La politique et l’attitude à adopter face aux gouverneurs injustes en Islam

Les questions politiques impliquant des tensions, des injustices et des troubles ont souvent fait l’objet de nombreux débats polémiques et passionnés de part et d’autre, ce qui a engendré généralement bien des confusions, chaque parti invoquant ses arguments.

Comme toujours, il faut revenir aux textes fondamentaux (Qur’ân et Sunnah), resituer le contexte, se renseigner sur les différentes positions adoptées par les compagnons puis les savants venus après eux, appliquer le raisonnement analogique sur des bases vérifiables et pertinentes, tendre vers les finalités de l’Islam, avoir une vision globale des choses et des événements, analyser profondément les conditions, les situations et les motivations du gouvernement, du peuple et des populations avoisinantes, avant d’émettre une fatwa et d’établir le statut légal d’une action à mettre en œuvre.

Le Qur’ân évoque le fait de suivre ceux qui possèdent l’autorité politique :

« Ô les croyants ! Obéissez à Allâh et obéissez au Messager (Muhammad) et à ceux d’entre vous qui détiennent le commandement (et l’autorité). Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez-le à Allâh et au Messager, si vous croyez en Allâh et au Jour Dernier. Ce sera bien mieux et de meilleure interprétation » (Qur’ân 4, 59).

Le verset mentionne d’abord Allâh, car étant le Créateur des cieux et de la terre, de la vie et des nations, c’est Lui que nous devons adorer et Ses ordres que nous devons suivre du mieux possible. Le Messager a été évoqué ensuite, car il est le guide par excellence qui nous conduit vers la connaissance d’Allâh et de Sa Loi. Et enfin, les « détenteurs de l’autorité » n’ont été mentionnés qu’après Allâh et Son Messager, car ils sont faillibles et ne sont pas la source du Droit. Ils ne sont ainsi légitimes et justes que s’ils reconnaissent le Droit Divin, le respectent et l’appliquent convenablement, et s’ils suivent du mieux possible la Tradition prophétique. Le verset ne précise néanmoins pas que les « détenteurs » doivent être musulmans ou justes pour qu’ils soient obéis. Mais qu’en cas de divergence, les musulmans suivent les recommandations d’Allâh et de Son Messager.

Qui possède la légitimité politique (ou même générale) en Islam ? Selon le Qur’ân : « Mon Alliance n’inclut pas les injustes (dhâlimîn) » (Qur’ân 2, 124).
En effet, Allâh loue la justice, la générosité et la vertu, mais condamne fermement l’injustice, la turpitude, la tyrannie et les actes répréhensibles.
Il dit : « Soyez fermes dans le maintien de la justice, témoignez pour (l’Amour d’) Allâh, même contre vous-même, vos parents ou vos proches » (Qur’ân 4, 135) et « En toute vérité, Allâh commande la justice, la vertu et la générosité (libéralité, assistance) envers les proches, et Il interdit la turpitude, les actes répréhensibles et la tyrannie » (Qur’ân 16, 90).

Ainsi, l’autorité injuste n’est pas légitime du point de vue religieux, cependant du point de vue de la réalité pragmatique qui s’impose en tant qu’état de fait, comme cette autorité possède le pouvoir, cela exige d’y être soumis par « contrainte », et que, sans raisons et moyens suffisants, il faut s’y accommoder faute de mieux, tout en œuvrant à rendre la société meilleure, à entreprendre des actions pacifiques pour diminuer la mécréance et l’injustice au sein du gouvernement, ou tenter de placer des personnes compétentes et pieuses au pouvoir par les moyens légaux.

Le meurtre est évidemment grave et strictement illicite en Islam (sauf pour exécuter un criminel coupable de meurtre et de sédition dans la société) :

« Son âme l’incita à tuer son frère. Il le tua donc et devint ainsi du nombre des perdants » (Qur’ân 5, 30). Celui qui tue injustement un être humain fait donc partie des « perdants ».
Plus loin, dans la même Sûrate il est dit : « Quiconque tue une personne non coupable de meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tout le genre humain. Quiconque sauve une personne, c’est comme s’il faisait le don de sa vie à toute l’humanité » (Qur’ân 5, 32).

« Dis : « Venez, je vais réciter ce que votre Seigneur vous a interdit : ne Lui associez rien ; et soyez bienfaisants envers vos père et mère. Ne tuez pas vos enfants pour cause de pauvreté. Nous vous nourrissons tout comme eux. N’approchez pas des turpitudes (actes abominables) ouvertement, ou en cachette. Ne tuez qu’en toute justice la vie qu’Allâh a fait sacrée. Voilà ce qu’[Allâh] vous a recommandé de faire ; peut-être comprendrez-vous » (Qur’ân 6, 151). Et comme cela a déjà été évoqué dans l’autre verset, toute vie humaine (musulmane et non-musulmane) est sacrée par essence selon le Qur’ân, et le meurtre est donc interdit, sauf dans le cas d’un combat sur un champ de bataille, d’un leader ennemi qui appelle à la guerre ou d’un criminel qui a tué injustement un être innocent et qui est puni en vertu de la loi du talion.

