Synthèse de la perspective qurânique concernant les non-musulmans


Introduction

Beaucoup d’islamophobes persistent dans leurs manipulations, et continuent à induire en erreur de nombreux non-musulmans, les plongeant dans la peur et l’incapacité de raisonner, les dissuadant même de vérifier la pertinence de leurs arguments ou la fiabilité de leurs procédés manipulatoires et rhétoriques.

Or, une lecture intègre, intégrale et attentive du Qur’ân, suffit à déconstruire totalement leur argumentaire.

Les différentes catégories de non-musulmans selon le Qur’ân

En effet, dans le Qur’ân les non-musulmans sont de plusieurs catégories :

1) Les associateurs/mushrikins (qui ne connaissent pas forcément l’Islam) ; ils idolâtrent par ignorance ou orgueil différentes choses (fausses divinités de pierre ou de bois, les étoiles ou le soleil, des personnes ou des dirigeants, la nature, la patrie ou toute autre chose de nature éphémère et relative).

2) Les Kuffârs/dénégateurs : ceux qui connaissent la Vérité mais qui préfèrent la dissimuler aux gens pour mieux les tromper ou abuser d’eux, et qui vont parfois jusqu’à combattre la Vérité et la Justice ainsi que ses partisans (les Croyants vertueux et clairvoyants).

3) Les Gens du Livre/Ahl ul Kitâb : tous les non-musulmans qui ont adhéré à une religion d’origine divine antérieure à l’Islam, comme les Juifs, les Chrétiens, les Zoroastriens, les Bouddhistes, les Hindous, les Taoïstes, etc. ; ils se réfèrent à une Loi, une Révélation, une tradition spirituelle et/ou à un code moral inspiré divinement, malgré les altérations humaines au fil du temps.

Si tous les non-musulmans sont des « incroyants » au sens de négation ou de non-adhésion à l’Islam du point de vue « exotérique » et juridique, tous ne sont pas identiques et ne forment pas une même et seule communauté. Tous les mécréants (incroyants) ne sont pas des idolâtres au sens usuel du terme, tout comme tous ne sont pas nécessairement des « Gens du Livre ».

A l’intérieur de chacune de ses catégories, le Qur’ân évoque les nuances qui existent chez eux :

1) Les injustes (dhalimîn) et/ou les pervers (fassiqîn) et/ou les hypocrites (munafiqîn) qui commettent des blasphèmes contre le Sacré et les Prophètes, ainsi que des actes injustes envers les créatures d’Allâh. Allâh dit : « S’ils avaient appliqué la Torah et l’Evangile (comme ce qui leur avait été commandé à l’époque) et ce qui est descendu sur eux de la part de leur Seigneur, ils auraient certainement joui de ce qui est au-dessus d’eux et de ce qui est sous leurs pieds. Il y a parmi eux un groupe qui agit avec droiture ; mais pour beaucoup d’entre eux, comme est mauvais ce qu’ils font ! » (Qur’ân 5, 66) ; « Et ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Allâh; [Allâh] leur a fait alors oublier leur propre personne; ceux-là sont les pervers » (Qur’ân 59, 19) ; « N’as-tu pas vu les hypocrites disant à leurs confrères qui ont mécru parmi les gens du Livre : « Si vous êtes chassés, nous partirons certes avec vous et nous n’obéirons jamais à personne contre vous; et si vous êtes attaqués, nous vous secourrons certes ». Et Allâh atteste qu’en vérité ils sont des menteurs. S’ils sont chassés, ils ne partiront pas avec eux ; et s’ils sont attaqués, ils ne les secourront pas; et même s’ils allaient à leur secours, ils tourneraient sûrement le dos; puis ils ne seront point secourus » (Qur’ân 59, 11-12).

« Tu trouveras certainement que les Juifs et les associateurs (parmi les injustes) sont les ennemis les plus acharnés des croyants » (Qur’ân 5, 82), ce qui correspond historiquement à une vérité, où certaines tribus idolâtres et juives se sont alliées pour combattre les croyants parmi les Musulmans, les Chrétiens et même les Juifs qui cheminaient sur la piété. Malgré cela, le Qur’ân interdit de s’en prendre à eux, tant qu’ils ne lancent pas les hostilités guerrières.

2) Les ignorants qui sont manipulés par leurs élites et qui suivent aveuglément les coutumes et croyances de leurs ancêtres ou dirigeants. Allâh dit dans le Qur’ân : « (…) Ô mon enfant, accomplis la Salât (la Prière canonique), commande le convenable, interdis le blâmable et endure ce qui t’arrive avec patience. Telle est la résolution à prendre dans toute entreprise ! Et ne détourne pas ton visage des hommes, et ne foule pas la terre avec arrogance : car Allâh n’aime pas le présomptueux plein de gloriole et d’orgueil. Sois modeste dans ta démarche, et baisse ta voix, car la plus détestée des voix, c’est bien la voix des ânes ». Ne voyez-vous pas qu’Allah vous a assujetti ce qui est dans les cieux et sur la terre ? Et Il vous a comblés de Ses bienfaits apparents et cachés. Et parmi les gens, il y en a qui disputent à propos d’Allâh, sans science, ni guidée, ni Livre éclairant. Et quand on leur dit : « Suivez ce qu’Allâh a fait descendre », ils disent : « Nous suivons plutôt ce sur quoi nous avons trouvé nos ancêtres (qui s’étaient égarés) ». Est-ce donc même si le Diable les appelait au châtiment de la fournaise ! Et quiconque soumet son être à Allâh, tout en étant bienfaisant (envers Ses créatures), s’accroche réellement à l’anse la plus ferme. La fin de toute chose appartient à Allâh. Celui qui a mécru, que sa mécréance ne t’afflige pas : vers Nous sera leur retour et Nous les informerons de ce qu’ils faisaient. Allâh connaît bien le contenu des poitrines » (Qur’ân 31, 17-23).

3) Les pieux et les justes, qui sont sincères dans leur engagement religieux, qui font le bien, croient en Allâh et au Jour du Jugement dernier. Allâh dit dans le Qur’ân : « Mais ils ne sont pas tous pareils. Il est, parmi les gens du Livre, une communauté droite et juste qui, aux heures de la nuit, récite les versets d’Allâh (parmi les précédentes Révélations) en se prosternant. Ils croient en Allâh et au Jour dernier, ordonnent le convenable, interdisent le blâmable et concourent aux bonnes œuvres. Ceux-là sont parmi les gens de bien. Et quelque bien qu’ils fassent, il ne leur sera pas dénié. Car Allâh connaît bien les pieux (Muttaqin) » (Qur’ân 3, 113-115) ;

« Certes, ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Nazaréens, et les sabéens, quiconque a cru en Allâh au Jour dernier et agit avec intégrité (droiture et piété, accomplissant de bonnes oeuvres), sera récompensé par son Seigneur ; il n’éprouvera aucune crainte et il ne sera jamais affligé » (Qur’ân 2, 62) ;

« Ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Sabéens, et les Chrétiens, ceux parmi eux qui croient en Allâh, au Jour dernier et qui agissent avec intégrité (droiture et piété, accomplissant de bonnes oeuvres), nulle crainte sur eux, et ils ne seront point affligés » (Qur’ân 5, 69) ;

« Certes, ceux qui ont cru, les Juifs, les Sabéens, les Nazaréens, les Zoroastriens (Mazdéens) et ceux qui donnent à Allâh des associés, Allâh tranchera entre eux le jour du Jugement, car Allâh est certes témoin de toute chose » (Qur’ân 22, 17) ;

« Il y a certes, parmi les gens du Livre ceux qui croient en Allâh et en ce qu’on a fait descendre vers vous et en ce qu’on a fait descendre vers eux. Ils sont humbles envers Allâh, et ne vendent point les versets d’Allâh à vil prix. Voilà ceux dont la récompense est auprès de leur Seigneur. En vérité, Allâh est prompt à faire les comptes » (Qur’ân 3, 199).

« Parmi le peuple de Mûsâ (le Prophète Moïse), il est une communauté qui guide (les autres) avec la vérité, et qui exerce la justice » (Qur’ân 7, 159).

« Et tu trouveras certes que les plus disposés à aimer les croyants sont ceux qui disent : « Nous sommes chrétiens » C’est qu’il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu’ils ne s’enflent pas d’orgueil » (Qur’ân 5, 82).

A noter que ces catégories peuvent s’appliquer aussi, selon le Qur’ân, à ceux qui se réclament de l’Islam, qui peuvent être dépourvus de foi réelle, de bonté d’âme et du sens de la justice ; ceux-là sont blâmés et dénoncés dans le Qur’ân, comme l’indique ce verset par exemple : « Les Bédouins ont dit : « Nous avons la foi ». Dis : « Vous n’avez pas encore la foi. Dites plutôt : « Nous nous sommes simplement soumis, car la foi n’a pas encore pénétré dans vos cœurs. Et si vous obéissez à Allâh et à Son messager, Il ne vous fera rien perdre de vos œuvres ». Allâh est Pardonneur et Miséricordieux » (Qur’ân 49, 14) ou ceux-ci : « Et si 2 groupes de croyants se combattent, faites la conciliation entre eux. Si l’un d’eux se rebelle contre l’autre, combattez le groupe qui se rebelle, jusqu’à ce qu’il se conforme à l’ordre d’Allâh (retour à la paix et à la justice). Puis, s’il s’y conforme, réconciliez-les avec justice et soyez équitables car Allâh aime les justes et les équitables. Les croyants ne sont que des frères (et sœurs). Etablissez la concorde entre vos vous et craignez Allâh, afin qu’on vous fasse miséricorde. Ô vous qui avez la foi ! Qu’un groupe ne se raille pas d’un autre groupe : ceux-ci sont peut-être meilleurs qu’eux. Et que des femmes ne se raillent pas d’autres femmes : celles-ci sont peut-être meilleures qu’elles. Ne vous dénigrez pas et ne vous lancez pas mutuellement des sobriquets (injurieux). Quel vilain mot que « perversion » lorsqu’on a déjà la foi. Et quiconque ne se repent pas… Ceux-là sont les injustes » (Qur’ân 49, 9-11).

  Ici-bas, les Musulmans ont l’obligation de les traiter avec respect et justice, même envers les dénégateurs qui sont hostiles à l’Islam. Seulement, on ne leur offrira pas de cadeaux et on ne s’alliera pas avec eux pour semer le désordre, l’oppression ou l’injustice sur Terre.

  Avec ceux qui ne nous ont pas attaqué ou expulsé de nos demeures, Allah nous demande clairement d’être juste et bienfaisant à leur égard ; qu’ils soient des membres de notre famille ou non, qu’ils soient athées, juifs, chrétiens, bouddhistes, déistes, agnostiques, hindous, idolâtres ou autres : « Il se peut qu’Allâh établisse de l’amitié entre vous et ceux d’entre eux dont vous avez été les ennemis. Et Allâh est Omnipotent et Allâh est Pardonneur, Très Miséricordieux et Très-Rayonnant d’Amour. Allâh ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures – car Allâh aime les justes et les équitables -. Allâh vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes » (Qur’ân 60, 7-9).

Peu importe le degré de nos désaccords avec les autres, qu’ils soient Musulmans ou non, le Qur’ân nous commande d’œuvrer dans le bien, de discuter avec les autres de façon cordiale, de ne pas nuire aux gens et d’avoir de bonnes relations amicales avec eux.

Allâh dit : « A chacun une orientation vers laquelle il se tourne. Rivalisez donc dans les bonnes œuvres. Où que vous soyez, Allâh vous ramènera tous vers Lui, car Allâh est, certes Omnipotent » (Qur’ân 2, 148).

« Et sur toi (Muhammad) Nous avons fait descendre le Livre avec la vérité, pour confirmer le Livre qui était là avant lui et pour prévaloir sur lui. Juge donc parmi eux d’après ce qu’Allâh a fait descendre. Ne suis pas leurs passions, loin de la vérité qui t’est venue. A chacun de vous Nous avons assigné une législation et un plan à suivre. Si Allâh avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez donc dans les bonnes cœvres. C’est vers Allâh qu’est votre retour à tous ; alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez » (Qur’ân 5, 48).

« Ô humains ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allâh, est le plus pieux. Allâh est certes Omniscient et Grand Connaisseur » (Qur’ân 49, 13).

« Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre, sauf ceux d’entre eux qui sont injustes. Et dites : « Nous croyons en ce qu’on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c’est à Lui que nous nous soumettons » (Qur’ân 29, 46).

« Et parmi Ses signes la création des cieux et de la terre et la variété de vos idiomes et de vos couleurs. Il y a en cela des preuves pour les savants » (Qur’ân 30, 22).

