Le réformisme et son rapport à la Sunnah et aux ahadiths

Dans cet article nous aborderons la question de la Sunnah (Voie/Tradition prophétique) et des polémiques ayant vu le jour depuis l’avènement du monde moderne. Pour ne pas alourdir notre propos, nous renvoyons les lecteurs au chapitre écrit par le Dr. Seyyed Hossein Nasr intitulé « Le Prophète et la Tradition prophétique » publié dans son excellent ouvrage Islam – Perspectives et réalités[1], où il expose magistralement la nécessité logico-historique et l’importance spirituelle de se rattacher à la Tradition prophétique (et de l’amour envers le Prophète qui incarne et synthétise toutes les vertus et l’excellence de la Voie), non seulement pour parfaire et approfondir sa pratique, mais aussi pour mieux comprendre le Qur’ân[2] à travers son meilleur interprète (qui est le Prophète), sachant que le Qur’ân contient tous les fondements et principes théologiques, éthiques, spirituels, cosmologiques, métaphysiques et rituels, mais ne pouvant pas traiter tous les détails (qui sont en nombre « indéfinis ») de l’existence, doit être compris avec la Tradition prophétique authentique, ainsi qu’avec l’intellect et les expériences vécues dans le cadre du cheminement spirituel.

   L’importance centrale du Prophète est soulignée dans le Qur’ân de façon explicite :  « Ô les croyants ! Obéissez à Allâh, et obéissez au Messager » (Qur’ân 4, 59), « Quiconque obéit au Messager obéit certainement à Allâh » (Qur’ân 4, 80), « Dis : Si vous aimez vraiment Allâh, suivez-moi, Allâh vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. Allâh est Pardonneur et Miséricordieux » (Qur’ân 3, 31), « En effet, vous avez dans le Messager d’Allâh un excellent modèle [à suivre], pour quiconque espère en Allâh et au Jour dernier et invoque Allâh fréquemment » (Qur’ân 33, 21), « Le butin provenant des biens des habitants des cités qu’Allâh a accordés sans combat à Son Envoyé, appartient à Allâh, à l’Envoyé et à sa famille, aux orphelins, aux pauvres et aux étrangers de passage, afin que ce bien ne soit pas une aubaine à se repasser entre les riches de chez vous. Prenez ce que l’Envoyé vous donne, et abstenez-vous de ce qu’Il vous interdit. Craignez Allâh. Allâh est sévère dans Sa correction. (Il revient également) aux Emigrants (muhâjirîn) pauvres qui ont été chassés de leurs demeures et privés de leurs biens, tandis qu’ils recherchaient (en guise d’aspiration à) une grâce et un agrément d’Allâh et qu’ils défendaient la cause d’Allâh et Son Envoyé ; ce sont des gens sincères » (Qur’ân 59, 6-8) et d’autres. Chez de nombreux coranistes ou réformistes qui rejettent la Sunnah, on s’étonne de voir leur indifférence voire leur gêne, à l’égard du Prophète. Or, Allâh lie l’Amour Divin à l’amour que l’on éprouve aussi pour Ses bien-aimés, dont le Prophète Muhammad.

De même, c’est par Son Envoyé Muhammad, qu’Allâh a enseigné aux gens Son Livre, exprimé Sa Volonté et manifesté des Signes de Sa Réalité, de Ses Attributs et de Ses injonctions. En effet, Il a fait de Muhammad une miséricorde pour les mondes « Certes, Nous ne t’avons (Muhammad) envoyé que comme Miséricorde pour les mondes » (Qur’ân 21, 107), ainsi qu’une lumière qui éclaire les gens : « C’est une lumière [Nûrun] émanant d’Allâh, qui est venue vous éclairer ainsi qu’un Livre explicite » (Qur’ân 5, 15) et « Ô Prophète ! Nous t’avons envoyé [pour être] témoin, annonciateur, avertisseur, appelant (les gens) à Allâh, par Sa permission ; et comme une lampe éclairante (Sirâjân Munîrân ; la racine de Minuirân vient du mot Nûr) » (Qur’ân 33, 45-46). Ces versets confirment et expriment l’universalité du Message qurânique tout comme de la mission prophétique de Muhammad et du fait qu’il incarne le modèle excellent pour l’ensemble des croyants, à travers les âges et les lieux. Et Allâh ordonne et distingue le suivi du Qur’ân (Parole Divine), de la voie prophétique, qui sont pourtant liées, mais où hiérarchiquement, la primauté est d’aspirer à Allâh et de se conformer à Sa Parole, puis de comprendre et de suivre le Prophète (sa voie) qui est une extension, une méditation et une mise en pratique du Qur’ân, qui n’est donc pas limité qu’à ses Compagnons qui l’ont côtoyé, mais où l’intelligence et la prudence, pour les générations ultérieures, doivent encadrer le suivi et la connaissance de la Tradition prophétique, en concordance avec le Qur’ân.

   De même, il est dit : « Et (Allâh) lui enseignera l’Ecriture, la sagesse, la Torah et l’Evangile » (Qur’ân 3, 48) et « Notre Seigneur ! Envoie l’un des leurs comme Messager parmi eux, pour leur réciter Tes versets, leur enseigner le Livre et la Sagesse, et les purifier » (Qur’ân 2, 129). Il y a donc d’une part, le « Livre » (Qur’ân) et les anciennes révélations, et d’autre part, la Sagesse (Hikma) qui englobe les explications et inspirations prophétiques concernant le Qur’ân et les vertus, ainsi que la « purification », que l’on peut identifier aux sciences et connaissances spirituelles et éthiques que recouvrent le « tasawwuf » (tazqya an-nafs et al-ihsân).

   Selon ‘Aîsha : « L’attitude (personnalité, caractère) du Prophète Muhammad, c’était le Qur’ân »[3].  De même, il a été rapporté « qu’il (le Prophète) était comme un (le) Qur’ân vivant (qui marche sur la terre) »[4].

    Ce qui correspond au verset du Qur’ân : « Vous avez dans le Messager d’Allâh un excellent modèle [à suivre], pour quiconque espère en Allâh et au Jour dernier et invoque Allâh fréquemment » (Qur’ân 33, 21).

   On voit de plus en plus de réformistes s’attaquer à la Tradition en soi, – ce qui revient à éradiquer l’âme religieuse et donc le souffle revivificateur de la Religion -, continuant non seulement l’entreprise orientaliste, mais allant encore plus loin que de nombreux orientalistes dans la destruction du patrimoine islamique tout en détournant les musulmans de leur immense héritage spirituel. Comme souvent, on s’aperçoit qu’ils jettent le bébé avec l’eau du bain. Il n’est pas rare non plus qu’ils contestent des pratiques ou des récits conformes au Qur’ân ou qui s’expliquent par des nécessités de l’époque, et qui ne relèvent donc pas d’une invention du pouvoir politique (que celui-ci l’instrumentalise à sa convenance et pour ses besoins est encore une autre question, qui se pose pour beaucoup de choses : les religions, la laïcité, la démocratie, le scientisme, l’athéisme, le communisme, etc.).

   Ils font aussi énormément de découpage, en citant des bouts de textes qui ne reflètent pas forcément la position des auteurs (qui relatent parfois des récits mais sans y adhérer ou en rapportant aussi d’autres récits allant dans le sens contraire) et qui apportent d’autres éléments qu’il est pourtant nécessaire de prendre en compte.

   De plus, il faut aussi lire les livres (fiables) d’histoire de l’époque pour voir si telle pratique était connue ou non, surtout en ce qui concerne l’époque des premières générations (as-salaf us-salîh).

En effet, sachant que certains ahadiths étaient mutawatir à l’époque mais que, par la mort ou la disparition (dans l’activité de transmission) de certains rapporteurs, cela est devenu ahad par la suite.

   Et on se rend compte alors d’une part que la plupart des allégations orientalistes et réformistes tombe à l’eau, et d’autre part que certains avis mashhur des écoles juridiques qui ont été établis ultérieurement n’étaient pas l’avis répandu adopté par les salafs, – et que l’argument de la contextualisation concernant certaines pratiques non-problématiques en soi (chants licites accompagnés d’instruments, dessins d’êtres vivants, …) n’est pas pertinent bien qu’ils aient choisi la voie de la prudence -. Quand on recoupe tous les éléments, on en déduit aisément que les fondements de la Tradition, tout comme des éléments importants des codes sociaux de l’époque, ont leur raison d’être du point de vue islamique.

   Il est vrai que dans les quelques millions de ahadiths qui circulaient dans les 3 premiers siècles de l’Hégire, beaucoup étaient inventés. Les traditionnistes ont fait ensuite un important travail pour identifier les ahadiths apocryphes ou faibles mais il s’agit là d’un travail perfectible. De même, il y a des divergences parmi les rapporteurs (certains sont fiables pour certains, mais ne le sont pas pour d’autres, – soit à tort soit à raison). Néanmoins, déceler une faiblesse dans la chaîne n’implique pas forcément que le contenu (matn) soit faux pour autant, puisque des inconnus, des menteurs, des gens ayant une mémoire pas très bonne, peuvent dire aussi la vérité ou transmettre des informations fiables, pour peu qu’elles soient conformes au Qur’ân, à la dimension spirituelle de l’Islam, à l’observation, aux faits historiques bien établis, ou à d’autres ahadiths jugés fiables. Néanmoins, quand le contenu s’oppose clairement à la Parole Divine, il y a là un réel problème qui implique logiquement des défauts ou des déformations quant au sens, à défaut d’être tout simplement inventé. A cause des mouvements réformistes, qu’ils soient salafistes najdites ou « salafistes rationalistes », la perspective spirituelle et les réalités historiques et sociologiques vécues par les anciennes générations ont été occultées ou évincées, si bien qu’à travers leur « découpage textuel », ils instillent le doute en disant que selon untel ce hadîth serait « faible » ou « contiendrait des défauts » et qu’il doit donc être abandonné, alors que parmi les anciens savants, cela ne les avait pas empêché de mettre le contenu des ahadiths (ahad) en pratique tant qu’il était conforme au Qur’ân, à la logique, à la culture de l’époque ou aux expériences et réalités spirituelles qu’ils ont pu vivre à travers leur cheminement initiatique, car les autres éléments étaient aussi pris en compte (ou devaient l’être autant que possible).

   Historiquement par exemple, le Qur’ân était déjà reconnu et unifié dès le 1er siècle de l’Hégire comme l’indiquent les polémistes et crédo des différents courants musulmans de l’époque, tandis que si l’on se base sur les ahadiths (faibles, apocryphes ou authentiques), les contradictions et les divergences sont nombreuses et il devient donc difficile de trancher. D’un point de vue historique cependant, il existe plus de 1500 feuillets manuscrits du Qur’ân datant du 1er siècle de l’Hégire, la dernière étude de Noseda montre que nous sommes capables de constituer 83% du Qur’ân à partir des manuscrits du 1er siècle (donc précédent la période Abbasside). Une étude complémentaire et plus complète, – sachant que d’autres manuscrits du Qur’ân du 1er siècle existent mais n’ont pas encore été analysés -, permet de reconstituer déjà 97% du corpus qurânique[5]. Et quand bien même les traces écrites auraient disparu, ou que personne n’aurait eu l’idée de mettre le Qur’ân par écrit, la tradition orale, à travers de nombreuses voies de transmission, a mémorisé fidèlement et retransmis par de multiples voies, – dont la transmission et modification du contenu ne pouvaient plus être effectuée – à travers différentes lectures du même corpus, – dont les sens se complètent, ne s’excluent pas et renvoient au même Texte -. Toutes les voies s’accordent entre elles, et témoignent les unes envers les autres de façon indépendante, si bien qu’aucune altération ne soit possible car le moindre changement serait corrigé ou détecté par les autres.

    Beaucoup de thèses orientalistes issues de l’école « hypercritique » sont réfutées par les recherches historiques et archéologiques. Nous disposons de témoignages écrits par des chroniqueurs syriaques dont voici les plus anciens :

  • Le fragment des cartes de Jacques d’Édesse (691/92)
    • Le tableau chronologique syriaque de Jacob d’Edesse (m. 708) énumère les règnes des souverains romains, perses et arabes. On y trouve : OLYMPIAD 350: 296[= 620-21] Muhammad, le Ier roi des Arabes régna pendant 7 ans…     OLYMPIAD 351: 303[= 628-29] Abu Bakr, le 2e roi des Arabes, régna pendant 2 ans et 7 mois.

   La datation de ce texte vient d’Elias de Nisibis qui a déclaré que Jacob a écrit sa chronique en 692[6]. La liste d’un chroniqueur syriaque anonyme datant de 702 de notre ère. Le texte est conservé dans BL Add. 17 193, fol. 17a. Robert Hoyland a noté que la liste se trouve « dans un manuscrit de la fin du IXe siècle au contenu très varié, intercalé entre des phrases choisies des proverbes de Salomon et des extraits du discours d’Isaac d’Antioche sur la prière »[7].

   La liste des califes de Thomas le Presbyte. Elle est semblable aux listes ci-dessus, elle est datée de 724 après J.-C. puisqu’elle se termine avec le règne de Yazid ibn ʿAbd al-Malik. Le texte est conservé dans BL Add. 14 643, 13e siècle, dernier folio[8].

« Les mois précédents l’arrivée de Muhammad (à Médine).

Et Muhammad lui-même a vécu (encore) 10 ans.

Et Abu Bakr b. Abi Quhafa Quhafa, 2 ans, 6 mois.

Et ʿUmar b. al-Khattab, 10 ans et 3 mois ».

   La ville de la Mecque, liée à l’Islam, est mentionnée dans de très anciens manuscrits qurâniques comme le Codex Is. 1615 I, folio 47v, radiocarbon daté entre 591 et 643 ; le Codex San’â’ DAM 01-29.1, folio 29a, radiocarbon entre 633 et 665 ; le Codex Arabe 331, folio 40 v, radiocarbon daté entre 652 et 765. On voit donc que dès le 1er siècle de l’hégire, les manuscrits historiques mentionnaient déjà la Mecque comme ville importante de l’Islam, contrairement à Pétra où on ne trouve nulle mention dans les manuscrits historiques comme ville sacrée ou importante de l’Islam durant le 1er siècle de l’Hégire. Le grand spécialiste Mircea Eliade[9] était d’avis que La Mecque était déjà connue sous le nom de « Makoraba » : « Le centre religieux était La Mecque (Makkah). Le nom est mentionné dans le corpus ptolémaïque (II ème siècle A.D.) comme Makoraba, vocable dérivé du sabéens Makuraba ». sanctuaire »[10].

   En Egypte, des papyrus administratifs datés de l’an 22 (de l’Hégire) font déjà référence à l’Islam et sont datés selon le calendrier hégirien[11], ce qui infirme la théorie selon laquelle le système du calendrier hégirien aurait été inventé par le calife Abd al-Malik. Ibn Marwân ibn al-Hakam (m. 705), d’autant plus qu’aucune source fiable lui impute ceci ni aucun élément important de l’Islam en tant que religion.

   Pour une étude approfondie concernant la vie du Prophète (la Sîrah), ses qualités et ses enseignements spirituels, de nombreux ouvrages de qualité existent, notamment en français[12], et qui sont conformes au Qur’ân et à l’approche historique, tout en soulignant les dimensions spirituelles et éthiques du Prophète, et « l’ambiance anthropologique » de son époque.

    Concernant la littérature des ahadiths[13], nous lisons parfois qu’elle ne serait apparue qu’à partir du 2e/3e siècle de l’Hégire avec al-Bukharî ou Muslim. Or, outre le fait qu’al-Bukharî et Muslim ont recueilli des récits de la bouche de leurs maîtres, il existe de plus anciens auteurs musulmans ayant compilé des ahadiths, et ce, dès le 1er siècle de l’Hégire, le fils de l’imâm Hussayn (petit-fils du Prophète) l’imâm ‘Alî Zayn ul Abidîn (36 H/659 – 95 H/713)[14] avec son recueil Al-Sahifa al-Sajjadiyya, Hammam ibn Munabbih (m. 101 H/719)[15] et sa Sahifah Hammam ibn Munabbih,Saʿîd Ibn Abî ʿArūba al-Basrî (70 H – 155 H), Abû Hanifa (80 H/699 – 150 H/767)[16]et son Musnad, Mâlik ibn Anas (93 H/711 – 179 H/795) et son Muwattâ’,  ʿAbdallâh ibn al-Mubârak (118 H/726 – 797)[17] et son Musnad ainsi que ses Sunân fî-l-fiqh, Abû Yusuf (113 H/735 – 182 H/795) le disciple de l’imâm Abû Hanifa avec son Kitâb ul-Âthar, Muhammad al-Shaybani (m. 189 H)[18] qui écrivit des ouvrages comportant de nombreux ahadiths tels que al-Mabsut, al-Jami al-Kabir, al-Jami al-Saghir, al-Siyar al-Kabir, al-Siyar al-Saghir et al-Ziyadat, As-Shafi’î (150 H/767 – 204 H/820) et son Musnad, ʽAbd ar-Razzâq al-Sanʽanî (126 H – 211 H) et son Musannaf, Ibn Abi Shayba (159 H/ – 235 H/) avec son Musannaf et son Musnad, Ahmad Ibn Hanbal (164 H/780 – 241 H/855) avec son Musnad et son Kitâb az-Zuhd, Al-Harîth al-Muhâsibî (170 H/781 – 243 H/857) et ses différents recueils[19],Ibn Abi al-Dunya(207 H/823 – 281 H/894) à travers ses différents recueils[20] et d’autres.