« Et, sauf en droit, ne tuez point la vie qu’Allâh a rendu sacrée. Quiconque est tué injustement, alors Nous avons donné pouvoir à son proche [parent]. Que celui-ci ne commette pas d’excès dans le meurtre, car il est déjà assisté (par la loi) » (Qur’ân 17, 33).

Néanmoins, il y a bien une chose qui est encore pire que le meurtre du point de vue sociétal, comme nous l’apprend le Qur’ân, où Allâh dit : « La fitna (sédition, trouble, persécution, idolâtrie, chaos, …) est plus grave que le meurtre » (Qur’ân 2, 191).

« Ils t’interrogent sur le fait de faire la guerre pendant les mois sacrés. – Dis : « Y combattre est un péché grave, mais plus grave encore auprès d’Allâh est de faire obstacle au sentier d’Allâh, d’être impie envers Celui-ci et la Mosquée sacrée, et d’expulser de là ses habitants. La fitna est plus grave que le meurtre » Or, ils ne cesseront de vous combattre jusqu’à, s’ils peuvent, vous détourner de votre religion » (Qur’ân 2, 217).

Certains réduisent le sens du terme « fitna » à l’idolâtrie (association), alors que le contexte et le sens même du verset donnent les raisons et les définitions liées à la « fitna ». Il s’agissait donc des idolâtres ennemis qui avaient déclaré la guerre aux musulmans, leur interdisant la liberté religieuse, les expulsant de leurs demeures et de leur ville, et prenant les armes contre eux. Et en effet, la « fitna » est donc pire qu’un simple meurtre isolé, puisque la fitna empêche les gens de vivre leurs convictions en toute liberté, sécurité et justice, et engendre souvent des massacres et des situations déplorables et iniques.

Dans la Sunnah, des ahadiths prophétiques décrivent certains événements qui surviendront après la mort du Prophète, et des recommandations sur l’attitude à adopter à l’égard de certains types de dirigeant :

« Il vous incombe d’écouter et d’obéir, dans la détresse comme dans la facilité, que les ordres vous plaisent ou vous déplaisent, même si vos biens sont pris injustement » (hadîth rapporté par al-Bukharî et Muslim dans leur Sahîh).

« Ecoutez et obéissez, car ce qu’ils ont pris sera retenu contre eux, et ce qui vous a été imposé sera en votre faveur » (hadîth rapporté par Muslim dans son Sahîh).

« Il y aura après moi des dirigeants qui ne seront pas guidés par mes conseils, ni ne respecteront ma Sunnah. Des gens apparaitront parmi ceux dont les cœurs sont semblables à ceux des démons bien qu’ils soient dans des corps humains… Ecoutez et obéissez au commandant, même si votre dos est frappé et votre richesse spoliée. Ecoutez et obéissez » (hadîth rapporté par Muslim dans son Sahîh et par Abû Dawûd dans ses Sunan). Certains savants ont toutefois qualifié le dernier passage de faible ou de forgé, car d’autres versions ne le rapportent pas (le grand savant du hadîth al-Daraqtûnî dans « Kitâb al-Tatabbu' » montre que le rapporteur Abû Salâm n’avait jamais rencontré le compagnon Hudhayfa ni des proches de son entourage). Néanmoins, il peut s’agir ici d’une hyperbole visant à insister sur le fait de leur obéir (dans le convenable) pour éviter absolument la sédition et des troubles plus graves encore, quand bien même certains citoyens seraient victimes d’une grande injustice. En effet, ce hadîth ne doit pas être pris au sens apparent dans le dernier passage, car le Qur’ân et les autres ahadiths autorisent clairement la personne lésée à se défendre en cas d’attaque ou d’agression. Il est également navrant que les défenseurs inconditionnels des tyrans, qui en plus d’être injustes, sont aussi impies ou corrompus selon les cas, et font partie des innovateurs (au sens blâmable) dont les dégâts sont parmi les plus dangereux et grands. Ils vont les défendre mais, paradoxalement, ils vont rabaisser, critiquer, discriminer ou combattre des gens savants et pieux, ou des « petits innovateurs » ou encore des gens qu’ils vont taxer « d’innovateurs » alors qu’ils ne font que suivre la Sunnah ou pratiquer un acte qui n’est pas illicite du point de vue islamique. Or, le Prophète a qualifié ces dirigeants et commandants de « démons bien qu’ils soient dans des corps humains ». Défendre ainsi de tels êtres vils ne fait clairement pas partie de la Sunnah.
Bien différent est le fait de ne pas se rebeller ouvertement contre eux, tout en condamnant leurs idéologies et actions contraires à l’Islam, et de se taire pour éviter la fitna, que le cas de ceux qui les défendent et excusent de façon inconditionnelle en les aidant dans leurs perversions et leurs injustices, tout en calomniant et combattant les gens innocents du peuple ou les savants pieux qui condamnent des injustices.

