L’eschatologie est un domaine qui est abordé dans les sciences islamiques et qui concerne non seulement la communauté musulmane, mais aussi l’Humanité tout entière. Elle fait cependant fait l’objet de nombreuses critiques infondées (de la part des modernistes ou des coranistes par exemple), ainsi que de nombreuses dérives ou déformations de la part de charlatans ou de gens peu avertis ou sectaires.
Dès lors il est important de rappeler quelques principes et de garder à l’esprit certaines règles méthodologiques.
L’eschatologie passe après les principes fondamentaux théologiques, éthiques, spirituels, moraux, sociaux et juridiques de l’Islam, qui eux concernent la vie de tous les jours, qui renforcent et purifient l’esprit, le corps et l’âme, ainsi que nos relations avec Allâh, la société, la famille et la nature. Accorder toute son attention à l’eschatologie tout en négligeant ou délaissant la prière, la charité, le bon comportement, nos obligations religieuses, familiales, professionnelles et communautaires n’a donc aucun sens, et cela peut même devenir une source de manipulation ou d’égarement lorsque l’on oublie l’essentiel dans la vie ainsi que l’approche critique de l’eschatologie, tout comme le sens critique est indispensable en histoire politique ou dans le domaine de l’histoire des idées et du droit, la politique, les théories scientifiques et la géopolitique.
La réalité de l’eschatologie islamique est mentionnée dans le Qur’ân, qui en fournit aussi plusieurs signes (ayât). Le Qur’ân évoque aussi la prophétie et la sagesse en plus de la Révélation, et l’eschatologie est donc englobée dans la Sunnah, et fait aussi partie des miracles et des signes de la Prophétie Muhammadienne.
« Il ne conviendrait pas à un être humain à qui Allâh a donné le Livre, le jugement et la prophétie, de dire ensuite aux gens: « Soyez mes serviteurs obéissants, en dehors d’Allâh ». Bien au contraire: soyez des savants au service du Seigneur, selon ce que vous savez du Livre et selon ce que vous en apprenez. Et il ne vous commanderait nullement de prendre pour seigneurs anges et prophètes. Vous commanderait-il de rejeter la foi, vous qui êtes consacrés (à Lui) ? » (Qur’ân 3, 79-80). Ce verset réfute le coranisme puisqu’Allâh évoque 3 choses qui font partie de la foi qu’Il agréée, à savoir le Livre (Qur’ân ; la Révélation), le jugement (l’explication donnée par le Prophète ; Sunnah purifiée) et la Prophétie (les signes et prédictions prophétiques notamment). Le verset nous indique aussi cependant, et de façon claire, qu’il est interdit d’idolâtrer des Prophètes et des savants malgré leur rang et leur statut, ou de suivre des avis qui seraient contraires à la Révélation. En ce qui concerne les Prophètes, il ne convient pas de les imiter dans certaines fautes (involontaires) qu’ils auraient pu commettre, ni forcément les suivre aveuglément dans leurs préférences personnelles (vestimentaires, culturelles, gastronomiques, etc.) qui ne relèveraient pas de l’Ordre divin (en tant qu’injonctions divines et universelles à suivre). Dans ce cas de figure, ne s’agissant pas d’ordres/préceptes religieux, le croyant est libre d’imiter ou non les Prophètes (sauf dans les erreurs/fautes évoquées dans le Qur’ân, et où Allâh les exhorta à corriger leurs fautes ou leurs erreurs de jugement), sauf si le contexte ne le permet pas.
« Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un Messager de chez vous qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne le Livre et la Sagesse et vous enseigne ce que vous ne saviez pas » (Qur’ân 2, 151) ; « C’est à eux que Nous avons apporté le Livre (la Révélation), la Sagesse (spirituelle et universelle) et la Prophétie. Si ces autres-là n’y croient pas, du moins Nous avons confié ces choses à des gens qui ne les nient pas » (Qur’ân 6, 89). La Sagesse englobe la Sunnah tout en étant plus large au sens technique. La Sunnah peut se référer à tout ce qui a été enseigné explicitement ou implicitement (toutes les formes de sagesse, d’oeuvres de bienfaisance, de méditation, de réflexion, etc.) dans le Modèle Muhammadien.
A propos des récits prophétiques en lien avec l’eschatologie cette fois-ci, il faut les appréhender correctement.