   Dans l’introduction de l’édition de la Sahifa de Hammâm ibn Munabbih (p.74), Muhammad Hamidullah décrivait ce recueil comme étant « un document de valeur » : « Il y en a qui ont affirmé que l’on n’a commencé à mettre par écrit le Hadîth du Prophète que deux siècles après lui. Se fondant sur cette présomption, ils n’ont pas hésité à charger d’accusation de fraude des personnalités telles que Ibn Hanbal, al-Bukhârî, Muslim, at-Tirmidhî, etc. (…). Or maintenant nous avons entre nos mains cette compilation datant des compagnons immédiats du Prophète (…). Lorsque al-Bukhârî a cité un Hadîth qu’il tient de Ahmad ibn Hanbal, lui-même d’après Abd ar-Razzâq, lui-même d’après Ma’mar, lui-même d’après Hammâm, lui-même enfin d’après Abû Hurayrah, des sceptiques, jusqu’à récemment encore (alors qu’on ne disposait pas d’œuvres plus anciennes), mettaient en doute la véracité de al-Bukhârî ». Or « nous disposons maintenant également de livres antérieurs : la Sahîfa de Hammâm, le Jâmi’ de Ma’mar et le Musannaf de Abd ar-Razzâq : on les trouve même dans des éditions imprimées » (p. 93). Et « lorsqu’on compare soigneusement ces sources différentes, on obtient la preuve que les compilateurs ultérieurs – Ahmad ibn Hanbal, al-Bukhârî, Muslim etc. – n’ont rien inventé. Non seulement chaque Hadîth présent dans la Sahîfa Hammâm se retrouve textuellement dans les six livres les plus connus du Hadîth (sihâh sitta) rapporté sur l’autorité de Abû Hurayrah, mais, de plus, le sens de chacun de ces dires du Prophète s’y retrouve également rapporté sur l’autorité d’autres Compagnons du Prophète » (p. 74).

   Le chercheur Harald Motzki[21] avait également tenu les mêmes conclusions pour le Musannaf d’Abd ar-Razzâq[22], recueil comportant environ 18 000 ahadiths. Dans des études[23] qu’il publia à la suite de ce travail, à travers plusieurs méthodes, il montrait que les ahadiths constituaient souvent des matériaux historiques sur lesquels se baser, mais avec une méthode critique, et réfutant par la même occasion de nombreuses hypothèses orientalistes obsolètes ou trop orientées idéologiquement pour être prises au sérieux ou être crédibles. Les méthodes de Motzki peuvent être résumées en 4 points : 1) les méthodes qui utilisent le matn [la partie textuelle des traditions], 2) la datation sur la base des collections dans lesquelles apparaissent les traditions, 3) la datation sur la base de l’isnâd [chaîne de transmetteurs faisant partie des traditions], et 4) méthodes utilisant matn et isnâd.

   Certains appliquent d’autres critères pour authentifier les ahadiths selon la rhétorique sémitique aussi, mais le problème est que certains ont rapporté des ahadiths valides mais selon leur compréhension, et sans préserver forcément la littéralité des paroles prophétiques (s’exprimant selon la rhétorique sémitique, selon cette théorie).

   Ainsi, dès le 1er siècle de l’Hégire, il y avait déjà une riche tradition écrite et des cercles de science de tradition orale dans la littérature du hadîth, avec quelques milliers de ahadiths jugés fiables et bons.

   Quant aux Sahihayn de Bukharî et de Muslim, si certains savants ont pu dire en effet qu’ils étaient « les recueils les plus authentiques après le Livre d’Allâh (Qur’ân) »[24], cela est exact dans leur globalité, mais non pas dans leur totalité, car pris individuellement, al-Bukharî et Muslim ont fait leur ijtihad (effort de réflexion) qui l’ont amené à considérer que tel hadîth répond à toutes les conditions strictes d’authenticité qu’ils ont fixé, mais de grands spécialistes, ont eu, un avis différent sur le statut d’authenticité selon leurs conditions et analyses (notamment des informations qui n’étaient pas accessibles ou parvenues à al-Bukhari et Muslim) comme l’explique Ibn al-Humâm dans Fath al-qadîr. En effet, une analyse sérieuse concernant la chaîne de transmission (isnâd) et le contenu (matn), montre d’une part que la plupart des récits ont une bonne traçabilité, et d’autre part que leur contenu est conforme au Qur’ân. On y trouve de nombreuses paroles interdisant l’idolâtrie, l’injustice, le mauvais caractère, la violence, etc. tout comme on y trouve des paroles exhortant au bon caractère, à la bonté, à la générosité, à l’intelligence, à la sagesse, etc. Et même parmi les ahadiths dont le contenu semble douteux ou contraire au Qur’ân à première vue, lorsque l’on procède à un travail de contextualisation, à une comparaison des variantes, à des études médicales ou scientifiques récentes, au fait de prendre en compte les données anthropologiques de l’époque, ou le fait de prendre en compte le sens voulu qui est un sens restreint et circonstanciel concernant une « exception » et non pas un sens général ou absolu, – et contredisant donc le Qur’ân -, beaucoup de ses ahadiths ne sont dès lors plus problématiques du tout, à l’exception de quelques-uns dont il semble difficile de pouvoir tous les concilier.

   Par exemple, dans son Sahîh, al-Bukharî relate un hadîth qui n’est pas forgé (inventé) mais qui a été mentionné sans son contexte : « 3 choses portent malheur (ou : peuvent inspirer le mauvais présage) : la maison, la femme et le cheval », sous l’autorité de Abû Hurayra, sauf qu’Aîsha précise, comme le rapporte l’imâm Az-Zarkashi dans son al-Ijâba lî-Īrâdi mâ Istadraktahu ʿÂisha ʿAla al-Saḥâbah : « Il [Abû Hurayra] est entré dans notre maison alors que le Prophète était au milieu d’une phrase. Il n’a entendu que la fin. Ce que le Prophète a dit était : « Qu’Allâh réfute les Juifs (qui propagent cette croyance) ; ils disent que 3 choses portent malheur : la maison, la femme et le cheval » (voir aussi pour le contexte, Ahmad dans son Musnad n°24841, Abû Dawûd at-Taylasî dans Kitâb ‘ahadithi an-Nisâ’î dans la section ‘Alqamata Ibn Qays ‘an ‘Aîsha). Il s’agissait donc d’une citation que le Prophète avait dite, mais qu’il dénonçait. Et selon une autre version rapportée par Ahmad dans son Musnad sous l’autorité de Sa’d Ibn Abi Waqqâs : « 3 choses font partie du bonheur du fils de Adam et 3 choses font partie du malheur du fils de Adam. Font partie du bonheur du fils de Adam une femme pieuse, un bon logement et une bonne monture. Et font partie du malheur du fils de Adam une femme mauvaise, un mauvais logement et une mauvaise monture ».

   Malheureusement, l’obsession maladive de certains réformistes pour attaquer la Tradition va même jusqu’à contester l’importance de l’intention présidant l’ensemble des actes et des aspirations, ce qui est pourtant le fondement-même de toute perspective spirituelle et éducation éthique. Certains contestent donc le hadîth d’après Yahya ibn Sa’id d’après Muhammad ibn Ibrahim d’après ‘Arqama d’après ‘Umar Ibn Al Khattab, le Prophète (‘alayhî salât wa salâm) a dit : « Les actions ne valent que par les intentions et la personne obtient ce qu’elle a eu comme intention. Celui qui a accompli la hijra vers Allâh et son Prophète alors sa hijra est vers Allâh et son Prophète. Et celui dont la hijra est pour obtenir quelque chose de la vie d’ici-bas ou pour se marier avec une femme alors sa hijra est vers ce pour quoi il l’a faite »[25].

L’imâm As-Shafi’i dit à propos de ce hadith : « Ce hadith représente le tiers du savoir. Il intervient dans 70 chapitres du droit musulman »[26].

L’imam Ahmad dit : « Les fondements de l’islam se résument à 3 ahadiths : le hadith de ‘Umar : « Les actes ne valent que selon les intentions qui les animent »[27].

   Certains vont cependant dire que Muhammad ibn Ibrahim va être critiqué par certains spécialistes du hadîth, alors qu’il est validé par d’autres. Ce seul argument, sur le plan islamique et rationnel, ne suffit donc pas pour rejeter une information acceptée par la quasi-totalité des musulmans, et par la totalité des gens doués de clairvoyance, d’autant plus qu’il ne s’agit pas là d’une sentence légale ou d’un sujet lié aux Attributs d’Allâh par exemple.

   Or, quand bien même la chaine serait faible ou forgée, le Qur’ân et la conscience primordiale (fitra) exigent la pureté d’intention et le rejet de l’hypocrisie, quand on accomplit un acte et lorsque l’on entretient une relation avec Allâh. Et si le hadith possède une bonne traçabilité, il n’y a dès lors plus de raison suffisante pour rejeter ce hadith. D’ailleurs, l’on constate que ceux qui n’ont pas cette méthodologie sont souvent ceux qui sont mentalement déficient et qui cherchent n’importe quel prétexte pour tendre vers l’hypocrisie, se détourner de la piété religieuse et justifier avec beaucoup d’arrogance leurs passions, d’après ce que nous avons pu nous-même observer.

    Par ailleurs, aucun imâm, aucun traditionniste, aucun maître spirituel ni aucun philosophe n’ont dit qu’il s’agit là d’une « innovation », ce qui montre bien qu’il ne s’agissait pas là d’une nouveauté apparue tardivement.

    Ce hadîth est d’ailleurs en totale concordance avec le Qur’ân et dont nous ne citerons qu’un échantillon de versets :

« Quiconque veut la récompense d’ici-bas, Nous lui en donnons une part. Et quiconque veut la récompense de l’au-delà, Nous lui en donnons une part » (Qur’ân 3, 145).

« Il en était parmi vous qui désiraient la vie d’ici-bas et il en était parmi vous qui désiraient l’au-delà » (Qur’ân 3, 152).

« Ceux qui veulent la vie présente avec sa parure, Nous les rétribuerons exactement selon leurs actions sur terre, sans que rien ne leur en soit diminué. Ceux-là sont ceux qui n’ont rien, dans l’au-delà, sauf le Feu. Ce qu’ils auront fait ici-bas ira à vau-l’eau, et ce qu’ils auront œuvré sera vain » (Qur’ân 11, 15-16).

« Et ne congédie pas ceux qui, matin et soir, implorent leur Seigneur, cherchant sa Face » (Qur’ân 6, 52).

« Mais ce que vous donnez comme Zakât, tout en cherchant la Face d’Allâh … Ceux-là verront leurs récompenses multipliées » (Qur’ân 30, 39).

« Alors qu’en sera écarté le pieux, qui donne ses biens pour se purifier et auprès de qui personne ne profite d’un bienfait intéressé, mais seulement pour la recherche de La Face de son Seigneur le Très Haut » (Qur’ân 92, 17-20).

« Et vous ne dépensez que pour la recherche de la Face d’Allâh » (Qur’ân 2, 272).

« Et ceux qui dépensent leurs biens cherchant l’Agrément d’Allâh, et bien rassurés de sa récompense, ils ressemblent à un jardin sur une colline. Qu’une averse l’atteigne, il double ses fruits ; à défaut d’une averse qui l’atteint, c’est la rosée. Et Allâh voit parfaitement ce que vous faites » (Qur’ân 2, 265).

« Il n’y a rien de bon dans la plus grande partie de leurs conversations secrètes, sauf si l’un d’eux ordonne une charité, une bonne action, ou une conciliation entre les gens. Et quiconque le fait, cherchant l’Agrément d’Allâh, à celui-là Nous donnerons bientôt une récompense énorme » (Qur’ân 4, 114).

    Du point de vue scientifique d’ailleurs, des expériences ont montré que l’intention pouvait influencer les choses, avec des résultats assez significatifs, pas seulement sur la conscience et les sentiments, mais aussi parfois sur la matière, la journaliste scientifique Lynne McTaggart avait d’ailleurs recensé dans son ouvrage toute une série d’expériences et de découvertes scientifiques à ce sujet,[28].

   Comme le savent les historiens sérieux, les supports et voies de transmission sont souvent lacunaires, car soit ils étaient multiples à un moment donné de l’histoire mais ensuite ils ont été perdus ou sauvegardés par écrit dans un petit nombre de supports par la suite, soit on en a perdu publiquement presque ou totalement les traces. De même pour les manuscrits originaux, que ce soit concernant les Evangiles, l’Ancien Testament, les traités et lettres écrits par les philosophes grecs, par les empereurs byzantins, etc., alors que nous savons malgré tout qu’ils existent, et non seulement à travers des recoupements, mais aussi par des déductions et des réflexions rationnelles, il est possible de savoir de reconnaitre la marque personnelle et le style particulier d’un auteur, ainsi que de remarquer les anomalies ou les différences entre plusieurs manuscrits ou témoignages de disciples reconnus d’un maître en question. On peut aussi en savoir beaucoup à travers ce que les chroniqueurs et témoins importants ne mentionnent pas dans leurs ouvrages, indiquant ainsi des consensus ou des points communs partagés par l’ensemble des écoles politiques, philosophiques ou juridiques, puisque dans les débats et les polémiques, les auteurs se focalisent davantage sur les réfutations et donc sur ce qui oppose les uns avec les autres.

   Certains vont donc faire l’erreur de rejeter un hadîth sous prétexte que certains traditionnistes auraient critiqué l’un des rapporteurs. Or parmi ceux qui critiquent un rapporteur, ils peuvent se tromper dans leur (mauvaise) appréciation, en se fondant sur un contentieux personnel qui n’a rien à voir avec l’intégrité morale, mémorielle ou intellectuelle du rapporteur. Il se peut aussi qu’un hadith ait été transmis par plusieurs rapporteurs au début mais que ceux-ci ne l’ont pas ou plus transmis après eux à des disciples, soit parce qu’ils sont morts avant, soit parce qu’ils n’avaient pas eu de disciples.

   Certains veulent remettre aussi en question les notions des 5 piliers de l’islam basées sur un hadîth célèbre alors que la chaine est authentique, et que les 5 piliers de l’islam sont mentionnés dans le Qur’ân et que le 5 est un symbole métaphysique et spirituel très riche en sens, et qu’il permet aux croyants de se réunir et se recentrer sur l’essentiel et les différents aspects cultuels de l’islam. Certains penseurs modernes, s’improvisant spécialistes du Qur’ân et de la langue arabe, prétendent aussi que la Salât et la Zakât ne seraient pas des obligations religieuses, – d’autres disent même que cela n’existe pas dans le Qur’ân -, or, comme nous allons le voir, tout cela est faux.

   ’Umar ibn al-Khattab a rapporté : « Un jour que nous étions assis auprès de l’Envoyé d’Allâh voici qu’apparut à nous un homme aux habits d’une vive blancheur, et aux cheveux d’une noirceur intense, sans trace visible de voyage, personne parmi nous ne le connaissait. Il vint s’asseoir en face du Prophète, plaça ses genoux contre les siens et posa les paumes de ses mains sur ses deux cuisses, et il lui dit : « Ô Muhammad : informe-moi au sujet de l’islâm ».

L’Envoyé d’Allâh lui répondit : « L’islâm est que tu témoignes qu’il n’est pas de divinité si ce n’est Allâh et que Muhammad est l’Envoyé d’Allâh ; que tu accomplisses la prière (5 prières obligatoires quotidiennement) ; verses la Zakât (l’aumône légale, l’impôt purificateur) ; jeûnes durant le mois de ramadan et effectues le pèlerinage vers La Maison Sacrée (La Mecque), si tu en as la possibilité (physique et financière) ».

« – Tu dis vrai ! dit l’homme ».

Nous fûmes pris d’étonnement de le voir interrogeant le Prophète puis l’approuver.

Et l’homme de reprendre : « Informe-moi au sujet de la foi (al-Imân) ».

« C’est, répliqua le Prophète, de croire en Allâh, en Ses Anges, en Ses Livres, en Ses envoyés (prophètes et messagers), au Jour Dernier et de croire dans le destin imparti pour le Bien et le Mal ».

« Tu dis vrai », répéta l’homme qui reprit en disant : « Informe-moi au sujet de l’excellence spirituelle (al-Ihsân) ».

« C’est, répondit le Prophète, que tu adores Allâh comme si tu Le vois, car si tu ne Le vois pas, certes, Lui te voit ».

L’homme dit : « Informe-moi au sujet de l’Heure (de la fin des temps) ».

Le Prophète répondit : « L’interrogé n’en sait pas plus que celui qui l’interroge ».

L’homme demanda alors : « Quels en sont les signes précurseurs ? ».

« C’est, répondit le Prophète, lorsque la servante engendrera sa maîtresse, et lorsque tu verras les pâtres miséreux, pieds nus et mal vêtus rivaliser dans l’édification de constructions (très) élevées ».

Là-dessus, l’homme s’en fût. Quant à moi, je restai un moment. Ensuite le Prophète me demanda : « O ’Umar ! Sais-tu qui interrogeait ? ».

Je répondis : « Allâh et Son Envoyé en savent plus ».

« C’est (l’Ange) Gabriel (Jibrîl), dit le Prophète, qui est venu vous enseigner votre religion »[29].

   De ce hadîth, nous comprenons que nous pouvons distinguer trois aspects fondamentaux de la religion :

1) Al-Islâm : c’est le fait de reconnaitre la vérité du message prophétique et d’en accomplir les rites essentiels quand les conditions sont réunies (prière, zakâh, jeûne, …). Cela a donné naissance à la science de la jurisprudence (comment prier, comment jeûner, etc.), les modalités pratiques pour accomplir les rites, les rapports sociaux et humains, etc.

2) Al-Imân : C’est l’aspect doctrinal, à savoir ce que le musulman doit professer et reconnaitre intérieurement au niveau théologique : l’Unicité Divine et le Jour du Jugement, le Paradis et l’enfer, les Prophètes, les Anges, les Révélations, la Prédestination, etc. Cela a donné naissance à la science du « kalâm/’aqida », que l’on traduit généralement par « théologie ».

