La Religion, les formes traditionnelles et la fin des temps

  L’Islam insiste sur la Volonté divine qui justifie et fonde la diversité des peuples (ethniques) et des communautés religieuses, qu’il faut donc respecter, tout comme le fait qu’elles sont d’origine divine en soi, même si nombre d’entre elles, ont vu leurs textes ou leurs conceptions être corrompus ou altérés au fil du temps, mais qu’il existe cependant des vérités communes et donc des éléments authentiques encore préservés dans toutes les traditions spirituelles encore « vivantes », même si leurs formes traditionnelles ont subi une phase de dégénérescence plus ou moins avancées.

  Il y a néanmoins une filiation naturelle et religieuse d’origine divine, entre toutes les traditions spirituelles qui sont les différentes réadaptations cycliques de la Tradition primordiale qui constitue le tronc commun et le Principe transcendant et vertical qui vivifie les communautés traditionnelles rattachées aux vérités sacrées.

  Le Qur’ân dit en effet : « Et Nous avons suscité dans chaque peuple (au moins) un Messager (leur disant) : « Adorez Allâh et préservez-vous de tout tâghût » (Qur’ân 16, 36).

« Et Ceux qui se sont préservés de tous les tâghût : de les diviniser, et se sont tournés vers Allâh, à eux la bonne nouvelle » (Qur’ân 39/17). Et le « taghût » signifie tout ce qui sort des limites de la Loi, de la Sagesse, de la Vertu, de la Réalité, etc., c’est-à-dire les idoles ou êtres créés qui sont divinisés ou adorés en dehors d’Allâh, ainsi que ceux qui agissent comme des tyrans, des oppresseurs, des criminels sur terre et des injustes, manipulant les gens à de mauvaises fins, en semant le désordre et la corruption sur la terre.

« Tout pouvoir n’appartient qu’à Allâh qui vous a enjoint de n’adorer que Lui, telle est la Tradition immuable/primordiale (Dîn ul Qayyîm). Mais la plupart des gens ne savent pas » (Qur’ân 12, 40).

  En parlant du Prophète Muhammad, Allâh lui ordonne de dire : « Je ne suis pas un innovateur parmi les prophètes » (Qur’ân 46, 9). Plusieurs versets du Qur’ân rappellent que plusieurs prophètes ont été envoyés avant Muhammad : « Nous avons envoyé des prophètes avant toi » (Qur’ân 15, 30), « (…) n’est qu’un prophète ; des prophètes ont vécu avant lui (…) » (Qur’ân 3, 144), « Interroge ceux de nos prophètes que nous avons envoyés avant toi » (Qur’ân 43, 45).

« Et il y a des Messagers dont Nous t’avons raconté l’histoire précédemment, et des Messagers dont Nous ne t’avons point raconté l’histoire (…) » (Qur’ân 4, 164). Il y a donc des Prophètes et Messagers qui n’ont pas été évoqués explicitement dans le Qur’ân, mais leurs caractéristiques fondamentales sont les mêmes, à savoir être sincère, soumis au Divin, se conformer à Ses Ordres, enseigner le Tawhîd, se détourner des idoles et enseigner la bonne moralité aux gens.

   L’Islam signifie l’acceptation libre, dans la paix (et afin de l’obtenir intégralement) de l’Ordre Divin et de s’y conformer, ce qui constitue le fondement de toutes les Traditions révélées (aussi bien parmi les « formes traditionnelles » de souche abrahamique, que non-abrahamique). Allâh a dit : « Non, mais quiconque donne (livre, soumet, laisse) à Allâh son être tout en étant bienfaisant (muhsin), aura sa rétribution auprès de son Seigneur. Pour ceux-là il n’y a nulle crainte, et ils ne seront point attristés » (Qur’ân 2, 112).

« Que vous fassiez du bien, ouvertement ou en cachette, ou bien que vous pardonniez un mal… Alors Allâh est Pardonneur et Omnipotent. Ceux qui ne croient pas en Allâh et en Ses messagers, et qui veulent faire distinction entre Allâh et Ses messagers et qui disent : « Nous croyons en certains d’entre eux mais ne croyons pas en d’autres », et qui veulent prendre un chemin intermédiaire (entre la foi et la mécréance), les voilà les vrais mécréants (dénégateurs) ! Et Nous avons préparé pour les mécréants une correction avilissante. Et ceux qui croient en Allâh et en Ses messagers et qui ne font point de différence entre ces derniers, voilà ceux à qui Il donnera leurs récompenses. Et Allâh est Pardonneur et Miséricordieux » (Qur’ân 4, 149-152).

« Tiens-toi debout, en vrai hanif qui professe la Tradition primordiale, la religion (voie) naturelle, celle qu’Allâh a inscrite au cœur de tout individu. C’est un don universel et immuable qu’Allâh a fait à Ses créatures. Telle est la véritable Tradition, mais la plupart des humains ne savent pas » (Qur’ân 30, 30). En arabe, le terme « dîn » ne recouvre pas le même sens restreint que possède le terme « religion » de nos jours. En Islam, le « dîn » englobe les doctrines, les actes cultuels, les normes sociales, les principes métaphysiques, le mode de vie, etc.

« Certes, ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Nazaréens, et les sabéens, quiconque a cru en Allâh au Jour dernier et agit avec intégrité (droiture et piété, accomplissant de bonnes oeuvres), sera récompensé par son Seigneur ; il n’éprouvera aucune crainte et il ne sera jamais affligé » (Qur’ân 2, 62).

« Ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Sabéens, et les Chrétiens, ceux parmi eux qui croient en Allâh, au Jour dernier et qui agissent avec intégrité (droiture et piété, accomplissant de bonnes oeuvres), nulle crainte sur eux, et ils ne seront point affligés » (Qur’ân 5, 69).

 « Certes, ceux qui ont cru, les Juifs, les Sabéens, les Nazaréens, les Mages (Zoroastriens) et ceux qui donnent à Allâh des associés, Allâh tranchera entre eux le jour du Jugement, car Allâh est certes témoin de toute chose » (Qur’ân 22, 17).

« A chacun une orientation vers laquelle il se tourne. Rivalisez donc dans les bonnes œuvres. Où que vous soyez, Allâh vous ramènera tous vers Lui, car Allâh est, certes Omnipotent » (Qur’ân 2, 148).

« Et sur toi (Muhammad) Nous avons fait descendre le Livre avec la vérité, pour confirmer le Livre qui était là avant lui et pour prévaloir sur lui. Juge donc parmi eux d’après ce qu’Allâh a fait descendre. Ne suis pas leurs passions, loin de la vérité qui t’est venue. A chacun de vous Nous avons assigné une législation et un plan à suivre. Si Allâh avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez donc dans les bonnes cœvres. C’est vers Allâh qu’est votre retour à tous ; alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez » (Qur’ân 5, 48).

« O humains ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allâh, est le plus pieux (sur la voie de la droiture et de la justice). Allâh est certes Omniscient et Grand Connaisseur » (Qur’ân 49, 13).

   Au final, c’est Allâh qui tranchera et jugera nos différends, mais il nous est demandé de bien nous comporter envers les autres et d’adopter une attitude chevaleresque et respectueuse : « Ô Gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorerons que Dieu, que nous ne Lui associerons rien, et que nous ne nous prendrons pas les uns les autres pour seigneurs (qui sont adorés) en dehors d’Allâh ». S’ils se détournent, dites alors : « Soyez témoins que nous sommes soumis (à Lui seul) » (Qur’ân 3, 64).

« Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre, sauf ceux d’entre eux qui sont injustes. Et dites : « Nous croyons en ce qu’on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c’est à Lui que nous nous soumettons » (Qur’ân 29, 46).

« Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon. Car cest ton Seigneur qui connaît le mieux celui qui s’égare de Son sentier et cest Lui qui connaît le mieux ceux qui sont bien guidés » (Qur’ân 16, 125).

  Il y a aussi un hadîth prophétique assez explicite qui confirme la Tradition primordiale : « Je suis la personne la plus en droit de Issâ’ Ibn Maryam dans l’ici-bas comme dans l’au-delà et les prophètes sont des demi-frères : leurs mères sont différentes et leur religion est unique »[1]. En arabe les termes utilisés signifient des frères qui ont le même père mais dont les mères sont différentes, ce qui veut dire que tous les prophètes sont venus avec l’islam métahistorique, qui consiste à adorer Allâh sans rien Lui associer, à connaitre Ses Noms et Ses Attributs, à s’écarter de ce qui est adoré en dehors de Lui, à professer la réalité des Prophètes, des Anges, des Révélations, le Jour du Jugement dernier, l’enfer, le Paradis, le Destin, …

  On posa la question suivante au Prophète Muhammad (ﷺ) : « Quelle est la Religion (ou voie) la plus aimée d’Allâh ? ». (Ce à quoi) le Prophète (ﷺ) répondit : « Le monothéisme primordial et pur (une voie droite et une conscience pure qui est conforme à la Hanifiyya, – saine conscience -), facile (à mettre en pratique), généreux, droit et indulgent »[2].  Le Prophète Muhammad (ﷺ) a dit en une autre occasion à ‘Aîsha : « L’Envoyé d’Allâh dit un jour : les juifs doivent savoir que j’ai été envoyé avec le monothéisme primordial, tolérant et indulgent »[3].

« Et pour chaque communauté il y a un terme » (Qur’ân 7, 34).

« N’injuriez pas ceux qu’ils invoquent, en dehors d’Allâh, car par agressivité, ils injurieraient Allâh, dans leur ignorance. De même, Nous avons enjolivé (aux yeux) de chaque communauté sa propre action. Ensuite, c’est vers leur Seigneur que sera leur retour; et Il les informera de ce qu’ils œuvraient » (Qur’ân 2, 108).

  Le Qur’ân est donc clair et cohérent sur tout cela. Et comme le faisait remarquer René Guénon dans ses Comptes rendus : « … ce n’est pas en aidant à démolir la tradition chez les autres qu’on peut espérer la maintenir chez soi ! ». Et c’est là un piège du diable dans lequel tombent de nombreux religieux, à savoir polémiquer sans cesse, parfois en mentant ou en occultant des choses, et s’attaquer constamment aux autres « religions », tout en délaissant le bon comportement, les actes de bienfaisance et n’étant pas honnête vis-à-vis d’Allâh, puisque l’un des Noms d’Allâh est Al-Haqq, signifiant à la fois le Réel, le Vrai et le Droit (d’Allâh). S’il est normal de réfuter les mensonges dont nous sommes la cible (par rapport à la Religion, au Livre, à la Sunnah, à la communauté, à la famille ou à sa propre personne) pour clarifier les choses et se défendre face à des calomnies, il est cependant inconvenable de perdre son temps à voir constamment les défauts chez les autres, à vouloir les rabaisser, etc., alors que notre but est de nous rapprocher d’Allâh, de la Vérité, de la Justice et de la Sagesse, par ce qu’Il aime et agréé, et les polémiques n’en font pas partie.

  Charles-André Gilis (de son nom musulman ‘Abd ar-Razzâq Yahya) a dit : « Les intégristes s’imaginent naïvement qu’il suffit de proclamer que Muhammad est le meilleur des prophètes, que le Coran est le Livre révélé le plus excellent, que la religion islamique est préférable à toute autre pour entraîner la conviction et l’adhésion des non-musulmans. Pour être crédible, ces affirmations doivent s’accompagner de preuves et celles-ci ne peuvent être données que par la doctrine du Centre suprême et de la Tradition primordiale, seules à même de montrer que la révélation contient l’ensemble des vérités présentes dans les traditions antérieures. Selon sa signification véritable, cette doctrine n’a rien qui puisse, ni favoriser l’intégration, ni entraîner l’opprobre des intégristes car les fonctions qui constituent la hiérarchie de ce Centre sont des fonctions essentielles du Prophète, des reflets et des réverbérations de sa lumière ; c’est lui qui, depuis l’origine des temps, manifeste la présence du Verbe divin au coeur de notre monde »[4].

  Le polyglotte, métaphysicien, logicien, traducteur et érudit suédois musulman Ivan Aguéli (de son nom musulman) Abdul-Hâdi) écrivit dans Pages dédiées à Mercure – Sahaïf Atardiyyah : « Parmi les différentes doctrines ésotériques, il n’en est, à ma connaissance, aucune qui offre autant d’analogie avec celle des Arabo-Islamites que le Taoïsme des chinois, tel que l’a exposé Matgioi dans ses divers ouvrages. Cela est d’autant plus surprenant que l’Islam, non seulement exotérique, mais encore ésotérique, est, je ne dis pas la combinaison, mai le juste milieu et l’équilibre entre le Judaïsme et le Christianisme. La Qabbalah peut être un trait d’union entre Talmudiste et Chrétien, je ne puis dire le contraire. La Qabbalah musulmane n’est pas tout à fait la même chose que celle du “Sepher ha-Zohar” et du “Sepher Ietsirah”, malgré de nombreux rapprochements. L’islam a beau avoir adopté la plupart des personnages et des localités des deux Testaments dans son symbolisme (même avec un sens identique), son esprit est autre. Il s’éloigne des autres traditions dites sémitiques pour se rapprocher nettement du Taoïsme, ou de la “Tradition primordiale”. L’islam, même exotérique, s’est toujours défendu d’être une religion nouvelle ; il a toujours revendiqué le titre de “Dinul-Fitrah”, c’est-à-dire la Religion primitive, celle du commencement de l’Humanité. Il y a une tradition très curieuse du Prophète Mohammed, que voici : « Cherchez la Science, fût-ce en Chine »[5]. On prend la mention de la Chine, ici, pour une simple figure de langage, pour désigner un pays très lointain et inconnu, voulant dire par là qu’aucun effort ne doit être épargné pour trouver la Science. Mais il se peut bien que le Prophète ait fait allusion au Taoïsme ou au Yi-king, car la différence entre l’Islam et la tradition chinoise n’est autre que celle qui existe entre la religion universelle et la Science sacrée. Pour relever tous les points de comparaison entre l’Islam et le Taoïsme, il me faudrait commenter ligne par ligne, page par page, les livres taoïstes de Matgioi d’abord, la traduction du Yi-king de Philastre ensuite. La chose en vaudrait la peine, à cause du résultat surprenant d’une pareille étude. Ici, je me contenterais de signaler quelques principes fondamentaux, savoir (…) dans ce que nous appelons « l’Identité suprême », l’Homme Universel, la cérébralité du raisonnement visuel, la tolérance illimitée, à cause de leur nature, je ne dis pas contraire à la religion, mais extra-religieuse. Je répète que l’énumération de l’accord des 2 doctrines sur les principes mêmes peut s’allonger indéfiniment (…) ».

  Zoroastre[6] était-il un Prophète ? Bien qu’il y ait divergence chez certains savants musulmans[7] pour savoir si Zoroastre était un Prophète (ou les zoroastres ; sachant que le nom Zoroastre désigne sans doute une fonction prophétique, pouvant être incarnées par plusieurs personnes à différentes époques, d’où les mentions d’un Zoroastre vers – 2000, – 1000 et vers – 500, un peu comme les mots arabes nâbi ou rassûl qui désignent respectivement les fonctions de Prophète et de Messager d’Allâh), les critères objectifs pointent vers cette conclusion : (existence d’un Livre et de chants sacrés ; l’Avesta et les Gathas, le monothéisme primordial, l’existence du diable, l’enfer et le Paradis, le Jugement dernier, le pont sirat, la pureté rituelle, le désaveu de l’idolâtrie et de l’apostasie, l’importance de la prière, du jeûne et de la charité, le fait qu’il était polygame, pourchassé et persécuté dans sa terre natale pour sa prédication du Tawhid et de la justice, les prédictions sur l’égarement des Perses qui seront sauvés par un Prophète venu d’Arabie, accompagné de 10 000 Compagnons et Saints qui obtiendront la victoire à la Mecque, la prédiction aussi du Sauveur vers la fin des temps, etc. Le fait aussi que, chaque grand prophète a été à l’origine d’une grande civilisation, parfois revivifiée par certains Sages et Sages. Or, la civilisation perse, durant l’ère pré-islamique, devint une civilisation de grande ampleur, tout comme Moïse, Jésus, Bouddha et d’autres Prophètes ou Sages, furent à la base de grandes civilisations, prêchant aussi le Tawhîd, le désaveu de l’idolâtrie, l’importance de la prière et de la méditation, la spiritualité, la justice sociale, le détachement des illusions terrestres, etc. Et comme de nombreux Prophètes, leurs enseignements originaux (toujours identifiables) ont été pollués et altérés par des conceptions tardives teintées d’idolâtrie et d’innovations blâmables en tous genres. Ensuite dans le Qur’ân, les communautés des Gens du Livre sont mentionnées clairement de façon distincte, par opposition aux simples idolâtres désignés comme « mushrikins », contrairement aux Gens du Livre (Juifs, Chrétiens, Sabéens et Zoroastriens/Mazdéens parmi ceux qui sont explicitement évoqués, et de façon indéterminée quand Allâh précise : « et quiconque parmi ceux qui ont eu foi en Allâh, au Jour dernier et qui ont accompli de bonnes oeuvres »). Et en parlant des Zoroastriens, et la façon de les traiter, le Prophète Muhammad (ﷺ) dit : « Agissez avec eux comme avec les (autres) Gens du Livre », rapporté par Mâlik dans Al-Muwattâ’ n°619 en respectant aussi leurs lieux de culte. La légère différence de formulation peut laisser penser qu’ils ne faisaient peut-être pas partie des « Gens du Livre » de la même façon que les Juifs et les Chrétiens, mais sans doute cela était lié plutôt aux formes traditionnelles nées en milieu sémite, tandis que les autres religions du Livre, sont apparues dans les autres régions du monde. Or, s’ils n’étaient que de simples mushrikîns parmi les dhimmis ou les autres, une autre formulation aurait été sans doute choisie. Wa Allâhu a’lam. Un autre hadith dit aussi « Tout enfant nait « pur » sur la saine conscience primordiale (fitra), mais ce sont leurs parents qui en font de lui un juif, un chrétien ou un zoroastrien/mazdéen (…) »[8]. En tout cas, les Zoroastriens (arabes) furent des résidents et citoyens protégés (dhimmis) dès l’époque du Prophète, notamment ceux du Bahrein, puis ‘Umar a agi de la même façon avec les Zoroastriens de Perse sous son califat, et ‘Uthmân sous son califat, considéra les Berbères (non-islamisés) aussi comme des Dhimmis comme le rapporte l’imâm Mâlik dans son Muwattâ’ n°618 et Al-Bukharî dans son Sahîh n°3156, 3157 et autres.

