L’Islam étant à la fois une Religion universelle et réaliste, la Révélation qurânique pose ainsi un cadre éthique et des principes immuables pour naviguer entre toutes les traditions, coutumes et idéologies de nature humaine. En effet, le Qur’ân distingue entre la nature universelle de la Religion (principes métaphysiques et théologiques, finalités existentielles et juridiques, valeurs éthiques, normes morales, rites, …) et les aspects juridiques et culturels dans ce qui relève du temporel et qui doit être actualisé et réadapté à chaque fois qu’il existe un changement de ‘urf (coutume) comme l’ont expliqué des savants comme Abû Hâmid al-Ghazâlî, ‘Izz ud-Dîn Ibn ‘Abd as-Salâm, Ibn Daqîq al-‘Îd, Shihâb ud-Dîn Al-Qarâfî, As-Shâtibî, Ibn ‘Abidîn et tant d’autres parmi les plus grands savants de l’Islam traditionnel et sunnite.
Le nombre d’idéologies et de coutumes étant théoriquement indéfini, le Qur’ân se propose d’évoquer des principes immuables et notions universelles qui permettent de trier et de nous orienter pour tendre constamment vers la voie médiane et du juste milieu, celle de l’équilibre, afin d’accepter ce qui est bon, de composer avec la complexité du réel (la pluralité des sensibilités, pratiques, profils psychologiques et faiblesses humaines) tout en tendant vers l’idéal et en rejetant ce qui peut causer clairement un réel préjudice – de manière objectivable – aux créatures (êtres humains et animaux) lorsqu’il n’existe aucune nécessité majeure pour justifier ce préjudice.
Et toutes les pratiques culturelles qui ne relèvent donc ni de ce qui est obligatoire religieusement, ni de ce qui est nécessaire en soi, ni de ce qui est noble spirituellement, ni de ce qui est même recommandé parmi les œuvres de dévotion et de bienfaisance, peuvent donc être abandonnées ou délaissées, et parmi celles qui comportent des abus ou des choses répréhensibles ou douteuses, il ne faut alors pas les maintenir ou les remettre au goût du jour si elles avaient été abandonnées déjà par le passé, notamment car les mentalités et conditions socioéconomiques avaient rendu obsolètes de telles coutumes.
Ainsi, même les avis juridiques ou les mentalités tribales ou culturelles qui poussent à abandonner ou à amoindrir l’éthique islamique et la spiritualité sont à rejeter ou à délaisser, car le Qur’ân met justement l’accent sur la primauté du théologique, de l’éthique, de la morale (universelle), de la métaphysique et des rites religieux fondamentaux (comme la prière et le jeûne) par rapport aux considérations juridiques, politiques et culturelles dans ce qui n’est que secondaire ou périphérique dans la vie quotidienne, le cheminement ou les relations sociales.
Par ailleurs, l’avis d’un savant, aussi éminent soit-il, n’est pas une preuve en soi ni n’engage l’ensemble des Musulmans, puisqu’un savant reste faillible et peut se tromper, et même si son avis à son époque était justifié ou justifiable il ne l’est plus nécessairement lorsque l’époque et les coutumes diffèrent.
Par ailleurs, l’avis d’un savant, aussi éminent soit-il, n’est pas une preuve en soi ni n’engage l’ensemble des Musulmans, puisqu’un savant reste faillible et peut se tromper, et même si son avis à son époque était justifié ou justifiable il ne l’est plus nécessairement lorsque l’époque et les coutumes diffèrent. Depuis l’époque des Compagnons (Sahâba) du Prophète (ﷺ), de leurs disciples et des élèves de leurs disciples, il a toujours existé une tradition savante et continue d’approche critique et de débats concernant les questions juridiques, politiques, culturelles, scientifiques et économiques, à partir des principes et finalités de l’Islam, en s’accordant toutefois sur l’essence de l’islam (les 5 piliers de l’islam, les 6 piliers de la foi, la sacralité du Qur’ân, l’importance du Messager d’Allâh (ﷺ), le bon comportement et la préservation des grands péchés). Cette tradition savante s’est poursuivie tout au long de la période médiévale à travers l’ijtihâd (l’effort de réflexion), naviguant entre différentes tendances doctrinales, mais où l’Islam, quoi que puissent en dire des savants peu avertis ou rigoristes, autorise une souplesse et une discussion critique sur tout ce qui concerne les branches (furu’) de la Religion, c’est-à-dire les questions culturelles, théologiques, juridiques, politiques et économiques qui exigent une forme de souplesse et d’adaptation, et qui ne contredisent ni les fondements de la Religion, ni ses valeurs axiales ni ses principes et ses finalités d’ordre universel. Cette approche critique est fournie par le Qur’ân lui-même, tout comme la nécessité de consulter l’expertise, la sagesse et la connaissance approfondie des érudits émérites, des savants avisés et pieux et des maîtres spirituels vertueux. Toutefois, le Qur’ân pose un cadre : celui de la recherche de la Vérité, de l’instauration de la justice, de l’absence de préjudice et de nuisance, de la cohérence avec le Qur’ân et de la noble éthique prophétique (fondée sur la douceur, la bonté, l’équité, la compassion et la sagesse) : « C’est par quelque miséricorde de la part d’Allâh que tu (Muhammad) as été si doux envers eux ! Mais si tu étais rude, au cœur dur, ils se seraient enfuis de ton entourage. Pardonne-leur donc, et implore pour eux le Pardon (d’Allâh). Et consulte-les à propos des affaires; puis une fois que tu t’es décidé, confie-toi donc à Allâh, Allâh aime, en vérité, ceux qui Lui font confiance » (Qur’ân 3, 159) ; « Ô les croyants ! Obéissez à Allâh, et obéissez au Messager (Muhammad) et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité (légitime). Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez-le à Allâh et au Messager, si vous croyez en Allâh et au Jour dernier. Ce sera bien mieux et de meilleure interprétation (et aboutissement) » (Qur’ân 4, 59) ; « Il donne la Sagesse à qui Il veut, et à qui la Sagesse a été donnée, certes, il lui a été fait don d’une grâce immense. Et seuls les doués d’intelligence s’en rappellent » (Qur’ân 2, 269) ; « Notre Seigneur, et envoie parmi eux un Messager issu d’eux-mêmes qui leur récitera Tes versets, leur enseignera le Livre et la Sagesse, et les purifiera. C’est Toi, certes, le Puissant, le Sage » (Qur’ân 2, 129). L’imâm Abû Hâmid Al-Ghazâlî se conformait d’ailleurs généralement à cette méthodologie qurânique, à savoir pour toute question, commencer par explorer et méditer le Qur’ân, ensuite les paroles prophétiques en accord avec le Qur’ân, la position des sages et maîtres spirituels avant lui depuis l’entourage prophétique jusqu’à leurs disciples ou descendants, et l’intellect à travers ses propres réflexions, expériences et observations, le tout en essayant de composer avec les réalités socioéconomiques de son temps qui sont par définition changeantes. Si le suivisme est encouragé ou même obligatoire pour les Musulmans de la masse en ce qui concerne les règles liées aux rites (comme la prière, le jeûne, le pèlerinage, etc.) ou certaines questions sociales (comme les transactions commerciales) car les savants à travers les âges ont déjà codifié et exploré tout le patrimoine juridique et historique sur ces questions – bien que même là les modalités pratiques peuvent s’adapter aux nouveaux contextes -, les aspects liés aux interactions sociales, à certaines questions conjugales ou familiales, peuvent évoluer car les mentalités, les codes culturels et les nécessités sociales ou économiques exigent une adaptation au contexte, ce qui rend même souvent illicite le fait de perpétuer d’anciens avis dont les dégâts peuvent causer plus de tort, et c’est pour cela qu’il faut recourir aux savants les plus avisés de chaque époque, car la science juridique doit s’actualiser sans cesse quand les coutumes changent, sans quoi les savants ne seraient d’ailleurs plus nécessaires s’il fallait se contenter uniquement de tout répéter alors même que les conditions de vie, problématiques et enjeux changent régulièrement à chaque époque ou dans chaque région, sans quoi de simples prédicateurs seraient suffisants, ce que tout le monde conteste à juste titre, car le Qur’ân est universel et s’adresse donc aussi à tous les savants avertis de chaque génération, de même que la tradition prophétique évoque explicitement la nécessité d’actualiser le savoir religieux (sans trahir le Message divin dans ses fondements, ses valeurs, ses rites, ses principes et ses finalités) selon les différents contextes à travers des maîtres spirituels, érudits et savants à la fois qualifiés intellectuellement et éthiquement intègres – se conformant aussi à la morale universelle et cultivant la piété religieuse -.
C’est également pour cela que les maîtres spirituels, qui connaissent aussi le fiqh, ses fondements (ussûl) et ses finalités (maqâsid), exigent du disciple qu’il mette plutôt son énergie et son temps à accomplir ce qui est obligatoire et fortement recommandé, éthiquement élevé, et spirituellement noble, et de cultiver l’adab et le bon comportement de façon générale, tout en délaissant ce qui est clairement illicite ou malsain et de perdre son temps dans des choses futiles ou douteuses. En effet, celui qui occupe son temps et son être avec ce qui est noble et obligatoire tout en accomplissement les œuvres de dévotion surérogatoires et les œuvres de bienfaisance et de charité n’a plus le temps pour polémiquer ni faire le mal, ni même pour laisser Shaytân avoir de l’emprise sur lui ou être touché par les shubuhât ou le waswas – les voix qui incitent au mal ou aux questionnements grotesques ou inutiles -.
Le Qur’ân est un révélateur de l’âme humaine. Ceux qui suivent leurs passions (vices de l’âme) semant la corruption et l’oppression autour d’eux (1) nous dit Allâh, occulteront ou déformeront les versets en les déconnectant des principes universels de l’Islam et des valeurs éthiques (2) posées par le Qur’ân pour encadrer les pratiques juridiques et culturelles. Quant aux doués d’intelligence qui aspirent à la sagesse et à la vertu (3), ils comprendront le Qur’ân à la lumière de la spiritualité et de la cohérence logique interne au Qur’ân comme Il le stipule dans la Révélation (4), qui est aussi Al-Furqân (ce qui permet de distinguer le vrai du faux, le réel de illusoire, la justice de l’injustice, et le bien du mal) (5). Les bien-guidés, toujours selon le noble Qur’ân, sont ceux qui préservent l’esprit et les finalités de la Tradition dans son coeur spirituel et métaphysique tout en suivant l’exemple des justes et des vertueux parmi les Anciens (6) qui les ont précédé, tandis que les égarés sont ceux qui suivent aveuglément les coutumes blâmables ou infondées (et qui sont répréhensibles) de leurs Ancêtres parmi les ignorants ou les gens vils (7).
Toute interprétation qui concorde avec le Texte à la lumière des principes fondamentaux et des finalistes du Qur’ân (sagesse, justice, piété, humilité, vertu, bonté d’âme, amour bienveillant, purification du coeur, éducation de l’âme, connaissance spirituelle et science utile sur le monde, le cosmos, la nature et l’humanité, …) est légitime et louable, tandis que celle qui contredit cela est alors infondée et blâmable.