De telles personnes devraient méditer sur cette parole prophétique : « Il y aura des dirigeants au-dessus de vous tous, mais ne les aidez pas dans leur injustice ou ne croyez pas à leurs mensonges. Car quiconque les aide dans leur injustice et croit à leurs mensonges n’atteindra pas le Bassin (où les croyants se rassembleront le Jour du Jugement) » (rapporté par Ahmad Ibn Hanbal dans son Musnad, 3/24 et 4/395). Il est donc interdit de soutenir les gens injustes et oppresseurs dans leurs actions injustes et dans leurs mensonges.

Toutefois, d’autres limites sont évoquées dans certains ahadiths, où la destitution devient obligatoire si cela n’entraine pas de problèmes et de maux plus graves : « (sauf s’ils manifestent ouvertement) la mécréance » et s’ils ne prient pas, car le dirigeant se doit de montrer le bon exemple, et on doit les tolérer « aussi longtemps qu’ils prient » (hadîth rapporté par Muslim dans son Sahîh).

« Nous avons fait allégeance au Messager d’Allâh pour écouter et obéir, dans l’aisance comme dans la gêne, qu’il s’agisse d’un acte contraignant ou facile, y compris en sacrifiant notre propre intérêt. En outre, nous avons fait allégeance pour ne pas nous soulever contre ceux qui exercent le commandement sauf si nous voyons de leur part une mécréance manifeste à propos de laquelle nous tenons un argument d’Allâh ; dire la vérité où que nous soyons, sans craindre les reproches des censeurs » (hadîth rapporté par al Bukharî dans son Sahîh n°7056, et par Muslim dans son Sahîh n°1809).

Ibn Taymiyya a dit dans « Al-isbah fil-Islam » (p. 124) : « Ordonner le bien ne doit pas aboutir à la perte d’un plus grand bien, ni causer un mal plus grand (qu’auparavant). De même, interdire le mal ne doit pas aboutir à un mal plus grand, ni la perte d’un plus grand bien ». C’est là un principe fondamental dans le fiqh (jurisprudence musulmane), où toute action politique, sociale, militaire, conjugale, familiale, professionnelle et autre, doit se mesurer selon ce principe, à savoir, entre plusieurs maux, choisir le moindre mal, et entre plusieurs bonnes choses, choisir de préférence la meilleure.

Ibn Taymyya dit aussi dans « Minhâj as-sunnah » (3/391) concernant les gouverneurs injustes tant qu’ils n’ordonnent pas de massacres ou qu’ils n’imposent pas le suivi aveugle de commettre les turpitudes et les grands péchés : « Ce qui est connu dans la voie des gens de la Sunnah est qu’ils n’autorisent pas la révolte et le combat contre les dirigeants, même s’ils commettent des injustices, comme le montrent les ahâdîth authentiques répandus du Prophète. Car le désordre qui découle du combat et du trouble est plus grave que celui qui provient de l’injustice du gouverneur qui n’entraîne ni tuerie ni trouble. Ainsi il convient de repousser le plus grand des deux torts en faisant le moins grave des deux. D’ailleurs, on ne connaît pratiquement aucun groupe qui se soit rebellé contre une autorité sans que les conséquences de sa révolte soient plus graves que le désordre qu’elle a fait disparaître ».

Abû Hunayda Wâïl ibn Hudjr rapporte que Salama ibn Yâzid al Jû’fî interrogea le Prophète en ces termes : « Ô Prophète d’Allâh, si nous sommes gouvernés par des émirs (gouverneurs), qui nous demandent ce qui leur revient de droit, et nous privent du nôtre, que nous recommandes-tu de faire ? Il se détourna de lui, mais Salama l’interrogea de nouveau. Le Messager d’Allah dit alors : « Ecoutez et obéissez, car ils répondront de leurs péchés et vous des vôtres » (hadîth rapporté par Muslim dans son Sahîh n°1851).

Un hadith prophétique nous donne également une recommandation d’ordre général : « Celui d’entre vous qui voit un mal qu’il le change par sa main. S’il ne peut pas alors par sa langue et s’il ne peut pas alors avec son coeur et ceci est le niveau le plus faible de la foi » (rapporté par Muslim dans son Sahîh n°49).
Selon le grand savant Mullâ ‘Alî Qarî dans « Mirqât al-mafâtih » (9/324), « changer par sa main » est la responsabilité de l’Etat, « changer par sa langue » appartient aux savants, et « changer par son cœur », concerne tous les gens du peuple.
Nous disons cependant que, pour changer le mal qui survient dans la société, dans la sphère publique, si c’est un crime majeur comme la tentative de meurtre, de viol ou de vol, n’importe quel citoyen peut intervenir pour sauver la victime et arrêter le coupable, cependant sa sanction pénale appartient à l’Etat. Quant au fait de réprouver le mal par la langue, toute personne pieuse et avertie peut adresser de judicieux conseils aux ignorants, aux égarés ou aux pécheurs, mais pour enseigner l’idéal religieux et s’adapter convenablement aux profils psychologiques des gens auxquels on s’adresse, une personne sage et clairvoyante devrait être désignée, et non pas une personne qui en serait dénuée, même si elle connaitrait les règles religieuses en théorie comme l’indique un hadîth prophétique : « Combien connaissent les règles religieuses (fiqh) tout en manquant de clairvoyance (laysa bifaqîh) !» (hadîth rapporté par différents rapporteurs parfois avec quelques petites variantes, comme At-Tabarânî, cf. Kanz Ummal n°29004).
De même, la règle générale dans le fait d’adresser des conseils aux gens est évoquée dans ce hadîth : « Facilitez et n’entravez pas (la voie du Bien vers Allâh), annoncez la bonne nouvelle et ne rebutez (dégoûtez) pas (les gens) » (rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh ainsi que dans Kanz ul Ummâl n°5323).
Quant au fait de réprouver le mal par le cœur, tout musulman doit le faire, car l’injustice, la perversité, le blâmable et l’idolâtrie ne peuvent pas trouver refuge dans le cœur du croyant.