3) Al-Ihsân : Que l’on pourrait traduire par « l’excellence spirituelle, la bienfaisance, … ». C’est la dimension spirituelle et intellectuelle de l’Islam, qui concerne la métaphysique et la spirituelle, où à travers l’éducation de l’âme, le croyant se purifie, dissipe les voiles des illusions, acquiert de nobles caractères, contemple Allâh en toute situation, se débarrasse des vils caractères et plonge dans la Présence Divine, à la fois dans Son Immanence (Présence Divine en toute chose) et dans Sa Transcendance (sans contact, incarnation ou fusion substantielle avec les choses créées). Le croyant s’absorbe ainsi constamment dans la Présence Seigneuriale et s’abstient de commettre des péchés et même des choses futiles (qui sont autorisées, mais qui ne constituent ni des obligations religieuses ni des recommandations religieuses). C’est le plus haut degré que le croyant puisse atteindre, mais cela ne peut s’obtenir qu’en s’appuyant fermement sur les deux premiers aspects de l’Islâm (l’islâm/fiqh et al-imân/’aqida).

    Quant aux signes eschatologiques concernant la fin des temps, ce hadîth contient une preuve de sa véracité puisque depuis l’avènement du monde moderne, ces prophéties se sont réalisées, notamment dans les pays arabes du Golfe, puisque des bédouins (enrichis grâce au pétrole et au gaz) rivalisent bien entre eux dans l’édification et la construction de bâtiments très élevés (dépassant les 100 mètres de haut notamment), de même pour « la servante qui engendrera sa maîtresse » que nous pouvons constater de nos jours. C’est comme si le Prophète anticipait déjà la critique de ce hadîth par des gens inavertis ou « malades » sur le plan spirituel.

    Ce hadîth est une synthèse (facilitant aux gens la compréhension) de ce qui est exposé dans le Qur’ân :

1) La Shahada et les 6 piliers de la foi (professer l’Unicité Divine, attester de Ses Messagers, de Ses Anges, de Ses Révélations/Livres, du Jour du Jugement, du Paradis et de l’Enfer ainsi que du Destin) dans le Qur’ân :

« Les vrais croyants sont ceux qui croient à Allâh et à Son Prophète (Muhammad), ne connaissent pas le doute… » (Qur’ân 49, 15).

« Sache qu’il n’y a pas d’autre divinité qu’Allâh » (Qur’ân 47, 19).

« Celui qui rejette l’erreur et qui croit en Allâh est semblable à celui qui est accroché à une anse solide, indétachable » (Qur’ân 2, 256).

« Je n’ai créé les jinns et les êtres humains que pour qu’ils M’adorent (et Me connaissent) » (Qur’ân 51, 56).

« Il ne leur a été commandé, cependant, qued’adorer Allâh. Lui vouant un culte exclusif » (Qur’ân 98, 5).

« Le Messager a cru en ce qui a été envoyé vers lui de son Seigneur, et aussi les croyants ; tous ont cru en Allâh, en Ses anges, en Ses livres et en Ses Messagers ; (en disant) : « Nous ne faisons aucune distinction entre Ses Messagers ». Et ils ont dit : « Nous avons entendu et obéi ; nous implorons Ton pardon et c’est vers Toi qu’est le retour » (Qur’ân 2, 285).

 « La piété est de croire en Allâh et au Jour dernier » (Qur’ân 2, 177),

« Ils croient en Allâh et au Jour dernier, ordonnent le convenable, interdisent le blâmable et concourent aux bonnes oeuvres. Ceux-là sont parmi les gens de bien » (Qur’ân 3, 114).

« Ne peupleront les mosquées d´Allâh que ceux qui croient en Allâh et au Jour dernier » (Qur’ân 9. 18).

« Adorez Allah et espérez le Jour dernier, et ne semez pas le désordre sur terre » (Qur’ân 29, 36).

« Allâh ! Pas de divinité à part Lui ! Très certainement, Il vous rassemblera au Jour de la Résurrection, point de doute là-dessus » (Qur’ân 4, 87).

« Et ils disent : « Quand nous serons ossements et poussière, serons-nous ressuscités en une nouvelle création ? ». Dis : « Soyez pierre ou fer ou toute autre créature que vous puissiez concevoir. Ils diront alors : « Qui donc nous fera revenir ? » – Dis : « Celui qui vous a créés la première fois ». Ils secoueront vers toi leurs têtes et diront : « Quand cela ? » Dis : “il se peut que ce soit proche. Le jour où Il vous appellera, vous Lui répondrez en Le glorifiant. Vous penserez cependant que vous n´êtes restés [sur terre] que peu de temps ! » » (Qur’ân 17, 49).

« Pensiez-vous que Nous vous avions créés pour rien et que vous ne seriez pas ramenés vers Nous ? » (Qur’ân 23, 115).

« L’être humain croirait-il qu’on le laisse ainsi sans le soumettre à aucun jugement ? » (Qur’ân 75, 36).

« Certes, ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Nazaréens, et les Sabéens, quiconque d’entre eux a cru en Allâh, au Jour dernier et accompli de bonnes oeuvres, sera récompensé par son Seigneur ; il n’éprouvera aucune crainte et il ne sera jamais affligé » (Qur’ân 2, 62).

« Certes, Allâh et Ses Anges bénissent le Prophète. Ô vous qui croyez, bénissez-le et appelez sur lui le Salut (la Paix) ! » (Qur’ân 33, 56).

« C’est Lui qui étend Ses bénédictions sur vous, ainsi que Ses Anges, pour vous faire sortir des ténèbres vers la lumière. Allah est tout miséricorde pour les croyants » (Qur’ân 33, 43).

« Dis : que celui qui se dresse en ennemi de Jibril, (eh bien) c’est lui qui a fait descendre sur ton coeur, avec la permission d’Allâh, (le Livre) confirmant ce qui le précédait et étant guide et bonne nouvelle pour les croyants » (Qur’ân 2, 97).

« C’est Lui qui détient les clefs de l’Inconnaissable. Nul autre que Lui ne les connaît. Et Il connaît ce qui est dans la terre ferme, comme dans la mer. Et par une feuille ne tombe qu’Il ne le sache. Et pas une graine dans les ténèbres de la terre, rien de frais ou de sec, qui ne soit consigné dans un livre explicite. Et, la nuit, c’est Lui qui prend vos âmes, et Il sait ce que vous avez acquis pendant le jour. Puis Il vous ressuscite le jour afin que s’accomplisse le terme fixé. Ensuite, c’est vers Lui que sera votre retour, et Il vous informera de ce que vous faisiez. Et lorsque la mort atteint l´un de vous, Nos messagers (les Anges) enlèvent son âme sans aucune négligence » (Qur’ân 6, 59-61).

« Ceux qui disent : notre Maître, c’est Allâh, puis se comportent avec droiture, verront affluer du ciel les Anges qui leur diront : « Ne craignez rien, et ne vous affligez point ! Recevez plutôt une heureuse annonce, celle du Jardin qui vous a été promis ! Nous sommes pour vous des soutiens en ce monde et le serons dans l’Au-delà, où tous vos désirs seront comblés et tous vos voeux satisfaits. » (Qur’ân 41, 30).

« Les gens formaient (à l´origine) une seule communauté. Puis, (après leurs divergences,) Allâh envoya des prophètes comme annonciateurs et avertisseurs ; et Il fit descendre avec eux le Livre contenant la vérité, pour régler parmi les gens leurs divergences » (Qur’ân 2, 213).

« Et sur toi (Muhammad) Nous avons fait descendre le Livre avec la vérité, pour confirmer le Livre qui était là avant lui et pour prévaloir sur lui » (Qur’ân 5, 48).

« C’est Nous qui avons fait descendre le Qur’ân, et c’est nous qui en sommes gardiens » (Qur’ân 15, 9).

« A chacun de vous Nous avons assigné une législation et une voie bien claire » (Qur’ân 5, 48).

« Nous avons fait descendre la Torah[30] dans laquelle il y a guide et lumière. C´est sur sa base que les prophètes qui se sont soumis à Allâh, ainsi que les rabbins et les docteurs jugent les affaires des Juifs » (Qur’ân 5, 44).

 « Et Nous lui avons donné l´Evangile[31], où il y a guide et lumière, pour confirmer ce qu´il y avait dans la Torah avant lui, et un guide et une exhortation pour les pieux » (Qur’ân 5, 46).

« Et à David (Dawûd) nous avons donné le Zabûr (les Psaumes)[32] » (Qur’ân 17, 55).

« Ceci se trouve, certes, dans les Feuilles anciennes, les Feuilles d´Ibrâhîm (Abraham) et de Mûsâ (Moïse) » (Qur’ân 87, 18).

« Certes, Nous avons envoyé avant toi des Messagers. Il en est dont Nous t´avons raconté l´histoire ; et il en est dont Nous ne t´avons pas raconté l´histoire » (Qur’ân 40, 78).

« Il n´est pas une nation qui n´ait déjà eu un avertisseur » (Qur’ân 35, 24).

« Chaque communauté a eu un messager » (Qur’ân 10, 47).

« Lorsque Nous prîmes des prophètes leur engagement, de même que de toi, de Nûh (Noé), d´Ibrâhîm (Abraham), de Mûsâ (Moïse), et de Issâ (Jésus) fils de Maryam (Marie) » (Qur’ân 33, 7)

« Nous n´envoyons des messagers qu´en annonciateurs et avertisseurs : ceux qui croient donc et se réforment, nulle crainte sur eux et ils ne seront point affligés. Et ceux qui traitent de mensonges Nos preuves, la correction les touchera, à cause de leur perversité » (Qur’ân 6, 48).

« Nous avons mis certains Messagers au-dessus de certains autres. Allâh a parlé aux uns et élevé d’autres » (Qur’ân 2. 253).

« Ignores-tu qu’Allâh sait ce qui est dans le ciel et la terre ! Cela se trouve dans un Livre. Cela est pour Allâh facile » (Qur’ân 22, 70).

« Nulle calamité n’atteint la terre ni vos personnes qui ne soit consignée dans un Livre, avant que Nous la fassions survenir. En vérité, cela est aisé pour Allâh » (Qur’ân 57, 22).

 « Qui suit Ma bonne direction ne s’égare ni ne peine. Qui s’écarte de Mon Rappel aura vie d’étroitesse. Et le Jour de la résurrection, Nous le ramènerons aveugle » (Qur’ân 20, 123).

« Et quiconque craint (pieusement) Allâh, Il lui donnera une issue favorable, et lui accordera Ses dons par [des moyens] sur lesquels il ne comptait pas. Et quiconque place sa confiance en Allâh, Il [Allâh] lui suffit » (Qur’ân 65, 3).

« Allâh est le Créateur de toute chose et toute chose est à Sa charge » (Qur’ân 39, 62).

« Ton Seigneur crée et choisit ce qu’Il veut » (Qur’ân 28, 68).

« Allâh fait ce qu’Il veut » (Qur’ân 14, 27).

« C’est Lui qui vous a formé dans l’utérus, comme Il l’a voulu » (Qur’ân 3, 6)

« Allâh vous a créés vous et vos actes » (Qur’ân 37, 96).

« Allâh n’impose à l’être que ce qu’il peut porter » (Qur’ân 2, 286).

« Ceux qui font preuve de taqwâ envers leur Seigneur seront conduits par groupes au Paradis : ses portes s’ouvriront à leur arrivée ; ses gardiens leur diront : « Paix sur vous! Vous avez été bons. Entrez ici pour y demeurer immortels » (Qur’ân 39, 73).

« La grande terreur ne les affligera pas, et les Anges les accueilleront : « voici le jour qui vous a été promis » » (Qur’ân 21, 103).

« les jardins d’Eden, où ils entreront, ainsi que tous ceux de leurs ascendants, conjoints et descendants, qui ont été de bons croyants. De chaque porte, les Anges entreront auprès d’eux » (Qur’ân 13, 23-24).

« Voici la description (symbolique) du Paradis qui a été promis aux pieux: il y aura là des ruisseaux d´une eau jamais malodorante, et des ruisseaux d´un lait au goût inaltérable, et des ruisseaux d´un vin délicieux à boire, ainsi que des ruisseaux d´un miel purifié. Et il y a là, pour eux, des fruits de toutes sortes, ainsi qu´un pardon de la part de leur Seigneur » (Qur’ân 47, 15).

« Entrez donc par les portes de l’enfer pour y demeurer indéfiniment[33]. Combien est mauvaise la demeure des orgueilleux ! » (Qur’ân 16, 29).

« […] et au Jour de la Résurrection, Nous les rassemblerons tous en les traînant sur leur visage, aveugles, muets et sourds. L’Enfer sera leur demeure ; chaque fois que son feu s’affaiblit, Nous en accroissons l’ardeur » (Qur’ân 17, 97)

« Et ceux qui se présenteront avec une mauvaise action seront jetés face première dans le Feu. (Et il leur sera dit) : « Êtes-vous rétribués autrement qu’en fonction de vos œuvres ? » (Qur’ân 27, 90).

   Le Qur’ân emploie des symboles reflétant la beauté et la sublimité du Paradis (demeure céleste), et des symboles d’une « terreur » intensifiée de l’Enfer. Dans les 2 cas, cela reflète la beauté de l’âme purifiée dans le cas du Paradis, et la laideur et les horreurs du « règne de l’ego » dont l’Enfer est la cristallisation des formes que prendra l’ego, pour les vices et horreurs que les « négateurs » et les « criminels » ont manifesté ici-bas.

2) La salât (prière canonique) et la zakât (aumône obligatoire) :

« Bienheureux sont certes les croyants qui prient avec humilité, qui se détournent des futilités, qui s’acquittent de la zakât (…) »  (Qur’ân 23, 1-4).

« Et accomplissez la Salât et acquittez la Zakât » (Qur’ân 2, 43).

« Accomplissez la Salât et acquittez la Zakât. Et tout ce que vous avancez de bien pour vous-même, vous le retrouverez auprès d’Allah, car Allah voit parfaitement ce que vous faites » (Qur’ân 2, 110).

« Ceux qui ont la foi, ont fait de bonnes oeuvres, accompli la Salat et acquitté la Zakat, auront certes leur récompense auprès de leur Seigneur. Pas de crainte pour eux, et ils ne seront point affligés » (Qur’ân 2, 277).

« Prélève de leurs biens une aumône par laquelle tu les purifies et les bénis, et pris pour eux. Ta prière est une quiétude pour eux. Et Allah est Audient et Omniscient » (Qur’ân 9, 103).

« Nous t’avons certes accordé l’abondance. Prie donc ton Seigneur et sacrifie ! Celui qui te hait sera certes, sans postérité ! » (Qur’ân 108, 1-3).

« Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi… alors Je suis tout proche : Je réponds à l’appel de celui qui Me prie quand il Me prie. Qu’ils répondent à Mon appel, et qu’ils croient en Moi, afin qu’ils soient bien guidés » (Qur’ân 2, 186).

« On vous a permis, la nuit du jeûne, d’avoir des rapports avec vos femmes ; elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles. Allâh sait que vous aviez clandestinement des rapports avec vos femmes. Il vous a pardonné et vous a graciés. Cohabitez donc avec elles, maintenant, et cherchez ce qu’Allâh a prescrit en votre faveur ; mangez et buvez jusqu’à ce que se distingue, pour vous, le fil blanc de l’aube du fil noir de la nuit. Puis accomplissez le jeûne jusqu’à la nuit. Mais ne cohabitez pas avec elles pendant que vous êtes en retraite rituelle dans les mosquées. Voilà les lois d’Allâh : ne vous en approchez donc pas pour les transgresser. C’est ainsi qu’Allâh expose aux hommes Ses enseignements, afin qu’ils deviennent pieux ! » (Qur’ân 2, 187).

   Le fait « d’accomplir » est une indication explicite du caractère obligatoire de l’acte, puisque c’est un engagement pris avec Allâh, et que la forme lexicale est à l’impératif, sans restriction de lieu ou de temps. La prière a toujours été prescrite aux Messagers, et le Prophète tout comme ses Compagnons (hommes ou femmes) étaient assidus aux prières et n’ont pas contesté son caractère obligatoire. La même chose (le fait d’accomplir et de tenir ses engagements vis-à-vis d’Allâh) s’applique pour la Zakât. Le verset suivant exprime bien cela : « (Et rappelez vous), quand Nous avons contracté un engagement avec vous et brandi sur vous le Mont : « Tenez ferme ce que Nous vous avons donné et souvenez-vous de ce qui s’y trouve afin que vous soyez pieux ! » (Qur’ân 2, 63).

 3) Le jeûne du mois de Ramadan :

« Ô les croyants ! On vous a prescrit as-Siyâm (le jeûne obligatoire) comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété, pendant un nombre déterminé de jours. Quiconque d’entre vous est malade ou en voyage, devra jeûner un nombre égal d’autres jours. Mais pour ceux qui ne pourraient le supporter (qu’avec grande difficulté), il y a une compensation : nourrir un pauvre. Et si quelqu’un fait plus de son propre gré, c’est pour lui ; mais il est mieux pour vous de jeûner ; si vous saviez ! (Ces jours sont) le mois de Ramadân au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et du discernement. Donc quiconque d’entre vous est présent en ce mois, qu’il jeûne ! Et quiconque est malade ou en voyage, alors qu’il jeûne un nombre égal d’autres jours. – Allâh veut pour vous la facilité, Il ne veut pas la difficulté pour vous, afin que vous en complétiez le nombre et que vous proclamiez la grandeur d’Allâh pour vous avoir guidés, et afin que vous soyez reconnaissants ! Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi, alors Je suis tout proche : Je réponds à l’appel de celui qui Me prie quand il Me prie. Qu’ils répondent à Mon appel, et qu’ils croient en Moi, afin qu’ils soient bien guidés.

