Que penser du divertissement audiovisuel (films, séries, reportages, jeuxvidéo, …) en Islam ?

Introduction

Comme tout autre sujet, il est nécessaire de bien structurer sa pensée et d’aborder les différents aspects liés à une problématique. D’emblée, précisons que cette thématique fait l’objet de divergences et d’analyses diverses au sein même des autres communautés (chrétiennes, juives, athées, déistes, bouddhistes, …) en vertu de la nature, du contexte, de l’objectif et de l’impact que peuvent avoir certaines productions audiovisuelles sur la société, la culture ou même l’environnement.

Dans la perspective islamique, il faut distinguer les différents angles de vue, englobant aussi bien la dimension doctrinale, que l’aspect juridique, l’impact sociétal, les valeurs islamiques, l’objectif visé (divertissement, nécessité, utilité, …), et le temps notamment.

L’Islam, prenant en compte les besoins et les faiblesses de l’Humanité, autorise le divertissement en soi, afin de ne pas surcharger d’obligations et de devoirs, des personnes qui ne pourraient en supporter davantage, bien que les obligations religieuses comportent des bienfaits pour ceux qui s’y adonnent. Le simple divertissement fait donc partie de ce qui est autorisé en Islam, à condition d’en respecter certaines règles, parmi lesquelles :

–   Ne pas pratiquer ou cautionner des pratiques ou croyances idolâtres, vulgaires et illicites.

– Ne pas délaisser les obligations religieuses, le bon comportement, les obligations professionnelles, conjugales et autres.

–   Que cela ne comporte aucune nuisance physique, mentale ou psychologique en soi.

Ainsi, pour les juristes qui partent du principe que la photographie, certains types de musique, la représentation d’êtres vivants (c’est l’avis majoritaire chez les malikites et l’avis de l’imâm Mâlik, de Sûfyan At-Thawrî, de Abû Hanifâ et de As-Shafi’î, Abû Yûsuf, Muhammad ibn ul-Hassan, At-Tahawî, al-Qâssim ibn Muhammad, At-Tabarî et d’autres pieux prédécesseurs) et autres choses similaires, sont en soi autorisé (avec le respect des conditions mentionnées précédemment), cela devient permis selon ces juristes, si le contenu est globalement conforme aux valeurs islamiques. Même pour les statues, cela a été autorisé par certains juristes anciens et contemporains. Pour eux (chez les malikites), il y a une règle générale juridique qui stipule que « ‘Al-umûr bi maqâsidihâ » (chaque chose est liée à sa finalité ; et l’intention de celui qui la fait). Cela correspond aussi à la règle générale en vigueur chez les hanafites, qui est que, s’il n’est pas interdit d’utiliser quelque chose, il n’est en général pas interdit non plus de la fabriquer ou de la réaliser soi-même, sauf dans quelques cas particuliers. De même, si une chose est interdite en soi, alors toute forme d’utilisation pour tout musulman est interdit aussi, tout comme sa fabrication, sauf dans quelques cas précis ou par nécessité. Cette règle est donc similaire à celle adoptée par la majorité des malikites, et qui, au sujet des dessins et peintures, autorise de réaliser certaines représentations d’êtres animés, car ne faisant en général pas de différence entre le caractère de l’utilisation d’une chose et le caractère de sa fabrication ou de sa vente. Pour eux, il est donc soit licite, soit légèrement déconseillé (makrûh tanzîhî) de les réaliser soi-même. Pour certains hanbalites et shafiites, il y a une autre règle qui prévaut, qui est celle du fait que, ce qui est autorisé dans son utilisation n’entraine pas systématiquement la permission de les fabriquer ou réaliser soi-même.

At-Tabarî dans son Tafsîr est d’avis que les sévères avertissements sur le fait de fabriquer des statues ou représentations d’êtres animés concernant l’au-delà, et qui sont présents dans les ahadîths bien connus, ne concernent en fait que celui qui réalise volontairement une représentation de ce qui est adoré en dehors d’Allâh (rapporté aussi par Ibn Hajar al ‘Asqalânî dans son Fath ul Barî 10/470).

Le hadîth qui dit que les anges n’entrent pas dans une demeure où il y a des représentations d’êtres animés concerne, selon al-Khattâbî que les représentations d’êtres animés qui sont interdites ; et non pas celles qui sont autorisées (rapporté aussi par Ibn Hajar al ‘Asqalânî dans son Fath ul Barî 10/468). Certains savants ont interprété ce hadîth que comme concernant les statues liées à un culte idolâtre, et non pas aux représentations (non-idolâtres ou non-impudiques) sur une surface plane (mur, tissu, papier, …) ou même pour les statues non-idolâtriques.

At-Tirmidhî dans ses Sunan rapporte d’après ‘Utba que ce dernier est venu rendre visite à Abû Talha Al-Ansârî qui était malade. Il trouva auprès de lui Sahl Ibn Hunayf. Il dit : « Abû Talha appela quelqu’un pour qu’il retire une couverture portant des images qui était sous lui. Sahl lui dit alors : « Pourquoi la retires-tu ? » Il dit : « Parce qu’elle porte des images et tu sais bien ce qu’en a dit le Prophète (‘alayhî salât wa salâm) ». Sahl dit : « N’a-t-il pas dit aussi : « Sauf celles qui sont dessinées sur un vêtement ? » Abû Talha répondit : « Si, mais cela m’est préférable » ».