Le Qur’ân évoque à de nombreuses reprises ces notions-clés qui reviennent sans cesse comme la Rahma (Amour-rayonnant et bienveillant, Miséricorde, Compassion, Clémence, …), at-Taqwâ (piété religieuse, droiture, justice, vigilance contre l’ego, humilité face au Divin, …), Al-Birr (bonté d’âme, générosité, courtoisie, bienveillance, charité et solidarité avec un coeur compatissant et sain, …), at-Tazqya an nafs (l’éducation et purification spirituelle), al Hikmâ (la sagesse), Al-‘Adl (la justice), Al-Qist (l’équité, l’objectivité et l’impartialité dans le cadre de la justice, du témoignage, du jugement, etc.), Al ‘Aql (qui englobe l’intellect et des modalités et déclinaisons comme l’intelligence, la rationalité, l’intellection, la logique, l’observation, l’expérience, la déduction, …), al-Fikr (la méditation, la réflexion profonde, la contemplation, …), As-Salâm (la Paix dans tous ses aspects), Al-Ihsân (l’excellence spirituelle, éthique, rituelle et morale, la bienfaisance dans la charité au sens général du terme, …), al-ikhlâs (la sincérité et la pureté d’intention), as-Sabr (la patience et l’endurance dans la vie, son cheminement, son rapport à l’autre comme au savoir, etc.), at-Tawakkûl (la remise confiante en Lui seul sous le rapport de l’Absolu), as-Sidq (la véridicité, la véracité, l’honnêteté et l’intégrité), al-Haqq (le droit et la vérité qui concorde avec le Réel), Al-Hilm (indulgence, tolérance, pondération, la patience par opposition au fait de se précipiter hâtivement, etc.), al-‘ilm (le savoir, la science, l’érudition, etc. dans ce qu’il y a d’utile, de bénéfique, de louable, de nécessaire ou de salvateur), ad-Dhikr (le Rappel, le Souvenir, la remémoration dans le cadre de la spiritualité et de la méditation), al-Mar’ûf (ce qui est reconnu comme étant convenable, raisonnable ou louable parmi les gens de vertu, de justice, d’intelligence et de bonté, et qui ne constitue donc pas un acte injuste, répréhensible, avilissant ou indécent dans l’environnement socioculturel dans lequel on vit) où les bonnes traditions et coutumes sont acceptées tandis que celles qui relèvent du munkâr (blâmable, répréhensible, vil, indécent, préjudiciable, néfaste, nuisible, …) doivent être rejetées ou délaissées (comme le viol, l’agression physique ou sexuelle, la pédophilie, la maltraitance conjugale ou infantile, la maltraitance animale ainsi que celle envers les parents ou les voisins, et toute autre forme d’injustice ou de perversion, de gaspillage irresponsable des ressources, etc.), …
Et c’est comme cela qu’Allâh distingue aussi dans le Qur’ân les croyants sincères et vertueux qui agissent avec bonté et miséricorde, de ceux qui n’en ont que la prétention alors que la foi n’a pas encore pénétré leur cœur (8) et qui sont plutôt animés par la perversité, la violence gratuite, l’insécurité et la corruption de l’âme (d’où les notions de fisq et de fasâd). Le Qur’ân précise par ailleurs que tout ce qui est mauvais, pervers, déviant, injuste et répréhensible est associé au Shaytân (Diable) et que ce qui s’y oppose (ce qui est bon, sain, licite, convenable, louable, bénéfique, juste, vertueux, utile, etc.) est ce qui est conforme à la Volonté divine et à Sa Loi (9).
La bonne compréhension du Qur’ân doit nous mener à ce qui concorde avec la Paix, la Droiture, l’excellence et la bienfaisance (spirituelle, morale et sociale) comme cela est clairement évoqué : « Le séjour de la Paix leur est destiné auprès de leur Seigneur en récompense de leurs (belles) actions [sur terre] » (Qur’ân 6, 127) ; « Et par l’âme et Celui qui l’a harmonieusement façonnée et lui a alors inspiré son immoralité, de même que sa piété ! A réussi, certes, celui qui la purifie. Et est perdu, certes, celui qui la corrompt » (Qur’ân 91. 7-10) ; « Allâh appelle à la Demeure de la Paix et guide qui Il veut vers une Voie droite » (Qur’ân 10, 25) ; « Ô vous qui cultivez la foi ! Entrez tous dans la Paix » (Qur’ân 2, 208) ; « A chacun de vous Nous avons assigné une législation et un plan à suivre. Si Allâh avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez donc dans le bien et dans les bonnes oeuvres. C’est vers Allâh qu’est votre retour à tous; alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez » (Qur’ân 5, 48) ; « Certes, ce Qur’ân guide vers ce qu’il y a de plus droit (et de meilleur), et il annonce aux croyants qui font le bien (en accomplissant des bonnes oeuvres) qu’ils auront une grande récompense » (Qur’ân 17, 9) ; « Nous faisons descendre du Qur’ân, ce qui est une guérison, une miséricorde et une source d’amour-rayonnant pour les croyants » (Qur’ân 17, 82) ; « C’est le Livre au sujet duquel il n’y a aucun doute, c’est un guide pour les pieux (qui agissent avec justice et droiture) » (Qur’ân 2, 2) ; « Il y a certes des signes pour les doués d’intelligence, qui, debout, assis, couchés sur leurs côtés, évoquent Allâh … » (Qur’ân 3, 190-191) ; « Certes ceux qui cultivent la foi, font le bien (par l’accomplissement de bonnes œuvres) et s’humilient devant leur Seigneur, voilà les gens du Paradis où ils demeureront éternellement » (Qur’ân 11, 23).
C’était là par ailleurs la méthode d’interprétation prophétique ainsi que celle de ses Compagnons (Sahâba) les plus proches :
Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Si un hadith que j’ai prononcé vous est rapporté, et si vos coeurs et votre intellect l’acceptent, cela signifie que j’en suis la source [si une chaine de transmission continue remonte jusqu’à lui ou s’il y a une confirmation spirituelle par kashf] et que je l’ai prononcé. Cependant si vous entendez un hadith que vos coeurs et votre intellect refusent (au point de faire dresser les cheveux et de vous donner la chair de poule), cela signifie qu’aucun lien ne me lie à lui et qu’aucun lien ne le lie à moi [car la voie prophétique n’est que vérité, sagesse, piété, vertu et justice] » (10) ; « Prenez la sagesse, et elle ne vous nuira pas, quel que soit le récipient d’où elle vient » ; « Prenez la sagesse de quiconque vous l’entendez, car la sagesse peut être prononcée par quelqu’un qui n’est pas (considéré habituellement comme un) sage, et la flèche peut provenir de quelqu’un qui n’est pas archer » (11) ; « Le meilleur bienfait est une parole de sagesse ; une personne l’entend et la transmet ensuite à son frère (c’est-à-dire à autrui) » (12) ; « La parole de sagesse est la propriété perdue du croyant. Partout où il la trouve, il doit s’en imprégner » (13) ; « Nul ne possède une (bonne et complète) compréhension du Qur’ân tant qu’il n’arrivera pas à percevoir les multiples dimensions et significations du Qur’ân » (14) ; « Le Qur’ân possède un (aspect) extérieur, un (aspect) intérieur, Il détermine des principes et ouvre sur l’universel » (15) ; « Combien connaissent les règles religieuses (fiqh) tout en manquant de clairvoyance (laysa bifaqîh) ! » (16) ; « Le Qur’ân a été descendu (et révélé) selon 7 lectures (significations et degrés de compréhension). Chacune de ses lectures (et significations) comporte un aspect extérieur (zahir) et un aspect intérieur et subtil (batin) ; chacune de ses lectures possède une limite, et chaque limite comporte un point d’ascension (et une borne) » (17) ; « Il faut rechercher la science (utile) car elle est l’amie intime du croyant. De plus, la longanimité est le ministre de la science ; l’intellect en est le guide ; l’action, le pivot ; le caractère bienveillant, le père ; la douceur, le frère et la patience est le général de ses armées » (18) ; « Lisez le Qur’ân et cherchez [humblement] à saisir ses significations extraordinaires (garâ’ibahu) » (19) ; « Ce que ton coeur (purifié, tourné vers Allâh, la justice et la piété) réprouve et n’accepte pas, abandonne-le » (20) ; « Consultez votre âme et votre coeur. La justice et la droiture sont ce qui rassure votre âme et votre coeur, et le péché est ce qui vacille et trouble votre âme, et produit une tension dans votre poitrine, même si les gens l’approuvent encore et encore dans leur jugement et avis (fatwâ) » (21) ; « La droiture et la justice procurent la sérénité à l’âme et la paix de l’esprit dans le cœur. Le péché n’est pas agréable à l’âme (tournée vers la pureté et la piété) et ne satisfait pas le cœur (ni n’apporte la sérénité), même si le juge (muftî) vous donne son approbation » (22) ; « Laissez ce qui vous fait douter pour ce qui ne vous fait pas douter. Car certes, la vérité apporte la tranquillité d’esprit et le mensonge (ou le faux) sème le doute et le trouble » (23) ; « La vertu est une disposition (intérieure) bienveillante (animée par la bonté) et le vice (péché) est ce qui vous ronge et avilit le coeur et que vous détestez que les gens le découvrent » (24) ; « Je n’ai été envoyé (essentiellement que) pour parfaire (et enseigner) les nobles vertus, le bon comportement et les beaux caractères » (25) ainsi que cette parole prophétique qui résume aussi l’éthique du croyant : « Certes, parmi ce que je crains pour vous après moi : vos ventres, vos sexes et les passions qui égarent » (26). Le ventre se réfère à la gloutonnerie, au gaspillage, au fait de trop manger et d’alourdir le corps et d’empêcher le corps de faire preuve de retenue, d’ascétisme et de générosité envers les nécessiteux. Le sexe se réfère à la fornication, à l’adultère, au viol, à transgresser la Loi divine et à délaisser la vertu et le licite pour des illusions, déviances et passions de ce bas-monde, pour l’illicite, la turpitude et la perversion. Cela égare la personne et peut la conduire à l’injustice, à la tyrannie ou à la perdition. Les passions se réfèrent à tout ce qui est adoré en dehors d’Allâh, qui éloignent des obligations morales et juridiques, des doctrines véridiques (sur lesquelles l’Islam est fondé), des vertus spirituelles, des qualités morales et de la pondération en général.
Le Sahâbi et Sayyidûna Abû ad-Dardâ’ a dit : « N’imposez pas aux gens ce qu’on ne leur a pas imposé, ne jugez pas les gens avant leur Seigneur. Ô fils d’Adam, préoccupe-toi de ta personne, car celui qui surveille ce qu’il voit chez les gens s’attristera longuement et sa colère ne s’apaisera pas » (27).
L’imâm ‘Alî a dit : « Puisse Allâh répandre Sa Bienfaisance sur celui qui connait sa propre valeur, qui sait rester dans ses propres limites, qui fait attention à sa langue, (et) qui ne passe pas sa vie dans l’oisiveté » (28).
