Panorama de la pensée musulmane contemporaine : sunnisme, mu’tazilisme, salafisme, shiisme et coranisme

Voici un article visant à décrire les débats et les différences entre plusieurs courants musulmans contemporains, étant donné les polémiques vivaces et souvent passionnelles auxquelles s’adonnent les différentes communautés actuelles qui composent notre présente humanité, bien que l’on se focalisera ici sur les courants majoritaires liés à l’Islam.

Salafisme et sunnisme

Les différences (1) entre le salafisme (tel qu’enseigné dans leurs références wahhabites du 18e  siècle jusqu’à nos jours) et le sunnisme (parmi les adeptes les plus chevronnés en matière de droit). Les salafistes se reposent sur des déviances doctrinales (avec une compréhension déviante et erronée des Noms et Attributs Divins, du principe de l’alliance et du désaveu, du Tawhîd et du shirk, …), juridiques (dans les aspects cultuels comme le tawassul, le tabarruk, al-istighatha, le dhikr collectif, la conception de l’innovation blâmable, la hadra, le samâ’, etc., bien que certains juristes du passé aient eu aussi des opinions marginales sur certaines de ses questions), leur négligence, opposition ou indifférence à l’égard de l’éthique et du tasawwuf. Ils n’ont pas de méthodologie et interrogent directement les sources sans en posséder les outils juridiques (développés par les anciens, en puisant les règles dans le Qur’ân et dans la Tradition prophétique), la clairvoyance et l’humilité qu’avaient les grandes autorités théologiques et juridiques du passé. Cela les conduit à s’éloigner des pratiques orthodoxes dans le fiqh et aux doctrines adoptées par l’élite des salafs et des khalafs. D’un autre côté, leur réformisme tempère aussi, – paradoxalement – certains avis juridiques anciens difficilement admissibles relatives à des certaines pratiques sociétales comportant des abus manifestes si l’on prend en compte les valeurs islamiques (l’éthique du musulman), – bien que les règles strictes imposées selon les conditions de leur époque rendaient difficiles leur mise en pratique ou les dérives éventuelles -.

Du côté des taqlidistes sunnites, leur fidélité aveugle à tous les avis retenus de leur école respective les pousse parfois à cautionner théoriquement des avis difficilement convenables, qui sont encore plus durs et fanatiques que les positions salafistes en la matière. Néanmoins, contrairement aux salafistes, sur le plan pratique, ils accordent généralement plus d’importance à l’éthique et au tasawwuf, ce qui leur permet de ne pas mettre en pratique certains avis retenus de leur école qui ne relèvent pas de l’obligation et qui ne font pas partie des vertus morales enseignées par le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm). Néanmoins, ils vont parfois reprocher à des sunnites leur contextualisation de certaines pratiques sociétales du passé qui n’ont pourtant plus lieu d’être de nos jours, de même qu’ils vont se montrer très durs envers les autres sur ce genre de choses, alors que l’éthique qurânique est fondée sur la douceur, la bonté, la compassion, l’équité et l’indulgence, surtout sur des questions ne relevant pas des fondements doctrinaux, cultuels et juridiques.

Précisons toutefois que les musulmans de la masse ont pour devoir d’interroger des imâms ou juristes qualifiés et pieux pour leurs questions religieuses, – puisqu’ils n’ont pas les ressources nécessaires pour trouver des réponses eux-mêmes -, sans pour autant se restreindre qu’à une seule école, – même s’il est préférable de consulter les imâms et juristes de l’école juridique majoritaire du pays -. Pour les musulmans qui étudient les sciences-religieuses, l’avis de la grande majorité des juristes est qu’il leur était obligatoire de se référer à une seule école juridique, pour étudier dans un cadre où la discipline, l’humilité et la méthodologie (remontant aux salafs et développée par de nombreux savants sur de longs siècles) jalonnent le cheminement de l’étudiant, jusqu’à maîtriser l’école avant de passer éventuellement à l’étude d’une autre école juridique. Cela permet d’inculquer l’humilité aux étudiants, de solliciter leurs mémoires et leur rigueur intellectuelle, de chercher d’abord toutes les solutions dans leur propre école, et de dompter leur ego (nafs) pour leur éviter l’orgueil et l’arrogance intellectuelle. Cependant cela peut pousser, par mégarde, à un autre écueil, qui est celui de mépriser ou de critiquer ceux qui exercent une plus grande ouverture intellectuelle même si celle-ci est fondée sur une approche cohérente, intelligente et savante des textes et des avis juridiques du patrimoine islamique. Mais leur attitude est compréhensible en ce sens que beaucoup de salafistes et de modernistes, qui prétendent à l’autonomie intellectuelle, souffrent de nombreuses incohérences méthodologiques et intellectuelles dénotant leur absence de méthodologie et leurs nombreuses confusions juridiques, idéologiques et culturelles.

Quant au respect des savants, nous ne leur devons en raison de leurs sacrifices dans le temps et les efforts fournis pour étudier et enseigner la religion, malgré leurs erreurs ou leurs contradictions. Aussi, il faut être équitable à leur égard, car même si l’on peut diverger d’eux sur certaines questions, nos désaccords restent minimes (par exemple de 5 à 300 désaccords, sur 2000 points ou bien plus qu’ils ont pu traiter). Le cas des hypocrites, des menteurs ou des criminels notoires est cependant différent, mais là aussi, la prudence s’impose : « Ô les croyants ! Soyez stricts (dans vos devoirs) envers Allâh et (soyez) des témoins équitables. Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injuste. Pratiquez l’équité : cela est plus proche de la piété. Et craignez Allâh. Car Allâh est certes Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites » (Qur’ân 5, 8).

Les croyants doivent être humbles et doux, et savoir contextualiser d’anciens avis qui peuvent paraitres inadaptés ou choquants pour les mentalités temporelles de certaines régions du monde d’aujourd’hui, ou savoir qu’ils tenaient cela comme étant autorisés selon un certain nombre de raisons (justifiables ou non, rationnelles ou non) qui peuvent souvent nous échapper de prime abord.

Allâh a dit : « Les serviteurs du Tout-Miséricordieux marchent humblement, et si des ignorants les importunent, ils répondent : paix » (Qur’ân 25, 63).