Quant au fait d’obéir aux dirigeants injustes ou même mécréants, si cela peut éviter que la mécréance, l’injustice et le chaos se renforcent, alors il faudra l’accepter avec patience tout en invoquant Allâh pour qu’Il accorde à la nation une personne plus musulmane, pieuse et juste, et inciter les citoyens à s’éloigner du blâmable et des choses injustes.

Cependant, si le dirigeant ordonne aux citoyens ou aux soldats de commettre une injustice ou un interdit religieux, le musulman ne doit pas l’obéir en cela car « Nulle obéissance à la créature dans la désobéissance au Créateur » (rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh et par At-Tirmidhî dans son Jamî’).
Et aussi : « Il n’y a point d’obéissance dans l’ordre d’accomplir un péché, l’obéissance est uniquement due lorsqu’on ordonne d’accomplir quelque chose de convenable (ce qui est juste) » (rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh n°6830 et pa Muslim dans son Sahîh n°1840).

Comme le rappelle l’exégète Al-Qurtûbî (m. 671 H/1273) dans son Tafsîr, c’est la fitna qui constitue un grand mal pour la nation puisque : « remplaçant la sécurité par la peur, répandant le sang, libérant les mains des sots (insensés), lançant des attaques contre les musulmans et répandant la corruption dans le pays ».

Selon un récit (tantôt attribué au Prophète, tantôt au compagnon ‘Amr ibn al-‘Âs) : « Un chef oppresseur vaut mieux qu’un conflit sans fin (imâm ghashûm khayr min fitna tadûm) » (rapporté par Abû Hâmid al-Ghazâlî dans son Ihyâ’ ulûm ud-Dîn, 4/2616).

« Celui qui cherche à briser cette nation, alors qu’elle est unie (dans le bien), frappez-le avec l’épée, quelle que soit son identité » (hadîth rapporté par Muslim dans son Sahîh). Si une nation musulmane connait en effet la sécurité, la stabilité et l’autorisation de pratiquer les piliers de l’islam, d’exprimer les piliers de la foi librement, et ne sont pas forcés de commettre des interdits évidents (viol, adultère, fornication, vol, consommation d’alcool et de porc, …), et ce, malgré les éventuelles injustices du gouvernement dans plusieurs affaires, alors celui qui menace la sécurité des citoyens, la stabilité de la région, et qui entrainerait certainement un grand mal, il faut le raisonner, s’il persiste, il faut l’emprisonner ou même l’exécuter si c’est ce qui convient le mieux après qu’il ait récidivé, appelé à la haine ou à la guerre civile, et que des morts s’en sont suivis.

« Vous vous devez d’écouter et d’obéir autant que vous le pouvez et que vous en êtes capables » (rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh n°6776). Ce hadîth se comprend dès lors comme le devoir d’obéir du mieux possible aux ordres du dirigeant qui possède le pouvoir (même s’il est corrompu), tant qu’il n’ordonne pas de commettre un péché, car même si nous ne l’aimons pas, nous devons penser à renforcer la sécurité, la stabilité, la justice et la sagesse au sein de la nation.

Il y a des moments où il est préférable de ne pas participer aux conflits qui n’apportent rien de bon, et qui engendrent une violence incontrôlable, et donc, rester à l’écart d’un tel conflit relève de la sagesse, mais il faut peser le pour et le contre selon chaque cas et chaque situation : « Il y aura des troubles (fitans) dans lesquelles celui qui reste assis est meilleur que celui qui se tient debout (afin d’y participer), et celui qui reste immobile est meilleur que celui qui marche (vers les troubles) » (hadîth rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh).

Un autre hadîth explique le devoir de tout musulman à l’égard des autres musulmans : « Secours ton frère qu’il soit injuste ou victime d’injustice ».

Un homme a dit : Ô Messager d’Allâh ! Je lui porte secours s’il subit une injustice mais si c’est lui qui commet l’injustice comment est-ce que je lui porte secours ?
Le Prophète a dit : « Tu l’empêches d’être injuste, ceci est le secourir »
(hadîth rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh n°6952 et par Muslim dans son Sahîh n°2584).