Le Sahâbi Abû-l-Dardâ’ disait quant à lui : « Nul ne comprend le Qur’ân jusqu’à qu’il perçoive en lui des significations multiples » (29)
Le Sahâbi Ibn Mas’ûd a dit également : « Méfiez-vous de ce qui trouble les cœurs. Si quelque chose perturbe votre cœur, alors abandonnez-le » (30).
Le Sahâbi Ibn ‘Umar a dit : « Le serviteur d’Allâh n’atteindra pas la réalité de la piété (taqwâ) jusqu’à ce qu’il abandonne ce qui trouble, perturbe et corrompt son coeur » (31).
L’imâm, Shaykh, muhaddith et juriste hanafite Abû Jâ’far at-Tahâwî (m. 321 H/932) dira dans son Sharh Mushkil al-athâr (15/346) sur la base du hadîth et d’un athâr disant de prendre en compte également la fitra (conscience humaine primordiale) concernant les notions universellement reconnues de bien (et louable) et de mal (et blâmable) dans nos prises de décision. Il rapporte aussi cet athâr rapporté par ‘Alî et Ibn Mas’ûd : « Si l’on vous transmet un hadith du Prophète (ﷺ), pensez (et interprétez-le selon) à ce qui est le plus approprié, le plus conforme à la piété et à la justice, et le mieux guidé (pour se rapprocher d’Alllâh, de la vertu et de la sagesse) ».
L’imâm ‘Alî a dit d’ailleurs en ce sens : « Si on vous rapporte un hadîth du Messager d’Allâh (ﷺ), alors prenez-le de la meilleure façon (de le comprendre), dans le sens le plus pertinent et le mieux éclairé, et qui est le plus convenable et proche de la piété et de la justice (selon les principes et les finalités de l’Islam) » (32) ainsi que : « Lorsque vous entendez une tradition, vérifiez-la selon le critère de l’intelligence, de la bienveillance (et de la piété) et non celui de la simple audition, car les porteurs de connaissances sont nombreux mais ceux qui la gardent (et la préservent convenablement) sont peu nombreux » (33), conformément à Sa Parole : « Vous avez dans le Messager d’Allâh un excellent modèle [à suivre], pour quiconque espère en Allâh et au Jour dernier et invoque Allâh fréquemment » (Qur’ân 33, 21) ; « Et nous ne t’avons envoyé (Muhammad) que comme miséricorde, compassion et amour-Rayonnant et bienveillant pour les mondes » (Qur’ân 21, 107) ; « Et tu es certes (Ô Muhammad), d’une moralité éminente et d’une noblesse de caractère excellent et la plus élevée » (Qur’ân 68, 4). Et comme il est rapporté dans le Musnad Ahmad n°25813 – sahîh – selon Sayyida ‘Aîsha : « Son comportement, son caractère et sa personnalité étaient (calqués sur) le Qur’ân ».
L’imâm du Salaf et juriste hanafite Abû Ja’far At-Tahâwî dans Sharh Mushkil Al-Athâr (11/267) commenta en disant : « C’est-à-dire qu’il appliquait les ordres mentionnés dans le Qur’ân et délaissait ses interdits », et la Sunnah ne peut donc qu’expliciter, détailler, développer ou prolonger ce qui est contenu dans le Qur’ân en termes de préceptes, de principes, de perspectives, de qualités (morales et spirituelles) et de finalités (sagesse, piété, justice, bienfaisance, paix, compassion, sécurité, protection des droits, etc.). Si le sens apparent d’un hadith ou d’un avis juridique contredit cela, c’est que le récit ou l’avis est erroné, ou qu’il s’agit d’une exception/particularité contextuelle de l’époque (n’ayant pas vocation à être universelle ou inhérente à la Religion), ou que le sens voulu est autre que celui du sens apparent impliquant une contradiction avec le Qur’ân et la Sunnah purifiée (en accord avec le Qur’ân et ses principes).
Le Shaykh Ibn al-Qayyîm écrit dans son Madârij al-Sâlikîn (2/303) : « Dans la clémence, le pardon et la patience sont la douceur de la foi, la paix de l’esprit et la tranquillité, ainsi que la noblesse de l’âme, son honneur et son ascension sur le désir de la vengeance ». Il dit aussi dans le même ouvrage (1/347) : « Si l’un de ces points de foi est nié par ignorance ou par mauvaise interprétation (tout en étant sincère et bien intentionné), il est excusé et celui qui a agi ainsi ne devient pas mécréant, comme dans le hadith où l’homme a nié la Providence d’Allâh et a ordonné à son peuple de le brûler et de disperser ses cendres au vent. Malgré cette erreur, Allâh lui a pardonné et lui a fait miséricorde en raison de son ignorance. La connaissance de la providence d’Allâh qui lui était parvenue n’a pas été niée par obstination ou par intention de mentir ». Et dans un autre de ses ouvrages I’lâm al-Muwaqqi’în (3/11) il dit : « En vérité, la Loi (divine) est fondée sur la Sagesse et le bien-être des êtres humains dans cette vie et dans l’Au-delà. Dans sa totalité, elle est justice, miséricorde, bénéfice et sagesse (pour les créatures). Toute matière qui abandonne (ou dévie de) la justice pour la tyrannie, la miséricorde pour la cruauté, le bénéfice pour la corruption et la sagesse pour la folie ne fait pas partie de la Loi (divine), même si elle y a été introduite par une interprétation (mauvaise ou erronée) » et plus loin (3/14-15) : « Il s’agit d’un chapitre extrêmement bénéfique dont l’ignorance a provoqué une énorme confusion au sujet de la Législation (Sharî’ah), ce qui a impliqué la gêne, la difficulté et l’imposition de ce qui est insupportable et que la formidable législation – qui se situe au plus haut degré des intérêts – ne pourrait apporté. Car, en effet, la Législation (divine ; islamique) est établie et fondée sur la prise en compte des finalités et des bénéfices (pour les créatures), dans ce bas-monde et dans l’au-delà. Elle est dans sa totalité justice, miséricorde, bénéfices (bienfaits) et sagesse … Ainsi toute question qui dévie de la justice vers l’injustice, de la miséricorde vers son opposé, de l’intérêt vers le préjudice, de la sagesse vers la frivolité, ne fait pas partie de la Législation [la loi islamique] même si on l’y insère par (mauvaise) interprétation ».
L’imâm et savant polymathe de la période médiévale Shihâb ud-Dîn al-Qarâfî (m. 684 H/1285), qui est considéré à l’unanimité des grands savants Musulmans (cf. les témoignages d’Ad-Dhahâbi, Al-Safâdî, As-Subkî, etc.) comme l’un des plus éminents savants concernant le fiqh, les ussûl, les principes de la Religion et des finalités (maqâsîd) la Shar’îah notamment. C’était aussi l’une des plus grandes sommités du fiqh malikite, il dit en s’adressant au mufti compétent disait dans son Anwar al Burûq fi Anwa’ al Furûq : « Toutes les fois qu’il y a un renouvellement dans la coutume (‘Urf) des gens, le Mujtahid (savant) la prend en considération, et toutes les fois où elle s’arrête, il la laisse. Ne te fige pas sur ce qui est consigné dans les livres toute ta vie ! Mais plutôt, s’il te vient un homme qui n’est pas de ta région et qui te demande la Fatwâ (avis juridique), ne le ramène pas vers la coutume de ton pays. Questionne-le sur la coutume de sa région, guide-le vers celle-ci et donne-lui la Fatwâ par elle sans tenir compte de celle de ton pays et de ce qui est établi dans tes livres. Ceci est la vérité claire et limpide. Le fait d’être figé à jamais dans les textes rapportés (al Manqulât) est un égarement dans la Religion et une ignorance des desseins des savants musulmans et des Salafs passés ».
L’Imâm Al-Qarâfî Al-Mâliki rapporte dans Al-Furûq (3/15) la parole de l’Imâm zâhirite Ibn Hazm dans son ouvrage Marâtib Al-Ijmâʿau sujet des citoyens non-Musulmans (Dhimmi ; qui sont les citoyens qui bénéficient de la protection politique et juridique des Musulmans, au-delà même de la simple courtoisie morale qui est dû à tout être humain qu’il soit croyant ou non) : « Si les ennemis viennent à nos contrées pour se saisir d’un dhimmi, il est de notre devoir de les combattre par tous les moyens logistiques et militaires et de mourir dans ce dessein pour préserver celui qui bénéficie du pacte (dhimma) d’Allâh et du pacte de Son Messager (ﷺ) car le livrer à eux sans combat est une négligence du contrat de dhimma ». On rapporte l’unanimité de la Ummah à ce sujet. Al-Qarâfî a commenté ce passage disant : « Un contrat qui conduit à dépenser les vies et les fortunes pour l’honorer est certainement d’une immense valeur (…). Le fait de conclure le Pacte (Dhimma) avec eux leur donne des droits que nous devons honorer, car ils vivent dans notre voisinage, sous notre protection, avec notre pacte (dhimma), le Pacte d’Allâh – Exalté Soit-Il, le pacte du Messager d’Allâh (ﷺ) et de l’islam. Quiconque les agresse, ne serait-ce que par un mot déplacé ou une médisance, viole le Pacte d’Allâh, le pacte du Messager d’Allâh (ﷺ) et le pacte de l’islam ».
Allâh dit : « Il se peut qu’Allâh établisse de l’amitié entre vous et ceux d’entre eux dont vous avez été les ennemis. Et Allâh est Omnipotent et Allâh est Pardonneur et Très Miséricordieux. Allâh ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allâh aime les équitables. Allâh vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes » (Qur’ân 60, 7-9). L’imâm Shihâb al-Dîn al-Qarâfî a commenté ce verset ainsi dans Al-Furûq (3/15) en disant : « Cette droiture et cette bonté (birr) consistent à être doux avec ceux qui sont opprimés et faibles (musstad’afûn) parmi les non-musulmans : à aider leurs nécessiteux et à nourrir leurs affamés ; de donner des habits décents à celui qui n’en a pas parmi eux, de tenir un langage respectueux et courtois à leur égard – dans le but de leur être agréable et compatissant et non pas par crainte de leur mal ou par sentiment d’infériorité -, de supporter leur mal et leur désagrément s’ils se montrent mauvais voisins envers nous bien que l’on soit en mesure de faire cesser cela – et ceci par gentillesse à leur égard et non par crainte ou convoitise -. C’est aussi prier (Allâh) pour eux afin qu’ils soient guidés (dans l’Islam et le bien) ainsi que pour leur prospérité et leur bonheur. C’est leur apporter les bons conseils dans leur religion comme dans les affaires diverses de ce monde [famille, travail, santé, …] ; c’est les protéger (dans leur honneur, leur sécurité et tous leurs autres droits et intérêts louables) en leur absence (ou non) contre celui qui voudrait leur faire du mal, et les assister et les soutenir contre leurs agresseurs injustes (…) ». En effet, les 2 notions clés du verset sont « al-Birr » et « al-Qist ». Al-Birr, c’est la bonté pieuse, la générosité, l’acte de charité, la gentillesse, la courtoisie, la bienveillance, la bienfaisance, etc., et al Qist, c’est le fait d’être juste et équitable. L’imâm An-Nawawî dans son Sharh Sahîh Muslim au hadith n°6463 dit au sujet de la notion « al-Birr » : « parenté, gentillesse, actes de charité, courtoisie et bienséance, obéissance (dans le bien) (…) ». Et ce noble comportement ne concerne pas seulement les Dhimmis (citoyens non-Musulmans vivant en terres d’Islâm) mais tout non-musulman, qu’il bénéficie d’un traité (‘ahd ; comme tout pays signataire de l’ONU par exemple) ou non, à condition qu’il ne combatte pas injustement les Musulmans évidemment.