  D’ailleurs, de nombreux grands philosophes et sages grecs, comme Pythagore, Socrate et Platon (à travers d’Eudoxus notamment), ne disaient-ils pas qu’une partie de leur connaissance (en lien avec la Science sacrée surtout) provient des enseignements de Zarathustra (Zoroastre)[9] ? Dans les dialogues que Platon retranscrivait concernant les enseignements et anecdotes de Socrate, celui-ci disait qu’il « ne savait rien », en ce sens que, dans la Voie spirituelle, il est important de se défaire des préjugés et des illusions des sens pour s’en remettre totalement au Vrai (au Réel absolu ; à Dieu) pour nous instruire de la meilleure manière. Il se comportait humblement comme les sages d’Orient. Comme Zoroastre, il plaçait l’Unité ou Vérité suprême au-delà des dualités, du Bien et du Mal, de l’être ou du non-être. Et comme Lao Tsu, en milieu chinois, il pensait que « celui qui sait ne parle pas et celui qui parle ne sait pas », faisant référence aux vérités subtiles en lien avec les réalités spirituelles.

  Marsile Ficin (1433-1499), se référant à saint Augustin d’Hippone (354 – 430) : « fait d’Hermès Trismégiste le premier des théologiens : son enseignement aurait été transmis successivement à Orphée, à Aglaophème, à Pythagore, à Philolaos et enfin à Platon. Par la suite, Ficin place Zoroastre en tête de ces prisci theologi, [premiers théologiens] pour finalement lui attribuer, avec Mercure, un rôle identique dans la genèse de la sagesse antique : Zoroastre l’enseigne chez les Perses en même temps que Mercure l’enseigne chez les Égyptiens. Ficin souligne le caractère prophétique des écrits d’Hermès : il aurait prédit « la ruine de la religion antique, la naissance d’une nouvelle foi, l’avènement du Christ, le Jugement dernier, la Résurrection, la gloire des élus et le supplice des méchants ». La traduction d’Hermès Trismégiste par le Ficin, imprimée dès 1471, est le point de départ d’une véritable renaissance de l’hermétisme philosophique. Ainsi, c’est par une citation de l’Asclepius [un autre écrit de Trismégiste] que Pic de la Mirandole ouvre son Oratio de hominis dignitate [Oraison sur la dignité humaine] et qu’en 1488, une étonnante représentation du Trismégiste, attribuée à Giovanni di Stefano, est gravée dans le pavement même de la cathédrale de Sienne »[10].

  Paul du Breuil écrivit dans Zarathoustra: Zoroastre et la transfiguration du monde (éd. Payot, 1978) : « Avant Socrate, Zarathustra réalisa donc la transition décisive entre la pensée naturaliste et la nature de dieux qui ne valaient pas mieux que les hommes, vers ce que les Grecs ont appelé l’éthique, portant la réflexion humaine au plan d’une pensée universelle qui tente d’harmoniser nos actes avec le Bien suprême ».

    Sur Zoroastre et le Zoroastrisme, beaucoup de choses erronées sont dites, et il existe encore beaucoup de zones d’ombre. Pour une biographie globalement sérieuse, sur la vie d’un des Prophètes du Zoroastrisme, l’ouvrage Zoroastre le prophète de l’Iran (éd.  Dervy 2012) de Jean Varenne est intéressant. Cependant ses erreurs et préjugés sur l’Islam et la présence musulmane en Iran entachent quelque peu la pertinence globale de l’ouvrage : « Le personnage de Zoroastre est à la fois célèbre en Occident et profondément méconnu : il n’est que de penser qu’on lui associe le nom des mages et, par voie de conséquence, celui de magie pour saisir l’équivoque : l’homme qui avait voué sa vie à combattre les pratiques des magiciens et ne connaissait pas d’injure plus grave que celle de « sorciers » lorsqu’il maudissait ses adversaires, se voit confondu avec eux ! On a même cru qu’il était le « fondateur de la magie », et cela à cause de Platon qui dans le Premier Alcibiade parlait de la « science des Mages, science de Zoroastre, fils d’Oromazès ». Cela va de pair avec l’idée que le prophète iranien était en fait « un Chaldéen » et qu’il pratiquait l’astrologie (sans doute à cause du mot « astre » que l’on croyait reconnaître dans son nom, sans savoir que celui-ci n’était qu’une forme grecque, phonétiquement aberrante, de son patronyme véritable : Zarathushtra). D’où encore la pieuse légende évangélique (Matthieu, 2, 1 à 12) des « rois-mages » guidés par une étoile jusqu’à la crèche où repose l’enfant Jésus. Pareille accumulation de contresens a de quoi surprendre (…). Peut-être cela peut-il s’expliquer par le fait que les Grecs n’eurent jamais de contacts directs avec les zoroastriens qui vivaient à l’est de l’Iran et ne les connurent qu’indirectement par l’intermédiaire des Babyloniens et des Mèdes de la Perse occidentale. Plus tard, lorsque l’expédition d’Alexandre recouvrira tout le domaine iranien, les Grecs ne tenteront pas de vérifier sur place le peu qu’ils savaient (ou croyaient savoir) de la religion du pays. A leur suite, les Romains s’intéresseront davantage à l’organisation politique et militaire de leurs adversaires perses qu’aux croyances de ceux qu’ils tenaient pour des Barbares. Ainsi se perpétuèrent les équivoques jusqu’à ce que l’implantation de l’islam dans tout le Moyen-Orient anéantisse la foi zoroastrienne (sauf quelques survivances sur place et en Inde). L’intérêt porté à la personne et aux doctrines de Zoroastre ne se dément pourtant pas en Europe, de Platon aux philosophes du XVIIIe siècle. Par-delà les idées fausses que l’on se faisait de sa « magie » et de son « astrologie » s’affirmait la croyance que le Prophète iranien était un philosophe, un gnostique, détenteur de secrets divins et faiseur de miracles extraordinaires. Pline affirmait que Zoroastre avait été le seul enfant au monde à « rire le jour de sa naissance » quand tous les autres bébés pleurent (…). Notre Moyen Age crut qu’il avait été l’initiateur et l’instructeur de tous les penseurs grecs, à commencer par Platon et Pythagore. D’aucuns même se risquaient à suggérer que Jésus lui-même avait pu dans sa jeunesse se rendre en Orient pour se mettre à l’école des sectateurs de Zoroastre. D’où enfin l’engouement du XVIIIe siècle ; Jean-Philippe Rameau ne compose-t-il pas un Zoroastre en 1749 (repris à l’Opéra-Comique en 1964) à une époque où philosophes et occultistes se disputent cet initié des temps anciens que l’on imagine sous les traits d’un sage, détenteur de la Vérité éternelle ? Aussi Voltaire et ses amis saluent-ils avec enthousiasme l’initiative du Français Anquetil-Duperron qui décide de se rendre en Inde, où il a entendu dire que subsistait une communauté de zoroastriens, afin de recueillir de leur bouche l’enseignement du Maître, et peut-être même d’en rapporter les livres sacrés si toutefois ceux-ci existent vraiment »

  On apprend ainsi qu’il prêchait le monothéisme, le désaveu total de l’idolâtrie, de la mécréance, de la tyrannie et de la sorcellerie, qu’il désapprouvait fortement l’apostasie, qu’il autorisait la polygamie, qu’il fut d’abord chassé de sa terre natale puis accueilli dans une autre contrée, prêchant la foi dans sa nouvelle contrée, puis revint victorieux sur sa terre natale. Exploit miraculeux réitéré après lui, bien plus tard, par le Prophète Muhammad (ﷺ), mais cette fois-ci avec une ampleur décuplée, et avec une portée éminemment universelle et civilisationnelle sans précédent. On lit parfois que Zarathustra aurait aboli le sacrifice animal, mais cela n’est pas totalement exact comme le note Afsaneh Pourmazaheri dans son article Zoroastre, des origines à l’Islam (avril 2019, La Revue de Téhéran, n°161) : « Dans sa réforme, Zoroastre n’a pas, comme le disent certains érudits, aboli tout sacrifice animal, mais simplement les rites enivrants qui l’accompagnaient. Le sacrifice de haoma (boisson sacrée) devait également être considéré comme une offrande symbolique ; il peut s’agir d’une boisson non fermentée ou d’une boisson ou plante enivrante. Zoroastre a conservé l’ancien culte du feu. Ce culte et ses divers rites ont ensuite été étendus et ont donné à la classe sacerdotale des mages un ordre précis. Son centre, la flamme éternelle dans le Temple de Feu, était constamment lié au service sacerdotal et au sacrifice de haoma ».

   René Guénon écrivit dans Le Démiurge (article paru dans l’ouvrage posthume Mélanges, éd. Gallimard, 1976) : « (…) Il ne peut rien y avoir qui n’ait un principe ; mais quel est ce principe ? et n’y a-t-il en réalité qu’un Principe unique de toutes choses ? Si l’on envisage l’Univers total, il est bien évident qu’il contient toutes choses, car toutes les parties sont contenues dans le Tout ; d’autre part, le Tout est nécessairement illimité, car, s’il avait une limite, ce qui serait au-delà de cette limite ne serait pas compris dans le Tout, et cette supposition est absurde. Ce qui n’a pas de limite peut être appelé l’Infini, et, comme il contient tout, cet Infini est le principe de toutes choses. D’ailleurs, l’Infini est nécessairement un, car deux Infinis qui ne seraient pas identiques s’excluraient l’un l’autre ; il résulte donc de là qu’il n’y a qu’un Principe unique de toutes choses, et ce Principe est le Parfait, car l’Infini ne peut être tel que s’il est le Parfait.
 
     Ainsi, le Parfait est le Principe suprême, la Cause première ; il contient toutes choses en puissance, et il a produit toutes choses ; mais alors, puisqu’il n’y a qu’un Principe unique, que deviennent toutes les oppositions que l’on envisage habituellement dans l’Univers : l’Être et le Non-Être, l’Esprit et la Matière, le Bien et le Mal ? Nous nous retrouvons donc ici en présence de la question posée dès le début, et nous pouvons maintenant la formuler ainsi d’une façon plus générale : comment l’Unité a-t-elle pu produire la Dualité ?
 
     Certains ont cru devoir admettre deux principes distincts, opposés l’un à l’autre ; mais cette hypothèse est écartée par ce que nous avons dit précédemment. En effet, ces deux principes ne peuvent pas être infinis tous deux, car alors ils s’excluraient ou se confondraient ; si un seul était infini, il serait le principe de l’autre ; enfin, si tous deux étaient finis, ils ne seraient pas de véritables principes, car dire que ce qui est fini peut exister par soi-même, c’est dire que quelque chose peut venir de rien, puisque tout ce qui est fini a un commencement, logiquement, sinon chronologiquement. Dans ce dernier cas, par conséquent, l’un et l’autre, étant finis, doivent procéder d’un principe commun, qui est infini, et nous sommes ainsi ramené à la considération d’un Principe unique. D’ailleurs, beaucoup de doctrines que l’on regarde habituellement comme dualistes ne sont telles qu’en apparence ; dans le Manichéisme comme dans la religion de Zoroastre, le dualisme n’était qu’une doctrine purement exotérique, recouvrant la véritable doctrine ésotérique de l’Unité : Ormuzd et Ahriman sont engendrés tous deux par Zervané-Akérêné, et ils doivent se confondre en lui à la fin des temps.

     La Dualité est donc nécessairement produite par l’Unité, puisqu’elle ne peut pas exister par elle-même ; mais comment peut-elle être produite ? Pour le comprendre, nous devons en premier lieu envisager la Dualité sous son aspect le moins particularisé, qui est l’opposition de l’Être et du Non-Être ; d’ailleurs, puisque l’un et l’autre sont forcément contenus dans la Perfection totale, il est évident tout d’abord que cette opposition ne peut être qu’apparente. Il vaudrait donc mieux parler seulement de distinction ; mais en quoi consiste cette distinction ? existe-t-elle en réalité indépendamment de nous, ou n’est-elle simplement que le résultat de notre façon de considérer les choses ?

     Si par Non-Être on n’entend que le pur néant, il est inutile d’en parler, car que peut-on dire de ce qui n’est rien ? Mais il en est tout autrement si l’on envisage le Non-Être comme possibilité d’être ; l’Être est la manifestation du Non-Être ainsi entendu, et il est contenu à l’état potentiel dans ce Non-Être. Le rapport du Non-Être à l’Être est alors le rapport du non-manifesté au manifesté, et l’on peut dire que le non-manifesté est supérieur au manifesté dont il est le principe, puisqu’il contient en puissance tout le manifesté, plus ce qui n’est pas, n’a jamais été et ne sera jamais manifesté. En même temps, on voit qu’il est impossible de parler ici d’une distinction réelle, puisque le manifesté est contenu en principe dans le non-manifesté ; cependant, nous ne pouvons pas concevoir le non-manifesté directement, mais seulement à travers le manifesté ; cette distinction existe donc pour nous, mais elle n’existe que pour nous.

     S’il en est ainsi pour la Dualité sous l’aspect de la distinction de l’Être et du Non-Être, il doit en être de même, à plus forte raison, pour tous les autres aspects de la Dualité. On voit déjà par là combien est illusoire la distinction de l’Esprit et de la Matière, sur laquelle on a pourtant, surtout dans les temps modernes, édifié un si grand nombre de systèmes philosophiques, comme sur une base inébranlable ; si cette distinction disparaît, de tous ces systèmes il ne reste plus rien. De plus, nous pouvons remarquer en passant que la Dualité ne peut pas exister sans le Ternaire, car si le Principe suprême, en se différenciant, donne naissance à deux éléments, qui d’ailleurs ne sont distincts qu’en tant que nous les considérons comme tels, ces deux éléments et leur Principe commun forment un Ternaire, de sorte qu’en réalité c’est le Ternaire et non le Binaire qui est immédiatement produit par la première différenciation de l’Unité primordiale (…) ».

  Et dans La crise du Monde moderne (1927) au chapitre 1 « L’Âge sombre »  il écrivit : « Il est un fait assez étrange, qu’on semble n’avoir jamais remarqué comme il mérite de l’être : c’est que la période proprement « historique », au sens que nous venons d’indiquer, remonte exactement au 6e siècle avant l’ère chrétienne, comme s’il y avait là, dans le temps, une barrière qu’il n’est pas possible de franchir à l’aide des moyens d’investigation dont disposent les chercheurs ordinaires. À partir de cette époque, en effet, on possède partout une chronologie assez précise et bien établie ; pour tout ce qui est antérieur, au contraire, on n’obtient en général qu’une très vague approximation, et les dates proposées pour les mêmes événements varient souvent de plusieurs siècles. Même pour les pays où l’on a plus que de simples vestiges épars, comme l’Égypte par exemple, cela est très frappant ; et ce qui est peut-être plus étonnant encore, c’est que, dans un cas exceptionnel et privilégié comme celui de la Chine, qui possède, pour des époques bien plus éloignées, des annales datées au moyen d’observations astronomiques qui ne devraient laisser de place à aucun doute, les modernes n’en qualifient pas moins ces époques de « légendaires », comme s’il y avait là un domaine où ils ne se reconnaissent le droit à aucune certitude et où ils s’interdisent eux-mêmes d’en obtenir. L’antiquité dite « classique » n’est donc, à vrai dire, qu’une antiquité toute relative, et même beaucoup plus proche des temps modernes que de la véritable antiquité, puisqu’elle ne remonte même pas à la moitié du Kali-Yuga, dont la durée n’est elle-même, suivant la doctrine hindoue, que la dixième partie de celle du Manvantara ; et l’on pourra suffisamment juger par là jusqu’à quel point les modernes ont raison d’être fiers de l’étendue de leurs connaissances historiques ! Tout cela, répondraient-ils sans doute encore pour se justifier, ce ne sont que des périodes « légendaires », et c’est pourquoi ils estiment n’avoir pas à en tenir compte ; mais cette réponse n’est précisément que l’aveu de leur ignorance, et d’une incompréhension qui peut seule expliquer leur dédain de la tradition ; l’esprit spécifiquement moderne, ce n’est en effet, comme nous le montrerons plus loin, rien d’autre que l’esprit antitraditionnel.