Le but du croyant est aussi de purifier son âme et d’en faire jaillir ce qu’il y a de meilleur : « Et par l’âme et Celui qui l’a harmonieusement façonnée et lui a alors inspiré son immoralité, de même que sa piété ! A réussi, certes, celui qui la purifie. Et est perdu, certes, celui qui la corrompt » (Qur’ân 91, 7-10).

Cela est aussi corroboré par la Sunnah, où nous pouvons trouver ceci, où lors du sermon d’adieu du Prophète, il dit : « Vous informerais-je au sujet du croyant (mû’min) ?
C’est celui que les gens ne craignent pas quant à leurs biens et leurs propres personnes.
Et le musulman, c’est celui dont les musulmans sont épargnés (du mal) de sa main et de sa langue.
Et le (véritable) combattant (al mujâhid) est celui qui lutte contre son ego.
Et l’émigré (al muhâjir) est celui qui délaisse (quitte) les fautes et les péchés »
. (Hadîth rapporté par Ahmad dans son Musnad).

D’autres paroles prophétiques enseignent que : « Par Celui qui détient mon âme en Son Pouvoir, Allâh n’octroie Sa Miséricorde qu’aux miséricordieux ». On lui dit : « Messager d’Allâh, nous pratiquons tous la miséricorde ». Il (‘alayhî salât wa salâm) répondit : « Il ne s’agit pas de miséricorde envers vos compagnons, mais de miséricorde envers tous les êtres humains ». (Hadîth rapporté dans le Musnad de Abû Ya’lâ n°4258, par Al Bayhaqî dans Shu’ab al îmân n°11060).

« Efforce-toi de n’avoir que de belles paroles et répands la paix » (Hadîth rapporté par Ibn Hibbân dans son Sahîh, n°490).

« La meilleure oeuvre après la foi en Allâh, est l’amour bienveillant envers les gens » (Hadîth rapporté par At-Tabarânî, hadîth validé, et cité par Tayeb Chouiref dans son ouvrage Les enseignements spirituels du Prophète, vol. 1, p. 51, hadîth n°7. Et le sens de ce hadith est général).

 « Il faut pratiquer la bienveillance et prendre garde à ne pas être violent ou indécent » (Hadîth rapporté par al-Bukharî, et cité par Tayeb Chouiref dans son ouvrage Les enseignements spirituels du Prophète, vol. 1, p. 51, hadîth n°8).

La discipline spirituelle visant à éduquer l’âme et à se purifier des vices et des mauvais caractères est nécessaire, et empêchera ainsi de commettre des injustices.


Ce n’est pas pour rien que le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) a dit : « Prenez garde à l’injustice, car l’injustice se traduira en ténèbres au Jour du Jugement ». (Hadîth rapporté dans le Musnad de l’imâm Ahmad n°5798, et dans le Sahîh de Al-Bukharî, n°2447).

Dans la version rapportée par Muslim, la fin du hadîth rajoute : « (Et) prenez garde à l’avarice car elle a causé la perte des communautés qui vous ont précédées. Elle les a poussée à verser leur propre sang et à rendre licite ce qui leur était interdit ».

Dans un hadîth rapporté par `Abdallâh ibn `Umar (qu’Allâh l’agrée), il relate que le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) a dit : « Quiconque aura contribué injustement à une querelle, ou : contribuera à une injustice, sera l’objet de la Rigueur Divine jusqu’à ce qu’il cesse ». (Hadîth rapporté par Ibn Mâjah n°2320 et par Abû Dâwûd n°3598).

Selon Ibn ‘Umar (qu’Allâh l’agrée), le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) a dit : « Le croyant ne cesse de se trouver excusable au regard de sa religion, tant qu’il n’a pas versé le sang de manière illicite » (Hadîth rapporté par Bukharî).

« Allâh m’a révélé ceci : Soyez modestes afin que personne n’opprime un autre (ou ne bafoue les droits d’autrui) » (rapporté par Muslim dans son Sahîh et par An-Nawawî dans son Riyad As-Salihin, n°1589).

Le Messager d’Allâh (‘alayhi salât wa salâm) a dit : « Nul n’aura vraiment la foi s’il n’est pas digne de confiance, et nul n’aura vraiment la religion s’il ne respecte pas les pactes/engagements » (Hadîth rapporté par Al Bayhaqî et Al Bukharî).

Et le Prophète Muhammad fut certes envoyé pour enseigner la connaissance d’Allâh et de Son Unicité, mais aussi, ce qui lui est profondément lié, à savoir les nobles vertus : « J’ai été envoyé pour parfaire la noblesse du comportement (la réalisation des nobles vertus et caractères) » (Rapporté par Al-Bukhârî dans Al-adab Al-mufrad n°273, par Ahmad son Musnad 2/381, par Mâlik dans son Al Muwattâ’ et par d’autres). Cet enseignement englobe la bonté, la justice, l’équité, la décence, la pudeur, la gentillesse, la compassion, l’indulgence, la libéralité, la générosité, la patience, l’endurance, la courtoisie, l’amour bienveillant, etc., en somme, toutes les qualités et vertus assimilées à la « chevalerie spirituelle » (futuwwa).

Et enfin, le croyant doit bien s’imprégner de ce noble verset du Qur’ân : « Aidez-vous les uns les autres à l’accomplissement du bien et de la piété et ne vous entraidez pas à commettre le péché et l’agression (transgression) » (Qur’ân 5, 2).

(1) Bien sûr, tous les salafistes comme tous les taqlidistes ne rentrent pas dans cette généralité, étant donné les divergences et sensibilités qui existent en leur sein. Il n’est question ici, que d’une tendance connue se conformant à plusieurs références notoires de leur courant respectif. Le même constat s’applique aussi aux différents groupes shiites qui suivent les mêmes tendances.



Mu’tazilisme et sunnisme

Le Qur’ân est le produit de la Parole Divine, – mu’tazilites et sunnites s’accordent bien là-dessus, mais la polémique entre le Qur’ân incréé et créé est un faux débat introduit en raison d’une polémique chrétienne liée au « Verbe de Jésus ». Il s’agit d’un faux débat, en ce sens que le Qur’ân n’en fait pas un fondement de la foi, et que le Qur’ân ne s’attarde pas sur les subtilités de cette question qui sont surtout spéculatives. L’Attribut de la Parole est bien incréé, mais Sa Production, dans l’ordre temporel, possède un caractère créé, puisque prenant en compte également les contingences humaines et existentielles, et ayant été existencié à un moment donné dans l’Histoire. La Parole Divine qui se trouve auprès de la « Table Gardée » est incréée et éternelle, mais sa cristallisation, la « figeant » dans l’ordre temporel, à travers les différentes révélations successives, est limitée dans sa forme, bien que menant, en vertu de son symbolisme et des significations multiples et inépuisables contenues dans la « forme », par transposition analogique, à la Connaissance sans limite du Divin, des réalités spirituelles et des différents ordres existentiels.