Al-Bukhârî rapporte dans son Sahîh d’après Busr Ibn Sa‘îd qu’Abû Talha dit : « L’Envoyé d’Allâh (‘alayhî salât wa salâm) a prononcé ces mots : Les anges n’entreront pas dans une maison où il y a une image. » Busr dit : « Zayd (Ibn Khâlid) étant malade, nous allâmes lui rendre visite. Comme il y avait à la porte de sa chambre un store avec des images, je dis à ‘Ubaydoullâh, fils adoptif de Maymûna, femme du Prophète (‘alayhî salât wa salâm) : Zayd, l’autre jour, ne nous a-t-il pas parlé de ces images ? ‘Ubaydullâh répondit : Ne l’as-tu pas entendu quand il a dit : Sauf un dessin sur un vêtement ».

Quant au hadîth rapporté dans le Sahîh Muslim dans lequel le Prophète (‘alayhî salât wa salâm) demanda à ‘Âîsha d’enlever un rideau portant des dessins d’oiseaux qu’elle avait accroché, le Prophète demanda à ‘Âîsha d’ôter ce rideau parce que les dessins qui y figuraient lui rappelaient ce bas-monde. Il dit : « Déplace ce rideau, car toutes les fois que je rentre, je le vois et pense à ce monde », il ne s’agit pas d’une interdiction, mais d’une préférence et du fait que le Prophète (‘alayhî salât wa salâm) accomplissait la majeure partie de ses prières surérogatoires chez lui, et les dessins que portaient les rideaux ne cessaient de le perturber dans ses prières. Al-Bukhârî dans son Sahîh rapporte d’après Anas : « Il y avait un rideau que ‘Âîsha avait accroché pour couvrir une partie de sa maison. Le Prophète (‘alayhî salât wa salâm) lui dit : « Enlève-moi cela, car ces images ne cessent de me distraire pendant ma prière ». Muslim rapporta dans son Sahîh le fait que ‘Âîsha en fit alors des coussins sans que le Prophète le prohiba.

Ibn Abi Shayba rapporte dans son Musannaf selon une chaine authentique qu’Ibn ‘Awn dit : « J’entrais chez al-Qasim alors qu’il se trouvait dans sa maison au nord de la Mecque. Je vis dans sa maison un rideau contenant des dessins de loutre et de vautour ».

Al-Qâsim Ibn Muhammad (fils d’Abû Bakr, décédé en l’an 107 H), l’un des sept juristes (fuqahâ’) de Médine a dit : « On a interdit seulement ce qui possède une ombre, et il n’y a aucun mal dans les images qui n’ont pas d’ombre ». Après avoir authentifié cette parole, Ibn Hajar al ‘Asqalânî dit dans son Fath ul Barî (10/388) : Ibn Hajar dit : « Al-Qasim ibn Mohamed est l’un des juristes de Médine. Il était le meilleur parmi les gens de son époque. C’est lui qui a relaté le hadith évoquant les coussins. S’il n’avait pas compris que ceci était licite pour le rideau et ce qui va dans ce sens, il ne se serait jamais permis son utilisation ».

Après la mort terrestre du Prophète, des compagnons utilisaient le dirham, en argent en provenance de Perse, et le dinar, en or en provenance de Byzance, et les deux monnaies portaient des images gravées d’empereurs. Certains compagnons ont gravé des images sur leur bagues comme le rapporte at-Tahawi dans son livre Sharh al-Ma’ani (4/263), à l’instar de Hudhayfa qui avait gravé sur sa bague l’image de deux oiseaux, et de an-Nu’man ibn Maqran qui avait gravé sur la sienne l’image d’un homme fermant une main et tendant l’autre.

Pour Abû ‘Alî al-Fârisi (901-979), théologien, juriste, exégète, linguiste, logicien, rhétoricien et grammairien, l’interdiction concernait uniquement Allâh sous une forme corporelle : « Celui qui façonne un veau, soit en matière précieuse, soit en bois, ou qui le fabrique d’une manière quelconque, n’encourt ni la fureur divine ni les menaces des musulmans. Si l’on objecte que la Tradition rapporte cette parole du Prophète : les faiseurs d’images seront châtiés le jour du jugement dernier, il sera répondu : ces mots s’appliquent à ceux qui représentent Allâh sous une forme corporelle. Toute addition à cela appartient à des versions individuelles, qui n’entraînent pas la certitude » (Cité notamment par Bishr Farès, « Philosophie et Jurisprudence illustrées par les Arabes. Appendice : La Querelle des images en Islam »).