En cas de conflit, il faut mettre en œuvre tous les moyens possibles pour réconcilier les différents camps qui s’affrontent entre musulmans :
« Les croyants ne sont que des frères. Etablissez la paix (concorde, réconciliation) entre vos frères, et craignez Allâh, afin qu’on vous fasse miséricorde.
Ô vous qui avez cru ! Qu’un groupe ne se raille pas d’un autre groupe : ceux-ci sont peut-être meilleurs qu’eux. Et que des femmes ne se raillent pas d’autres femmes : celles-ci sont peut-être meilleures qu’elles. Ne vous dénigrez pas et ne vous lancez pas mutuellement des sobriquets (injurieux). Quel vilain mot que « perversion » lorsqu’on a déjà la foi. Et quiconque ne se repent pas… Ceux-là sont les injustes.
Ô vous qui avez cru ! Evitez de trop conjecturer [sur autrui] car une partie des conjectures est péché. Et n’espionnez pas ; et ne médisez pas les uns des autres. L’un de vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ? (Non !) vous en aurez horreur. Et craignez Allâh. Car Allâh est Grand Accueillant au repentir, Très Miséricordieux.
Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand Connaisseur » (Qur’ân 49, 10-13)

Et avec les non-musulmans : « Et s’ils inclinent à la paix, incline vers celle-ci (toi aussi) et place ta confiance en Allâh, car c’est Lui l’Audient, l’Omniscient. Et s’ils veulent te tromper, alors Allâh te suffira. C’est Lui qui t’a soutenu par Son secours, ainsi que par (l’assistance) des croyants » (Qur’ân 8, 61-62)

Lorsqu’un pays musulman est gouverné par un dirigeant musulman et juste, les musulmans doivent tout faire pour soutenir ce dirigeant, éloigner le mal, consolider le pouvoir en place, préserver les citoyens des maux et des fléaux.

Lorsqu’un pays musulman est gouverné par un injuste (qu’il soit mécréant ou non), s’il n’est pas possible de le destituer sans entrainer un bain de sang, il faut alors patienter, invoquer Allâh pour qu’Il le réforme ou l’écarte du pouvoir, ne pas semer la sédition, et mieux éduquer le peuple. Car en laissant le champ libre à la guerre civile, l’ignorance, le chaos et l’extrémisme se répandront, et les puissances ennemies ainsi que les hypocrites et les pervers en profiteront pour semer le chaos, imposer leur idéologie, s’en prendre aux musulmans et affaiblir toute la nation.

Ibn Taymiyya dit à ce propos dans « Majmû al fatâwâ » (28/146) : « …Comme le veut l’adage, Allâh soutient une nation juste, même non-musulmane (mécréante), et Il abandonne une nation injuste, même musulmane. C’est pourquoi, justice et mécréance sont compatibles pour l’essor des sociétés, alors que l’injustice et islam sont incompatibles… La justice est la balance de toute chose, et assure l’épanouissement matériel ; on peut aussi bien l’obtenir et perdre le bonheur éternel, comme on peut en être privé et gagner le bonheur éternel ».

 Il est rapporté que le Prophète Muhammad (ﷺ) a dit : « Tandis que l’Etat peut fonctionner sur la mécréance, il ne peut pas perdurer sur/sous l’injustice » (rapporté dans « Kashif al-Ghita, al-Dîn wal Islam », vol. 1, p.116, voir aussi Sayyîd ‘Alî ibn Tawus dans « Al-Fakhri fi al-Adâb al-Sultaniyyah »).

Abû Hâmid al-Ghazâlî dans « Nasihat Al-Mulûk » a dit : « Dans ce qui est rapporté du Messager d’Allâh : « Allâh permet à la royauté de subsister avec la mécréance, cependant Il ne permet pas à la royauté de subsister avec l’oppression et l’injustice » ».

Par « royauté » il faut comprendre « mode de gouvernement », peu importe sa forme et sa modalité. Ici-bas, la mécréance (malgré sa gravité doctrinale évidemment) n’est pas un empêchement au fait de vivre dans ce bas-monde, contrairement à la justice qui est une obligation dans ce bas-monde, pour l’ensemble de l’Humanité. Ainsi, un état mécréant mais juste perdurera comparé à un état musulman mais profondément injuste (à part quelques lois secondaires d’apparence islamique, les principes islamiques liés à la justice politique et sociale, à la prospérité économique, à la sécurité, etc., y sont absents, causant du tort ainsi aux musulmans et aux non-musulmans sous leur responsabilité). L’idéal évidemment, est que l’Etat soit musulman (religieusement et spirituellement) et juste à la fois, réunissant ainsi tout le bien en son sein.

Cela rappelle aussi l’épisode qûranique vantant les qualités de la reine Bilqis du Yémen (Reine de Sanâ’a) lorsqu’elle était toujours idolâtre (avant sa conversion au monothéisme, lors de sa rencontre avec le Prophète Sulayman, – que la Paix Divine soit sur lui), et qui reconnut ensuite son égarement doctrinal pour embrasser le Tawhîd en compagnie du Prophète-Roi Sulaymân. Le Qur’ân relate : « Elle dit : « En vérité, quand les rois entrent dans une cité ils la corrompent, et font de ses honorables citoyens des humiliés. Et c’est ainsi qu’ils agissent. Moi, je vais leur envoyer un présent, puis je verrai ce que les envoyés ramèneront » (Qur’ân 27, 34-35).