Comme l’ont rappelé et précisé plusieurs salafs, il ne vaut mieux pas rentrer dans ces polémiques où beaucoup n’ont pas pieds, et où Allâh n’a pas exhorté les gens à se prendre la tête sur des questions difficilement « tranchables » et résolubles par la seule approche spéculative. Il faut savoir qu’Allâh possède des Attributs nécessaires et réels, sans modalités physiques et sans ressemblances, et que le Qur’ân provient d’Allâh, qu’il doit être récité, médité et appliqué dans la mesure du possible, et susciter en nous, admiration, réforme spirituelle et aspiration à la piété et à la sagesse.

Certaines mises en garde exprimées par des salafs étaient donc pertinentes, vu les déviances et les dérives (y compris politiques !) qui s’en sont suivies par la suite.

Quant aux néo-mu’tazilites, ils sont souvent libéralistes, et s’éloignent énormément des mu’tazilites de l’époque, en ce sens que les anciens étaient des maîtres de la logique, du droit et de la langue arabe, – tout comme les autorités du sunnisme – et qu’ils étaient très stricts dans leur attachement au droit musulman, tandis que les contemporains le sont nettement moins, et baignent dans les confusions les plus superficielles.

Shiisme, Sunnisme et Islam

Comme nous l’avions déjà écrit dans d’autres articles, tous doivent revenir aux principes même du Qur’ân, et à l’apaisement, pour éviter les fausses accusations mutuelles, les exagérations, tout comme d’imposer comme conditions de la foi, des choses qui sont soit fausses, soit douteuses (basées sur des récits peu fiables qui se contredisent entre eux) soit possibles mais non pas fondamentales, puisque non-évoquées dans le Qur’ân comme telles.

Il faut revenir au Qur’ân, aux faits notoires historiques et à l’attitude connue des compagnons proches du Prophète et des ahl ul bayt, et nous verrons que les deux se considéraient mutuellement avec respect et formaient une seule communauté sous la bannière du Prophète, et où sous les califats de Abû Bakr, ‘Umar, ‘Uthmân et ‘Alî, les ahl ul bayt au sens large (épouses, cousins et descendants du Prophète) étaient protégés et valorisés.

Coranisme et Islam

La double attestation de foi :

La double attestation de foi en Islam est purement déductible du Qur’ân, sachant qu’Allâh lie souvent Son Nom, avec celui du Messager d’Allâh, comme dans ce verset :

« Ô les croyants ! Obéissez à Allâh, et obéissez au Messager » (Qur’ân 4, 59), « Quiconque obéit au Messager obéit certainement à Allâh » (Qur’ân 4, 80), « Dis : Si vous aimez vraiment Allâh, suivez-moi, Allâh vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. Allâh est Pardonneur et Miséricordieux » (Qur’ân 3, 31), « En effet, vous avez dans le Messager d’Allâh un excellent modèle [à suivre], pour quiconque espère en Allâh et au Jour dernier et invoque Allâh fréquemment » (Qur’ân 33, 21), « Le butin provenant des biens des habitants des cités qu’Allâh a accordés sans combat à Son Envoyé, appartient à Allâh, à l’Envoyé et à sa famille, aux orphelins, aux pauvres et aux étrangers de passage, afin que ce bien ne soit pas une aubaine à se repasser entre les riches de chez vous. Prenez ce que l’Envoyé vous donne, et abstenez-vous de ce qu’Il vous interdit. Craignez Allâh. Allâh est sévère dans Sa correction. (Il revient également) aux Emigrants (muhâjirîn) pauvres qui ont été chassés de leurs demeures et privés de leurs biens, tandis qu’ils recherchaient (en guise d’aspiration à) une grâce et un agrément d’Allâh et qu’ils défendaient la cause d’Allâh et Son Envoyé ; ce sont des gens sincères » (Qur’ân 59, 6-8) et d’autres.

De même, c’est par Son Envoyé Muhammad, qu’Allâh a enseigné aux gens Son Livre, exprimé Sa Volonté et manifesté des Signes de Sa Réalité, de Ses Attributs et de Ses injonctions. En effet, Il a fait de Muhammad une miséricorde pour les mondes « Certes, Nous ne t’avons (Muhammad) envoyé que comme Miséricorde pour les mondes » (Qur’ân 21, 107), ainsi qu’une lumière qui éclaire les gens : « C’est une lumière [Nûrun] émanant d’Allâh, qui est venue vous éclairer ainsi qu’un Livre explicite » (Qur’ân 5, 15) et « Ô Prophète ! Nous t’avons envoyé [pour être] témoin, annonciateur, avertisseur, appelant (les gens) à Allâh, par Sa permission ; et comme une lampe éclairante (Sirâjân Munîrân ; la racine de Minuirân vient du mot Nûr) » (Qur’ân 33, 45-46).

Le Qur’ân a été révélé en une langue arabe claire :

« Et ton Seigneur, c’est en vérité Lui le Tout Puissant, le Très Miséricordieux.

Ce (Qur’ân) ci, c’est le Seigneur de l’univers qui l’a fait descendre,

et l’Esprit fidèle est descendu avec cela,

sur ton cœur, pour que tu sois du nombre des avertisseurs,

en une langue arabe très claire » (Qur’ân 26, 191-195).

Ce qui est clair, c’est sa prononciation, et ce qui a été facilité, c’est sa récitation et sa mémorisation selon les différents modes de lecture, et ce qui est explicite, c’est ce qu’Allâh demande aux croyants et les principes universels qu’Il rappelle, c’est donc ce qui est nécessaire de savoir (les 5 piliers de l’islam, les 6 piliers de la foi, les grandes obligations et interdictions explicites).