Le hadith faible (da’îf) est accepté en ce qui concerne l’histoire (si d’autres éléments extérieurs corroborent ou renforcent le sens et le contenu du hadith), de la sagesse universelle, de la morale et de l’éthique (puisque le Qur’ân et ceux qui ont connu le Prophète Muhammad (ﷺ) l’ont qualifié de modèle à suivre incarnant la synthèse de toutes les vertus spirituelles, valeurs morales et qualités éthiques), la science physique ou médicale (si les expériences et observations les confirment), l’eschatologie (si les faits confirment le contenu du hadith) et la ‘aqida si cela ne contredit pas le Qur’ân.
Le hadith faible – et surtout s’il est isolé/ahad – par contre est rejeté et délaissé s’il contredit le Qur’ân, un fait historique ou scientifique, si dans le domaine juridique il institue une peine juridique douteuse, ou si le contenu doctrinal et théologique contredit le Qur’ân ou ce qui a été rapporté de façon sahih et concordante par d’autres ahadiths ou paroles bien établies des Sahâba.
Pour le hadith sahîh, les règles sont les mêmes dans la pratique, puisque même si la chaine peut sembler sahîh (authentifiée), il se peut que certains spécialistes y aient décelé malgré tout quelques défauts cachés comme l’ont expliqué des savants du hadith de la période médiévale – comme Al-Khatib Al-Baghdâdî, Abû Hâmid Al-Ghazâlî, Ibn Al-jawzî, Ibn ‘Arabî, Al-Qurtûbî, Ibn Kathîr, Ibn Hajar Al ‘Asqalânî, Al-Haytamî et d’autres -, ou que le sens voulu soit différent du sens apparent. Quant à sa mise en pratique ou à son acception théorique, elle ne peut pas se faire si le contenu du hadith contredit clairement le Qur’ân ou la Sunnah notoire et mutawâtir, ou des faits historiques ou scientifiques très bien établis, ou si le contexte précis est absent, sauf s’il s’agit de ahadiths sur l’importance de la morale ou de l’éthique qui elles s’appliquent en tous temps et en tous lieux, et pour tout le monde (hommes, femmes, enfants, parents, juges, dirigeants, savants, etc.) tandis que d’autres ne concernent que certaines personnes occupant une fonction précise (parent, juge, dirigeant, mufti, etc.) et non pas l’ensemble des croyants ou des citoyens (ce ne sont pas aux simples citoyens de faire appliquer la loi ou des sentences pénales par exemple). De même, un hadith pouvait être sahih mais concerner un événement antérieur à la période islamique ou à une interdiction islamique révélée ultérieure ou mise en place au bout d’un certain temps puisque la Révélation et la mission prophétique se sont étalées sur près de 23 ans.
L’imâm Ad-Dârimî (m. 255 H/869) dans ses Sûnan (introduction, bâb 50) rapporte le récit d’Ibn Abbâs concernant l’interprétation du hadith : « Si vous m’entendez rapporter quelque chose du Messager d’Allâh mais que vous ne le trouvez pas en accord avec le Livre (Qur’ân) ou accepté parmi les gens de bien, alors sachez que je lui ai attribué quelque chose de faux ». Il s’agissait sous forme de rhétorique (figure littéraire à ne pas prendre au sens apparent donc), d’apprendre aux Musulmans de faire attention aux erreurs ou aux mensonges imputés au Prophète (ﷺ), en les confrontant au Qur’ân et à la sagesse universelle. Cela n’a cependant pas évité, chez ces grands imâms du Hadith et de la logique, d’avoir accepté parfois certains récits douteux, soit car cela était conforme à la coutume de leur époque ou à leur idéologie, soit parce que dans la pratique cela ne les concernait pas ou n’était pas vraiment appliquée (et ne suscitait donc pas de polémiques exigeant de mener des investigations plus poussées).
Dans le domaine eschatologique, il faut donc être prudent, non seulement concernant la source textuelle et historique, mais aussi sur sa compréhension ou son application, qui ne doivent jamais être au service de l’oppression politique, du terrorisme, du fanatisme ou du sectarisme (des mentalités déviantes selon l’Islam, et où les prédictions prophétiques avaient annoncé d’ailleurs leur prolifération, les condamnant et mettant en garde la Ummah contre ces fléaux, notamment le kharijisme et le tribalisme, comme cela est rapporté dans les recueils d’Al-Bukharî, Muslim, Ahmad, Nu’aym Ibn Hammad et d’autres). Certains ahadiths d’ailleurs dans ce domaine peuvent concerner plusieurs événements ultérieurs sans qu’ils soient réductibles qu’à un seul événement temporel et historique, mais pouvant concerner plusieurs événements similaires (par exemple les mouvements kharijites, dont le Prophète (ﷺ) disait qu’ils auraient plusieurs cornes ou têtes qui repousseraient à d’autres moments de l’histoire, ou certaines guerres fratricides).
