Preuves de la Réalité Divine : Kurt Gödel et Frithjof Schuon dans les voies démonstratives pour parvenir à la Réalité Divine

Kurt Gödel (1906-1978), célèbre mathématicien et logicien (ayant débuté ses études universitaires par la physique) autrichien du 20e siècle, – et se disant proche intellectuellement de l’Islam – (1), était connu pour avoir exposé plusieurs théorèmes, dont le théorème de la complétude, et le plus connu, le théorème de l’incomplétude, qui « détruisit » le « programme d’Hilbert » (2), en montrant que le « formalisme » mathématique ne reposait pas sur des fondements auto-suffisants. Le théorème de Gödel mettait ainsi un terme à une sorte de paradigme « scientiste » sur le plan mathématique. Kurt Gödel n’avait aucun problème avec la religion, et professait comme convictions, la Réalité de Dieu, l’existence des anges et même des démons, alors même qu’il était, – et continue de l’être -, une figure incontournable des mathématiques du 20e siècle, et dont la portée de ses travaux fut et reste immense.

Il exposa une démonstration logico-mathématique de la nécessité de la Réalité Divine comme Source de l’existence relative, nommée « La Preuve ontologique de Kurt Gödel » (3) qui est un argument ontologique, dans le système de logique modale, pointant vers la Réalité Divine. La preuve s’appuie sur les définitions et axiomes suivants :

Définition 1 : x est divin (propriété que l’on note G(x)) si et seulement si x contient comme propriétés essentielles toutes les propriétés qui sont positives [ndt : la Réalité, l’Eternité, la Vie, la Puissance, la Volonté, la Force, la Science, …] et seulement celles-ci.

Définition 2 : A est une essence de x si et seulement si pour chaque propriété B, si x contient B alors A entraîne nécessairement B.

Définition 3 : x existe nécessairement si et seulement si chaque essence de x est nécessairement exemplifiée.

Axiome 1 : Toute propriété entraînée par — c’est-à-dire impliquée uniquement par — une propriété positive est positive.

Axiome 2 : Une propriété est positive si et seulement si sa négation n’est pas positive.

Axiome 3 : La propriété d’être divin est positive.

Axiome 4 : Si une propriété est positive, alors elle l’est nécessairement.

Axiome 5 : L’existence nécessaire est positive.

De ceux-ci et des axiomes de la logique modale, on déduit, dans l’ordre :

Théorème 1 : Si une propriété est positive, alors elle est possiblement exemplifiée.

Théorème 2 : La propriété d’être divin est possiblement exemplifiée.

Théorème 3 : Si x est divin, alors la propriété d’être divin est une essence de x.

Théorème 4 : La propriété d’être divin est nécessairement exemplifiée.

Pour Frithjof Schuon (1907-1998), il était lui aussi doté d’une intelligence exceptionnelle, à la fois concernant les langues (notamment le français, l’allemand, l’anglais, l’arabe, le latin, …), la logique, la littérature universelle, les religions et les philosophies comparées, l’épistémologie et les théories scientifiques de son temps, l’histoire, l’art, la métaphysique, la sociologie, l’anthropologie et la spiritualité. En 1932, il deviendra musulman et intégra une tariqa sûfie.


Concernant les « preuves » de la Réalité Divine, dans son ouvrage Logique et Transcendance, au chapitre « Les preuves de Dieu », Schuon actualise la pertinence des arguments classiques.