« C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre : il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d’autres versets qui peuvent prêter à d’interprétations diverses. Les gens, donc, qui ont au cœur une inclination vers l’égarement, mettent l’accent sur les versets à équivoque, cherchant la dissension en essayant de leur trouver une interprétation, alors que nul n’en connaît l’interprétation, à part Allâh. Mais ceux qui sont bien enracinés dans la science disent : « Nous y croyons : tout est de la part de notre Seigneur ! » Mais, seuls les doués d’intelligence s’en rappellent » (Qur’ân 3, 7). Une autre lecture, qui n’est pas opposée à celle qui a été mentionnée, donne aussi « (…) à part Allâh et ceux qui sont bien enracinés dans la science (…) ».

Ce qui est équivoque est réservé à ceux qui veulent aller plus loin dans leur recherche, et cela pousse à l’humilité et à affiner notre intelligence. Mais ce qui suscite une interprétation ou une divergence, pour les gens doués d’intelligence et sincères, doit être interprétée selon les principes clairs et universels du Qur’ân (Tawhîd, – avec l’exemption d’Allâh de toutes ressemblances avec la Création -, prière, bonté, justice, équité, humilité, etc.). Toutes les sciences ne sont pas forcément destinées à tout le monde, car elles impliquent un degré de savoir, d’intelligence, d’humilité et de clairvoyance pour lesquels les gens ne sont pas égaux, ce qui implique qu’il ne faut pas forcément pousser les gens de s’aventurer à l’aveugle dans l’Océan qu’est la Parole Divine. La base du Livre est donc destinée à tout le monde, puisque accessible à tous, aussi bien par l’intelligence la plus limitée que par les langues non-arabes afin de leur rendre intelligible les principes du Tawhîd et de la foi, ainsi que des pratiques cultuelles et des valeurs morales.

Le Qur’ân est donc clair dans ses piliers, objectifs et ses injonctions. Le Qur’ân n’a rien omis comme principes, fondements et méthodes pour réaliser le but et comprendre l’enseignement prophétique qui en découle et qui en est issu également (la Sunnah étant la mise en pratique du Qur’ân), et sa nature (au prophète) est celle de la Miséricorde et de la Bonté comme Allâh le décrit dans le Qur’ân, tout en étant sévères et fiers (mais sans orgueil mal placé) face aux criminels endurcis.

« Nous n’avons rien omis d’écrire dans le Livre » (Qur’ân 6, 38), il s’agit ici de la « Table Gardée » qui se trouve auprès d’Allâh, et dont le Qur’ân en est un archétype, contenant les principes et les méthodes qui mènent vers Allâh. Mais étant donné que la connaissance et la réalité dépassent de très loin les limites liées aux lettres et aux mots, la Sunnah, l’observation scientifique, l’intellect, les expériences spirituelles, etc. en rapport avec la méditation du Qur’ân, viendront enrichir l’expérience personnelle du lecteur/serviteur d’Allâh, détailler et expliciter ce qui pouvait être implicite dans le Qur’ân, etc. S’il n’est pas question de croire que les exégètes sont des figures infaillibles, leurs réflexions et commentaires peuvent dans de nombreux cas s’avérer utiles et enrichissants, tout en prenant bien soin de prendre du recul quant à leurs avis pouvant comporter des lacunes, des erreurs ou des contradictions manifestes.

Le Qur’ân et le Prophète Muhammad (et donc sa Sunnah) sont intimement liés :

« Ô les croyants ! Obéissez à Allâh, et obéissez au Messager »  (Qur’ân 4, 59).

« Non !… Par ton Seigneur ! Ils ne seront pas croyants aussi longtemps qu’ils ne t’auront demandé de juger de leurs disputes et qu’ils n’auront éprouvé nulle angoisse pour ce que tu auras décidé, et qu’ils se soumettent complètement (à ta sentence) » (Qur’ân 4, 65).

« Si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez- le à Allâh et au Messager… » (Qur’ân 4, 59).

« Ô vous qui croyez ! Répondez à Allâh et au Messager lorsqu’il vous appelle à ce qui vous donne la (vraie) vie, et sachez qu’Allâh s’interpose entre l’homme et son cœur, et que c’ est vers Lui que vous serez rassemblés » (Qur’ân 8, 24).

« Ô les croyants ! Obéissez à Allâh, et obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité. Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez l’objet de votre dispute à Allâh et au Messager, si vous croyez en Allâh et au Jour dernier. Ce sera bien mieux et de meilleure interprétation » (Qur’ân 4, 59).

« Certes, Allâh et Ses Anges prient (saluent et bénissent) sur le Prophète ; ô vous qui croyez priez (Allâh) sur lui et adressez-lui vos salutations » (Qur’ân 33, 56).

« Il ne conviendrait pas à un être d’apparence humaine, à qui Allâh a donné l’Ecriture, et le Jugement, et la Prophétie, de dire aux humains : « Adorez-moi à la place d’Allâh ! Et pourtant, soyez des maîtres spirituels (Rabbaniyyûn) en raison de l’Ecriture que vous enseignez et en raison de votre application à l’étude ! » » (Qur’ân 3, 79), ici le Qur’ân distingue le Qur’ân, le jugement et la prophétie, ce qui légitime la Sunnah du Prophète, en vertu de l’inspiration divine qu’Allâh lui donne en plus de la Révélation. Ainsi que le fait que le Prophète prédit des événements à venir, et peut appliquer son jugement dans les affaires des hommes.

« (…) prosterne-toi et rapproche-toi » (Qur’ân 96,19) et « Ô Marie, obéis à Ton Seigneur, prosterne-toi, et incline-toi avec ceux qui s’inclinent » (Qur’ân 3, 43), qui prouvent le fait que la salât comporte la phase de la prosternation, contrairement à ce qu’affirment certains coranistes.

« Et (Allâh) lui enseignera l’écriture, la sagesse, la Thora et l’Evangile » (Qur’ân 3, 48).