L’imâm Abû Hanifa a dit : « Ce qui est voulu quand on caractérise une terre comme étant une terre d’islam ou une terre de mécréance n’est pas dû à l’islam ou à la mécréance (en elle-même). Le but est de désigner si une terre est sûre ou dangereuse (pour le musulman) ». (Rapporté dans l’ouvrage « Bada’i Al Sana’i » de l’Imam Al-Kasani, 7/131). Il y a entre autre les Dâr ul-islâm, Dâr ul-‘ahd, Dâr ul-harb, Dâr us-sulh ,… Pour As-Shafi’î, Muhammad ibn ul-Hassan parmi les hanafites et certains ulémas hanbalites, le monde comporte la Dâr ul-islâm, la Dâr ul-harb et la Dâr ul-‘ahd (« Demeure du traité »), voir « Al-‘Alâqât ud-duwaliyya fi-l-islâm » (pp. 107-108).

Muhammad Hamidullâh écrit dans sa monumentale œuvre sur la vie du Prophète Muhammad : « Ne voyant pas de remède aux persécutions dans la ville, le Prophète conseilla ses fidèles : « Si vous le voulez et si vous le pouvez, allez-vous réfugier en Abyssinie, car il y règne un roi, sur le territoire duquel personne n’est opprimé ; c’est un pays de vérité ; restez-y, jusqu’à ce que Dieu facilite les choses ». Une dizaine de Musulmans, avec quelques femmes sortirent dans un premier groupe. D’autres suivirent, sans doute en raison du bon accueil qu’avaient reçu leurs prédécesseurs. […] Attentifs à leurs intérêts les idolâtres de la Mecque décidèrent d’envoyer une ambassade officielle en Abyssinie, pour exiger l’extradition des réfugiés musulmans. […] Lors de la réception à la cour, nous voyons les ambassadeurs mecquois assez familiers avec le roi. Ils lui dirent : « O roi, quelques jeunes gens stupides de chez nous se sont réfugiés dans ton pays ; ils ont abandonné la croyance de leur peuple, mais ils n’ont pas embrassé la tienne non plus. Ils en ont par contre inventé une nouvelle, inconnue chez nous comme chez toi. Les plus hautes personnalités parmi leurs parents, leurs oncles et leurs proches, nous ont envoyés pour demander leur extradition, connaissant mieux que personne les défauts et les vices de ces réfugiés ». L’entourage, gagné d’avance soutint la requête, mais le roi devint furieux à l’idée de trahir le droit d’asile. Il fit donc venir les Musulmans. […] Ja’far, cousin du Prophète Muhammad [et frère d’Alî ibn Abû Tâlib], prit la parole et dit : « O roi, nous étions ignorants : nous adorions les idoles, commettions les péchés charnels, opprimions les faibles, et faisions tout ce qui est abominable, jusqu’à ce que Dieu nous envoyât Son messager, l’un d’entre nous. Nous le connaissions parfaitement, sa véracité, sa chasteté, toutes ses vertus depuis toujours. Il nous a appris à nous abstenir de faire mal à autrui, à n’adorer que le Dieu Unique, à prier, à donner les aumônes, à jeûner, et à pratiquer tout ce qui est bien. Cela nous plut, et nous commencions à le pratiquer ; mais vint tout de suite la persécution de nos compatriotes, qui nous a contraints à quitter notre patrie et à nous réfugier dans ton pays ; et nous t’avons préféré à tous les autres dans notre choix, car nous espérions que personne ne nous opprimerait chez toi ». Le Négus lui demanda s’il se souvenait de quelques passages de ce Message Divin. Ja’far lui récita le début du chapitre (Sûrate) 19 du Qur’ân, qui parle de la naissance de Jean-Baptiste et de celle de Jésus, les deux miracles divins. Les chroniques précisent que le Négus qui était entouré des évêques, avec des copies de l’Ecriture Sainte devant eux, commença à pleurer, et les évêques aussi, à cette glorification inattendue de tout ce qui leur était cher et sacré. Le roi dit enfin : « La source de cette lumière est la même que celle du message de Jésus. Allez en paix ; je ne vous livrerai jamais à ces idolâtres » ». (Muhammad Hamidullah, « Le Prophète de l’Islam, sa vie, son œuvre », 2 tomes, Association des Étudiants Islamiques en France, éditeur Vrin, collection Études/Musulman, janvier 2001).

