Que dit l’Islam sur le terrorisme et les relations avec les non-musulmans à la fin de la vie du Prophète ?

Souvent, les islamophobes comme certains extrémistes invoquent la thèse de l’abrogation pour justifier le meurtre de civils non-musulmans. Or, que l’on adhère ou non à la thèse de l’abrogation, – qui ne fut pas partagée par tous les premiers exégètes ni par tous les derniers exégètes -, et qui stipulerait que sur un même sujet, les derniers versets révélés abrogeraient les autres, les rendant ainsi caduques. Or, une étude attentive montre que lorsque l’on rassemble tous les versets sur une même thématique, il n’y a pas de contradictions, mais un ajustement ou une précision dans une règle, selon l’évolution d’un contexte. Dès lors, il ne peut plus être question « d’abrogation », mais simplement d’actionner l’attitude préconisée par le verset selon la même situation (en état de faiblesse par exemple, où se défendre militairement n’est pas possible, patienter et endurer, mais en état de puissance, se défendre militairement en cas d’agressions). Mais là n’est pas notre propos, car que l’on adhère ou non à la thèse de l’abrogation, voyons ce qui a été institué en Islam vers la fin de la période médinoise (quand le Prophète avait fondé un état islamique et possédait une puissance militaire).


Citons d’emblée, par exemple, ce passage qurânique, qui fut l’un des derniers révélés concernant les relations avec les non-musulmans (après la totalité, ou la quasi-totalité des versets relatifs à la guerre) :

« Il se peut qu’Allâh établisse de l’amitié entre vous et ceux d’entre eux dont vous avez été les ennemis. Et Allâh est Omnipotent et Allâh est Pardonneur et Très Miséricordieux.
Allâh ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allâh aime les équitables.
Allâh vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes »
(Qur’ân 60, 7-9). Plusieurs exégètes citent ce hadîth comme étant en lien avec ce verset, où la mère d’Asmâ bint Abû Bakr qui était toujours non-musulmane en l’an 630 (soit environ 2 ans avant la mort du Prophète, à la fin de la période médinoise), sa mère (qui vivait au milieu de gens faisant la guerre au Prophète, à Abû Bakr et à ses propres enfants !) vint la voir à Médine. Asmâ, embarrassée, demanda conseil au Prophète Muhammad : « « Ô Messager d’Allâh, ma mère mécréante est venue me voir. Puis-je la recevoir et entretenir des (bonnes) relations avec elle malgré sa mécréance ? ». Ce à quoi le Prophète répondit : « Oui, sois bonne avec ta mère » » (hadîth rapporté par Muslim et al-Bukharî dans leur Sahîh).

Que dire alors qu’il s’agissait non seulement d’une femme mécréante, vivant dans le camp ennemi, ne s’en désavouant pas clairement, mais qui ne levait pas les armes elle-même contre les musulmans ? Le Prophète dit à Asmâ de maintenir de bons rapports avec elle (pas d’insulte, pas d’agression, pas de meurtre, pas de tromperie, pas de vol), d’être respectueuse et bienfaisante avec sa mère. N’est-ce pas là le summum de la justice et de la bonté ?

L’Imâm At-Tabarî (un salaf) dit dans son Tafsîr dans le passage faisant référence à ces versets que cela « inclut tous les groupes et toutes les religions, et que cela n’empêche pas d’agir de manière bienfaisante avec eux, de maintenir des bonnes relations avec eux ainsi que d’agir de manière juste avec eux ».

Allâh dit dans le Qur’ân : « …et soyez équitables, car Allâh aime les équitables » (Qur’ân 49, 9).

Il dit aussi : « Ô les croyants ! Soyez stricts (dans vos devoirs) envers Allâh et soyez des témoins équitables. Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l’équité : cela est plus proche de la piété. Et prenez garde à Allâh. Car Allâh est certes Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites » (Qur’ân 5, 8).

L’exégète Al-Qurtûbî dit dans son tafsîr « Tafsîr al-Qurtûbî » (5/8) : « Ce verset montre que la mécréance du mécréant ne l’empêche pas d’être traité avec justice ! ».

L’imâm ‘Alî (‘alayhî salâm) a dit : « Si un musulman tue un chrétien alors il sera exécuté (par l’Etat) pour cela » (cité dans « Kitâb al-Umm », 7/339).

Ibn Rajâb al-Hanbalî a dit dans son « Jâmi’ al-‘Ulûm wa al-Hikam » (p. 14) : « Abû Hanifa et un groupe de juristes de Kufa ont dit que le Musulman devrait être exécuté pour avoir tué (injustement) un mécréant ».

En effet, l’éthique du musulman a été enseigné aussi dans ce hadîth prophétique : « Le Musulman est celui dont les gens sont épargnés du mal de sa langue et de sa main et le croyant est celui dont les gens ont confiance en ce qui concerne leur vie et leur biens matériels » (Rapporté par An-Nasâ’î dans ses Sunân, n°4995).

Ibn Taymiyya dans « As-Sârim » (p. 104) : « Le principe originel (« al-asl ») est que la vie de l’humain est protégée : celui-ci ne peut être tué que pour une raison juste », conformément aux versets du Qur’ân. Cependant dans cet ouvrage il contredit parfois ce principe en se basant sur des récits inventés et faibles issus de la Sirah d’Ibn Ishaq notamment.

Le Qur’ân dit en effet que : « Quiconque tue une personne non coupable de meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tout le genre humain. Quiconque sauve une personne, c’est comme s’il faisait le don de sa vie à toute l’humanité » (Qur’ân 5, 32).

« Dis : « Venez, je vais réciter ce que votre Seigneur vous a interdit : ne Lui associez rien ; et soyez bienfaisants envers vos père et mère. Ne tuez pas vos enfants pour cause de pauvreté. Nous vous nourrissons tout comme eux. N’approchez pas des turpitudes (actes abominables) ouvertement, ou en cachette. Et ne tuez pas, sans nécessité de droit, la vie (l’individu) qu’Allâh a déclaré sacrée. Voilà ce qu’[Allâh] vous a recommandé de faire ; peut-être comprendrez-vous » (Qur’ân 6, 151). Et comme cela a déjà été évoqué dans l’autre verset, toute vie humaine (musulmane et non-musulmane) est sacrée par essence selon le Qur’ân, et le meurtre est donc interdit, sauf dans le cas d’un combat sur un champ de bataille, d’un leader ennemi qui appelle à la guerre ou d’un criminel qui a tué injustement un être innocent et qui est puni en vertu de la loi du talion. Certains exégètes ont voulu restreindre le sens du passage « vie humaine » aux musulmans seulement, alors que rien dans le verset ne permet de restreindre la portée générale du terme s’adressant aux âmes vivantes. Ils n’ont apporté aucune preuve et ont contredit à la fois le sens explicite du verset (or rien n’est laissé au hasard par Allâh dans le choix des mots et des nuances), les autres principes qurâniques, la tradition prophétique et l’avis de nombreux autres exégètes et juristes. Pour restreindre la portée de ce verset, il aurait fallu que les mots employés se réfèrent explicitement aux termes de « muslim » (musulman) ou « mu’mîn » (croyant musulman qui fait aussi preuve de bonté pieuse), or il n’en est rien.

Allâh dit : « Certes, Nous avons honoré les fils d’Adâm.  Nous les transportons sur terre et sur mer et Nous leur donnons de bonnes choses comme nourriture.  Nous les avons nettement préférés à plusieurs de Nos créatures » (Qur’ân 17, 70). C’est le même souffle vital (émanant d’Allâh) qui anime les croyants et les incroyants. Certains ont ensuite suivi la mécréance plutôt que la religion agréée par Allâh, mais cela ne représente pas une raison suffisante pour les agresser ou les tuer. Comme nous l’avons déjà vu, le Qur’ân n’indique le combat ou la sanction pénale contre des individus, que si ce sont des combattants ennemis qui agressent, ou si ce sont des criminels qui commettent des meurtres ou incitent la société à commettre ouvertement des actes abominables. Mais pour la simple mécréance, et même s’ils incitent par exemple leurs propres enfants à mécroire, Allâh ordonne malgré tout la patience et l’attitude respectueuse à leur égard : « Sois reconnaissant envers Moi ainsi qu’envers tes parents. Vers Moi est la destination. Et si tous deux te forcent à M’associer ce dont tu n’as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas (en cela) ; mais comporte-toi avec eux ici-bas de façon convenable » (Qur’ân 31, 15).
Citons également ce hadîth prophétique : « Allâh ne fera pas miséricorde à ceux qui ne montrent pas de miséricorde aux gens » (Hadîth rapporté par al-Bukhârî dans son Sahîh au « Livre de l’unicité divine », chapitre « Comment le Prophète (paix et salut à lui) appelait sa communauté à adorer Allâh seul », n°6941 et par Muslim dans son Sahîh au « Livre des mérites », chapitre « La miséricorde du Prophète (paix et salut à lui) envers les enfants et les faibles, son humilité, et le mérite de cela » n°2319). Le terme général employé, « aux gens », inclut tous les êtres humains sans distinction de race ou de religion. Les savants ont dit : « Cette prescription a une portée générale et inclut la miséricorde envers les enfants et tous les autres » (An-Nawawî, « al-Minhâj sharh Sahîh Muslim ibn al-Hajjâj », 15/77).
Ibn Battâl a dit dans son commentaire du Sahîh Bukharî : « Ce hadîth incite à pratiquer la miséricorde envers toutes les créatures, les croyants comme les mécréants ainsi que les animaux, les domestiques comme les hommes libres. La miséricorde inclut le fait de donner à boire et à manger, d’alléger les charges et de ne pas frapper » (Al-Mubârakfûrî, « Tuhfat al-ahûdhî bi-sharh jâmi` at-Tirmidhî », 6/42).
`Alî ibn Khalaf ibn `Abd al-Malik ibn Battâl, aussi surnommé Ibn al-Lajjâm, éminent savant, érudit et calligraphe, très fiable ; il a commenté le Sahîh d’al-Bukhârî dans un ouvrage de plusieurs volumes, et est mort en 449 H. Voir az-Zarkalî, « al-A`lâm » 4/85, et ad-Dhahabî, « Siyar a`lâm an-nubalâ’ » 18/47.