« C’est une lumière [Nûrun] émanant d’Allâh, qui est venue vous éclairer ainsi qu’un Livre explicite » (Qur’ân 5, 15) et « Ô Prophète ! Nous t’avons envoyé [pour être] témoin, annonciateur, avertisseur, appelant (les gens) à Allâh, par Sa permission ; et comme une lampe éclairante (Sirâjân Munîrân ; la racine de Minuirân vient du mot Nûr » (Qur’ân 33, 45-46). Selon l’avis de nombreux exégètes, cela désigne bien le Prophète notamment, comme Ibn Jarîr At-Tabarî dans son Jami‘ al-bayan (6/161) : « Par Lumière, Il veut dire Muhammad au travers duquel Allâh a illuminé la vérité, manifesté l’Islam, anéanti l’idolâtrie, car il est une lumière pour quiconque cherche l’illumination par lui, lequel rend clair la vérité ». Le même avis est partagé par As-Suyûtî dans Tafsir al-Jalalayn (p. 139), par Fakhr ud-Dîn Râzî dans At-Tafsir al-kabir (11/194), par Al-Zajjâj selon Al-Qurtubî dans Ahkam al-Qur’ân (6/118) et Mawardî dans An-Nukat wal-‘Uyun (2/22), par Al-Baghawî dans Ma‘alam al-Tanzil (2/228) qui qualifie cet avis de fort contrairement aux autres avis.

Tout cela montre que les croyants musulmans de toutes les générations doivent suivre les enseignements universels du Prophète en conformité avec la Parole Divine, car le Qur’ân emploie un temps présent qui ouvre sur l’universalité et la généralité (« ô les croyants », « obéissez », « renvoyez », « suivez », …).

S’il existe évidemment de faux ahadiths, il en existe aussi des vrais (plusieurs milliers), sachant que le Prophète était doué de capacités d’entendement, de mouvements, de parole et d’audition. Il a expliqué et enseigné le Livre (Qur’ân) à ses compagnons. Ainsi il est normal que nous ayons des traces de ses enseignements et explicitations, – tout comme c’est le cas pour tout un tas d’autres personnages historiques plus anciens ou plus récents -. Mais le critère décisif pour authentifier un hadith, reste la Lumière du Qur’ân, car un hadith qui n’aurait aucune relation quelconque avec le Qur’ân (principes théologiques, métaphysiques, éthiques, cultuels, juridiques, sociétaux, …) ne saurait être pris en considération ou constituer une chose utile pour le croyant.

« Alif, Lam, Ra. C’est un Livre dont les versets sont parfaits en style et en sens, émanant d’un Sage, Parfaitement Connaisseur » (Qur’ân 11, 1).

« […] mais Nous en avons fait une lumière par laquelle Nous guidons qui Nous voulons parmi Nos serviteurs. […] » (Qur’ân 42, 52).

« Notre Seigneur ! Envoie l’un des leurs comme Messager parmi eux, pour leur réciter Tes versets, leur enseigner le Livre et la Sagesse, et les purifier » (Qur’ân 2, 129).

Tout le reste étant lié à l’histoire de leur époque, n’a pas nécessairement vocation à être connue des générations ultérieures, surtout quand on sait qu’il a existé beaucoup de faux récits ou de récités déformés volontairement ou involontairement.

Ce qui est authentique sur le Prophète, doit correspondre à la description qu’Allâh fait de lui dans le Qur’ân : « Nous t’avons (Muhammad) seulement envoyé comme miséricorde aux mondes » (Qur’ân 21, 107).

« En vérité, il est venu à vous un Prophète pris parmi vous ; le mal que vous commettez lui est douloureux ; il est celui qui veut toujours votre bien ; envers les croyants il est bon et miséricordieux » (Qur’ân 9, 128).

« Par une miséricorde d’Allâh, tu as été doux envers eux ; si tu avais été rude et dur de cœur, ils auraient fui loin de toi. Pardonne-leur donc, et implore pour eux le pardon (d’Allâh). Et consulte-les à propos des affaires ; puis une fois que tu t’es décidé, confie-toi donc à Allâh, Allâh aime, en vérité, ceux qui Lui font confiance » (Qur’ân 3, 159).

A l’égard des non-musulmans : « Tu (Muhammad) ne guides pas celui que tu aimes : mais c’est Allâh qui guide qui Il veut… » (Qu’rân 28, 56). Il est donc permis d’avoir un amour naturel envers des proches non-musulmans ou des non-musulmans en qui nous voyons du bien. Malgré son attachement à l’idolâtrie, son oncle Abû Tâlib fut très aimé et apprécié du Prophète pour ses qualités morales.

La mécréance des non-musulmans respectueux ne l’avait donc pas empêché de leur manifester de l’amour ou de la bonté : « Et vraiment, tu (Muhammad) es selon un caractère (et une moralité) incomparable (et éminent) » (Qur’ân 68, 4).

En parlant des mécréants qui avaient lancé les hostilités contre le Prophète et sa communauté (verset 25), Allâh dit : « Muhammad est le Messager d’Allâh. Et ceux qui sont avec lui sont rigoureux envers les dénégateurs (belliqueux), pleins d’Amour rayonnant entre eux (les croyants). Tu les vois s’inclinant, se prosternant : ils recherchent ardemment une faveur et une satisfaction d’Allâh. La marque sur leurs visages résulte de la trace laissée par la prosternation. Telle est l’analogie les concernant dans la Torah. Dans l’Evangile, l’analogie les concernant est celle d’une semence qui pousse. Alors, elle se renforce, puis s’épaissit, puis se tient en équilibre sur sa tige : elle émerveille les semeurs tandis qu’elle exaspère les dénégateurs (belliqueux). Allâh a promis un recouvrement et une rétribution sans commune mesure à ceux qui ont mis en œuvre le Dépôt confié (la foi) et accompli les œuvres intègres » (Qur’ân 48, 29).

Et dans un enseignement universel adressé à un autre prophète, – mais que tous les prophètes devaient pratiquer aussi -, Il a dit : « Cependant, Nous ferons sortir de chaque communauté un témoin, puis Nous dirons : « Apportez votre preuve décisive ». Ils sauront alors que la Vérité est à Allâh ; et que ce qu’ils avaient inventé les a abandonnés. En vérité, Qarun (Coré) était du peuple de Mûsâ (Moïse) mais il était empli de dureté envers eux. Nous lui avions donné des trésors dont les clefs pesaient lourd à toute une bande de gens forts. Son peuple lui dit : « Ne te réjouis point. Car Allâh n’aime pas les arrogants. Recherche (plutôt), à travers ce qu’Allâh t’a donné, la demeure dernière. Et ne renonce pas (pour autant) à ta part (de bonheur) en cette vie. Sois bon (envers les autres) comme Allah a été bon envers toi. Et ne favorise pas la corruption sur terre, car Allâh n’aime point les corrupteurs » » (Qur’ân 28, 76-77).