   Et avec les non-musulmans (Gens du Livre ou non), Allâh dit : ‪« Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon. Car cest ton Seigneur qui connaît le mieux celui qui s’égare de Son sentier et cest Lui qui connaît le mieux ceux qui sont bien guidés » (Qur’ân 16, 125).

L’Islam interdit donc l’oppression, la violence, la persécution, la haine et l’injustice envers les gens innocents, et ce indépendamment de leur religion, croyance, couleur de peau, origine ethnique, âge, sexe, etc., car tout cela fait partie de la Volonté divine. De même, l’Islam enjoint la bonté envers eux, tant qu’ils ne commettent pas de crimes ou n’initient pas la guerre, auquel cas il faudrait les combattre jusqu’à leur neutralisation : « Adorez Allâh et ne Lui donnez aucun associé. Agissez avec bonté et bienfaisance envers vos père et mère, les proches, les orphelins, les pauvres, le proche voisin, le voisin lointain, le collègue et le voyageur, et les domestiques qui sont sous votre responsabilité, car Allâh n’aime pas, en vérité, le présomptueux, l’arrogant » (Qur’ân 4, 36), ce verset possède une portée générale, puisqu’il n’y a aucune restriction concernant la religion, la race, l’ethnie, le statut social, la couleur de peau, l’âge, le métier, le sexe (homme ou femme), etc. des individus. Et envers les domestiques (qui est un métier comme un autre) dans les familles privées, équivalent des employés au sein d’une entreprise, il n’y a rien de honteux ou de scandaleux, tant qu’ils sont bien considérés et respectés, comme les autres personnes qui ont un statut social plus « libre » ou « aisé ». Dans le Tafsîr de Fakhr ud-Dîn Râzî (m. 606 H/1209) concernant ce passage : « (…) Sachez qu’un bon traitement envers les employés et domestiques est de plusieurs points de vue : Premièrement, qu’ils ne sont pas tenus responsables de ce qu’ils sont incapables de faire. Deuxièmement, qu’ils ne soient pas blessés par des mots grossiers. Il devrait plutôt vivre avec eux en bonne compagnie. Troisièmement, qu’ils reçoivent de la nourriture et des vêtements selon leurs besoins ». Al-Qurtûbî (m. 671 H/1273) dans son Tafsîr du passage qurânique 4/36 : « (…) Je dis sur la base de ce verset, un traitement aimable des voisins est enjoint et commandé, qu’ils soient musulmans ou non-croyants, et c’est la bonne chose à faire. Un traitement bienveillant peut être dans le sens d’aider ou cela peut être dans le sens d’être gentil, de s’abstenir de faire du mal et de les soutenir (dans ce qui est licite) ».

  Quant aux esclaves, surtout au Moyen-Âge, l’Islam imposait de bien se comporter avec eux, de ne pas les maltraiter, mais aussi de dépenser une partie des aumônes afin de les affranchir – et de les affranchir automatiquement pour ceux qui étaient maltraités -, ou d’affranchir ceux qui en faisaient la demande, et qui ne constituaient pas de danger pour la société. Le Qur’ân mentionne en effet la « mukatabah », qui est le contrat d’affranchissement accordé à l’esclave qui demande sa liberté en échange d’une somme d’argent convenue avec son maître/responsable/employeur. Et le « ‘Itq’ » qui est l’affranchissement volontaire de l’esclave sans contrepartie accompli par le maître de son propre chef. La preuve légale pour la mukatabah peut être trouvée dans ce verset qurânique notamment : « Ceux de vos esclaves (ou domestiques) qui cherchent un contrat d’affranchissement, concluez ce contrat avec eux si vous reconnaissez du bien en eux » (Qur’ân 24, 33). La preuve légale pour le ‘Itq’ est mentionnée notamment dans ce verset : « Les aumônes ne sont destinées que pour les pauvres, les indigents, ceux qui y travaillent, […] pour l’affranchissement des esclaves » (Qur’ân 9, 60). Ainsi, le Qur’ân condamne le mépris, la persécution, l’arrogance, la mauvaise conduite, l’humiliation ou la maltraitance envers les employés ou les domestiques. Malheureusement, dans la pratique, certains esclavagistes ou employeurs malhonnêtes ou vils ont abusé – et continuent d’abuser – de leurs employés ou domestiques, ce qui est inadmissible[1].

La Tradition islamique rapporte du Prophète Mûsâ (‘alayhî Salâm) cette parole : « Ô Seigneur, donne-moi un héritage ». Allâh lui répondit : « Je te lègue le lien du sang (qui est aussi la clémence) qui te rattache à l’espèce de ton père Adam ». Mûsâ demanda : « Ô Seigneur, qu’en est-il de l’homme qui est éloigné de moi et se trouve aux confins est et ouest de la terre ? ». Il dit : « Aime pour eux ce que tu aimes pour toi-même » »[2].

Et si un musulman commet une injustice contre eux, nous devons blâmer le musulman injuste et l’empêcher de commettre une injustice, et de réparer son mal s’il est déjà commis : « La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse (le mal) par ce qui est meilleur (par le bien); et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux. Mais (ce privilège) n’est donné qu’à ceux qui endurent et il n’est donné qu’au possesseur d’une grâce immense. Et si jamais le Shaytân t’incite (à agir autrement), alors cherche refuge auprès Allâh » (Qur’ân 41, 34-36) ;

« Et concourez au pardon de votre Seigneur, et à un Jardin (paradis) large comme les cieux et la terre, préparé pour les pieux, qui dépensent dans l’aisance et dans l’adversité, qui dominent leur rage et pardonnent aux gens – car Allâh aime les bienfaisants – » (Qur’ân 3, 133-134) ;

« Ô les croyants ! Soyez stricts (dans vos devoirs) envers Allâh et (soyez) des témoins équitables. Et que la haine et l’hostilité pour un peuple ne vous incitent pas à être injustes. Pratiquez l’équité et la justice : (car) cela est plus proche de la piété. Et craignez Allâh. Car Allâh est certes Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites. Allâh a promis à ceux qui cultivent (sincèrement) la foi et qui accomplissent de bonnes oeuvres – en faisant le bien – qu’il y aura pour eux un pardon et une énorme récompense » (Qur’ân 5, 8-9) ;

« Coopérez et entraidez-vous dans la droiture, la bonté et la piété, et ne vous entraidez pas dans les péchés, les actes répréhensibles, l’agression et la transgression » (Qur’ân 5, 2).

Ibn Kathir dans son Tafsîr commente ce verset en disant : « Allâh ordonne à Ses fidèles serviteurs de coopérer dans les bonnes oeuvres, qui sont la droiture et la bonté (al-birr), et d’éviter les mauvaises actions, – que la piété (taqwa) permet d’éviter -. Il leur interdit de se soutenir mutuellement dans le mensonge et de coopérer dans le péché et l’illégalité (les choses répréhensibles ».

  Le Compagnon Mu’adh Ibn Jabal rapporte que le Messager d’Allâh (ﷺ) l’avait envoyé vers un peuple et lui demanda : « Ô Messager d’Allâh, instruis-moi ». Le Prophète (ﷺ) lui répondit : « Répandez la paix et les belles salutations, offrez de la nourriture et soyez modestes devant Allâh comme vous le feriez pour un homme digne de votre famille. Si vous faites une mauvaise action, faites-la suivre d’une bonne action. Rendez votre caractère (et comportement) aussi excellent que possible »[3].

Un homme a demandé au Prophète Muhammad (ﷺ) : « Quel est le meilleur Islam ? ».  Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Nourrir ceux qui sont affamés, répandre la paix (et les salutations) sur ceux que vous connaissez comme à ceux que vous ne connaissez pas »[4].

‘Abdullâh ibn Salâm a dit : « Lorsque le Messager d’Allâh (ﷺ) arriva à Médine, les gens se précipitèrent vers lui et ont dit : « Le Messager d’Allâh est venu ! ». Je suis venu avec les gens pour le voir et quand j’ai regardé le visage du Messager d’Allâh, j’ai réalisé que son visage n’était pas celui d’un menteur. La première chose qu’il dit (une fois arrivé à Médine) fut : « Ô peuple, répandez la paix (et les belles salutations), nourrissez ceux qui ont faim et priez la nuit quand les gens dorment et vous entrerez en Paix au Paradis »[5]. Il y a ici des indications subtiles aussi, à savoir l’aspect consacré à soi-même et au rapport avec le monde – répandre et cultiver la paix en soi-même et en dehors -, l’aspect consacré au droit des autres – à travers la charité et le soutien dont ils ont besoin -, et enfin, la part de solitude et de prière pour renforcer notre relation au Divin et à la méditation.

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Celui qui possède (ces) 3 qualités aura accompli vraiment la foi : être juste envers soi-même et envers les autres, offrir la paix au monde et dépenser dans la charité et le bien même lorsqu’on est pauvre »[6].

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Les meilleurs d’entre vous en l’Islam sont ceux qui ont le meilleur caractère et comportement, avec la bonne compréhension et intelligence de la Religion »[7].

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Le meilleur d’entre vous est celui dont on espère le bien et dont on est à l’abri du mal et le plus mauvais d’entre vous est celui dont on n’espère pas le bien et dont on n’est pas à l’abri du mal »[8]. Et la portée de ce hadith est générale.

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Le (véritable) croyant n’est pas injurieux ou insultant, ni maudisseur, ni grossier, ni immoral ni indécent »[9].

L’islam exige que nous pesions nos mots, de ne pas taire nos émotions mais plutôt de les canaliser en nous incitant à la réflexion et à la méditation, pour en faire jaillir la vérité par la sagesse et la justice.

Répondant à des gens souhaitant qu’il (ﷺ) maudisse les idolâtres qui le combattaient injustement, le Prophète (ﷺ) leur dit : « Je n’ai pas été envoyé pour les maudire mais (plutôt) comme une miséricorde (pour les mondes) »[10], et disant aussi ceci : « Je n’ai été envoyé (essentiellement) pour parfaire (et enseigner) les nobles vertus et les nobles caractères »[11], conformément au Qur’ân : « Et Nous ne t’avons envoyé (Muhammad) que comme une Miséricorde et un Amour-Rayonnant pour les mondes » (Qur’ân 21, 107). Raison aussi pour laquelle l’imâm et juriste As-Shatibî a écrit dans al-Muwâfaqât (2/124) : « La Sharî’ah dans sa totalité ne produit (et ne doit produire en réalité) que des nobles vertus ».

Jabir ibn Abdullah a rapporté : « 2 jeunes hommes se battaient, un des Muhajirin et un homme des Ansar. Le Muhajir a crié : « Ô Muhajirin ! ». Et les Ansari crièrent : « Ô Ansar ! ». Le Messager d’Allâh sortit et dit : « Quel est cet appel de l’ignorance de la part de ses gens ? ». Ils dirent : « Ô Messager d’Allâh, ce ne sont que 2 jeunes qui se battent et l’un a donné un coup de pied à l’autre ». Le Prophète a dit : « Peu importe, qu’un homme aide son frère, qu’il ait tort ou qu’il soit lésé. S’il opprime les autres, alors arrêtez-le, car cela le soutient (en l’empêchant d’être injuste). S’il est opprimé, alors soutenez-le (en le préservant d’être victime de l’oppression) »[12].

Ainsi que : « Adorez Ar-Rahmân (c’est-à-dire Allâh) et répandez la paix »[13], « Adorez le Tout-Rayonnant d’Amour (Tout-Miséricordieux ; Allâh), nourrissez les pauvres et répandez la Paix et les salutations. Vous entrez alors au Paradis en Paix (par Sa Miséricorde) »[14] et « (ce qu’il y a de meilleur après la foi en Allâh), ce sont de bonnes et belles paroles (à dire au monde), répandre et offrir la paix (aux créatures) et nourrir les affamés »[15].

Tous ces ahadiths sont corroborés aussi par le Qur’ân, et notamment ce verset : « Allâh ordonne la justice et l’équité, la bienfaisance (et de donner des biens) aux proches, et Il interdit la turpitude, le blâmable, la tyrannie et l’injustice, ainsi peut-être vous souviendrez-vous (de ce qui est juste et convenable) » (Qur’ân 16, 90).

Ce verset, comme l’expliquent des ussuliyyûn tel que Shaykh ul Islam ‘Izz ud-Dîn Abd as-Salâm, doit structurer l’ensemble du fiqh et de l’éthique des musulmans dans leurs relations familiales, fraternelles, professionnelles et intercommunautaires.