« Et, sauf en droit, ne tuez point la vie qu’Allâh a rendu sacrée. Quiconque est tué injustement, alors Nous avons donné pouvoir à son proche

[parent]

. Que celui-ci ne commette pas d’excès dans le meurtre, car il est déjà assisté (par la loi) » (Qur’ân 17, 33).

Néanmoins, il y a bien une chose qui est encore pire que le meurtre du point de vue sociétal, comme nous l’apprend le Qur’ân, où Allâh dit : « La fitna (sédition, trouble, persécution, idolâtrie, chaos, …) est plus grave que le meurtre » (Qur’ân 2, 191).

Le principe est donc que la vie de tout être humain est sacrée en Islam, y compris celle des non-musulmans. La règle générale (de la sacralité de leur vie) est toutefois levée en cas d’agressions armées ou de meurtres de leur part : « Combattez dans le sentier d’Allâh ceux qui vous combattent, et ne transgressez/agressez pas. Certes. Allâh n’aime pas les agresseurs/transgresseurs ! » (Qur’ân 2, 190). Ce verset est immuable et universel, et ne saurait être abrogé, et fournit la justification religieuse qui permet de mener le combat contre les agresseurs ennemis.

Et en effet, Allâh loue la justice, la générosité et la vertu, mais condamne fermement l’injustice, la turpitude, la tyrannie et les actes répréhensibles.
Il dit : « Soyez fermes dans le maintien de la justice, témoignez pour (l’Amour d’) Allâh, même contre vous-même, vos parents ou vos proches » (Qur’ân 4, 135) et « En toute vérité, Allâh commande la justice, la vertu et la générosité (libéralité, assistance) envers les proches, et Il interdit la turpitude, les actes répréhensibles et la tyrannie » (Qur’ân 16, 90).
Ibn Taymiyya disait aussi dans son ouvrage « as-siyâsa ash-Shar’iyya » : « Ceux qui, comme les femmes, les enfants, les prêtres, les vieillards, les aveugles, les invalides, etc., ne peuvent être considérés comme « résistants » ou « combattants », ne seront pas tués, selon l’avis généralement admis, à moins qu’ils n’aient effectivement combattu par leurs paroles ou par leurs actes. Certains jurisconsultes soutiennent qu’il est permis de les tuer, en raison du fait que ce sont des mécréants (kuffâr), à l’exception toutefois des femmes et des enfants, qui tomberont sous la responsabilité (litt. Propriété) des Musulmans. La première doctrine est la bonne. Nous devons combattre uniquement ceux qui nous combattent, car nous voulons faire triompher la religion d’Allâh. Allâh a dit : « Combattez dans le sentier d’Allâh ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes. Allâh n’aime pas les transgresseurs ! » (Qur’ân 2, 190). Les « sunan » rapportent que le Prophète (ﷺ), au cours d’une expédition, vient à passer à côté d’une femme qui avait été tuée et que des gens et que des gens entouraient : « Il ne fallait pas la tuer, remarque le Prophète, – Va trouver Khâlid, dit-il à l’une des personnes présentes, et enjoins-lui de ne pas tuer les enfants, ni les hommes de peine (‘asîf) ». Dans les « Sunan » on trouve aussi ce hadith : « Ne tuez pas les vieillards, ni les jeunes enfants, ni les femmes » ». Les « sunan » sont des recueils de ahadiths bien connus dans le corpus sunnite, tels que At-Tabarânî, Abû Dawûd, Ibn Majâh, An-Nasâ’î, al-Bukharî, Muslim, Ahmad, etc., mais les noms donnés aux ouvrages de référence peuvent être différents : « Sunan », « Musnad », « Sahîh », etc. En effet, l’avis interdisant le meurtre des non-combattants est celui qui est conforme au Qur’ân et à la Sunnah, contrairement au second avis qui contredit formellement le Qur’ân et la Sunnah, qu’il y ait un pacte ou non, car le Prophète s’était désavoué fermement de l’acte commis par Khalid à l’encontre de civils non-musulmans issus d’une tribu avec laquelle il n’y avait pas de pacte. Et si après établissement de la preuve (prouvant la fausseté du second avis), leurs partisans persistent à y souscrire, ils auront alors contredit sciemment la Parole Divine et la Sunnah de façon explicite et mutawatir, et tomberont alors dans un acte annulatif de l’islam, puisque reniant une chose connue et établie de la religion, un principe fondamental de l’islam, en plus de chercher à « modifier la religion » dans une chose clairement légiférée.

Henri Laoust qui étudia plusieurs écrits de Ibn Taymiyya, commentait sa position en disant : « La doctrine du hanbalite Ibn Taymîya, à laquelle se réfèrent souvent les islamistes, ne permet pas n’importe quoi en matière de jihâd. Cet auteur maintient fermement le principe qu’il ne faut tuer à la guerre que les combattants. Il étend même cette protection des femmes, des enfants et des vieillards aux “hommes de peine” (‘asîf), c’est-à-dire aux travailleurs, conformément à un hadîth du Prophète. Cela signifie donc que les travailleurs doivent être épargnés, quand bien même ils fournissent le pain des combattants ennemis. Ibn Taymîya refuse que la condamnation à mort soit dévoyée, elle ne doit être utilisée qu’en vue du bien public. Il est conscient que la mort est une peine lourde, un mal. En cela il s’appuie sur un verset du Coran (2, 214), inhabituel en la matière, où il est dit que “la discorde est plus redoutable que la mort”. C’est parce qu’il veut suggérer que l’apostat secret, donc ne troublant pas l’ordre public, doit être laissé à lui-même, son apostasie «ne nuit qu’à son auteur » ». (“Siyâsa shar‘îya”, texte arabe, p. 106 ; trad. Henri Laoust, p. 128-129. C’est donc une trahison que de faire de Ibn Taymîyya la caution d’un jihâd aveugle, massacrant travailleurs, femmes, vieillards et enfants, du moins selon cet écrit).

Le fiqh du jihâd chez les hanbalites (en tout cas dans leurs ouvrages de référence, comme « Al Kashshaf ») : « Il est strictement interdit de tuer toute femme, tout enfant, moine, aveugle, fou ou simple d’esprit, vieille personne, malade, agriculteur ou employé ne portant pas les armes et n’ayant pas de pouvoir de décision dans leur peuple, ceci même si les ennemis tuent femmes et enfants musulmans. Le verset : « S’ils transgressent avec vous, transgressez avec eux de la même façon qu’ils ont transgressé avec vous » ne concerne en aucun cas cette situation, mais il concerne celle où les ennemis attaquent les musulmans pendant les mois sacrés (où il est normalement interdit de combattre) ou dans la mosquée sacrée. (Peuvent être rattachés à ceux-ci les hommes qui ne combattent pas et n’incitent pas au combat car au Moyen-Âge, tous les hommes en âge de porter les armes le faisaient, or, à notre époque ce n’est plus le cas) ».

En effet, alors que les ennemis du Prophète et des musulmans attaquaient parfois les enfants et les femmes musulmanes, le Prophète interdit d’en faire de même, ce qui prouve que la loi du talion n’autorise pas ce qui est considéré comme étant strictement harâm (illicite), tels que le viol, la fornication, le meurtre, la sorcellerie, la calomnie, la mutilation, la torture (voir Sahîh Muslim), le manque de respect aux défunts (près de leur tombe ou concernant leur corps), etc.