Quant au vivre-ensemble avec les non-musulmans, voici l’un des derniers versets révélés à ce sujet (tous les autres sont liés à un contexte spécifique relatif à un conflit armé entre des non-musulmans agresseurs et la communauté musulmane qui se constituait) : « Il se peut qu’Allâh établisse de l’amitié entre vous et ceux d’entre eux dont vous avez été les ennemis. Et Allâh est Omnipotent et Allâh est Pardonneur et Très Miséricordieux. Allâh ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allâh aime les équitables. Allâh vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes » (Qur’ân 60, 7-9). Ce verset, révélé à la fin de la période médinoise, souligne encore la liberté de conscience, et interdit le meurtre et l’agression envers les non-musulmans, et évoque la recommandation même d’être bienfaisant (leur offrir des cadeaux, les aider, etc.) envers les non-musulmans qui n’ont pas combattu les musulmans, et même la possibilité de prendre pour alliés, des non-musulmans pacifiques.

Le Qur’ân enjoint aussi de façon générale à explorer et observer le monde, d’étudier l’histoire des peuples passés, de suivre le Messager d’Allâh et ses enseignements, et d’acquérir la Sagesse ; tout ce qui peut y contribuer est donc une bonne chose, tant que l’on cherche à se conformer au Qur’ân.

Le Prophète Muhammad est la porte par excellence qui mène vers Allâh. Il a été le support béni de Sa Révélation et le transmetteur de Son Message, le suivre permet donc de se guider de façon excellente vers Allâh et Sa Satisfaction, en recueillant Ses Bénédictions et en aimant ceux qu’Il aime. Tout comme le Qur’ân, Ses Messagers, Ses bien-aimés, l’intellect et la fitra, tous sont des moyens qui n’excluent pas et qui se complètent merveilleusement bien pour se rapprocher de Lui, L’aimer, L’adorer et Le connaitre.

Ce qu’il faut retenir : authenticité et profondeur spirituelle du Qur’ân

Allâh détermine ce qui est bon et ce qui ne l’est pas ; ce n’est pas à nous de Lui imposer nos conditions. C’est Lui qui fixe les choses en vertu de Son Autorité et de Ses Attributs divins.

Ceux qui cherchent la guidance doivent L’invoquer sincèrement et accomplir ce qu’Il a enjoint à tout musulman : L’adorer sans Lui donner d’associés, adhérer à Sa Parole (Qur’ân), reconnaitre la totalité de Ses Prophètes et Messagers, de Adam jusqu’au sceau des prophètes Muhammad (que la Paix et les Bénédictions d’Allâh soient sur eux tous), accomplir la prière, la zakâh, le jeûne du mois de Ramadan et le Hajj (au moins une fois dans leur vie), – selon leurs capacités -, attester de la Réalité Divine, de l’existence de Ses Révélations, de Ses Prophètes, de Ses Anges, de la Prédestination, du Jour du Jugement Dernier, du Paradis et de l’Enfer, et enfin de s’abstenir des grands péchés (tels que le meurtre, la sorcellerie, le viol, l’adultère, la calomnie, l’orgueil, le terrorisme, la fornication, l’ivresse, la maltraitance, la trahison, l’obscénité, etc.) et l’aspiration aux nobles vertus telles que la piété, la sagesse, la justice, l’équité, la bonté, la paix, la bienveillance, la bienfaisance, la compassion, la modestie, etc. L’on pourrait rajouter aussi le respect et l’amour envers les compagnons et la famille sincères du Prophète, envers les croyants vertueux et les saints véritables de la communauté de Muhammad, – ‘alayhî salât wa salâm – ! En tout cela, il a été démontré qu’il y avait de nombreux bienfaits ainsi qu’une noblesse de caractère qui en découlaient, et quiconque cherche le bien, est digne d’être qualifié par l’intelligence et la dignité.

Reconnaitre que la Parole Divine est véridique et authentique, tout en reconnaissant aussi nos limites quant à la juste compréhension totale du Qur’ân permet de nous relier au Livre tout en faisant preuve d’humilité, et de justifier la quête incessante de savoir et la réalisation de la piété, ce qui justifie aussi la confiance que l’on doit placer en Lui lorsque l’on L’invoque et que l’on récite Sa Parole (notamment la Sûrah al-Fatiha) quand nous cherchons refuge, guidance et assistance en et par Lui ! Les divergences sont donc normales, mais l’orientation du croyant s’opère par la sincérité, la piété, l’humilité, la bienfaisance, la volonté de se rapprocher du Divin, et l’accomplissement des bonnes œuvres :

« Et on fera entrer ceux qui croient et font de bonnes oeuvres, dans les jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, pour y demeurer éternellement, par permission de leur Seigneur. Et là, leur salutation sera : « Salam » (Paix) » (Qur’ân 14, 23).

« Et sur toi (Muhammad) Nous avons fait descendre le Livre avec la vérité, pour confirmer le Livre qui était là avant lui et pour prévaloir sur lui. Juge donc parmi eux d’après ce qu’Allâh a fait descendre. Ne suis pas leurs passions, loin de la vérité qui t’est venue. A chacun de vous Nous avons assigné une législation et un plan à suivre. Si Allâh avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez donc dans les bonnes oeuvres. C’est vers Allâh qu’est votre retour à tous ; alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez » (Qur’ân 5, 46-48).

« Non, mais quiconque soumet à Allâh son être tout en étant bienfaisant (muhsin), aura sa rétribution auprès de son Seigneur. Pour ceux-là il n’y a nulle crainte, et ils ne seront point attristés » (Qur’ân 2, 112).

« Certes Allâh commande l’équité, la bienfaisance (Al-Ihsân) et l’assistance aux proches. Et il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et l’injustice. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez » (Qur’ân 16, 90).

« Adorez Allâh et ne Lui donnez point d’associé. Agissez avec bienfaisance/bonté (Ihsân) envers vos père et mère, envers les proches, les orphelins, les pauvres, le proche voisin, le voisin lointain, le collègue et le voyageur, et les esclaves en votre possession car Allâh n’aime pas, en vérité, le présomptueux, l’arrogant » (Qur’ân 4, 36).