Les non-Musulmans et l’Au-delà

  Dans l’Au-delà, Allâh nous jugera tous avec Justice, Miséricorde et Sagesse, on ne peut donc pas affirmer de façon catégorique qu’untel sera ou non pardonné directement (sans jugement/épreuve/correction) par Allâh, même si en principe le kufr (mécréance) est lié au Feu, et l’imân (foi) est lié au Paradis, car le Paradis n’accepte qui ce qui est pur, mais les gens injustes (croyants ou non) passeront alors par le Feu de l’enfer jusqu’à se purifier de leurs scléroses et grands péchés. Ensuite, Allâh embrassera toute chose par Sa Miséricorde, jusqu’à ce que l’ego de chacun soit totalement purifié. Allah fait ce qu’Il veut, et peut pardonner aux incroyants sincères et bienfaisants qui avaient des circonstances atténuantes. Mais on peut supposer que c’est la nafs (l’âme égotique) qui sera brûlée, et non pas le Rûh (esprit) en chacun de nous, qui est le Souffle divin et vital qui est en chaque être humain. Allâh dit à ce sujet :

« Et à Allâh est ce qui est dans les cieux et sur la terre, Il pardonne à qui il veut, et Il corrige qui il veut ; et Allâh est Pardonneur, Miséricordieux » (Qur’ân 3, 129) ;

« Allâh est le meilleur gardien, et Il est Le plus Miséricordieux des miséricordieux » (Qur’ân 12, 64).

« Et Ma miséricorde et Mon Amour Rayonnant embrassent (englobent et transcendent) toute chose » (Qur’ân 7, 156).

Même pour les pires criminels et dénégateurs, Allâh peut les embrasser dans Sa Miséricorde après leur correction : « Ainsi, ont été placés dans chaque cité de grands criminels qui y ourdissent des complots. Mais ils ne complotent que contre eux-mêmes et ils n’en sont pas conscients. Et lorsqu’une preuve leur vient, ils disent : « Jamais nous ne croirons tant que nous n’aurons pas reçu un don semblable à celui qui a été donné aux Messagers d’Allâh ». Allâh sait mieux où placer Son Message. Ceux qui ont commis le crime seront atteints d’un rapetissement auprès d’Allâh ainsi que d’un supplice sévère pour les ruses qu’ils tramaient. Et puis, quiconque Allâh veut guider, Il lui ouvre la poitrine à l’Islam. Et quiconque Il veut égarer, Il rend sa poitrine étroite et gênée, comme s’il s’efforçait de monter au ciel. Ainsi Allâh inflige Sa Correction à ceux qui ne croient pas (après avoir refusé la Vérité par orgueil et mépris). Telle est la voie de ton Seigneur dans toute sa rectitude. Nous avons [effectivement] bien détaillé les signes (et versets) à des gens qui se rappellent. Pour eux la demeure du Salut auprès de leur Seigneur. Et c’est Lui qui est leur protecteur, pour ce qu’ils faisaient (sur terre). Et le jour où Il les rassemblera tous : « Ô communauté des jinns, vous avez trop abusé des humains ». Et leurs alliés parmi les humains diront : « Ô notre Seigneur, nous avons profité (et abusé) les uns des autres, et nous avons atteint le terme que Tu avais fixé pour nous ». Il leur dira : « l’Enfer est votre demeure, pour y rester indéfiniment, sauf si Allâh en décide autrement ». Vraiment ton Seigneur est Sage et Omniscient. Et ainsi accordons-Nous, à certains injustes l’autorité sur d’autres, (injustes) à cause de ce qu’ils ont acquis. Ô communauté des jinns et des humains, ne vous est-il pas venu des Messagers, choisis parmi vous, qui vous ont raconté Mes Signes et averti de la rencontre de ce jour ? Ils diront : « Nous témoignons contre nous-mêmes ». La vie présente (dans ses illusions) les a trompés ; et ils ont témoigné contre eux-mêmes qu’en (vérité) ils étaient mécréants. C’est que ton Seigneur n’anéantit point injustement des cités dont les gens ne sont pas encore avertis. A chacun des rangs (des récompenses) selon ses oeuvres. Or ton Seigneur n’est pas inattentif à ce qu’ils font. Ton Seigneur est le Suffisant à Soi-même, le Détenteur de la miséricorde. S’Il voulait, Il vous ferait périr et mettrait à votre place qui Il veut, de même qu’Il vous a créés d’une descendance d’un autre peuple. Ce qui vous a été promis arrivera (certainement.) Et vous n’êtes pas à même de [Nous] réduire à l’impuissance Dis : « Ô mon peuple ! Continuez à agir selon votre méthod e; moi aussi j’agirai selon la mienne. Ensuite, vous saurez qui aura un meilleur (sort) dans l’au- delà ». Certes, les injustes ne réussiront jamais » (Qur’ân 6, 123-135).

  Le Compagnon Abû Saïd Al-Khudri ‏rapporte que le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « (…). Lorsque Allâh sauvera les croyants de l’Enfer et qu’ils seront en sécurité ; la discussion que l’un de vous entreprend en faveur de son compagnon pour récupérer son droit dans ce bas-monde n’est pas plus vive que celles qui seront engagées par les croyants en faveur des autres croyants entrés en Enfer. Il dit : Ils diront Seigneur, ce sont nos frères, (et il a rapporté le sens du hadith) ; « Seigneur, ils jeûnaient avec nous, priaient et accomplissaient le pèlerinage avec nous ». Il leur sera dit : « Retirez ceux que vous reconnaîtrez et leur corps seront protégés du feu de l’Enfer ». Ils retireront alors beaucoup de gens qui auront déjà disparu dans le feu jusqu’à la moitié des jambes, et d’autres jusqu’aux genoux. Puis les croyants diront : « Il n’y reste plus aucun de ceux que Tu nous as ordonnés de sortir. Ensuite, Allâh dira : « Repartez et celui dans le cœur duquel vous trouverez le poids d’un dinar de bien, retirez-le » ; alors, ils retireront beaucoup de gens, puis, ils (les croyants) diront : « Seigneur, nous n’y avons laissé personne parmi ceux que tu nous as ordonnés de retirer ». Puis Il dira « Retournez et celui dans le cœur duquel vous trouverez le poids de la moitié d’un dinar de bien, retirez-le ». Ils retireront un grand nombre de gens puis ils diront « Seigneur, nous n’y avons laissé personne parmi ceux que tu nous as ordonnés de retirer ». Puis Il dira : « Retournez et celui dans le cœur duquel vous trouverez le poids d’un atome de bien, retirez-le ». Ils retireront alors un grand nombre de gens puis ils diront : « Seigneur, nous n’y avons laissé personne parmi ceux que Tu nous as ordonnés de retirer ». Allâh dira alors : « Les Anges ont intercédé, les Prophètes ont intercédé, et les croyants ont intercédé, il ne reste plus que Le Plus Miséricordieux des miséricordieux. Alors, Il prendra une poignée de l’Enfer et en fera sortir des gens n’ayant jamais fait de bien, tout calcinés ; Il les jettera dans un fleuve aux portes Paradis appelé fleuve de la vie ; ils renaîtront alors comme pousse le grain dans le limon du torrent […] »[16]. Cette compréhension, à la fois sur les plans exotériques – admettant certaines réserves et conditions concernant le Pardon divin -, et ésotériques – sur la Miséricorde divine embrassant tous les êtres (incroyants et croyants) à la fin -, a été aussi soutenue par des Compagnons – comme cela a été rapporté par des voies authentifiées et d’autres qui sont valides ou faibles mais qui se renforcent mutuellement -, ainsi que des Salafs comme Sahl al-Tustarî dans son Tafsîr, Al-Hakîm at-Tirmidhî dans son Kitâb al-amthâl min al-kitâb wa-l-Sunnah[17], Abû Yazid al-Bistâmî, Al-Shiblî ou encore le philosophe, scientifique et théologien Al-Kindî dans Rasâ’il al-Kindî al-Falsafiyya argumentant avec des considérations cosmologiques et philosophiques qui ne contredisent pas le Qur’ân selon lui, par Abû Mansûr Al-Mâturidî dans Radd Kitâb wa’îd al-fussâq lî al-Ka’bî pour des raisons théologiques liées au Tawhîd (en tout cas concernant les croyants ou les incroyants qui n’avaient pas eu accès à l’Islam de façon « authentique »), ou de grands savants venus après eux comme Ibn Sina dans Hikma al-‘Arûdiyya, Abû Mansûr al-Hallâj (et l’intercession universelle pour l’ensemble des communautés humaines), Abû al-Hassân al-Kharaqânî, Abû Hâmid al-Ghazâlî dans Faysal al-tafriqa, Al-Maqsad al-Asnâ fî Asmâ Allah al-Husnâ’ et Al-munqidh min al-dalâl, Ibn ‘Arabî dans ses Futûhât al-Makkiyya et ses Fûsus al-Hikâm, Jalâl ud-Dîn Rûmî dans son Mathnawî et Kitâb fihî ma-fihi, al-Qurtubî dans al-Tadhkirah, Ad-Dhahâbî dans Sifât al-Nâr’ et Ibn Rajab al-Hanbalî dans Al-Takhwif min al-Nâr’ (qui citent plusieurs ahadiths et athârs de Compagnons indiquant la fin de l’Enfer ou de son châtiment, Fakhr ud-Dîn ar-Râzî, Al-Qashânî et ‘Abd ibn Humayd dans leur Tafsîr respectif adhérant soit à cet avis ou en mentionnant les arguments valides de cet avis, Ibn Taymiyya dans Ar-Raddu ‘alâ man qâla bi fanâ’ il-janna wa-n-nâr wa Bayân ul-aqwâl fî dhâlika[18] et Ibn al-Qayyîm dans Hâdi-l-arwâh et Shifâ’ ul-‘alîl – qui évoquent cet avis en argumentant en sa faveur – Sharaf al-Dîn al-Munâwî et son descendant ‘Abd al-Ra’ûf al-Munawî dans Fayd al-Qadîr, l’imâm zaydite proche du sunnisme Muhammad Ibn Ibrâhîm Ibn al-Wazir (m. 840 H/1436)[19] était aussi de cet avis, et d’autres, ainsi que l’éminent Emir Abd al-Qâdir al-Jazairi dans son Kitâb al-Mawâqif. Ce qu’expliquent aussi des savants comme Abû Hâmid al-Ghazâlî, Ibn ‘Arabî et Ibn al-Qayyîm par exemple[20], en se fondant notamment sur certains Noms divins et ahadiths qudsî, c’est qu’Allâh est le Maître éducateur, et est tel un Médecin envers les créatures malades. Sa Miséricorde donc, embrasse toute chose, et en tant qu’Educateur, Il se doit aussi de punir les criminels ou les négateurs orgueilleux, afin de rétablir et de protéger les droits des gens lésés d’une part, et enfin d’autre part, de purifier les désobéissants afin de les éduquer et de les réintégrer dans quelque sorte dans Sa Miséricorde et dans leur prédisposition originelle (la fitra), et pour eux, donc, l’Enfer sera comme une prison (parfois sans ressentir la douleur), et comme un lieu de purification pour soigner leurs scléroses – ce qui comme dans le cas d’une opération médicale – servira à les guérir même si cela doit passer par un certain degré de souffrance par rapport à leur ego et à la hauteur des crimes et péchés qu’ils ont commis. Ibn ‘Arabî se fonde aussi sur ce passage qurânique, pour établir qu’Allâh, dans Sa « nature », est enclin à pardonner, comme Il le commande à Ses serviteurs : « Ceux qui disputent à propos de Nos preuves savent bien qu’ils n’ont pas d’échappatoire. Tout ce qui vous a été donné [comme bien] n’est que jouissance de la vie présente; mais ce qui est auprès d’Allâh est meilleur et plus durable pour ceux qui ont cru et qui placent leur confiance en leur Seigneur, qui évitent [de commettre] des péchés les plus graves ainsi que les turpitudes, et qui pardonnent après s’être mis en colère, qui répondent à l’appel de leur Seigneur, accomplissent la Salât, se consultent entre eux à propos de leurs affaires, dépensent (d’une excellente façon) de ce que Nous leur attribuons, et qui, atteints par l’injustice, ripostent. La sanction d’une mauvaise action est une mauvaise action [une peine] identique. Mais quiconque pardonne et réforme, son salaire incombe à Allâh. Il n’aime point les injustes ! Quant à ceux qui ripostent après avoir été lésés, …ceux-là pas de voie (recours légal) contre eux ; Il n’y a de voie [de recours] que contre ceux qui lèsent les gens et commettent des abus, contrairement au droit, sur la terre : ceux-là auront une correction douloureuse. Et celui qui endure et pardonne, cela en vérité, fait partie des bonnes dispositions et de la résolution dans les affaires » (Qur’ân 42, 35-43). Les « criminels » auront donc ce qu’ils méritent dans l’Au-delà, et après avoir été corrigés – sauf si Allâh en décide autrement – à la mesure de leurs méfaits commis sur Terre, le Pardon divin, et/ou Sa Miséricorde, pourront les embrasser également, et Allâh sait mieux.