Alors que le contexte évoqué par le Qur’ân était que les mécréants de la Mecque combattaient et persécutaient injustement les musulmans, la Révélation qûranique interdit pourtant aux musulmans de s’en prendre à plusieurs catégories parmi eux, quand bien même certains groupes parmi les mécréants combattaient aussi les civils musulmans, il ne fut pas permis pour autant aux musulmans de combattre les civils parmi eux : « Font exception ceux qui se joignent à d’autres tenants avec lesquels vous avez, les uns et les autres, conclu une alliance, ou qui viennent à vous la poitrine oppressée d’avoir à vous combattre ou à combattre certains des leurs. Or, si Allâh avait voulu, Il leur aurait donné une emprise sur vous et alors ils vous auraient combattus. S’ils s’écartent de vous sans avoir eu à vous combattre, et s’ils vous proposent la paix, alors Allâh n’établira pour vous aucun recours contre eux » (Qur’ân 4, 90). Ainsi donc, l’esprit de ce verset est universel et immuable, et n’est nullement abrogé selon le Qur’ân. Si donc le non-musulman se retient de combattre les musulmans, alors il est interdit de s’en prendre à lui de quelque manière que ce soit. Tous les passages qûraniques sur les combats concernent les ennemis qui imposent le combat aux musulmans, et la légitime défense devient justifiée, mais uniquement sur les champs de bataille. Donc même là, il n’est pas permis semer le chaos ou la mort dans les lieux fréquentés par des civils du camp ennemi, et qui eux-mêmes ne combattent pas directement les musulmans, quand bien même ils détesteraient les musulmans.

L’Islam n’encourage pas l’anarchie ou la terreur contre les civils, mais enjoint simplement la lutte contre les combattants ennemis qui refusent la voie de la paix, et encourage les musulmans à les dissuader d’attaquer à travers des dispositifs d’ordre dissuasif comme la démonstration de force ou les parades militaires imposantes, ou à travers des pressions économiques, ou encore par des mises en garde diplomatiques. Et comme l’a rappelé l’imam Al Qurtûbî dans son Tafsir « Al-Jâmi’ li-Ahkam ul-Qur’ân » : « Et s’ils tuent nos femmes et nos enfants et nous chagrinent par cela, alors il ne nous appartient pas de tuer (les leurs) de la même façon dans le but de leur faire parvenir la peine et la tristesse ». La loi du talion ne s’applique donc pas dans l’injustice. La loi du talion consiste simplement à les combattre s’ils nous combattent, mais en visant uniquement les combattants, et sans commettre de pillages, de destructions des lieux de culte, de meurtres contre les civils, etc., car cela Allâh l’a interdit « pas de transgressions » de même qu’il a été interdit formellement de s’en prendre à leurs civils.

Ibn Kathîr a dit dans son Tafsîr (4/113) par rapport au verset de la Sûrate At-Tawba (sur le fait d’accorder la sécurité aux combattants ennemis qui déposent les armes sur le champ de bataille) : « Même lorsqu’un pays musulman est en guerre avec un autre pays, si des gens viennent dans le pays musulman pour le négoce, le travail, le tourisme, ils resteront protégés par le traité politique passé entre les autorités musulmanes et leurs autorités et auront le droit tant à leur intégrité physique qu’à leurs biens jusqu’à leur retour en toute sécurité ».

L’imam al-Qurtubî (m. 1273) qui fut un grand exégète malikite, sûfi et asharite a dit dans tafsîr (exégèse) intitulé « Al-Jami’ li Ahkam al-Qur’ân » (4/8/49) : « Il est communément reconnu entre les musulmans que personne n’a le droit de mettre en péril la sécurité et l’ordre public lorsque les autorités l’imposent, car c’est en cela où réside l’intérêt de tous ». Dans le même ouvrage, il dira un peu plus loin : « Si l’idolâtre refuse de croire en ton message, conduis-le en un lieu sûr… ».
Dans son tafsîr (4/8/49) il relate également la position de l’imâm Mâlik : « Ce sont des questions épineuses, mais il faut laisser le non-musulman rentrer chez lui en toute sécurité » (4/114). Ibn al-Qâsim déclare : « Pareil pour le commerçant qui descend sur nos côtes, il doit retourner chez lui en sécurité » (4/8/49).

Ibn Qudâma al-Maqdisî, le célèbre savant hanbalite a dit dans son « Al-Mughnî » (13/75) : « Lorsque les autorités donnent la paix, même aux combattants ennemis, il faut la leur accorder du fait qu’il n’est pas du ressort de la foule de décider de telles questions ».

Ceci est l’opinion de At-Thawrî, Awzâ’î, As-Shafi’î, Ishâq, et Ibn al-Qâsim ainsi que de la majorité des savants de l’islam. On a rapporté cela sur le pieux et juste calife ‘Umar Ibn al-Khattâb également.
Ibn Qudâma reprend : « La sécurité des non-musulmans doit avoir la même importance que celle des musulmans pour les individus et pour les groupes pour que les musulmans puissent jouir des mêmes droits » (13/77). Il dit aussi : « si on coupe toute communication avec l’ennemi, il n’y aura plus d’échange ainsi le chaos s’installe et l’intérêt des deux parties se perd à jamais » (13/79). Il parle des conflits entre musulmans et non-musulmans.

Le Prophète a spécifié clairement que les femmes et les enfants ne doivent pas être tués lors d’un conflit armé (hadîth rapporté par al-Bukhârî dans son Sahîh n°2851, Muslim dans son Sahîh n°1744). Il y a unanimité quant à l’interdiction de viser délibérément, parmi les ressortissants du pays ennemi, des femmes et enfants lors des attaques contre l’ennemi comme le rappelle Ibn Qudama dans « Al-Mughnî » (12/673), conformément à ces ahadîths du Prophète sur le sujet.

Abû Bakr, – en reprenant les paroles prophétiques – dit à Yazid Ibn Abi Sufyân, le commandant de l’expédition : « (…) Je vous recommande dix choses : Ne tuez pas les femmes, les enfants, les personnes âgées et les infirmes. Ne coupez pas les arbres fruitiers. Ne détruisez pas les lieux inhabités. Ne tuez pas les moutons ni les chameaux, sauf pour vous nourrir. Ne brulez pas les abeilles et ne les effrayez pas. Ne volez pas du butin et n’agissez pas en lâches » (Hadîth rapporté par At-Tabârî dans son Tarîkh, ainsi que par Mâlik dans son Al Muwattâ’, Livre 21, hadith n°10).
Preuve que la conversion forcée ou tuer des civils restaient interdits même après la mort du Prophète, et où ces interdictions ne furent jamais abrogées. Cependant, Muslim rapporte dans son Sahîh (n°3281) un autre hadîth où des « civils» s’étaient retrouvés au même endroit que leurs combattants, dans la nuit, où il était impossible de les distinguer, ce qui de nos jours, s’apparente à un dommage collatéral involontaire, et dans ce cas seulement, l’acte est excusé car involontaire, mais vu que les combattants ennemis n’hésitaient pas à poursuivre leurs attaques il était nécessaire de les mettre hors d’état de nuire (et ils auraient dû mettre leurs civils hors du champ de bataille) mais sinon si l’on soupçonne la présence de civils il est interdit de les viser volontairement.

Il existe aussi un hadîth qui interdit de tuer parmi les ressortissants du pays ennemi le ‘assîf (hadîth rapporté par Abû Dâwûd dans ses Sunân n°2669), terme désignant l’employé, comme le montre le récit bien connu où un Compagnon vint voir le Prophète et lui dit : « Inna-b’nî kâna ‘assîfan ‘alâ hâdhâ… » (rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh n°6440 et par Muslim dans son Sahîh n°1698) ; dans ce hadîth il s’agit de l’homme employé par le combattant pour le servir, moyennant salaire, durant ses déplacements (ajîr ul-khidma).
Le texte exact du hadîth est le suivant : « Rabâh ibn Rabî’ raconte : « Nous étions dans une campagne avec le Messager d’Allâh (). Il vit des gens rassemblés autour de quelque chose. Il envoya quelqu’un : « Va voir autour de quoi ces gens se sont rassemblés ». Celui-ci revint et dit : « Sur une femme (non-combattante) qui a été tuée ». Il dit : « Celle-ci n’était pas combattante (et n’avait donc pas à être tuée) !». ((Rabâh) dit : « C’était Khâlid ibn ul-Walîd qui dirigeait l’avant-garde). Le Prophète envoya alors un homme en lui disant : « Dis à Khâlid qu’il ne tue absolument pas de femme ni de ‘assîf (enfant) ». (Rapporté par Abû Dâwûd dans ses Sunân n°2669, et par Ibn Mâjah dans ses Sunân n°2842, où on y lit : « que tu ne tues absolument pas de dhurriya ni de ‘assîf »).