Parmi les contemporains, citons le Shaykh Khâlid Saïfullâh et le Shaykh Wahba az-Zuhaylî. Pour le Shaykh Khâlid Saïfullâh, dans son Jadîd fiqhî massâ’ïl (1/196), il a fait un parallèle entre la permission d’utiliser certains types de représentations et la permission de réaliser de telles représentations. Pour le Shaykh Wahba az-Zuhaylî, dans son Al-Fiqh ul-islâmî wa adillatuh (p. 2670), il dit que les représentations qu’il est interdit de réaliser sont celles qui sont faites avec le sentiment de se mesurer à la faculté créatrice d’Allâh, celles où on représente des êtres qui seront adorés (devenant ainsi des idoles) ou au moins vénérés (ta’zîm), et celles dont on sait pertinemment qu’elles seront mises en valeur – comme le fait de réaliser une représentation sur un rideau, sur une tenture fixée sur un mur, sur de grands oreillers et sur un toit. Fabriquer ou réaliser des représentations qui ne relèvent d’aucun de ces types reste en soi permis selon lui (et d’autres savants).

Les savants qui n’interdisent pas le taswîr (représentation d’êtres vivants dans un volume projetant une ombre) disent que cette interdiction était surtout liée à la crainte d’un retour à l’idôlatrie et « la préoccupation de ne pas susciter un culte idolâtre » comme le faisaient les idolâtres de l’époque pour beaucoup d’entre eux. Ces savants posent donc comme conditions pour garder des images (même représentant des êtres animés) que l’image ne doit pas représenter une divinité ou une créature à laquelle un culte est voué, l’image ne doit pas être le produit d’un artiste qui cherche par son geste à imiter la création de Dieu par défiance et arrogance, l’image ne doit pas non plus avoir pour but de glorifier ou de vénérer exagérément une personnalité humaine (ou animale), et encore moins un être humain associé à l’injustice ou à l’idolâtrie. Certains des savants qui partagent cet avis pensent d’ailleurs que les images n’étaient pas permises au début de l’Islam, puis qu’elles ont été autorisées, et l’interdiction n’est restée que pour les idoles et les statues. L’exégète et juriste malikite Al-Qurtubî dans son Tafsîr, au commentaire du verset 13 de la Sûrate 34 (34/13) rapporte que Makkî et An-Nahhâs disent qu’un groupe rapporte que le « at-taswîr » est autorisé par ce verset parce que le Prophète Sulaymân (‘alayhî salâm) a fait faire cela et aussi à cause de ce qui a été rapporté dans le Qur’ân à propos de Issâ’ (‘alayhî salâm). En effet, non seulement il a été permis à Sulaymân d’avoir des statues, mais aussi de les fabriquer. Les deux versets en question sont les suivants : « Jésus dira aux enfants d’Israël : Je viens vers vous accompagné de signes du Seigneur ; je formerai de boue la figure d’un oiseau ; je soufflerai dessus, et par la permission de Dieu, l’oiseau sera vivant » (Qur’ân 3, 49) et « [Les Jinns] exécutaient pour Sulaymân (Salomon) toutes sortes de travaux, des palais, des statues, des plateaux larges comme des bassins, des chaudrons solidement étayés comme des montagnes. (…) » (Qur’ân 34, 13).

Pour ce qui est de la photographie, les savants considèrent dans leur majorité, que la photographie n’est qu’un reflet de la réalité à l’instar du reflet qui apparaît dans un miroir (ce qui existait à l’époque, et qui n’a jamais été interdit dans le Qur’ân ou dans la Tradition prophétique) et ne peut être comparée à une image dessinée réalisée totalement par l’être humain à partir des matériaux physiques. En l’absence d’interdiction qurânique et prophétique, et en raison de l’analogie avec le miroir, la photographie est donc totalement licite, tant qu’elle respecte les conditions islamiques évoquées plus haut.

Ainsi, au sein de cette catégorie de savants qui permettent le fait de regarder ou de jouer à cela, certains interdisent de les fabriquer ou de les réaliser soi-même (c’est l’avis notamment de certains shafiites), tandis que d’autres (dont des savants malikites et hanafites), ils l’autorisent, en partant du principe que ce qui est permis de garder chez soi ou de procéder à leur utilisation, vaut aussi pour la fabrication et la réalisation, par analogie et par nécessité. Le Qur’ân n’interdisant ni la musique en soi, ni le chant, ni la photographie, ni la représentation d’êtres vivants (que ce soit sur une surface plane ou dans un volume), ni les jeux ou sports de combat (sauf ceux qui sont potentiellement dangereux, et qui ciblent volontairement le visage, ou qui comportent des actions indécentes), et que dans les ahadiths, certains propos semblant interdire certaines pratiques que le Qur’ân n’interdit pas, certains ahadiths ne sont pas authentiques, d’autres semblent l’être mais peuvent s’interpréter dans un sens restreint ou furent appliqués qu’au début jusqu’à ce que le Prophète en autorise de nouveau la pratique lorsque les compagnons avaient bien assimilé le Tawhîd et les règles de la bienséance, comme pour la visite des tombes (interdite au début, mais autorisée ensuite), la représentation d’êtres vivants (sur du tissu par exemple, ou même sur des objets plus solides et avec du volume, comme des sculptures, des bagues, etc.), etc. D’autres ahadiths, à la fois multiples et explicites, autorisent clairement le chant accompagné de certains instruments de musique comme le dhuff, mais les savants ont divergé sur l’emploi d’autres instruments (à vent, à corde, etc.).

