Les exemples sont nombreux, où les expériences ou découvertes scientifiques ou historiques confirment la Tradition, que ce soit sur les dates ou les événements qui ont eu lieu, ou sur les bienfaits ou les vertus thérapeutiques de telle ou telle pratique (1), ou de tel ou tel aliment. Ici, on se concentrera sur le décès de Sayyidûna ‘Umar Ibn Al-Khattâb, où les données établies par la NASA corroborent la date de la mort de ‘Umar selon la Tradition.
La mort de ‘Umar ibn al-Khattâb est l’un des événements les mieux documentés de la première période islamique, il fût poignardé lors de la prière de l’aube par un certain Abû Lulu’ah, un soldat perse zoroastrien (ou juif selon certaines sources) fait prisonnier lors des batailles contre les Sassanides, est décédé dans des circonstances que les sources ont cherché à dater avec précision.
La divergence entre les érudits sur la date exacte du décès, tout en s’accordant sur l’année qui est l’an 23 de l’Hégire constitue le point de départ d’une démonstration qui croise les traditions rapportées avec les données astronomiques reconstituées par des astrophysiciens modernes.
La tradition islamique a conservé plusieurs rapports concernant la date de la blessure et du décès de ‘Umar, rapportés et étudiés par des savants musulmans de l’époque médiévale.
L’imâm Al-Bukhari rapporte dans son Târîkh al-Kabir qu’il fut frappé un mercredi alors qu’il restait quatre nuits de Dhul Hijjah.
L’imâm An-Nawawi confirme cette donnée dans Tahdhib al-Asma wal-Lughat, en précisant que ‘Umar fut enterré le dimanche lors du premier jour de Muharram de l’an 24 AH. Il rapporte également d’autres avis selon lesquels il mourut alors qu’il restait le quart de Dhul Hijjah, ou 3 nuits, ou1 seule nuit.
L’imâm Ibn ‘Abd al-Barr rapporte dans Al-Isti’ab fi Ma’rifat al-Ashab que ‘Umar fut tué alors qu’il restait 4 nuits de Dhul Hijjah, tout en mentionnant la version selon laquelle il lui en restait 3.
Les imâms Ibn al-Athir et Ibn Qutaybah rapportent quant à eux que ‘Umar fut poignardé 4 nuits avant la fin de Dhul Hijjah et mourut trois jours plus tard, ce qui place le décès aux alentours du 28 ou 29 du mois.
L’imâm Ad-Dhahabî dans Siyar A’lam al-Nubalâ’ évoque le martyre à la fin de Dhul Hijjah de l’an 23 H sans préciser de date exacte.
C’est dans ce contexte de légère divergence sur la date exacte qu’intervient un athar particulièrement significatif. ‘Abd ar-Rahman ibn Yassar affirme avoir assisté à la mort de ‘Umar et précise qu’une éclipse du soleil eut lieu ce jour-là.
L’imâm At-Tabarânî rapporte cette parole dans Al-Mu’jam al-Kabir avec une chaîne de transmission que l’imâm As-Suyûtî confirme aussi dans Al-Khasais al-Kubra : il rapporte qu’Abd ar-Rahman ibn Yassar dit avoir assisté à la mort de ‘Umar et que le soleil s’éclipsa ce jour-là.
L’imâm Ibn Abi ‘Asim rapporte la même parole dans Al-Ahad wal-Mathani avec un isnâd passant par les mêmes transmetteurs.
Le contenu de cet athar est confirmé aussi par les données de l’astrophysicien Fred Espenak, ayant travaillé au Goddard Space Flight Center de la NASA (Fred Espenak, Annular Solar Eclipse of 0644 Nov 05). Son site http://eclipse.gsfc.nasa.gov recense une éclipse solaire annulaire datée du 5 novembre 644 selon le calendrier Julien, système calendaire utilisé par les historiens des sciences pour toutes les dates antérieures au 15 octobre 1582. Voir aussi l’article “Annular Solar Eclipse of 644 November 05” publié en juillet 2007, ainsi que l’étude de 2006 issu de Five Millennium Canon of Solar Eclipses: -1999 to +3000.
Le site http://eclipsewise.com, également géré par Espenak, fournit les détails précis de cette éclipse pour la ville de Médine : il s’agit d’une éclipse partielle depuis cette localité, ayant débuté à 10h02 et pris fin à 13h26, soit une durée d’environ trois heures et demie, avec un taux d’obscurcissement atteignant 0,756, ce qui correspond à 75,6% de la surface du soleil occultée par la lune. Une éclipse de cette magnitude est parfaitement perceptible à l’œil nu et aurait constitué un phénomène remarquable pour tout observateur présent.