Si l’islam « abroge », rappelle et synthétise en même temps les autres Législations divines en cette fin cycle (tout confirmant leur origine divine et leur validité au sein de leur propre cycle), et possède donc la précellence et une certaine supériorité cyclique et doctrinale sur les autres traditions[21], et qu’il n’est théologiquement pas autorisé, en Islam, de prétendre que suivre une autre religion que l’Islam est valide et orthodoxe – sachant qu’en l’Islam réside tout le bien là où les autres religions ont perdu de leur superbe et de leur pureté originale (dans la Loi, la Voie spirituelle, la Langue sacrée, la doctrine théologique, les rites, les principes métaphysiques, la Révélation, etc.) -, et bien qu’ici-bas les gens sont libres de changer de Religion en âme et conscience, tout en devant assumer leur choix devant Allâh le Jour du Jugement, la question du Salut post-mortem est cependant différent. Allâh dénonce par ailleurs, cette mentalité « exclusiviste » et binaire, de certains religieux, qui prétendent savoir (et juger en dehors d’Allâh !) qui sera pardonné par Lui ou non, alors que cela relève de la prérogative d’Allâh Seul ! : « Et ils ont dit : « Nul n’entrera au Paradis que Juifs ou Chrétiens ». Voilà leurs chimères. – Dis : « Donnez votre preuve, si vous êtes véridiques ». Non, mais quiconque soumet à Allâh son être tout en faisant le bien, aura sa rétribution auprès de son Seigneur. Pour eux, nulle crainte, et ils ne seront point attristés. Et les Juifs disent : « Les Chrétiens ne tiennent sur rien » ; et les Chrétiens disent : « Les Juifs ne tiennent sur rien », alors qu’ils lisent le Livre ! De même ceux qui ne savent rien tiennent un langage semblable au leur. Eh bien, Allâh jugera sur ce quoi ils s’opposent, au Jour de la Résurrection » » (Qur’ân 2, 111-113). Le passage « de même ceux qui ne savent rien » peut donc désigner les hindous, déistes, idolâtres, athées (même s’ils disent renier Allâh et ne pas croire à l’Au-delà, ils n’hésitent pas à donner leurs opinions sur ces questions), les autres et les Musulmans qui tiendraient le même genre de discours. L’Islam est bien la Religion complète et parachevée par Allâh, et l’Ultime Révélation pour notre cycle. Si tous les Prophètes avaient la même Religion (au sens de « Dîn »), tous avaient leur propre loi (shar’) adaptée à leur peuple et mentalité. La seule qui soit donc totalement agrée par Allâh, est bien l’Islam, au sens de « Dîn » (Religion) et de Loi divine (Sharî’ah) : « Aujourd’hui j’ai parachevé pour vous votre religion, j’ai complété mon bienfait sur vous et j’ai agrée pour vous l’islam comme religion » (Qur’ân 5, 3), et sur la Tradition primordiale (Dîn ul-Qayyîm) professée par tous les Prophètes : « Dirige tout ton être vers la Religion exclusivement [pour Allâh], telle est la Tradition primordiale qu’Allâh a originellement donnée aux gens – pas de changement à la création d’Allâh -. Voilà la religion de droiture ; mais la plupart des gens ne savent pas » (Qur’ân 30, 30). Le Prophète (ﷺ) a dit : « Je suis la personne la plus en droit de Issâ Ibn Maryam dans l’ici-bas comme dans l’au-delà et les prophètes sont des demi-frères : leurs mères sont différentes et leur religion est unique »[22]. Leurs mères symbolisant aussi ici « les lois », tandis que leur Religion s’apparente à la Tradition primordiale/immuable qui englobe les valeurs morales, les rites fondamentaux, les principes métaphysiques, les fondements de la doctrine théologique et de la Voie spirituelle, etc., qui ne varient pas dans le temps et l’espace, contrairement aux dispositions juridiques et politiques. Tous les Prophètes enseignaient donc, à leur communauté, le même Message dans son essence, mais selon une forme particulière adaptée à l’ensemble des gens de leur communauté : « Nous avons envoyé dans chaque communauté un Messager, pour leur dire : « Adorez Allâh et écartez-vous du Taghût » (Qur’ân 16, 36), le Taghût étant tout ce qui dépasse les limites autorisées, et qui transgresse donc l’Ordre divin, à savoir le shaytân, le shirk à travers les idoles, le kufr, l’injustice, la tyrannie, l’oppression, l’orgueil, etc.

Quand il s’agit d’une promesse du Paradis, Allâh la tient et qualifie cela de Don ininterrompu sans fin, tandis que pour Sa Correction et sanction, Il peut s’en abstenir de l’exécuter, l’abroger ou l’annuler. Enfin, « Ma Miséricorde embrasse toute chose » (Qur’ân 7, 156) et « Ma Miséricorde et Mon Amour transcendent, précèdent, surpassent et l’emportent sur Ma Rigueur »[23] et cela parce que la Rigueur est liée aux choses accidentelles (les dérives issues de l’ignorance et de la faiblesse des jinns et des humains) tandis que Sa Miséricorde est liée à l’essence des êtres créées qui sont le fruit de Son Amour et de Sa Volonté, et de la dignité de leur filtra originelle. Cette notion, évoquée par un certain nombre de théologiens et d’exégètes musulmans, est appelée « khulf al-waʿīd » (renoncer à appliquer Sa Correction, ce qui relève purement de Sa Volonté), le fait qu’Allâh peut renoncer à appliquer Sa Correction, bien que cela relève de Son Droit, mais ne relevant pas d’une nécessité ou d’une promesse qu’Il se doit de respecter, contrairement à la Promesse de guidance, de Paradis, de Pardon, de Miséricorde, etc., à ceux qui se conforment à Sa Loi et qui L’invoquent sincèrement.

  Ibn al Qayyim cite aussi dans Al-Wâbil us-sayyib par ailleurs des ahadiths prophétiques et propos de Compagnons comme Abû Hurayra, Abû Miljaz, Ibn Zayd, ‘Umar ibn al-Khattâb (bien que la chaine soit faible), Abdullâh ibn ‘Amr Ibn il-‘As (la chaine est faible aussi), indiquant le caractère périssable de l’Enfer (ou du châtiment de l’Enfer). Et Ibn al Qayyim dans Hâdi-l-arwâh (p. 528) conclut sur cette question en disant : « Si on me demande : « Où donc vous arrêtez-vous au sujet de cette question, qui est plus importante que ce monde lui-même ? Je dirai : « Je m’arrête à ce sujet à (ce que contient) la Parole d’Allâh, Béni et Elevé : « Ton Seigneur est faiseur de ce qu’Il veut ». C’est là que s’est arrêté le Chef des Croyants Alî ibn Abî Tâlib (qu’Allâh l’agrée) : il a parlé de l’admission des Gens du Paradis au Paradis, et des Gens de l’Enfer en Enfer, ainsi que ce que ceux-ci et ceux-là y vivront, puis a dit : « Ensuite Allâh fera ce qu’Il veut ». C’est même plutôt là que toutes les créatures s’arrêtent. Ce que nous avons dit au sujet de cette question, et même au sujet de tout ce que contient (mon) livre (que voici), et qui est correct, cela provient de la faveur d’Allâh, Pur et Elevé, et c’est Lui qui m’en a fait la faveur. Et ce que nous avons dit d’erroné, cela provient de moi et du Shaytan ; Allâh et Son Messager en sont innocents. Et Allâh est auprès de la langue, du coeur et de l’intention de chaque personne qui prononce des paroles. Allâh sait mieux ».

  De même, selon une parole attribuée à l’imâm ‘Alî : « Quand bien même les gens du feu seront pardonnés, n’auraient-ils par raté le privilège de faire le bien ici-bas ? »[24].

 Le Shaykh Ibn ‘Arabî a dit : « J’ai assisté dans la ville de Cordoue à une assemblée : Allâh m’a fait voir les plus éminents de Ses Envoyés, depuis Adam jusqu’à notre Prophète – la Paix soit sur lui et sur eux ! Parmi eux, Hûd m’adressa la parole et m’informa de la cause de leur rassemblement : ils s’étaient rassemblés pour intercéder en faveur de Hallâj auprès de notre Prophète Muhammad – sur lui la Paix !

En effet, (Hallâj) avait manqué de politesse en disant, alors qu’il vivait en ce monde, que l’Envoyé n’avait pas eu une aspiration à la hauteur de son rang. On l’interrogea : « Pourquoi dis-tu cela ? » Il répondit : « Parce qu’Allâh le Très-Haut a dit : « Et ton Seigneur te fera don, de sorte que tu seras satisfait » (Qur’ân 93, 5) (1). Or, il lui revenait de ne pas se satisfaire tant qu’Allâh n’aurait pas accepté son intercession pour tout (être) incroyant (kâfir) ou croyant ; au lieu de cela, il s’est borné à demander de pouvoir intercéder pour les grands pêcheurs de ma (sa) communauté ».

Quand il eut proféré ces paroles, l’Envoyé d’Allâh lui apparut et lui dit :

– Ô Mansûr (2), est-ce toi qui m’as blâmé à propos de mon intercession ?

– Ô Envoyé d’Allâh, il en fut ainsi.

– N’as-tu pas entendu que mon Seigneur – qu’Il soit glorifié et magnifié – a dit : « lorsque J’aime un serviteur, Je suis son ouie, sa vue, sa langue et sa main » ?

– Bien sûr, ô Envoyé d’Allâh.

– Si je suis moi-même le Bien-Aimé d’Allâh (habîb Allâh), c’est bien Lui qui parle par ma bouche. C’est donc Lui qui intercède et auprès de qui se fait l’intercession. Je suis un néant (‘adam) au sein de Sa Réalité (wujûdi-Hi). Quel blâme y-a-t-il donc contre moi, ô Mansûr ?

– Ô Envoyé d’Allâh, je me repens de cette parole que j’ai dite. Qu’elle sera l’expiation de ma faute ?

– Immole ton âme pour Allâh !

– Comment ferai-je ?

– Tue ton âme au moyen de l’épée de ma Loi (sayf sharî’atî) !

Il en fut de la façon que l’on sait. Hûd – sur lui la Paix ! – dit alors : « Depuis qu’il a quitté ce monde, (Hallâj) demeure voilé à l’égard de l’Envoyé d’Allâh (3). C’est pourquoi la présente assemblée a pour but d’intercéder en sa faveur auprès de lui – qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et sa paix ! – »

Depuis le moment où il a quitté ce monde jusqu’à celui où s’est tenue l’assemblée mentionnée ici, il s’est écoulé plus de 300 ans ».

(1) Ce récit d’Ibn Arabî est inclus dans le commentaire qu’Ismâ’îl Haqqî donne de ce verset. L’allusion à la Station Louangée est indiquée, de manière plus précise encore par le verset précédent : « Et en vérité, la vie future est meilleure pour toi que la première (vie) » (Qur’ân 93, 4).

(2) Son nom est al-Hussayn ibn Mansûr al-Hallâj.