Pour les juristes qui partent du principe que la photographie (qui est autorisée pour la plupart des juristes, en se basant sur des arguments solides, à la fois textuels, intellectuels et juridiques), la musique (cela fait l’objet de divergence depuis l’époque des compagnons, et de grands savants l’ont autorisé tandis que d’autres grands savants l’ont interdit sauf sous certaines conditions assez stricts) et la représentation d’êtres vivants sont prohibés, ils sont alors d’avis que tout divertissement comportant ces éléments, qu’ils aient ou non un contenu conforme à l’Islam, est considéré comme détestable (makrûh, un degré en-dessous du « harâm », interdit) ou comme « illicite » (harâm, c’est-à-dire que la personne qui s’y adonne commettrait un péché selon cet avis, sauf si la personne l’ignorait, ou si elle y était contrainte ou obligée par une nécessité). Cependant cet avis, nous l’estimons faible et difficilement applicable, car les supports vidéos sont presque partout, que les gens de la masse y sont constamment exposés, et que cela peut même faire partie de ce que l’Islam peut rendre obligatoire (par nécessité) ou fortement recommandé, en raison des bénéfices et utilités qui peuvent s’y trouver pour faciliter la vie aux gens, diffuser la science ou tout type d’information utile, etc. De plus, même ceux qui sont généralement de l’avis prônant l’interdiction générale ou absolue, utilisent à un moment ou à un autre, le support vidéo, passent dans des médias, etc.

Entre ces deux avis, il existe aussi une palette d’avis nuancés et intermédiaires, car certains autorisent la photographie, la vidéo, les chants (mais sans instruments), la représentation d’êtres vivants, mais pas la musique (ou pas certains types de musique), tandis que d’autres autorisent la musique (ou certains types), ainsi que la photographie mais pas la représentation dessinée et animée d’êtres vivants imaginés par l’homme, etc.

L’Islam prend aussi en compte les besoins, le contexte socioculturel et la psychologie des musulmans vivant dans une région spécifique où la culture dominante intègre certaines pratiques sociétales dans l’éducation, les institutions ou autres. Afin de ne pas vivre totalement à l’écart des autres citoyens, ou de ne pas vivre dans la schizophrénie, ou de peur que cela impacte réellement sa foi, l’Islam tolère ou autorise légalement d’intégrer aussi les codes culturels, à condition que cela ne soit pas imprégné en soi d’idolâtrie, de mécréance ou de pratiques jugées catégoriquement comme illicite (meurtre, adultère, viol, agression, alcool, drogue, adultère, fornication, vol, etc.) par le Qur’ân, la Sunnah purifiée et authentique (mutawatir), par les données médicales bien établies et par l’intelligence et le bon sens, et par extension, à l’unanimité des savants musulmans qualifiés.

Etapes graduelles, et est-ce que cela relève du shir/kufr ?

Dans un jugement porté sur un acte ou sur une personne musulmane, il faut toujours procéder par étape graduelle. Le plus grave, du point de vue du Droit Divin, en Islam, est la question du shirk (idolâtrie) et du kufr (dans le sens de la mécréance faisant sortir de l’islam). Ensuite ce qui constitue une grande interdiction d’ordre moral (meurtre, viol, maltraitance parentale/conjugale/infantile, l’adultère, la drogue, la pratique de la pédophilie/homosexualité/zoophilie/etc., sorcellerie, calomnie, fausses accusations, agressions physiques, ne pas respecter ses engagements et les pactes, vol, fornication, etc.) et les grands péchés relatifs à la négligence des pratiques cultuelles (prière, zakâh, hajj, jeûne durant le mois de Ramadân, etc.) tant que le musulman ne renie pas leur caractère obligatoire selon les conditions évoquées en Islam (et avec les exceptions permettant des dérogations particulières). Toutes ses grandes interdictions sont explicitement mentionnées dans le Qur’ân et dans de nombreux ahadiths, et leurs méfaits sont observables et décelables par l’intellect également. Après, il est question des péchés « moins graves » (tels que la grossièreté et la vulgarité par exemple). Et ensuite seulement, ce qui constitue des divergences au sein des savants (la musique, les dessins d’êtres vivants sous une forme complète, etc.) tant que le contenu soit conforme à l’Islam.

Une personne ne peut donc sortir de l’Islam, que selon les conditions suivantes, exposées notamment par le Shaykh Ahmad Mashhûr Al-Haddâd, qui a dit dans son Miftah ul Falâh : « Il y a unanimité sur l’interdiction de jeter l’anathème (kufr) sur un musulman, sauf s’il renie la réalité du Créateur Omnipotent – Gloire à Lui-, ou s’il commet un acte d’associationnisme (shirk) explicite n’admettant aucune interprétation, ou s’il renie le statut du Prophète ou une chose nécessairement connue de la religion, ou encore s’il renie une chose faisant l’objet d’une transmission abondante (tawâtur) ou d’une unanimité nécessairement établie dans la religion ». On compte parmi les choses nécessairement connues de la religion, le monothéisme, la foi en les Prophètes, croire que le Message Divin fut scellé par Muhammad – Paix et Bénédictions sur lui -, la foi en la résurrection, le jugement et la rétribution le Jour Dernier, l’existence de l’Enfer et du Paradis comme réalités supra-physiques (et non pas comme de simples métaphores). Quiconque renie ce qui est nécessairement connu dans la religion est jugé mécréant. Il n’est point possible pour un musulman d’invoquer l’ignorance concernant ces questions, sauf s’il s’agit d’un converti très récent. Ce dernier est excusé jusqu’à qu’il en soit instruit ; il n’aura point d’excuse après cela.

