Biographie : L’imâm Jâ’far As-Sâdiq (m. 148 H)

Il est l’imâm Abû `Abdillâh Jâ’far ibn Muhammad As-Sâdiq (83 H/683 – 148 H/748). Il est né durant le premier siècle de l’Hégire, ce qui fait de lui un salâf, de la génération des tabi’îns (plusieurs historiens, savants et témoignages indiquent qu’il aurait rencontré le compagnon du Prophète, Anas Ibn Mâlik, ainsi qu’un autre compagnon nommé Sahl ibn Sa’d).

Il est l’imâm de son temps, et celui des musulmans à l’unanimité, l’emblème et le modèle des imâms et des saints après l’époque des compagnons du Prophète (‘alayhî salât wa salâm). Il est le sûfi (celui qui a atteint la réalisation spirituelle), l’ascète, le saint, le connaissant par Allâh, le logicien, l’éloquent qui maitrisait le kalâm louable (logique, philosophie, rhétorique), le juriste, le traditionniste (spécialiste du hadîth), le maître des grands imâms du fiqh (Abû Hanifa, Sûfyan At-Thawrî, Sûfyan Ibn Uyayna, Mâlik Ibn Anas et d’autres qu’eux), le médecin, le chimiste, l’astronome, le mathématicien, le physicien, l’historien, le grammairien, le poète, celui qui connaissait bien la vie du Prophète, de ses compagnons et de ses descendants, l’exégète du Qur’ân, le ussûlî (spécialiste des fondements de la religion), le noble descendant du Prophète par ‘Alî et Fatima (‘alayhûm salâm) ainsi que de la lignée de Sayyidunâ Abû Bakr (qu’Allâh l’agrée).

Il est le fils du grand imâm de son temps, Muhammad al-Baqîr, et le neveu du grand imâm Zayd Ibn ‘Alî, les deux furent l’élite des ahl ul bayt en leur temps. Sa mère était Umm Farwah bint al-Qasim (descendante de Abû Bakr) dont son père était Al-Qasim ibn Muhammad ibn Abi Bakr et son grand-père était Muhammad ibn Abi Bakr. Elle eut un deuxième fils avec Muhammad al-Baqir nommé Abdullah bin Muhammad al-Baqir. Elle avait de nombreuses connaissances en histoire et était une Imamiyyat (femme du Ahl al-bayt) qui transmettait des récits sous l’autorité de l’imâm ‘Alî Zayn al-Abidîn. Son grand-père est `Ali Zayn al-`Âbidîn (38 H/658 – 95 H/714) qui était le fils de l’imâm Al-Hussayn (‘alayhi salâm) et de Shahr Banû (dame de la cité) qui était l’une des filles du dernier empereur sassanide de Perse, Yazdgard III.

Depuis lors, la noble lignée des ahl ul bayt était à la fois arabe et perse.
A sa naissance, l’imâm Jâ’far était donc déjà riche de ses deux lignées :
– du côté paternel, son grand-père ‘Alî Zayn al-‘Abidîn (fils de Husayn) avait pour épouse sa cousine Fatima (fille de Hassân). Ainsi, il appartenait doublement à la branche du Prophète.
– du côté maternel, son grand-père al-Qasim (petit-fils d’Abû Bakr) avait pour épouse sa cousine Asma (petite-fille d’Abû Bakr aussi). Ainsi il appartenait aussi doublement à la branche de notre maître Abû Bakr.

Il est donc Sayyidunâ Ja’far As Sâdiq Ibn Muhammad Al Bâqir Ibn ‘Alî Zayn ul ‘Âbidîn Ibn Al Hussayn Ibn ‘Alî Ibn Abî Tâlib (qu’Allâh l’agrée ainsi que sa noble ascendance). En plus d’être un descendant de Sayyidunâ ‘Alî Ibn Abî Tâlib Al Murtadâ’, il était également un descendant de Sayyidunâ Abû Bakr As Siddîq. Comme cela fut rapporté à la fois par les shiites et les sunnites, Al Imâm Ja’far As Sâdiq a dit : « Je suis né deux fois à partir de Abû Bakr » (Ibn ‘Inâbah, ‘Umdat ut Tâlib). Car en effet, sa mère Ummu Farwah avait pour père l’éminent Faqîh de Médine, Al Imâm Al Qâsim Ibn Muhammad Ibn Abî Bakr As Siddîq, et pour mère la pieuse et noble Asmâ’ Bint ‘Abd ar Rahmân Ibn Abî Bakr As Siddîq. Rappelons également que Muhammad Ibn Abî Bakr As Siddîq avait été adopté et élevé par Sayyidinâ ‘Alî à la mort de Sayyidinâ Abû Bakr, et qu’il fut un fervent partisan de Ahl Al Bayt cruellement assassiné. C’est ainsi que l’Imâm Jâ’far naquit au sein d’une famille éminemment noble, en 80 H., la même année que les Imâms Zayd Ibn ‘Alî Zayn ul ‘Âbidîn et Abû Hanîfa.