De même, il est un propos de ‘Umar qui interdit de tuer le paysan (« fallâh ») (Ibn Qudama, « Al-Mughnî » 12/726).
Il y a encore la parole de Abû Bakr qui interdit de tuer les « gens des monastères («as’hâb us-sawâmi’») » comme le rapporte Ibn Qudama dans son « Al-Mughnî » (12/723-724), conformément au propos également attribué au Prophète Muhammad dans un hadîth rapporté par Ahmad dans son Musnad (n°2592), bien que sa chaîne contient un transmetteur faible (mais dont l’énoncé est conforme au Qur’ân et aux autres paroles authentiques ainsi qu’aux principes généraux de l’islam). De nombreux savants ont donc appliqué cette interdiction au moine en général (« râhib ») comme le rapporte Ibn Qudama dans « Al-Mughnî » (12/723). Et selon la portée générale des versets du Qur’ân, et en vertu de l’analogie, tous les gens religieux qui ne portent pas les armes sont concernés par l’interdiction de les tuer ou de les humilier. Qu’il y ait donc un pacte ou non avec eux ne changent rien à cette interdiction. Cependant, si le musulman ne respecte pas un pacte qui est respecté par l’autre partie, en plus d’être dans un état de péché, il sera sanctionné pour sa faute sur le plan juridique, donc en plus de la faute morale, et aura commis un péché encore plus grand en degré.

Il est donc également permis d’établir des pactes de paix sans fixer une limite de temps, à condition que ce pacte soit respecté par les deux parties (ou par les différentes parties concernées par le pacte). Quant au pacte avec un délai déterminé, il peut être renouvelé après le délai fixé. Al-Bukhârî écrit ainsi dans son Sahîh que : « Du fait de conclure un traité (al-muwâda’a wa-l-mussâlaha) avec les idolâtres, avec ou sans clause de tribut ; et le péché de celui qui n’a pas respecté (ce) traité. Et de la Parole Divine : « S’ils inclinent vers la paix, incline (toi aussi) vers elle » ». (« Sahîh ul-Bukhârî », « Abwâb ul-jiyza wa-l-muwâda’a », bâb n°12), ainsi que « Du fait de conclure un traité pour trois jours, ou pour une durée déterminée » (bâb n°18) et « Du fait de conclure un traité sans que la durée (en) soit déterminée » (bâb n°19) ».

Ibn Taymiyya dans « Majmû’ ul-fatawâ » (29/140-141) est lui aussi d’avis qu’un tel traité peut être à durée indéterminée : « Ceux qui ont dit, des juristes parmi les nôtres [= les hanbalites] et les autres qu’eux : « Le traité de paix n’est valide que (lorsque étant) à durée déterminée », leur propos – en même temps qu’il est contraire aux principes de Ahmad [ibn Hanbal] –, est réfuté par le Qur’ân et est réfuté par ce qu’avait fait le Messager d’Allâh avec la plupart de ceux avec qui il avait conclu un traité : il n’avait pas fixé avec eux de durée. Quant à ceux dont le traité était à durée déterminée, y mettre fin n’a pas été autorisé pour le [Prophète] : « Sauf ceux des idolâtres avec qui vous aviez conclu un traité et qui n’ont manqué en rien à (respecter ce traité vis-à-vis de) vous et n’ont soutenu personne à vous (combattre) : complétez (le respect de) leur traité jusqu’à leur terme. Allâh aime les pieux » [Qur’ân 9, 4] ». Ibn Taymiyya affirme aussi à propos de ce type de traité : « Il est autorisé de le conclure pour une durée indéterminée ainsi que pour une durée déterminée » (« Al-Fatâwâ al-kubrâ », 4/613 ou 5/542 selon les éditions).

Ibn al-Qayyîm dit quant à lui dans « Zâd ul-ma’âd » (3/146) : « Dans ce récit il y a la preuve du caractère autorisé de conclure une paix de façon indéterminée, sans que le délai soit fixé, mais comme le pense le dirigeant. Après cela rien n’est venu qui ait abrogé cette règle de façon formelle. L’avis juste en est donc le caractère autorisé et le caractère valide. As-Shâfi’î l’a stipulé selon la relation de al-Muzanî. Autre que lui parmi les référents (aïmma) l’a aussi stipulé ».

Chacun des deux adversaires signataires du traité a le devoir de le respecter (wafâ’ / îfâ’) jusqu’à son terme : l’islam affirme l’interdiction de trahir (naqdh/ghadr) le traité conclu avec quelqu’un (quel que soit ce traité, du moment qu’il est valide et accepté par les deux parties) : « Et soyez fidèles au traité. Le traité fera l’objet de questions (auprès d’Allâh) » (Qur’ân 17, 34) et « tant qu’ils sont droits envers vous, soyez droits envers eux. Car Allâh aime les pieux » (Qur’ân 9, 7), c’est un principe général de réciprocité qui n’a jamais été abrogé, et qui fait partie de la Sûrate At-Tawbah (ce qui réfute les allégations des islamophobes, qui voudraient se baser sur cette Sûrate pour prétendre que cette Sûrate autorisait à combattre tous les non-musulmans, alors que cette Sûrate contient des versets explicites interdisant une telle chose).

Par contre, si des éléments explicites montrent qu’une partie des signataires ne compte pas respecter leurs engagements, il est permis de résilier le pacte en informant toutes les parties concernées par le pacte : « Et si tu crains vraiment une traîtrise de la part d’un groupe, alors résilie (le traité conclu précédemment avec eux et fais le) leur (savoir) (afin que toi et eux) soyez à égalité [dans le fait de savoir que vous êtes de nouveau en situation de belligérance et qu’il est possible qu’il y ait des combats] » (Qur’ân 8, 58).

Si l’un des camps viole le pacte en commettant un acte de guerre concret (ou un appel à la guerre), alors le pacte n’est plus en vigueur et la légitime défense (ou la contre-offensive) devient autorisée : « Ne combattrez-vous pas un peuple qui a rompu son pacte, qui a voulu expulser le Messager, et qui avaient lancé l’offensive contre vous la première fois ? » (Qur’ân 9, 13 ; d’après le Shaykh at-Thânwî dans son « Bayân ul-qur’ân », au commentaire de ce verset, ce verset a été révélé après que les Quraysh eurent rompu le pacte et avant que le Prophète aille les combattre), et « …s’ils vous agressent répondez à cette agression… » (Qur’ân 2, 194). Cependant, s’ils se rétractent et qu’ils désirent sincèrement la paix, alors : « Et s’ils inclinent vers la paix, incline-toi aussi vers elle, et remets-toi à Allâh, Il est Celui qui entend, Celui qui sait » (Qur’ân 8, 61).

En effet, le but ultime en islam doit être la paix, et celle-ci s’obtient intérieurement (pour le croyant) par la réalisation de l’Unicité Divine (en avoir conscience et agir en conséquence sur les plans éthiques, politiques et sociaux) et la justice pour tous. Les termes et notions islamiques de « Paix et Islam », soit « Salâm et islâm », sont liés étymologiquement et spirituellement.

« Ô croyants, abandonnez-vous totalement à la paix » (Qur’ân 2, 208 ; révélée durant la période médinoise), « Allâh vous invite à entrer en la Demeure de paix… » (Qur’ân 10, 25) et « Les serviteurs du Tout-Miséricordieux marchent humblement, et si des ignorants les importunent, ils répondent : paix » (Qur’ân 25, 63), et les ignorants ici, désignent les non-musulmans qui ne connaissent pas vraiment l’Islam ni les principes supérieurs de la vie et de l’existence.

Même envers les troupes ennemies qui ont déclaré la guerre aux musulmans, l’Islam demande, avant le début de la confrontation militaire, de les exhorter à l’abandon de la guerre, et de les appeler à la paix, soit via la conversion à l’islam, soit via la jyzia, s’ils veulent garder leurs croyances, religions et leurs cultes. Citons à ce propos le célèbre hadîth : « Ô gens, ne souhaitez pas la rencontre de l’ennemi et demandez plutôt à Allâh la paix ; mais, si vous le rencontrez, montrez de l’endurance et sachez que le Paradis est à l’ombre des sabres ». Puis il ajouta : « Ô mon Seigneur ! Toi qui as révélé le Livre Saint, qui as fait courir les nuages au ciel, qui as mis les Coalisés en déroute, mets l’ennemi en déroute et apporte-nous la victoire sur eux ! » (Hadîth rapporté dans le Sahih Muslim, chapitre « Jihad », n°3276).