Et sur le même verset (révélé à la fin de la période médinoise, et qui n’est donc pas abrogé même selon les partisans de la théorie du naskh), l’imâm Ibn Jarîr At-Tabârî (m. 310 H/923) dit dans son Tafsîr qu’il n’est pas abrogé, et que ceux qui diraient le contraire ne tiennent sur rien et n’a aucun sens : « La parole la plus juste concernant ceux visés par ce verset est celle de ceux qui ont dit : « Ce verset signifie qu’Allâh ne vous interdit pas d’être bienveillants et bons, d’entretenir de bonnes relations et d’être justes envers quiconque ne vous a pas combattu pour votre foi, quelle que soit leur confession ou leur religion ». En effet, Allâh a parlé de manière générale lorsqu’Il a dit « quiconque ne vous a pas combattu pour votre foi », incluant tous ceux qui correspondent à cette description, sans en préciser certains et en exclure d’autres. Et la parole de ceux qui disent qu’elle est abrogée est fausse et vaine… ».
Il stipule donc que l’Ordre divin de ne pas tuer des incroyants pacifiques demeure toujours en vigueur, et que leur manifester de la bonté, de la courtoisie et de la bienveillance n’est pas du tout interdit ou répréhensible.
L’imâm et Shaykh ul-Islâm ‘Izz ud-Dîn Ibn ‘Abd as-Salâm (m. 660 H/1262) a dit dans son Shajarat al-ma’arif wa al-ahwal wa salih al-aqwal wa al-a’mal (p.401) : « Sache qu’Allâh, exalté soit-Il, n’a établi des lois que pour servir un intérêt précis dans cette vie ou dans la vie dernière, ou présentement et à l’avenir, afin de combler Ses serviteurs de Sa grâce (…). C’est un signe de bonté, de compassion, de commodité et de sagesse qu’Allah n’ait pas chargé Ses serviteurs de tâches pénibles et inutiles dans cette vie ou dans l’autre, et qu’Il les ait appelés à se rapprocher de Lui par la piété et l’accomplissement des bonnes œuvres. Car l’intérêt des gens en ce monde-ci se voit dans tout ce qui leur est utile, et leur procure bien-être, bonheur et confort, et en parallèle, dans tout ce qui les aide à éviter les maux et les dommages, de même qu’à repousser les préjudices, aussi bien en ce bas-monde que dans la vie dernière ». En effet, tout ce qui est malsain, avilissant, tyrannique, injuste ou nocif est contraire aux objectifs de la Shar’îah, tandis que tout ce qui contribue ou relève de la justice, de la bienséance, de la dignité, de l’utilité pour la Communauté, l’Humanité ou la Nature, etc. est encouragé par la Shar’îah et fait partie de la Shar’îah.
L’Imâm polymathe et juriste malikite Shihâb ud-Dîn al-Qarâfî (m. 684 H/1285) a dit dans Sharh al ‘arba’în fi ‘ussûl ud-Dîn : « Les sciences ne sont pas figées. Ne reste dans un même état toute sa vie, sans évoluer, que celui dont l’intelligence est stagnante, l’esprit paresseux, la réflexion faible et la sagacité émoussée — sauf dans les questions absolument fondamentales, qui ne changent pas chez les gens doués de raison et d’intelligence ». Il louera ensuite les qualités de l’imâm Fakhr ud-Dîn Ar-Râzî (m. 606 H/1209) qui adopta à chaque fois l’avis qu’il estimait le plus solide après un examen attentif, sans s’attacher à des avis antérieurs qu’il estimait erroné lorsqu’il avait accès à des preuves ou des arguments plus solides qui exigeaient d’abandonner les opinions faibles ou erronées. L’imâm Al-Qarâfî fit ensuite l’analogie avec l’imâm As-Shafi’i (m. 204 H/820) qui lui aussi, avait parfois changé d’avis lorsque des textes ou arguments plus solides lui venaient par la suite et qu’il ignorait auparavant, mais sans jamais abandonner les principes et fondements de la Religion. Ainsi, tout musulman doit accepter la sacralité du Qur’ân et l’excellence du modèle prophétique dans ce que l’on sait authentifié et conforme au Qur’ân et à sa noble éthique, et adhérer aux principes, piliers et finalités de la Religion, là où Allâh ne demande pas aux croyants d’adhérer aveuglément aux opinions des êtres humains (dirigeants, savants, érudits, prédicateurs ou autres) qui relèvent de l’effort d’interprétation mais pas d’un principe établi de la Révélation ou de la Sunnah purifiée et notoire. De même, le Musulman n’est pas tenu d’adhérer à des interprétations forcées, subjectives ou qui font divergence chez les exégète ou les juristes en ce qui concerne le Qur’ân ou la Sunnah. De même, un hadith, même présenté comme sahîh dans sa chaine, peut être rejeté s’il contient des défauts cachés, ou si des ahadiths plus solides et mieux authentifiés existent sur le même sujet – et après avoir tenté de les concilier par le contexte, l’exception, l’ordre chronologique, etc. – ou si le sens apparent contredit le Qur’ân et ses principes, l’éthique islamique, l’intellect, des faits scientifiques ou historiques bien établis, etc. Les principes et fondements métaphysiques, spirituels, théologiques, juridiques, éthiques, rituels et moraux sont bien établis en Islam, par contre le domaine des questions pénales doit être clarifié, que ce soit sur les conditions d’applicabilité, le rejet des éléments culturels ou de l’imitation de ce qui se faisait chez les Gens du Livre à l’époque, qui ont été introduits par des juristes après l’époque prophétique et la période des Califes bien-guidés, où le ‘urf (coutume) a été sacralisé alors que cela ne faisait pas intégralement partie de la Religion (Dîn) de l’Islam. De même, certaines peines discrétionnaires dont le statut religieux n’est pas celui de l’universalité ou de l’obligation, doivent être revues ou abandonnées si les conditions ou les mentalités de l’époque ou d’une région n’y sont pas préparées ou adaptées. Ce qui ne doit jamais changer, c’est le caractère illicite (harâm) ou détestable/réprouvé (makruh) sur le plan moral d’un acte blâmable (comme le meurtre, la sorcellerie, l’agression, le banditisme, l’adultère, le viol, la fornication, la zoophilie, la pédophilie, la maltraitance conjugale ou infantile, etc.). De même, cela doit être inscrit comme interdit dans la Loi, mais ce qui peut changer, c’est la manière de sanctionner ou de réprimer les personnes qui transgressent la Loi, de façon à ce que la loi soit adaptée aux principes et finalités de la Religion qui sont d’assurer la sécurité et de préserver l’ordre public, ainsi que de dissuader en amont le mal avant d’être commis, et d’adapter la sanction de façon appropriée selon le degré de gravité du crime ou du délit, tout en laissant l’opportunité aux victimes ou aux familles des victimes d’accorder leur pardon ou d’exiger un dédommagement de la part des coupables plutôt que de leur appliquer la sanction prévue (du moins dans sa portée maximale). Si déjà à l’époque des Salafs ces peines discrétionnaires faisaient l’objet de divergences (34) – car la pluralité des coutumes existait déjà malgré des mentalités souvent communes -, que dire alors pour notre époque, où la diversité des coutumes est encore plus large, la corruption des moeurs encore pire et où les mentalités ont radicalement changé, exigeant donc d’autres peines plus adaptées pour éviter de plus grands maux et ramener les esprits à la raison ou à la décence.
Et parmi les versets considérés comme explicites, universels et immuables, et qui conditionnent l’interprétation et la compréhension des autres versets, il y a ceux-ci :
« Faites avec équité la pleine mesure et le bon poids, ne faites pas de tort et ne lésez en rien les êtres humains (dans leurs droits). Et ne semez pas la corruption, le désordre et l’insécurité sur la Terre » (Qur’ân 11, 85).
« En vérité, Allâh commande la justice, la vertu, la générosité, la libéralité et l’assistance [dans le bien et le licite] envers les proches, et Il interdit la turpitude, les actes répréhensibles, la tyrannie, l’injustice et la rébellion [envers les autres et les autorités légitimes] » (Qur’ân 16, 90).
« Adorez Allâh et ne Lui donnez aucun associé. Agissez avec bonté, bienfaisance et bienveillance envers vos père et mère, les proches, les orphelins, les pauvres, le proche voisin, le voisin lointain, le collègue et le voyageur, et les serviteurs/employés qui sont sous votre responsabilité, car Allâh n’aime pas, en vérité, le présomptueux, l’arrogant » (Qur’ân 4, 36).
Dans la Sunnah, l’importance de l’éthique a été exprimée dans plusieurs paroles prophétiques, mais ici nous n’en citerons que quelques-uns qui résument bien cette noblesse de caractère dont le croyant doit s’imprégner. Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Garantissez-moi 6 choses de votre part et je vous garantis le Paradis (selon la Volonté divine) : Soyez véridiques et honnêtes lorsque vous parlez, ne manquez pas à vos promesses et à vos engagements lorsque vous promettez (quelque chose), rendez (honorablement) ce qui vous a été confié, préservez votre sexe de tout rapport interdit, baissez le regard et ne causez pas du tort aux gens » (35) ; Al-Barâ Ibn ‘Âzib rapporte : « Le Messager d’Allâh (ﷺ) nous a ordonné 7 choses : rendre visite au malade ; suivre les cortèges funèbres ; dire à celui qui éternue : « Qu’Allâh soit miséricordieux avec toi ! » ; soutenir le faible ; aider l’opprimé ; répandre la paix et saluer les autres ou répondre respectueusement à leurs salutations ; honorer le serment et nos engagements » (36) ; « Celui qui a foi en Allâh et au Jour dernier ne doit pas faire de mal à son voisin ou à son prochain (mais plutôt être bon envers lui). Celui qui a foi en Allâh et au Jour dernier doit honorer généreusement son invité et son hôte. Celui qui a foi en Allâh et au Jour dernier doit dire (et faire) le bien ou alors se taire et s’en abstenir (s’il est incapable de faire le bien ou de dire de bonnes choses) » (37) ; le Compagnon Abû Shurayh demanda au Messager d’Allâh (ﷺ) : « Dis-moi quelque chose qui me garantira le Paradis ». Le Prophète (ﷺ) répondit : « (Après la foi en Allâh), dis de bonnes et belles paroles (au monde), répands et offre la paix (aux créatures) et nourris les affamés » (38) ; « Adorez Ar-Rahmân (c-à-d Allâh par Son Nom le Tout-Miséricordieux et Rayonnant d’Amour), nourrissez les gens, propagez et répandez le Salâm – la Paix et les belles salutations de Paix (dans le monde) -, et alors vous entrerez au Paradis en Paix » (39) ; « (…) Après la foi en Allâh, rien ne vaut l’amour bienveillant et la bonté envers les gens » (40) ; « Ceux qui sont les plus proches d’Allâh sont ceux qui sont les premiers à propager la paix et à donner les belles salutations (de paix) » (41) ; « Si vous répandez la Paix (en premier) et saluez (convenablement) tous ceux que vous rencontrez, donnez de la nourriture (surtout à ceux qui en ont besoin), prenez grand soin de vos proches et priez la nuit lorsque les gens dorment, vous entrerez au Paradis en paix » (42) et : « En vérité, Allâh est Généreux. Il aime la générosité et le caractère exalté, et Il réprouve la mesquinerie et la bassesse. Allâh est magnanime et aime la magnanimité » (43). Ces ahadiths peuvent résumer l’attitude et la personnalité du croyant, à savoir refuser l’injustice (de la subir ou de la commettre), assister les opprimés et soutenir les pauvres, visiter et aider les gens malades, répandre la paix dans le monde et saluer convenablement les gens, honorer les engagements (aussi pénibles soient-ils pour nous), prendre soin de ce qui nous est confié (que ce soit la responsabilité humaine envers des êtres humains ou des animaux, une fonction que l’on occupe ou un objet que l’on nous prête), maitriser ses désirs sexuels et ne pas tomber dans ce qui relève de l’illicite ou de l’injustice à ce niveau-là, s’abstenir de faire du tort aux gens (agressions, pillages, viols, terrorisme, etc.), ou de chercher à tromper les gens pour leur faire du mal.