On vous a permis, la nuit d’as-Siyâm, d’avoir des rapports avec vos femmes ; elles sont un vêtement pour vous et vous un vêtement pour elles. Allâh sait que vous aviez clandestinement des rapports avec vos femmes. Il vous a pardonné et vous a graciés. Cohabitez donc avec elles, maintenant, et cherchez ce qu’Allâh a prescrit en votre faveur ; mangez et buvez jusqu’à ce que se distingue, pour vous, le fil blanc de l’aube du fil noir de la nuit. Puis accomplissez le jeûne jusqu’à la nuit. Mais ne cohabitez pas avec elles pendant que vous êtes en retraite rituelle dans les mosquées. Voilà les lois d’Allâh : ne vous en approchez donc pas (pour les transgresser). C’est ainsi qu’Allâh expose aux hommes Ses enseignements, afin qu’ils deviennent pieux.

Et ne dévorez pas mutuellement et illicitement vos biens, et ne vous en servez pas pour corrompre des juges pour vous permettre de dévorer une partie des biens des gens, injustement et sciemment.

Ils t’interrogent sur les nouvelles lunes – Dis : « Elles servent aux gens pour compter le temps, et aussi pour le Hajj [pélerinage]. Et ce n’est pas un acte de bienfaisance que de rentrer chez vous par l’arrière des maisons. Mais la bonté pieuse consiste à craindre Allah. Entrer donc dans les maisons par leurs portes. Et craignez Allah afin que vous réussissiez ! » (Qur’ân 2, 183-189).

   Il est bien question d’obligation ici, à l’exception des cas où une « grande difficulté » est réelle et menace la santé ou la vie de la personne. A noter que « grande difficulté » exprime l’idée d’un empêchement réel, et non pas d’un « caprice égotique » ou d’une petite difficulté (avoir une faim qui ne menace pas la santé), car certains réformistes disent qu’à la moindre contrariété ou petite difficulté, l’obligation est levée (devient caduque), ce qui revient à dire que le croyant doit céder à son ego, abandonner tout effort dans la pratique religieuse et l’acquisition de la connaissance et des qualités éthiques, dès que son ego (ayant pris le dessus sur lui) sera « contrarié ».

4) Le hajj (grand pèlerinage)

« Et accomplissez pour Allâh le Hajj et la Umra (petit pèlerinage) » (Qur’ân 2, 196).

« Et c’est un devoir envers Allâh pour les gens (parmi les croyants) qui ont les moyens, d’aller faire le pèlerinage de la Maison » (Qur’ân 3, 97).

De même, l’importance de la transcendance et de la piété est inscrite au « cœur » du Qur’ân : « Et s’ils croyaient et vivaient en piété, une récompense de la part d’Allâh serait certes meilleure. Si seulement ils savaient ! » (Qur’ân 2, 103).

Pour l’interdiction du « ribâ » : « Allâh anéantit l’intérêt usuraire et fait fructifier les aumônes. Et Allâh n’agrée pas le mécréant pécheur. Ceux qui ont la foi, ont fait de bonnes oeuvres, accompli la Salât et acquitté la Zakât, auront certes leur récompense auprès de leur Seigneur. Pas de crainte pour eux, et ils ne seront point affligés. Ô les croyants ! Craignez Allâ h; et renoncez au reliquat de l’intérêt usuraire, si vous êtes croyants » (Qur’ân 2, 276-278).

    En résumé, ce hadith est authentique, d’une part par sa chaîne de transmission, d’autre part par sa conformité totale au Qur’ân et par la prédiction prophétique qui s’est réalisée plus de 1000 ans après son énonciation. De même, la portée spirituelle de ce hadîth a été développée, expérimentée et commentée par de nombreux maîtres spirituels[34]. Ce hadîth n’a été contesté par aucun spécialiste et a été le hadith de référence chez tous ceux qui l’ont entendu et mis en pratique, et cela n’entre pas non plus en contradiction avec d’autres ahadiths (soit faibles soit bons ou authentiques) qui ont évoqué 2, 3, 4, 6, 7, 8 (ou plus) piliers de l’Islam, en ce sens que les « 5 piliers » de l’islam ont été acceptés de tous les Sahaba et Tabi’în, et on retrouve ces piliers parmi les 6, 7, 8 ou plus évoqués par d’autres ahadiths, de même que ceux qui ont évoqué 2, 3 ou 4 piliers, reprennent aussi ceux évoqués par le hadîth des 5 piliers. La raison est que, pour certaines explications ou préférences personnelles, certains mentionnaient un autre nombre ou mettaient en avant, selon le contexte, des pratiques et œuvres sur lesquelles leurs disciples ou les musulmans (de façon générale) devaient se concentrer. D’autres encore, n’avaient pas forcément entendu la totalité du hadîth ou n’ont pas tout mémorisé, et n’ont donc transmis que la partie qu’ils ont pu entendre ou mémoriser. Et d’autres occasions encore, ils ont pu écouter le Prophète insister sur un certain nombre de choses, et les ont donc compté parmi les « piliers » à retenir et à pratiquer.

   Ce hadîth là en l’occurrence, n’est donc pas une fabrication politique ni un choix arbitraire, et a été rapporté par un proche Compagnon du Prophète connu pour bénéficier aussi de « l’inspiration Divine » (lhâm). Et le « 5 » étant un chiffre symbolique pouvant exprimer le caractère « complet » et l’aspect « essentiel et synthétique » de la Religion, et constituant ainsi des critères suffisants et accessibles à tous en principe, pour s’identifier et se rattacher à la Religion.

   Au final, en s’attaquant de façon inconsidérée et idéologique à la Tradition, ils s’en prennent au Qur’ân puisqu’ils finissent par contester une partie de la Parole Divine, d’où leur fausse prétention de se raccrocher au Qur’ân, mais qu’ils ne respectent pas. Souvent chez eux, le Qur’ân n’est qu’une ruse et un artifice pour se moquer ou s’attaquer à la Tradition, mais le délaissent dans leur vie de tous les jours, ne le méditent, – ou ne le récitent – que rarement, et ne le considèrent pas de la meilleure des manières.

   Pour en revenir aux Sahihayn, sur les milliers de ahadiths présents dans leurs recueils, « seulement » une centaine peuvent être douteux ou difficilement conciliables avec le Qur’ân et les autres ahadiths qu’ils ont recueilli, comme l’ont dit des sommités du passé dans le Hadîth comme Al-Dâraqutnî et Al-Hakîm al-Naysaburî[35].

   Les différentes copies[36] du Sahîh al-Bukhari qui existent actuellement comportent environ 2230 ahadith (sans les répétitions)[37] et environ 7563 ahadith (avec les répétitions et les différentes versions). La version du Sahîh al-Bukhari la plus répandue aujourd’hui est celle de al-Firabri (m. 320 H/932) qui était l’élève d’Al-Bukhari et qui avait enseigné le Sahîh al-Bukhari a de nombreux étudiants[38]. Quant au Sahih Muslim, il est divisé en 43 « livres », contant un total de 9200 narrations (avec les répétitions) et 2200 ahadiths (sans les répétitions) selon Munthiri, et 1400 de ses ahadiths authentiques ont aussi rapporté dans les autres recueils de ahadiths célèbres parmi les 6 (les Sunân d’Abî Dawûd, de An-Nasâ’î, de At-Tirmidhî et de Ibn Mâjah)[39].

   Même parmi les grands défenseurs des Sahihayn, leur vision est plus nuancée que ce que les gens peuvent penser généralement. Ainsi Ibn as-Salâh dans Al-Muqaddima (pp. 13 et 18) affirme que tous les ahadîths ayant été rapportés par al-Bukharî et Muslim dans leur Sahîh, sont qat’î uth-thubût (établis du Prophète avec certitude) à l’exception de certains ahadîths dont l’authenticité a été discutée par de grands spécialistes. Pour Ibn Hajar al ‘Asqalânî dans Nuz’hat un-nazar (pp. 33-34), il indique son désaccord avec Ibn as-Salâh sur le fait de considérer que les ahadîths rapportés par à la fois al-Bukhari et Muslim sont « qat’î uth-thubût » (établis du Prophète avec certitude). Il lui préfère le fait de dire (en substance) soit qu’ils sont établis au « zann aghlab » (établis du Prophète de façon très fortement présumée), soit qu’ils sont les plus authentiques de tous les ahadîths. Il part du fait qu’il y a consensus parmi les spécialistes quant au fait que ces 2 recueils ont une spécificité, mais que celle-ci ne peut pas être l’obligation de mettre en pratique ce qui s’y trouve, car cela est valable pour tout hadîth authentique, même s’il ne se trouve pas dans l’un de ces 2 recueils, et que par conséquent, leur spécificité est que les ahadîths s’y trouvant sont soit établis au « zann aghlab » (yufîd ul-‘ilm an-nazarî), ou qu’ils sont les plus authentiques (assahh ul-hadîth)[40].

   An-Nawawî dans At-Taqrîb (p.20) et dans Muqiddimat Sharh Muslim (p. 20), est quant à lui, d’avis que cette spécificité des Sahihayn ne peut pas être l’obligation de mettre en pratique ce qui s’y trouve, car cela est valable pour tout hadîth authentique, même s’il ne se trouve pas dans l’un de ces 2 recueils ; par ailleurs, ne se trouvant pas dans ces 2 recueils, ils sont seulement « dhannî » (orthographié aussi « zannî ») ; on voit par là que le hadîth dhannî uth-thubût (catégorie en deçà de ce qui est formellement établi, certain, catégorique) aussi, il est obligatoire de le mettre en pratique. Pour An-Nawawî, la supériorité des Sahihayn s’explique par le fait que les ahadîths s’y trouvant n’ont plus besoin d’être vérifiés quant à leur authenticité : ces hadîths sont tous unanimement reconnus comme étant authentiques mis à part les quelques ahadîths qui ont fait l’objet de critiques de la part de grands spécialistes dans le domaine. Contrairement à celui des ahadîths se trouvant dans d’autres recueils : leur caractère « authentique » a quant à lui besoin d’être vérifié avant d’être déclaré tel. Mais dans les deux cas, cela ne dépasse pas l’établissement au « dhânn ». Cependant l’avis d’An-Nawawî quant à l’authenticité présumée des ahadiths dans les Sahihayn ne peut pas être « absolu » et des analyses sérieuses peuvent donc être faites.

   Il y a aussi le fait que Muslim n’ait pas accepté certains rapporteurs acceptés pourtant chez al-Bukharî comme ‘Ikrimah le berbère qui était accusé de kharijisme et de dissimulation. De même, Ahmad ibn Hanbal et al-Bukharî, tout comme Ibn Taymiyya et Ibn Kathîr ont critiqué certains ahadiths du Sahîh Muslim. En effet, par exemple l’imâm Ahmad a déclaré le hadîth n°366 du Sahîh Muslim comme étant faible[41], ainsi que le hadîth n°1472 sur le divorce, Ahmad dit : « Je délaisse cette narration par le fait qu’il est relaté le contraire de Ibn ‘Abbâs par 10 voies : il considérait les 3 talâq comme valant bien 3 »[42]. Ibn Taymiyya critiqua un passage du hadîth n°315 sur la reproduction sexuelle : « ils donnent alors naissance à un garçon, ils donnent alors naissance à une fille »[43] est incertain. Le hadîth n°2767 du Sahîh Muslim sur le fait qu’au Jour de la Résurrection, les péchés commis par les musulmans seront effacés par les bonnes actions des non-musulmans qui leurs seront transférées et vice-versa, a été affaibli par al-Bukhari comme le rapporte aussi al-Bayhaqî, en rappelant que le contenu du récit rapporté par Muslim contredisait clairement la Parole Divine et d’autres ahadiths sur le fait qu’un incroyant n’est pas puni pour la culpabilité de quelqu’un d’autre[44]. Al-Bukhari et ‘Alî Ibn al-Madînî ont critiqué aussi le hadîth n°2789 du Sahîh Muslim sur les étapes de la Création qui provenaient en fait de Ka’b al-Ahbâr (juif converti à l’Islam) et dont certains rapporteurs pensaient qu’il s’agissait de paroles prophétiques alors qu’il s’agissait des avis personnels (influencés par la culture des isra’iliyyât des Gens du Livre) de Ka’b al-Ahbâr[45].

   Pour al-Bukharî, le fait qu’il acceptait des rapporteurs qui étaient shiites, khawarij, mutazilites ou autres, est une preuve qu’il n’était pas sectaire et qu’il accordait d’abord la primauté aux critères « d’objectivité » (mémoire, intégrité morale, honnêteté, le fait que les différents maillons de la chaîne aient pu se rencontrer dans un même lieu et à la même époque, etc.).

  Le Hafîz du 20e siècle, le Shaykh Ahmad Al Ghumarî dit aussi qu’il existe des ahadiths non-authentiques dans le Sahîh de al-Bukharî et dans le Sahîh de Muslim. D’ailleurs, le simple fait qu’ils rapportent, – par honnêteté intellectuelle – différentes versions d’un même événement, implique que certaines ne soient pas totalement authentiques.

  Et pour finir, d’autres faits qui sont bien établis :

– Ce qui est certain c’est que, dans le Sahihayn il se trouve certains hadîths qui sont « mutawâtir ul-lafz » (narrations multiples et concordantes rapportées selon la lettre), et d’autres qui sont « mutawâtir ul-ma’nâ » (narrations multiples et concordantes rapportées selon un sens similaire).

– Ce qui est également certain c’est que, dans ces 2 recueils, il se trouve quelques hadîths (minoritaires) qui ont fait l’objet de critiques de la part de certains grands spécialistes de hadîths.

– Il y a des ahadîths qui sont seulement « âhâd » (rapportés de façon unique ou par très peu de voies de transmission) mais qui n’ont pas fait l’objet de critiques de la part de grands spécialistes, et dont le contenu est conforme au Qur’ân et aux autres ahadiths.

– Il y a des ahadiths « ahâd » qui ont été critiqués dans la chaîne (isnad) comme dans le contenu (matn).

– Il y a différents degrés dans la catégorie dite « authentique » : celui qui atteint la certitude (yaqîn) comme ce qui est rapporté au tawâtur ; celui qui est proche de la certitude ; celui qui relève de la très forte présomption ; celui qui relève de la forte présomption ; celui qui relève de la simple présomption ; celui qui relève de la très légère présomption ; et celui qui admet un doute raisonnable (50% – 50%).

– Ce qui est certain également c’est qu’il existe certains ahadîths parmi ceux-ci qui sont authentiques mais dont certains passages précis font l’objet de relations divergentes entre les différentes versions rapportées par al-Bukhâri et/ou Muslim dans leur Sahîh. On parle alors de « idhtirâb fi-l-matn ». Ainsi en est-il du montant convenu entre le Prophète et Jâbir ibn ‘Abdallâh quant au prix du chameau que ce Compagnon a vendu au Prophète alors qu’ils étaient en voyage ; et du fait de savoir si ce Compagnon a alors stipulé comme condition que, malgré que la vente est effective immédiatement, il continuera à le monter jusqu’à Médine, ou si c’est sans condition qu’il a fait ainsi… Les différentes relations présentes dans le Sahîh de al-Bukharî divergent quant à ce point précis, et al-Bukharî a personnellement eu recours au « tarjîh », c’est-à-dire donner la préférence à telle version sur telle autre version.

   Un autre sujet qu’il convient d’évoquer rapidement et qui est lié aux sciences du hadîth, est  la science du « Jahr wa Ta’dil » (la science de la critique et de l’éloge), où il existe aussi de nombreuses divergences, car certains ont refusé des ahadiths transmis par certains à cause de différends personnels, politiques, idéologiques ou théologiques. Or, cette science ne doit se baser que sur des critères objectifs (comme la moralité, la mémoire, la possibilité d’une telle information, une parole qui ne soit pas isolée ou qui ne contredit pas l’ensemble des positions/paroles connues de tel individu de sa naissance jusqu’à son décès, que la personne qui rapporte le récit ait pu le rencontrer de son vivant et au même endroit s’il prétend transmettre le récit sans avoir recouru au « kashf », etc.).

   Prenons par exemple Yahya ibn Sa’id al Qattan et sa méthodologie dans ce domaine. Il est l’un des grands imâms sunnites de cette science et il est présenté comme suit par l’imâm Ad-Dhahabî dans son Siyar a’lam an Nubalâ’ : « Le grand imâm, le prince des croyants dans le Hadith ».

   Le grand savant ‘Ali ibn al Madini témoigne en sa faveur par ses termes : « Je n’ai pas vu quelqu’un plus savant dans les hommes (dans la science du jarh wa ta’dil) que Yahya ibn Sa’id ». Mentionnons maintenant l’imâm Hammam ibn Yahya qui est l’un des hommes de Bukharî et de Muslim et qui présenté en ces termes par Ad-Dhahabî dans son Siyar : « L’Imâm, le Hafidh véridique, la preuve ».

   Néanmoins, Hammam Ibn Yahya a été critiqué par l’imâm Yahya Ibn Sa’id al Qattan comme nous l’informe l’imâm Ibn Hajar al ‘Asqalânî dans son Tahdhib at Tahdhib (11/61) : « ‘Umar ibn Shabah a dit que ‘Afan a dit que Yahya ibn Sa’id a critiqué Hammam dans beaucoup de ses ahadiths. Ibn Abi Khaythamah a dit que ‘Abdarrahman ibn Mahdi a dit que Yahya ibn Sa’id a été injuste envers Hammam ibn Yahya en ne prenant pas de sa science ni en assistant a ses cours ».

    Ibn Hajar explique pourquoi Yahya Ibn Sa’îd al-Qattan réagissait ainsi à l’égard de Hammam : « Ahmad ibn Hanbal a dit que Yahya ibn Sa’id a témoigné une fois dans sa jeunesse et que Hammam n’a pas accepté son témoignage alors il (Al Qattan) l’a rejeté (pour cette raison) ».