Au 6e siècle avant l’ère chrétienne, il se produisit, quelle qu’en ait été la cause, des changements considérables chez presque tous les peuples ; ces changements présentèrent d’ailleurs des caractères différents suivant les pays. Dans certains cas, ce fut une réadaptation de la tradition à des conditions autres que celles qui avaient existé antérieurement, réadaptation qui s’accomplit en un sens rigoureusement orthodoxe ; c’est ce qui eut lieu notamment en Chine, où la doctrine, primitivement constituée en un ensemble unique, fut alors divisée en deux parties nettement distinctes : le Taoïsme, réservé à une élite, et comprenant la métaphysique pure et les sciences traditionnelles d’ordre proprement spéculatif ; le Confucianisme, commun à tous sans distinction, et ayant pour domaine les applications pratiques et principalement sociales. Chez les Perses, il semble qu’il y ait eu également une réadaptation du Mazdéisme, car cette époque fut celle du dernier Zoroastre (1). Dans l’Inde, on vit naître alors le Bouddhisme, qui, quel qu’ait été d’ailleurs son caractère originel (2), devait aboutir, au contraire, tout au moins dans certaines de ses branches, à une révolte contre l’esprit traditionnel, allant jusqu’à la négation de toute autorité, jusqu’à une véritable anarchie, au sens étymologique d’« absence de principe », dans l’ordre intellectuel et dans l’ordre social. Ce qui est assez curieux, c’est qu’on ne trouve, dans l’Inde, aucun monument remontant au-delà de cette époque, et les orientalistes, qui veulent tout faire commencer au Bouddhisme dont ils exagèrent singulièrement l’importance, ont essayé de tirer parti de cette constatation en faveur de leur thèse ; l’explication du fait est cependant bien simple : c’est que toutes les constructions antérieures étaient en bois, de sorte qu’elles ont naturellement disparu sans laisser de traces (3) ; mais ce qui est vrai, c’est qu’un tel changement dans le mode de construction correspond nécessairement à une modification profonde des conditions générales d’existence du peuple chez qui il s’est produit.

En nous rapprochant de l’Occident, nous voyons que la même époque fut, chez les Juifs, celle de la captivité de Babylone ; et ce qui est peut-être un des faits les plus étonnant qu’on ait à constater, c’est qu’une courte période de soixante-dix ans fut suffisante pour leur faire perdre jusqu’à leur écriture, puisqu’ils durent ensuite reconstituer les Livres sacrés avec des caractères tout autres que ceux qui avaient été en usage jusqu’alors. On pourrait citer encore bien d’autres événements se rapportant à peu près à la même date : nous noterons seulement que ce fut pour Rome le commencement de la période proprement « historique », succédant à l’époque « légendaire » des rois, et qu’on sait aussi, quoique d’une façon un peu vague, qu’il y eut alors d’importants mouvements chez les peuples celtiques ; mais, sans y insister davantage, nous en arriverons à ce qui concerne la Grèce. Là également, le 6e siècle fut le point de départ de la civilisation dite « classique », la seule à laquelle les modernes reconnaissent le caractère « historique », et tout ce qui précède est assez mal connu pour être traité de « légendaire », bien que les découvertes archéologiques récentes ne permettent plus de douter que, du moins, il y eut là une civilisation très réelle ; et nous avons quelques raisons de penser que cette première civilisation hellénique fut beaucoup plus intéressante intellectuellement que celle qui la suivit, et que leurs rapports ne sont pas sans offrir quelque analogie avec ceux qui existent entre l’Europe du moyen âge et l’Europe moderne. Cependant, il convient de remarquer que la scission ne fut pas aussi radicale que dans ce dernier cas, car il y eut, au moins partiellement, une réadaptation effectuée dans l’ordre traditionnel, principalement dans le domaine des « mystères » ; et il faut y rattacher le Pythagorisme, qui fut surtout, sous une forme nouvelle, une restauration de l’Orphisme antérieur, et dont les liens évidents avec le culte delphique de l’Apollon hyperboréen permettent même d’envisager une filiation continue et régulière avec l’une des plus anciennes traditions de l’humanité. Mais, d’autre part, on vit bientôt apparaître quelque chose dont on n’avait encore eu aucun exemple, et qui devait, par la suite, exercer une influence néfaste sur tout le monde occidental : nous voulons parler de ce mode spécial de pensée qui prit et garda le nom de « philosophie » ; et ce point est assez important pour que nous nous y arrêtions quelques instants.

(1) Il faut remarquer que le nom de Zoroastre désigne en réalité, non un personnage particulier, mais une fonction, à la fois prophétique et législatrice ; il y eut plusieurs Zoroastres, qui vécurent à des époques fort différentes ; et il est même vraisemblable que cette fonction dut avoir un caractère collectif, de même que celle de Vyâsa dans l’Inde, et de même aussi que, en Égypte, ce qui fut attribué à Thot ou Hermès représente l’oeuvre de toute la caste sacerdotale.

(2) La question du Bouddhisme est, en réalité, loin d’être aussi simple que pourrait le donner à penser ce bref aperçu ; et il est intéressant de noter que, si les Hindous, au point de vue de leur propre tradition, ont toujours condamné les Bouddhistes, beaucoup d’entre eux n’en professent pas moins un grand respect pour le Bouddha lui-même, quelques-uns allant même jusqu’à voir en lui le neuvième Avatâra tandis que d’autres identifient celui-ci avec le Christ. D’autre part, en ce qui concerne le Bouddhisme tel qu’il est connu aujourd’hui, il faut avoir bien soin de distinguer entre ses deux formes du Mahâyâna et du Hînayâna ou du « Grand Véhicule » et du « Petit Véhicule » ; d’une façon générale, on peut dire que le Bouddhisme hors de l’Inde diffère notablement de sa forme indienne originelle, qui commença à perdre rapidement du terrain après la mort d’Ashoka et disparut complètement quelques siècles plus tard 

(3) Ce cas n’est pas particulier à l’Inde et se rencontre aussi en Occident ; c’est exactement pour la même raison qu’on ne trouve aucun vestige des cités gauloises, dont l’existence est cependant incontestable, étant attestée par des témoignages contemporains ; et, là également, les historiens modernes ont profité de cette absence de monuments pour dépeindre les Gaulois comme des sauvages vivant dans les forêts ».

  Il aura fallu plus de 80 ans, pour que les découvertes archéologiques donnent raison à René Guénon à ce sujet, avec des traces historiques et matérielles démontrant l’existence de villes développées gauloises et celtes, puisqu’en2012, l’archéologue et préhistorien Jean-Paul Demoule parlait de ses découvertes qui ont changé l’image que l’on se faisait des Gaulois, confirmant ainsi les propos de René Guénon : « (…) En dix ans, l’Inrap a réalisé 17 000 diagnostics sur 112 000 hectares de zones d’aménagement, réalisé 2 200 fouilles préventives, niveau jamais atteint dans un pays qui a détruit davantage de sites archéologiques qu’ailleurs. On peut dire que, pour l’archéologie, les « Trente Glorieuses » ont été piteuses : songez qu’il n’y a eu aucune fouille préventive lors de la construction du réseau primaire d’autoroutes alors qu’on trouve en moyenne un site au kilomètre : soit 1 200 sites virtuellement détruits sur un trajet Lille-Nice. On partait de presque rien en 1970, avec zéro fouille sur le tracé TGV Paris-Lyon. Il y a eu des progrès dans les années 1990, puis un tournant capital a été pris, même si on n’a pas atteint le rythme de croisière quoi qu’en disent les politiques et aménageurs, qui pensent qu’on en a assez fait.

(…) Il y a trente ans, la vision spontanée d’une civilisation gauloise à la Astérix avec ses villages de huttes dispersés dans des forêts parcourues par des sangliers et des druides cueillant du gui avait encore cours, même chez les scientifiques. Or, que découvre-t-on ? Que la Gaule, déjà déboisée, est quadrillée de fermes aristocratiques réparties sur le territoire dès le 4e siècle avant notre ère. Un siècle après se forment les premiers noyaux urbains, comme celui qui a été mis au jour à Lacoste (en Gironde), et dont les plus grands servaient de capitales à la soixantaine d’États gaulois indépendants qui vont se coaliser contre Rome ou se ranger à ses côtés dans des alliances fluctuantes. Et si la conquête romaine a débouché sur une assimilation rapide, c’est que l’écart entre les deux civilisations n’était pas si grand. (…) Les Gaulois ne vivaient pas seulement dans des maisons de paille et de terre comme les trois petits cochons, ils avaient bâti sur des centaines d’hectares des agglomérations avec des rues à angle droit. Leur production matérielle, leur art celtique, leurs sacrifices d’animaux n’avaient rien à envier aux Romains, qui admiraient certaines réalisations gauloises comme cette brouette à dents poussée par un cheval ou un bœuf, l’ancêtre de la moissonneuse. (…) »[11].

  D’ailleurs, chez les populations celtes[12], antérieures à l’avènement du Christianisme, et tout comme dans l’Ancien Testament, ils prédisaient l’apparition de la figure christique de Jésus, tout comme des textes hindous et zoroastriens – de l’Antiquité – prédisaient aussi la venue du Prophète Muhammad, réinstaurant le monothéisme et la spiritualité au sein des peuples décadents de l’époque. Les peuples se convertissant alors à la nouvelle réadaptation de la Tradition primordiale dans une nouvelle forme traditionnelle, n’y voyaient qu’une continuation logique et naturelle, de la pureté originale – retrouvée – de leur ancienne religion, à l’instar des Turcs tengristes (le Tengrisme originel étant aussi une tradition monothéiste) qui ont rapidement vu dans l’Islam, la continuation, la synthèse et l’épuration du Tengrisme (de ses multiples dérives et croyances apocryphes) pour la fin de notre cycle.

  Tout comme les différentes nations ont donné des noms différents pour désigner l’Absolu (God, Dieu, Dios, Zeus, Odin, Brahma, Yahvé, Tengri, Tao, Grand Manitou, Grand Esprit, Jéhova, Allâh, …) et Ses différents Attributs (qui ont été personnifiés puis perçus chez les idolâtres, par voie de dégénérescence et d’ignorance, comme étant des « divinités » séparées, donnant le « dieu de la guerre », le « dieu de l’amour », le « dieu de la justice », « le dieu de la subsistance et des récoltes » etc.)[13], il en va de même concernant le sauveur qui sera envoyé par Allâh à la fin des temps, pour combattre notamment le Dajjâl (appelé aussi l’antéchrist, la Bête de l’événement, l’Imposteur, etc.) et ses suppôts, tout comme pour le diable (shaytân en arabe par exemple).

  Les Hindous attendent Kalki depuis environ 4000 ans, les Zoroastriens attendent la venue de Saoshyant depuis plus de 3000 ans, les Bouddhistes attendent Maitreya depuis 2600 ans environ, les Juifs attendent le Messie depuis 2500 ans (mais seuls les Juifs qui ont suivi le Christ ont reconnu le vrai Messie, les autres, qui veulent hâter sa venue par l’oppression, la méchanceté et le mensonge, sont les disciples du diable et suivront plutôt le Dajjâl, à l’instar des évangélistes les plus fanatiques, car incapables de reconnaitre la Vérité et la vertu, se laissant tromper par le diable qui les guidera plutôt vers le Dajjâl), les Chrétiens attendent Jésus depuis 2000 ans, les Musulmans attendent le retour du Christ et la venue de l’imâm Mahdi qui épaulera le Christ depuis plus de 1400 ans.

  Toutes les traditions spirituelles ayant une origine divine font allusion à cette période de la fin des temps, où la Religion sera au plus bas, où le satanisme et les croyances telles que l’athéisme et le matérialisme domineront la plupart des sociétés humaines, en même temps que l’insécurité, l’injustice, l’oppression et les grands massacres, l’adultère et l’homosexualité, l’individualisme et le capitalisme, l’usure et les dérèglements climatiques, l’apparition de nouvelles maladies terribles, etc., en somme, autant de signes qui correspondent bien à notre époque.

  Le début d’un cycle correspond à l’âge d’or, avec une période dominée globalement par la vérité (le Sacré), la justice, la spiritualité et la paix, ensuite une phase de stagnation, et enfin une phase de profonde décadence. A l’intérieur de chaque grand cycle, les mêmes phases se réalisent à petite échelle dans des cycles mineurs, propre à chaque ère civilisationnelle – comme l’attestent l’apparition et la chute des différents empires -. Et comme nous sommes dans la phase du mondialisme, les événements eschatologiques que nous vivons actuellement ont une dimension universelle et donc toute particulière, et inédite pour ainsi dire.

  Les Saintes écritures font allusion à des sauveurs à la fin des temps, et dont les différentes descriptions correspondent au Prophète Muhammad (ﷺ), à l’imâm Mahdi et au Christ, qui sont étroitement liés dans leur Mission, bien que distincts dans leur personne. Elles rappellent aussi qu’il ne faut pas être fatalistes ou oisifs, car leur venue ne surviendra que par les efforts réalisés par les croyants, par les bonnes actions et l’endurance qui favorisent les Bénédictions divines et donc le Secours du ciel (Celui du Divin), en luttant contre l’oppression, l’injustice, la tyrannie et le mensonge. Comme tout véridique, que ce soit en science, en médecine, en prophétie, en sainteté ou en politique, il existe aussi des imposteurs ou des gens illusionnés par les shayâtins ou l’orgueil, qui leur font perdre de vue la réalité, et qui s’attribuent des prétentions que le Réel ne confirme pas. Il faut ainsi se méfier des imposteurs, mais la venue d’un sauveur fait partie des vérités universelles, que l’observation et l’intellect corroborent actuellement, étant donné la réalisation des différentes prophéties, et sachant que les ahadiths prophétiques et les autres écritures, de même que les rêves spirituels, les dévoilements initiatiques des grands Saints, etc. confirment, et qui ne contredisent en rien le Qur’ân. Il s’agit donc d’une réalité que l’on ne peut pas renier, mais que certains réformistes nient à cause de la croyance matérialiste et de la propagation des imposteurs qui sont répandues aujourd’hui[14]. Concernant les événements particuliers liés aux signes eschatologiques, s’il est vrai qu’ils ne font pas partie des conditions de la foi et des doctrines fondamentales, ni des actes de bienfaisance ou les rites de la Religion, que eux tous, sont nécessaires et importants de connaitre, ils n’en demeurent pas moins plus que de « simples informations » qui peuvent être vraies ou fausses, car leurs implications ou leur importance relative – pour ceux qui vivent l’époque concernée -, permettent de s’orienter aussi politique et spirituellement – à condition d’être prudent et de ne pas tomber dans des interprétations forcées ou superficielles -. Les principes d’interprétation et des catégories de sciences sont évoqués dans le Qur’ân, et l’eschatologie en fait bien partie, au même titre que la jurisprudence, l’exégèse, le Hadith, la logique, la langue arabe, la biologie, l’économie, la politique, l’astronomie, la psychologie, le commerce, les mathématiques, la théologie, la métaphysique, la médecine, l’histoire, l’archéologie, etc. Ensuite, ces principes seront développés en détails dans la Sunnah, chez l’élite des Compagnons et de leurs disciples, des Saints et de leurs disciples parmi les vertueux et les clairvoyants, ainsi que par les savants des différentes disciplines, l’observation et la méditation, l’inspiration divine (ilhâm) et le dévoilement spirituel (kashf), les songes spirituels, la recherche historique et scientifique, etc. Tout en étant descendant du Prophète (ﷺ), que ce soit par la descendance de l’imâm Hassân ou de l’imâm Hussayn, cela ne change rien dans le fond, car ce sont les signes de la sainteté, de l’humilité, de la sagesse, de l’ascétisme, de la justice, de la piété et de l’intelligence – loin de la fourberie, de l’amour du pouvoir, de l’argent ou de la fornication – qui font de lui le bien-guidé, et qui permettent de distinguer entre les véridiques et les imposteurs (qu’ils en soient conscients ou non). Et il en va de même pour distinguer le vrai Messie du Dajjâl, car l’apparence peut être trompeuse, mais les signes de la sainteté et de la prophétie ne le sont pas, surtout pour ceux qui aiment sincèrement Allâh, qui cultivent l’intelligence et qui cheminent sur la voie de la spiritualité et de la droiture. Le Dajjâl cherchera à impressionner les gens par de « faux miracles » et le suivi des superstitions modernes et du culte de l’ego pour les pousser à l’idolâtrie et au matérialisme, tandis que l’imâm Mahdi et Issâ seront sur la voie de l’humilité, de l’ascétisme, de la générosité, de la piété, de la justice et de la spiritualité. Un Walî (Saint) ne peut déjà pas passer tout son temps sur les réseaux sociaux, faire du mal aux gens, mentir sur la Religion, chercher à impressionner les gens du commun ou à leur extorquer de l’argent tout en leur promettant le Paradis en échange de dons ou de faveurs sociales, politiques ou sexuelles, car l’Islam considère ce genre de pratiques comme étant harâm et ceux des imposteurs, que dire alors pour l’imâm Mahdi et le Prophète Issâ, le Messie.

