La distinction entre la noblesse originelle de la Religion, de la Science et de la Politique et leurs déviations idéologiques

La Religion comme la Science et la politique, perdent de leur essence, de leur pureté originelle et de leur noblesse quand elles sont accaparées par des institutions officielles qui prétendent imposer leur propre doxa, au détriment des arguments (de fond) les plus solides.
L’Islam exige à la fois méthode et indépendance d’esprit (vis-à-vis des autorités humaines), c’est-à-dire que la libre pensée sans une méthodologie rigoureuse ne peut qu’engendrer un certain nombre d’erreurs et de dérives, tandis qu’une méthodologie sans conscience ni aspirations spirituelles ne peut que s’éloigner de l’Esprit (de la Révélation et du Réel) pour s’enfermer dans un formalisme psycho-rigide et sec se cristallisant dans une identité idéologique (qui finira par étouffer le Souffle intellectuel et spirituel initial, et mettre l’éthique et la spiritualité au second plan, voire même à les nier), ne donnant pas de bons fruits. Tout comme le scientifique ne peut pas s’extraire de la réalité scientifique et de la méthode scientifique, l’aspirant spirituel ne peut pas s’émanciper non plus du Réel, de la Révélation et du Modèle prophétique, car ils forment les fondements et les principes qui constituent la source de la réalisation spirituelle en lui offrant le cadre qui lui permettra de trouver un juste équilibre entre la théologie, la métaphysique, le droit, la science, l’intellect, l’aspect rituel, la spiritualité, la société, le monde, la santé et le Divin.

Par exemple concernant le wahhabisme, il leur manque la méthode et l’indépendance d’esprit (en plus du fait de méconnaitre ou de rejeter une partie des sources et de la Religion, notamment la spiritualité et la métaphysique, et la place particulière des Ahl ul Kisâ parmi les Ahl ul Bayt), et pour le Shiisme il y a le même problème (rejet ou occultation d’une partie des sources, des Sahâba et des Ahl ul Bayt), de même que pour le modernisme (méconnaissance ou rejet d’une partie des sources, pas de méthodologie cohérente et claire, et peu ou pas d’esprit critique envers les superstitions et idéologies modernes et de leurs dangers).

En politique, quand le système en place ainsi que les dirigeants oublient que la Source première et le Pouvoir absolu n’appartiennent qu’au Divin et non pas aux êtres humains (qui se font ensuite idoles et tyrans), et que le pouvoir doit être mis au service du peuple en agissant avec justice, sagesse, patience, humilité, intelligence et compassion au service de l’intérêt général de la nation et du peuple, et non pas faire primer une idéologie (qui nie cela) par la force en piétinant les droits légitimes et fondamentaux du peuple, cette idéologie (peu importe si elle se cache hypocritement ou non derrière de nobles causes) de même que ses dirigeants (corrompus et despotiques) perdent toute légitimité (aussi bien aux yeux d’Allâh que du peuple et des gens de vertu et de sagesse).

En science, si la vérité ne dépend plus des preuves, de l’observation et de l’expérience, mais de doxas imposées par des institutions contrôlées par des opportunistes, des idéologues ou des lobbyistes, celle-ci se transforme alors en pseudo-science et en scientisme, où l’idéologisation de la science prend le pas pour devenir un scientisme arrogant et criminel au service d’une idéologie politique tyrannique et despotique.

Le Qur’ân est assez explicite sur tout cela : tout en évoquant l’existence des divergences et querelles humaines (théologiques, scientifiques, juridiques, politiques, philosophiques, etc.), Il insiste plutôt sur la volonté de dialoguer pour enrichir le savoir et dépasser les préjugés de part et d’autre, ou alors de se retirer du débat si cela tourne à la polémique. De même, en dépit des divergences religieuses (intra-religieuses comme interreligieuses), le Qur’ân exhorte les croyants à observer constamment la justice, la sagesse, l’équité, la courtoisie, la bienveillance et la compassion, de laisser finalement le mot de la fin pour Allâh seul, et ici-bas, de rivaliser seulement dans les bonnes oeuvres en faisant partie des gens du Bien, de la Justice et de la Vertu.

« Par la sagesse et la bonne exhortation, appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon. (…) Certes, Allâh est avec ceux qui [L’] ont craint avec piété et ceux qui sont bienfaisants » (Qur’ân 16, 125 et 127).

« (…) Car Allâh aime ceux qui sont justes et équitables » (Qur’ân 60, 8).

« A ceux qui cultivent la foi et qui font le bien (en accomplissant de bonnes œuvres), le Tout Miséricordieux et Rayonnant d’Amour leur accordera Son amour » (Qur’ân 19, 96).