    Ainsi, pour un ressenti personnel l’imâm Al Qattân n’a pas accepté les ahadiths d’un narrateur pourtant fiable. Ceci montre que l’influence des passions peut dans certains cas influer sur les jugements de Yahya ibn Sa’id Al Qattan.

   Un autre grand imâm sunnite, très respecté, – même par des shiites car il était un partisan des ahl ul bayt -, l’imâm An-Nasâ’î, refusa de prendre en compte les ahadiths de Ahmad ibn Salih, qui est l’un des rapporteurs de ahadiths accepté par des imâms comme Al Bukharî, Abû Dawûd et At-Tirmidhî. Ad- Dhahabi dit de lui dans son Siyar : « Le grand imâm, Hafidh de son temps … ». Quant à Ibn Hajar, il le présente comme ceci dans son Tahdhib at-Tahdhib : « Ahmad ibn Salih al Misri, Abû Ja’far ibn al Tabrî, fiable, An-Nasâ’i a parlé sur lui à cause de petites allusions (capricieuses) sur lui » car il avait des différends avec Ahmad ibn Salih, ce qu’explique Ibn Hajar : « Al Khatib a dit : Les imâms se sont tous basés sur Ahmad sauf An- Nasâ’i et il a dit que ceci était son plus grand problème et que An-Nasâ’i a agi de la sorte du fait du mauvais traitement qu’il a reçu dans l’assise de Ahmad. Ce fut la cause des troubles entre eux ». Plus loin, Ibn Hajar continue en disant que : « ‘Abû Ja’far Al ‘Aqili a dit que Ahmad Ibn Salih ne transmettait le Hadith à personne sans qu’il ne demandait à propos de la personne. Un jour An-Nasâ’î vint accompagné d’un groupe des gens du Hadith qui n’était pas de la région, alors Ahmad a refusé de lui transmettre, ce que An-Nasâ’i n’a pas apprécié. Alors dans toutes les narrations que An-Nasa’i avaient recueillies il a qualifié de mauvaises celles d’Ibn Salih (Ahmad) et a dit du mal d’elles. Ce qui n’influe en rien sur Ibn Salih car il est un Imam fiable ».

   Même si l’on peut trouver ça dommage, le fait est que l’adab revêt une grande importance, et que pour des esprits exigeants, le mauvais comportement peut disqualifier une personne en tant que « support fiable » d’information. Néanmoins, les informations relatives à la Religion passent généralement par plusieurs voies ou peuvent être connues via d’autres personnes (moins « problématiques ») présentes dans les cercles de science, donc cela n’avait pas d’impact dommageable pour le savoir et la pratique de la Ummah, d’autant plus que ce qui doit être nécessairement connu de la Religion, ou les pratiques importantes ou quotidiennes, étaient déjà pratiquées et répandues par des voies abondantes de génération en génération.

   Comme autre exemple, celui de Yahya ibn Ma’in qui est bien connu, mais qui avait prétendu que As-Shafi’î n’était pas fiable et qu’il avait fortement critiqué Abû Azhar comme le rapporte Ad-Dhahâbî. Le fait est que certaines rumeurs n’ont pas été dissipées toujours à temps, et que cela influença le jugement de certains grands imâms. Ad-Dhahâbî dit de Abû Azhar dans son Siyar : « L’Imâm, le Hafidh, le ferme, Abû al Azhar al ‘abdi al Naysaburî, le Muhhadith du Khurassân de son temps ». Il faut dire aussi que, à l’époque des Omeyyades, un certain nombre de savants proches du pouvoir, méprisaient (soit par peur soit par conformité idéologique) les imâms (notamment sunnites) qui manifestaient ouvertement leur amour pour les Ahl ul Bayt, raison pour laquelle des imâms comme Abû Hanifa, As-Shafi’î, al-Bukharî et An-Nasâ’î par exemple, eurent des problèmes, furent calomniés ou furent traités de « shiite » au sens « idéologique » du terme.

   Ad-Dhahâbî parle aussi de la méthodologie défectueuse de Shu’ba ibn al Hajjaj dans son Mizan al i’tidal où il refusait de prendre de Aban ibn Abi Ayyash sur la base de conjectures et non pas de certitudes, sur ses éventuelles erreurs, déviances ou attitudes critiquables.

   Il ne faut donc pas oublier d’une part que ce sont des hommes faillibles, avec leurs tempéraments et carences, mais aussi d’autre part qu’ils ont des qualités, qu’ils ont pu s’énerver que durant un moment très court, qu’ils ont pu se repentir de certaines choses du passé, ou qu’ils aient voulu agir en pensant bien faire mais qu’ils se sont trompés dans leur jugement (d’un hadîth ou d’une personne), ou que des circonstances atténuantes ou un contexte délicat permettent d’expliquer et d’excuser certaines positions ou attitudes.

   Certains s’amusent cependant à chercher aussi quelques muhhadithins qui ont affaibli certaines personnes dans les chaines de transmission, – en délaissant ceux qui ont authentifié les chaines en connaissant l’identité de tous les rapporteurs -, en omettant le fait également qu’il est rare que tous les muhhadithins soient tous unanimes sur une même personne (ou le même statut d’un hadih), – certains savants du hadith disaient d’untel qu’il était digne de confiance tandis que d’autres (pour des raisons personnelles, politiques, doctrinales, etc.) disaient l’inverse, et que certains d’entre eux ignoraient tout simplement qui était telle personne mais dont d’autres savants connaissaient bien la personne de la chaine (qui était inconnue pour d’autres).

   Ils s’évertuent aussi à évoquer des récits apocryphes ou décontextualisés impliquant des Compagnons ou leurs disciples, avec le même état d’esprit polémiste, pour semer le trouble. Or, des propos attribués à certains compagnons ou successeurs des compagnons sont apocryphes et faux.  Par exemple à propos de Hamza an-Nussaybî, An-Nasâ’î a dit : « Ses récits sont à rejeter »[46]. Ibn al-Jawzî dit : « Le hadith de Hamza est à rejeter. Yahya dit : il n’est rien ; il ne vaut pas un centime. Al-Bukharî et ar-Razî disent : ses ahadiths sont contestables. An-Nasâ’î et Ad-Daraqutnî disent : ses ahadith sont à rejeter. Ibn Adî dit : il invente des ahadith. Ibn Hibbân dit : il se singularise par l’attribution aux hommes sûrs de ahadith inventés à la manière de celui qui agit délibérément. Il n’est pas permis de rapporter ses ahadiths »[47].

   Et cela peut concerner un courant comme un autre d’ailleurs. Et ce genre de choses s’applique encore plus à de nombreux ahadiths dans les recueils de ahadiths shiites, souvent sans source ni cohérence, se contredisant aussi entre elles, comportant des contradictions évidentes avec le Qur’ân, la fitra, l’intellect, la Sunnah bien établie et la vie ainsi que l’attitude des ahl ul bayt et des compagnons.

   En islam, après et en dehors du Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm), personne n’a fait l’unanimité, et chaque personne a été attaquée ou critiquée sur certains points (de façon fondée aussi bien qu’infondée, même chez certains compagnons).

   Et s’il faut faire extrêmement attention à ne pas tout accepter sans vérification comme provenant réellement d’une parole prophétique, l’inverse est aussi vrai, à savoir être prudent et précautionneux afin de ne pas rejeter une parole prophétique par mégarde, par ignorance ou par orgueil.

  Donc, sur environ 4500 ahadiths (sans répétitions) des Sahihayn, moins de 250 ahadiths ont été critiqués sur des bases sérieuses, – soit environ 5,5% -, et une partie des ahadiths critiqués peut toutefois être conciliée avec le Qur’ân si l’on les resitue dans leur contexte et sans les prendre dans un sens général. Autrement dit, au moins 90% des Sahihayn ne posent aucun problème à l’égard du Qur’ân, de l’intellect, de l’éthique, de l’histoire ou du « fait scientifique ». Nous sommes donc bien loin des affabulations émanant des milieux « orientalistes », ou « réformistes ». C’est aussi pour cette raison que de nombreux maîtres spirituels ont commenté les Sahihayn dans toutes les questions relatives à l’adab, et aux fondements doctrinaux, rituels, et spirituels notamment, et dont ils ont pu « authentifier » spirituellement (lors d’un dévoilement spirituel par exemple, al-kashf) un certain nombre de ahadiths. Dans le Sahîh d’Al-Bukhârî, lorsque le Prophète Mûsa (‘alayhî salâm) demanda la compagnie d’Al-Khidr (‘alayhî salâm) : « Al-Khidr a dit à Mûsa : « Ô Mûsa, je détiens une science venant d’Allâh, que tu ne connais point, et tu détiens une science de la part d’Allâh que je ne connais point… » ». Ce qui correspond au verset du Qur’ân qui dit : « Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avons donné une grâce de Notre part, et à qui Nous avons enseigné une science émanant de Nous. Mûsa lui dit : « Puis-je te suivre à la condition que tu m’apprennes ce qu’on t’a appris concernant une bonne direction ? » L’autre dit : Sûrement, tu ne pourras pas être patient avec moi » (Qur’ân 18, 65-67). Ce verset constitue aussi l’un des fondements de l’inspiration divine (ilhâm) et du dévoilement spirituel (kashf), qu’Allâh accorde à qui Il veut.  En témoigne aussi ce hadîth dans le Sahîh al-Bukharî : « Il y avait, dans les peuples qui étaient avant vous, des hommes qui étaient inspirés (muhaddathûn). S’il y en a dans cette Ummah, c’est bien ‘Umar (ibn al-Khattâb) ».

   C’est ce que dira aussi dans sa Risâlat-i wujûd, le célèbre sûfi, philosophe et scientifique ‘Umar Khayyâm : « Les sûfis, qui ne cherchent pas la connaissance dans la cogitation mentale ou dans la pensée discursive, mais en purifiant leur être intérieur et leurs intentions. Ils débarrassent l’âme rationnelle des impuretés de la Nature et de la forme corporelle pour la rendre substance pure. Elle rencontre alors le monde spirituel, et les formes de ce monde se reflètent en elle dans leur vérité, exemptes de doute et d’ambiguïté. De toutes les voies, elle est la meilleure : aucune des perfections de Dieu n’en est exclue, et aucun voile ni obstacle n’en interdit l’accès. L’ignorance de l’homme vient donc de l’impureté de sa nature ; qu’on retire cet écran, et la vérité des choses apparait dans son évidence. C’est ce que le Maître (Sayyîd), le Prophète Muhammad (ﷺ) dit : « En vérité, tout au long de votre existence, des inspirations vous viennent d’Allâh. Ne voulez-vous donc pas les suivre ? ». Allez-dire aux « raisonneurs », que pour les amoureux du Divin, – les sûfis (gnostiques) -, c’est l’intuition (inspiration divine ; ilhâm) qui est un guide, et non la pensée discursive ! ».

   Ainsi, dans la science du hadîth, l’inspiration divine (ilhâm) qui produit parfois les dévoilements spirituels (kashf) est utilisée pour statuer de l’authenticité d’un hadîth (ou alors celui qui vit cet état reçoit de la part d’un Prophète qui lui enseigne quelques ahâdîths ; jamais contraires au Qur’ân et à la Sunnah purifiée). L’ont expérimenté de nombreux maîtres spirituels, – dont de grands poètes arabes et persans – tels que Al-Hujwirî, Al-Ghazâlî, Ibn ‘Arabî, Jalâl ud-Dîn Rûmî, ‘Ayn al-Quzât Hamadâni, ‘Abd al ‘azîz al-Dabbâgh, Farîd ud-Dîn Attâr, Al-Jilânî et tant d’autres -.

    « Le hadith authentifié (sahîh) est celui dont la chaîne de transmetteurs est continue, dont chacun transmetteurs est honorable (‘adl) et fiable (dâbit) et cela, jusqu’à la fin de cette chaîne sans qu’apparaisse une marginalité (shudûd) ou un défaut (‘illa). Le hadith validé (hasan) est celui dont la chaîne de transmetteur est continue jusqu’à la fin, dont chaque transmetteur est honorable mais de fiabilité non totale. Sa chaîne ne doit comporter ni marginalité ni défaut. Lorsque l’on souhaite avoir une vision d’ensemble des différentes positions de l’Islam classique face au problème de l’authentification des hadiths, on ne peut passer sous silence un mode très particulier de cette dernière : l’authentification par dévoilement initiatique (al-tashîh bi-l-kashf). À ce sujet, Ibn ‘Arabî affirme qu’un hadith dont la chaîne est faible peut fort bien s’avérer authentique : l’être gratifié d’un dévoilement saura par « l’OEil de la certitude » (‘ayn al yaqîn) que le hadith concerné est authentique. Cette idée fut souvent défendue et trois siècles plus tard, le célèbre Ibn Hajar Haythamî (m. 974/1566) énoncera une fatwa sur l’authentification d’un hadith par dévoilement initiatique : « Cela est, en effet, possible et fait partie des grâces octroyées aux saints (karâmât al-awliyâ) comme l’ont affirmé Ghazâlî, Bârazî, al-Tâj al-Subkî, al-‘Afîf al Yâfi’î parmi les shaféites et Qurtûbî et Ibn abî Jamra pour les malékites. On rapporte qu’un saint assista à une assemblée dirigée par un juriste (faqîh). Alors que celui-ci venait de citer un hadith, le saint l’interrompit : « Ce hadith n’est pas valable (bâtil) ! ». Le juriste lui demanda alors : « D’où tires-tu cela ? ». Et le saint de répondre : « Le Prophète est là et se tient près de toi ! Il dit qu’il n’a pas prononcé ces paroles ! ». A cet instant, le juriste eut un dévoilement et vit le Prophète ». (…) Les critères retenus pour affirmer l’authenticité d’un hadith peuvent légèrement varier d’un auteur à l’autre. Ainsi, Suyûtî considère que Hâkim accorde le statut sahîh avec parfois trop de largesse. Ce terme désigne dans les sciences du Hadith l’opposition avec une source plus sûre encore. Par ‘illa, il faut entendre un défaut difficile à détecter laissant croire à la perfection de la chaîne de transmission. C’est par exemple le cas d’une chaîne complète et ininterrompue citant successivement deux personnes qui n’ont pas pu se rencontrer. Cette définition s’appuie sur celle d’Ibn Hajar al-‘Asqalânî (m. 852/1449) »[48]. De nombreux musulmans ont pu voir ainsi le Prophète, soit à l’état d’éveil, soit à travers un rêve spirituel, tout comme de nombreux cheminants sur la voie spirituelle ont pu ainsi connaitre et échanger avec les différents prophètes et saints dans le monde « invisible » (al-ghayb), le monde supra-physique, et dont nous l’avons-nous-même expérimenté, et une telle expérience spirituelle sort clairement de l’expérience « ordinaire ».

   Ibn al-Qayyîm dans son Madaridj as-Salikin (3/227-228) relata les cas où Abû Bakr et ‘Umar furent gratifiés du kashf comme lorsqu’Abû Bakr révéla à ‘Aîsha que le bébé conçu par sa femme serait une fille, ou lorsque ‘Umar avait reçu un dévoilement et dit : « Ô Sariyya, La montagne ! », c’est-à-dire réfugiez-vous au pied de la montagne », ce qui les sauva et leur permit de remporter la victoire. En effet, selon Nafi, ‘Umar envoya un commando et le plaça sous la direction d’un homme du nom de Sariyya – Au cours de son sermon du vendredi, il dit (soudainement) : ô Sariyya ! La montagne ! ô Sariyya ! La montagne ! Plus tard, on vérifia qu’au même moment, Sariyya qui se trouvait à un mois de marche, allait se réfugier à une montagne après avoir lancé un raid[49].

   Ibn Taymiyya écrit dans sa As-safadiyya (pp. 187-189) : « Nous ne nions pas que l’âme puisse recevoir une sorte de dévoilement à l’état d’éveil ou pendant le sommeil à cause d’un relâchement dans son contact avec le corps dû à un exercice ou à d’autres (facteurs). Ce dévoilement psychologique constitue la première sorte de dévoilement.

Les arguments rationnels et religieux ont prouvé l’existence des jjinns qui fournissent aux humains des informations portant sur des choses absentes. C’est ce que montre le comportement des devins avec les possédés et d’autres. Il s’agit ici d’affirmer que le dévoilement permet de connaître des réalités objectives indépendantes et différentes des forces (qui les véhiculent). C’est le cas des jinns qui apportent à beaucoup de devins une foule d’informations. Cela est nécessairement connu par celui qui en a fait l’expérience et celui qui en a été informé par une source sûre. Nous en avons eu à plusieurs reprises une connaissance nécessaire. Voilà une sorte de dévoilement constituant source d’informations sur le mystère, différent du dévoilement psychologique. C’est la deuxième sorte de dévoilement.

La troisième sorte de dévoilement consiste dans les informations apportées par les anges. Celle-ci représente la plus noble sorte comme l’indiquent de nombreux arguments révélés et rationnels.

L’information portant sur le mystère peut dépendre de causes psychologiques, de causes sataniques et non sataniques (psychiques) et de causes angéliques (spirituelles) ».

   Et dans son Majmû’ al-Fatawa : « Il est dit qu’après le Sceau des Prophètes (‘alayhî salât wa salâm), la Révélation (wahî) ne descend pas sur un autre. Pourquoi pas ? En fait elle descend, mais alors ce n’est pas appelé ‘la révélation’ (mais une inspiration : Ilham). C’est ce que le Prophète (paix et salut sur lui) a mentionné quand il a dit, ‘ le croyant voit avec la Lumière de Dieu. ‘ Quand le croyant regarde avec la Lumière de Dieu, il voit toutes les choses : le premier et le dernier, le présent et l’absent. Comment une chose peut-être cachée de la Lumière d’Allâh ? Donc la signification de la révélation existe, même si elle n’est pas appelée révélation. (…) ce qui est considéré comme un prodige pour un saint est que parfois le saint pourrait entendre quelque chose que les autres n’entendent pas ou voir quelque chose que les autres ne voient pas, pas lorsqu’il est endormi, mais dans un état éveillé de vision (mushâhada). Il peut connaître des choses que d’autres ne peuvent pas connaître, par le biais de l’inspiration ».