  Quant aux relations entre les différentes communautés, comme nous l’avons vu, selon le Qur’ân (Livre de l’ultime Révélation divine pour notre cycle) doivent être basées sur la sagesse, le bon comportement et les discussions productives et courtoises, et non pas sur le sectarisme, le syncrétisme, le fanatisme et la violence. Ici-bas, nous devons agir avec sagesse, bonté, humilité et justice, car nos différends théologiques, philosophiques, politiques ou scientifiques, seront tranchés seulement, de façon définitive, par Allâh, le Jour du Jugement dernier, et pas avant.

  Comme le pressentent ou le disent ouvertement un certain nombre de non-Musulmans, parmi les Gens du Livre (au sens large) ou même parmi les simples déistes ou agnostiques, il y a une « puissance » particulière et une lumière incomparable qui se trouvent dans l’islam et chez une partie de la Communauté musulmane, celle qui s’attache à ses principes et à ses valeurs malgré les pressions et attaques du monde moderne qui ciblent les Musulmans avant tout, car ceux-ci sont un obstacle majeur au Nouvel ordre mondial (dans sa tendance satanique et oligarchique). La raison en est simple, car Allâh a parachevé l’Islam et y a déposé Sa Baraka tout en la protégeant, tant que des croyants véridiques seront sincères envers Lui, tout en honorant la totalité des Prophètes et de leurs enseignements originels, et c’est pour cela que la Communauté musulmane fut celle qui se propagea le plus rapidement dans le globe, et qui compta le plus de Maîtres spirituels et de Saints ayant atteint les stations spirituelles les plus élevées, et dont plusieurs d’entre eux devinrent les plus grands poètes de l’Humanité, ainsi que les plus grands savants aussi sur le plan exotérique, ou dans le domaine des sciences naturelles et médicales. Et la Communauté musulmane, fut aussi, tout au long de l’histoire, du moins en tant que norme, la protectrice des autres communautés religieuses, les pacifiant tout en honorant leurs prophètes également.

  Alors que chaque religion (au sens de forme traditionnelle) était destinée avant tout à une aire géographique ou ethnique spécifique, le Christianisme fut temporairement universel dans son rôle cyclique jusqu’à l’avènement de l’Islam (comme l’indiquait Jésus dans la Bible, dans son annonce sur le Paraclet, qui comme nous l’avons vu, ne pouvait pas désigner le Saint esprit selon leur définition, ainsi que la prédiction dans la Torah et la Bible concernant la descendance d’Ismâîl, qui ne peut désigner que le Prophète Muhammad et sa communauté), d’ailleurs le fait même que le Christianisme n’ait pas su conserver le dépôt originel à l’échelle mondiale, en perdant sa Loi sacrée, sa langue sacrée et ses doctrines primordiales,  montre la nécessité de l’apparition de l’islam, notamment parce que le christianisme n’avait pas eu prise dans de nombreuses régions du monde à l’époque, que ce soit en Afrique profonde, en Perse, en Arabie ou dans une grande partie de l’Asie, bien qu’il existait quelques petites communautés ici et là, mais sans réelle influence sur la destinée de ces peuples. L’Islam, de par son caractère universel par excellence, et son rôle cyclique majeur, a non seulement permis la revitalisation d’une partie du monde juif et chrétien, mais a aussi éclairé et sauvé les mondes arabe, persan et turc notamment, de la disparition de leur monde et civilisation, qui connaissaient de nombreux troubles majeurs et une phase de décadence avancée. Malgré l’existence de courants sectaires dans le monde musulman, l’Islam demeure entièrement préservé pour ceux qui cherchent sincèrement la Vérité. Le Qur’ân est préservé, la Sunnah prophétique l’est également[15], tout comme la langue sacrée, la Loi divine, la voie spirituelle et l’ésotérisme orthodoxe.

  Selon le théologien, linguiste et juriste (formé selon le fiqh shafi’ite, mais qui par la suite a pris des libertés par rapport au cadre de l’école shafi’ite) comorien Mohamed Bajrafil, dit, concernant le fait de prier pour les défunts non-musulmans (qui n’ont pas été des ennemis farouches de l’Islam) : « (…) Revenons à la question : A-t-on oui ou non le droit de prier pour un parent non musulman mort ? Je me figure, en vous écrivant, le visage de mon frère Benvenido, à qui j’ai fait cette réponse plus d’une fois. Oui, on a le droit. Et ce n’est pas vrai, il n’y a jamais eu d’unanimité sur la question. Je ne sais plus quel exégète rapportait cet avis, comme un avis isolé. Pourtant, il est loin d’être l’avis de 4 poilus et deux tondus, parmi les jurisconsultes musulmans.

Et ce, n’en déplaise à l’imam al-Nawâwi, qui emprunte au juge ‘Iyâd une unanimité prétendue des savants musulmans sur l’interdiction de prier pour un mort non-musulman.

En effet, au sein de l’école shaféite, des propos existent qui montrent que l’avis de l’école est plutôt que c’est permis. C’est, indiscutablement, l’avis d’aussi grands noms de l’école shaféite qu’al-Khatîb al-Shirbînî (m. 977 H), al-Qalyûbî (m. 1069 H), al-Barmâwî (m. 1106 H), al-Bajîrmî (m. 1221 H), al-Shibrâmullasî (m. 1087 H), al-Jamal (m. 1204 H), etc.

Il ressort de là deux choses. La première est que les gens se contentent de rapporter les avis connus des écoles auxquelles ils prétendent appartenir sans jamais aller au-delà de ce qui leur est dit. L’autre est que nous devons impérativement mettre de l’humain dans l’abord des questions du salut des personnes. (…). Les théologiens musulmans (mutakallimûn) sont beaucoup plus nuancés que les vendeurs de rêves et de prêt-à-penser que sont certains prédicateurs des temps modernes, disant au grand public ce qu’il veut entendre. Notamment, lorsqu’on vit une période de faiblesse, après avoir été à la pointe de la technologie et des sciences.

Dans son épître Fayçal al-tafriqa, al-Ghazzâlî dit que toute personne qui entend mal parler de l’islam et ne l’embrasse pas ira au paradis, parce que naturellement l’homme est fait pour aimer le beau et détester le laid. D’autres, tels que l’imam Dâwûd al-Dhâhirî, ou encore le juge Abd al-Jabbâr, comme le rapporte l’auteur du Tahbîr, et al-‘Ambarî estiment que ce qui compte, pour avoir le salut, dans l’au-delà, c’est de seulement être dans la quête de la vérité. Pas d’y parvenir obligatoirement.

    Ainsi a-t-on la catégorie de ceux qu’on appelle « Kâfir al-dunya » que je traduis par « non-musulman de ce bas-monde », à savoir une personne qui, par exemple, ne prie pas comme les musulmans, ne fait rien comme eux, mais est dans ladite quête. A sa mort, on la considère comme non-musulmane, dans le sens où on ne lui fait pas les rites réservés aux musulmans, en termes de lavage, d’orientation dans la tombe, etc. Mais, il n’est pas exclu qu’il aille au paradis (…) »[16].

  Ainsi, et sans même évoquer la dimension ésotérique de la question, rien que sur le plan exotérique, il existe une pluralité d’avis et de nuances au sein de l’orthodoxie islamique, notamment par rapport à ce qu’ont pu dire et développer les imâms Ibrâhîm Ibn al-Adhâm, Al-Junayd, Al-Hakim at-Tirmidhî, At-Tabarî et d’autres parmi les Salafs, et après eux d’éminents imâms parmi les Khalafs comme Al-Qushayri, Al-Ghazâlî, Ibn ‘Arabî, Al-Qashânî, Isma’îl Haqqî, l’émir ‘Abd al-Qadîr ou Ahmad Al ‘Alawî, car ils disent à peu près la même chose sur le plan ésotérique, et nuancent aussi les avis sur le plan exotérique. Et du point de vue théologique, des imâms comme Al-Ghazâlî, et comme il est rapporté aussi de l’imâm Dâwûd al-Zâhirî, du juge ‘Abd al-Jabbâr, de l’imâm As-Suyûtî et d’al-‘Ambarî, disent que ce qui compte c’est d’être sincère dans sa quête de vérité et de ne pas la refuser quand elle se manifeste à nous, et ce même si on tombe dans des déviances ou des erreurs.

  At-Tabarî rapporte aussi cela dans son Tafsîr, de la part de Sahâba et de tabi’in, que des incroyants (du temps du cycle islamique) pourront aussi sortir de l’Enfer car selon eux, ce dernier n’est pas éternel, et ce sans parler des cas où même sur le plan exotérique, des non-musulmans seront pardonnés/excusés par rapport à des circonstances atténuantes (n’ayant pas eu accès à l’Islam véritable et à ses enseignements limpides et authentifiés car ce qu’ils en connaissaient étaient des choses déformées ou avaient été induits en erreur par des « Musulmans » fanatiques, sectaires ou criminels), etc. De même que plusieurs ahadiths (rapportés par Muslim, At-Tabarânî, Al-Bayhaqî, Ahmad, Al-Bazzâr, Abû Ya’la et d’autres) évoquent que la Rahma divine englobera aussi les incroyants qui seront passés par la Géhenne pour se purifier de leurs péchés, cette Rahma embrassant ainsi même ceux qui n’auront même pas eu un « grain/atome » de « foi ». De même, sont excusés et donc pardonnés, les gens sincères parmi les handicapés (sourds, déments et aveugles), les enfants, les personnes dénuées de capacité de réflexion pertinente, et les personnes qui n’ayant pas eu connaissance du véritable islam comme l’a rapporté l’imâm As-Suyûtî dans son ouvrage Masâlik al-Hunafâ’ fi walida’î al-Mustafâ, où il recense des versets du Qur’ân et des ahadiths sahîh et hassân montrant cela, notamment en concluant que les parents du Prophète n’iront pas dans la Géhenne conformément au Qur’ân et à la Sunnah, car la condition qurânique est que ceux qui n’ont pas eu vent de l’Islam pur ou qui sont décédés avant, seront pardonnés et excusés en fonction de leur sincérité à l’égard d’Allâh et de Son Message. Dans le même ouvrage, l’imâm As-Suyûtî rapporte les avis des imâms sunnites At-Tabarî, Al-Baydawî et de Tâj ud-Dîn as-Subkî, comme étant l’avis prépondérant chez les Sunnites (Ahl ul Sunnah), différent de l’avis retenu chez les Mu’tazilites, les anthropomorphistes et les rawafidhs (Shiites extrémistes anti-Sunnites et qui font le takfir des 3 premiers Califes bien-guidés à savoir Abû Bakr, ‘Umar et ‘Uthmân, qui faisaient partie des proches du Prophète ﷺ et qui étaient liés à lui par des alliances de mariage avec leurs filles respectives) : « Nous pensons que ceux que la da`wa [l’appel authentique à l’Islam pur et ses preuves notoires] n’a pas atteints meurent sauvés [du Feu ; s’ils étaient sincères], et que tant qu’ils sont en vie, ils ne sont pas combattus jusqu’à ce qu’ils rejettent un appel clair, et qu’ils jouissent d’une protection dans leur vie et leurs biens, etc. ».

  Quant au hadith rapporté et disant « mon père ira au Feu », le Prophète (ﷺ) ne parlait pas de son père biologique, mais de l’un de ses oncles (ayant refusé l’Islam pur) qui s’occupait de lui comme son propre père l’aurait fait. A noter que son passage purificateur dans la Géhenne n’a pas été annoncé dans le hadith comme étant « perpétuel » ou « éternel », wa Allâhu a’lam.

  Allâh dans le Qur’ân dit d’une part que le Paradis est un don inépuisable et sans fin qui relève de Sa Promesse, tandis que pour l’Enfer, Il peut décider de pardonner ou de ne pas châtier – comme le rapportent des Salafs (cf. Tafsîr at-Tabarî), et d’autre part que Sa Miséricorde embrasse toute chose, et blâme aussi les sectaires parmi les Juifs et les Chrétiens qui affirmaient (à la place d’Allâh) que tels groupes iront forcément en Enfer et que tels autres groupes iront forcément au Paradis – et que Sa Rahma était limitée à la hauteur de leur conception humaine -, alors que cela ne relève que du Droit divin, car bien que l’injustice, le shirk et le kufr sont des éléments identifiés au Feu, ils ne sont que des accidents/contingents qui font mériter le Feu, mais que la Rahma d’Allâh transcende et englobe – et ce qui sera châtié et brûlé sera l’ego jusqu’à leur purification et non pas leur être intime relevant du Souffle divin comme l’explique l’émir ‘Abd al-Qâdir dans son Kitâb al-Mawâqif.

  Le Shaykh ul Islâm ‘Abd al-Karîm Ibn Hawazin Abû al-Qâssim al-Qushayrî (m. 465 H/1072) a dit dans Latâ’îf al-ishârât (1/50) : « La divergence (et pluralité) des voies, dès lors qu’elles dérivent du même principe (asl), ne porte pas atteinte à l’obtention de l’Agrément divin. Quiconque ajoute foi aux paroles du Réel (Al-Haqq) – qu’Il soit Exalté – en ce qu’elles enseignent sur Sa Nature et Ses Attributs, recevra la Satisfaction divine, quels que soient le Nom divin qu’il invoque et la Loi sacrée qu’il suit ».

  L’imâm Ad-Dhahâbî dans son Siyâr le décrit en des termes très élogieux. Et l’imâm ‘Abd al-Ghafir al-Farisî le décrivait ainsi : « L’imâm incontestable, le juriste, le théologien, le théoricien du droit et spécialiste des fondements (ussûl), l’exégète du Qur’ân, l’homme de lettres, le grammairien, l’écrivain/poète, le maître de son temps, le secret d’Allâh parmi Sa création, l’axe de la réalité, la source du bonheur, le pôle de la maîtrise, celui qui a uni la Shar’îah et la Haqîqa (Vérité spirituelle). Il était qualifié et avisé dans les fondements de la foi ash’arite et dans les branches de l’école juridique shafi’ite ». L’imâm Al-Qushayrî était en effet une autorité dans le fiqh shafi’ite, la théologie (‘aqida), le Hadith, le Qur’ân et son Tafsîr, la logique et les fondements du droit et de la Religion, la poésie, la grammaire et la langue, la Sirah, le Tasawwuf et la métaphysique, ainsi que dans d’autres sciences, et étudia aussi les mathématiques.

  L’imâm, Shaykh, Sûfi, juriste, poète, logicien, métaphysicien, théologien, exégète, muhhadith et maître Ismail Haqqi Bursevi (m. 1725) a dit dans Rûh al-Bayân (1/153) : « Sache que la beauté de la Religion de Vérité [l’islam au sens métaphysique et théologique ; l’Unité divine, le sens de la morale, de l’éthique, du Sacré et de la spiritualité] est présente en toute âme : ce qui en éloigne n’est autre que les limitations humaines et l’imitation aveugle. En effet, tout individu naît selon la fitra (conscience et nature primordiale) comme l’a dit le Prophète (ﷺ). Selon Ibn al-Mâlik il faut entendre par fitra le « Oui » [réponse affirmative] que tout individu, avant de venir en ce monde, répondit à la question d’Allâh : « Ne suis-Je pas votre Seigneur ? ». Tout individu a donc affirmé (intérieurement et au fond de son âme) sa foi en Allâh suite à une contemplation directe et immédiate du Réel ».

    Le Shaykh Abû-l-‘Abbâs Ahmad at-Tijânî (1735 – 1815), Sûfi, théologien, muhaddith, ussûlî, exégète et juriste malikite – tout en étant mujtâhid mutlaq -, dira aussi que l’Amour divin et la Rahma divine bénéficieront à un certain degré aux non-Musulmans (dans l’Au-delà) comme cela est rapporté par le Shaykh ‘Alî Harâzim Barrâda dans le Jawâhir al-Ma‘ânî, en se référant essentiellement au Qur’ân et en analysant tous les versets liés à cette question, où il conclut en disant que malgré leurs déviances (et incroyance) et même certains de leurs crimes – méritant sanctions ici-bas et/ou dans l’Au-delà -, la Rahma divine les englobe quand même selon un certain degré comme le dit le Qur’ân.

  Le Shaykh Ahmad Al ‘Alawî (m. 1934) dira à peu près la même chose dans son commentaire (Tafsîr) du Qur’ân intitulé Al-Bahr al-masjûr, notamment en expliquant le verset 2/62 : « Certes, ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Nazaréens, et les Sabéens, ceux qui auront eu foi en Allâh et au Jour Dernier et auront fait le bien, ceux-là auront leur récompense auprès de leur Seigneur, et il n’y aura crainte sur eux ni ils ne seront attristés » (Qur’ân 2, 62), verset qu’il commentera sur 4 niveaux (le commentaire/tafsîr ; les déductions/istinbât ; l’allusion spirituelle/ishâra ; et la langue de l’Esprit/lisân ar-Rûh), suivant en cela la pratique prophétique synthétisée ensuite par l’imâm ‘Alî. Il dira concernant le niveau du lisân ar-Rûh : « J’ai donc saisi de ce verset énigmatique que toutes les communautés traditionnelles citées possèdent [sous certains rapports] une réelle validité en Religion (makâna fi l-Dîn). On peut tirer de l’ordre de l’énumération une certaine prééminence des premières sur les dernières mais il n’en reste pas moins qu’une communauté traditionnelle sera toujours incomparablement plus élevée que les cultes (fondamentalement) idolâtres ».