Un état juste (mais non-musulman) vaut mieux qu’un état injuste (même se disant musulman), car même si le kufr est la pire chose qui soit pour le musulman, cela relève du Droit Divin, tandis que l’injustice humaine est commise à l’encontre des droits humains, qui est difficilement supportable ici-bas. Concernant une confusion persistante, qui est de savoir ce qui est pire entre le shirk/kufr (idolâtrie/mécréance) ou le meurtre, nous dirons que le shirk concerne le Droit Divin, tandis que le meurtre concerne le droit des créatures, ce sont donc deux plans différents car Ici-bas le meurtre d’innocent est puni mais pas le shirk en soi. De plus, un Etat juste (même non-musulman), qui fait preuve de tolérance à l’égard des musulmans et de leurs rites fondamentaux (salât, zakât, mariage, etc.) assure une meilleure garantie de la pratique quotidienne de l’islam que sous un Etat injuste qui restreint les droits fondamentaux ainsi que la pratique de certains rites.

Al-Ghazâlî dit à ce sujet dans « At-Tibr Al-Masbûk fi Nasîhat Al-Mulûk » (l’Or en Lingots dans le Conseil aux Rois) : « Les œuvres formant les branches de la foi consistent à s’éloigner des interdits et accomplir les prescriptions. Elles appartiennent à deux catégories. La première est entre toi et Allâh – comme le jeûne, la prière, le pèlerinage, l’aumône légale, le fait de ne pas boire le vin et le fait de ne pas commettre l’interdit. La seconde catégorie est entre toi et les créatures d’Allâh, comme la justice envers les sujets et le fait de s’abstenir de l’iniquité. La règle en cela est d’œuvrer pour ce qui est entre toi et Allâh, en lui obéissant dans Ses Ordres, en observant Ses interdits, et en manifestant ce que tu aimerais que tes sujets adoptent à ton égard ; et d’œuvrer pour ce qui entre toi et tes sujets comme tu aimerais que l’on te traite. Sache que pour ce qui est entre toi et Le Créateur Exalté Soit-Il, Son Pardon est proche. Quant aux injustices infligées aux gens, Il ne te pardonnera jamais cela le Jour du Jugement et le péril de cela est énorme. Nul roi n’en sort sain et sauf, excepté celui qui a gouverné avec justice et équité afin qu’il sache demander la Justice et l’Equité le Jour du Jugement ».

Ainsi, l’Islam distingue en terres d’Islam, le dirigeant légitime (juste et musulman) du dirigeant illégitime (injuste et/ou mécréant). Cependant, même dans le cas du dirigeant illégitime, si le destituer n’est pas possible sans que cela se fasse pacifiquement, il faut obéir aux ordres acceptables, ne pas se révolter et faire le bien dans notre vie quotidienne du mieux possible. Si par-contre le dirigeant injuste réprime massivement son peuple, ordonne des massacres contre la population civile, ou ordonne de violer les femmes ou de tuer les enfants, la légitime défense (et même la révolte si les moyens et les conditions le permettent) sera alors autorisée et même nécessaire, car défendre la vie et la dignité des citoyens relèvent des fondements et des finalités de la religion.

En effet, le Qur’ân institue clairement la légitime défense, et dans les ahadiths, celui qui défend sa religion, sa vie et celle de ses proches, lorsqu’il n’a plus d’autre choix, est considéré comme un matyr.

« Celui qui meurt en défendant sa femme est un martyr » (hadîth rapporté par Abû Dawûd dans ses « Sunan » n°4772, et par At-Tirmidhî dans ses « Sunan » n°1421).

Dans le hadîth rapporté par At-Tirmidhî dans ses Sunan selon Sa`îd ibn Zayd, il est dit : « Celui qui est tué en défendant ses biens, est un martyr. Celui qui est tué en défendant sa religion, est un martyr. Celui qui est tué en défendant sa vie, est un martyr. Et celui qui est tué en défendant sa famille, est un martyr ».

« Celui qui trouve la mort en défendant son droit usurpé est au nombre des martyrs » (hadîth rapporté par An-Nasa’î dans ses Sunan selon Sûwayd Ibn Muqrin).

De nombreux salafs ont exhorté les croyants de patienter face aux dirigeants injustes, mais quand ceux-ci ordonnèrent des massacres, de nombreux salafs se sont levés, et ont combattu les dirigeants injustes de la pire espèce.

Dans son combat légitime contre l’oppression, l’imâm Zayd Ibn ‘Alî (‘alayhî salâm) répondait à ceux qui voulaient lui prêter allégeance, ceci : « Je vous convie au Livre d’Allâh (Qur’ân) ainsi qu’à la Sunnah de Son Prophète (‘alayhî salât wa salâm). Comme je vous convie au combat contre les oppresseurs, pour défendre les plus faibles, rendre leurs droits aux gens, partager le butin entre ses ayants-droit, faire justice à ceux qui ont subi des injustices, et secourir les gens de la vérité (persécutés injustement) … Voulez-vous prêter serment pour tout cela ? ».
(Ibn al-Âthir, « Al-Kâmil », page sur l’année 121 H).