« Si Allâh l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais Il voulait vous éprouver en ce qu’Il vous a donné, alors rivalisez (entre vous) dans le bien et dans les bonnes oeuvres » (Qur’ân 5, 48).

« A chacun une orientation vers laquelle il se tourne. Rivalisez donc dans les bonnes œuvres. Où que vous soyez, Allâh vous ramènera tous vers Lui, car Allâh est, certes Omnipotent » (Qur’ân 2, 148).

« Et sur toi (Muhammad) Nous avons fait descendre le Livre avec la vérité, pour confirmer le Livre qui était là avant lui et pour prévaloir sur lui. Juge donc parmi eux d’après ce qu’Allâh a fait descendre. Ne suis pas leurs passions, loin de la vérité qui t’est venue. A chacun de vous Nous avons assigné une législation et un plan à suivre. Si Allâh avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez donc dans les bonnes cœvres. C’est vers Allâh qu’est votre retour à tous ; alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez » (Qur’ân 5, 48).

« O humains ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allâh, est le plus pieux. Allâh est certes Omniscient et Grand Connaisseur » (Qur’ân 49, 13).

« Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre, sauf ceux d’entre eux qui sont injustes. Et dites : « Nous croyons en ce qu’on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c’est à Lui que nous nous soumettons » (Qur’ân 29, 46).

De même, le Qur’ân insiste sur la recherche de la Vérité et l’instauration de la justice et de l’intérêt général pour toute l’Humanité et pour les animaux également, en s’accrochant aux preuves tout en délaissant l’idolâtrie, la tyrannie, l’injustice, la colère aveugle, la diabolisation systémique des autres, le fanatisme, et le suivisme aveugle des autorités humaines (religieuses, spirituelles, politiques, scientifiques, etc.) au détriment du Divin, de la Vérité, de la Justice, de la compassion universelle et de la spiritualité.

« Ils ont dit : « Nul n’entrera au Paradis à moins d’être Juif ou Chrétien ». Tel est leur souhait chimérique. Dis : « Apportez vos preuves si vous êtes véridiques ! ». Assurément, quiconque soumet son âme à Allâh et fait le bien (en accomplissant de bonnes œuvres) aura sa rétribution auprès de son Seigneur, et pour eux, nulle crainte, et ils ne seront point attristés. Et les Juifs disent : « Les Chrétiens ne tiennent sur rien » ; et les Chrétiens disent : « Les Juifs ne tiennent sur rien », alors qu’ils lisent le Livre (de la Révélation) ! De même pour ceux qui ne savent rien et qui tiennent un langage semblable au leur. Eh bien, Allâh jugera sur ce quoi ils s’opposent, au Jour de la Résurrection. Qui est plus injuste que celui qui empêche que dans les mosquées d’Allâh [les endroits sacralisés où l’on prie et où l’on se prosterne pour Allâh], on mentionne Son Nom, et qui s’efforce à les détruire ? De tels gens ne devraient y entrer qu’apeurés. Pour eux, ignominie ici-bas, et dans l’au-delà une énorme correction » (Qur’ân 2, 111-114).

Le respect envers les ainés et les ancêtres ne signifie pas non plus de les sacraliser ou de les idolâtrer, et encore moins dans leurs erreurs ou déviances éventuelles :

Ainsi, suivre des ancêtres qui étaient éloignés de la justice, de la sagesse, de la connaissance bénéfique et de la piété est un égarement selon le Qur’ân, tandis que suivre (sans les idolâtrer ni les imiter dans leurs erreurs) les ancêtres vertueux et sages est une source de bénédictions : « Et quand on leur dit : « Suivez ce qu’Allâh a fait descendre », ils disent : « Non, mais nous suivrons les coutumes de nos ancêtres ». Quoi ! Même si leurs ancêtres ne comprenaient rien et n’étaient pas bien guidés ? » (Qur’ân 2, 170) et « […] « Ce sur quoi nous avons trouvé nos ancêtres nous suffit », disent-ils. Quoi ! Même si leurs ancêtres ne savaient rien et n’étaient pas sur le bon chemin ? » (Qur’ân 5, 104).