La dimension spirituelle et donc métaphysique et ésotérique du Qur’ân est évoquée dans plusieurs versets, notamment ceux-ci : « Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avons donné une grâce de Notre part, et à qui Nous avons enseigné une science émanant de Nous. Mûsa lui dit : « Puis-je te suivre à la condition que tu m’apprennes ce qu’on t’a appris concernant une bonne direction ? » L’autre dit : Sûrement, tu ne pourras pas être patient avec moi » (Qur’ân 18, 65-67).
« Dis : Si la mer se faisait d’encre pour écrire le langage de mon Seigneur, elle s’y épuiserait, même si Nous en doublions l’étendue, avant que ne s’épuisât le langage » (Qur’ân 18, 109).
« Quand bien même tous les arbres de la terre se changeraient en calames [plumes pour écrire], quand bien même l’océan serait un océan d’encre où conflueraient 7 autres océans, les Paroles d’Allâh ne s’épuiseraient pas. Car Allâh est Puissant et Sage » (Qur’ân 31, 27).
« Il est le Premier (al-Awwal) et le Dernier (al-Akhir), l’Extérieur/Manifesté (al-Zâhir) et l’Intérieur/Non-Manifesté (al-Bâtin). Il est informé de toute chose » (Qur’ân 57, 3). Son Nom Al-Bâtin fait donc référence, sur le plan de la connaissance, à l’ésotérisme, car de chaque Nom divin découle des actes et une science correspondante.
« Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour l’Humanité (si et lorsque) vous ordonnez le convenable, ce qui relève de la droiture et du louable, interdisez le blâmable et ce qui est mal et répréhensible, et cultivez la foi en Allâh » (Qur’ân 3, 110).
« Et aussi Nous avons fait de vous une communauté de justes – enracinée sur la Voie du juste milieu – pour que vous soyez témoins aux gens » (Qur’ân 2, 143).
Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Certes, il y a une science cachée et secrète (ésotérique), elle n’est assimilée que par les connaisseurs d’Allâh, et quand ceux-là le dévoilent ; il n’y a que les orgueilleux et insouciants (qui se trompent au sujet d’Allâh) qui la méconnaissent et les blâment et les contredisent (injustement) » (44). Ce hadith est conforme au Nom divin Al-Bâtin (l’Intérieur, le Caché, le Non-Manifesté) en rapport avec la Connaissance ésotérique, de même que la rencontre entre Al-Khidr (‘alayhî as-Salâm) et Mûsâ (‘alayhi as-Salâm) relatée dans la Sûrah 18 du Qur’ân, ainsi que le hadith mentionné par al-Bukharî dans son Sahîh selon Abû Hurayra sur les 2 types de connaissance qu’il a reçu, dont un type de connaissance qu’il ne pouvait pas divulguer à n’importe qui. Dans les faits, certains savants peu clairvoyants, très orgueilleux et superficiels dans leur façon de connaitre Allâh et de comprendre la Religion comme l’existence, méprisent et critiquent les savants enracinés dans le Tasawwuf et la métaphysique.
Cette méthodologie alliant cohérence interne aux principes et aux finalités qurâniques – et donc à l’Esprit du Qur’ân -, et respect de la Lettre qurânique – n’abrogeant donc nullement sa Forme – permet d’éviter les dérives littéralistes (qui dénaturent la Lettre et l’Esprit de la Révélation), les déviances juridiques, culturelles et tribalistes (qui étouffent ou nient les dimensions éthiques et spirituelles), de même que les travestissements occultistes, new-âge et pseudo-ésotéristes (qui s’écartent de la morale et des rites exotériques), car le Qur’ân évoque les 2 Noms divins que sont Al-Bâtin (l’Interieur, le non-Manifesté, le Caché, …) et Al-Zâhir (l’Extérieur, le Manifesté, l’Apparent), où seul la réunion de ces 2 aspects permet la synthèse et la réalisation spirituelle par la voie du juste milieu qui est celle de l’équilibre, et de chaque Nom divin découlent des sciences correspondantes, aussi bien ésotériques et exotériques, où la spiritualité n’est opérative et accessible qu’en respectant la Lettre du Qur’ân sans se limiter à ce seul aspect, comme l’ont montré les maîtres comme Al-Junayd, Sahl Al-Tustârî, Al-Hâkim al-Tirmidhî, Dhûl-Nûn al-Misrî, Abû Hanifa, As-Shafi’i, Mâlik, Ahmad, Al-Hârith al-Muhasîbî, Sufyân At-Thawrî, ‘Abdullâh Ibn al-Mubârak ou encore Jâ’far As-Sâdiq parmi les imâms du Salaf, puis des imâms comme As-Sulâmî, Al-Qushayri, Ibn Hibbân, At-Tabarânî, Abû Nu’aym al-Isbâhânî, Abû Hâmid Al-Ghazâlî, Al-Jilânî, Rûmî, Ibn ‘Arabî, Najm ud-Dîn Kubrâ, Al-Qashânî, ‘Izz ud-Dîn Ibn ‘Abd as-Salâm, ‘Abd al-Wahhâb As-Sha’ranî, Ismâ’îl Haqqî Bursevî, Al-Murtadâ az-Zubaydî, Muhammad Al ‘Arabî Al-Darqâwî, Ahmad Ibn ‘Ajiba, l’Émir ‘Abd al-Qadir ou le Shaykh Ahmad Al-‘Alawî parmi les plus connus.
Le Qur’ân se définit également comme une source inépuisable de connaissance et de sagesse, embrassant et englobant l’universel sans nier pour autant les particularismes des différentes cultures du monde, mais en les encadrant par l’éthique et le tawhid et donc le refus de l’idolâtrie, de la perversité, de l’indécence et de l’injustice. La diversité des cultures et même des religions n’est pas niée, ni même interdite. La liberté de conscience et la liberté de culte sont instituées sur les plans théologiques et pratiques, malgré le désaveu des croyances erronées et des pratiques déviantes qui se sont surajoutées aux formes traditionnelles dans leur expression originelle.
La Loi n’est ainsi pas abolie, mais doit être constamment revivifiée par la spiritualité et ornée par l’éthique tout en maintenant la morale universelle qui relient l’ensemble des communautés humaines et des religions à l’origine, et qui elles seules, permettent et garantissent la coexistence pacifique entre les peuples.
« Et si ton Seigneur l’avait voulu, tous les êtres humains peuplant la Terre auraient, sans exception, embrassé Sa foi ! Est-ce à toi de contraindre les êtres humains à devenir croyants (contre leur volonté) ? » (Qur’ân 10, 99).
« S’ils te contredisent, dis-leur : «Je me soumets à Dieu, moi et ceux qui me suivent ». Après quoi, demande à ceux qui ont reçu l’Écriture et aux non-initiés : « Et vous? Êtes-vous soumis à Allâh ? ». S’ils se déclarent soumis à Allâh, c’est qu’ils ont pris la bonne voie, mais s’ils s’en détournent, rappelle-toi que ton rôle se limite à transmettre le Message. Allâh observe constamment Ses serviteurs » (Qur’ân 3, 20).
« S’ils se détournent de toi, sache que Nous ne t’avons pas envoyé pour assurer leur sauvegarde. Tu n’es chargé que de les avertir. Lorsque Nous accordons à l’être humain quelques faveurs de Notre part, il s’en réjouit, mais aussitôt qu’un malheur l’atteint pour le punir de ses fautes, il fait preuve d’une grande ingratitude » (Qur’ân 42, 48).
« Dis : « Ô négateurs ! Je n’adore pas ce que vous adorez, pas plus que vous n’adorez ce que j’adore ! […] À vous votre religion, et à moi la mienne ! » (Qur’ân 109, 1-3 à 6).
« Et parmi Ses signes la création des cieux et de la terre , ainsi que la diversité et la variété de vos idiomes et de vos couleurs. Il y a en cela des preuves pour les savants » (Qur’ân 30, 22).
« A chacun une orientation vers laquelle il se tourne. Rivalisez donc dans les bonnes œuvres. Où que vous soyez, Allâh vous ramènera tous vers Lui, car Allâh est, certes Omnipotent » (Qur’ân 2, 148).
« Et sur toi (Muhammad) Nous avons fait descendre le Livre avec la vérité, pour confirmer le Livre qui était là avant lui et pour prévaloir sur lui. Juge donc parmi eux d’après ce qu’Allâh a fait descendre. Ne suis pas leurs passions, loin de la vérité qui t’est venue. A chacun de vous Nous avons assigné une législation et un plan à suivre. Si Allâh avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez donc dans les bonnes cœvres. C’est vers Allâh qu’est votre retour à tous ; alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez » (Qur’ân 5, 48).
« Ô êtres humains ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations, des communautés et des tribus diverses, pour que vous vous entre-connaissiez en culitant l’altérité. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allâh, est celui qui cultive le mieux la justice, la droiture et la piété. Allâh est certes Omniscient et Grand Connaisseur » (Qur’ân 49, 13).
« Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre, sauf ceux d’entre eux qui sont injustes. Et dites : « Nous croyons en ce qu’on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c’est à Lui que nous nous soumettons » (Qur’ân 29, 46).
Et avec les non-musulmans (Gens du Livre ou non), Allâh dit : « Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon. Car c’est ton Seigneur qui connaît le mieux celui qui s’égare de Son sentier et c’est Lui qui connaît le mieux ceux qui sont bien guidés » (Qur’ân 16, 125).