Zayd Ibn ‘Alî (‘alayhî salâm) était un salaf vertueux et très savant, une autorité dans les sciences du Qur’ân, du Hadîth, du fiqh, du kalâm, de la ‘aqida, de la spiritualité, de la logique et de la langue arabe. Tous les sunnites véridiques dirent du bien de lui, et l’imâm Abû Hanifa l’approuva, l’aida et le soutenu aussi dans son combat contre les oppresseurs. Il fit la même chose que l’imâm Hussayn (‘alayhî salâm), qui était à la fois un compagnon du Prophète et son petit-fils, réputé pour sa science et sa piété, et qui se leva contre l’oppression. En soi, donc, la révolte face aux tyrans est autorisée en Islam, cependant, si les conditions ne sont pas favorables à une telle révolte, il vaut mieux s’en abstenir, et ce fut là l’avis de l’imâm Al-Hassân (‘alayhî salâm), de l’imâm Muhammad Al-Bâqir (‘alayhî salâm), de l’imâm Jâ’far As-Sâdiq (‘alayhî salâm), d’autres ahl ul bayt et d’autres imâms parmi les salafs vertueux.

L’imâm Abû Hanifa dit de l’imâm Zayd Ibn ‘Alî : « Je voyais Zayd Ibn ‘Alî, et je ne connaissais pas, en son temps, d’homme plus versé dans les sciences islamiques que lui, ni de personne plus percutante dans ses réponses, ni même de plus éloquente. Il n’avait point de pareil » (Abû Zuhra, « Târîkh », p. 654).
‘Abdallâh Ibn Hassân, petit-fils de l’imâm al-Hassân, fils de l’imâm ‘Alî, a dit de l’imâm Zayd, son cousin : « Je n’ai vu parmi nous (les ahl ul bayt) ni parmi les autres plus savant que Zayd » (Abû Zuhra, « Târîkh », p. 73).
Le petit-fils de l’imâm Zayd, Ahmad Ibn ‘Îsa Ibn Zayd, étudia aussi auprès des disciples de l’imâm Abû Hanifa.


Même en cas d’injustices subies, Allâh interdit les transgressions et l’iniquité, et le croyant doit savoir endurer, pardonner si un plus grand bien peut en découler, et agir avec équité : « La bonne action et la mauvaise (action) ne sont pas pareilles. Repousse (le mal) par ce qui est meilleur (le bien) ; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux. Mais (ce privilège) n’est donné qu’à ceux qui endurent et il n’est donné qu’au possesseur d’une grâce infinie. Et si jamais le Diable t’incite (à agir autrement), alors cherche refuge auprès d’Allâh ; c’est Lui, vraiment l’Audient, l’Omniscient » (Qur’ân 41, 34-36).

« Tout ce qui vous a été donné [comme bien] n’est que jouissance de la vie présente; mais ce qui est auprès d’Allâh est meilleur et plus durable pour ceux qui ont cru et qui placent leur confiance en leur Seigneur, qui évitent [de commettre] les péchés les plus graves ainsi que les turpitudes, et qui pardonnent après s’être mis en colère, qui répondent à l’appel de leur Seigneur, accomplissent la Ṣalât, se consultent entre eux à propos de leurs affaires, dépensent de ce que Nous leur attribuons, et qui, atteints par l’injustice, ripostent. La sanction d’une mauvaise action est une mauvaise action [une peine nécessaire] identique. Mais quiconque pardonne et réforme, sa récompense incombe à Allâh. Il n’aime point les injustes ! Quant à ceux qui ripostent après avoir été lésés, …ceux-là pas de voie (recours légal) contre eux ; Il n’y a de voie [de recours] que contre ceux qui lèsent les gens et commettent des abus, contrairement au droit, sur la terre : ceux-là auront une correction douloureuse. Et celui qui endure et pardonne, cela en vérité, fait partie des bonnes dispositions et de la résolution dans les affaires » (Qur’ân 42, 36-43).

Le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) a dit : « Fait partie des nobles traits de caractère, le fait de pardonner à celui qui se montre injuste envers toi » (hadîth rapporté par al-Bayhaqî dans « Al-Shu’ab », n°8077).

Un autre hadîth prophétique (qudsi, où c’est Allâh qui s’exprime en Son Nom) stipule : « Tu demandes la vengeance contre celui qui t’a opprimé, et celui que tu as opprimé fait de même contre toi. Si J’exauce ton imploration, J’exaucerai aussi la sienne » (hadîth rapporté par Ad-Daylamî dans « al-Firdaws » n°4497).

Il a dit encore : « Est-il difficile pour l’un d’entre vous d’être comme Abû Damdam (qui disait chaque matin : « Ô Allâh ! Pour Toi, j’offre mon honneur à Tes créatures ») » (hadîth rapporté par Abû Dawûd dans ses Sunan n°4886).

Et enfin : « Ils n’aiment pas être humiliés, et quand ils ont pris le dessus, ils pardonnent » (hadîth rapporté dans le Sahîh d’al-Bukharî).

Et indépendamment de la question politique, nous pouvons tous changer concrètement les choses à notre niveau, en invoquant Allâh, en éduquant convenablement nos enfants, en évitant le gaspillage et la pollution inutile, en dépensant de nos biens pour les pauvres et les opprimés, en soutenant les économies les moins injustes, en évitant de participer aux injustices et aux propagandes des puissances iniques et tyranniques, en adoptant le meilleur comportement à tous les niveaux, etc.


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