   As-Suyûtî rapporte également avoir vu plus de 70 fois le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) à l’état d’éveil lors de dévoilements spirituels par la Grâce d’Allâh. Il l’a démontré par son expérience, des ahadiths prophétiques et des récits de salafs, dans al-hâwî li al-fatâwî (2/255-269).

   Cela fait consensus chez les saints réalisés, et c’est un avis répandu chez les savants (An-Nawawî, As-Suyûtî, Al-Ghazâlî, Al-Jilânî, Ahmad ar-Rifâ’î, Ibn Hajar al Haytamî, Ibn ‘Arabî, Ibn Hajar al ‘Asqalânî, As-Sakandarî, Taqî et Tâj ud-Dîn As-Subkî, Abû Bakr Ibn al Arabî, etc.) dont certains aussi étaient de grands saints. L’avis qui pense que cela est impossible est très faible, et Ibn Taymiyya et d’autres semblent également être revenus sur cet avis (de l’impossibilité) dans leurs derniers écrits. Cela ne compromet d’ailleurs en rien la définition précise de « compagnon » qui est le fait d’avoir vu (et adhéré à son message) et côtoyé le Prophète durant son séjour terrestre. Car que ce soit en rêve ou à l’état d’éveil, le voir est possible et ne fait pas d’une personne un « compagnon » au sens « juridique » du terme, et c’est là une possibilité existentielle, qu’Allâh manifeste à travers une modalité différente de la perception physique « ordinaire ». Cependant, les signes véridiques qu’il s’agisse bien de l’identité prophétique ou sainte d’un personnage, est qu’il doit se révéler comme tel, que l’identification se fasse immédiatement, qu’il n’enseigne rien de contraire à la foi islamique, au Qur’ân, aux nobles vertus et au tawhîd, car sinon, il pourrait très bien s’agir d’un jinn prenant l’apparence d’un ange, d’une forme physique voilée mais faisant croire à la personne qu’il s’agit d’un prophète dans son interprétation, ou d’un saint, visant à tromper l’individu, en lui recommandant de faire des choses contraires à l’Unicité Divine, aux piliers de l’islam et de la foi, au bien, aux rites islamiques, etc. Rien ne l’interdit dans le Qur’ân et dans la Sunnah, et certains en ont fait l’expérience. Bien sûr, le dévoilement spirituel ne peut être qu’un prolongement et un approfondissement du Qur’ân et de la Sunnah, et non pas un rajout ou une donnée venant les contredire ou les abroger ! Quand les outils juridiques ou théologiques ne permettent pas de trancher une question, avoir recours à cette méthode spirituelle, plus sûre et fiable, – à condition que la personne soit véridique (dans la transmission de ce qu’elle peut tirer comme enseignement et donnée de son expérience) et expérimente réellement cette expérience spirituelle -, et on ne prend pas en compte les gens réputés pour commettre des grands péchés (sans s’en être repentis) ou qui sont connus pour mentir ou qui possèdent très peu de science. Tout ceci montre les preuves légales de l’inspiration (divine), du dévoilement spirituel, et des sens profonds du Qur’ân, sans même parler de l’expérience spirituelle des grands maîtres ou des dévoilements spirituels des disciples, qui suffisent comme preuves pour montrer la réalité de tout ceci.

   Comme le savent les historiens sérieux, les supports et voies de transmission sont souvent lacunaires, car soit ils étaient multiples à un moment donné de l’histoire mais ensuite ils ont été perdus ou sauvegardés par écrit dans un petit nombre de supports par la suite, soit on en a perdu publiquement presque ou totalement les traces. De même pour les manuscrits originaux, que ce soit concernant les Evangiles, l’Ancien Testament, les traités et lettres écrits par les philosophes grecs, par les empereurs byzantins, etc., alors que nous savons malgré tout qu’ils existent, et non seulement à travers des recoupements, mais aussi par des déductions et des réflexions rationnelles, il est possible de savoir de reconnaitre la marque personnelle et le style particulier d’un auteur, ainsi que de remarquer les anomalies ou les différences entre plusieurs manuscrits ou témoignages de disciples reconnus d’un maître en question. On peut aussi en savoir beaucoup à travers ce que les chroniqueurs et témoins importants ne mentionnent pas dans leurs ouvrages, indiquant ainsi des consensus ou des points communs partagés par l’ensemble des écoles politiques, philosophiques ou juridiques, puisque dans les débats et les polémiques, les auteurs se focalisent davantage sur les réfutations et donc sur ce qui oppose les uns avec les autres.

   Le célèbre savant Ibn Kathîr[50] a dit dans son livre Ikhtissar ‘ulûm al hadith (p. 43) : « Lorsque la chaine d’un hadith est authentique, ça n’implique pas (forcément) que le contenu (matn) soit authentique ». On comprendra dès lors que dire qu’un isnad est sahih n’implique pas forcément que le « matn » soit sahîh également ou que celui qui a authentifié le « isnad » prend le « matn » comme information fiable, sinon cela voudrait dire que tout ceux qui ont rendu sahih un « isnad » alors ils ont considéré le « matn » comme une information fiable à laquelle adhérer, or, ceci est la croyance des gens peu avertis dans la science du hadîth et le fiqh.

   Ainsi, l’approche en islam des ahadiths ne peut se faire, de façon objective, cohérente et sérieuse qu’en suivant la méthodologie suivante, sous peine de tomber dans une forme de schizophrénie, de laxisme, d’extrémisme ou de dégoût:

1) Peu importe le degré d’authenticité d’un hadîth dans sa chaine (qui peut être inventé ou déformé), c’est surtout le contenu qu’il faut analyser (celui-ci pouvant être inventé, déformé, faux, anormal, isolé ou singulier).

2) Si le contenu comporte des contradictions avec le Qur’ân, même quand le contexte est mentionné, le contenu doit être délaissé.

3) Si le contenu contredit une donnée scientifique, historique, spirituelle, etc., bien établie, ne faisant l’objet d’aucune divergence parmi les spécialistes (on ne parle pas ici des hypothèses éventuelles, mais des observations directes), alors le contenu doit être délaissé.

4) La seule source totalement infaillible selon Allâh est Sa Parole (Qur’ân) préservée. Il faut donc toujours y revenir, et accepter la Sunnah prophétique que dans ce qui est en accord avec le Qur’ân, car des gens ont menti sur le Prophète en lui attribuant des choses qu’il n’a pas dites ou faites, ou en se trompant dans ce qu’ils ont rapporté ou encore en changeant le sens des termes utilisés ou en omettant de rapporter le contexte accompagnant la parole.

5) Le hadîth devra donc être à la fois intelligible, cohérent avec le Qur’ân et ses principes, en conformité avec les fondements de l’islam et ses finalités, comme l’Unicité Divine, la justice, la sagesse, le bon-sens, les qualités morales, l’intelligence, la spiritualité, le respect des prophètes et de Sa Création, etc.

6) Prendre en compte la chronologie éventuelle des ahadiths, car il est connu et logique que certaines pratiques furent d’abord autorisées ou interdites, avant que leur statut change, selon les circonstances et l’état moral/doctrinal des musulmans.

   Par exemple les représentations d’êtres vivants, la visite des tombes et d’autres choses semblables furent d’abord interdites car les musulmans venaient à peine de quitter l’idolâtrie et les mauvaises manières, mais quand ils furent éduqués au Tawhîd et aux valeurs de l’islam, ces pratiques leur furent autorisées par la suite (en respectant un certain nombre de conditions). A contrario, la Révélation se manifestant graduellement, Elle n’interdit pas tout d’un seul coup (cela ne veut pas dire qu’avant la révélation d’une interdiction, la pratique en question était morale, mais simplement qu’elle n’était pas encore interdite sur le plan juridique du point de vue religieux). Ainsi, progressivement, toutes les pratiques blâmables furent interdites, comme le mariage temporaire, le mauvais traitement des domestiques, le racisme, la violence conjugale, le mauvais traitement infligé aux femmes ou aux enfants, etc.

7) Savoir que par exemple plusieurs choses peuvent rapprocher l’individu de du Divin selon les cas, les préférences et les circonstances (prière, science utile, aumône, bonnes oeuvres, dhikr/rappel, sourire aux gens, être au service de ses parents, etc., toujours dans le but de plaire à Allâh).

8) Certains ahadiths pour une même pratique, peuvent diverger pour deux raisons principales : soit parce que le Prophète ou les compagnons acceptaient une certaine latitude dans la manière de faire (la prière, l’invocation, le dhikr, etc., tant que les conditions et étapes indispensables étaient réunies, comme les différentes stations lors de la prière), soit parce que ceux qui ont rapporté les ahadiths l’ont fait selon leur propre compréhension ou en omettant et/ou déformant involontairement ce qu’ils ont vu ou entendu.

9) Et enfin, prendre le hadîth et lui appliquer une grille de lecture cohérente et « islamique » :

– Est-ce de la mécréance claire d’une chose nécessairement connue ? (négation du Divin, de Ses Livres, de Ses Anges, de Ses Prophètes, du Paradis et de l’Enfer, – indépendamment des divergences d’interprétations et des conceptions qui en découlent -, de versets ou des qualités morales des Prophètes, des 5 piliers de l’islam, etc.).

– Est-ce une forme de mécréance subtile ? (Rejet volontaire, négation ou ignorance d’un Attribut d’Allâh parmi les moins connus, d’une qualité d’un ou de plusieurs prophètes, sur les péchés ou certaines obligations religieuses, …).

– Est-ce de l’idolâtrie ? Si oui, « akbar » (grande, faisant sortir de l’islam) ou « asghar » (petite ou subtile, n’excluant pas la personne de l’islam jusqu’à ce que la preuve claire lui soit parvenue). Le Qur’ân et la Sunnah interdisent explicitement l’idolâtrie, donc un hadith qui autoriserait une telle chose serait tout simplement faux.

– Est-ce de l’injustice ? Le Qur’ân interdit l’injustice donc un hadîth totalement authentique ne pourrait jamais encourager ou cautionner l’injustice.

– Le même principe vaut pour l’iniquité, l’immoralité, toute activité nuisible pour l’être humain (sa santé physique, son bien-être, sa santé psychologique ou mentale), etc.

– Est-ce que cela me permet de mieux connaitre Allâh, de se rapprocher de Lui, de s’éloigner des choses nuisibles et blâmables ?

– Est-ce que cela est en accord avec le Qur’ân, la Sunnah authentique, le bon-sens, la fitra (conscience innée et morale) et l’intellect ?

– Sommes-nous sincères et humbles dans notre cheminement spirituel et religieux ?

   Si le hadîth passe avec succès les critères qûraniques (tout cela a été déduit du Qur’ân), alors il faut s’interroger sur la façon de comprendre correctement le hadîth et les conditions de son application. Et avant de statuer sur une pratique ou une parole, s’assurer d’avoir une saine et véritable compréhension des notions et définitions utilisées comme celles du Tawhîd ou du shirk, du halal et du haram, etc.

   Nombreux sont les gens en effet qui ont accusé des musulmans de tomber dans le shirk alors qu’ils n’y étaient pas tombés, et inversement, ainsi que que des musulmans qui pensaient que telle pratique ou doctrine relevait du tawhîd alors qu’elle s’y opposait ou s’en éloignait.

    Quant à l’approche moderniste (dite aussi réformiste en ce sens-là), nous avons toutes les raisons de nous en méfier, car comme le rappelait le Dr. Hossein Nasr : « Le danger inhérent à cette critique du Hadith est qu’elle en déprécie la valeur aux yeux de ceux de ces Musulmans qui, sous l’influence de tels arguments, acceptent la conclusion qui risque d’être fatale selon laquelle le corpus du Hadith n’est pas constitué des paroles du Prophète et, par conséquent, ne véhicule pas son autorité. C’est ainsi que se trouvent détruits l’un des fondements de la loi divine et une source vitale de guidance pour la vie spirituelle. C’est comme si la base même sur laquelle repose la structure de l’Islam s’effondrait. Il ne resterait plus alors que le Coran qui, étant Parole de Dieu, est d’un niveau trop élevé pour être déchiffré et interprété sans l’aide du Prophète »[51].

    Quant à notre frère, Sidi A., il rappelait des notions fondamentales qui échappent totalement aux « modernes » : « il n’y a pas de tradition (exotérique ou ésotérique) sans silsila (chaine de transmission) et influence spirituelle (baraka). La tradition c’est avant toutes choses la transmission d’une influence spirituelle (baraka). Il n’y a rien sans la baraka, on ne le dira jamais assez : C’est un point qui est totalement incompris aujourd’hui par beaucoup de musulmans qui sont, malgré ce qu’ils croient, en dehors de l’islam traditionnel comme certaines démarches « salafis » qui ignorent les silsilas de transmission remontant jusqu’au Prophète – sallallâh ‘alayhi wa sallam -. L’enseignement traditionnel qu’il soit exotérique ou ésotérique nécessite la transmission de la baraka et de l’autorisation (idhn) qui peut être sous forme papier et là on parle d’ijâza. Même la lecture du Coran (tajwîd) nécessite la transmission d’une influence spirituelle et d’une ijâza. René Guénon en avait parlé dans le chap. 8 des Aperçus sur l’initiation : De la transmission initiatique : « Ceci, d’ailleurs, n’est nullement particulier aux rites initiatiques, mais s’applique tout aussi bien aux rites d’ordre exotérique, par exemple aux rites religieux, qui ont pareillement leur efficacité propre, mais qui ne peuvent pas davantage être accomplis valablement par n’importe qui ; ainsi, si un rite religieux requiert une ordination sacerdotale, celui qui n’a pas reçu cette ordination aura beau en observer toutes les prescriptions et même y apporter l’intention voulue (2), il n’en obtiendra aucun résultat, parce qu’il n’est pas porteur de l’influence spirituelle qui doit opérer en prenant ces formes rituéliques pour support (3).

(2) Nous formulons expressément ici cette condition de l’intention pour bien préciser que les rites ne sauraient être un objet d’ « expériences » au sens profane de ce mot ; celui qui voudrait accomplir un rite, de quelque ordre qu’il soit d’ailleurs, par simple curiosité et pour en expérimenter l’effet, pourrait être bien sûr d’avance que cet effet sera nul.

(3) Les rites mêmes qui ne requièrent pas spécialement une telle ordination ne peuvent pas non plus être accomplis par tout le monde indistinctement, car l’adhésion expresse à la forme traditionnelle à laquelle ils appartiennent est, dans tous les cas, une condition indispensable de leur efficacité »[52] ».

   Après avoir cité Guénon, il poursuivit en disant : « Dans l’exotérisme islamique, il n’y a pas d’organisation type clergé, mais il y a des gens qui détiennent de façon régulière la tradition religieuse et qui sont autorisés pour la transmettre. C’est là un point d’incompréhension par beaucoup de modernes, comme je l’ai déja expliqué. Sinon, par rapport aux rites exotériques, la notion de collectivité religieuse (umma) joue un rôle clé dans la réception et la transmission de l’influence spirituelle (barakah) qui « descend » dans le niveau individuel humain. L’un des objectifs de l’ordre traditionnel exotérique est la réception et la répartition des influences spirituelles (ce qui met en relation avec Dieu, sans cela on est des bêtes comme le disait un saint homme…). Cette barakah qui « descend » exerce son action bénéfique par le moyen de la force collective dans laquelle elle prend son point d’appui (cf. Aperçus sur l’initiation, la prière et l’incantation, p.167).

Cette force collective à la fois corporelle et psychique trouve aussi sa justification dans le hadîth prophétique : « Le musulman est le frère du musulman, les musulmans doivent être comme les doigts d’une seule main, comme l’édifice scellé et comme les membres d’un seul corps : si un membre souffre, tous les autres membres lui doivent solidarité et soutien ».  Le « secret » dans la circulation de la baraka dans le monde individuel humain (élément fondamental oublié dans ces temps des ténèbres dans lesquels nous nous trouvons sauf par une petite minorité) se trouve aussi dans les « hiérarchies » diverses et variées qui constituent l’ordre traditionnel (« car sans contredit, c’est le supérieur qui bénit l’inférieur »), de façon analogue aux différences de potentiel qui permettent les mouvements de corps, de fluides ou d’électricité… C’est justement cet ordre traditionnel que combat Satan et ses sbires de façon acharnée dans les quatre directions (« je les assaillirai de devant, de derrière, de leur droite et de leur gauche » : Qur’ân 7, 17) afin d’assurer sa victoire momentanée avant la descente des influences spirituelles finales… ».

   Quand on comprend l’importance de la notion liée à la « baraka », on perçoit tout de suite les choses différemment, et tout cela s’observe parfaitement quand on voit à quel point les « fruits » sont insipides, les actions qui deviennent dénuées de sens ou sans effet bénéfique pour la société, les vices et les dissensions qui se répandent dans les familles et les communautés, etc.

    En observant l’état de déliquescence de nos sociétés, il faut cependant garder « espoir » et se souvenir de ce que disait déjà Guénon en son temps : « D’ailleurs, toutes les prophéties (et bien entendu, nous prenons ici ce mot dans son sens véritable) indiquent que le triomphe apparent de la « contre-tradition » ne sera que passager et que c’est au moment même où il semblera le plus complet qu’elle sera détruite par l’action d’influences spirituelles qui interviendront alors pour préparer immédiatement le « redressement » final[53] »[54].