Ce sont ainsi les Musulmans (qu’ils soient savants, maîtres spirituels, érudits, commerçants, étudiants, voyageurs, intellectuels, sportifs, scientifiques, poètes, juristes, juges, militaires, policiers, combattants, artisans ou autres) qui incarnent cette excellence spirituelle, cet esprit chevaleresque, cette double exigence de s’imposer une discipline de l’âme pour maitriser leur langue, leurs actions et leurs pensées tout en étant indulgents, compatissants, justes et tolérants envers les autres – quelles que soient leur religion, idéologie, sexe, classe sociale, ethnie, âge ou couleur de peau -, qui sont visés par la Parole divine quand ils sont qualifiés de Salihîn (les pieux), al-muttaqîn (ceux qui observent la droiture, la justice et la piété religieuse), de muhsinûn (les bienfaisants et les vertueux), les muqarribûn (les Rapprochés), les Siddiqûn (les Véridiques), etc., ainsi que dans les paroles prophétiques lorsqu’ils sont identifiés au fait de revivifier la Religion, d’élever la Parole divine par la sagesse et la justice, de faire triompher la Vérité et la Vertu en incarnant cela par un beau comportement et une noble pensée – très loin des caricatures hollywoodiennes ou kharijites aux allures dajjalesques de notre époque -.
Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Certes, Allâh enverra un revivificateur de la religion (al mujaddid) auprès de cette communauté (al Ummah), et ceci, à l’avènement de chaque siècle » (45) ; « A chaque génération (ou siècle), ceux qui sont des personnes fiables et intègres (parmi les Musulmans) préserveront cette connaissance (l’Islam), rejetant les changements et dérives apportés par les extrémistes, les falsifications de ceux qui font de fausses déclarations pour conforter leurs passions, et les interprétations des ignorants » (46) ; « Rien ne pèsera plus lourd sur la balance du croyant – le Jour de la Résurrection que le bon comportement cultivant les nobles caractères, car Allâh réprouve la personne mauvaise, obscène et vulgaire » (47) et « La Foi est ma capitale. L’intellect est le fondement de ma religion. L’amour est ma fondation. L’Aspiration est ma monture. Le Rappel d’Allâh est mon compagnon le plus fidèle. La Confiance est mon trésor. Le chagrin est mon compagnon. Le savoir est mon armure. La patience est mon manteau. La satisfaction est mon butin. L’incapacité est mon orgueil. L’abnégation est ma profession. La certitude est ma nourriture, La sincérité est mon intercesseur. L’obéissance est suffisante pour moi. Lutter contre le mensonge est mon caractère et la fraicheur de mon oeil est dans la prière ». Il (ﷺ) a aussi dit : « Les fruits de mon coeur repose dans le Dhikr (la méditation et répétition des Noms divins et des formules traditionnelles). Mes peines sont pour le sort de ma Ummah. Mon aspiration n’est que pour mon Seigneur, Le Très-Haut (en perfection et qualité) » (48).
Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Un temps viendra bientôt pour l’Humanité où il ne restera de l’Islam que son nom et seule la forme écrite du Qur’ân subsistera (sans être réellement vécue dans le cœur des fidèles). Leurs mosquées seront en bon état mais dépourvues de guidance (spirituelle, religieuse et intellectuelle), leurs érudits et savants seront les pires personnes sous le ciel, la corruption émanant d’eux et se répandant parmi eux » (49).
Parmi les prophéties de Sayyiduna Muhammad (ﷺ) que nous constatons de nos jours : la perdition et l’égarement de nombreuses personnes qui se déclarent comme étant elles-mêmes des autorités savantes à suivre, alors qu’ils n’ont ni adab (bienséance, courtoisie), ni hikma (sagesse) ni sens de la justice ou de la miséricorde. Même leur savoir reste superficiel, et interdiront des choses aux gens que l’islam n’a pas interdit, tout en leur autorisant des pratiques que l’Islam interdit ou désapprouve. Cette parole est donc une mise en garde contre ceux qui, aujourd’hui, répandent la corruption et l’obscurantisme sur terre, comme les wahhabites najdites, les shiites extrémistes, les adeptes du sécularisme ou du new-âge, et tous les autres extrémistes se réclamant de tel ou tel courant, alors qu’ils délaissent le Qur’ân et la guidance spirituelle du Prophète (ﷺ) et de ses héritiers spirituels (parmi les Sahâba, les Ahl ul Bayt et les Awliyâ’).
Et pour conclure, Allâh a dit : « Annonce la bonne nouvelle à Mes serviteurs qui prêtent l’oreille à la Parole, puis suivent ce qu’elle contient de meilleur. Ceux sont ceux-là qu’Allâh a guidés et ce sont eux les doués d’intelligence » (Qur’ân 39, 17-18). Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Le (vrai) croyant est lucide, intelligent et prudent ; et il fait abstraction dans les 2/3 des cas » (50). Cela a été commenté, à propos de l’abstraction, de ce qui concerne les mots futiles et les suspicions, ignorant aussi toutes les fitân (troubles) inutiles, comme l’expliquent Al-Bukharî ainsi qu’Ahmad Zarrûq dans Qawâ’îd al-Tasawwuf à la Règle n°191.
Notes :
(1) « Au milieu des biens qu’Allâh t’a accordés, recherche la Demeure Dernière. Ne néglige pas ta part de ce bas-monde. Sois bon, généreux, bienveillant et bienfaisant comme Allâh l’est avec toi. Ne cherche (et ne sème) pas le fasâd (corruption, insécurité, désordre, oppression, terrorisme, perversion, ..) sur la Terre. Allâh n’aime pas ceux qui sèment le fasâd » (Qur’ân 28, 77) ; « Et qui est plus égaré que celui qui suit sa passion sans une guidée d’Allâh ? » (Qur’ân 28, 50) ; « Ô Dâwûd, Nous avons fait de toi un calife sur la terre. Juge donc en toute équité et en toute justice parmi les gens et ne suis pas ta passion, sinon elle t’égarera du sentier d’Allâh » (Qur’ân 38, 26) ; « Ils ne suivent que la conjoncture et les passions de [leurs] âmes » (Qur’ân 53, 23) ; « Vois-tu celui qui prend sa propre passion pour divinité ? » (Qur’ân 45, 23) ; « Et par l’âme et Celui qui l’a harmonieusement façonnée et lui a alors inspiré son immoralité, de même que sa piété ! A réussi, certes, celui qui la purifie. Et est perdu, certes, celui qui la corrompt » (Qur’ân 91. 7-10).
(2) « C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre contenant des versets au sens clair et au statut immuable, qui sont la base et la Mère du Livre, et d’autres équivoques et symboliques. Ceux qui ont dans le coeur un penchant vers l’égarement s’attachent à ce qui en est équivoque, cherchant à troubler [les gens dans leur Religion] et à l’interpréter [conformément à leurs desseins] alors que nul n’en connaît l’exacte interprétation, en dehors d’Allâh (et) – quant à – ceux qui sont enracinés dans la Science, ils disent: « Nous mettons en oeuvre la foi (qui est un dépôt confié), et tout vient de notre Seigneur ! ». Et seuls les doués d’intelligence tirent profit [de ces exhortations]. [Ils disent] : « Seigneur ! Ne fais pas dévier nos coeurs après nous avoir guidés, et accorde-nous une miséricorde et un amour rayonnant venant de Toi, car Tu es Celui qui accorde tout sans compter ! » (Qur’ân 3, 7-8). Et parmi les versets au statut immuable et au sens explicite et clair nous pouvons citer celui-ci : « Adorez Allâh et ne Lui donnez aucun associé. Agissez avec bonté, bienfaisance et bienveillance envers vos père et mère, les proches, les orphelins, les pauvres, le proche voisin, le voisin lointain, le collègue et le voyageur, et les serviteurs/employés qui sont sous votre responsabilité, car Allâh n’aime pas, en vérité, le présomptueux, l’arrogant » (Qur’ân 4, 36), et ce, sans aucune restriction de religion, de classe sociale, de sexe, de couleur de peau, de race, d’origine ethnique, d’âge, d’orientation politique ou philosophique, tant que ce ne sont pas des criminels endurcis. Quant à l’imâm Al-Qurtûbî, il dit dans son Tafsîr sur ce passage qurânique 4/36 : « Selon le consensus des savants, il s’agit d’une aya muhkama (verset explicite, catégorique et évident excluant toute possibilité logique ou linguistique d’interprétation contraire par rapport au sens apparent et voulu du Texte), qui n’a rien d’abrogé, et c’est le cas dans l’ensemble des Livres ; Et s’il n’en était pas ainsi, cela serait connu du point de vue de l’intellect, même si cela n’avait pas été révélé dans le Livre. (…) Je dis sur la base de ce verset, un traitement aimable et bienveillant des voisins [et des autres catégories mentionnées] est enjoint, qu’ils soient musulmans ou incroyants, et c’est la bonne chose à faire. Un traitement bienveillant peut être dans le sens d’aider ou cela peut être dans le sens d’être gentil, de s’abstenir de faire du mal et de les soutenir (dans ce qui est licite) (…). « Le voisin éloigné » sont les Juifs et les Chrétiens. C’est pourquoi j’affirme que l’ordre concernant le (bon traitement du) voisin est une injonction (à l’égard du voisin éloigné), qu’il soit musulman ou incroyant, et c’est exact ».
Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Le premier Livre (céleste) est descendu d’une porte selon un harf. Le Qur’ân est descendu de 7 portes et en 7 harfs, qui traitent de l’interdiction (légale) et de l’obligation (légale), de ce qui est licite et illicite, de ce qui est clair et ambigu (équivoque), et des paraboles (et des symboles). Ainsi, permettez ce qu’Il rend licite, proscrivez ce qu’Il rend illicite, faites ce qui vous a été commandé, évitez ce qui a été interdit, soyez averti et clairvoyant par ses paraboles (et symboles), agissez selon Ses versets clairs, et croyez en Ses versets équivoques (même si certains sens vous échappent) et dites : « Nous y avons foi : tout est (et vient) de la part de notre Seigneur ! » (Qur’ân 3, 7) » rapporté notamment par At-Tabarî dans l’introduction de son Tafsîr selon ‘Abdallâh Ibn Mas’ûd.
(3) « Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne le Livre et la Sagesse et vous enseigne ce que vous ne saviez pas » (Qur’ân 2, 151) ; « C’est à eux que Nous avons apporté le Livre (la Révélation), la Sagesse (spirituelle) et la Prophétie. Si ces autres-là n’y croient pas, du moins Nous avons confié ces choses à des gens qui ne les nient pas » (Qur’ân 6, 89) ; « Et gardez dans vos mémoires ce qui, dans vos foyers, est récité des versets d’Allâh et de la sagesse » (Qur’ân 33, 34) ; « Ô les croyants ! Obéissez à Allâh, et obéissez au Messager (Muhammad) et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité (légitime). Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez-le à Allâh et au Messager, si vous croyez en Allâh et au Jour dernier. Ce sera bien mieux et de meilleure interprétation (et aboutissement) » (Qur’ân 4, 59) ; « Il donne la Sagesse à qui Il veut, et à qui la Sagesse a été donnée, certes, il lui a été fait don d’une grâce immense. Et seuls les doués d’intelligence s’en rappellent » (Qur’ân 2, 269) ; « Notre Seigneur, et envoie parmi eux un Messager issu d’eux-mêmes qui leur récitera Tes versets, leur enseignera le Livre et la Sagesse, et les purifiera. C’est Toi, certes, le Puissant, le Sage » (Qur’ân 2, 129).
