maîtres spirituels, dont le scientifique, maître spirituel et poète sûfi Abd ar-Raḥmān ibn Aḥmad Nūr ad-Dîn Jâmî (1414 – 1492) à qui il envoya même de l’argent (2).

Contrairement à la critique de certains salafistes qui considèrent les sûfis en général et les ottomans comme des paresseux délaissant le Jihâd, voici un magnifique poème de Muhammad Al-Fâtih tiré de son Diwân (traduit notamment en arabe par le Shaykh Muhammad Ali Zino) :
« Mon intention est de me conformer au Jihâd pour l’amour d’Allâh.
Mon objectif est le but de la religion islamique,
grâce à Allâh et à la mission des hommes du Divin.
Je veux vaincre tous les incroyants (hostiles).
Je compte sur (par leur degré) les prophètes et les saints et
mon espoir est que le Seigneur sera bon pour nous avec la victoire.
Que ferais-je si l’argent et l’âme étaient mon objectif dans ce bas-monde ?
Allâh soit loué, je possède des centaines de milliers de désirs dans le Jihâd,

grâce à Muhammad, l’élu, et grâce aux miracles ahmadiens,
mon espoir est que ma nation l’emporte sur les ennemis de la religion »
.


Les historiens et biographes objectifs (3) décrivaient sa politique en temps de guerre comme mettant en application les préceptes islamiques du Prophète Muhammad ﷺ, rappelées par Abû Bakr As-Siddîq dans un célèbre récit interdisant de tuer les femmes, les enfants, les hommes religieux, les vieillards, les malades et toute autre catégorie de personne parmi les non-combattants (4).

La « vision impériale » s’imposait par la logique de l’époque, où toutes les nations voulaient s’étendre pour différentes raisons (religieuses, spirituelles, éthiques et sécuritaires d’une part, et économiques, politiques/passionnelles ou identitaires d’autre part). Etendre son territoire, assurait une future sécurité et repoussait les risques de guerre en dehors du « foyer/coeur » de l’empire. Aussi, comme l’ont expliqué des juristes musulmans, dans le cadre du droit islamique, des pactes à durée indéterminée peuvent être conclus avec des états non-musulmans s’ils garantissent aux nations musulmanes une absence d’hostilité militaire, et à l’intérieur de leur pays, la sécurité et la liberté de culte aux musulmans vivant sur leurs terres, ce qui n’implique plus le fait de devoir mener des expéditions militaires dans ces conditions.

Notes :

(1) Rapporté par Ahmad dans son Musnad 4/335, par Al-Hâkim dans son Mustadrak qui l’a déclaré authentique selon les conditions de Muslim et de Bukharî et confirmé par Ad-Dhahâbî, Al-Bûsayrî dans Ithâf al-Khayra al-Mahra bi Zawâid al-Masânîd al-‘Ashra a dit : « le hadith a été rapporté par Abû Bakr ibn Abî Shayba, Ahmad ibn Manî’, Ahmad ibn Hanbal, et al-Hâkim (…) », Al-Tuwayjirî a dit dans Ithâf al-Jamâ’a bimâ Jâ fî al-Fitan wa al-Malâhim wa Ashrât al-Sâ’a : « Le hadith a été rapporté par l’imam Ahmad. Al-Haythami a dit : « la chaîne de transmission de ce hadith est la même que dans des hadiths rapportés par Al-Bukhari et Muslim, à l’exception d’Abi Qabil qui est tout de même une personne de confiance », Ad-Dârimî le rapporte aussi dans ses Sunân.

(2) A Hérat, il fut initié aux différentes sciences et intégra la Nizamiyyah d’Hérat (qui était une sorte d’Université) où il étudiera la logique, la philosophie, les mathématiques, la littérature arabe, les sciences naturelles, et les sciences islamiques. Il approfondira ensuite ses études à Samarcande, et reviendra définitivement à Hérat où il y terminera sa vie.

(3) cf. Mahmud Thabit al-Shadhilî dans al-Mas’ala al-Sharqiya’, pp.104-106 ; voir aussi le Dr. Muhammad Ali Al-Sallâbî sur le Sultan Muhammad al-Fatih dans son Kitâb Fath al Qistantiniyât al Sultan Muhammad al-Fâtih.

(4) Rapporté notamment par At-Tabarî dans son Târîkh et par Mâlik dans son Al-Muwattâ’ : « Ô peuple, je te prescris 10 règles ; étudie-les bien. Ne trahis pas, ne t’approprie pas indûment une part du butin ; ne pratique pas la tromperie et les mutilations ; ne tue pas un jeune enfant, un vieil homme ou une femme ; ne déracine ou ne brûle pas un palmier ou ne coupe pas des arbres portant des fruits ; n’abats pas un mouton, une vache ou un chameau, excepté pour de la nourriture. Tu rencontreras des gens qui se sont mis à part dans des hermitages ; laisse-les accomplir le but pour lequel ils ont fait ceci. Tu rencontreras des gens qui t’apporteront des plats avec diverses sortes de nourritures ; Si tu partages avec eux, prononce le Nom d’Allâh sur ce que tu manges. Tu rencontreras des gens qui ont rasé le sommet de leur crâne, laissant une bande de cheveux autour (déclarant leur hostilité envers vous) ; frappe-les de l’épée. Va au nom d’Allâh et puisse Allâh te protéger de l’épée et de la pestilence ».


Be the first to comment “Sultan Muhammad al-Fâtih (Mehmet II)”