  Par conséquent, avoir une foi complète et parachevée, ici-bas, exige d’avoir foi dans l’ensemble des Prophètes (dont on prend acte de l’existence) en plus d’avoir foi en Lui, au Jour dernier, aux bonnes œuvres et en ce qu’Il a révélé. Ce verset se comprend à plusieurs niveaux. D’une part ceux qui sont nés avant l’Islam, et qui ont suivi sincèrement ce qu’ils pensaient être l’enseignement de leur prophète respectif, tout en ayant fait le bien, seront récompensés et agréés par Allâh. De même pour ceux qui, après le départ du Prophète Muhammad (ﷺ) pour l’Au-delà, n’ont pas eu pleinement connaissance de l’Islam traditionnel/authentique (transmis par le Prophète ﷺ) et qui ont suivi sincèrement la vérité (partielle et encore présente dans leur forme traditionnelle et leur tradition spirituelle des communautés antérieures). Quant à ceux qui ont eu pleinement connaissance de l’Islam authentique (au sens spirituel, religieux, métaphysique, éthique, juridique, moral, etc.) éloigné donc de la définition et compréhension erronées qu’en ont certains courants sectaires et déviants (comme les wahhabites, rawafidhs, coranistes, ou les autres qui ont cédé à la mentalité sectaire, superficielle et rigoriste, etc.), mais qui ont préféré ne pas adhérer à l’Islam malgré tout, alors leur intention n’est pas noble, et ont rejeté une partie de la Vérité, ce qui les éloigne de la foi pure et agrée par Allâh, se complaisant donc dans une foi corrompue et altérée, mais leur sort n’appartient qu’à Allâh, et sur le plan exotérique, même s’ils font partie des perdants, Allâh les jugera en toute justice, et s’Il veut leur pardonner, Il le fera.

  Parmi eux, le cas est beaucoup plus grave chez ceux qui, en plus de leur refus de la Vérité, se sont engagés à combattre, diaboliser ou dénigrer le Prophète (ﷺ), ou le Qur’ân, ou l’Islam ou les Musulmans en tant que tels, car ils suivent la voie des dénégateurs qui ont fait la guerre à Allâh, Son Messager, Son Message, aux croyants et aux innocents parmi les incroyants, et dont les versets les plus durs dans le Qur’ân les concernent en premier lieu, puis englobent ceux qui ont incarné la même voie avec les mêmes égarements, dérives et atrocités commises.

  Le Shaykh Ahmad Al-‘Alawî, tout en admettant une certaine validité des autres formes traditionnelles/religions, ne dit cependant pas que toutes se valent en tous points, car il précise la prééminence de l’Islam sur les autres formes traditionnelles, mais que cela n’empêche pas que les gens sincères et bienfaisants appartenant aux autres communautés traditionnelles, même après l’arrivée du Prophète Muhammad (ﷺ) et de l’Islam, puissent bénéficier de Son Pardon ou de Sa Rahma. D’ailleurs, l’imâm ‘Alî al-Wâhidi (398 H/1003 – 468 H/1076), célèbre linguiste, juriste shafi’ite, théologien ash’arite, muhaddith, logicien, poète, historien et exégète du Qur’ân, – et l’un des maîtres de l’imâm Abû Hâmid al-Ghazâlî – rapporte dans son ouvrage Asbâb an-Nuzûl (pp.20-21) que le Compagnon du Prophète (ﷺ) Salmân al-Farisi se demandait si les gens sincères et bienfaisants des autres communautés religieuses (y compris dans sa communauté d’origine ; celle des Zoroastriens, puis des Chrétiens, avant de finalement rejoindre celle des Musulmans) de son époque pourraient espérer aussi d’accéder au Paradis, et Allâh révéla peu de temps après le verset 2/62 fut révélé, et lorsqu’il l’entendit, il fut apaisé. La question reste donc ouverte sur le plan exotérique. Est-ce qu’il s’agit de tous les non-musulmans sincères et bienfaisants qui suivent une religion (d’origine divine) apportée par l’un des anciens prophètes – malgré l’altération subie avec le temps -, ou uniquement de ceux qui n’ont pas eu accès à l’Islam pur et authentique, et qui malgré tout suivent sincèrement et avec bienfaisance, leur Loi religieuse (même si celle-ci a été en partie altérée) ?

  Selon l’islam, quiconque cherche la Vérité intégrale et la foi pure, doit se conformer à l’Islam dans sa double dimension exotérique et ésotérique et dans ses 3 aspects (islâm/fiqh ; imân/théologie et ihsân/tasawwuf et métaphysique), et il n’est théologiquement pas autorisé de renoncer à l’Islam après y avoir adhéré, car ce serait troquer la Vérité pure pour une « vérité altérée ou corrompue », bien qu’ici-bas ceux qui quittent l’Islam agissent selon leur libre-arbitre et ne doivent pas être inquiétés pour cette « hérésie doctrinale » sur le plan juridique, tant qu’ils ne se mettent pas à combattre les Musulmans ou à les pousser ou forcer à quitter à leur tour la Religion. Il y a donc une nécessité logique, théologique et doctrinal de suivre l’Islam (car totalement agréé par Allâh et pleinement adapté à cette fin de cycle, pour quiconque cherche à s’élever spirituellement et moralement dans la Vérité, tout en se préservant des superstitions, de la corruption des mœurs, des illusions et de l’injustice). Les autres formes traditionnelles et religions ne sont plus pleinement adaptées ni préservées (dans leurs doctrines, leurs rites, leurs valeurs, leur Livre sacré, leur langue sacrée ou leur Loi sacrée) en cette fin de cycle, ce qui légitime d’autant plus la nécessité de l’Islam, car ce sont justement les signes qui déterminent la raison d’être de l’Islam et l’envoi d’un nouvel Envoyé (ici Muhammad) pour revivifier le Dîn ul-Qayyîm (Tradition primordiale) dans une réadaptation cyclique (faisant émerger ainsi une nouvelle forme traditionnelle) après une période de décadence et de retour à l’ignorance, sauf qu’ici, le Prophète Muhammad (ﷺ) est le Sceau des Prophètes, et qu’Allâh enverra à chaque génération après lui, un mujadîd (revivificateur) qui se conformera pleinement à la Loi Muhammadienne (toujours préservée en soi) tout en dissipant les dérives, erreurs et mensonges introduits par des êtres humains au fil des siècles, et ce jusqu’à l’arrivée de l’imâm Mahdi puis du retour du Christ (‘alayhî as-Salâm) qui rétabliront pleinement la Loi Muhammadienne et primordiale, et où tous les gens sincères vis-à-vis d’Allâh et justes, les suivront, mettant ainsi un terme aux différents courants religieux et interreligieux.

  En conclusion, il faut distinguer la question de l’orthodoxie « pure » et de la validité relative et partielle (ou non) des autres religions et communautés traditionnelles, ainsi que la question de l’orthodoxie/vérité intégrale avec celle du Salut post-mortem, où selon de nombreux éléments qurâniques, prophétiques, intellectuels et spirituels, il est possible qu’Allâh pardonne ou « excuse » un certain nombre d’incroyants (sans les placer dans la Géhenne) d’une part, ou que Sa Rahma les embrasse après avoir passé un temps dans la Géhenne pour se purifier de leur ego et de leurs péchés.

  Et pour finir, comme à notre époque beaucoup de Musulmans fanatisés et superficiels s’autoproclament les défenseurs de « l’islam » ou de « l’orthodoxie » sans maitriser le moins du monde les sujets dans lesquels ils distribuent les bons points. Rappelons simplement quelques points.

  Considèrent-ils, que les grands imâms et intellectuels Sunnites depuis l’époque des Salafs, qui étaient soit d’avis que l’enfer connaitra une fin (connue d’Allâh) – ou que le châtiment cessera au bout d’un temps (après leur processus de purification et de correction) pour les incroyants -, ou qu’ils seront sauvés de l’Enfer au bout d’un moment – sont des égarés ?

Parmi eux, citons les imâms ‘Abdullâh Sahl al-Tustarî, Al-Hakim at-Tirmidhî, Dhûl-Nûn al-Misrî, Abû Yâzid al-Bistâmî, As-Shiblî, At-Tabarî (qui cite de grands imâms l’ayant précédé), Abû al-Hassân al-Kharaqânî, Al-Qushayrî, Abû Hâmid al-Ghazâlî, Ibn ‘Arabî, Fakhr ud-Dîn ar-Râzî, Al-Qashânî, Al-Jili, Isma’îl Haqqi, Sharâf ad-Dîn al-Munawî, le Shaykh et prince Dârâ Shikûh du 17e siècle, Shaykh Ahmad Sirhindî, l’imâm et mujaddîd Shah Waliyullâh, Shaykh Ahmad at-Tijânî, l’émir ‘Abd al-Qadîr, Ahmad al-Alawi, Shaykh ‘Abd al-Wâhid Yahya (René Guénon), Shaykh Mustafâ ‘Abd al-Azîz (Michel Valsân), Shaykh Ibrâhîm (Titus Burckhardt), Muhammad Hassan Askarî, Shaykh Abû Bakr Sirâj ud-Dîn (Martin Lings), Shaykh ‘Abd ar-Razzâq Yahya (Charles-André Gilis), Shaykh Seyyed Hussein Nasr, Shaykh Hamza Yusuf, Shaykh Tayeb Chouiref, etc.

  Or, ces imâms de l’ère médiévale étaient pourtant considérés comme des autorités par les imâms An-Nawawî, Taqî ud-Dîn as-Subkî, Jalâl ud-Dîn As-Suyûtî, As-Sha’rani, Ad-Dhahâbî, etc.

  On peut aussi citer le Shaykh Ibn Taymiyya et le Shaykh Ibn al-Qayyîm qui rejoignaient l’avis de grands maîtres du Tasawwuf sur le sujet, tout en laissant le « mot de la fin » à Allâh. L’émir ‘Abd al-Qadîr rapporte aussi cela dans son Kitâb al-Mawâqif : « Sharaf al-Dîn al-Munâwî, rapporte ces propos du traditionniste et Shaykh Ibn Taymiyya : « Certaines traditions prophétiques venant de transmetteurs [aussi fiables] qu’Ibn ‘Umar, Ibn Mas’ûd, Abû Sa’îd [al-Khudrî] et bien d’autres encore tendent à indiquer qu’en dernier ressort, toutes les créatures seront sauvées du feu, que celui-ci serait anéanti et avec lui, les tourments qui y sont infligés ». Le Shaykh Ibn Taymiyya écrira un livre sur le sujet, intitulé Ar-Raddu ‘alâ man qâla bi fanâ’ il-janna wa-n-nâr wa Bayân ul-aqwâl fî dhâlika, et dans lequel il cite l’avis d’un certain nombre de Salafs (y compris de Sahâba) disant que le Paradis sera un don ininterrompu sans fin, tandis que l’Enfer, lui, connaitra une fin.

  Si donc ils ne critiquent pas l’orthodoxie des précédents savants, ils ne peuvent pas blâmer ceux qui après eux, – y compris de nos jours -, décident de les suivre, d’autant plus que l’on doit suivre les avis ou les preuves que nous estimons les plus solides et cohérents selon l’Islam, et surtout en matière de ‘aqida et de métaphysique. Dans ce cas, alors pourquoi critiquer ceux les suivent dans cette position, elle aussi basée sur le Qur’ân, la Sunnah, la langue arabe et les dévoilements spirituels ?

   Ont-ils déjà lu le Kitâb al-Mawâqif de l’émir ‘Abd al-Qadîr qui développe le sujet à partir du Qur’ân, de la Sunnah, des Sahâba et du kashf ? Ou bien le Tafsîr Al-Bahr al-masjûr du Shaykh Ahmad Al ‘Alawî ? Ou le Tafsîr ésotérique Latâ’îf al-ishârât de l’imâm Al-Qushayrî ? Ou les Futûhât al-Makkiyya du Shaykh Ibn ‘Arabî dans les passages relatifs à ce sujet ? Ou encore les réponses (par rapport aux versets du Qur’ân sur le sujet) du Shaykh Ahmad At-Tijânî comme cela a été compilé dans le Jawâhir al-Ma‘ânî ?

  Pour notre part, ils sont plus que convaincants, et cela est suffisant. Mais après, chacun est libre d’adopter l’avis qu’il préfère parmi ceux qui nous ont précédé, tant que cela ne remet pas en cause le Qur’ân ou la Sunnah en soi, ni les piliers de l’islam ou de la foi, ni les Attributs divins, et de ne pas se poser comme Juge des âmes à la place d’Allâh, et de Lui laisser cette prérogative !

  Et avec le Qur’ân, outre l’importance de la langue arabe et de ses subtilités, il convient de réunir tous les versets d’une même thématique pour saisir le sens voulu de certains termes. Or, concernant les personnes coupables de shirk/kufr et de grands crimes, Allâh dit : « les transgresseurs et renégats y resteront de longues durées » (Qur’ân 78, 23) ; « Il dira : « Le Feu (la Géhenne) est votre asile, vous y demeurerez perpétuellement/indéfiniment, sauf ce qu’Allâh veut ; ton Seigneur est Sage, Savant » (Qur’ân 6, 128) ; « Le jour où cela viendra, nulle âme ne parlera sauf avec Sa Permission. Il y aura alors parmi eux des malheureux et des bienheureux.
Quant à ceux qui sont malheureux, alors ils seront dans le Feu : il y (pousseront) cris et sanglot, y demeurant indéfiniment tant que dureront les cieux et la terre, sauf ce que ton Seigneur veut ; ton Seigneur est faiseur de ce qu’Il veut. Quant à ceux qui auront été rendus bienheureux, alors ils seront dans le Jardin, y demeurant perpétuellement tant que dureront les cieux et la terre, sauf ce que ton Seigneur veut ; don qui ne sera pas interrompu »
(Qur’ân 11, 107). Concernant les gens du Paradis et la façon dont Allâh a formulé le passage « sauf ce que ton Seigneur veut », cela peut être compris comme étant ceux qui, avant de bénéficier du Paradis, auront d’abord dû se purifier de leurs scléroses et de leur ego dans la Géhenne, avant de jouir du Paradis et des meilleurs états célestes, tout en précisant qu’une fois au Paradis, ce don sera ininterrompu et donc sans « fin ». Quant aux gens destinés au Feu, Allâh n’a pas précisé que cela sera « sans fin », et a dit « sauf ce que ton Seigneur veut », c’est-à-dire qu’Il peut mettre un terme à leur séjour dans la Géhenne pour les y sortir, malgré leurs incroyances et leurs grands péchés. At-Tabarî dans son Tafsîr rapporte aussi l’avis d’Ibn Zayd, commentant le verset disant : « « Ils y demeureront aussi longtemps que dureront les cieux et la terre, sauf ce que veut votre Seigneur », alors il a récité jusqu’à ce qu’il atteigne (le passage qurânique) : « un don ininterrompu », il a dit : « Et Il nous a informé de ce qu’Il ​​veut pour les gens du Paradis, alors Il a dit : « un don ininterrompu », et Il ne nous a pas informé de ce qu’Il ​​veut pour les gens de la Géhenne ». Et en effet, Allâh tient Ses engagements et respecte donc pleinement Ses promesses, mais quant à Ses avertissements envers les dénégateurs orgueilleux et les transgresseurs, bien qu’ils méritent Sa correction pour ce qu’ils ont commis comme méfaits, Sa Rahma transcende et précède Sa Rigueur, et peut donc suspendre Sa correction ou les englober finalement dans Son Pardon et Sa Miséricorde. Dans le cas des gens du Paradis c’est une promesse à laquelle Allâh s’est engagée de respecter, tandis que pour les gens de l’Enfer, Son avertissement (d’une correction pour les dénégateurs ou les transgresseurs) est une possibilité qu’Il peut mettre à exécution ou non, et si oui, toujours dans le cadre de Sa Rahma (qui englobe toute chose) et donc durant un temps limité. Wa Allâhu al’am.

  L’imâm At-Tabari dans son Tafsir rapporte aussi d’Ibn Mas’ûd ce hadith : « Un temps viendra pour l’Enfer où ses portes s’ouvriront, et il n’y restera plus personne. Cela arrivera après qu’ils y auront demeuré pendant des siècles (ahqaba ; ou des générations) ». Et d’autres ahadiths similaires ont été rapportés aussi par ‘Umar, Abû Hurayra, Abû Sa`id Al-Khudrî, ‘Abdullâh Ibn ‘Amr et d’autres. ‘Umar a dit : « Si les gens de l’Enfer restaient en Enfer aussi longtemps qu’il y a de grains de sable qu’il y a dans le monde, il y aurait un jour où ils en sortiront ». Et de Abû Hurayra : « Un jour viendra en l’Enfer où personne n’y restera ». De même, l’imâm du Salaf parmi les tabi’in Al-Shâ’bi a dit : « L’Enfer est le plus rapide des 2 demeures (post-mortem) à être peuplé et le plus rapide à être détruit ». De même Abû Majlaz a dit : « Allâh passera outre Sa Correction (s’Il le veut) ». L’ensemble des versets sur l’enfer et sur la notion de « khalidin » doit réunir l’ensemble des versets, et on comprend dès lors que le sens donné à « khalidin » n’est pas celui « d’éternité » mais plutôt d’une longue période, ou d’une sorte de « perpétuité » limitée dans un délai connu d’Allâh Seul.