D’après `Abdullah Ibn ‘Abî ‘Awfâ, Abû An-Nadr rapporte qu’un homme de la tribu de ‘Aslam, `Abdullah Ibn ‘Abî ‘Awfâ, écrivit à `Umar Ibn `Ubaydallâh au moment où ce dernier allait partir contre Al-Harûriyya, (une des sectes des Kharidjites), lui disant : Lors l’une de ses batailles menées contre l’ennemi, le Prophète (ﷺ) se leva, lors du déclin du soleil, au milieu des musulmans et leur dit cette parole (le hadîth cité). Al-Bukharî ne mentionna qu’un court passage de ce hadîth car son ouvrage ne s’adressait qu’aux savants suivant l’école shafiite en premier lieu, et donc se référant déjà à une connaissance implicite du contexte des récits, ainsi qu’à la classification des chapitres suivant la méthodologie shafiite. D’où le danger de prendre des ahadiths au contexte circonstanciel des recueils sans connaitre les règles et le contexte originel qui sont « implicites » (par rapport au sens apparent du passage rapporté). Bref, le sens du hadîth est que si les ennemis imposent la guerre aux musulmans, – malgré que les musulmans ne souhaitaient pas la guerre -, et en dépit du fait que toutes les solutions pacifiques aient échoué, alors les musulmans doivent être endurants, placer leur confiance en Allâh, et combattre l’ennemi, et s’ils meurent, ils atteindront le statut de martyr pour la bonne cause, conformément à ce verset : « Ceux qui émigrent dans le sentier d’Allâh et qui sont tués ou meurent, Allâh leur donnera certes une belle récompense car Allâh est le meilleur des donateurs » (Qur’ân 22, 58).

Concernant les propositions offertes aux troupes ennemies, citons 2 ahadiths rapportés par At-Tirmirdhî dans son « al-Jâmi ».

1) Le hadîth où l’armée musulmane dirigée par le commandant perse Salmân al-Farisî, lançant la contre-offensive contre les troupes perses. Salmân répondit à certains de ses compagnons : « Laissez-moi les inviter à l’islam, comme j’ai entendu le Messager d’Allâh le faire ». Il alla donc à leur rencontre (troupes perses) et dit : « Je suis l’un des vôtres, un Persan comme vous, et les Arabes m’obéissent. Si vous embrassez l’islam vous aurez les mêmes droits et les mêmes devoirs que nous. Si vous souhaitez garder vos croyances, nous vous laisserons, à condition que vous payiez la jyzia en toute humilité ». Et il les invita ainsi durant 3 jours, mais ils refusèrent et furent donc attaqués, et les troupes ennemies perdirent la bataille.

2) Il y avait un pacte entre Mu’âwiya et les byzantins, lorsque le traité arriva à terme, Mu’âwiya voulut les attaquer mais un calavier cria (il s’agissait de ‘Amr Ibn ‘Anbasa) : « Allâhu Akbar ! La fidélité et non la trahison ». Interrogé alors par Mû’awiya, il répondit : « J’ai entendu le Messager d’Allâh dire : « Celui qui a contracté un pacte avec un peuple ne doit ni le défaire, ni refuser de le prolonger afin d’attaquer, ni le trahir », et Mû’awiya retira alors ses troupes.
Il y a également le hadîth relaté sous l’autorité de Burayda où le Prophète (
) dit à propos des troupes idolâtres qui lançèrent les hostilités : « (…) Et lorsque tu rencontreras ton ennemi parmi les idolâtres, invite-les à 3 choses : quelle que soit celle [des 2 premières] à laquelle ils te répondent favorablement, accepte-la d’eux et retiens-toi d’eux :

–  Invite-les à accepter l’islam ; s’ils te répondent favorablement, accepte (cela) d’eux et retiens-toi d’eux ; ensuite ; invite-les à quitter leur cité pour la cité des Emigrants (Dâr ul-muhâjirîn), et informe-les que s’ils font cela, ils auront les mêmes droits que les Emigrants et les mêmes devoirs que les Emigrants ; s’ils refusent de quitter leur cité, informe-les qu’ils seront alors comme les bédouins musulmans : la loi d’Allâh qui s’applique aux musulmans s’appliquera à eux, (mais) ils n’auront aucune part dans les biens du butin et du fa’y car n’en bénéficient que ceux qui participent aux batailles ;

–  S’ils refusent l’islam, demande-leur la jizya ; s’ils te répondent favorablement, accepte cela d’eux et retiens-toi d’eux ;

– S’ils refusent de payer la jizya, demande l’aide d’Allâh et combats-les. (…) » (hadîth rapporté par Muslim dans son Sahîh n°1731, at-Tirmidhî dans son al-Jâmi n°1617).


Il est important, quand on prétend comprendre le Qur’ân, de prendre en compte tous les versets relatifs au même thème (ce que n’ont pas fait certains exégètes), car ils se complètent merveilleusement bien, notamment dans le cadre de la guerre, avec le contexte, les conditions, les motivations :

1) le « pourquoi » : « Comment donc! Quand ils triomphent de vous, ils ne respectent à votre égard, ni parenté ni pacte conclu. Ils vous satisfont de leurs bouches, tandis que leurs cœurs se refusent ; et la plupart d’entre eux sont des pervers. Ils troquent à vil prix les versets d’Allâh (le Qur’ân) et obstruent Son chemin. Ce qu’ils font est très mauvais ! Ils ne respectent, à l’égard d’un croyant, ni parenté ni pacte conclu. Et ceux-là sont les transgresseurs. Mais s’ils se repentent, accomplissent la Ṣalāt et acquittent la Zakāt, ils deviendront vos frères en religion. Nous exposons intelligiblement les versets pour des gens qui savent. Et si, après le pacte, ils violent leurs serments et attaquent votre religion, combattez alors les chefs de la mécréance – car, ils ne tiennent aucun serment – peut-être cesseront-ils (de s’en prendre à vous) ? Ne combattrez-vous pas des gens qui ont violé leurs serments, qui ont voulu bannir le Messager et alors que ce sont eux qui vous ont attaqués les premiers ? Les redoutiez-vous ? C’est Allâh qui est plus digne de votre crainte si vous êtes croyants !» (Qur’ân 9, 8-13).
«Combattez dans le sentier d’Allâh ceux qui vous combattent, et ne transgressez (n’agressez) pas. Certes. Allâh n’aime pas les agresseurs/transgresseurs! » (Qur’ân 2, 190).
« Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués (de se défendre) – parce que vraiment ils sont lésés ; et Allâh est certes Capable de les secourir, ceux qui ont été expulsés de leurs demeures, – contre toute justice, simplement parce qu’ils disaient : « Allâh est notre Seigneur » -. Si Allâh ne repoussait pas les gens les uns par les autres, les ermitages seraient démolis, ainsi que les églises, les synagogues et les mosquées où le nom d’Allâh est beaucoup invoqué. Allâh soutient, certes, ceux qui soutiennent (Sa Religion) » (Qur’ân 22, 39-40).

Ainsi la légitime défense est autorisée, avec la volonté de secourir les opprimés (musulmans ou non) et de protéger les différents lieux de culte dédiés à l’adoration du Divin même si certaines conceptions ont sombré dans l’idolâtrie inconsciemment).


2) le « comment (ensemble des méthodes) » :

« (…) et chassez-les d’où ils vous ont chassés : la fitna (engendrant le chaos, la corruption, la répression et la tyrannie) est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la Mosquée sacrée avant qu’ils ne vous y aient combattus. S’ils vous y combattent, combattez-les donc. Telle est la rétribution des mécréants » (Qur’ân 2, 191).
« Lorsque vous rencontrez (au combat) ceux qui ont mécru frappez-en les cous. Puis, quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite, c’est soit la libération gratuite, soit la rançon, jusqu’à ce que la guerre dépose ses fardeaux. Il en est ainsi, car si Allâh voulait, Il se vengerait Lui-même contre eux, mais c’est pour vous éprouver les uns par les autres. Et ceux qui seront tués dans le chemin d’Allâh, Il ne rendra jamais vaines leurs actions » (Qur’ân 47, 4).


3) « Les exceptions » :
 
« (…) ceux qui ne vous ont pas combattu pour la religion ou expulsé de vos demeures » (Qur’ân 60,8).
« À l’exception des associateurs avec lesquels vous avez conclu un pacte, puis ils ne vous ont manqué en rien, et n’ont soutenu personne [à lutter] contre vous : respectez pleinement le pacte conclu avec eux jusqu’au terme convenu. Allâh aime les pieux » (Qur’ân 9, 4).
« Et si l’un des associateurs te demande asile, accorde-le lui, afin qu’il entende la parole d’Allâh, puis fais-le parvenir à son lieu de sécurité. Car ce sont des gens qui ne savent pas » (Qur’ân 9, 6),
« tant qu’ils sont droits envers vous, soyez droits envers eux, car Allâh aime les pieux » (Qur’ân 9, 7). « …excepté ceux qui se joignent à un groupe avec lequel vous avez conclu une alliance, ou ceux qui viennent chez vous, le cœur serré d’avoir à vous combattre ou à combattre leur propre tribu » (Qur’ân 4, 90).

Les islamophobes citent souvent le verset 90 de la Sûrate 4 que de façon coupée et décontextualisée, or le passage entier intègre des nuances où la justice et la légitime défense sont omniprésentes. Allâh dit en effet dans le Qur’ân : « [tuez-les où que vous les trouviez] à l’exception de ceux qui visitent une tribu (qawn) à laquelle vous êtes liés par un traité ou de ceux qui viennent vous trouver le cœur serré à l’idée de vous combattre ou de combattre leur tribu ; si Allâh l’avait voulu, Il les aurait rendus maîtres de vous et ils vous auraient combattus. S’ils s’écartent de vous sans avoir eu à vous combattre, et s’ils vous proposent la paix, alors Allâh n’établira pour vous aucun recours (hostile) contre eux » (Qur’ân 4, 90).