« La bonté pieuse (al birr) ne consiste pas à tourner vos visages vers le Levant ou le Couchant. Mais la bonté pieuse est de croire en Allâh, au Jour Dernier, aux Anges, au Livre et aux prophètes, de donner de son bien, quelqu’amour qu’on en ait, aux proches, aux orphelins, aux nécessiteux, aux voyageurs indigents et à ceux qui demandent l’aide et pour délier les jougs (affranchir les esclaves), d’accomplir la Salât et d’acquitter la Zakât. Et ceux qui remplissent leurs engagements lorsqu’ils se sont engagés, ceux qui sont endurants dans la misère, la maladie et quand les combats font rage, les voilà les véridiques et les voilà les vrais pieux ! » (Qur’ân 2, 177).

« Et ne semez pas la corruption sur terre après qu’elle ait été réformée. Et invoquez-Le avec crainte et espoir, car la miséricorde d’Allâh est proche des bienfaisants. » (Qur’ân 7, 56).

« Et faites le bien car Allâh aime les bienfaisants » (Qur’ân 2, 195).

Elle provient d’Allâh, car la beauté de sa récitation peut pénétrer les cœurs même les plus endurcis, elle déroute et interpelle, suscite l’intérêt et la réflexion, invite à la réforme et à l’élévation spirituelle. Elle s’adresse aux différents niveaux et degrés de conscience et d’intelligence, fixe des objectifs nobles, donne des principes directeurs, informe des différents aspects de l’existence et du cosmos (psychologie, sociologie, histoire, archéologie, botanique, biologie, astronomie, mathématiques, commerce, guerre, société, vivre-ensemble, théologie et métaphysique, morale et éthique, économie et jurisprudence, logique et philosophie, optique et physique, médecine, géologie, etc.), et au plus la conscience spirituelle est perspicace, au plus les différents sens intérieurs se dévoilent aux esprits purifiés et raffinés, n’abrogeant pas le sens littéral (à ne pas confondre avec le sens littéraliste) mais l’approfondissant, d’où jaillissent de nombreux enseignements qui se juxtaposent et s’entremêlent parfaitement, et qui ouvrent donc sur l’universel, et pouvant également produire des dévoilements et expériences spirituels, ou des rêves prémonitoires, confirmant de façon immédiate et indépendante, les vérités du Qur’ân.

Et de cela, les preuves du Qur’ân et de la Sunnah abondent, – tout comme les expériences vécues par des millions de musulmans à chaque époque – :

« Il n’est pas un végétal sec ou verdoyant qui ne soit consigné dans un Livre explicite » (Qur’ân 6, 59).

 « Dis : Si la mer servait d’encre en vue d’écrire les Paroles de mon Seigneur, elle se serait tarie sans que les Paroles de mon Seigneur aient été épuisées, quand bien même Nous l’aurions doublée d’une autre mer en guise d’encre » (Qur’ân 18, 109).

« Il est le Premier (al-Awwal) et le Dernier (al-Akhir), l’Extérieur (al-Zâhir) et l’Intérieur (al-Bâtin). Il est informé de toute chose » (Qur’ân 57, 3).

« Dis : Si la mer se faisait d’encre pour écrire le langage de mon Seigneur, elle s’y épuiserait, même si Nous en doublions l’étendue, avant que ne s’épuisât le langage » (Qur’ân 18, 109).

« Et quiconque se purifie, ne se purifie que pour lui-même, et vers Allâh est la Destination » (Qur’ân 35, 18).

« Et Allâh guide vers Sa Lumière qui Il veut » (Qur’ân 24, 35).

« Telle est la Grâce d’Allâh, Il la donne à qui Il veut. Et Dieu est Détenteur de la Grâce Immense » (Qur’ân 57, 21).

L’Unique Maître, c’est Allâh, il ne faut jamais l’oublier, Lumière des Cieux et de la terre. Il a déposé au cœur de Son Messager, le Qur’ân sublime, une lumière éclatante. Ce dépôt sacré se transmet de génération en génération au cœur de Ses Serviteurs fidèles.

« Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé un esprit [le Qur’ân] provenant de Notre ordre. Tu n’avais aucune connaissance du Livre ni de la foi ; mais Nous en avons fait une lumière par laquelle Nous guidons qui Nous voulons parmi Nos serviteurs. Et en vérité tu guides vers un chemin droit, le chemin d’Allâh à Qui appartient ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. Oui c’est à Allâh que s’acheminent les choses » (Qur’ân, 42, 52-53).

« Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce, de Notre part, et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous » (Qur’ân 18, 65).

« Seigneur, accorde-moi sagesse (et savoir) et fais-moi rejoindre les gens de bien » (Qur’ân 26, 83)

« Notre Seigneur ! Envoie l’un des leurs comme Messager parmi eux, pour leur réciter Tes versets, leur enseigner le Livre et la Sagesse, et les purifier » (Qur’ân 2, 129).

« Nous avons effectivement donné à Luqmân la Sagesse (Hikma) » (Qur’ân 31, 12).

Al-Hikma englobe à la fois la tradition prophétique, le bon comportement et la connaissance intérieure qui est le produit de la purification de l’âme.

Ibn Hibbân rapporte dans son Sahîh (1/75) rapporte le hadîth prophétique disant que : « Le Qur’ân est descendu suivant 7 sens (a’rufin) et chaque verset possède un sens intérieur et un sens extérieur (zahîr wa batîn) ». Le 7 fait souvent référence à un nombre symbolique, désignant une « grande quantité », souvent apparentée à l’indéfini (c’est-à-dire une réalité dont l’homme ne peut pas mesurer ou saisir toute la portée et l’étendue).

Citons rapidement quelques autres ahadiths prophétiques tels que « Qur’ân a un intérieur et un extérieur, une limite et un point d’ascension » (hadîth rapporté par différents rapporteurs avec des variantes : Ibn Hibbân dans son Sahîh, At-Tabarânî, Kanz al Ummal, As-Suyûtî, etc., et des paroles similaires étaient prononcées par des salafs comme ‘Alî, Salmân Al Farîsî, Jâ’far As-Sâdiq, etc., ainsi que par des grands savants vertueux, et ce hadîth fait référence aux Attributs Divins mentionnés dans le Qur’ân sur le fait qu’Allâh est L’Intérieur et le Manifeste, ainsi que sur la nature inépuisable de la Parole Divine, et que donc les connaissances et sciences du Qur’ân sont « sans fin »).

Il a été rapporté qu’Ibn Mas’ûd a dit que : « Le Qur’ân a été révélé avec un sens extérieur et un sens intérieur, et qu’Alî Ibn Abû Tâlib possédait la connaissance de ces deux domaines » (Récit rapporté par Abû Nu’aym al-Isbahânî dans Hilyat al-awliyâ’ 1/65).