Et sur le shirk, il en existe deux types  :

  1. Le shirk majeur (shirk ul kabîr), celui qui fait sortir de l’Islam
  2. Le shirk mineur (shirk ul asghar), l’hérésie qui ne fait toutefois pas sortir de l’Islam

Le Shaykh Abû Ja’far Al Hanbalî (qu’Allâh le bénisse) a dit (sur le site Marifah.net) : « L’idolâtrie mineure : C’est le fait d’œuvrer afin que d’autres puissent le remarquer et ainsi avoir de bonnes pensées [sur la personne]. Ceci a été mentionné lorsque le Messager d’Allâh () demanda : « Voulez-vous que je vous dise ce que je crains le plus pour vous après la venue du faux messie (ad-dajjâl) ? », les compagnons dirent : « Oui, ô Messager d’Allâh », il dit alors : « C’est l’associationnisme caché (shirk ul-asghar). C’est lorsqu’un homme se lève pour prier et qu’il l’embellie lorsqu’il remarque que quelqu’un le regarde ». Rapporté par l’Imâm Ahmad dans son Musnad, ahâdîth 23119 et 27743, et qualifié d’authentique.

L’idolâtrie majeure : Il s’agit de l’idolâtrie, lorsque quelqu’un adore quelque chose (ou quelqu’un) autre qu’Allâh comme étant son créateur, son secours, son sauveur, celui qui punit les péchés ou bien encore comme celui qui donne son accord pour [l’entrée au] paradis. Allâh dit à ce sujet : « Sont certes des mécréants ceux qui disent : « En vérité, Allâh est le Messie, fils de Marie ». Alors que le Messie a dit : « Ô Fils d’Israël, adorez Allâh, mon Seigneur et votre Seigneur ! ». Quiconque associe à Allâh [d’autres divinités], Allâh lui interdit l’accès au Paradis, et son refuge sera le Feu. Et pour les injustes, pas de secoureurs ! Sont certes des mécréants ceux qui disent : « En vérité, Allâh est le troisième de trois ! », Alors qu’il n’y a de divinité qu’Une Divinité Unique ! Et s’ils ne cessent de le dire, une correction douloureuse touchera assurément les mécréants parmi eux. Ne vont-ils donc pas se repentir à Allâh et implorer Son Pardon ? Car Allâh est Pardonneur et Miséricordieux. Le Messie, fils de Marie, n’était qu’un Messager. Des Messagers sont passés avant lui. Et sa mère était une véridique. Et tous deux consommaient de la nourriture. Vois comme Nous leur expliquons les preuves et puis vois comme ils se détournent. Dis : « Adorez-vous au lieu d’Allâh ce qui n’a le pouvoir de vous faire ni le mal ni le bien ? » Or c’est Allâh qui est L’Audient et L’Omniscient » (5, 72-76) ».

Le Shaykh Al Habîb Ahmad Mash-hûr Al Haddâd Al Husaynî dit dans son Miftah ul Falâh : « L’idolâtrie (as-shirk) consiste tout comme la mécréance (al kufr) à cacher la vérité évidente. Il existe une idolâtrie majeure qui rejette l’homme hors de la foi, et une idolâtrie mineure (dont l’ostentation et certains péchés sont des exemples) qui n’a pas la même conséquence. Il est donc approprié de citer ce que les savants disent au sujet de l’idolâtrie. Il en existe 6 formes, qu’Allâh nous en protège !

1) L’idolâtrie autonome (shirk istiqlâl), consistant à affirmer l’existence de deux divinités autonomes, qui est celle des zoroastriens [ndt : qui se sont éloignés du Message originel de Zarathustra].

2) L’idolâtrie séparatiste (shirk tab’îd), dont un exemple se trouve est, chez les chrétiens, l’affirmation qu’Allâh est un parmi trois, les deux autres étant ‘Îsâ et sa mère. (1)

3) L’idolâtrie approximative (shirk taqrîb), qui consiste à adorer autre qu’Allâh dans le but de se rapprocher de Lui à travers eux. Il en est ainsi de l’adoration des premiers Arabes qui adoraient des pierres, disant : « […] Nous ne les adorons que pour qu’elles nous rapprochent d’avantage d’Allâh ! » (9, 3).

4) L’idolâtrie imitative (shirk taqlîd). Elle consiste à adorer autre qu’Allâh en reproduisant l’exemple des autres. C’était également la forme d’idolâtrie en vigueur au cours de la jâhiliyyah : « Ils dirent : « Nous avons trouvé nos ancêtres sur une religion, et nous ne faisons que suivre leurs traces » » (43, 22).

5) L’idolâtrie des causes secondes (shirk ul asbâb), dont une forme est l’idolâtrie des philosophes et de ceux qui croient en « la nature » et ceux qui les suivent.