Le verset suivant (91) montre bien que le combat n’est dirigé qu’envers ceux qui veulent en découdre avec les musulmans et qui ne cherchent pas la paix : « Vous trouverez d’autres tenants qui visent à être en confiance avec vous ainsi qu’avec les leurs. Chaque fois qu’ils pourront recourir à la discorde, ils seront conduits à y revenir. S’ils ne s’écartent pas de vous (ne s’abstiennent pas de vous combattre), ni ne vous proposent la paix, ni ne se retiennent de combattre, alors emparez-vous d’eux et tuez-les là où vous les surprendrez (lors du combat). Contre ceux-là, Nous avons, pour vous, établi une emprise manifeste ».

Ces versets montrent que, si des non-musulmans ne combattent pas les musulmans, il n’est pas autorisé de leur témoigner de l’hostilité.

Ce passage qurânique précise également que cela s’applique aussi bien pour ceux avec qui nous avons conclu un accord/pacte comme pour ceux envers qui nous n’avons aucun pacte conclu, mais qui évitent de nous combattre.

Le Qur’ân signifie notamment le fait de rassembler ce qui est épars, et en ce sens, pour avoir une vision générale et totale des choses, il faut réunir tous les versets du Qur’ân de la même thématique, et les choses apparaitront de façon claire, cohérente et nuancée.

Si on prend en compte la totalité des versets, on se rend compte que les seules motivations légitimes de la guerre concernent la défense des opprimés qui se font massacrer par une puissance tyrannique et injuste, pour se défendre en cas d’attaques, ou pour retourner victorieusement là d’où des injustes nous ont chassé, mais c’est tout. De même, il y a l’interdiction de combattre ceux qui ont fini par déposer les armes (parmi les combattants et les chefs politico-militaires), ceux qui n’ont pas soutenu des injustes, ceux qui n’ont pas pris clairement les armes contre nous et ceux qui n’ont pas voulu nous expulser de nos demeures légitimes.

La guerre en islam ne peut donc pas être légitimée par le simple fait de la mécréance d’une personne car cela est strictement interdit par le Qur’ân en différents endroits. Cela signifie d’une part que tuer un non-musulman pacifique est interdit, et le faire relève du grand péché. Ensuite, que même avec les non-musulmans, le croyant qui aspire à la piété doit se montrer bienveillant, équitable et bienfaisant à son égard (et même lui offrir des cadeaux licites comme le faisait le Prophète Muhammad, et comme le rappelle Ibn Kathir dans son tafsîr), et enfin, que même le combattant non-musulman qui dépose les armes et désire être conduit en lieu sûr, sa volonté doit être scrupuleusement respectée par les musulmans. Et contrairement à l’erreur commise par certains exégètes, aucun de ses versets n’est abrogé selon le Qur’ân ou la Sunnah mutawatir, car tous sont valables et se complètent pour traiter les différents contextes et les situations diverses comportant des conditions et des nuances distinctes et multiples. En effet, nulle part dans le Qur’ân, dans les versets relatifs à la guerre par exemple, il n’est fait mention d’une quelconque abrogation. Si en temps de faiblesse et d’incapacité militaire, – ce qui peut arriver encore à notre époque -, les musulmans sont incapables de faire cesser l’injustice par la force militaire ou politique, ils doivent patienter et ruser pour échapper à leurs persécutions/persécuteurs, mais s’ils en ont les moyens, sans semer le chaos et sans tuer les non-combattants parmi eux ou parmi leurs ennemis, alors le Qur’ân leur donne le droit de se défendre afin de faire cesser l’injustice et l’oppression. Par ailleurs, les données historiques bien établies confirment le contexte historique et le discours qûranique, ainsi que les grandes lignes de la Sirah et de la Sunnah (contrairement à certains récits isolés qui sont en même temps contradictoires avec le Qur’ân et les données historiques).

Cela est aussi corroboré par la Sunnah, on nous pouvons trouver ceci, où lors du sermon d’adieu du Prophète, il dit : « Vous informerais-je au sujet du croyant (mû’min) ?
C’est celui que les gens ne craignent pas quant à leurs biens et leurs propres personnes.
Et le musulman, c’est celui dont les musulmans sont épargnés (du mal) de sa main et de sa langue.
Et le (véritable) combattant (al mujâhid) est celui qui lutte contre son ego.
Et l’émigré (al muhâjir) est celui qui délaisse (quitte) les fautes et les péchés »
. (Hadîth rapporté par Ahmad dans son Musnad).

D’autres paroles prophétiques enseignent que : « Par Celui qui détient mon âme en Son Pouvoir, Allâh n’octroie Sa Miséricorde qu’aux miséricordieux ». On lui dit : « Messager d’Allâh, nous pratiquons tous la miséricorde ». Il (‘alayhî salât wa salâm) répondit : « Il ne s’agit pas de miséricorde envers vos compagnons, mais de miséricorde envers tous les êtres humains ». (Hadîth rapporté dans le Musnad de Abû Ya’lâ n°4258, par Al Bayhaqî dans « Shu’ab al îmân » n°11060).

« Efforce-toi de n’avoir que de belles paroles et répands la paix » (Hadîth rapporté par Ibn Hibbân dans son Sahîh, n°490).

« La meilleure oeuvre après la foi en Allâh, est l’amour bienveillant envers les gens » (Hadîth rapporté par At-Tabarânî, hadîth validé, et cité par Tayeb Chouiref dans son ouvrage « Les enseignements spirituels du Prophète », vol. 1, p. 51, hadîth n°7. Et le sens de ce hadith est général).

 « Il faut pratiquer la bienveillance et prendre garde à ne pas être violent ou indécent » (Hadîth rapporté par al-Bukharî, et cité par Tayeb Chouiref dans son ouvrage « Les enseignements spirituels du Prophète », vol. 1, p. 51, hadîth n°8).

Sur le Jihad an-nafs (la lutte sacrée contre son ego) :

Allâh a dit : « Par l’âme et Celui qui l’a façonnée harmonieusement ; et qui lui a inspiré son libertinage et sa piété ; En vérité, l’homme qui purifie son âme sera sauvé ; et celui qui la corrompt sera réprouvé ! » (Qur’ân 91, 7-10).
« Ceux qui combattent (Jahadu) pour Notre Cause, Nous les guiderons assurément sur Nos sentiers, car Allâh est avec ceux qui s’appliquent à accomplir des œuvres salutaires » (Qur’ân 29, 69), car quiconque n’agit pas avec pureté et justice, ne peut être qu’un imposteur : « N’as-tu pas vu celui qui prend sa passion pour une divinité ? » (Qur’ân 25, 43) et « Il avait opté pour la vie matérielle de ce monde et obéi à ses instincts » (Qur’ân 7, 176).
Le vertueux est donc celui qui correspond à cette description donnée par Allâh : « Tandis que celui qui, redoutant de comparaître devant son Seigneur, aura dompté ses passions ; c’est le Paradis qui constituera son séjour » (Qur’ân 79, 40-41).

Dans les ahadiths prophétiques, citons aussi :
« Le mujahid (combattant ; celui qui fournit les efforts pour la bonne cause) est celui qui mène le Jihad contre son nafs (égo) dans la recherche de l’obéissance à Allâh » (rapporté par Ibn Hibbân dans son Sahîh n°1624 et 2519, Shu’ayb al-Arna’ut dans son Commentaire de Ibn Hibban l’a authentifié tout comme Al-Hakim et Al Hafiz al ‘Iraqî, et également rapporté par Ahmad, At-Tabarânî et At-Tirmidhî et un hadîth similaire est rapporté par al-Bukharî et al-Bayhaqî).

« Le fort n’est pas celui qui triomphe de ses adversaires, mais celui qui triomphe de son égo] » (Ibn Hajar Al-Haythami l’a déclaré authentique dans son « Majma `al-Zawa’id »).

La discipline spirituelle visant à éduquer l’âme et à se purifier des vices et des mauvais caractères est nécessaire, et empêchera ainsi de commettre des injustices.
Ce n’est pas pour rien que le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) a dit : « Prenez garde à l’injustice, car l’injustice se traduira en ténèbres au Jour du Jugement ». (Hadîth rapporté dans le « Musnad » de l’imâm Ahmad n°5798, et dans le Sahîh de Al-Bukharî, n°2447).

Dans la version rapportée par Muslim, la fin du hadîth rajoute : « (Et) prenez garde à l’avarice car elle a causé la perte des communautés qui vous ont précèdes. Elle les a poussées à verser leur propre sang et à rendre licite ce qui leur était interdit ».