 Il y a aussi ces 2 ahadith prophétiques : « (…) tout nouveau-né nait sur la fitra. Ce sont ses parents ensuite qui en font un Juif, un Chrétien ou un Zoroastrien (…) »[17] et « (Allâh a dit) : J’ai créé tous Mes Serviteurs sur la Voie droite et primordiale [Hunafâ]. Puis les shayâtins sont venus à eux et ont troublé leur religion, ils leur ont interdit ce que Je leur avais permis, et leur ont ordonné de M’associer ce sur quoi Je n’ai révélé aucune preuve… »[18]. Or, lorsque l’ego et l’illusion seront brûlés et anéantis par le Feu dans la Géhenne, un peu comme la maladie ou le virus qui se consume graduellement grâce au remède, il ne restera des infidèles, que leur fitra (essence humaine fondée sur la conscience primordiale et innée de la Vérité et de la bonté), qui elle ira au Paradis selon cet avis.

  Et sachant que le temps est une notion relative, et que les notions de ce monde et de l’Au-delà ne sont comparables (lorsqu’elles sont employées pour les 2 mondes) que dans leurs noms, et non dans leur réalité intrinsèque, les perceptions ne seront donc pas pareilles, puisque les réalités de l’Au-delà sont avant tout des symboles et des allégories – non pas des métaphores -, c’est-à-dire des réalités qui ne sont pas comparables, mais dont les mots utilisés ont une portée symbolique pour tenter d’exprimer, par les mots évoquant certaines qualités ici-bas, la valeur et les qualités liées aux choses de l’Au-delà. Que ce soit les sens, les qualités ou l’intensité des sentiments, des modalités existentielles, de la conscience, etc. tout sera amplifié au Paradis, et sans les défauts ou les dérives de l’égo ou du monde matériel, ce que les « expérienceurs » des EMI/NDE (Expérience de mort imminente) ont déjà pu expérimenter en partie, et plus encore pour les expériences spirituelles des grands maîtres spirituels et des dévoilements spirituels leur ayant révélé certaines visions paradisiaques.

  « Voici la description (symbolique) du Paradis qui a été promis aux pieux : il y aura là des ruisseaux d´une eau jamais malodorante, et des ruisseaux d´un lait au goût inaltérable, et des ruisseaux d´un vin délicieux à boire, ainsi que des ruisseaux d´un miel purifié. Et il y a là, pour eux, des fruits de toutes sortes, ainsi qu´un pardon de la part de leur Seigneur » (Qur’ân 47, 15).

  Il est rapporté du Messager d’Allâh (ﷺ) : « Il y a dans le Paradis ce que nul œil n’a vu, nulle oreille entendu, et nul esprit humain pu imaginer »[19].

  Commentant ce genre de paroles prophétiques, Ibn Kathir rapporte dans son Tafsîr (2/25) ce commentaire de Ibn ‘Abbâs : « Ce qui se trouve dans le Paradis ne ressemble à ce qui trouve dans ce monde que dans les noms ». C’est-à-dire qu’ll y a un élément commun qui les relie, mais leur réalité (dans leurs formes, modalités, qualités, intensités, etc.) diffère comme cela se comprend du Qur’ân : « Cela leur aura été donné ressemblant » (Qur’ân 2, 25).

  Quant à la notion de « khalidîn », elle ne renvoie pas à l’éternité mais plutôt à une très longue durée, que l’on peut comprendre ou traduire par « perpétuellement » ou « indéfiniment », signifiant soit une longue période sans remise de peine jusqu’au terme fixé par Allâh, soit une limite connue d’Allâh Seul, et qui par Sa Rahma, y mettra un terme, mais dont la fin n’est pas annoncée aux créatures concernées. Dans son Sharh du Sahîh Muslim, l’imâm An-Nawawi explique que cette notion n’est pas toujours à prendre au sens apparent, mais que le sens voulu est plutôt d’insister sur la gravité d’un tel acte (conduisant en principe au Feu). Le Shaykh Ibn al-Qayyîm dira aussi à peu près la même chose dans son Hâdi-l-arwâh (p. 501) tout comme dans Mukhtassar as-Sawâ’iq il-mursala (pp. 363-364) et Shifâ’ ul-‘alîl (p.636.) : « Ces textes et semblables à eux impliquent la perpétuité de ces gens dans le Lieu de la correction (c’à-d la Géhenne) tant que ce lieu demeurera : eux n’en sortiront pas alors qu’elle continuera à être, comme c’est le cas des gens du Tawhîd [= Asl ul-îmân] qui en sortiront alors qu’elle continuera à être (…) car la fonction du Feu (pour ses habitants) est de purifier la personne (qui a mérité la Correction) – et non pas de la punir pour toujours – ».  De même Harb Kirmani a dit : « J’ai interrogé Ishaq sur la Parole d’Allâh le Très-Haut : « … sauf ce que ton Seigneur veut » (Qur’ân 11/107), et il a répondu : « Ce verset s’applique à toute menace de Correction (punition) dans le Qur’ân ». Et il est rapporté d’après Abû Nadra que l’un des Compagnons du Prophète a dit : « Ce verset s’applique à tout le Qur’ân partout où les mots « y demeurer éternellement » sont mentionnés » comme le rapporte notamment le Shaykh ul-Islâm Taqî ud-Dîn As-Subkî (m. 756 H/1355) dans al-‘Itibâr bî baqâ’ al-janat wa’l-nâr fi ar-radd ‘ala ibn Taymiyya wa ibn al-Qayyim al-Qayilin bî fana’ an-Nâr, mais qui répond sans preuve qu’il faut conditionner cela par le fait que cela ne concerne que les croyants. Ouvrage dans lequel il critique certains arguments (mais pas tous les arguments) de ceux qui penchent pour l’avis de la fin de l’Enfer. Son argumentation n’est pas convaincante sur un certain nombre de points, et certains de ses arguments ont été réfutés. Le Shaykh Taqî ud-Dîn As-Subkî lui-même, révisera vers la fin de sa vie certaines critiques (mais pas toutes) à l’égard du Shaykh Ibn Taymiyya (m. 728 H/1328) lui-même ayant revu certaines de ses positions critiquables et sectaires avant de rendre l’âme, comme le rapporte l’imâm Ad-Dhahâbî, notamment dans son Siyâr. Durant leur jeunesse, aussi bien Ibn Taymiyya qu’As-Subkî, malgré leur profonde érudition, avait non seulement des divergences de points de vue (Ibn Taymiyya était anti-asharite sur base d’une argumentation lacunaire et contradictoire, tandis qu’As-Subkî défendait la vision asharite avec des arguments plus pertinents), mais aussi sur certains sujets, beaucoup de dureté déplacée – et très rares sont ceux qui en sont préservés -. Mais par la suite, ils s’adoucirent grâce au Tasawwuf et à la rencontre d’autres maîtres. Ainsi, du côté d’Ibn Taymiyya et d’Ad-Dhahabi, ils renoncèrent à leurs positions anti-asharites et les considéraient même comme des représentants des Ahl ul Sunnah, – défendant bon nombre de leurs grands imâms -, et pour As-Subkî, il se repenti de son takfir envers le Shaykh Ibn ‘Arabî et regretta aussi certaines critiques qu’il avait formulé à l’égard du Shaykh Ibn Taymiyya, et ce dernier renonça aussi à son sectarisme à la fin de sa vie, ne sortant aucun musulman de l’Islam parmi ceux qui avaient foi dans le Qur’ân, et se dirigeaient vers la qibla pour prier tout en prenant leurs ablutions, rejoignant ainsi la dernière position du Shaykh Abû al-Hassân al-Ash’arî comme l’ont rapporté Al-Bayhaqî et Ad-Dhahâbî dans son Siyâr.

   Ibn al Qayyim, qui cite les différents avis tout en critiquant la faiblesse des arguments de ceux qui prétendent que l’Enfer sera sans fin (et de même pour ses habitants parmi les incroyants), adopte plutôt l’avis contraire sans jamais le critiquer ou le dénoncer, mais conclura dans Hâdi-l-arwâh (p. 528) : « Si on me demande : « Où donc vous arrêtez-vous au sujet de cette question, qui est plus importante que ce monde lui-même ? Je dirai : « Je m’arrête à ce sujet à (ce que contient) la Parole d’Allâh, Béni et Elevé : « Ton Seigneur est faiseur de ce qu’Il veut ». C’est là que s’est arrêté le Chef des Croyants Alî ibn Abî Tâlib (qu’Allâh l’agrée) : il a parlé de l’admission des Gens du Paradis au Paradis, et des Gens de l’Enfer en Enfer, ainsi que ce que ceux-ci et ceux-là y vivront, puis a dit : « Ensuite Allâh fera ce qu’Il veut ». C’est même plutôt là que toutes les créatures s’arrêtent. Ce que nous avons dit au sujet de cette question, et même au sujet de tout ce que contient (mon) livre (que voici), et qui est correct, cela provient de la faveur d’Allâh, Pur et Elevé, et c’est Lui qui m’en a fait la faveur. Et ce que nous avons dit d’erroné, cela provient de moi et du Diable ; Allâh et Son Messager en sont innocents. Et Allâh est auprès de la langue, du coeur et de l’intention de chaque personne qui prononce des paroles. Allâh sait mieux ».

  Abû Saîd Al-Khudrî ‏rapporte également que le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « (…) Que chaque peuple suive ce qu’il adorait. Alors tous ceux qui adoraient des idoles et des pierres en dehors d’Allâh tomberaient dans le Feu, jusqu’à ce que ne restent que les pieux et les pécheurs (parmi les croyants musulmans), et une partie des gens du Livre qui adoraient Allâh (…)  jusqu’à ce qu’il ne reste plus que ceux qui adorent Allâh, qu’ils soient pieux ou pécheurs. Le Seigneur de l’Univers, Glorifié et Exalté, viendrait à eux sous une forme reconnaissable pour eux et leur dirait : « Que cherchez-vous ? ». Chaque peuple suit ce qu’il adore. Ils diraient : « Notre Seigneur, nous nous sommes tenus à l’écart des gens (mauvais et égarés) de ce monde, bien que nous ayons ressenti un grand besoin d’eux ; cependant, nous ne nous sommes pas associés à eux (dans leurs méfaits et croyances déviantes) » (…). Lorsque Allâhsauvera les croyants de l’Enfer et qu’ils seront en sécurité ; la discussion que l’un de vous entreprend en faveur de son compagnon pour récupérer son droit dans ce bas-monde n’est pas plus vive que celles qui seront engagées par les croyants en faveur des autres croyants entrés en Enfer. Il dit : Ils diront Seigneur, ce sont nos frères, (et il a rapporté le sens du hadith) ; « Seigneur, ils jeûnaient avec nous, priaient et accomplissaient le pèlerinage avec nous ». Il leur sera dit : « Retirez ceux que vous reconnaîtrez et leur corps seront protégés du feu de l’Enfer ». Ils retireront alors beaucoup de gens qui auront déjà disparu dans le feu jusqu’à la moitié des jambes, et d’autres jusqu’aux genoux. Puis les croyants diront : « Il n’y reste plus aucun de ceux que Tu nous as ordonnés de sortir. Ensuite, Allâh dira : « Repartez et celui dans le cœur duquel vous trouverez le poids d’un dinar de bien, retirez-le » ; alors, ils retireront beaucoup de gens, puis, ils (les croyants) diront : « Seigneur, nous n’y avons laissé personne parmi ceux que Tu nous as ordonnés de retirer ». Puis Il dira « Retournez et celui dans le cœur duquel vous trouverez le poids de la moitié d’un dinar de bien, retirez-le ». Ils retireront un grand nombre de gens puis ils diront « Seigneur, nous n’y avons laissé personne parmi ceux que Tu nous as ordonnés de retirer ». Puis Il dira : « Retournez et celui dans le cœur duquel vous trouverez le poids d’un atome de bien, retirez-le ». Ils retireront alors un grand nombre de gens puis ils diront : « Seigneur, nous n’y avons laissé personne parmi ceux que Tu nous as ordonnés de retirer ». Allâh dira alors : « Les Anges ont intercédé, les Prophètes ont intercédé, et les croyants ont intercédé, il ne reste plus que Le Plus Miséricordieux des miséricordieux. Alors, Il prendra une poignée de l’Enfer et en fera sortir des gens n’ayant jamais fait de bien, tout calcinés ; Il les jettera dans un fleuve aux portes Paradis appelé fleuve de la vie ; ils renaîtront alors comme pousse le grain dans le limon du torrent par le fleuve. Vous le voyez près de la pierre ou près de l’arbre. Ce qui est exposé au soleil est jaunâtre ou verdâtre et ce qui est à l’ombre est blanc. Ils dirent : « Messager d’Allâh ! C’est comme si tu avais gardé un troupeau dans la jungle ». Le Prophète dit : « Ils en sortiront comme des perles avec des sceaux au cou ». Les habitants du Paradis les reconnaîtront (et diront) : « Ce sont ceux qui ont été libérés par le Tout Miséricordieux et Rayonnant d’Amour. Qui les a fait entrer au Paradis sans qu’ils aient fait aucune (bonne) action ni envoyé aucun bien par avance ». Puis Il dira : « Entrez au Paradis ; tout ce que vous y verrez est à vous ». Ils diront : « Ô Seigneur, Tu nous as accordé des bienfaits que Tu n’as accordés à personne d’autre dans le monde ». Il dira : « Il y a auprès de Moi pour vous un bienfait meilleur que cela ». Ils diront : « Ô notre Seigneur ! Qu’y a-t-il de meilleur que cela ? ». Il dira : « C’est Mon plaisir et Ma Satisfaction. Je ne vous tiendrai plus jamais rigueur après cela »[20]. Dans ce hadith (très long, et nous n’en avons cité qu’une partie) où il est question, sur le plan exotérique, d’indiquer que les gens au Jour de la Résurrection connaîtront la conséquence de leurs croyances ici-bas, il est dit que les Musulmans vertueux qui ont adoré Allâh sans commettre de grands péchés passeront sans encombre vers le pont conduisant au Paradis, et que les vertueux qui adoraient Allâh (et non pas des êtres humains comme Jésus, Uzayr ou d’autres) parmi les Gens du Livre iront aussi au Paradis sans passer par l’enfer. Mais pour une partie des Musulmans et des non-Musulmans qui n’ont ni adoré Allâh/Dieu (l’Être divin et Créateur de l’existence) ni fait le bien et qui ont commis le mal et de nombreux grands péchés sans se repentir sincèrement avant d’avoir quitté le bas-monde, ils passeront alors un temps en Enfer, dont l’intensité et la durée de l’épreuve purificatrice seront proportionnelles à leurs méfaits et égarements ici-bas, avant que les Anges, les Prophètes et les croyants intercèdent plus une grande partie d’entre eux, et ce jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’Allâh qui intercèdera en dernier lieu pour les incroyants qui n’auront jamais fait de bien (la Foi en Lui, accomplir la prière et le jeûne pour Lui, L’invoquer, être bienfaisant et juste envers Ses créatures et s’abstenir de leur faire du mal, …) et ils sortiront aussi du Feu. En effet, quand il s’agit des croyants le hadith le précise (mû’minîn) tandis que lorsqu’il s’agit des non-croyants d’autres termes sont utilisés pour parler d’eux.

  En somme, la durée et l’intensité de la purification dans l’Au-delà dépendra du niveau de corruption (des doctrines, croyances et actes et intentions) de chacun. Les personnes qui ici-bas se sont déjà purifiées de l’idolâtrie, du kufr, de l’injustice, des grands péchés et des vices, n’auront pas à subir l’épreuve du feu purificateur de la Géhenne, puisque n’étant pas ou plus « malades » ou « déviants » (en s’interdisant le kufr et l’injustice) avant leur mort terrestre, il est donc inutile de les faire passer par cette épreuve purificatrice. Or, ceux qui ont refusé de le faire en connaissance de cause, devront le faire dans l’Au-delà, et répondre aussi, le Jour du Jugement, de leurs actes injustes face à leurs victimes durant leur existence terrestre. Le Feu divin n’est pas là pour punir injustement, mais pour purifier et enseigner – certes durement – la vérité afin d’éduquer les transgresseurs et dénégateurs, jusqu’à ce qu’ils reviennent à leur état primordial de créatures libres nées sur la fitra. Quant à ceux qui ne connaissaient ni l’Islam ni ses principes nobles, ou qui étaient sourds, muets ou déments sans possibilité de comprendre ou d’accéder au savoir authentifié concernant l’islam, ils seront excusés (avec une plus grande indulgence en raison de leurs épreuves difficiles vécues ici-bas) mais jugés sur leur intention et ce qu’ils savaient de la vérité et du bien, et sur leurs actions par rapport à cela.

  Il a été rapporté de façon sahih qu’après avoir mangé de l’arbre, Adam – sur lui la Paix – sollicita l’intercession de notre Prophète Muhammad (ﷺ) après avoir aperçu son nom inscrit sur le Trône, les salles du Paradis et les fronts (jibâh) des Anges. Il interrogea Allâh à son sujet qui lui répondit : « Il s’agit de l’un des enfants de tes enfants sans lequel Je ne t’aurais pas créé ». Il dit alors : « Mon Dieu par la sacralité de ce fils fait miséricorde à ce père ». Il fut interpellé en ces termes : « Ô Adam ! Si par l’intermédiaire de Muḥammad, tu avais intercédé auprès de Nous en faveur de tous les habitants des cieux et de la Terre, Nous aurions accepté ton intercession »[21].