6) L’idolâtrie d’intention (shirk ul aghrâd), consistant à accomplir des actes pour autre qu’Allâh. (2)

La règle unanime concernant les quatre premières, c’est que ce sont des formes de mécréance. La sixième est un péché qui n’entraîne pas la mécréance [de son auteur]. Quant à la cinquième, il faut faire une distinction entre :

–  ceux qui disent que les causes secondes produisent [par elles-mêmes] des effets, par la vertu de leurs propriétés intrinsèques, ces gens-là sont des mécréants ;

–  et ceux qui pensent que [ces causes secondes] ne sont efficaces que par un pouvoir qu’Allâh (qu’Il soit exalté) a mis en elles, ces gens-là sont coupables d’une innovation blâmable ».

(1) Ceci est l’une des thèses de certaines sectes des premiers temps du christianisme. La trinité adoptée aujourd’hui tend plutôt vers le fait que le troisième serait le « Saint Esprit ». Les chrétiens sont divisés en plusieurs courants comme l’évoque le Qur’ân. Certains, encore de nos jours, ne reconnaissent Issâ’ (Jésus), – ‘alayhî salâm – que comme un Prophète soumis à Dieu (Allâh), et ne le divinisent donc pas, ni sa mère, Marie (Maryam), – ‘alayhâ salâm – !

(2) Comme mentionné par le Prophète (ﷺ) dans le hadîth de l’Imâm Ahmad rapporté plus haut. A différencier des actes cultuels (prière, jeûne, abattage rituel, etc.) accomplis pour adorer autre qu’Allâh, qui constitue du shirk qui fait sortir de l’Islam.

L’ensemble des savants sunnites qualifiés, affirment que regarder un film, un dessin animé, une série, un reportage ou autre, ou encore que jouer à un jeuxividéo n’est pas du shirk (majeur ou mineur) ni du kufr (mécréance) si les convictions de la personne demeurent celles de l’Islam, à savoir le désaveu du shirk, du kufr, de l’injustice et des choses blâmables, que le contenu de la production audiovisuelle contienne du shirk ou non, du harâm ou non. Seuls quelques savants najdites (wahhabites) l’affirment, sans aucune preuve. En effet, à l’exception de certains savants najdites qui affirment que cela relèverait du shirk, sans aucun argument convaincant, nous ne connaissons aucun savant sunnite reconnu ayant affirmé que cela relèverait du shirk.  Ibn Taymiyya et d’autres savants n’ont-ils pas lu des ouvrages de philosophie ou de religions comparées en rapport avec des croyances ou pratiques idolâtres ou illicites. N’ont-ils pas débattu avec des savants non-musulmans ? Le Qur’ân ne relate-t-il pas les histoires et actions de Shaytan, des shayatîns (diables/démons) et des mushrikins (idolâtres), mais en les condamnant ? Et pourtant, on lit le Qur’ân, on écoute le Qur’ân, on apprend le Qur’ân et on visualise les vesets du Qur’ân.
Les lieux de culte non-musulmans existent en terres d’islam aussi depuis l’époque du Prophète, car Allâh (dans le Qur’ân) et Son Messager (dans la Sunnah) ont clairement interdit de détruire les lieux de culte appartenant aux non-musulmans et qui étaient encore fréquentés, à l’exception de la Mecque et de Médine (et du Hijâz qui englobe ces deux villes) qui doivent rester totalement « islamiques » (par rapport aux lieux de culte et aux résidents permanents), et pourtant ils font du shirk la plupart du temps. Le Qur’ân parle d’échanges et de discussions avec des non-musulmans portant sur la religion et leurs croyances et pratiques (non-musulmanes). On passe parfois devant des églises ou lieux où se réunissent des idolâtres, à l’instar du Prophète et de ses compagnons. Et tout cela n’est donc pas du shirk selon le Qur’ân et la Sunnah, tant que le musulman n’adhère pas au shirk, ni ne le cautionne ou ne le légitime, ni ne ressent de la joie pour le fait que quelqu’un adhère au shirk ou au kufr en soi, ou même pour une chose illicite (meurtre, drogue, etc.).

Et de même, dans les séries/animés/jeuxvidéo, ils ne prétendent pas que c’est notre réalité, et si le musulman en a conscience, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un monde fictif fonctionnant selon d’autres lois, il ne croit donc pas que cela est « réel » en soi.

L’aspect juridique (halâl/harâm)

Les divergences ne concernent donc que le statut juridique, c’est-à-dire est-ce halâl (licite) ou harâm (illicite) ? Les 5 grands statuts légaux dans ce domaine en Islam sont : l’obligation, le recommandé (fortement ou non), l’autorisé (la permission neutre), le déconseillé (fortement/détestable ou non) et l’interdiction catégorique (harâm). Et à ce sujet, les savants ont divergé, selon les catégories de personne, la nature, l’objectif, le contexte et le contenu exact des productions audiovisuelles.

Cela relève donc uniquement d’un sujet juridique justement, halâl ou harâm, et non pas du shirk/kufr. Des savants disent que c’est interdit, tandis que d’autres disent (avec les conditions évoquées précédemment) que c’est déconseillé (mais pas illicite). C’est autorisé ou recommandé s’il y a une nécessité (mettre en garde, analyser ce qui se dit pour mieux réfuter cela, ou pour des recherches académiques, etc.). Ce n’est donc pas du shirk, sauf si l’on cautionne le shirk ou le haram dans ce que l’on voit ou lit ou que l’on y prend du plaisir pour le caractère shirki ou harâm en soi.