La carte de l’éclipse montre que la zone d’éclipse annulaire où la lune cache la majeure partie du soleil tout en laissant visible un anneau lumineux ne couvre pas la péninsule arabique. Médine se situe dans la zone d’éclipse partielle, délimitée par la courbe verte s’étendant vers le centre de l’Afrique, ce qui est cohérent avec le rapport d’Ibn Yassar qui ne qualifie pas le phénomène d’éclipse totale mais emploie simplement le terme d’éclipse.
En convertissant les dates hégiriennes les plus probables pour le décès de ‘Umar — le 28 ou le 29 de Dhul Hijjah de l’an 23 AH — vers le calendrier Julien, plusieurs outils de conversion indépendants (http://aslitools.com, http://bretagneweb.com, http://taqueem.net, http://muqawwim.com) donnent des résultats situant cette date entre le 4 et le 6 novembre 644 du calendrier Julien.
L’éclipse enregistrée par Espenak est précisément datée du 5 novembre 644, ce qui correspond au 28 de Dhul Hijjah selon la majorité des conversions. Cette concordance permet de trancher parmi les différents avis rapportés par les érudits et de retenir le 28 de Dhul Hijjah comme date la plus vraisemblable du décès.
Le récit transmis par At-Tabarânî, Ibn Abi ‘Asim et As-Suyûtî (m. 911 H/1505) ont tous transmis la même information : une éclipse solaire au jour de la mort de ‘Umar. La transmission orale et écrite a préservé ce détail pendant plus de 1000 ans, et les calculs rétroactifs modernes le confirment.
La conclusion est donc que ‘Umar est mort le 5 novembre 644 selon le calendrier Julien, correspondant aux alentours du 28 de Dhul Hijjah de l’an 23 AH. L’éclipse partielle observée ce jour-là depuis Médine, d’une durée de près de 3 heures et demie et d’une magnitude de 0,83, constitue un marqueur astronomique objectif qui vient non seulement confirmer le témoignage de ‘Abd ar-Rahman ibn Yassar tel que rapporté par At-Tabarani, Ibn Abi ‘Asim et As-Suyûtî, mais aussi affiner la datation parmi les différentes versions transmises par Al-Bukhari, An-Nawawi, Ibn ‘Abd al-Barr, Ibn al-Athir et Ad-Dhahabi.
La science moderne n’apporte pas ici une information nouvelle, mais confirme la fiabilité de la tradition orale et écrite datant de plus de 1400 ans, ce qui doit nous mener à prendre au sérieux les récits traditionnels dont on peut exclure les manipulations politiques flagrantes ou celles qui manquent de solidité interne ou de confirmations externes, indépendantes et concordantes.
Les données scientifiques et historiques confirment généralement le bien-fondé et la fiabilité des principaux événements et enseignements relatés par la Tradition, là où les détails ou événements secondaires relèvent plutôt du douteux ou de l’invérifiable (pour la science moderne ou l’approche historique).
Notes :
(1) Par exemple lire les ouvrages suivants : Tayeb Chouiref, La Médecine prophétique : Approche traditionnelle et recherches contemporaines, éd. Tasnim, 2023 ; Assata Doumbia, Fatima Oulhadj et Hassan Younes, La nutrition en Islam, éd. Ennour, 2017 ; Wolfgang Smith, Sagesse de la cosmologie ancienne : Les cosmologies traditionnelles face à la science contemporaine, éd. L’Harmattan, 2008 ; Wolfgang Smith, Science, scientisme et religion: Des particules au cosmos tripartite et au-delà, éd. L’Harmattan, 2024 ; Seyyed Hossein Nasr, La religion et l’ordre de la nature, éd. Entrelacs, 2004 ; Seyyed Hossein Nasr, La Connaissance et le Sacré, éd. L’Âge d’Homme, 1999 ; Mahmoud Bina et Alireza K. Ziarani, La Philosophie de la science à la lumière de la sagesse pérenne, éd. Tasnim, 2021 ; Mehdi Golshani, Can Science Dispense With Religion?, éd. Institute for Humanities and Cultural Studies (IHCS), 1998 ; Mehdi Golshani, The Holy Qur’an and the Sciences of Nature, éd. Global Scholarly Publications, 1998 et rééd. 2003 puis 2021 chez Miu Press, etc.