(3) « Cette phrase montre que, en dépit de son expiation, Hallâj n’était toujours pas « rentré en grâce » auprès de l’Envoyé d’Allâh au moment de la « vision de Cordoue ». En effet, il y a lieu d’envisager une seconde faute, consécutive à la première, qui consiste dans le fait que Hallâj a maintenu volontairement une certaine équivoque sur la raison réelle de son supplice, de telle sorte que le désordre engendré par son attitude a pris une dimension cyclique et s’est prolongée jusqu’à nos jours »[25]. Le Shaykh al-Akbar conclut en corrigeant l’erreur commise par Al-Hallâj, qui ignorait que le Prophète Muhammad, dont l’Humanité est issue de sa lumière (octroyée par Allâh), a été envoyé pour l’ensemble des mondes et que son intercession sera universelle : « Et nous ne t’avons (ô Muhammad) envoyé (essentiellement) que comme Miséricorde et Amour-Rayonnant pour les mondes » (Qur’ân 21, 107) ; « Et sachez que le Messager d’Allâh est en vous et avec vous … » (Qur’ân 49, 7) ; « Ô Prophète ! Nous t’avons envoyé [pour être] témoin, annonciateur, avertisseur, appelant (les gens) à Allâh, par Sa permission ; et comme une lampe éclairante » (Qur’ân 33, 45-46),

Le Shaykh al-akbar (Ibn ‘Arabî) rapporte en une autre occasion dans ses Futûhât al-Makkiyya : « Sahl ibn ʿAballâh (al-Tustarî), notre savant et guide (ʿâlimu-nâ wa-imâmu-nâ), a dit : « J’ai rencontré Iblîs et savais qui il était, et lui savait que je savais. Nous nous sommes regardés mutuellement, puis il m’adressa la parole, et je lui adressai la parole. La discussion entre nous s’est élevée, et une dispute s’est engagée. J’étais stupéfait et il était stupéfait. La dernière chose qu’il m’a dite était alors : « ô Sahl, Allâh le Puissant et Majestueux a dit : « Ma miséricorde embrasse toute chose (wa-rahmatî wasiʿat kulla shay’) », ce qui est une affirmation de portée générale. Or il ne t’échappe pas que je suis l’une de ces choses » sans le moindre doute. Le mot « tout » (kull) implique l’universalité et le mot « chose » (shay’) représente ce qu’il y a de plus indéterminé. Sa Miséricorde m’embrasse donc ». Sahl répondit : « Je ne pensais pas que ton ignorance irait jusqu’à ce point ». Iblîs dit : « Je ne pensais pas que tu en serais là. Ne sais-tu pas, ô Sahl, que la limitation est ton attribut, non le Sien ? ». (…) Je sus alors qu’Iblîs possédait une science incontestable et que, sur ce point, c’est lui qui avait été le maître de Sahl » (…) ».

Nous terminerons ce point en citant la position de l’Emir ‘Abd al Qadîr, qui était un maître spirituel et un savant exotérique (théologien, muhhadîth, juriste et exégète du Qur’ân) descendant du Prophète Muhammad (ﷺ), dans son Kitâb al-Mawâqif au Mawqîf 205 « Nous t’avons accordé une victoire éclatante » :

« Sache donc qu’en définitive, les pécheurs de cette communauté obtiendront le pardon et la félicité tant convoitée et parviendront au but final. Sans doute nombre d’entre eux auront-ils encore besoin d’une purification et d’un polissage [douloureux] ; mais cela n’enlève rien à la rémission qui leur sera finalement consentie, surtout si l’on considère le sort des membres des autres communautés ayant commis des fautes similaires. Il est possible cependant que cette victoire soit à entendre dans un sens plus large et qu’elle ait une portée universelle ; auquel cas son annonce serait non seulement destinée au Prophète – sur lui la grâce et la paix – mais encore à tous les autres envoyés qui, du premier au dernier d’entre eux, sont tous ses substituts et ses lieutenants. L’Envoyé d’Allâh – sur lui la grâce et la paix – n’a-t-il pas dit en effet : « Je n’ai été envoyé que pour parfaire la noblesse des mœurs », les mœurs désignant en fait les Lois divines. Il est donc venu tout d’abord révéler les Lois antérieures sous la forme de l’entité spirituelle des prophètes, et c’est encore lui qui a achevé [le cycle] de la Révélation en se manifestant sous sa propre forme corporelle – sur lui la grâce et la paix. Abû Nu’aym rapporte ainsi dans son Hilyat (al-Awliyâ’) que le Prophète « était déjà Prophète alors qu’Adam était entre l’eau et l’argile ».

Quant aux héritiers achevés (al-waratha al-kummal), ils ont part eux aussi à cette victoire éclatante qu’Allâh – exalté soit-Il – a accordée à son Envoyé – sur lui la grâce et la paix. Certains (dont Muhyî al-Dîn al-Hâtimî, ‘Abd al-Karîm al-Jîlî, le pôle ‘Ali Wafâ et d’autres – qu’Allâh accorde à tous Son Agrément) ont parlé de l’universalité de la Miséricorde [divine] et de la félicité éternelle qui finira par englober même ceux qui ont été précipités dans le feu (lequel n’est qu’un support de manifestation de la Science divine). Et qu’on n’aille pas s’imaginer que cette doctrine est exclusivement professée par les « gens du dévoilement » (ahl al-kashf), et que de tels propos viennent contredire le consensus de la communauté [sur la perpétuité du châtiment], car nous allons le voir, [même chez les docteurs de la Loi] il n’y a pas unanimité en la matière.

Sharaf al-Dîn al-Munâwî, rapporte ces propos du traditionniste et shaykh al-Islâm Ibn Taymiyya : « Certaines traditions prophétiques venant de transmetteurs [aussi fiables] qu’Ibn ‘Umar, Ibn Mas’ûd, Abû Sa’îd [al-Khudrî] et bien d’autres encore tendent à indiquer qu’en dernier ressort, toutes les créatures seront sauvées du feu, que celui-ci serait anéanti et avec lui, les tourments qui y sont infligés.

De son côté, ‘Abd ibn Hamîd nous rapporte la tradition suivante par 2 chaînes de transmetteurs tous fiables : « Quand bien même les gens du feu y demeureraient aussi longtemps qu’il y a de grains de sable dans un tas immense, viendra cependant un jour où ils en sortiront ». De nombreux imâms ont fait usage de ce hadîth sans jamais remettre en cause sa validité.

« Par « gens du feu », poursuit Ibn Taymiyya, il faut comprendre ceux qui [en vertu de leur constitution] en sont les habitants « naturels ». Quant à ceux qui n’y séjourneront qu’en raison de leurs péchés, il leur a été assuré qu’ils n’y demeureront pas aussi longtemps qu’il y a de grains de sable dans un tas immense, ni même une durée qui se rapproche de celle-ci ; au reste, l’emploi du mot « gens » [du feu] exclut qu’il puisse s’agit là de croyants [même si ces derniers peuvent y faire un séjour temporaire], ainsi que cela est confirmé par de nombreuses traditions. Cela ne contredit cependant en rien l’affirmation contenue dans des versets tels que : ils y demeureront indéfiniment[26], ou : on ne les en fera pas sortir (Qur’ân 15, 48) ; ce dont Allâh nous a informés [dans le Qur’ân] est une vérité indiscutable !

Cela signifie simplement que lorsque le feu aura atteint le terme qui lui a été imparti, et qu’il aura été anéanti comme ce monde lui-même, il n’en restera rien, ni par conséquent du châtiment. Il a été rapporté par diverses chaînes de transmission ces paroles d’Ibn ‘Umar : « Viendra un jour où les portes de l’Enfer claqueront [au vent] alors qu’il sera vidé [de ses habitants]. » Cela ne se produira qu’après que les gens y soient demeurés durant des générations. Ibn Mas’ûd a tenu des propos analogues. ‘Abd Ibn Hamîd rapporte, quant à lui, de transmetteurs fiables : « Des deux demeures [de l’au-delà] la Géhenne est la plus rapidement construite et la plus rapidement détruite… ». Ibn Maradwayhi tient pour sa part de Jâbir cette tradition qu’il fait remonter au Prophète (yarfa’uhu) commentant le verset qurânique Quant aux réprouvés, ils seront dans le feu (Qur’ân 11, 106) : « Si Allâh veut faire sortir des réprouvés du feu et les introduire en Paradis, Il le fera ».

Où est donc le consensus ? Il faut vraiment tout ignorer des clauses de la discussion et de l’argumentation pour s’imaginer qu’il y a à ce sujet un consensus quelconque. Ibn al Qayyim – un des chefs de file de l’école hanbalite, connu pour sa science et sa piété – a par ailleurs mentionné toutes ces traditions, en confirmant la validité de leurs chaînes de transmission et en réfutant les arguments de ceux qui les mettaient en cause.

Et te guide sur une Voie droite : qu’Il te fasse parvenir au but, par une guidance qui conduit à l’Union, au dévoilement, et à une victoire éclatante, afin que tu connaisses le destin de ta communauté et que tu contemples son aboutissement (litt : son lieu de retour) ; afin aussi que tu constates qu’il s’agit bien d’une Voie droite dont le début coïncide avec sa fin : la rectitude (istiqâma) d’une chose n’est-elle pas fonction de ce que l’on attend d’elle ? La régularité (litt : la rectitude) du cercle, par exemple, veut en effet que le premier des points de sa circonférence coïncide avec le dernier. Aussi, un cercle qui décrirait une ligne droite serait-il dépourvu de toute régularité ; de même, si cette Voie suivait une ligne droite, elle se priverait de lexistence en tombant dans le néant. Sa régularité exige donc de ramener [chaque être] à son point de départ, tout comme un cercle fait se rejoindre ses deux extrémités ».

Et au Mawqif n°76 sur « Qui mérite donc la Correction (divine) » il dit : « Tandis que je me trouvais dans la Mosquée sacrée (Ka’aba), je fus ravi à moi-même et reçus cette inspiration sous forme de question : La foi dans le Paradis et l’Enfer, ainsi que la doctrine en un châtiment sensible sont des éléments fondamentaux de notre religion ; comme tels, ils sont connus de l’ensemble des musulmans, à tel point que quiconque remettrait en cause ces dogmes serait unanimement considéré comme un mécréant. D’autre part, il est établi que l’être humain est composé des éléments suivants :

– une forme [sûrah] corporelle constituée d’os, de chair, de sens externes et internes, de membres tels que les mains, les pieds, les yeux, les oreilles, [une langue] etc.

– une âme animale soumise à des passions inférieures (rûh hayawâniyyah safliyyah). Elle est le siège du désir et ses attributs nous sont communs avec les animaux.

– un esprit saint et supérieur (rûh qudsiyyah ‘ulwiyyah), qui est le siège de la science au sein de cette forme corporelle. C’est à lui que s’adresse le discours divin [al-khitâb] : l’esprit le saisit et doit y donner une réponse.

Laquelle de ces 3 modalités de l’être humain doit subir le châtiment divin ? Les membres corporels et les sens ? Allâh dit pourtant dans le Qur’ân : Le Jour où leurs langues, leurs mains et leurs pieds témoigneront à leur encontre des œuvres qu’ils ont accomplies (Qur’ân 24, 24). Et aussi : Leur ouïe, leur vue et leur peau témoigneront contre eux (Qur’ân 41, 20).

Or, un témoin véridique doit être traité avec égard, et ne pas être victime de l’opprobre : comment donc ces membres pourraient-ils subir le châtiment du feu. On dira alors que c’est l’âme animale, brute et concupiscente qui sera châtiée. Mais comment cela est-il possible ? Dépourvue de perception [intellectuelle], cette âme ignore les ordres d’une Loi qui ne s’adresse pas à elle. Du reste, si cette modalité de l’homme était soumise aux impératifs de la Loi, les bêtes de somme y seraient également soumises. Or, il n’est aucun savant, quelle que soit son orientation au sein de l’Islam, pour soutenir cela : l’âme animale ne peut faire autrement que d’exiger ce qui est conforme à sa nature et elle n’a aucune connaissance de ce qui est au-delà !

Soutiendra-t-on dans ce cas que c’est l’Esprit [de l’homme] saint et supérieur, saisissant le discours divin et qui est tenu de lui répondre qui aura à subir un châtiment. Comment cela serait-il possible, alors qu’Allâh affirme dans le Qur’ân : Et Je lui ai insufflé Mon Esprit (Qur’ân 38, 72). Et aussi : Dis : L’Esprit procède du Commandement de mon Seigneur (Qur’ân 17, 85).

« L’Esprit d’Allâh » et Son Commandement, pourraient-ils réellement être châtiés alors qu’ils sont attribués à Allâh – avec toute la noblesse qu’une telle attribution nous fait assentir ? Répondez-moi donc, vous en serez récompensés, et mettez un terme à notre perplexité !

Je reçus alors pour toute réponse : Une telle question ne saurait être élucidée par écrit. Sa réponse se transmet uniquement de bouche à oreille (litt : de bouche à bouche) et de cœur à cœur (anna jawâbu hazâ as-su’âl lâ yajrî bihi qalam wa innamâ yakûnu min qalbin ilâ qalb wa min famin ilâ fam) ».