Dans un hadîth rapporté par `Abdallâh ibn `Umar (qu’Allâh l’agrée), il relate que le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) a dit : « Quiconque aura contribué injustement à une querelle, ou : contribuera à une injustice, sera l’objet de la Rigueur Divine jusqu’à ce qu’il cesse ». (Hadîth rapporté par Ibn Mâjah n°2320 et par Abû Dâwûd n°3598).

Selon Ibn ‘Umar (qu’Allâh l’agrée), le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) a dit : « Le croyant ne cesse de se trouver excusable au regard de sa religion, tant qu’il n’a pas versé le sang de manière illicite » (Hadîth rapporté par Bukharî).

« Allâh m’a révélé ceci : Soyez modestes afin que personne n’opprime un autre (ou ne bafoue les droits d’autrui) » (rapporté par Muslim dans son Sahîh et par An-Nawawî dans son « Riyad As-Salihin », n°1589).

« Celui qui commet une injustice contre un dhimmi ou le charge d’un fardeau au-dessus de sa capacité, je serai son adversaire» et dans une autre version : « Celui qui oppresse un dhimmi ou le charge d’un travail au-dessus de ses forces ou bien lui prend quelque chose par force, je serai son ennemi au Jour du Jugement Dernier » (rapporté par Abû Dawûd dans ses Sunân, chapitre « Kharaj » n°31-33).

« Attention ! Je plaiderai contre ceux qui traitent cruellement et sans pitié ces gens (ceux avec qui on a conclu un pacte), qui restreignent leurs droits ou qui les chargent plus qu’ils ne peuvent résister ou bien qui prennent d’eux quelque chose en dehors de leur volonté, le Jour du Jugement Dernier » (hadîth rapporté Abû Dawûd dans ses Sunân, chapitre sur le « Jihad »).

Lors du pacte de Najrân, le Prophète dit : « (…) la protection d’Allâh et la garantie du Prophète Muhammad, envoyé d’Allâh, s’étendent sur Najran et les alentours, soit sur leurs biens, leurs personnes, la pratique de leur culte, leurs absents et présents, leurs familles et leurs sanctuaires, et tout ce qui grand et petit, se trouve en leur possession ; aucun évêque ne sera déplacé de son siège épiscopal ; ni aucun moine de son monastère ; ni aucun prêtre de sa cure ; aucune humiliation ne pèsera sur eux ; ni le sang d’une vengeance antérieure à la capitation (…) ». (Abû Yûsuf a rapporté cela dans « Al-Kharâj », p. 72, ainsi que Ibn Ishaq, Ibn Kathîr, At-Tabârî et d’autres dans leurs chroniques et biographies du Prophète ; les récits, les éléments historiques et les témoignages des premiers chrétiens confirment tout cela, et ces pactes ne contredisent en rien le Qur’ân).

Ce pacte fut élaboré vers la fin de la période médinoise (en 631 de l’ère chrétienne, soit environ vers l’an 9 de l’hégire, et le Prophète Muhammad décéda en l’an 632, soit en l’an 10 de l’hégire, donc ce pacte était toujours en vigueur jusqu’à sa mort et ne fut pas abrogé).
Ce pacte fut renouvelé avec Abû Bakr lorsqu’il devint calife, comme le rapporte At-Tabarî dans son « Tarîkh » (Vol. 3, p. 265) ; Muhammad Hamidullah dans « Le Prophète de l’Islam, sa vie, son œuvre » (2 tomes, pp. 564-575) ; Ibn Kathîr dans « Al Bidaya wa an-Nihayâ » et dans sa « Sîrah ». Ibn Kathîr mentionne une lettre au contenu similaire, adressée à l’évêque Abû al-Hârith et aux évêques de Najrân à la fin de la vie du Prophète (cf. « Al Bidaya wa an-Nihayâ » tome 3, pp.50-51 et dans sa « Sîrah » tome 2, pp. 312-313).

L’historien, traditionniste (spécialiste du hadîth) et juriste musulman Ibn al-Athîr (1160-1233 de l’ère chrétienne) dit quant à lui : « Le Prophète leur accorda la protection (dhimma) d’Allâh et prit l’engagement qu’on ne les ferait pas renoncer à leur religion et qu’ils ne seraient pas soumis à la dîme. Il leur imposa cependant comme condition de ne plus vivre de l’usure et de ne plus la pratiquer dans leurs transactions. Quand Abû Bakr devint calife il traita avec eux sur cette base » (Ibn Al-Athîr, « Al-Kamil fi al-Tarikh », tome 2, p. 200).

Muhammad Hamidullah a écrit :
« La jizya est une somme d’argent que doivent payer les non-musulmans en vertu du contrat de dhimma (protection). En Espagne musulmane, les dhimmis, c’est-à-dire les « protégés », comprenaient les juifs et les chrétiens, considérés par l’Islam comme les « Gens du Livre ». Le montant de la jizya, était relativement faible par rapport à la Zakât, c’est-à-dire l’impôt légal imposé aux musulmans qui était soustrait sur l’épargne, le bétail, les minerais et les marchandises. Le principe de la jizya, qui a été instituée vers la neuvième année de l’hégire est tiré du Qur’ân. La justice sociale en Islam a imposé cet impôt comme elle a imposé al Zakât (l’impôt légal) aux musulmans. Et seulement les non-musulmans bénéficient de la jizya. Par ailleurs les oulémas musulmans expliquent que le paiement de la jizya exempte les non-musulmans du service militaire. Par contre si le non-musulman se porte volontaire, il ne paye pas la jizya parce que participant à la défense de l’Etat islamique » (Muhammad Hamidullah, « Initiation à l’Islam », p.159).

Il faut souligner aussi que la jizya n’est pas une « institution dogmatique » (A.K Zidan, « Statuts des Protégés et des Etrangers en pays d’Islam », p. 156-157), le calife musulman peut exempter un non-musulman de cet impôt en guise de récompense pour un acte courageux ou pour un acte bénéfique à la communauté musulmane (Ibid., p. 139). Cité aussi par Belgacem Marzougui dans « L’Islam En Espagne – Huit siècles d’Histoire Européenne » (2011).

Certains juristes ont voulu restreindre la « dhimma » qu’aux « Gens/familles du Livre », or c’est là une erreur. Et sur cette question, ce sont principalement les malikites qui ont raison, car tous les non-musulmans peuvent l’être, – pour les hanafites aussi à l’exception des idolâtres arabes, ce qui est ici une erreur -, même si dans la pratique, les juristes des autres écoles ont accepté aussi la portée générale de la « dhimma ». En effet, rien n’interdit le fait d’inclure tous les non-musulmans (Gens du Livre, idolâtres grossiers ou idolâtres subtils comme les négateurs, déistes et agnostiques de notre époque) parmi les gens de la « dhimma », car la « dhimma » n’est nullement un synonyme de « Gens du Livre », et car, dans le Qur’ân et la Sunnah, l’obligation de protéger un non-musulman parmi les idolâtres arabes de l’époque qui demandait l’asile ou dont un musulman lui avait assuré sécurité était appliquée.
Mais la question qui se pose aussi est de savoir si les zoroastriens et sabéens (considérés comme dhimmis déjà au temps du Prophète), ainsi que les taoïstes, bouddhistes et les hindous par exemple, sont aussi des Gens du Livre au sens large (donc ne faisant pas partie de la souche abrahamique, mais des autres communautés à qui Allâh envoya des Prophètes et des Messagers, – car chaque communauté en a bénéficié selon le Qur’ân, et dont nombreux sont les Prophètes qui ne sont pas cités nommément -) car ils possèdent des Livres contenant des paroles jugées sacrées, parlant du Principe Absolu (monothéisme), des sages et prophètes, des vertus morales, de l’eschatologie, etc.
Annemarie Schimmel dans « The Empire of the Great Mughals: History, Art and Culture » (2004, p. 107) relate que Muhammad Ibn Al Qasem avaient donné aux hindous et aux bouddhistes le même statut (avec les mêmes droits et privilèges) qu’aux chrétiens, aux juifs et aux sabéens, en tant que « dhimmis ».

La liberté de conscience s’applique à tous les individus du genre humain : « Si ton Seigneur l’avait voulu, tous les hommes sur Terre eussent été croyants. Alors, sache donc que tu n’as pas à contraindre les gens afin qu’ils croient » (Qur’ân 10, 99 ; il s’agit ici d’une norme universelle, et non pas d’une norme abrogée), donc le but n’est pas de convertir les gens à l’islam contre leur gré, et s’ils ne veulent pas se convertir à l’islam et qui ne combattent pas les musulmans, il est interdit de les combattre. Ce verset institue d’ailleurs la liberté de conscience et de culte, tout comme cet autre verset : « À vous votre religion (voie, idéologie, mode de vie) et à moi la mienne » (Qur’ân 109, 6). La Sûrate 109, tout comme la précédente, n’ont jamais été abrogées selon le Qur’ân ou la Sunnah. Donc la liberté de conscience est toujours un principe fondamental et universel en islam. Cela est corroboré également par le fait que le Prophète a accepté que des idolâtres, des juifs, des chrétiens et des zoroastriens vivent dans les territoires islamiques (en dehors du Hijaz cependant, pour des raisons doctrinales, politiques et sécuritaires) tout en gardant leur religion et leurs tribunaux, à la fin de la période médinoise, et les compagnons tinrent les mêmes engagements après la mort du Prophète.
L’exception du Hijaz semble être la plus conforme au Qur’ân et à la Sunnah ainsi qu’aux données historiques, puisque les non-musulmans (devenus dhimmis) vivaient encore dans la péninsule arabique mais en dehors du Hijaz, et ce, même après la mort du calife ‘Umar ibn al-Khattâb (voir Hugh Goddard, « A history of Christian-Muslim relations », New Amsterdam Books, 2000).