(4) « Ne méditent-ils donc pas sur le Qur’ân ? S’il provenait d’un autre qu’Allâh, ils y trouveraient certes maintes contradictions ! » (Qur’ân 4, 82). Lorsque l’on examine attentivement le Qur’ân sur ses subtilités linguistiques, le contexte historique, les principes métaphysiques et théologiques, etc., on s’aperçoit qu’il n’y a effectivement pas de contradictions entre 2 affirmations se situant strictement sur le même plan ou selon le même degré de réalité abordé ou selon la même perspective (humaine ou divine) envisagée. Nous avons lu aussi les principales critiques et allégations émanant d’athées ou d’islamophobes, et aucune de leurs critiques n’étaient réellement fondées, que ce soit sur la science, l’histoire, l’archéologie, les mathématiques ou la linguistique – eux-mêmes ne sont d’ailleurs pas bien souvent spécialistes des disciplines qu’ils prétendent aborder -. Bien au contraire même, les découvertes scientifiques, historiques et archéologiques les mieux établies confortent les données qurâniques. Nous avons publié dans différents livres et articles un certain nombre de réfutations sur leurs allégations. Voir aussi les oeuvres de René Guénon, Tayeb Chouiref, Martin Lings, Seyyed Hossein Nasr, Nouman Ali Khan, Frithjof Schuon, Titus Burckhardt, Anis d’Alger (même si certaines analyses sont pas toujours convaincantes, il donne cependant beaucoup d’exemples pertinents), Abdelrhafour Elaraki, Muhammad Hamidullah, le Dr. Sami ‘Amiri (docteur en religions comparées, chercheur en histoire et en théologie, polyglotte, etc.), Dr. Mustafa al-‘Azhami, etc.
(5) « Qu’on exalte la Bénédiction de Celui qui a fait descendre le Livre de Discernement sur Son serviteur, afin qu’il soit un avertisseur à l’univers » (Qur’ân 25, 1).
(6) « Et [il appartient également] à ceux qui sont venus après eux en disant : «Seigneur, pardonne-nous, ainsi qu’à nos frères (et soeurs) qui nous ont précédés dans la foi (et les belles œuvres) ; et ne mets dans nos cœurs aucune rancœur pour ceux qui ont cultivé la foi. Seigneur, Tu es Compatissant et Très Miséricordieux » » (Qur’ân 59, 10) ; « Et quand on leur dit : « Ne semez pas la corruption et l’insécurité sur la terre », ils disent : « Au contraire nous ne sommes que des réformateurs ! ». Certes, ce sont eux les véritables corrupteurs et semeurs de désordre, mais ils ne s’en rendent pas compte. Et quand on leur dit : « Cultivez la foi (et les bonnes oeuvres) comme les gens (de foi et de vertu) avant vous », ils disent : « Croirons-nous comme ont cru les faibles d’esprit ? ». Certes, ce sont eux les véritables faibles d’esprit, mais ils ne le savent pas. Quand ils rencontrent ceux qui ont cru, ils disent : « Nous avons la foi »; mais quand ils se trouvent seuls avec leurs diables, ils disent : « Nous sommes avec vous; en effet, nous ne faisions que nous moquer (d’eux) » (Qur’ân 2, 11-14).
(7) « Et quand on leur dit : « Suivez ce qu’Allâh a fait descendre », ils disent : « Nous suivons plutôt ce sur quoi nous avons trouvé nos ancêtres (parmi ceux qui s’égaraient) ». Et (même) si le Diable les appelait à la correction de la Géhenne ?! » (Qur’ân 31, 21) ; « Et quand on leur dit : « Suivez ce qu’Allâh a fait descendre », ils disent : « Non, mais nous suivrons les coutumes de nos ancêtres » – Quoi ! Et si leurs ancêtres n’avaient rien raisonné et s’ils n’avaient pas été dans la bonne direction ? » (Qur’ân 2, 170), ce qui vaut aussi pour certains Musulmans (érudits ou non) qui ont préféré suivre leurs passions ou la mentalité culturelle plutôt que les nobles principes (théologiques, juridiques, métaphysiques, éthiques, etc.) de la Religion.
(8) « Les Bédouins ont dit : « Nous avons la foi ». Dis : « Vous n’avez pas encore la foi. Dites plutôt : « Nous nous sommes simplement soumis, car la foi n’a pas encore pénétré dans vos cœurs. Et si vous obéissez à Allâh et à Son messager, Il ne vous fera rien perdre de vos œuvres ». Allâh est Pardonneur et Miséricordieux » (Qur’ân 49, 14).
(9) « Établissez la concorde entre vous, et craignez Allâh, afin qu’on vous fasse miséricorde » (Qur’ân 49, 10) ; « Accepte ce qu’on t’offre de raisonnable, commande le bien et ce qui est convenable et éloigne-toi des ignorants [qui ne cherchent ni la guidée ni la droiture]. Et si jamais le Shaytân (le Diable) t’incite à faire le mal, cherche refuge auprès d’Allâh. Car Il entend, et sait tout. Ceux qui pratiquent la piété et la droiture, lorsqu’une suggestion du Shaytân les touche, se rappellent (de la Correction divine) ; et les voilà devenus clairvoyants » (Qur’ân 7, 199-201) ; « La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse (le mal) par ce qui est meilleur (par le bien); et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux. Mais (ce privilège) n’est donné qu’à ceux qui endurent et il n’est donné qu’au possesseur d’une grâce immense. Et si jamais le Shaytan t’incite (à agir autrement), alors cherche refuge auprès Allâh » (Qur’ân 41, 34-36) ; « Ô gens ! De ce qui existe sur la terre ; mangez le licite pur ; ne suivez point les pas du Diable car il est vraiment pour vous, un ennemi déclaré. Il ne vous commande que le mal et la turpitude et de dire contre Allâh ce que vous ne savez pas » (Qur’ân 2, 168-169).
(10) Rapporté par Ahmad dans son Musnad n°15725 selon Abû Humayd, chaîne sahîh selon le Shaykh Shu’ayb Al-Arna’ût dans son Takhrîj Al-Musnad n°23606, ainsi que par le Shaykh Rajab Dib dans ses sermons, notamment ici : https://youtu.be/mxHDUjsq-Do?t=417
(11) Rapporté par l’imâm Al-Ajlûni dans Kasf al-Khafa’ p.418 selon Ibn ‘Umar et le second hadith selon Ibn ‘Abbâs qui est aussi rapporté par Ibn Abi Shayba dans son Musannaf n°26101, ainsi qu’As-Sakhâwî dans Al-Maqasid Al-Hassana n°415.
(12) Rapporté par As-Sakhâwî dans Al-Maqasid Al-Hassana n°415 selon Ibn ‘Abbâs, Ad-Daylamî dans son Musnad et d’autres.
(13) Rapporté notamment par At-Tirmidhî dans ses Sunân n°2687 selon Abû Hurayra, Ibn Mâjah dans ses Sunân n°4169, Ibn Abi Shayba dans son Musannaf n°26101 selon Ibn ‘Abbâs et n°26831 selon Sa’îd Ibn Burdah, Al-Munâwî dans Fayd al-Qadir n°6462 et dans Al-Taysir bi Sharh al-Jami’ al-Saghir 2/227 qui le cite aussi selon Ibn ‘Asâkîr sous l’autorité ‘Alî avec une chaine hassân, Al-Quda’î dans son Musnad, As-Sakhâwî dans Al-Maqasid al-Hassana n°415 selon Zayd Ibn Aslam, As-Suyûtî dans al-Jâmî’ al-Saghîr n°6468 qui la considère comme hassân, Al-Bayhaqî dans Al-Madkhal, Al-Uqaili dans Al-Du’afa’, Ibn ‘Adi dans Al-Kamil, Ahmad et par d’autres, et authentifié par kashf par l’imâm Al-Jilânî dans son Sirr al-Asrâr au chapitre 5. On attribue aussi cette parole à l’imâm ‘Alî comme Ad-Daylamî dans son Musnad 3/101, et des paroles similaires à ‘Umar Ibn Al-Khattâb et d’autres Sahâba. Une formulation similaire mais avec le mot science (au lieu de sagesse) est rapportée d’après Anas. Le sens général de ce hadith selon différentes voies et par des récits similaires – qui se renforcent mutuellement malgré la faiblesse de certaines voies, en plus des voies qui sont valides – est donc accepté et confirmé par le Qur’ân.
(14) Rapporté par Ibn ‘Abd al-Barr selon Shaddâd Ibn Aws comme le cite aussi Ahmad Al-‘Alawî dans son Qawl al-ma’rûf fî al-radd ‘alâ man Ankara al-tasawwuf. Rapporté aussi sous l’autorité d’Abû ad-Dardâ’ par Abû Nu’aym dans son Hilyat al-awliyâ’ 1/211, Al-Ghazâlî dans son Ihyâ’ et d’autres.
(15) Rapporté par At-Tabarânî, ainsi que par l’auteur du Tâj al-tafâsîr et par Al-Hindi dans Kanz ul-Ummâl n°3086.
(16) Rapporté par différents rapporteurs parfois avec quelques petites variantes, comme At-Tabarânî, et Al-Hindi dans Kanz ul-Ummâl n°29004.
(17) Rapporté notamment par At-Tabarî dans l’introduction de son Tafsîr selon ‘Abdallâh Ibn Mas’ûd, Al-Harîth al-Muhasibî dans Mu‘âtabat an-Nafs au 1er chapitre, Sahl al-Tustârî dans son Tafsîr, Al-Qashânî dans son Tafsîr, par l’auteur du Tâj al-tafâsîr, At-Tabarânî et Al-Hindi dans Kanz ul-Ummâl n°3086, et dans des versions voisines par Ibn Hibbân dans son Sahîh n°75, Ibn al-Mubârak dans Kitâb az-Zuhd n°93, Al-Ghazâlî l’a rapporté et commenté dans son Ihyâ’ 1/190, etc.
(18) Rapporté par As-Suyûtî dans al-Jâmî’ as-Saghîr n°5491 selon Ibn ‘Abbâs, hassân, Al-Hakîm At-Tirmidhî dans Nawâdir al-ussûl et d’autres.
(19) Rapporté par Ibn Abî Shayba dans son Musannaf n°30532). Une parole similaire est attribuée au Compagnon du Prophète (ﷺ), Ibn Mas’ûd.
(20) Rapporté par ‘Abdullâh Ibn al-Mubârak dans son Kitâb az-Zuhd n°1162 avec une bonne chaine, Ibn Rajab Al-Hanbali dans Jami’ul ‘Ulûmi wa-l Hikâm n°27, Al-Khatîb al-Baghdadî dans al-Zuhd wal-Raqâ’iq n°1147 avec une chaine sahîh selon Abdur Rahmân ibn Mu’awiyyah. Le Shaykh Al-Munawî dans son Fayd ul-Qadir (n°7846) commente en disant que cela ne s’applique qu’aux cœurs purs et purifiés qui sont habitués à obéir à Allâh et enracinés de Son Rappel et de Son évocation, à tel point que la connaissance et la lumière de Nubuwwah en émanent, car seuls ces types de cœurs seront capables de différencier le bien du mal, le louable du blâmable, le vrai du faux, l’utile de l’inutile.