Les versets les plus durs envers les incroyants, concernent ceux qui ont eu accès à la Vérité, et qui ont préféré tourné le dos, dissimuler la Vérité, combattre les croyants, attaquer ou tuer les Prophètes, répandu la corruption et la guerre sur la terre, abuser des gens en les maltraitant ou en les égarant volontairement afin de les tromper et de les asservir : « Ceux qui ne croient pas aux signes d’Allâh, tuent sans droit les prophètes et tuent les gens qui commandent la justice, annonce-leur une Correction terrible » (Qur’ân 3, 21) ; « Ceux qui préfèrent la vie d’ici-bas à l’au-delà, obstruent aux gens le Sentier d’Allâh et cherchent à le rendre tortueux et douloureux (par le mensonge et l’oppression), ceux-là sont loin dans l’égarement » (Qur’ân 14, 3) ; « C’est pourquoi Nous avons prescrit pour les Enfants d’Israël (et à l’ensemble des croyants) que quiconque tuerait une personne non-coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué toute l’Humanité. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à toute l’Humanité. En effet Nos messagers sont venus à eux avec les preuves. Et puis voilà, qu’en dépit de cela, beaucoup d’entre eux se mettent à commettre des excès et des méfaits sur la terre. La récompense de ceux qui font la guerre contre Allâh et Son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption, le désordre, la terreur et le chaos sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays (afin d’empêcher leurs méfaits et de les éloigner). Ce sera pour eux l’ignominie ici-bas; et dans l’au-delà, il y aura pour eux une énorme correction, excepté ceux qui se sont repentis avant de tomber en votre pouvoir: sachez qu’alors, Allâh est Pardonneur et Miséricordieux » (Qur’ân 5, 32-34). La « corruption » ici, désigne donc ceux qui veulent imposer aux gens la mécréance, l’idolâtrie et l’oppression, en même temps que combattre les Prophètes ou leurs Messages fondés sur le respect du Sacré et du Divin, la justice entre les gens, la sagesse et la bienfaisance, et qui vont jusqu’à tuer les croyants ou les incroyants innocents sur terre, pour répandre leurs idéologies délétères. Il s’agit donc de blâmer ici ceux qui, parmi les dénégateurs, sèment le chaos, le meurtre, la mécréance et la terreur sur terre, et non pas uniquement les simples incroyants (qui sont pacifiques ou qui du moins, ne sont pas meurtriers ni agressifs ou malveillants dans leur prosélytisme.


La vision de l’Islam sur le vivre-ensemble

Sur le vivre-ensemble, le Qur’ân dit textuellement aux Musulmans de :

  • Ne pas combattre ceux qui ne vous combattent pas.
  • Ne plus attaquer ceux qui ont déposé les armes envers vous et qui vous proposent la paix.
  • Être juste et bienfaisant envers les non-musulmans qui ne vous ont pas combattu ou expulsé de vos demeures.
  • Respecter son voisin et leur proposer de quoi manger ou votre aide s’ils en ont besoin (qu’ils soient juifs, chrétiens ou autres).
  • Si le combattant ennemi dépose les armes avant qu’on lui mettre la main dessus, on doit le conduire et l’escorter jusqu’à son lieu de sécurité.
  • Si le combattant sur le champ de bataille est capturé, on peut le libérer gratuitement (si aucune crainte du danger pour la nation) soit contre une rançon (en temps de guerre), soit il sera exécuté si la famille de la victime l’exige (si le combattant a tué des innocents et que la famille réclame la loi du talion). En attendant il sera bien traité et nourri jusqu’à sa sentence.
  • La fitna (chaos, persécution, oppression, désordre, trouble, etc. et non pas seulement idolâtrie) est pire que le meurtre isolé, car un assassin on peut facilement le neutraliser, mais une guerre est difficilement gérable pour éviter les meurtres et dérives de masse.
  • Tant que les non-musulmans sont droits envers nous et qu’ils respectent les traités, nous devons les respecter nous ici et nous montrer justes et équitables envers eux, même s’ils nous ont fait du mal auparavant.
  • Même si un parent non-musulman veut nous imposer la mécréance, on se doit de les traiter avec respect sans pour autant leur obéir dans ce qui constitue un péché ou une croyance idolâtre ou superstitieuse.

L’éthique islamique de la guerre, lorsque les Musulmans remportent le combat ou qu’ils ont le dessus : « S’ils s’écartent de vous sans avoir eu à vous combattre, et s’ils vous proposent la paix, alors Allâh n’établira pour vous aucun recours (hostile) contre eux (pour les combattre) » (Qur’ân 4, 90), c’est-à-dire qu’il n’est plus permis de les combattre s’ils se retiennent de combattre les croyants ou les incroyants sous notre responsabilité.

« Et si l’un des associateurs (qui a renoncé au combat) te demande asile, accorde-le lui, afin qu’il entende la parole d’Allâh, puis fais-le parvenir à son lieu de sécurité. Car ce sont des gens qui ne savent pas » (Qur’ân 9, 6).

« Et s’ils inclinent à la paix, incline vers celle-ci (toi aussi) et place ta confiance en Allah, car c’est Lui l’Audient, l’Omniscient. Et s’ils veulent te tromper, alors Allah te suffira. C’est Lui qui t’a soutenu par Son secours, ainsi que par (l’assistance) des croyants » (Qur’ân 8, 61-62).

« Il se peut qu’Allâh établisse de l’amitié entre vous et ceux d’entre eux dont vous avez été les ennemis. Et Allâh est Omnipotent et Allâh est Pardonneur, Très Miséricordieux et Très-Rayonnant d’Amour. Allâh ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures – car Allâh aime les justes et les équitables -. Allâh vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes » (Qur’ân 60, 7-9). Et un exemple qui a illustré la révélation de ce passage qurânique  est celui-ci, où la mère d’Asmâ’ bint Abi Bakr qui était toujours idolâtre et non-musulmane en l’an 630 (soit environ 2 ans avant la mort du Prophète, à la fin de la période médinoise), sa mère (qui vivait au milieu de gens faisant la guerre au Prophète, à Abû Bakr et à ses propres enfants !), se déclarant pourtant elle-même (à ce moment-là) hostile à l’Islam, vint la voir à Médine et réclamait de sa fille de lui offrir un cadeau. Asmâ’, embarrassée, demanda conseil au Prophète Muhammad (ﷺ) : « « Ô Messager d’Allâh, ma mère mécréante est venue me voir. Puis-je la recevoir et entretenir des (bonnes) relations avec elle malgré sa mécréance ? ». Ce à quoi le Prophète (ﷺ) répondit : « Oui, sois bonne et gentille avec ta mère » »[27]. Nous avons donc ici un exemple du fait que, même si la personne est mécréante – membre de la famille ou non – et qui de plus a rejoint le camp des ennemis idolâtres tout en détestant l’islam, mais qui se présente à un(e) musulman(e) dans le cadre d’une rencontre pacifique, non seulement cette personne ne doit pas être combattue, mais elle doit aussi être traitée avec gentillesse, courtoisie et bonté surtout s’il s’agit de sa propre mère -. Cette attitude pieuse et courtoise envers les parents non-musulmans, même si ceux-ci veulent nous éloigner de l’Islam ou nous imposer leur propre idéologie ou croyance contraires à l’islam, est confortée par le Qur’ân également : « Et Nous avons enjoint à l’être humain de bien se comporter envers ses père et mère, et « si ceux-ci (les parents) te forcent à M’associer (à commettre de l’idolâtrie), ce dont tu n’as aucun savoir, alors ne leur obéis pas en cela (le shirk ou tout acte répréhensible et mauvais) ». Vers Moi est votre retour, et alors Je vous informerai de ce que vous faisiez. Et quant à ceux qui croient et font de bonnes œuvres, Nous les ferons certainement entrer parmi les gens de bien » (Qur’ân 29, 7-9). Ici aussi, qu’ils soient croyants ou non, le bon comportement est une obligation envers eux : « Ton Seigneur a ordonné de n’adorer que Lui. Il a prescrit d’être bon et bienfaisant envers ses père et mère. Soit que l’un d’eux ait atteint la vieillesse, ou que tous deux y soient parvenus, étant à ta charge, garde-toi de marquer la moindre répulsion à leur égard ou de leur manquer de respect. Parle-leur toujours affectueusement. Fais preuve, à leur égard, d’humilité pour leur témoigner ta tendresse et dis : Seigneur ! Aie pitié d’eux comme ils l’ont été pour moi, lorsqu’ils m’élevèrent tout petit » (Qur’ân 17, 23).

 On voit donc, que dans le Qur’ân, le combat n’est pas autorisé ou encouragé en raison de la croyance des gens, mais plutôt contre les comportements déviants, hostiles et belliqueux des uns ou des autres. Le combat est prescrit uniquement contre ceux qui déclenchent les guerres et les hostilités armées et politiques : « Combattez dans le sentier d’Allâh ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes. Allâh n’aime pas les transgresseurs ni les agresseurs » (Qur’ân 2, 190). L’imâm et exégète At-Tabarî dans son Tafsîr (2/190) commente en rapportant l’avis de Ibn ‘Abbâs qui dit : « Ne tuez ni femmes, ni enfants, ni vieillards, ni quiconque vient à vous avec la paix et qui retient sa main de vous combattre, car si vous faisiez cela, vous auriez certainement transgressé » ainsi que l’avis de ‘Umar Ibn ‘Abd al-‘Azîz : « Cela fait référence aux femmes, aux enfants et à quiconque ne vous fait pas la guerre parmi eux ».

Il s’agit ici de versets qui sont tous médinois, c’est-à-dire datant de la dernière partie de la mission prophétique et donc de la vie du Prophète (ﷺ), commandements qui ne sont pas abrogés et qui furent appliqués, après lui, par les Califes bien-guidés (Abû Bakr, ‘Umar, ‘Uthmân, ‘Alî et Al-Hassân).

Le Shaykh Ibn Taymiyya a dit dans Al-Nubûwât (1/140) : « (…) les incroyants (non-musulmans) ne sont combattus qu’à condition qu’ils fassent la guerre, comme cela est mentionné par la majorité des savants et comme cela est évident dans le Livre (Qur’ân) et la Sunnah ».

Il est rapporté également que le Calife ‘Umar ibn al-Khattâb a dit : « Ne volez pas le butin, ne trahissez pas l’ennemi (et la parole donnée), ne mutilez pas les morts, ne tuez pas les enfants et craignez Allâh à l’égard des agriculteurs qui ne vous font pas la guerre »[28].

L’imâm Ibn Qudama dit dans Al-Mughnî (7617) dit : « Nous adhérons à la parole d’Umar. Les compagnons du Messager d’Allâh (ﷺ) n’ont pas tué les agriculteurs lorsqu’ils ont libéré les terres parce qu’ils ne se battent pas. En cela, ils ressemblent à des vieillards et à des prêtres (qu’on ne tue pas) ».

Le Prophète (ﷺ) a dit aussi : « Ne tuez pas d’enfants, de femmes ou de travailleurs (qui ne vous combattent pas) »[29], et cela en temps de guerre et sur un champ de bataille, que dire alors en temps de paix ou en dehors d’un champ de bataille où les armes ne devraient jamais se diriger contre les civils et les innocents, à moins qu’ils soient armés pour commettre des méfaits et des agressions. Par contre, dans une situation nocturne, sur un champ de bataille où les forces ennemies ont à leur côté des civils, bien qu’ils ne soient pas permis de les tuer si on sait les distinguer, en cas d’erreurs d’identifications, cela est « excusé » bien que regrettable[30], car impossible de faire autrement, et que c’est « cibler/tirer/dégainer » le premier face à l’ennemi, ou être tué. Il faut cependant tout faire en amont pour éviter les dommages collatéraux et viser les mauvaises cibles, et plus encore, favoriser la paix autant que possible, plutôt que les conflits, comme le Messager d’Allâh (ﷺ) l’a dit : « En vérité, après moi, il y aura des conflits et des affaires difficiles, donc si vous parvenez à y mettre un terme par la paix ou à la maintenir, alors faites-le »[31] ainsi qu’en une autre occasion : « Ne souhaitez pas la rencontre avec l’ennemi (qui souhaite vous combattre) mais souhaitez plutôt la paix, le salut, le pardon et la préservation. Mais si vous le rencontrez (car cette situation vous est imposée), alors soyez fermes et endurants, et sachez que le Paradis se trouve à l’ombre des sabres (car cela conduit au martyr pour lutter contre l’oppresseur et l’envahisseur injuste) ! (Puis il a dit) : Ô Allâh ! Toi qui fais descendre le Livre, qui fais se déplacer les nuages et qui défais les coalisés, défais-les et accorde-nous la victoire sur eux ! » »[32].

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « En vérité, le plus tyrannique et rebelle des êtres humains envers Allâh est celui qui tue ceux qui ne l’ont pas combattu »[33] ainsi que : « En vérité, les pires transgresseurs (par rapport aux crimes envers Ses créatures) envers Allâh sont ceux qui tuent dans la Mosquée sacrée, ceux qui tuent celui qui ne l’a pas combattu, ou ceux qui tuent avec la vengeance de l’ignorance »[34].