  De là nous en déduisons que la nouvelle tendance chez ceux qui appellent au réformisme (sans aucune méthodologie cohérente et rigoureuse), se caractérise par la superficialité et le caractère arbitraire de leurs analyses, approche que l’on pourrait désigner sous l’appellation de “superficialisme” (teinté aussi de réductionnisme, reflétant la myopie intellectuelle et la mentalité dominante du 20e siècle, là où les découvertes du 21e siècle nous ont pourtant montré les failles et les erreurs du scientisme, du réductionnisme et du matérialisme). Ayant scié le tronc de l’arbre (la Tradition), ils ont coupé par la même occasion toutes les branches et se sont privés des fruits bénéfiques de la Tradition prenant appui sur le Qur’ân et la Voie prophétique (spiritualité, ‘adab, métaphysique, art sacré, chants spirituels et traditionnels), provoquant une perte des valeurs, de l’héritage spirituel et des choses sacrées, accélérant ainsi la dégénérescence de la masse, ce qui fut néanmoins annoncé par les prédictions prophétiques.

   Il suffit de voir à quel point certains réformistes contestent ou se moquent de paroles prophétiques qui ont une portée spirituelle très noble et sublime, comme en attestent les commentaires des maîtres comme Al-Junayd, Sah al-Tustarî, Al-Qushayrî, Al-Ghazâlî (les 2 frères), Ibn ‘Arabî, ‘Ayn al-Quzât Hamadânî, Al-Jilânî, Mahmud Shabastarî, etc.


[1] Ré-édité aux éditions Tasnîm, 2019.

[2] Certains auteurs disent que, le Qur’ân étant tellement sublime et élevé, que ceux qui n’ont pas une connaissance totale et parfaite de l’arabe, ne peuvent comprendre les subtilités que via le recours aux indications fournies par la Tradition, l’expérience spirituelle, l’histoire, l’anthropologie, etc. Le Qur’ân lui-même se décrit comme étant « inépuisable » et il est vrai qu’à la relecture de nombreux versets, de nombreux sens se dévoilent « comme par enchantement » aux lecteurs les plus assidus et à l’esprit le plus « pénétrant ».

[3] Rapporté par Muslim dans son Sahîh, par Abû Dawûd dans ses Sunân 40/2, An-Nasâ’î dans ses Sunân 199/3, Ad-Darimî dans ses Sunân 345/1 et d’autres. Voir aussi le commentaire de Ibn Kathîr dans son Tafsîr 4/516 : « Cela signifie que le Prophète mettait en application les ordres du Qur’ân et ses interdictions d’une manière spontanée et naturelle […]. Tout ce que le Coran lui ordonnait de faire, il s’empressait de l’appliquer et tout ce qu’il lui interdisait, il s’empressait de le délaisser. Ceci rajouté au fait qu’Allâh a rendu inné en lui ce qui concourt au comportement idéal, comme la pudeur, la générosité, la bravoure, le pardon, la douceur et tout ce qui contribue au noble caractère ».

[4] Rapporté entre autres par Ahmad dans son Musnad, 6/91 n°163 et par Al-Bayhaqî dans Sunân al-Kubrâ 2/499.

[5] “Concise List Of Arabic Manuscripts Of The Qur’ān Attributable To The First Century Hijra”, Islamic Awareness, article mis à jour le 3 avril 2019 : https://www.islamic-awareness.org/quran/text/mss/hijazi.html

[6] Le texte est conservé dans BL Add. 14.685 « Chronique dans le prolongement de celle d’Eusèbe de Césarée composée par Jacob « Amoureux du travail » Xe/XIe siècle, f. 23, Palmer, Seventh Century in the West-Syrian Chronicles; Hoyland, Seeing Islam as Others Saw It – A survey and analysis of the Christian, Jewish and Zoroastrian writings on Islam, pp. 160-164.

[7] Robert Hoyland, Seeing Islam as Others Saw It – A survey and analysis of the Christian, Jewish and Zoroastrian writings on Islam, éd. Darwin, Princeton, 1997, pp.394-395.

[8] Ibid., pp. 395-396.

[9] Mircea Eliade (1904 – 1986) était un historien, un écrivain, un sociologue, un historien des religions et un philosophe. Il déclara d’ailleurs en 1932 que Guénon était « l’homme le plus intelligent du XXe siècle ». Eliade approfondit l’œuvre de Guénon, en particulier l’Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues et L’homme et son devenir selon le Vêdânta, durant son séjour en Inde en 1929-1931. En ce qui concerne les raisons qui ont conduit Eliade à éviter de citer les auteurs traditionnels, à l’exception d’A. K. Coomaraswamy, voici une lettre de Michel Vâlsan à Vasile Lovinescu, qui nous éclaire sur ce point :

« Il (M. Eliade, N.d.a.) se sert pas mal de Guénon, sans jamais le citer. En 1948, je l’ai rencontré et nous avons bavardé chez moi de ses convictions et de ses recherches. Il m’a affirmé qu’il était d’accord avec Guénon en tout point, mais que sa position et ses projets universitaires l’empêchaient de le reconnaître ouvertement. J’ai communiqué cela à Guénon qui, dans les comptes-rendus sur ses premiers livres, tint compte de ce que je lui avais dit. Eliade me disait qu’il pensait se servir de la politique du cheval de Troie’ : une fois bien installé dans le monde scientifique et après avoir recueilli les preuves scientifiques’ des doctrines traditionnelles, il aurait finalement exposé à la lumière du jour la vérité traditionnelle. Je crois qu’il se vantait : il est ou craintif ou trop prudent. Il a malheureusement rencontré des catholiques hostiles à Guénon et depuis lors il est beaucoup moins enthousiaste, à supposer qu’il le fût jamais. Il y a deux ans, je l’ai rencontré dans la rue et lui ai dit que ses projets allaient plus lentement, alors il m’annonça qu’il allait publier quelque chose ; en tout cas, il n’a jamais cité le nom de Guénon, ni en bien ni en mal, mais certaines de ces accusations envers les traditionalistes m’ont fait une pénible impression » (Michel Vâlsan, Lettre à V. Lovinescu, Paris, 12 mai 1957, manuscrite et inédite).

[10] Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuses, Tome 2, p. 73, éd. Payot, « Bibliothèque historique », Paris, 1978 ; rééd. 1983 et 1989.

[11] PERF 558 est un manuscrit du 7e siècle découvert en Égypte à Héracléopolis Magna. C’est un des plus anciens papyri contenant du texte en langue arabe qui nous soit parvenu, ainsi que le plus ancien document daté dans le calendrier musulman. Voir Pierre Larcher, Reviews, Arabica, vol. 61, nos 1/2,‎ 2014, pp. 186–189.

[12] Voir At-Tirmidhî dans Shamâ’il an-nabî (trad. par Idrîs de Vos chez Albouraq, 2015, sous le titre Les nobles traits du Prophète Muhammad) ; Abû Hâmid al-Ghazâlî dans son Ihyâ’ ulûm ud-Dîn au livre Kitâb al-ma’îsha wa akhlâq al-nubuwwa (trad. par Hassan Boutaleb chez Albouraq, 2013, sous le titre Comportements et traits de caractère du Prophète) ; Martin Lings, Le Prophète Muhammad. Sa vie d’après les sources les plus anciennes (éd. Le Seuil, 2002) qui nous plonge dans l’ambiance sociale et spirituelle de l’époque du Prophète en se basant sur les récits les plus anciens et les plus fiables (sans y avoir inclus les récits apocryphes et contradictoires relatés dans certaines Chroniques) ; Muhammad Hamidullah, Le Prophète de l’Islam – Sa vie, son œuvre (éd. El Falah, 2015) pour son approche historique très fidèle et rigoureuse ; Muhammad al-Ghazalî, Fiqh As-Sira – La Biographie du Prophète Muhammad (éd. Ennour, 2014) ; Sofiane Meziani, La Sîra du Prophète expliquée aux Jeunes – Pour une Réforme de la Jeunesse Musulmane (éd. Ennour, 2009) ; Muhammad Saïd Ramadan al-Bûtî, Fiqh As-Sira – Enseignement et Analyse (éd. Dar El-Fiker, 2002) ; Mustafa Mahmud, Muhammad – Un Essai pour la Compréhension de la Vie du Prophète (éd. Essalam, 2004) ; Qadî ‘Iyâd, Ach-Chifâ – Muhammad, La guérison à travers la connaissance du rang et de la dignité de l’élu (éd. Albouraq, 2015) : Tayeb Chouiref, Les enseignements spirituels du Prophète (éd. Tasnîm, 2008 en 2 tomes) qui compilent et commentent les dimensions spirituelles et éthiques du Prophète de façon sublime. Il existe d’autres ouvrages (comme ceux de Hichem Djaït, de Reza Aslan, Etienne Dinet, etc.) mais ceux que nous avons cité suffisent amplement.

[13] Voir aussi les travaux de Jonathan A.C. Brown (notamment : The Canonization of al-Bukhārī and Muslim: The Formation and Function of the Sunnī Ḥadīth, 2007 ; Hadith : Muhammad’s Legacy in the Medieval and Modern World, 2009 ; et Misquoting Muhammad: The Challenge and Choices of Interpreting the Prophet’s Legacy, 2014)., Dr. Joseph E. B. Lumbard, Muhammad Mustafa Al-A’zami (notamment Studies in Early Hadith Literature et Hadith Methodology and Literature), Muhammad Zubayr Siddiqi (notamment Hadith Littérature – It’s origin, development and special features, éd. The Islamic Texts Society, Cambridge, 1993), etc.

[14] L’imâm ‘Alî Zayn ul Abidîn était considéré également comme un sûfi, et où il est présent d’ailleurs dans plusieurs chaines initiatiques sûfies, et où son ouvrage est considéré également comme contenant les principes de la spiritualité islamique (tasawwûf). Voir al-Sayyid Maḥmûd Abû al-Fayḍ Munûfî, Jamharat al-Awliyā’, 1967, vol. 2, Al-Qâhirah Mu’assasat al-Ḥalabî. p. 71. Voir aussi Bâqir Sharif al-Qarashi, The Life of Imām Zayn al-Abidin (as), traduit par Jâsim al-Rasheed, Iraq: Ansariyan Publications, n.d. Print., 2000. Le célèbre juriste et muhhadith Ibn Shihab al-Zuhri (50 H – 124 H/742) l’admirait d’ailleurs énormément et rapporta de nombreux ahadiths de lui.

[15] Il était un disciple du Sahabî Abû Hurayra, qui était, – contrairement aux récits faibles utilisés par des réformistes – proche du Prophète et des califes bien-guidés comme ‘Umar et ‘Alî, et occupa une fonction importante sous leur califat, et il vantait les mérites des ahl ul bayt.

[16] Il était proche des ahl ul bayt ; élève et compagnon de Jâ’far As-Sâdiq, il rencontra aussi son père Muhammad al-Baqîr et fut très proche de son frère Zayd Ibn ‘Alî, qu’Abû Hanifa avait soutenu face à l’oppression du pouvoir politique. Abû Hanifa refusa également de soutenir l’injustice et la corruption du pouvoir et fut châtié et emprisonné pour cela. On ne peut donc pas le soupçonner de « complaisance » ou de « soumission » au pouvoir politique, et donc de falsification ou d’invention de ahadiths pour leur faire plaisir ou asseoir leur autorité. L’imâm Yûsuf ibn Abd al-Rahman al-Mizzî, – une autorité dans la science du hadîth – dans son Tahdhîb al-kamâl fî asmâ’ al-rijâl, a recensé 97 disciples de l’imâm Abû Hanifa qui furent célèbres dans la transmission du hadîth, et que l’on retrouve dans les Sahihayn (d’Al-Bukhari et de Muslim). Quant à l’imâm Badr al-Din al-Ayni (cf. Mâganīîl Akhîar), il a recensé 260 disciples de l’imâm Abû Hanifa dans le fiqh et le hadith notamment. En raison de ses nobles positions et de la jalousie de certains agents proches du pouvoir, des rumeurs et des fausses accusations ont été répandues contre lui, même au sein de grands imâms (mais l’attribution de telles paroles n’est pas toujours authentique) mais ils se repentirent comme l’imâm As-Shafi’î (qui le tint en haute estime), Mâlik Ibn Anas (qui reconnut sa grande intelligence dans le fiqh) et l’imâm Ahmad. D’autres, qui le connaissaient directement, firent de sublimes éloges à son sujet, tels que ‘Abdallâh ibn al-Mubârak, Sufyân at-Thawrî, Jâ’far As-Sâdiq, Zayd Ibn ‘Alî, Abû Yûsuf, etc. Les sources dans lesquelles Abû Hanifa a puisé sont le Qur’ân, les ahadiths authentiques, le consensus de la Ummah (ijmâ’), les ahl ul bayt, le raisonnement analogique (qiyâs), la discrétion juridique (istihsan) et les coutumes de la population locale (‘urf). La région du Kufâ était un centre de savoir important, y compris par rapport au Qur’ân, au Hadîth (plusieurs grands Compagnons et ahl ul bayt ont transmis leur savoir à leurs disciples établis à Kufâ), à la logique (mantiq) et à la théologie scolastique (‘ilm ul-kalâm).

[17] L’Imâm Ad-Dhahabî dit dans Tadhkirat Al-Huffâdh au sujet d’Ibn Al-Mubârak : « Par Allâh, je l’aime, et j’espère du bien par son amour, au vu de la piété, la dévotion, la sincérité, l’effort sacré, l’étendue du savoir, le perfectionnement, la compassion, la générosité de l’âme, et les nobles attributs qu’Allâh lui accorda ». Il fut notamment l’élève de Abû Hanifa et de Sufyan At-Thawrî qu’il tint en haute estime. Il écrivit plusieurs ouvrages comportant des ahadiths comme Kitâb az-Zuhd wa al-Raqâ’îq, Kitâb al-Jihâd, Kitâb al-Isti’dân, Kitâb al-Birr wa al-Silah, Kitâb at-Târîkh, Kitâb Tafsîr ul-Qur’ân, Kitâb Riqa’ al-Fatawa, Kitâb al-Arba’în, Il était un sûfi, un ascète, un exégète du Qur’ân, un historien, un traditionniste (spécialiste du hadîth) et un juriste se rattachant globalement à la méthodologie de l’imâm Abû Hanifa.

[18] Lui aussi disciple de l’imâm Abû Hanifa ainsi que de Abû Yûsuf, Sufyân at-Thawrî, Al-Awzâ’î et de Mâlik. Il écrivit des ouvrages aussi portant sur les arts de la guerre, le Jihâd, la politique et le traitement des citoyens non-musulmans en terres d’Islâm.

[19] Comme Kitâb al-Khalwa, Kitâb al-Ri`aya li-huqûq Allah et Kitâb al-Wasaya. Il était un savant dans le Qur’ân et ses sciences, un sûfi, un ascète, un spécialiste du hadîth, un théologien et un logicien. Avant de le connaitre, Ahmad Ibn Hanbal tint des propos durs, mais après avoir assisté à ses cours et l’avoir connu, il se repentit et le tint en très haute estime. Al-Muhasibî fut aussi le maître du célèbre Al-Junayd, qui fut reconnu à l’unanimité, y compris par Ibn Taymiyya et Ibn Al-Qayyîm. Concernant le repentir et les éloges de l’imâm Ahmad au sujet de al-Muhasibî, voir Voir Al-Khatîb al-Baghdâdî dans Tarikh Baghdâd 8/214, As-Subkî dans Tabaqat al-shafi’iyya 2/279, Ad-Dhahâbî dans Mizan al-I’tidal 1/430 n°1606, qui confirme la fiabilité de ce récit, même s’il avait du mal à accepter une partie du contenu du récit car au départ l’imâm Ahmad n’avait pas prié collectivement avec eux à l’heure de la salât al ‘isha, or il est possible de la retarder volontairement, tant que cela reste dans le temps imparti, son disciple As-Subkî avait montré qu’il n’y avait là rien d’impossible au sujet de l’imâm Ahmad.

[20] Dans Dhikr ibn Abî ad-Dunyâ wa mâ waqa‘a ‘âliyan min hadîthih, Abû Mûsâ al-Madînî évoque le fait qu’Ibn Abî ad-Dunyâ avait étudié le Hadîth auprès de son maître Muhammad ibn al-Husayn al-Burjulânî, lui aussi auteur de plusieurs recueils (cf. Majmû‘at ajzâ’ hadîthiyya, p. 356, éd. Mashhûr Hasan Salmân, Dâr Ibn Hazm, Beyrouth, 2001). Il était donc un ascète et un sûfi, en plus d’être un exégète du Qur’ân, un juriste et un traditionniste. Contrairement à d’autres salafs (sûfis, exégètes et traditionnistes) de son temps, il s’opposa fermement à la musique (cf. son épitre Dhamm al-malâhî), mais de façon générale, dans le cadre d’un haut cheminement spirituel, il était contre toutes formes de divertissement qui n’était pas tourné vers la spiritualité, la dévotion et la bienfaisance. Mais c’est là une position propre aux saints et aux disciples très avancés dans la voie, mais dont les musulmans de la masse ou peu avancés dans la voie ont reçu des dérogations visant à la souplesse à ce sujet par plusieurs grands maîtres, s’inspirant aussi du hadîth où Abû Bakr condamna ces futilités mais où le Prophète l’autorisa aux musulmans de la masse. Un jour de ‘Aîd, 2 petites filles (« jâriya ») chantaient et jouaient du tambourin dans l’appartement de ‘Aîsha et du Prophète, alors que le Prophète était allongé. Abû Bakr entra et reprocha à ‘Aîsha cela, mais le Prophète lui dit : « Laisse-les, Abû Bakr, chaque peuple a son jour de fête, et aujourd’hui c’est le nôtre » (rapporté par al-Bukharî n°3337 et Muslim n°892 dans leur Sahîh).