Parmi les divertissements audiovisuels (films, jeuxvidéos, séries, dessins animés, documentaires, …), il y a plusieurs genres selon le contenu et les objectifs visés :

1) Ceux dont le contenu et les objectifs sont totalement conformes à l’Islam : ils ne posent donc aucun problème du point de vue juridique (pour ceux qui adoptent l’avis qui autorise ce qui a été évoqué dans l’Introduction de l’article). La seule condition sera alors que ce divertissement n’empêche pas la réalisation des obligations religieuses, professionnelles et autres.

2) Ceux dont le contenu et les objectifs mélangent des choses profitables, neutres et blâmables : Si cela est juste pour le divertissement, cela tombe dans le cas du « déconseillé » si cela n’entraine pas la peur de tomber dans les péchés ou de négliger des choses importantes. Si l’on craint d’être influencé en mal, alors cela devient illicite pour cette personne. Une autre solution est alors de passer (zapper) tous les passages obscènes ou problématiques, ou de baisser le son en cas de musique blâmable ou même de musique louable pour ceux qui sont d’avis que cela est illicite.

3) Ceux dont le contenu et les objectifs contiennent plus de mal que de bien sous tous les rapports : cela peut varier selon les cas, mais cela va de « fortement déconseillé » à « interdit ». Les mêmes règles s’appliquent qu’au cas précédent.

4) Ceux dont le contenu et les objectifs contiennent globalement (ou totalement) des choses nuisibles, graves, obscènes et problématiques : cela est illicite, sauf pour le chercheur, le savant ou celui qui est contraint par la nécessité ou la contrainte de visionner une telle chose. Pour le chercheur, cela sera dans le but d’analyser son contenu pour mieux le réfuter ou en faire une étude de recherche.

Selon les types de contenu, l’intention et les objectifs de ceux qui s’y adonnent, les statuts professionnels, le contexte et le niveau spirituel du musulman en question, le statut légal peut différer d’un cas à l’autre et d’une personne à l’autre.

Il ne faut pas conseiller à une personne faible, qui délaisse les obligations religieuses, qui risque de renforcer son addiction ou de délaisser des choses importantes, de perdre autant de temps dans des divertissements problématiques ou même licites. Pour une telle personne, il faut y aller certes en douceur et progressivement, mais l’encourager d’abord à accomplir ses obligations religieuses et à diminuer le temps passé dans des divertissements. Tout lui interdire d’un coup serait trop difficile à supporter pour l’âme, comme on peut le voir souvent à notre époque. Il faut donc combler et remplacer les mauvaises habitudes par de bonnes (ou moins mauvaises) habitudes petit à petit.

De même, l’on ne conseillera pas à une personne qui aspire à la sainteté, de perdre son temps dans des divertissements, fussent-ils licites, alors qu’elle pourrait réaliser des choses bien plus profitables.

L’aspect scientifique

Il ne faut pas oublier que le fait de passer son temps devant des écrans peut altérer la vue, provoquer certains problèmes sur la santé, et que l’Islam encourage la préservation de la bonne santé des individus. Différentes études ont montré les effets néfastes dans certains cas et sous certaines conditions. Être passif devant un écran (dessin animé, série, etc.) durant trop longtemps atrophie certaines fonctions cognitives, peut altérer la psychologie de l’individu (surtout de l’enfant), et peut être mauvais pour les yeux notamment. Il y a cependant des documentaires, séries et dessins animés didactiques qui incitent les personnes à réfléchir, à méditer, à exercer certaines capacités cognitives, etc. Pour les jeuxvidéos, certains d’entre eux sollicitent des perceptions et capacités cognitives importantes, poussent à développer des réflexes divers, renforcent la gestion, la mémoire ou d’autres fonctions motrices ou cérébrales, à condition, bien évidemment, que la personne s’alimente correctement, effectue des pauses pour reposer ses yeux, accomplir ses obligations religieuses, sociales et professionnelles, exerce une activité physique pour préserver sa santé corporelle, et qu’il ne soit pas influencé par un contenu trop violent ou déviant (croyances idolâtriques, superstitieuses, incitant au mal et à la violence gratuite, etc.).

L’impact social et psychologique

L’Islam ne recommande aux musulmans de ne s’isoler que durant un laps de temps limité, afin de se recueillir spirituellement, et certainement pas pour perdre son temps dans des divertissements futiles ou blâmables durant toutes ses journées. Il faut donc encourager les musulmans à faire du sport, à s’instruire, à accomplir des activités sociales (promenades, voyages, activités sportives, jeux de société, etc.) afin de ne pas trop s’isoler (car s’isoler dans la perte de temps, mène à commettre des péchés, des choses futiles, etc., jusqu’à ce que cela devienne une habitude malsaine parfois très difficile à abandonner par la suite).