Il est un fait établi que plusieurs Messagers comme Ibrâhîm/Abraham, Moïse/Mûsa, Isâ’/Jésus et Muhammad ont annoncé un certain nombre de prophéties, que leurs communautés respectives ont pu confirmer et documenter avec le temps, et dont une centaine d’entre elles – prédites par Sayyidûna Muhammad – n’ont été visibles et confirmées que depuis les 150 dernières années, observées et vérifiées ainsi de nos propres yeux. Il y a donc clairement un fond de vérité à tout cela.
Cependant, les récits en la matière peuvent se diviser en plusieurs catégories :
1) Celles qui sont complètement authentifiées dans le sens comme dans la forme, où tous les détails sont exacts.
2) Celles où le fond est vérifié mais où certains détails sont flous ou contradictoires, manifestant les rajouts ou erreurs des rapporteurs.
3) Celles qui proviennent ou sont similaires (sans qu’il n’y ait forcément plagiat) des Ahl ul Kitâb (récits appelés isra’iliyyât) qui sont authentiques car découlant des enseignements préservés des Prophètes antérieurs.
4) Celles qui proviennent des Ahl ul Kitâb (parmi les récits isra’iliyyât) mais qui sont contradictoires, fausses ou partiellement fausses, où certains détails voire des récits complets ont été inventés puis imputés à tort aux Prophètes antérieurs.
Quoi qu’il en soit, tous les ahadiths prophétiques concernant l’eschatologie ne peuvent pas être rejetés (ni rationnellement ni empiriquement) car beaucoup ont été confirmés, et tous ne peuvent pas être suspectés d’être issus des Ahl ul Kitâb ou de simples inventions car beaucoup de ses prophéties concernent explicitement la Ummah musulmane et des événements en lien avec l’Islam Muhammadien et le monde musulman, et se sont concrétisés bien après la mise par écrit et la tradition orale desdits ahadiths ou visions spirituelles des Califes bien-guidés ou même de certains Saints, notamment les imâms, Sûfis, juristes, théologiens et exégètes Ibn ‘Arabî (m. 638 H/1240), Jalâl ud-Dîn Rûmî (m. 672 H/1273) sur la structure atomique et la technologie nucléaire, ou Ismâ’il Haqqi Bursevi (m. 1137 H/1725) dans son Tafsîr intitulé Rûh al-Bayân (dans son commentaire de la Sûrah Yâ-Sîn) qui avait prédit et annoncé l’existence future des avions et d’autres moyens de transport à partir de l’acier, avant la période de l’ère industrielle et avant l’existence de l’aviation. Il dit : « …Et il y a là une allusion à ce qui sera créé à la fin des temps comme (nouveaux) moyens de transport terrestres et aériens (marâkib al-hawâ’). Ce sont des véhicules fabriqués de fer, fonctionnant par le feu et la vapeur, et qui circulent dans les airs comme les navires circulent sur l’eau ».
Or, les ahadiths véridiques sur l’eschatologie sont une preuve de la prophétie de Muhammad (ﷺ) puisque les Awliyâ qui ont aussi des visions véridiques ne se revendiquent pas prophètes et reconnaissent ce qu’ils doivent au Modèle Muhammadien, et quand c’est une grâce qu’ils reçoivent d’Allâh directement, ils le disent et le reconnaissent aussi par humilité. Or, si ce qui est imputé au Prophète (ﷺ) se réalise, cela vient de lui et non des éventuels rapporteurs, car sinon eux-mêmes l’auraient explicité et exprimé clairement. Les mensonges imputés au Prophète (ﷺ) concernent essentiellement les sentences pénales, des comportements contradictoires ou déviants, ou des pratiques culturelles provenant d’autres communautés. Mais pour les signes eschatologiques véridiques, il n’y a aucune raison de mentir et de les imputer au Prophète (ﷺ). D’ailleurs, de nombreux imâms vertueux du Salaf distinguaient bien ce qu’ils rapportaient du Prophète (ﷺ) en ce domaine, de leurs propres visions spirituelles véridiques, qu’elles concernent leur propre vie personnelle (et nous aussi avons été gratifiés déjà de plusieurs visions prémonitoires) ou même certains événements majeurs qui allaient survenir après leur mort.