Et pour les ancêtres vertueux : « J’ai suivi la religion de mes ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob. Il ne nous convient pas d’associer à Allah quoi que ce soit » (Qur’ân 12, 38) ; « Ceux qui auront cru et que leurs descendants auront suivis dans la foi, Nous ferons que leurs descendants les rejoignent [au Paradis] » (Qur’ân 52, 21) et « Voilà ceux qu’Allah a comblés de Ses bienfaits, parmi les prophètes, parmi les descendants d’Adam, et aussi parmi ceux que Nous avons transportés avec Noé, et parmi la descendance d’Abraham et d’Israël… » (Qur’ân 19, 58) et « Ceux qui ont cru et n’ont point troublé la pureté de leur foi par quelqu’inéquité, ceux-là ont la sécurité; et ce sont eux les bien-guidés ». Tel est l’argument que Nous inspirâmes à Abraham contre son peuple. Nous élevons en haut rang qui Nous voulons. Ton Seigneur est Sage et Omniscient. Et Nous lui avons donné Isaac et Jacob et Nous les avons guidés tous les deux. Et Noé, Nous l’avons guidé auparavant, et parmi la descendance (d’Abraham) (ou de Noé), David, Salomon, Job, Joseph, Moïse et Aaron. Et c’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants (qui excellent dans le bien et la spiritualité). De même, Zacharie, Jean-Baptiste, Jésus et Elie, tous étant du nombre des gens de bien. De même, Ismaël, Elisée, Jonas et Lot. Chacun d’eux Nous l’avons favorisé par dessus le reste du monde. De même une partie de leurs ancêtres, de leurs descendants et de leurs frères et Nous les avons choisis et guidés vers un chemin droit. Telle est la direction par laquelle Allâh guide qui Il veut parmi Ses serviteurs. Mais s’ils avaient donné à Allâh des associés, alors, tout ce qu’ils auraient fait eût certainement été vain. C’est à eux Nous avons apporté le Livre (de la Révélation), la Sagesse (universelle) et la prophétie. Si ces autres-là n’y croient pas, du moins Nous avons confié ces choses à des gens qui ne les nient pas. Voilà ceux qu’Allâh a guidés: suis donc leur direction. Dis : « Je ne vous demande pas pour cela de salaire ». Ce n’est qu’un rappel à l’intention de tout l’univers » (Qur’ân 6, 82-90).
Aussi, il est important de consulter les gens de science, de sagesse et de spiritualité enracines dans la piété, la justice, la bienfaisance et la sincérité, mais de ne pas les sacraliser, en suivant leurs erreurs ou interprétations discutables surtout quand elles vont à l’encontre des principes universels et explicites de la Révélation et de la Religion dans son essence et ses finalités : ‎« Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines comme seigneurs en dehors d’Allâh » (Qur’ân 9, 31), verset confirmé par de nombreux rabbins talmudistes et sionistes de même que des Chrétiens (catholiques ou autres) qui suivent l’avis de leurs théologiens, prêtres ou papes alors que cela s’oppose aux enseignements fondamentaux du Christ et de la Bible, tout comme cela existe chez les Salafistes, certains traditionnalistes ou les Shiites qui prennent leurs savants comme autorité (dans les faits) infaillibles alors qu’ils contredisent clairement les fondements qurâniques et prophétiques.

A chaque génération, il y a cette forme d’antagonisme entre les sages et les justes d’un côté, et les égarés et les injustes (ou les criminels) de l’autre ; les vertueux et les justes deviendront après leur décès les « ancêtres vertueux (ou Pieux prédécesseurs) », et ceux qui auront dévié de la Voie droite (aussi bien sur les plans théologiques, scientifiques, éthiques et spirituels) seront appelés après leur décès « les ancêtres qui se sont égarés » et qu’il ne convient donc pas de prendre pour modèles ou exemples (dans leur tendance générale) même s’il est possible d’apprécier certaines de leurs qualités éventuelles, de leurs découvertes (scientifiques ou historiques) ou de leurs décisions politiques, qu’il faut distinguer de leurs errements divers. De la même manière, on suivra généralement les enseignements utiles et qualités globales des sages, sans pour autant cautionner ou suivre leurs erreurs éventuelles ou leurs fautes à certains moments précis. Le Prophète Muhammad (ﷺ) a dit en ce sens : « La parole de sagesse est la propriété perdue du croyant. Partout où il la trouve, il doit la faire sienne (s’en imprégner) » (rapporté notamment par At-Tirmidhî dans ses Sunân n°2687 selon Abû Hurayra, Ibn Majâh dans ses Sunân n°4169, Ahmad et par d’autres selon ‘Alî, et authentifié par kashf par l’imâm Al-Jilânî dans son Sirr al-Asrâr au chapitre sur la recherche de la connaissance spirituelle – Ma’rifa -, les imâms Al-Hâkim Al-Naysaburî, Ibn ‘Abd al-Barr et Al-Qurtûbî le rapportent et le citent également comme preuves pour justifier la recherche de la Sagesse, évoquée explicitement par ailleurs dans le Qur’ân).


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