  Cela permet de justifier la nature universelle de l’intercession du Prophète Muhammad (ﷺ), y compris en dernier ressort pour les incroyants conformément au Qur’ân : « Et nous ne t’avons envoyé (Muhammad) que comme miséricorde, compassion et amour-Rayonnant et bienveillant pour les mondes » (Qur’ân 21, 107), les mondes se référant aux êtres peuplant les différentes dimensions de l’existence, les gens de ce bas-monde tout comme dans l’Au-delà. Et : « Et Ma Miséricorde et Mon Amour Rayonnant embrassent, englobent et transcendent toute chose » (Qur’ân 7, 156).

  Le Shaykh Ibn ‘Arabî a dit : « J’ai assisté dans la ville de Cordoue à une assemblée : Allâh m’a fait voir les plus éminents de Ses Envoyés, depuis Adam jusqu’à notre Prophète – la Paix soit sur lui et sur eux ! Parmi eux, Hûd m’adressa la parole et m’informa de la cause de leur rassemblement : ils s’étaient rassemblés pour intercéder en faveur de Hallâj auprès de notre Prophète Muhammad – sur lui la Paix !

  En effet, (Hallâj) avait manqué de politesse en disant, alors qu’il vivait en ce monde, que l’Envoyé n’avait pas eu une aspiration à la hauteur de son rang. On l’interrogea : « Pourquoi dis-tu cela ? » Il répondit : « Parce qu’Allâh le Très-Haut a dit : « Et ton Seigneur te fera don, de sorte que tu seras satisfait » (Qur’ân 93, 5) (1). Or, il lui revenait de ne pas se satisfaire tant qu’Allâh n’aurait pas accepté son intercession pour tout (être) incroyant (kâfir) ou croyant ; au lieu de cela, il s’est borné à demander de pouvoir intercéder pour les grands pêcheurs de ma communauté ».

Quand il eut proféré ces paroles, l’Envoyé d’Allâh lui apparut et lui dit :
– Ô Mansûr (2), est-ce toi qui m’as blâmé à propos de mon intercession ?
– Ô Envoyé d’Allâh, il en fut ainsi.

– N’as-tu pas entendu que mon Seigneur – qu’Il soit glorifié et magnifié – a dit : « lorsque J’aime un serviteur, Je suis son ouïe, sa vue, sa langue et sa main » ?

– Bien sûr, ô Envoyé d’Allâh.

– Si je suis moi-même le Bien-Aimé d’Allâh (habîb Allâh), c’est bien Lui qui parle par ma bouche. C’est donc Lui qui intercède et auprès de qui se fait l’intercession. Je suis un néant (‘adam) au sein de Sa Réalité (wujûdi-Hi). Quel blâme y-a-t-il donc contre moi, ô Mansûr ?

– Ô Envoyé d’Allâh, je me repens de cette parole que j’ai dite. Qu’elle sera l’expiation de ma faute ?

– Immole ton âme pour Allâh !

– Comment ferai-je ?

– Tue ton âme au moyen de l’épée de ma Loi (sayf sharî’atî) !

Il en fut de la façon que l’on sait. Hûd – sur lui la Paix ! – dit alors : « Depuis qu’il a quitté ce monde, (Hallâj) demeure voilé à l’égard de l’Envoyé d’Allâh (3). C’est pourquoi la présente assemblée a pour but d’intercéder en sa faveur auprès de lui – qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et sa paix ! – ».

Depuis le moment où il a quitté ce monde jusqu’à celui où s’est tenue l’assemblée mentionnée ici, il s’est écoulé plus de 300 ans ».

(1) Ce récit d’Ibn Arabî est inclus dans le commentaire qu’Ismâ’îl Haqqî donne de ce verset. L’allusion à la Station Louangée est indiquée, de manière plus précise encore par le verset précédent : « Et en vérité, la vie future est meilleure pour toi que la première (vie) » (Qur’ân 93, 4).

(2) Son nom est al-Hussayn ibn Mansûr al-Hallâj.

(3) « Cette phrase montre que, en dépit de son expiation, Hallâj n’était toujours pas « rentré en grâce » auprès de l’Envoyé d’Allâh au moment de la « vision de Cordoue ». En effet, il y a lieu d’envisager une seconde faute, consécutive à la première, qui consiste dans le fait que Hallâj a maintenu volontairement une certaine équivoque sur la raison réelle de son supplice, de telle sorte que le désordre engendré par son attitude a pris une dimension cyclique et s’est prolongée jusqu’à nos jours »[22].

  Allâh dit : « Ma Miséricorde et mon Amour rayonnant embrassent (transcendent et englobent) toute chose (wa-rahmatî wasiʿat kulla shay’) » (Qur’ân 7, 156). Le Shaykh al-Akbar Ibn ‘Arabî avait rapporté dans ses Futûhât que : « La dernière chose qu’Iblîs déclara à Sahl fut celle-ci : « Allâh a dit : « Ma Miséricorde embrasse toute chose » (Rahmatî wasi’at kulla shay’in : Cor.7.156), ce qui est une affirmation de portée générale. Or il ne t’échappe que je suis une de ces choses, sans le moindre doute. Le mot « tout » implique l’universalité (de cet énoncé) et le mot « chose » représente ce qu’il y a de plus indéterminé. Sa Miséricorde m’embrasse donc » »[23].

  Pour ce qui est attribué à l’Imâm al-Ghazâlî dans son épître Faysal al-tafriqah concernant certains chrétiens vivant éloignés des terres musulmanes et donc n’ayant aucune interaction avec les musulmans, et parvenant à obtenir la paix car n’ayant pas reçu le message correct de l’Islâm, l’Imâm Abû `Abd Allâh al-Sanûsî dans son Sharḥ al-Muqaddimah d’al-Sanûsî a commenté : « Ce que je crois c’est qu’al-Ghazâlî a simplement mentionné dans al-Tafriqah une excuse pour les femmes, les simplets et la vie de ceux dont les terres sont éloignées des terres d’Islâm et de ceux dont l’invitation du Prophète n’a pas du tout atteint, ou bien d’une manière distordue ; tandis que ceux dont les terres sont proches de celles des musulmans ou pour qui l’invitation du Prophète leur a été transmis dans sa forme correcte et sont capables d’accéder à ses connaissances par le biais des musulmans, al-Ghazâlî témoigne de leur mécréance et le fait qu’ils n’aient aucune excuse légitime lors du Jugement de l’au-delà. Al-Ghazâlî est ainsi loin des opinions des innovateurs qui s’opposent au consensus des gens de vérité et Allâh le plus grand, sait mieux ».

   Al-Ghazâlî dit en effet dans son Faysal al-tafriqa bayna al-islâm wa-l-zandaqa (pp.39-41) : « J’affirme donc l’incroyance, c’est taxer de mensonge le Messager (takdibu al-rasul), qu’Allâh le bénisse, au sujet de quelque chose qu’il a révélé (fi shay’in mimma ja’a bihi) ; au contraire, la foi est l’attestation de véridicité au sujet de tout ce qu’il a révélé (al-imân tasdiquhu fi jami’i ma ja’a bihi). Par conséquent, le Juif et le Chrétien sont incroyants parce qu’ils accusent le Messager, qu’Allâh le bénisse, de mensonge (…) L’incroyance est définie par un statut légal (hukm shar`i) comme l’esclavage et la liberté, par exemple ; statut dont la signification est de rendre licite la mise à mort du coupable (ibahatu al-dami) ; elle expose aussi à la correction du feu indéfiniment. La définition de l’incroyance est donc légale ; soit à l’aide d’un texte juridique, soit par raisonnement analogique à partir d’un texte. Or, des textes juridiques concernant les Juifs et les Chrétiens existent (sur leur mécréance) ». Et dans son Kitâb at-Tawba (4/30) : « (…) il s’agit probablement (yushbihu) des aliénés (majanîn), des jeunes enfants de mécréants/non-musulmans (al-sabyan min al-kuffâr), des invalides (ma`tuhin) et de ceux à qui n’est pas parvenu l’appel à l’Islâm (ad-da`wa) dans les contrées reculées, ayant vécu « simplement » (comme des simplets), incultes, n’ayant ni connaissance (ma`rifa), ni reniement (juhud), ni acte d’obéissance (ta`a), ni acte de désobéissance (jinayya) qui les éloigne. Ils ne sont ni des gens du Paradis, ni des gens de l’Enfer. Au contraire, ils se situent entre le Paradis et l’Enfer, à une station placée entre les 2 stations que la Loi désigne par al-A`raf ».

   Nous terminerons ce point en citant la position de l’Emir ‘Abd al Qadîr, qui était un maître spirituel et un savant exotérique (théologien, muhhadîth, juriste et exégète du Qur’ân) descendant du Prophète Muhammad (ﷺ), dans son Kitâb al-Mawâqif au Mawqîf 205 « Nous t’avons accordé une victoire éclatante » :

« Sache donc qu’en définitive, les pécheurs de cette communauté obtiendront le pardon et la félicité tant convoitée et parviendront au but final. Sans doute nombre d’entre eux auront-ils encore besoin d’une purification et d’un polissage [douloureux] ; mais cela n’enlève rien à la rémission qui leur sera finalement consentie, surtout si l’on considère le sort des membres des autres communautés ayant commis des fautes similaires. Il est possible cependant que cette victoire soit à entendre dans un sens plus large et qu’elle ait une portée universelle ; auquel cas son annonce serait non seulement destinée au Prophète – sur lui la grâce et la paix – mais encore à tous les autres envoyés qui, du premier au dernier d’entre eux, sont tous ses substituts et ses lieutenants. L’Envoyé d’Allâh – sur lui la grâce et la paix – n’a-t-il pas dit en effet : « Je n’ai été envoyé que pour parfaire la noblesse des mœurs », les mœurs désignant en fait les Lois divines. Il est donc venu tout d’abord révéler les Lois antérieures sous la forme de l’entité spirituelle des prophètes, et c’est encore lui qui a achevé [le cycle] de la Révélation en se manifestant sous sa propre forme corporelle – sur lui la grâce et la paix. Abû Nu’aym rapporte ainsi dans sa Hulya que le Prophète « était déjà Prophète alors qu’Adam était entre l’eau et l’argile ».

Quant aux héritiers achevés (al-waratha al-kummal), ils ont part eux aussi à cette victoire éclatante qu’Allâh – exalté soit-Il – a accordée à son Envoyé – sur lui la grâce et la paix. Certains (dont Muhyî al-Dîn al-Hâtimî, ‘Abd al-Karîm al-Jîlî, le pôle ‘Ali Wafâ et d’autres – qu’Allâh accorde à tous Son Agrément) ont parlé de l’universalité de la Miséricorde [divine] et de la félicité éternelle qui finira par englober même ceux qui ont été précipités dans le feu (lequel n’est qu’un support de manifestation de la Science divine). Et qu’on n’aille pas s’imaginer que cette doctrine est exclusivement professée par les « gens du dévoilement » (ahl al-kashf), et que de tels propos viennent contredire le consensus de la communauté [sur la perpétuité du châtiment], car nous allons le voir, [même chez les docteurs de la Loi] il n’y a pas unanimité en la matière.

Sharaf al-Dîn al-Munâwî, rapporte ces propos du traditionniste et Shaykh al-Islâm Ibn Taymiyya : « Certaines traditions prophétiques venant de transmetteurs [aussi fiables] qu’Ibn ‘Umar, Ibn Mas’ûd, Abû Sa’îd [al-Khudrî] et bien d’autres encore tendent à indiquer qu’en dernier ressort, toutes les créatures seront sauvées du feu, que celui-ci serait anéanti et avec lui, les tourments qui y sont infligés.

De son côté, ‘Abd ibn Hamîd nous rapporte la tradition suivante par 2 chaînes de transmetteurs tous fiables : « Quand bien même les gens du feu y demeureraient aussi longtemps qu’il y a de grains de sable dans un tas immense, viendra cependant un jour où ils en sortiront ». De nombreux imâms ont fait usage de ce hadîth sans jamais remettre en cause sa validité.

« Par « gens du feu », poursuit Ibn Taymiyya, il faut comprendre ceux qui [en vertu de leur constitution] en sont les habitants « naturels ». Quant à ceux qui n’y séjourneront qu’en raison de leurs péchés, il leur a été assuré qu’ils n’y demeureront pas aussi longtemps qu’il y a de grains de sable dans un tas immense, ni même une durée qui se rapproche de celle-ci ; au reste, l’emploi du mot « gens » [du feu] exclut qu’il puisse s’agit là de croyants [même si ces derniers peuvent y faire un séjour temporaire], ainsi que cela est confirmé par de nombreuses traditions. Cela ne contredit cependant en rien l’affirmation contenue dans des versets tels que : ils y demeureront indéfiniment, ou : on ne les en fera pas sortir (Qur’ân 15, 48) ; ce dont Allâh nous a informés [dans le Qur’ân] est une vérité indiscutable !

Cela signifie simplement que lorsque le feu aura atteint le terme qui lui a été imparti, et qu’il aura été anéanti comme ce monde lui-même, il n’en restera rien, ni par conséquent du châtiment. Il a été rapporté par diverses chaînes de transmission ces paroles d’Ibn ‘Umar : « Viendra un jour où les portes de l’Enfer claqueront [au vent] alors qu’il sera vidé [de ses habitants]. » Cela ne se produira qu’après que les gens y soient demeurés durant des « siècles ». Ibn Mas’ûd a tenu des propos analogues. ‘Abd Ibn Hamîd rapporte, quant à lui, de transmetteurs fiables : « Des 2 demeures [de l’au-delà] la Géhenne est la plus rapidement construite et la plus rapidement détruite… ». Ibn Maradwayhi tient pour sa part de Jâbir cette tradition qu’il fait remonter au Prophète (yarfa’uhu) commentant le verset qurânique « Quant aux réprouvés, ils seront dans le feu » (Qur’ân 11, 106) : « Si Allâh veut faire sortir des réprouvés du feu et les introduire en Paradis, Il le fera ».

Où est donc le consensus ? Il faut vraiment tout ignorer des clauses de la discussion et de l’argumentation pour s’imaginer qu’il y a à ce sujet un consensus quelconque. Ibn al Qayyim – un des chefs de file de l’école hanbalite, connu pour sa science et sa piété – a par ailleurs mentionné toutes ces traditions, en confirmant la validité de leurs chaînes de transmission et en réfutant les arguments de ceux qui les mettaient en cause.

Et te guide sur une Voie droite : qu’Il te fasse parvenir au but, par une guidance qui conduit à l’Union, au dévoilement, et à une victoire éclatante, afin que tu connaisses le destin de ta communauté et que tu contemples son aboutissement (litt : son lieu de retour) ; afin aussi que tu constates qu’il s’agit bien d’une Voie droite dont le début coïncide avec sa fin : la rectitude (istiqâma) d’une chose n’est-elle pas fonction de ce que l’on attend d’elle ? La régularité (litt : la rectitude) du cercle, par exemple, veut en effet que le premier des points de sa circonférence coïncide avec le dernier. Aussi, un cercle qui décrirait une ligne droite serait-il dépourvu de toute régularité ; de même, si cette Voie suivait une ligne droite, elle se priverait de l’existence en tombant dans le néant. Sa régularité exige donc de ramener [chaque être] à son point de départ, tout comme un cercle fait se rejoindre ses 2 extrémités ».

   Et au Mawqif n°76 sur « Qui mérite donc la Correction (divine) » il dit : « Tandis que je me trouvais dans la Mosquée sacrée (Ka’aba), je fus ravi à moi-même et reçus cette inspiration sous forme de question : La foi dans le Paradis et l’Enfer, ainsi que la doctrine en une correction (dans l’Au-delà) sensible sont des éléments fondamentaux de notre religion ; comme tels, ils sont connus de l’ensemble des musulmans, à tel point que quiconque remettrait en cause ces dogmes serait unanimement considéré comme un mécréant. D’autre part, il est établi que l’être humain est composé des éléments suivants :

– une forme [sûrah] corporelle constituée d’os, de chair, de sens externes et internes, de membres tels que les mains, les pieds, les yeux, les oreilles, [une langue] etc.

– une âme animale soumise à des passions inférieures (rûh hayawâniyyah safliyyah). Elle est le siège du désir et ses attributs nous sont communs avec les animaux.

– un esprit saint et supérieur (rûh qudsiyyah ‘ulwiyyah), qui est le siège de la science au sein de cette forme corporelle. C’est à lui que s’adresse le discours divin [al-khitâb] : l’esprit le saisit et doit y donner une réponse.

Laquelle de ces 3 modalités de l’être humain doit subir le châtiment divin ? Les membres corporels et les sens ? Allâh dit pourtant dans le Qur’ân : « Le Jour où leurs langues, leurs mains et leurs pieds témoigneront à leur encontre des œuvres qu’ils ont accomplies » (Qur’ân 24, 24). Et aussi : « Leur ouïe, leur vue et leur peau témoigneront contre eux » (Qur’ân 41, 20).