Il faut aussi peser le pour et le contre, même dans certains divertissements pouvant comporter des choses inappropriées (déconseillées ou illicites). Par exemple, une personne qui craint de tomber dans la fornication, la drogue, la délinquance ou d’autres choses blâmables, car vivant dans une région où ces fléaux sont répandus et où les personnes sont impudiques et dénudées, il serait alors préférable pour cette personne, de se divertir chez lui ou dans un autre endroit où la perversion serait moindre, sauf durant les moments où il doit sortir pour des besoins utiles ou par nécessité, tels que le fait de rendre visite à sa famille ou à ses amis, aller en cours, aller travailler, consulter un médecin, porter secours à une personne en danger, assister une personne dans le besoin, etc. Néanmoins, que les parents veillent à ne pas laisser leurs enfants passer tout leur temps sur des jeuxvidéos ou sur les réseaux sociaux, afin d’éviter la perversion, la manipulation, les mauvaises influences qui peuvent peser sur eux, l’addiction et d’autres choses blâmables encore. Leur rappeler l’importance de la prière, des invocations, entamer des discussions apaisées avec eux, etc., permettront aux enfants de garder une certaine discipline de vie, d’effectuer des pauses et d’avoir un recul rythmé par rapport aux choses du virtuel.

L’aspect culturel

Il ne faut pas se leurrer, sachant que les médias, films et jeuxvidéos peuvent avoir un fort impact sur les « consommateurs », certains groupes ou gouvernements diffusent leurs propagandes, imposent leur idéologie, combattent certaines pratiques louables ou communautés religieuses ou modèles de société, à travers des films, séries, reportages, médias ou jeuxvidéos qu’ils ont pensé et financé dans ce but. Il faut donc en être conscient, et informer nos proches de ces dangers. Il y a parfois des jeuxvidéos ou séries présentant des choses très intéressantes, mais comportant aussi une part de danger et/ou de propagande, il faut donc là aussi, peser le pour et le contre, et si la personne veut regarder ou jouer à la production audiovisuelle en question, la prudence et la vigilance devront être de mise.

Les musulmans avaient accumulé du retard sur ce plan, mais depuis quelques décennies, de nombreux films, dessins animés, des séries et autres, ont été produits. Depuis quelques années, la Turquie est devenue le deuxième exportateur de produits audiovisuels au monde après les Etats-Unis. Cela possède une influence énorme dans ce que l’on appelle aujourd’hui le « soft power ». Les jeunes musulmans ont besoin aussi de supports audiovisuels dans lesquels ils pourront se forger une identité islamique, fidèle aux valeurs de l’Islam, et consciente aussi des enjeux actuels. Les médias, séries, documentaires et autres possèdent un impact social évident, et par ce biais, les bons films et documentaires par exemple, ont permis à de nombreuses personnes d’embrasser l’Islam, de s’instruire, d’apprendre bonnes valeurs, de renforcer leur foi ou de se repentir par rapport à certaines pratiques blâmables. Tout dépendra donc du contenu proposé et des objectifs visés par les films, séries, jeuxvidéos ou documentaires proposés.


Conclusion

Au-delà donc de l’aspect juridique, il faut se poser les bonnes questions, à savoir, est-ce que cela est conforme aux aspirations que l’on s’est fixées ? Est-ce bénéfique pour la santé, la société, la famille, l’environnement, etc. ? Est-ce que cela nous éloigne du Divin, de la sagesse, de l’utilité, de la piété et de la justice ? Est-ce que notre vie doit se résumer à cela pour l’essentiel ?
Clairement, en Islam, non. Cependant, si l’on arrive à bien gérer son temps, pour les gens de la masse et ceux qui ne souhaitent pas devenir des savants pointilleux, des disciples avancés dans la voie spirituelle ou des saints, le divertissement licite (ou même celui qui peut contenir des choses problématiques de temps en temps) peut faire partie de la vie du musulman, tant que cela n’occupe pas l’essentiel de son temps, qui doit plutôt être dépensé dans les actes d’adoration, l’éducation, les actions sociales, le sport, l’aide aux nécessiteux, les voyages culturels et spirituels, le travail licite, passer du temps avec ses proches (bien que cela peut se faire parfois aussi en pratiquant un divertissement licite), etc.

Dans tous les cas, selon le Shaykh Abû Zakariyya al-Hussaynî al-Shafi’î (que nous avons interrogé directement le 28 septembre 2019), regarder des gens, bâtiments ou vidéos contenant du shirk ou des choses harâm ne relève pas du shirk, tant que le musulman préserve sa doctrine (désaveu de l’idolâtrie, de la mécréance et des choses considérées comme illicites et blâmables en Islam selon les textes catégoriques du Qur’ân et de la Sunnah mutawatir) et tant que la personne ne prend pas de plaisir dans ce qui relèverait du shirk ou de harâm en soi. Les savants divergent ensuite sur le statut légal de certains médias, films, jeuxvidéos, dessins animés et d’autres. Que chacun s’interroge soi-même, pense et pose le pour et le contre, limite les divertissements, s’éloigne le plus possible des choses blâmables et se rapproche le plus possible des choses louables et profitables. Et même en cas de divertissement blâmable, que le musulman fasse la demande de Pardon (al istighfâr) à Allâh, qu’il efface les mauvaises actions par de bonnes actions, compense ses négligences et ses fautes par des actes d’adoration, des choses utiles et profitables aux gens et à soi-même.


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