« Lisez le Qur’ân et cherchez [humblement] à saisir ses significations extraordinaires (garâ’ibahu) » (Hadîth rapporté par Ibn Abî Shayba dans son Musannaf, n°30532).

Une parole similaire est attribuée au compagnon du Prophète (ﷺ) Ibn Mas’ûd (qu’Allâh l’agrée).

Le compagnon du Prophète (ﷺ) Abû-l-Dardâ’ (qu’Allâh l’agrée) disait quant à lui : « Nul ne comprend le Qur’ân jusqu’à qu’il perçoive en lui des significations multiples » (Récit rapporté par Abû Nu’aym dans son Hilyat al-awliyâ’, 1/211).

« Allâh possède des serviteurs qui connaissent les gens par leur regard clairvoyant » (Hadîth rapporté par Al Hakîm, At-Tirmidhî, Al Bazzar, Ibn Sana et Abû Nu’aïm, selon Anâs, – qu’Allâh les agrée -). Il a été dit par Ibn Qayyim Al Jawziyya, dans son livre Ar Rûh : « Il a été fait l’éloge des détenteurs de ce genre de regards dans la parole : «Voilà vraiment des preuves, pour ceux qui savent observer !» (Surate 15 Al-Hijr, verset 75). Ibn ‘Abbâs (qu’Allâh l’agrée) et d’autres ont dit : « C’est-à-dire les détenteurs du regard clairvoyant (Al Firasa) ».

« Qu’Allâh comble de faveurs celui qui, ayant entendu une de mes paroles, l’aura mémorisée pour la transmettre à autrui. De fait, il se peut qu’un homme transmette une connaissance (fiqh) à un autre doué d’une plus grande intelligence. Et certes, il peut arriver qu’un « porteur de connaissance » ne soit pas doué d’intelligence ! » (Hadîth rapporté par At-Tirmidhî et authentifié par As-Suyûtî, cité aussi par Tayeb Chouiref dans Les enseignements spirituels du Prophète, Vol. I hadith n°72, et Vol. II, p. 37).

« Certes, la perspicacité spirituelle est présente chez tous les peuples [ou : dans toutes les communautés]. Toutefois, seuls les êtres les plus nobles parmi eux la possèdent » (Hadîth relaté sous l’autorité de ‘Urwa Ibn Zubayr, rapporté par Al-Hâkim, authentifié aussi par As-Suyûtî, et cité également par Tayeb Chouiref dans Les enseignements spirituels du Prophète, Vol.II, p.160, hadith n°180).

« Il y a deux sciences : l’une réside dans le coeur, et c’est elle la science utile ; l’autre se borne aux discours : c’est l’argument que Dieu opposera à l’homme » (Hadîth rapporté par Dârimî, Abû Nu’aym, Ibn Abî Shayba et al-Hâkim, cf. Kanz Ummal n° 28945 et 28946). Pour « prouver » que ses actes étaient en contradiction avec la science qu’il affichait.

« Le Qur’ân possède un extérieur, un intérieur, [Il] détermine des principes et ouvre sur l’universel » (Hadîth rapporté par At-Tabarânî, ainsi que par l’auteur du Tâj al-tafâsîr, cf. Kanz Ummal n°3086).

« Combien connaissent les règles religieuses (fiqh) tout en manquant de clairvoyance (laysa bifaqîh) ! » (Hadîth rapporté par différents rapporteurs parfois avec quelques petites variantes, comme At-Tabarânî, cf. Kanz Ummal n°29004).

L’imâm ‘Alî ibn Abû Tâlîb (‘alayhî salâm) a dit : « Si je le voulais, je pourrais écrire un commentaire de la Sûrate Al Fâtiha tellement long qu’il faudrait 70 chameaux [70 étant un nombre assez symbolique signifiant souvent un développement important ou une grande quantité) pour le transporter » (Récit rapporté par Abû Tâlib al-Makkî, Qût al-qulûb, 1/50).

Abû Hâmid al-Ghazâlî commente cela dans son Ihyâ’ en disant : « Les significations spirituelles des Paroles d’Allâh sont, en effet, sans fin et les océans seraient épuisés avant que ne s’épuisent les Paroles d’Allâh (Exalté Soit-Il). Sous ce rapport, les capacités de compréhension des créatures sont diverses même s’ils possèdent au même degré la nécessaire connaissance de l’interprétation exotérique [littérale] ».

Comme nous le rappelait le scientifique, historien, théologien, philosophe et penseur iranien Seyyed Hossein Nasr dans « Islam – perspectives et réalités » (éd. Tasnîm, 2019) : « Bien des gens, en effet, lisent le Livre sacré sans en rien recevoir d’autre que le message littéral, parce qu’aucun texte sacré ne s’ouvre facilement au regard de l’homme pour lui révéler son secret. Le Qur’ân est comme l’Univers, il a de nombreux plans d’existence et de nombreux niveaux de signification, et une préparation est nécessaire à qui veut comprendre tout ce qu’il signifie ».

Jalâl ud-Dîn Rûmî, qui était à la fois poète, juriste, théologien, exégète et métaphysicien, disait dans son Le livre du-dedans (Fîhi-mâ-fihî) à propos de la profondeur du Qur’ân : « Le Qur’ân est comme une jeune mariée : Tu essaies de retirer son voile, et elle ne te montre pas son visage. Au moment où la jeune mariée qu’est le sens du Qur’ân retire son voile, le royaume de la foi est dénué de trouble. Si l’examen du Qur’ân ne te donne aucune satisfaction et ne te dévoile rien, c’est parce qu’il refuse que tu retires le voile ; il a rusé avec toi en se montrant comme laid ; il te dit : « Je ne suis pas cette beauté ». Le Qur’ân est capable de se montrer sous l’apparence qu’il veut. Mais si tu ne cherches pas à lui ôter le voile, tout en œuvrant à son contentement, en arrosant son champ, et en lui rendant service de loin, par tout ce qui peut lui donner satisfaction, alors, sans que tu retires le voile, il se montrera à toi ».

Ainsi donc, une méditation sincère et attentive du Qur’ân débouche sur un émerveillement sans pareil et une source inépuisable de bienfaits, d’enseignements et d’inspiration.


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