Mais à notre époque, celles qui attendent une vive confirmation de la part des Musulmans et aussi des opprimés non-Musulmans, sont celles-ci, dont la moitié est déjà observable (les sociétés humaines rongées par l’oppression et où les distances humaines ont « rétrécies et écourtées » à l’heure de la mondialisation et d’une technologie invasive et ultra-rapide).
Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Une épreuve terrible s’abattra sur cette Ummah à la fin des temps, de la part de leurs (mauvais) dirigeants à tel point que la terre, malgré son immensité, leur paraîtra étroite, et qu’elle sera remplie d’injustice et d’oppression. Le croyant ne trouvera alors aucun refuge où s’abriter contre l’oppression. C’est alors que Allâh enverra un homme de ma famille [le Mahdi pour rétablir la justice] » (1).
Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Le Mahdi sortira après une période de délaissement de la religion, de tremblements de terre et un désespoir profond des gens. Il remplira alors la terre de justice et d’équité [après une période où l’oppression fut répandue et généralisée sur terre] » (2).
Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « S’il ne restait qu’un jour à ce bas-monde, Allâh le prolongerait jusqu’à envoyer un homme de ma famille… Il remplira la terre d’équité et de justice comme elle avait été remplie d’injustice et d’oppression » (3).
Plusieurs paroles prophétiques annonçaient aussi cette possibilité, accordée à certains croyants (notamment les Saints et les Vertueux) : « Le songe pieux et la vision spirituelle sont une partie des 46 parties de la prophétie » (4), « Il ne reste de la prophétie que les (visions) annonciatrices (Al-Mubashshirât). Ils demandèrent : « Que sont les (visions) annonciatrices ? ». Il répondit : « Le songe pieux et la vision spirituelle » » (5) et « À l’approche de la fin des temps, le songe pieux et la vision spirituelle du musulman ne mentira presque plus. Et ceux d’entre vous dont les songes sont les plus vrais sont ceux qui sont les plus véridiques dans leurs paroles » (6). Et parmi les autres qualités que le croyant véridique doit incarner et puiser de la prophétie Muhammadienne a été rapportée par le Prophète (ﷺ) en ces termes : « La sagesse, la bonne tenue et attitude (digne, pudique et modeste), la douceur, la pondération (dont la réflexion avant d’agir), la recherche de la justice et de la droiture ainsi que la modération (en cultivant l’équilibre et le juste milieu) sont une partie des 45 parties de la prophétie » (7).
Notes :
(1) Rapporté par Al-Hakim dans Al-Mustadrak n°8438 selon Abû Sa’îd Al-Khudrî, sahîh.
(2) Rapporté par Nu’aym Ibn Hammad dans Kitâb al-Fitân n°1039 ou 1040 selon Abû Sa”îd Al-Khudrî.
(3) Rapporté par Abû Dawûd dans ses Sunân n°4285 selon Ibn Mas’ûd, sahîh, At-Tirmidhî dans ses Sunân n°2231 et d’autres.
(4) Rapporté par Mâlik dans Al-Muwattâ’ n°1753, Al-Bukharî dans son Sahih n°6983, 6987, 6989, etc. selon Abû Hurayra, Anas Ibn Mâlik, Abû Sa’îd Al-Khudri et d’autres, Muslim dans son Sahîh n°2263 et d’autres.
(5) Rapporté par Al-Bukharî dans son Sahih n°6990 selon Abû Hurayra et d’autres.
(6) Rapporté par Al-Bukharî dans son Sahih n°7017 selon Abû Hurayra, Muslim dans son Sahîh n°2263 et d’autres. Ces rêves et visions spirituelles, comme l’indiquent d’autres ahadiths et rapporteurs, sont à distinguer des rêves psychologiques ordinaires et des songes sataniques/diaboliques.
(7) Synthèse des différentes variantes du Hadith rapportée par Mâlik dans Al-Muwattâ’ n°1749 selon Ibn ‘Abbâs, Al-Bukharî dans Al-Adab Al-Mufrad n°468, Abû Dawûd dans ses Sunân n°4776, At-Tirmidhî dans ses Sunân n°2010, etc.