Un autre hadîth indique qu’après que le Prophète soit revenu d’une campagne, une servante noire vint le voir et lui dit : « J’avais fait le vœu de jouer du tambourin et de chanter devant toi si Allâh te faisait retourner sain et sauf ». Le Prophète lui dit : « Si tu en avais fait le vœu, joues-en, sinon ne le fais pas ». Elle se mit donc à le faire. Abû Bakr entra alors qu’elle le faisait, puis ‘Alî entra alors qu’elle le faisait, puis Uthmân entra alors qu’elle le faisait toujours, puis ‘Umar entra, elle déposa le tambourin et s’assit dessus (rapporté par at-Tirmidhî dans ses Sunân n° 3690).

[21] Harald Motzki (1948–2019) était un chercheur et un islamologue spécialisé dans l’étude du hadîth. Il obtint son PhD dans les études islamiques (Islamic Studies) en 1978 à l’université de Bonn en Allemagne. Il était un professeur renommé dans ce domaine à l’Université Nijmegen (Radboud Universitet Nijmegen) aux Pays-bas.

[22] Dans The Musannaf of ‘Abd al-Razzâq al-San’ânî as a source of authentic ahâdith of the first Islamic century, Journal of Near Eastern Studies, 1991. 50 (1): 1–21.

[23] Voir The Question of the Authenticity of Muslim Traditions ; et Dating Muslim Traditions: A Survey, Arabica 52,2, 1 April 2005, pp. 204–253.

[24] Comme par exemple Ibn al-Humâm dans Fath al-qadîr (1/462-463).

[25] Rapporté entre autres par Bukharî dans son Sahîh n°6689 et Muslim dans son Sahîh n°1907.

[26] Sharh Muslim 13/53, Al-fath 1/11 et Sharh al-arba’in, p. 12, d’Ibn Daqiq al-‘Id.

[27] Cf. Al-fath 1/11.

[28] Voir notamment son ouvrage La Science de l’intention, éd. Ariane, 2008. Lynne McTaggart démontre, preuves scientifiques à l’appui (basées sur les recherches, découvertes et expériences scientifiques menées par de nombreux scientifiques sur des milliers “d’expérienceurs” en Europe, en Amérique, en Asie, etc.), que l’intention et l’esprit sont des réalités objectives capables d’agir concrètement dans notre vie (relations sociales, santé physique, émotions, …) et même sur la matière.

Elle montre que l’intention, loin de n’être qu’une « illusion produite par le cerveau », possède une réalité objective, pouvant influer positivement (si l’intention est pure et que les pensées qu’elle produit sont « bonnes » et positives) ou négativement (si l’intention est mauvaise et qu’elle engendre des mauvaises pensées), non seulement l’état psychologique (émotions, humeurs, sentiments) ou la psyché (identité mentale) de l’être humain, mais aussi la santé physique (cf. effets placebo par exemple), et même la matière « extérieure » (ses effets et propriétés) à l’homme, qui n’est donc ni absolue ni irréversible comme le postulait le matérialisme. L’esprit humain, certes limité, est souvent « filtré » ou « contenu » par le cerveau et l’état d’esprit particulier de chacun, mais lorsqu’il se tourne vers l’Esprit Universel (Dieu, « Cause Première », Esprit Suprême, etc.), en purifiant son intention et en aspirant à des réalités plus subtiles ou supérieures (spirituelles), se voit « libérer » de certaines contraintes matérielles, et amplifient sa portée et ses effets sur les plans physique et psychique, par la Grâce Divine. Cela se rapproche des données issues de la tradition islamique, qui mettent l’accent sur l’importance primordiale et axiale, de la pureté de l’intention que le musulman doit avoir avant de réaliser chaque action légiférée, afin de se tourner vers le Divin (Source Primordiale et Suprême des esprits limités de Ses créatures), et de bénéficier de Sa Barakâ (influence spirituelle, bénédiction divine) dans nos actes et paroles, afin qu’ils produisent des effets bénéfiques et positifs dans nos vies (ce que chaque musulman sincère peut constater et ressentir), dont les implications et aboutissements, sont le changement de perception de notre existence, et l’accès conscient aux bienfaits d’Allâh (et à leur mise en profit) ainsi qu’à la contemplation des réalités supérieures. Ainsi, l’esprit peut agir aussi bien sur la matière « inerte », que sur des propriétés et « sujets » organiques (d’ailleurs, à une autre échelle, cela se perçoit sensiblement dans les interactions humaines et sociales, où l’état d’esprit et les bonnes pensées peuvent influer sur « l’ambiance et les finalités » des relations sociales, des sentiments, sur l’atmosphère professionnelle, etc.). La science expérimentale réfute donc bel et bien le matérialisme philosophique, et démontre qu’il existe d’autres niveaux de réalité au-delà de la « matière physique », qui ne sont pas réductibles aux lois de la nature et aux propriétés physico-chimiques. Cependant, comme on le sait avec les modernes (qu’ils soient « matérialistes » ou non, comme les spirites ou des gens qui se cherchent encore et qui bricolent leur propre « voie » avec des éléments philosophiques, doctrinaux et rituels hétérogènes et souvent confus et incohérents), il faut se méfier de certaines conclusions hâtives ou des récupérations à des fins propagandistes (déformations ou instrumentalisations de certaines découvertes scientifiques pour « démontrer » ou « justifier » certaines thèses erronées ou des « croyances spirites » dénuées de fondements), aussi bien des matérialistes que des « spirites » (qui confondent le psychisme avec le spirituel). Voir à ce propos les ouvrages de René Guénon, notamment Le Règne de la quantité et les signes des temps et L’Erreur spirite.

On sait aussi que les nombreuses invocations adressées à Dieu, tout comme les prières, dans certains cas, peuvent inverser le “cours naturel” des évènements (humains, matériels et physiques), comme les maladies incurables ou l’état de santé “apparemment irréversible” d’une personne où aucune intervention médicale ne peut la sauver. Cela n’est évidemment pas totalement reproductible, dans le sens où il ne s’agit pas d’une matière inerte quantifiable que l’on peut mesurer et manipuler comme on le veut (ce qui est déjà également pratiquement impossible concernant les études menées dans le domaine de la psychologie humaine), et où différentes conditions sont nécessaires pour aboutir à un résultat effectif, comme la pureté de l’intention, le degré de conscience, l’acceptation par Dieu des invocations et des prières s’il y a un bien manifeste dans les résultats (finalités) escompté(e)s par les personnes. Pour mieux saisir cela, utilisons une analogie (certes limitée, mais utile pour mieux comprendre le principe dont il s’agit ici), où l’on peut comparer la demande des créatures (soumises aux règles de la physique) au Créateur (transcendant les lois de la physique), au cas des employés (soumis à des règles établies par l’employeur/directeur), qui suggèrent et accomplissent des demandes “dérogatives (dérogations)” ou autres, à l’employeur/directeur, visant certains changements, pour leur accorder ce qu’ils demandent. Libre au directeur, ensuite, d’accepter leurs demandes et de les accomplir s’il en voit l’utilité et le bien-fondé de leurs requêtes.

[29] Hadîth rapporté par Muslim dans son Sahîh.

[30] Dans la Torah originelle, car elle fut reconstituée et recomposée par la suite, avec quelques altérations. Voir Édouard Dhorme, La Bible : Ancien Testament, éd. Pléiade – Gallimard, 1956.

[31] Le Qur’ân parle de l’Injîl (Evangile) qui était la Parole Divine prêchée par Jésus. Les évangiles transmis par les copistes des copistes des apôtres de Jésus ne sont pas « l’Injîl » en tant que tel, mais des tentatives de reconstitution, tantôt fidèles, tantôt altérées et contradictoires entre eux, de la Parole prêchée par Jésus. 4 évangiles sont reconnus canoniquement par l’Eglise (Matthieu, Luc, Marc et Jean), mais d’autres (comme ceux de Philippe, Thomas, Marie Madeleine, Judas, Pierre, Barnabé, Matthias, …) ne le sont pas, étant jugés, parfois arbitrairement, comme étant « apocryphes ».
Pour la Bible (le Nouveau Testament principalement), voir les travaux de Bart D. Ehrman (historien, théologien, spécialiste de la critique textuelle de la Bible, écrivain et philologue) qui est un éminent spécialiste du Nouveau Testament, avec plus de 25 livres à son actif, dont 3 manuels de collège de référence. Il a également obtenu une reconnaissance au niveau populaire, Voir notamment Forged: Writing in the Name of God — Why the Bible’s Authors Are Not Who We Think They Are (HarperCollins, USA, 2011) et aussi Did Jesus exist ? : the historical argument for Jesus of Nazareth (New York, HarperCollins, USA, 2012) dans lequel il avance des arguments et éléments historiques indiquant l’existence réelle de Jésus en tant que personnalité historique.

[32] Le terme « zabûr » est l’équivalent arabe de l’hébreu « zimra », qui signifie « chant, musique ». Zamir (chanson) et mizmor (psaume) sont dérivés de « zamar », qui signifie chanter une louange, faire de la musique. La tradition musulmane rapporte plusieurs ahadiths : « Les Abdâl (une catégorie spécifique parmi les Saints) sont au Shâm et ils sont 30 sur le chemin d’Ibrahim (Paix sur lui), à chaque fois qu’un homme d’entre eux meurt, Allâh le remplace par un autre, 20 d’entre eux sont sur la voie (modèle) de ‘Issa Ibn Myriam (Paix sur lui) et à 20 d’entre eux il leur fut donné l’enchantement (mot-à-mot : une flûte) de la famille de Dawûd (paix sur lui) » (rapporté par Al-Hakîm At-Tirmidhî dans Nawadir al Ussûl selon Hudhayfa Ibn Al Yaman) ;

« (faisant l’éloge de Abû Mûsa al Ash’arî) l’Envoyé d’Allâh a dit : « Il a hérité de l’une des flûtes (mizmâr) de la famille de (prophète) Dawûd » (rapporté par Abû Hâmid al-Ghazâlî dans son Ihyâ’ dans la section Kitâb âdâb al-samâ’ wa al-wajd, par al-Bukhari et Muslîm également). Dans le même livre, al-Ghazâlî rapporte aussi ce hadîth : « (le Prophète) Dawûd avait une voix si belle durant ses suppliques et sa récitation des Psaumes, que les hommes, les jinns, les bêtes sauvages et les oiseaux se réunissaient autour de lui pour écouter sa voix. Certains en mourraient même (par extase spirituelle). 400 funérailles, à peu de choses près avaient lieu au cours de ces rencontres ». Comme l’ont expliqué certains savants, parfois le terme « mizmâr » était synonyme de « al ghinâ » dans certains contextes. Cela pouvait donc désigner un magnifique chant, une voix sublime (mélodieuse), ou une musique d’une grande beauté (avec ou sans instrument de musique). Cette richesse linguistique explique aussi pourquoi certains savants ultérieurs ont mal compris le sens originel de certains récits parmi les prédécesseurs. En effet, selon le sens et la portée donnés à certaines expressions, le sens voulu peut changer ou dépendre de façon précise que d’un contexte particulier. Le « chant » désignant tantôt la belle voix ou la musique (avec instruments), tantôt employé dans un sens louable ou blâmable, etc.

[33] Le terme « khalidîn » en arabe exprime une échelle temporaire indéfinie, c’est-à-dire ayant une limite mais qui dépasse la « mesure » humaine, limite qu’Allâh seul connait.

[34] Voir les traités parlant des « 5 piliers de l’Islam » par Al-Ghazâlî, Ibn ‘Arabî et l’imâm As-Sha’rânî par exemple, et qui ont été traduit en français : Les secrets des cinq piliers de l’islam de Abû Hâmid al-Ghazâlî (éd. Iqra, 2001, traduit par Abdel Rahîm Dahlaoui), Les Cinq piliers de l’islam de Ibn ‘Arabî (éd. i Littérature, 2018) et Les secrets des cinq piliers de l’islam de ‘Abd al-Wahhâb Sha’rânî (éd. i Littérature, 2019).

[35] Parmi les grandes autorités du passé ayant critiqué une « petite partie » du Sahîh al-Bukharî et du Sahîh Muslim (pour désigner les 2 recueils en même temps, on utilise l’appellation arabe « sahihayn »), citons Al-Dâraqutnî (306 H/918 – 385 H/995) l’auteur des Sunân al-Daraqutnî, et son élève al-Hakîm al-Naysaburî (Nishapurî ; 321 H/933 – 405 H/1014) l’auteur du fameux al-Mustadrâk et maître du célèbre Abû Bakr al-Bayhaqî. Al-Dâraqutnî eut aussi pour élève le célèbre Shaykh ul-Islâm persan Abû Nu’aym al-Isbahânî (historien, sûfi, médecin, théologien, grand spécialiste du hadîth, juriste, et exégète du Qur’ân).

Al-Dâraqutnî dans son Kitâb al-tatabbu’ a critiqué 217 narrations des Sahihayn, soit même pas 5% de la totalité des ahadiths compilés dans les Sahihayn. Cependant Ibn Hajar al ‘Asqalânî relativisera certaines critiques de Al-Dâraqutnî tandis que certaines « réfutations » peinent à convaincre. Des savants comme Ibn al-Salah et Ad-Dhahâbî ont fait de grands éloges concernant Ad-Dâraqutnî et Al-Hakîm, ce qui montre leur grande autorité dans ce domaine.

[36] L’une des plus anciennes copies du Sahîh al-Bukharî, datant d’avant l’an 1000 de l’ère chrétienne, se trouve au Département des manuscrits de l’Université de Birmingham, au Royaume-Uni.

En 353 H, le savant andalou Abû al-Ḥassân al-Qâbisî (m. 403 H) a étudié le Ṣaḥîḥ al-Bukhari sous la supervision de Abû Zayd al-Marwazî (m. 371 H), un étudiant de Muḥammad ibn Yusuf al-Firabrî (m. 320 H). Voir Al-Jayyānī, Taqyīd al-Muhmal (1/63).

Une copie secondaire de la recension d’al-Qâbisî a été découverte. Peu de détails ont été partagés sur le manuscrit, mais ce que nous savons jusqu’à présent, c’est qu’il date la première moitié du 9e siècle de l’Hégire, sinon plus tôt, en écriture maghrébine et comprend 508 pages. D’une manière qui rappelle le projet d’al-Yūnīnī, il a été auditionné lors d’un rassemblement de chercheurs pendant 28 sessions et a été croisé avec d’autres manuscrits et recensions de la Grande Mosquée de Ceuta, en Espagne. Le fait qu’il s’agisse d’une copie de la recension d’al-Qâbisî est attestée par de nombreuses références aux variantes d’al-Qâbisî qui ont été confirmées par ce manuscrit.

Une autre copie du Saḥîḥ a été trouvée dans une bibliothèque privée en Algérie comportant une signature indiquant l’an 440 AH. Il a été retranscrit sous l’autorité de Ibn Mîqul al-Mursī (m. 436 H).

Voir https://twitter.com/almaktutat/status/1092471460717887491.

[37] Selon Ibn As-Salâh dans sa Muqaddima, éd. Dar al-Ma’aarif, pp. 160-169.

[38] Environ 7000 selon Al-Khatib al-Baghdadî dans son Târîkh Baghdâd.

[39] Muhammad Amin, “The number of authentic hadiths”, 2006 : http://www.ibnamin.com/num_hadith.htm

[40] Voir ce qu’il écrit dans An-Nukat 1/378-379. Voir aussi l’article “Chaque hadîth rapporté par al-Bukhârî et Muslim dans leur Sahîh respectif : est-il plus authentique (أصحّ) que n’importe quel hadîth authentique n’y figurant pas ?” de Ahmed Anas Lala datant du 26 juin 2014 : https://www.maison-islam.com/articles/?p=772

[41] Ibn Taymiyya, Majmû’ al-Fatawâ 18/17.

[42] cf. Al-Mussawwadda, p. 207.

[43] Dans Al-Turuq al-hukmiyya, p. 260.

[44] Voir Ibn Hajar dans Fath al-Bâri 11/483-484.

[45] Voir le Tafsîr d’Ibn Kathîr, dans les commentaires des passages qurâniques 1/29 et et 7/54.

[46] Cf. ad-du’afa wa l-matrukin, p.39.

[47] Cf. ad-dua’fa wa al-madjruhin, 1/237.

[48] Les définitions citées sont tirées de l’ouvrage de Mahmud al-Tahhân, Taysîr mustalah al-hadîth, Riyad, 1996. Cf. Fut, II, p. 358 [O. Y.], al-Fatâwâ l-hadîthiyya, p. 211-212, éd. Dâr al-Fikr, s.d ; Tayeb Chouiref, Les Enseignements Spirituels du Prophète, éd. Tasnîm, 2008, vol. I, Introduction.

[49] Rapporté par Ahmad dans Fadhail as-Sahaba 1/269 avec une chaîne authentique.

[50] Ismaîl Ibn Kathîr (701 H/1301 – 774 H/1373) est un célèbre savant, connu pour son exégèse qurânique. Il suivait l’école shafiite dans le fiqh et était très proche de l’école asharite dans la ‘aqida (ses interprétations étaient conformes à l’école asharite et fit l’éloge d’Abû al-Hassân Al-Ash’arî et de nombreux savants asharites), en plus d’être un historien et un cheminant sur la voie du tasawwuf. Nous le citons particulièrement car, même si nous sommes en désaccord avec lui sur un certain nombre de points, il est une personnalité connue aussi bien des islamophobes, que des orientalistes, des sunnites traditionnels, et des réformistes, qu’ils soient salafistes ou modernistes.

[51] Seyyed Hossein Nasr, Islam, perspectives et réalités, éd. Tasnîm, 2019, p. 120.

[52] René Guénon, Aperçus sur l’initiation, chap. 8 : De la transmission initiatique, pp.53-60.

[53] C’est à quoi se rapporte réellement cette formule : « c’est quand tout semblera perdu que tout sera sauvé » ».

[54] René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Chap.38 : De l’antitradition à la contre-tradition.


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