Lorsque le Prophète (ﷺ) et ses Compagnons sont revenus victorieux à la Mecque à la fin de la période médinoise, sans avoir versé le sang des innocents, il (ﷺ) dit au peuple qui l’avait persécuté, agressé, calomnié, banni et opprimé : « Ô habitants de la Mecque ! Que pensez-vous que je vais faire de vous aujourd’hui ? ». Ils répondirent : « Du bien, car tu es un frère généreux et noble, fils d’un frère généreux et noble ». Le Prophète (ﷺ) reprit : « Je vais vous dire ce que (le Prophète) Yûsuf avait dit à ses frères : « Pas de récrimination contre vous aujourd’hui. Allez-vous-en, vous êtes libres – qu’Allâh vous pardonne – » (cf. Qur’ân 12, 92) »[35].

Gens du peuple, combattants ayant déposé les armes et même certains chefs militaires, doivent être épargnés et ne pas être réprimés lorsque la guerre dépose ses fardeaux. De façon générale, le croyant doit être celui qui se garde le plus de verser le sang des gens et surtout des innocents, conformément à l’enseignement prophétique, car le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Les gens les plus réticents à tuer (les gens innocents) sont les croyants »[36]. Pourquoi ? Car les gens de la foi doivent cultiver en eux le Tawakkûl (la confiance absolue en Allâh), l’amour bienveillant envers les gens, l’indulgence face aux faiblesses d’autrui, l’endurance et la maitrise de soi face à l’injustice, à la colère ou à l’hostilité de certains types de gens. Le musulman doit inspirer la confiance et la bonté aux gens, car cela fait partie de l’Islam. La mère des croyants Aîsha (‘alayha salâm) a rapporté : « J’étais sur un chameau qui se conduisait mal, alors j’ai commencé à lui donner quelques petits coups. Le Messager d’Allâh (ﷺ) m’a dit : « Soyez doux et bons (envers les autres créatures). En vérité, la douceur et la bonté ne se trouvent dans une chose sans qu’elles ne l’embellissent, et ne sont éloignées ou privées d’une chose sans qu’elles ne l’enlaidissent et la déshonorent »[37].

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « ‘Aîsha, vraiment, Allâh est Bon, Doux et Bienveillant, et Il aime ce qui est bon, doux et bienveillant, et accorde par cela ce qu’il n’accorde et ne donne pas par la violence ni pour aucune autre qualité (que cela ; la douceur, la bonté et la gentillesse) »[38].

Le musulman doit aussi se rendre compte qu’il n’est pas là pour condamner ou juger tout le monde, mais pour être un acteur positif dans la société, diminuant ou empêchant l’injustice, mais agissant avec sagesse et douceur pour réformer les âmes, sans être orgueilleux ou dur inutilement envers les gens, au point de les dégoûter ou de les rebuter de la Religion et de la bonne nouvelle qu’est l’Islam, et ce à quoi il invite. Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Enseignez (ce qui est bon et convenable) aux autres. Rendez les choses faciles aux gens et ne leur compliquez pas (inutilement) les choses. Donnez de bonnes nouvelles et ne repoussez pas les gens (par le mauvais comportement et les propos repoussants) au point de les effrayez ou de les rebuter. Coopérez les uns avec les autres (dans ce qui est licite et bon) et ne vous divisez pas. Calmez et apaisez plutôt les gens, et lorsque l’un de vous s’énerve ou se met en colère, qu’il se taise »[39].

L’imâm et Compagnon ‘Alî ibn Abî Tâlib a dit : « Dîtes aux gens ce qu’ils connaissent (de convenable et d’utile), parlez-leur selon leur degré d’entendement et de compréhension, et délaissez ce que leur esprit rejette (si cela n’est pas nécessaire), voudriez-vous qu’Allâh et Son Prophète soient reniés (en les poussant involontairement à les traiter de mensonges) ? »[40].

Le Compagnon ‘Abdullâh Ibn Mas’ûd a dit : « Si tu parles aux gens d’une chose qu’ils ne peuvent pas comprendre, cela sera une épreuve pour certains d’entre eux »[41].

Le Prophète Muhammad (ﷺ) a dit : « Quiconque possède ne serait-ce que le poids d’une graine d’arrogance dans son cœur n’entrera au Paradis ». Un homme a dit : « Mais un homme aime avoir de beaux vêtements et de belles chaussures ». Le Prophète a dit : « En vérité, Allâh est beau et Il aime la beauté. L’arrogance, c’est de refuser la vérité et de mépriser les gens »[42].

Le Prophète Muhammad (ﷺ) a dit : « Certes Allâh est Beau et Il aime la Beauté. Il aime les affaires les plus nobles et réprouve la mesquinerie »[43].

Un croyant est dans l’obligation d’agir de sorte à ce que les gens se sentent en sécurité en sa présence, inspirant ainsi le respect, la confiance et la sécurité. Le Prophète (ﷺ) a dit : « Le musulman est celui dont les gens sont en sécurité et préservés de sa langue (mauvaises paroles et fausses accusations) et de la main (agression physique ou meurtre), et le croyant est celui dont les gens ont confiance en leur vie et en leur richesse (et dans leurs biens) »[44] ainsi que : « Vous informerais-je au sujet du croyant (mû’min) ? C’est celui que les gens ne craignent pas quant à leurs biens et leur propre personne. Et le musulman, c’est celui dont les gens sont épargnés (du mal) de sa main et de sa langue. Et le (véritable) combattant (al mujâhid) est celui qui lutte contre son ego. Et l’émigré (al muhâjir) est celui qui délaisse (quitte) les péchés et les mauvaises actions »[45].

Concernant la légitime défense, cela est évidemment une permission, mais là aussi, Allâh exhorte les croyants à pardonner ceux qui les ont attaqué ou persécuté, lorsqu’ils ne représentent plus de menaces ou qu’ils demandent pardon : « Ceux qui disputent à propos de Nos preuves savent bien qu’ils n’ont pas d’échappatoire. Tout ce qui vous a été donné [comme bien] n’est que jouissance de la vie présente; mais ce qui est auprès d’Allâh est meilleur et plus durable pour ceux qui ont cru et qui placent leur confiance en leur Seigneur, qui évitent [de commettre] des péchés les plus graves ainsi que les turpitudes, et qui pardonnent après s’être mis en colère, qui répondent à l’appel de leur Seigneur, accomplissent la Salât, se consultent entre eux à propos de leurs affaires, dépensent (d’une excellente façon) de ce que Nous leur attribuons, et qui, atteints par l’injustice, ripostent. La sanction d’une mauvaise action est une mauvaise action [une peine] identique. Mais quiconque pardonne et réforme, son salaire incombe à Allâh. Il n’aime point les injustes ! Quant à ceux qui ripostent après avoir été lésés, …ceux-là pas de voie (recours légal) contre eux ; Il n’y a de voie [de recours] que contre ceux qui lèsent les gens et commettent des abus, contrairement au droit, sur la terre : ceux-là auront une correction douloureuse. Et celui qui endure et pardonne, cela en vérité, fait partie des bonnes dispositions et de la résolution dans les affaires » (Qur’ân 42, 35-43).

Voici quelques versets, non-exhaustifs, qui donnent une vision claire et nuancée des relations intercommunautaires et de la bonté qui doit caractériser l’attitude des (vrais) croyants :

« La bonté pieuse (al birr) ne consiste pas à tourner vos visages vers le Levant ou le Couchant. Mais la bonté pieuse est de croire en Allah, au Jour Dernier, aux Anges, au Livre et aux prophètes, de donner de son bien, quelqu’amour qu’on en ait, aux proches, aux orphelins, aux nécessiteux, aux voyageurs indigents et à ceux qui demandent l’aide et pour délier les jougs (affranchir les esclaves), d’accomplir la Salât et d’acquitter la Zakât. Et ceux qui remplissent leurs engagements lorsqu’ils se sont engagés, ceux qui sont endurants dans la misère, la maladie et quand les combats font rage, les voilà les véridiques et les voilà les vrais pieux ! » (Qur’ân 2, 177).

« Au milieu des biens qu’Allâh t’a accordés, recherche la Demeure Dernière. Ne néglige pas ta part de ce bas-monde. Sois bon (à l’égard de Ses créatures) comme Allâh est Bon avec toi. Ne cherche (et ne sème) pas la corruption et le désordre sur la Terre. Allâh n’aime pas ceux qui sèment la corruption et le désordre » (Qur’ân 28, 77).

« (…) ceux qui ont la foi et accomplissent de bonnes œuvres ; puis qui [continuent] d’être pieux et d’avoir la foi et qui [demeurent] pieux et bienfaisants. Car Allâh aime les bienfaisants » (Qur’ân 5, 93).

 « Et si ton Seigneur l’avait voulu, tous les êtres humains peuplant la Terre auraient, sans exception, embrassé Sa foi ! Est-ce à toi de contraindre les hommes à devenir croyants ? » (Qur’ân 10, 99).

« Dis : « Ô négateurs ! Je n’adore pas ce que vous adorez, pas plus que vous n’adorez ce que j’adore ! […] À vous votre religion (dîn), et à moi la mienne ! » (Qur’ân 109, 1-3 et 6).

Dans une fatwa du Shaykh Ahmad Kutty, il écrit : « La liberté de conscience est l’un des droits fondamentaux de l’homme garanti dans le Qur’ân, il est donc absurde de prétendre que l’islam autorise de mettre des gens à mort simplement parce qu’ils se convertissent à une autre religion (…) En pleine conformité avec les enseignements ci-dessus, ni le Prophète, ni aucun des 4 Califes bien guidés qui lui ont succédé n’avaient l’habitude de traquer les gens et de les exécuter pour un simple changement de leurs religions. Au contraire, ils se sont abstenus de le faire, sauf dans de rares cas impliquant la trahison. La trahison, toutefois, est une autre affaire. La punition pour la trahison dans le Qur’ân est aussi stricte que dans la Bible Hébraïque. Mais elle ne doit jamais être confondue avec un simple changement de religion »[46], et on pourrait même dire, que dans les sociétés occidentales actuelles, la trahison politique est l’un des pires crimes qui soit, pouvant conduire à la peine de mort (comme aux Etats-Unis) ou à l’emprisonnement à perpétuité, ou de façon plus officieuse, à l’assassinat politique (déguisé ou non).

« S’ils te contredisent, dis-leur : « Je me soumets à Allâh (Dieu), moi et ceux qui me suivent ». Après quoi, demande à ceux qui ont reçu l’Écriture et aux non-initiés : « Et vous ? Êtes-vous soumis à Allâh (Dieu) ? ». S’ils se déclarent soumis à Allâh, c’est qu’ils ont pris la bonne voie, mais s’ils s’en détournent, rappelle-toi que ton rôle se limite à transmettre le Message. Allâh observe constamment Ses serviteurs » (Qur’ân 3, 20).

« Obéissez donc à Allâh ! Obéissez au Prophète ! Prenez garde ! Mais si vous vous détournez du Seigneur, sachez que Notre Prophète n’a d’autre mission que de vous transmettre clairement le Message » (Qur’ân 5, 92).

« S’ils se détournent de toi, sache que Nous ne t’avons pas envoyé pour assurer leur sauvegarde. Tu n’es chargé que de les avertir. Lorsque Nous accordons à l’être humain quelques faveurs de Notre part, il s’en réjouit, mais aussitôt qu’un malheur l’atteint pour le punir de ses fautes, il fait preuve d’une grande ingratitude » (Qur’ân 42, 48).

« Si donc ces gens-là se tiennent à l’écart, et au lieu de vous attaquer vous offrent la paix, Allâh ne vous donne plus aucun droit de les inquiéter » (Qur’ân 4, 90).


Notes :

[1] Malheureusement on compte encore énormément « d’employés » ou de domestiques traités comme des « esclaves » dans de mauvaises conditions dans le monde. Rien qu’en France, d’après l’Organisation internationale du travail (OIT), il y aurait officiellement au moins 130 000 personnes concernées en 2023. On en trouve aussi en Chine, au Bangladesh, au Royaume-Uni, dans les pays africains, aux Etats-Unis, en Afghanistan, en Israël, en Inde, en Arabie Saoudite, aux émirats arabes unis, en Syrie, en Amérique Latine et ailleurs, parfois aussi par les entreprises occidentales installées en Asie, en Afrique ou au Moyen-Orient. Ce phénomène se compte en plusieurs dizaines de millions « d’esclaves » au sens moderne du terme à travers le monde, dont plusieurs millions en Occident. Pour 2022 en France voir “En 2022, des familles ont des esclaves à domicile en France (14/04/2022)”, https://www.esclavagemoderne.org/2022/04/14/en-2022-des-familles-ont-des-esclaves-a-domicile-en-france-14-04-2022/ ; mais le mauvais traitement concerne aussi des millions d’employés « ordinaires » dans les entreprises, qui sont harcelés, déprimés, maltraités ou mis sous pression.