Or, un témoin véridique doit être traité avec égard, et ne pas être victime de l’opprobre : comment donc ces membres pourraient-ils subir le châtiment du feu. On dira alors que c’est l’âme animale, brute et concupiscente qui sera châtiée. Mais comment cela est-il possible ? Dépourvue de perception [intellectuelle], cette âme ignore les ordres d’une Loi qui ne s’adresse pas à elle. Du reste, si cette modalité de l’homme était soumise aux impératifs de la Loi, les bêtes de somme y seraient également soumises. Or, il n’est aucun savant, quelle que soit son orientation au sein de l’Islam, pour soutenir cela : l’âme animale ne peut faire autrement que d’exiger ce qui est conforme à sa nature et elle n’a aucune connaissance de ce qui est au-delà !

Soutiendra-t-on dans ce cas que c’est l’Esprit [de l’homme] saint et supérieur, saisissant le discours divin et qui est tenu de lui répondre qui aura à subir un châtiment. Comment cela serait-il possible, alors qu’Allâh affirme dans le Qur’ân : « Et Je lui ai insufflé Mon Esprit » (Qur’ân 38, 72). Et aussi : « Dis : L’Esprit procède du Commandement de mon Seigneur » (Qur’ân 17, 85).

« L’Esprit d’Allâh » et Son Commandement, pourraient-ils réellement être châtiés alors qu’ils sont attribués à Allâh – avec toute la noblesse qu’une telle attribution nous fait assentir ? Répondez-moi donc, vous en serez récompensés, et mettez un terme à notre perplexité !

Je reçus alors pour toute réponse : Une telle question ne saurait être élucidée par écrit. Sa réponse se transmet uniquement de bouche à oreille (litt : de bouche à bouche) et de cœur à cœur (anna jawâbu hazâ as-su’âl lâ yajrî bihi qalam wa innamâ yakûnu min qalbin ilâ qalb wa min famin ilâ fam) ».

  Ce qui sera châtié en Enfer nous dit l’Êmir ‘Abd al-Qâdir, ce ne sont pas les membres du corps (qui ne souffriront pas) ni l’esprit (rûh) car les membres corporels seront des témoins le Jour du Jugement et Allâh ne châtie pas les témoins qui ne sont pas coupables. De même, l’esprit est une manifestation du Souffle divin et c’est ce qui relie l’humain au Divin. Que reste-t-il donc ? L’âme humaine sensible, et plus précisément sa modalité nafsienne (l’égo). Car c’est l’égo qui égare l’être humain et qui agit ou pense en mal. Mais même pour les incroyants trop corrompus, ou bien c’est leur ego qui restera prisonnier pour toujours dans la Géhenne, contrairement à leur esprit/entité spirituelle, ou bien leur ego sera anéanti complètement après leur épreuve infernale de purification, où Allâh les en fera sortir, rejoignant ceux qui durant leur séjour terrestre, avait déjà purifié et éduqué leur âme, les orientant vers la Vérité (Allâh), la connaissance, la sagesse, la justice, la vertu et la bonté d’âme.

  Adopter cet avis n’est donc ni de kufr ni un égarement en soi, mais relève d’un ijtihâd légitime reposant sur des versets du Qur’ân, des ahadiths (sahîh, hassân et dâ’if), l’intellect, la fitra, l’avis de certains Sahâba, Tabi’in et d’un nombre de grands maîtres spirituels dotés de kashf et connus pour leur grande piété et proximité avec le Qur’ân. Wa Allâhu a’lam.

  Cependant, il faut se méfier des « relativistes » (qui est une tendance déviante au sein des « pérénnialistes » qui compte plusieurs tendances, certaines étant « orthodoxes » tandis que d’autres ne le sont pas) qui ont tendance à surinterpréter – voire à déformer ! – les propos des grands maîtres spirituels, pour faire croire aux gens qu’ils relativisaient toutes les formes traditionnelles pour les rendre valides (sur le plan exotérique) dans leur état (même déviant ou dégénéré) actuel.

  Le Shaykh Ibn ‘Arabî dit dans ses Futûhât Al-Makkiyya (3/150) : « Les lois religieuses (shara’i’) sont toutes des lumières, et la Loi divine (transmise) de Muhammad (ﷺ) parmi ces lumières est comme la lumière du soleil parmi la lumière des étoiles : si le soleil sort, les lumières des étoiles ne sont plus vues et leurs lumières sont absorbées dans la lumière du soleil : la disparition de leurs lumières ressemble à ce que, des lois religieuses, a été abrogé (nusikha) par sa Loi (ﷺ) malgré leur existence, tout comme les lumières des étoiles existent toujours. C’est pourquoi nous sommes tenus par notre Loi universelle (de l’Islam) d’avoir foi en tous les Messagers prophétiques et de croire que toutes leurs lois sont la vérité, et ne se sont pas transformées en mensonge en étant abrogées : c’est l’imagination des ignorants. Ainsi, tous les chemins reviennent à regarder vers le chemin du Prophète (ﷺ) : si les messagers prophétiques avaient été vivants à son époque, ils l’auraient suivi tout comme leurs lois religieuses ont suivi sa loi. « Car il lui a été donné la Parole universelle (Jawami’ al-Kalim), et [le verset qur’ânique] : « Allâh vous donnera une victoire éclatante » (Qur’ân 48, 3), (…) étant celui qu’on cherche mais qu’on ne peut atteindre. Lorsque les Messagers prophétiques ont cherché à l’atteindre, il s’est avéré impossible pour eux d’y parvenir – parce qu’il [était favorisé au-dessus d’eux par] son ​​envoi dans le monde entier (bi’thatihi al-‘amma), et qu’Allâh lui a donné la Parole universelle (et synthétique), et le rang suprême de posséder la Station de la louange (al-Maqam al-Mahmûd) dans l’autre monde, et qu’Allâh a fait de sa communauté (Ummah) « la meilleure communauté jamais créée pour les gens » (Qur’ân 3, 110). « La nation de chaque Messager est proportionnelle au rang de son prophète, alors comprenez-le » ».

  Ce passage ne signifie donc nullement que suivre une autre religion (que l’islam) ici-bas est valide du point de vue islamique contrairement à ce qu’ont pu dire certains qui ont surinterprété les propos d’Ibn ‘Arabî. Cependant, la question du Salut post-mortem est un autre sujet, et qui revient à Allâh seul de juger.

  Pour Ibn ‘Arabî comme pour l’Emir ‘Abd al-Qâdir (dans son Kitâb al-Mawâqif), il ne s’agit probablement pas de confirmer la validité actuelle des autres religions (depuis que l’Islam Muhammadien est apparu), mais simplement d’en confirmer d’une part l’origine divine des traditions antérieures, d’en souligner les aspects communs encore authentiques – contrairement aux altérations humaines -, et d’autre part, d’indiquer que cela entre malgré tout dans le plan de la Volonté divine, mais que l’Agrément divin, lui, ne concerne que ce qu’Il agréé et valide concernant les actes, les ordres et les doctrines véridiques, et qui sur ce plan, il faut maintenir la distinction entre ce qu’Il agréé (car vrai, juste et beau) et ce qu’Il réprouve et condamne (car faux, injuste et laid ; y compris l’idolâtrie et l’égarement). Cependant, malgré leur égarement, ceux qui associent à Allâh des idoles (humaines, naturelles, ou autres), bien que voilés sur la Réalité profonde et métaphysique du Tawhid, adorent quand même sous un certain rapport à Allâh par Ses Attributs qu’ils imputent cependant à l’objet (idole) de leur adoration, que ce soit Sa Puissance, Sa Miséricorde, Sa Guidance, Sa Science, Sa Lumière, etc.

  Quant à la question de la Rahma divine pour les non-Musulmans dans l’Au-delà, la question est ouverte et chaque être connaitra sous une forme ou sous une autre, Sa Rahma.


[1] Rapporté par Al-Bukharî dans son Sahîh n°3443.

[2] Rapporté par Ahmad ibn Hanbal dans son Musnad n°2108 selon Ibn ‘Abbâs, Al-Bukharî dans Al-Adab Al-Mufrad n°287 et par As-Suyûtî dans al-Jâmi’ al-Saghîr n°208, sahîh.

[3] Rapporté par Ahmad dans son Musnad, et par al-‘Ajlûnî dans Kashf al-Khafâ’ n°120, selon ‘Aîsha.

[4] Charles-André Gilis, alias Shaykh Abd ar-Razzâq Yahyâ, L’intégrité islamique – ni intégrisme ni intégration, éd. Le Turban Noir, 2011.

[5] Rapporté notamment par Al-Bayhaqî dans Shuʿab al-Imân et dans al-Madkhal, Ibn ʿAbd al-Barr dans Jamiʿ Bayan al-ʿIlm, al-Khatib dans al-Rihla fi Talab al-Hadith p. 71-76 n°1-3 et d’autres. Il a été rapporté par plusieurs chaines selon Anas, Ibn ‘Umar, Ibn Mas’ûd, Jabîr, Ibn ‘Abbâs et d’autres, les voies sont généralement faibles ou très faibles, mais réunies ensemble, se renforcent et atteignent le statut de hassân ou de sahîh, comme pour Al-Mizzi, Al-Sakhawî dans al-Maqâsid al-Hassâna, Al-Munawî dans Fayd al-Qadîr 4/267 et d’autres, le sens rejoint aussi de nombreux autres ahadiths généraux comme « Chercher la science utile et la connaissance est une obligation pour tout musulmane (homme ou femme) » rapporté par At-Tirmidhî dans ses Sunân n°74, que ce soit en Chine, en Arabie, en Inde ou ailleurs.

[6] Certains iraniens contemporains, par islamophobie ou complexe identitaire, qui ignorent tout de l’Islam comme du Zoroastrisme, se rattachent désormais à quelques éléments symboliques du Zoroastrisme, mais sans se douter que les enseignements vertueux et rituels qu’ils désapprouvent ou méprisent dans l’Islam, sont aussi ceux du Zoroastrisme originel.

[7] Le savant musulman et persan Ferdawsî (vers 940 – 1020) dans son Shâhnâmeh considérait Zarathustra comme un Prophète, de même pour la plupart des grands imâms, savants et poètes sûfis persans comme Rûmî, Attâr, Nizâmi, Suhrawardî, etc. Le Shaykh et érudit indien as-Syohârwî dans son Qassas ul-Qur’ân (3/167-171) cite un texte du Zend-Avesta et précise que malgré le fait que leurs textes n’aient pas pu être totalement conservées dans leur authenticité, il témoigne cependant du caractère monothéiste et prophétique du Message originel. Le Shaykh et Dr. Seyyed Hossein Nasr est également de cet avis. Le Shaykh Muhammad as-Shahrastani (1086 – 1153), spécialisé aussi dans les religions comparées, dans Kitâb al–Milal wa al-Nihal, décrit les 3 grands groupes zoroastriens de son temps : les Kayumarthiya, les Zurwaniya et les Zaradushtiya, parmi lesquelles il affirme que seuls les derniers étaient des disciples convenables de Zoroastre. En ce qui concerne la reconnaissance du Prophète, Zoroastre a déclaré : « Ils vous demandent comment reconnaître un prophète et le croire fidèle dans ce qu’il dit ; dites-leur ce qu’il sait que les autres ne savent pas, et il vous dira ce qui se cache dans votre nature. Il sera capable de vous dire tout ce que vous lui demandez et il effectuera des choses que les autres ne peuvent pas effectuer ». Peu de temps avant l’avènement de Muhammad (ﷺ), la Perse était sous la souveraineté des Sassanides, et lorsque les Compagnons du Prophète (ﷺ) arrivèrent en Perse, ils arrivèrent à la conclusion que Zoroastre était vraiment un Prophète lorsqu’ils apprirent ses enseignements fondamentaux.

[8] Rapporté par exemple par Al-Bukharî dans son Sahîh n°1385 selon Abû Hurayra.

[9] Voir par exemple Jacques Duchesne-Guillemin, The Western Response to Zarathustra, Oxford 1958 ; Ruhi Muhsen Afnan, Zoroaster’s Influence on Greek Thought, New York 1965 ; James A.Farrell, The Influence of Zarathustra and Zoroastrianism on Western Culture, Sydney 1977 ; A. D. Nock, “Studien zum antiken Synkretismus aus Iran und Griechenland by R. Reitzenstein, H. H. Schaeder, Fr. Saxl”, The Journal of Hellenic Studies 49 (1), 1929, pp. 111-116 ; Arta Moeini, Zarathustra’s Philosopher: Exploring the Transcendent in Plato’s Republic, 2012 ;ainsi que Pierre-Eugène Lamairesse, L’Inde après le Bouddha, 1892. Malgré les récits apocryphes sur leur vie, de nombreux éléments indiquent que ces 3 sages, parmi d’autres, étaient des initiés sur la Voie spirituelle et la métaphysique d’une part, et adeptes du monothéisme et de l’éthique d’autre part.

[10] Cité notamment dans “Le Ficin : un aristotélicien déguisé en platonicien !”, Artkarel, 20 avril 2023, Karel Vereycken : https://artkarel.com/tag/platon/

[11] “« Les Gaulois retrouvés »”, Sud-Ouest, 15 avril 2012 : https://www.sudouest.fr/gironde/francs/les-gaulois-retrouves-9331219.php».

[12] “Les Druides et le Christianisme (documentaire)”, ProGallia, 20 juin 2020 : https://www.youtube.com/watch?v=zJ1M3vTt384, cependant l’auteur du documentaire parle du Christ comme d’un « dieu » là où les textes anciens parlaient plutôt de Messagers atteignant les plus hautes stations spirituelles et morales, que ce soit pour le Christ comme pour Muhammad. 

[13] Voir René Guénon, Mélanges, chap. 2 : Monothéisme et Angéologie, paru initialement dans Études traditionnelles, oct.-nov. 1946 ; il explique logiquement et métaphysiquement comment surviennent les erreurs et dérives idolâtres à partir des principes théologiques et métaphysiques de l’Unité et du monothéisme. Il en ressort que l’idolâtrie ne peut être qu’une déviation du monothéisme sur les plans métaphysique et théologique, résultant d’une phase de dégénérescence.

[14] Généralement, une vérité est niée par des extrémistes ou exagérée et déformée par un certain nombre d’ignorants ou de « fanatiques », et comme toujours dans l’Islam, c’est la voie du juste milieu qui doit l’emporter, car c’est celle qui se trouve au plus près de la Vérité, et c’est une loi universelle qui est vraie aussi entre tous les extrêmes, même dans le domaine scientifique ou politique, à partir du moment où cette approche repose sur la Révélation, la connaissance, et un raisonnement logique fondé sur des preuves ou des arguments recevables. Ici, cet événement est partagé par l’ensemble des traditions spirituelles, et est appuyée par le kashf, l’ilhâm et l’observation des signes de la fin des temps qui se réalisent sous nos yeux, alors que certaines prédictions n’ont été transmises que par quelques chaines, tandis que la question du Mahdi et du retour de Issâ a été transmise par de nombreuses voies, ainsi qu’une allusion qurânique et les rêves prémonitoires de nombreux croyants qui ont vu juste concernant plusieurs prédictions. Et plus on rapproche de la fin des temps, plus la décadence s’accélère et les imposteurs et les ignorants se multiplient.

[15] Dans notre ouvrage La lumière éclatante de la vie du Prophète Muhammad (ﷺ) et les merveilles de son enseignement, nous avons montré leur préservation.

[16] “Prier pour un non-musulman mort, permis ou interdit en islam ?”, repris par Mizane Info en décembre 2024 : https://www.mizane.info/prier-pour-un-non-musulman-mort-permis-ou-interdit-en-islam/ ; il est dommage que Bajrafil sur d’autres questions, ait parfois été malhonnête allant jusqu’à falsifier certains récits, ou qu’il s’est montré trop naïf face aux superstitions et idéologies modernes qui ont conditionné certaines de ses positions, bien qu’il ait eu parfois raison d’adopter une approche critique envers le patrimoine juridique des écoles de fiqh, approche critique adoptée aussi par des traditionnalistes classiques.

[17] Rapporté par Muslim dans son Sahîh n°2658 selon Abû Hurayra.

[18] Rapporté par Muslim dans son Sahîh n°2865 selon ‘Iyad Ibn Himar.

[19] Rapporté par Muslim dans son Sahîh n°2825 selon Abû Hurayra.

[20] Rapporté par Muslim dans son Sahîh n°183 et Ahmad dans son Musnad, Ibn Mâjah qui rapporte toute la première partie dans ses Sunân n°63, sahîh, et n°4312 qui rapporte un autre récit similaire avec une chaîne sahîh selon Anas Ibn Mâlik, ainsi qu’al-Bukharî dans son Sahîh n°7440 et d’autres.

[21] Rapporté notamment par Aḥmad Ibn Muḥammad al-Qastalânî dans Al-Mawāhib al-laduniyya bi l-minaḥ al-Muḥammadiyya, par le Mufti Ahmad Zayni Dahlan dans Fitnat al-Wahhabiyya qui le juge sahîh, et d’autres.

[22] Rapporté aussi par l’imâm Ismaïl Haqqi dans son Tafsîr Rûh al-Bayân 10/456, et Charles-André Gilis dans Les Sept Étendards du Califat, Études traditionnelles, 1993, pp.298-299.

[23] Voir aussi Michel Chodkiewicz, Un Océan sans rivage. Ibn ‘Arabî, le Livre et la Loi, éd. Seuil, 1992, chap.2, pp.63-64.


Be the first to comment “La Religion, les formes traditionnelles et la fin des temps”