La preuve ontologique

« Pour pouvoir admettre la preuve ontologique de Dieu qui infère de l’existence d’un concept inné celle de la réalité objective correspondante, et dont nous venons d’ailleurs de faire usage, il faut commencer par comprendre que la vérité ne dépend pas du raisonnement – ce n’est de toute évidence pas lui qui la crée (1) – mais qu’elle se révèle ou se précise grâce à la clef d’opération mentale fournit ; il y a dans tout assentiment intellectuel un élément qui échappe au mécanisme de la pensée un peu comme la lumière et les couleurs échappent à la géométrie, qui pourtant peut en principe les symboliser indirectement et lointainement. Il n’y a pas de “preuve pure” ; toute preuve présuppose la connaissance de certaines données ; la preuve ontologique – formulé notamment par Saint Augustin et Saint Anselme (2) – est efficace pour l’esprit qui dispose d’évidences initiales, mais elle est sans effet sur l’esprit volontairement et systématiquement superficiel. Un tel esprit ne conçoit même plus la nature profonde de la causalité ; pour lui, le progrès de l’intelligence va, non de l’extérieur à l’intérieur, mais de celui-ci à celui-là, jusqu’à l’oubli de ce qui fait la raison d’être de l’entendement.

1 – « Seule la pensée peut produire ce qui a le droit d’être reconnu comme l’Être », a osé affirmer l’un des pionniers post-kantiens du rationalisme intégral.

2 – Certains scolastiques étaient trop aristotéliciens pour pouvoir accepter l’utilité de la preuve ontologique ; pour eux le raisonnement était censé aboutir à une certitude en quelque sorte nouvelle, non à un “ressouvenir” platonicien.

Les détracteurs de l’argument ontologique feront valoir, on le sait, qu’une notion n’entraîne pas forcément l’existence objective de son contenu ; or il s’agit essentiellement de savoir quelle est la qualité de la notion, car ce qui est plausible pour une notion de fait ne l’est plus du tout pour une notion de principe. D’aucuns nous feront observer sans doute que le Bouddhisme prouve que la notion de Dieu n’a rien de fondamental et qu’on peut très bien s’en passer en métaphysique et en spiritualité ; ils auraient raison si les Bouddhistes n’avaient pas l’idée de l’Absolu ni celle de la transcendance, ou celle de la Justice immanente avec son complément de Miséricorde ; c’est tout ce qu’il faut pour montrer que le Bouddhisme, s’il n’a pas le mot – ou s’il n’a pas notre mot -, a en tout cas la chose ».

La preuve cosmologique

« La preuve cosmologique de Dieu, qui se trouve chez Aristote aussi bien que chez Platon (3), et qui consiste à inférer de l’existence du monde celle d’une Cause transcendante, positive et infinie (4), ne trouve pas davantage grâce aux yeux des négateurs du surnaturel ; d’après eux, la notion de Dieu ne ferait que suppléer à notre ignorance des causes ; argument gratuit s’il en est, car la preuve ontologique implique une connaissance profonde de la causalité et non une supposition purement logique ou abstraite ; si nous savons ce qu’est la causalité totale, à savoir la projection “verticale” et “descendante” d’un possible à travers divers degrés d’existence, nous pouvons concevoir la Cause première, autrement non. Ici encore, nous constatons que l’objection est fonction de l’ignorance de données implicites : les rationalistes oublient que la “preuve”, sur le plan dont il s’agit, est une clé ou un symbole, un moyen qui enlève un voile plutôt que de donner une lumière; elle n’est pas à elle seule un saut hors de l’ignorance et dans la connaissance. L’argument principiel “indique” plutôt qu’il ne “prouve” ; il ne peut être autre chose qu’un point de repère ou d'”aide-mémoire”, car on ne saurait prouver l’Absolu en dehors de Lui-même. Si “prouver” signifie: ne connaître que grâce à tel stratagème mental – de sorte qu’on resterait forcément dans l’ignorance en l’absence du dit stratagème -, alors il n’y a pas de “preuve de Dieu” possible, et c’est d’ailleurs pour cela qu’on peut s’en passer en métaphysique symboliste et contemplative.

La causalité divine a pour ainsi dire deux dimensions concernant, l’une la nature statique des choses, et l’autre leur destin: Dieu est à la fois cause des perfections et de leur limite finale, Il fait que le soleil rayonne, mais aussi qu’il se couche ; les deux phéno