(21) Rapporté par Ad-Dârimî dans ses Sunân n°2533 avec une chaine sahîh, ainsi que par d’autres comme Ahmad dans son Musnad 4/228, Al-Khatib at-Tabrizî dans son Mishkat al-Masabih n°2774, An-Nawawî dans son recueil des 40 ahadiths n°27 et d’autres. D’autres ahadiths allant dans le même sens sont rapportés avec des chaines sahîh ou hassân.
(22) Rapporté par Ahmad dans son Musnad n°17396 selon Abû Tha’laba – sahîh -, Abû Nu’aym dans Hilyat al-Awliya’ 2/30, At-Tabarânî dans Al-Mu’jam al-Kabîr 22/219 n°585, Al-Khatib Al-Baghdadî dans Târîkh Baghdâd, Al-Haythamî dans Majmâ’ az-Zawâ’îd en disant qu’il est sahîh.
(23) Rapporté par At-Tirmidhî dans ses Sunân n°2518 selon Hassân Ibn ‘Alî, sahîh.
(24) Rapporté par Muslim dans son Sahîh n°2553 selon Nawwas ibn Sam’an.
(25) Rapporté par par Mâlik dans Al-Muwattâ’ n°1614, par Al-Bukhari dans Al-Adab Al-Mufrad n°273.
(26) Rapporté par Ibn Abi ‘Asim dans Kitab As Sunnah n°14 selon Abû Barza Al Aslami avec une chaine sahîh.
(27) apporté par Abû Nu’aym dans Al-Hilyat al-Awliyâ’ 1/168.
(28) Rapporté notamment par le Shaykh Abdul Qadîr al-Jilânî dans Sirr al-Asrâr, chapitre 4 « De la connaissance ».
(29) Rapporté par Abû Nu’aym dans son Hilyat al-Awliyâ’ 1/211.
(30) Rapporté par Ibn Rajab al-Hanbali dans Jâmi’ul ‘Ulûmi wa-l Hikâm 2/95.
(31) Rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh n°8.
(32) Rapporté par Ahmad dans son Musnad n° 985, 986 et 1080 à 1082 – sahîh -, Ad-Darimî dans ses Sunân n°592 et 593, Ibn Battah dans Al-Ibanah n°103, Al-Tayalisi dans son Musnad n°101 et d’autres.
(33) Rapporté dans le Nahj al-Balagha dans la section du Jugement, Sagesse n°95.
(35) Les divergences sont rendues possibles aussi par plusieurs choses : 1) le changement d’avis par les savants de l’époque eux-mêmes où ils ont abandonné leur avis précédent car leur intelligence ou leur science ont gagné en maturité ou qu’ils ont eu accès à de nouvelles preuves ou d’autres textes ; 2) ils ont adopté plusieurs avis par rapport aux différents contextes qui étaient les leurs ; 3) certains ont mal compris les avis attribués à certains imâms ; 4) certains ont inventé des avis sur le dos des imâms pour les salir ou pour justifier leur propre avis sur le compte d’un imâm faisant autorité auprès des gens ; 5) car certains ont attribué à tort des livres qui n’étaient pas écrits par les imâms en question mais se sont basés là-dessus comme argument d’autorité ; 6) le degré d’intelligence ou l’angle envisagé pour statuer une chose ; 7) la primauté accordée à tel ou tel récit sur tel autre récit ; 8) la façon d’articuler l’intellect avec la Révélation et la Sunnah par rapport aux questions juridiques ou la faiblesse dans le raisonnement ; 9) la confusion entre ce qu’exige la Révélation et ce qu’a réellement dit ou fait le Prophète (ﷺ) et des récits apocryphes ou déformés attribués à tort au Prophète (ﷺ) ou aux Sahâba ; 10) le fait que certaines décisions du Prophète (ﷺ) et des Sahâba ne découlaient pas nécessairement dans le fiqh d’une prescription divine ou universelle mais d’une coutume/peine discrétionnaire valable à l’époque mais inadaptée pour d’autres époques ou contextes ou encore car certaines peines discrétionnaires étaient appliquées jusqu’à leur abrogation par la Révélation divine ; etc. L’érudit Muhammad Ibn ‘Abdallâh al-Rashîd écrivait ceci : « Les ouvrages du patrimoine, depuis les temps anciens, ne sont jamais exempts de livres apocryphes attribués à tort à certains savants. L’une des principales raisons de ces fabrications est que le warrāq (copiste-libraire) tirait profit en attribuant un ouvrage à un savant réputé, ce qui en facilitait la diffusion ; ou encore l’intention de propager une idée particulière en la rattachant à l’un de ces savants. Des chercheurs ont d’ailleurs écrit sur ces ouvrages apocryphes, en particulier ceux attribués aux auteurs prolifiques ». Voir aussi Dr. Abdul Hussayn Sharaf Al-Dîn à ce sujet.
(35) Rapporté par Ahmad dans son Musnad n°22251 selon ‘Ubadah ibn al-Samit, sahîh, At-Tabarânî dans al-Mu’jâm al-Kabîr n°8018 selon Abû Ummama – hassân selon Ibn Hajar -, Abû Ya’la dans son Musnad n°4195 selon Anas.
(36) Rapporté par al-Bukhari dans son Sahîh n°2445, 5620, 5863 et 6222, At-Tirmidhî dans ses Sunân n°2809, An-Nasâ’î dans ses Sunân n°1939 et 5309, Muslim dans son Sahîh n°2066 et d’autres.
(37) Rapporté selon plusieurs variantes dont nous avons fait une synthèse. Al-Bukhari dans son Sahîh n°6018 et n°6019, Muslim dans son Sahîh n°47 et 48, Al-Busiri dans ‘iithaf alkhayrat almuharat 5/491 et d’autres selon Abû Shurayh, Abû Hurayra et d’autres.
(38) Rapporté par Ibn Hibbân dans son Sahîh n°509, sahîh.
(39) Rapporté par At-Tirmidhî dans ses Sunân n°1855 selon ‘Abdullah Ibn ‘Amr, sahîh, et dans une version plus courte par Ibn Mâjah dans ses Sunân n°3694, sahîh.
(40) Rapporté par At-Tabarânî dans Al-Mu’jâm al-Awsât n°6067 selon Abû Hurayra, hassân, As-Suyûtî dans al-Jâmi’ al-Saghîr n°1237.
(41) Rapporté par Abû Dawûd dans ses Sunân n°5197 selon Abû Umamah, sahîh.
(42) Rapporté At-Tabrizî dans Mishkat al-Masabih n°1907 selon ‘Abdullah Ibn Salâm, sahîh, Ibn Mâjah dans ses Sunân n°1334 et 3251, At-Tirmidhî dans ses Sunân n°2485, Ad-Dârimi dans ses Sunân n°2551 et d’autres.
(43) Rapporté par Al-Bayhaqî dans al-Sunân al-Kubrâ n°19134 selon Sahl ibn Sa’d, sahîh. Certaines versions ne rapportent pas le dernier passage et n’ont rapporté que la version courte comme As-Suyûtî dans al-Jâmi’ al-Saghîr n°1771, At-Tabarânî dans al-Mu’jam al-Kabîr n°5928, Al-Hâkim dans Al-Mustadrak n°151, etc.
(44) Rapporté avec parfois de légères variantes par Abû Hâmid al-Ghazâlî dans son Mishkât al-anwâr wa misfât al-asrâr dans le préambule, As-Sulâmî dans son Kitâb al-arba’în fî al-tasawwuf n°32 selon Abû Hurayra, Al-Muttaqî’ al-Hindî dans Kanz al-‘Ummâl n°28942, Al-Mundhirî dans at-Targhib wa at-tarhib, par Ad-Daylâmî dans son Musnad al-Firdaws 3/42 n°4104 selon l’imâm ‘Alî, As-Suyûtî et d’autres.
(45) Rapporté par Abû Dawûd dans ses Sunân n°4291 selon Abû Hurayra, – sahîh -, Al-Khatib At-Tabrizî dans son Mishkat al-Masabih n°247, At-Tabarâni dans Al-Mu’jam al-Awsat n°6527, Al-Hâkim dans Al-Mustadrak n°8592.
(46) Rapporté par Al-Khatib At-Tabrizî dans son Mishkat al-Masabih n°248 selon Ibrahim bin Abdul Rahman Al-Udhri, Al-Bayhaqî dans As-Sunân Al-Kubrâ n°21439, Abû Nu’aym dans Ma’rifat as-Sahâba n°732, Al-‘Uqaylî dans Al-Du’afa’ al-Kabîr 4/256 et d’autres, tantôt avec une chaine sahîh, tantôt avec une chaine hassân.
(47) Rapporté par Abû Dawûd dans ses Sunân n°4799 selon Abû Ad-Darda’ – sahîh, At-Tirmidhî dans ses Sunân n°2002 et d’autres.
(48) Rapporté par Al Qadî Iyyâd dans Kitâb ash-Shifa’ bita’rif ‘Huquq Al-Mustafa, Section 21 – La crainte révérencielle du Prophète pour Allâh, son obéissance et son intensité dans l’adoration d’Allâh, le hadith est rapporté sous l’autorité de l’imâm ‘Alî.
(49) Rapporté par Al-Khatib Al-Tabrizi dans son Mishkat al-Masabih n°276 selon ‘Alî, Al-Bayhaqî dans Shû’ab al-Imân 3/319, Al-Daylamî dans son Musnad al-Firdaws 107/1 selon Ibn ‘Umar et Mû’adh et d’autres. Bien que les chaines aient été jugées faibles, le sens du hadith n’est pas rejeté et est confirmé par d’autres ahadiths sahîh et hassân.
(50) Rapporté par Ad-Daylamî dans Musnad Al-Firdaws n°6544, Al-Qadha’i dans Musnad Al-Shihab n°128 et Al-Safarini Al-Hanbali dans son Sharh du Kitâb Al-Shihab 268, Al-Ajlûni dans Kashf Al-Khifa 2/387, Abû Al-Shaykh Al-Asbahani dans Al-Amthal n°258 selon Anas Ibn Mâlik et d’autres. Bien que plusieurs voies sont faibles ou même très faibles, elles se renforcent mutuellement – et le hadith a été authentifié par kashf notamment par Jalâl ud-Dîn Rûmî dans son Kitâb fihi ma fihi. Plusieurs ahadiths séparément ainsi que le Qur’ân confirment ces qualités du croyant, à savoir l’intelligence, la sagesse, la prudence, la pondération, etc.
C’est le sens du hadîth rapporté notamment par Muslim dans son Sahîh n°2998 selon Abû Hurayra : « Le croyant ne se laisse pas piquer 2 fois par le même trou », c’est-à-dire que le croyant ne doit pas être stupide, imprudent, sot et se laisser guider par ses émotions ou se faire manipuler, mais plutôt cultiver la maitrise de soi, la sagesse, la prudence, l’intelligence et la droiture.