[2] Rapporté par Al-Hakim at-Tirmidhî dans ‘ilm al-awliyâ’ n°256.

[3] Rapporté par Al-Bazzâr dans son Musnad n°2642, sahîh.

[4] Rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh n°28 selon ‘Abdullâh ibn Amr, ‘Abd ar-Razzâq dans Al-Musannaf n°19439.

[5] Rapporté par Ibn Mâjah dans ses Sunân n°1334, sahîh.

[6] Rapporté par Al-Bazzâr dans son Musnad, Kashful Astar n°30, Ibn Hajar dans Fath al-Bâri hadith n°28, Al-Haythami dans Majma’ az-Zawâ’îd 1/56-57, At-Tabarânî et d’autres, et al-Bukharî dans son Sahîh n°28 sous l’autorité de Ammar Ibn Yasîr, qui le tenait vraisemblablement du Prophète (ﷺ).

[7] Rapporté par Ahmad dans son Musnad n°9880 selon Abû Hurayra, sahîh.

[8] Rapporté par At-Tirmidhî dans ses Sunân n°2263 d’après Abû Hurayra notamment, sahîh.

[9] Rapporté par At-Tirmidhî dans ses Sunân n°1977 avec une bonne chaine selon Ibn Mas’ûd, al-Hakim dans Al-Mustadrak via une chaine sahîh, Al-Ghazâlî dans son Ihyâ’, au Livre sur les dégâts mots, chapitre 7 au sujet de la vulgarité et de l’insulte.

[10] Rapporté par Muslim dans son Sahîh n°2599 selon Abû Hurayra.

[11] Rapporté par Mâlik dans Al-Muwattâ’ n°1614, par Al-Bukharî dans Al-Adab Al-Mufrad n°273.

[12] Rapporté par Muslim dans son Sahîh n°2584.

[13] Rapporté par Ibn Mâjah dans ses Sunân n°3694 selon ‘Abdullah Ibn ‘Amr, sahîh.

[14] Rapporté par At-Tirmidhî dans ses Sunân n°1855 selon ‘Abdullâh ibn Amr, sahîh.

[15] Rapporté par Ibn Hibbân dans son Sahîh n°509, sahîh

[16] Rapporté par Muslim dans son Sahîh n°183, al-Bukhari dans son Sahîh n°7439, Ibn Mâjah dans ses Sunân n°60, Ahmad dans son Musnad n°11898, Ibn Hibbân dans son Sahîh n°7377, par An-Nasâ’î dans ses Sunân n°5010, par Ibn Khuzayma dans At-Tawhîd 2/684 et d’autres à travers Abû Sa’îd al-Khudrî, parfois en citant qu’une (longue) partie du récit qui est très long.

[17] Il informe dans son ouvrage, que les « eaux purificatrices » du Paradis seront déversées sur les gens de l’Enfer – qui y goûteront – une fois que ceux-ci seront purifiés de leurs dernières impuretés (après y avoir demeuré un « long moment »), et seront ainsi englobés dans un degré du Paradis. Cette vision des choses peut ainsi concilier les différents avis chez les exégètes musulmans : la fin du châtiment de l’Enfer mais pas de l’Enfer, la fin de l’Enfer et du châtiment pour ensuite les placer au Paradis, ou la fin de l’Enfer avec ses habitants. Il se peut donc que les « habitants de l’Enfer » parmi les incroyants, seront absorbés eux aussi par le Paradis, en ce sens que le Paradis absorbera l’Enfer, ou plutôt, que l’Enfer sera tellement « rafraichit » et ses « flammes » éteintes par les « eaux du Paradis », qu’ils connaitront eux aussi la félicité, selon leur degré et leur modalité, ce qui au final, peut aussi rejoindre l’avis du Shaykh al-Akbar Ibn ‘Arabî sur le plan exotérique, qui s’appuie par ailleurs sur une lecture littérale et profonde du Qur’ân et de la Sunnah.

[18] Page 52 il dit d’ailleurs : « Il est devenu clair que la parole de l’anéantissement du Paradis n’était connue d’aucun des Salafs, ni des imâms, mais plutôt la parole de Jahm et autres [parmi les innovateurs], et sa corruption est connue par l’intellect et la tradition. Quant à l’opinion sur l’anéantissement de l’Enfer, il y a 2 opinions à ce sujet qui sont connues des Salafs et des Khalafs, et la divergence (polémique) à ce sujet est connue des Khalafs et de ceux qui les ont suivis ». Le Shaykh al-Alûsî dans Jala’ al-‘Aynan (p.488) confirme aussi que des Salafs et Khalafs ont tenu cette position, et qu’il n’est donc pas juste de blâmer ou excommunier des savants qui ont tenu la même position qu’eux.

[19] Il était aussi très versé dans la théologie, l’exégèse, le hadith, le fiqh et l’histoire. Il réfuta aussi l’approche des shiites imamites (duodécimains) et prit la défense de la méthodologie sunnite dans le Hadith et leur conception de la Sunnah, face aux critiques infondées émanant de certaines autorités shiites imâmites.

[20] Cf. par exemple Abû Hâmid al-Ghazâlî dans Al-Maqsad al-Asnâ fî Asmâ Allah al-Husnâ’, Ibn ‘Arabî dans Futûhât 1/169, 3/352-383 et 4/256-257 et Ibn Al-Qayyîm dans Hâdî (pp. 353 et 373).

[21] Ibn ‘Arabi fait la comparaison entre le Soleil (Loi Muhammadienne) qui absorbe et synthétise les étoiles (les autres lois prophétiques), qui abroge donc et éclipse les anciennes législations, sans pour autant les renier. Voir aussi Charles-André Gilis – Shaykh ‘Abd ar-Razzâq Yahya – dans L’Esprit universel de l’Islam (3e édition, Le Turban Noir, 2013) et L’Intégrité islamique ni intégrisme, ni intégration (2e édition augmentée d’une postface, Le Turban Noir, 2011). Voir aussi du même auteur L’Islâm et le Centre suprême, Bulletin du Turban Noir, n°20,‎ 11 novembre 2013.

[22] Rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh n°3443 selon Abû Hurayra.

[23] Ibn Mâjah dans ses Sunân n°189 selon Abû Hurayra, Muslim dans son Sahîh n°2751, Al-Bukharî dans son Sahîh n°7422 et 7453, etc.

[24] Récit rapporté entre autres par l’imâm Al-Haddâd dans an-Nasaih al-Diniyyah wal-Wasaya al-Imaniyyah.

[25] Rapporté notamment par Ismaïl Haqqi dans Rûh al-Bayân, 10/456, voir aussi Charles-André Gilis dans Les Sept Etendards du Califat, Etudes traditionnelles, 1993, pp.298-299.

[26] Souvent traduit, à tort pensons-nous, par « éternellement » alors que le terme « khalidîn » est une expression signifiant une très longue durée dépassant l’échelle du temps connue par l’être humain, mais qui implique une fin qu’Allâh connait.

[27] Rapporté par Al-Bukharî dans son Sahîh n°2620, 2624 3183, 5978 – al-Bukhari rapporte que l’imâm et Salaf Ibn ‘Uyayna liait ce hadith au verset 60/8 – et n°5979 ainsi que dans Al-Adab Al-Mufrad n°25, Muslim dans son Sahîh n°1003, Abû Dawûd dans ses Sunân n°1668.

[28] Rapporté par Sa’îd Ibn Mansûr dans ses Sunân n°2466 selon Zayd Ibn Wahb.

[29] Rapporté par Ibn Mâjah dans ses Sunân n°2841 selon Ibn ‘Umar et n°2842 selon Hanzalah Al-Katib, sahîh, et une variante plus courte par Abû Dawûd dans ses Sunân n°2669.

[30] Cf. le hadîth rapporté par Ibn Mâjah dans ses Sunân n°2839 selon Ibn ‘Abbâs, sahîh.

[31] Rapporté par Ahmad dans son Musnad n°697 selon ‘Alî, sahîh.

[32] Rapporté par différentes voies et variantes, certaines étant plus courtes et concises que les autres. Selon ‘Abdullâh ibn Abî Awfâ, Abû Hurayra, Salim Abû An-Nadr et d’autres, Al-Bukharî dans son Sahîh n°2965, 2966 et 3024, Muslim dans son Sahîh n°1741 et 1742, Abû Nu’aym dans Hilyat ul Awliya‘ 8/286 et d’autres.

[33] Rapporté par Ahmad dans son Musnad n°15943 selon Abû Shurayh, sahîh.

[34] Rapporté par Ahmad dans son Musnad n°6643 selon ‘Abdullâh Ibn Amr.

[35] Rapporté par Ibn Ishaq dans sa Sîrah, Al-Wâqidî, Kitâb al-maghâzî 1/701 et d’autres.

[36] Rapporté par Ahmad dans son Musnad n°3728 et 3729 selon Ibn Mas’ûd, Ibn Hibbân dans son Sahîh n°5994, Ibn Majâh dans ses Sunân n° 2681 et 2682, et selon de légères variantes aussi comme : « les gens les plus miséricordieux des gens en ce qui concerne le fait de s’abstenir du meurtre sont les croyants » par Abû Dawûd dans ses Sunân n°2666. Certaines voies sont valides tandis que d’autres sont faibles mais se renforcent mutuellement.

[37] Rapporté par Ahmad rapporte dans son Musnad n°24417, sahîh. En d’autres occasions, pour des êtres humains, – dont des non-musulmans -, le Prophète (ﷺ) tint les mêmes propos, comme rapportés par exemple par Muslim dans son Sahîh n°2594 selon ‘Aîsha, par Al-Bukharî dans son Al-Adab Al-Mufrad n°311, etc.

[38] Rapporté par Muslim dans son Sahîh n°2593.

[39] Rapporté selon quelques variantes allant toutes dans le même sens, que nous avons synthétisé ici : par al-Bukhâri dans son Sahîh n°6125, d’après plusieurs Compagnons dont Mû’âdh Ibn Jabal et Anas, ainsi que dans son Al-Adab al-Mufrad n°245 et 473, Muslim dans son Sahîh n°1732 et 1733, Abû Dawûd dans ses Sunân n°4835, Ahmad dans son Musnad n°2137 d’après ‘Abdallâh Ibn ‘Abbâs et d’autres.

[40] Rapporté par Al-Bukhari dans son Sahîh n°127.

[41] Rapporté par Muslim dans son Sahîh 1/11.

[42] Rapporté par Muslim dans son Sahîh n°91 selon ‘Abdullâh Ibn Mas’ûd.

[43] Rapporté par At-Tabarânî dans al-Mu’jam al-Awsaṭ n°6902 selon Jabir, sahîh, et par Muslim dans son Sahîh n°275 selon Ibn Mas’ûd sur la partie concernant la beauté.

[44] Rapporté par An-Nasâ’î dans ses Sunân n°4995 selon Abû Hurayra, sahîh et n°4996 selon ‘Abdullah Ibn ‘Amr, sahîh.

[45] Rapporté par Ahmad dans son Musnad n°23438 selon Fadalah ibn ‘Ubayd.

[46] Dans sa fatwa intitulée Un apostat doit-il être mis à mort ? ; Sa réponse est que non, conformément au Qur’ân et à un certain nombre de ahadiths. Historiquement, il y a eu confusion chez un certain nombre de juristes postérieurs, entre l’apostasie simple et pacifique qui n’a suscité aucune application d’une quelconque peine juridique, ni dans le Qur’ân, ni dans l’exemple prophétique ni chez les Califes bien-guidés ou sous le califat d’Umar Ibn ‘Abd al-‘Azîz, et la confusion avec l’apostasie politique s’accompagnant souvent d’une guerre menée contre la Ummah et la Nation islamique (y compris contre les dhimmis). Il y a cependant des ahadiths sahîh et des avis sahîh remontant à ‘Umar Ibn al-Khattâb, Sufyân at-Thawrî, ‘Umar Ibn ‘Abd al-Azîz et d’autres, parmi les premières générations de Musulmans, qui replaçaient la Jyzia sur les apostats, les laissant libres et ne préconisant ni peine de mort ni emprisonnement. Nous l’avions déjà détaillé dans notre livre dédié au sujet de l’apostasie, et de façon « résumée » dans notre ouvrage sur les merveilles des enseignements prophétiques.


3 thoughts on “Synthèse de la perspective qurânique concernant les non-musulmans

  1. :

    Aucun texte…

    1. :

      Bonjour/Salâm.

      Cela a été corrigé.

  2. :

    Que Dieu te bénisse, Dawūd. Merci beaucoup.

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