Le Qur’ân stipule que la jyzia (et donc les protégés ; dhimmis) s’applique aux non-musulmans (qu’ils soient idolâtres ou qu’ils se réclament d’une religion attestée, à l’origine Divine) : « Ô vous qui croyez! Les associateurs ne sont qu’impureté : qu’ils ne s’approchent plus de la Mosquée sacrée, après cette année-ci. Et si vous redoutez une pénurie, Allâh vous enrichira, s’Il veut, de par Sa grâce. Car Allâh est Omniscient et Sage. Combattez ceux qui ne croient ni en Allâh ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allâh et Son Messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leurs propres mains, en toute humilité » (Qur’ân 9, 28-29). Nous avions déjà mentionné le contexte de cette Sûrate (les non-musulmans de la Mecque qui voulaient exterminer les musulmans et qui les avaient d’abord chasser de leurs demeures), ici donc l’ordre de combattre ceux qui ont refusé de déposer les armes ou de se convertir à l’islam est contextuel et concerne les alentours de la Mecque (là où se trouve la Mosquée Sacrée mentionnée dans le verset), mais ceux qui déposeront les armes lorsque les musulmans reviendront victorieux chez eux (à la Mecque) ne craindront rien, et pourront continuer à vivre et à pratiquer leur culte s’ils le désirent, mais en dehors de la Mecque, devant rester un lieu saint dédié au monothéisme pur, et ce afin d’éviter aussi des conflits ultérieurs. Historiquement cela est confirmé également par le fait que lors du retour victorieux des musulmans à la Mecque (donc après la révélation de ce verset), le Prophète pardonna aux non-musulmans combattants de la Mecque et ni fit rien non plus aux civils non-musulmans. Il leur accorda même sa protection et son pardon, et appliqua la jyzia aux juifs, aux chrétiens, aux zoroastriens et ne combattit pas les tribus arabes idolâtres qui ne prirent pas part au combat contre les musulmans. En effet, vint le jour de la prise de La Mecque, où le Prophète et les fidèles entrèrent pacifiquement.

Le Prophète (paix et salut à lui) a dit : « Celui qui a garanti la vie sauve à un homme puis l’a tué, je le désavoue même si l’homme qu’il a tué était mécréant ». (Al-Bukhârî dans at-Târîkh al-kabîr 3/322 ; les termes cités sont les siens ; Ibn Hibbân n°5982 ; al-Bazzâr n°2308 ; At-Tabarânî dans al-Kabîr n°64 et as-Saghîr n°38 ; at-Tayâlisî dans son Musnad n°1285 ; Abû Nu`aym dans al-Hilya 9/24 d’après as-Suddî d’après Rifâ`a ibn Shadâd ; Ibn Majâh rapporte aussi ce hadîth).

Le Messager d’Allâh (‘alayhi salât wa salâm) a dit : « Nul n’aura vraiment la foi s’il n’est pas digne de confiance, et nul n’aura vraiment la religion s’il ne respecte pas les pactes » (Hadîth rapporté par Al Bayhaqî et Al Bukharî).

On connait l’attitude magnanime qu’il eut à l’égard des Quraysh idolâtres qui les avaient tant persécutés. En effet, il leur dit, après les avoir tous rassemblés suite au retour victorieux du Prophète à la Mecque (après tous les combats les ayant opposé aux idolâtres mecquois, donc peu avant sa mort) : « Ô Quraysh ! Que pensez-vous que je vais faire de vous ? ». Certains d’entre eux devaient craindre pour leur vie après tout ce qu’ils avaient fait endurer aux musulmans. Et il leur dit : « Je vous dirai comme Joseph à ses frères : « Point de récriminations contre vous aujourd’hui ! Qu’Allâh vous pardonne. Il est le plus Miséricordieux des miséricordieux » (Qur’ân 12, 92). Partez, vous êtes libres ! » » (Voir Ibn Hishâm, « as-Sîra an-nabawiyya » 2/411 ; Ibn al-Qayyim, « Zâd al-ma`âd » 3/356 ; as-Suhaylî, « ar-Rawd al-unuf » 4/170 ; Ibn Kathîr, « as-Sîra an-nabawiyya » 3/570 ; Ibn Hajar al ‘Asqalânî, « Fath al-Bârî » 8/18 et d’autres). Et dans une autre source, il aurait affirmé : « Aujourd’hui est le jour de la miséricorde. Aujourd’hui est le jour où Allâh a augmenté le pouvoir de l’Islam par les Qurayshites » (Osman Nûri Topbas, « Le Prophète Muhammad: les brises de sa compassion », édition Ekram, 2007, p.155). Et cet événement eut lieu après la révélation de tous les versets sur les combats, et lorsque le Prophète eut l’ascendant et le pouvoir sur ses ennemis, preuve que la dimension militaire ne concerne que les combattants ennemis qui ne se rendent pas et ne cessent pas leurs hostilités (meurtres, appels à la haine et à la guerre, persécutions, etc.), et que la miséricorde et la justice concernent aussi les non-musulmans qui ne lèvent pas les armes contre les musulman(e)s.

Le croyant doit bien s’imprégner de ce noble verset du Qur’ân : « Aidez-vous les uns les autres à l’accomplissement du bien et de la piété et ne vous entraidez pas à commettre le péché et l’agression (transgression) » (Qur’ân 5,  2).

Et le Prophète Muhammad fut certes envoyé pour enseigner la connaissance d’Allâh et de Son Unicité, mais aussi, ce qui lui est profondément lié, à savoir les nobles vertus : « J’ai été envoyé pour parfaire la noblesse du comportement (la réalisation des nobles vertus et caractères) » (Rapporté par Al-Bukhârî dans « Al-adab Al-mufrad » n°273, par Ahmad son Musnad 2/381, par Mâlik dans son « Al Muwattâ’ » et par d’autres). Cet enseignement englobe la bonté, la justice, l’équité, la décence, la pudeur, la gentillesse, la compassion, l’indulgence, la libéralité, la générosité, la patience, l’endurance, la courtoisie, l’amour bienveillant, etc., en somme, toutes les qualités et vertus assimilées à la « chevalerie spirituelle » (futuwwa).

Et au-delà de l’interdiction religieuse, du point de vue stratégique, les méthodes s’apparentant réellement au terrorisme et à l’injustice, n’ont amené aucun bienfait. En étant laxiste sur cela (se permettre de tuer des civils à chaque fois, c’est perdre la Baraka d’Allâh et perdre le soutien de la population), c’est déjà perdre la guerre sur le plan moral, et s’attirer les foudres des innocents ou des populations en général.
Et comme on peut le voir, loin d’avoir améliorer la situation, elle a même empiré depuis la multiplication du chaos et des méthodes sales employées par certains mouvements anti-impérialistes, ce qui ne dédouane en rien les injustices et le terrorisme commis par plusieurs puissances mondiales et régionales.


Cela devrait suffire pour justifier notre point de vue, et infirmer les thèses islamophobes et extrémistes à ce sujet.

Et Allâh est Savant sur toute chose.


1 thought on “Que dit l’Islam sur le terrorisme et les relations avec les non-musulmans à la fin de la vie du Prophète ?

  1. […] Il n’est pas non plus nécessaire de déconstruire le Qur’ân pour réformer la compréhension des musulmans par rapport à une prétendue violence intrinsèque au Qur’ân. Alors que les pires criminels de ces 300 dernières années sont les britanniques, les américains et les franco-belges, ainsi que le régime nazi et les régimes communistes les plus influents, – ayant massacré en tout, plus de 200 millions de personnes -, une lecture attentive et intégrale du Qur’ân (lire l’ensemble des versets sur la même thématique où les nuances, conditions, règles et finalités apparaissent clairement) permet d’interdire formellement le terrorisme et la violence aveugle, – ce que confirme aussi la Tradition prophétique la plus authentique et la plus notoire – (cf. Notre article « Que dit l’Islam sur le terrorisme et les relations avec les non-musulmans à la fin de la vie du Prophète ? » paru le 3 août 2019 sur les éditions Hanif : http://editions-hanif.com/que-dit-lislam-sur-le-terrorisme-et-les-relations-avec-les-non-musulmans-a…). […]

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