Al Hâfiz Ad-Dhahabî a dit dans son Tadhikrat ul Hufâz que l’Imâm Jâ’far As Sâdiq apprit divers domaines de science notamment auprès de son père Muhammad Al Bâqir, son grand-père paternel ‘Alî Zayn ul ‘Âbidîn, son grand-père maternel Al Qâsim Ibn Muhammad ainsi qu’auprès des Imâms ‘Urwah Ibn Az Zubayr Ibn ‘Awwâm, ‘Ubaydu Llâh Ibn Abî Râfi’, Nâfi’ et ‘Atâ’ (qu’Allâh les agrée tous). Il devint ensuite un immense savant dans de nombreux domaines aussi bien religieux que naturels, notamment dans le Qur’ân, le Hadîth, le Fiqh, la ‘Aqîda, le Tasawwûf, la langue Arabe, l’histoire, la médecine, la chimie, les rêves (l’interprétation des songes, à l’instar de ses ancêtres Abû Bakr et ‘Alî), etc. Connu pour sa véracité, il est considéré comme « thiqah » dans la science du hadîth et il rapporta plus de 2000 hâdîth. Ad-Dhahâbî parle d’au moins 2000 ahadiths de l’imâm Jâ’far, répartis dans les différents recueils dont il avait connaissance, donc il y en a potentiellement plus (il existe de nombreux recueils de ahadiths sunnites en plus des 6 recueils très connus). Ad-Dhahâbî est un vérificateur reconnu, donc on peut parler de ahadiths ayant au moins le rang de « hassân » (parmi les 2000 considérés fiables) et dont le contenu est conforme au Qur’ân. On a moins de ahadiths de la part de At-Thawrî, alors qu’il était aussi appelé l’émir des croyants dans le hadîth…Il n’y a donc pas eu la volonté d’amoindrir les mérites de l’imâm Jâ’far. On ne trouve pas tous les compagnons ni l’imâm Jâ’far et d’autres salafs réputés comme étant fiables dans le Sahîh Bukharî, mais ce dernier n’avait jamais prétendu réunir tous les ahadiths sahîh dans son recueil. Il rapporte notamment de l’imâm ‘Alî et d’autres ahl ul bayt, ce qui infirme la thèse qu’il aurait été un ennemi des ahl ul bayt, car même certains compagnons ne sont pas présents dans son Sahîh. Ca dépend tout simplement de qui Bukharî a entendu le hadith, il n’y avait pas Jâ’far dans ce qu’il a entendu comme ahadiths (ayant une chaine fiable) parmi ses maîtres peut-être, et il n’a pas retenu les ahadiths où ceux qui ont suivi l’imâm Jâ’far dans la chaine de transmission parmi les rapporteurs, qui n’étaient pas reconnus pour leur probité, wa Allâhu a’lam.

Il est l’un des éminents modèles pour ceux qui s’enracinent dans la voie du tasawwûf . Les plus grands savants de son époque venaient le voir lorsqu’ils en avaient l’occasion. Plusieurs sources indiquent qu’il fut aussi le maître du célèbre sûfi et scientifique Jabir Ibn Hayyân (721-815 ; exégète du Qur’ân, philosophe, mathématicien, cheminant sur la voie du tasawwûf, chimiste, alchimiste, et physicien, il fut surnommé le père de la chimie expérimentale).


L’Imâm Shams ud Dîn Ibn Khallikân a dit de lui dans Wafayât ul A’yân : « Abû ‘Abdi Llâh Ja’far As Sâdiq Ibn Muhammad Al Bâqir Ibn ‘Alî Zayn ul ‘Âbidîn Ibn Al Hussayn Ibn ‘Alî Ibn Abî Tâlib fut l’une des 12 personnes qui fut considérée comme Imâm par les shi’ites. Cet illustre descendant du Prophète Muhammad (que Le Salut et La Paix d’Allâh soient sur lui) fut surnommé As Sâdiq (le véridique) de par sa véracité, et ses mérites sont trop nombreux pour être rapportés ici. Il rédigea un traité d’alchimie, de prédictions et de présages

[nda : en conformité avec les fondements de l’islam]

, et le Sûfi Abû Mûsâ Jâbir Ibn Hayyân At Tûsî rédigea un livre de 2000 pages dans lequel il inséra les examens de son Shaykh Ja’far As Sâdiq, ceci organisé d’après 500 traités. Ja’far naquit en l’an 80 de l’Hégire, mais selon d’autres avis, sa naissance serait survenue juste avant l’aube du Mardi 8 Ramadân 83 ».

Il était doux, juste, généreux, modeste, équitable, bon, clairvoyant, bienveillant et bienfaisant, il passait son temps à étudier, à enseigner et à pratiquer continuellement de bonnes œuvres. Ses contemporains étaient tous unanimes à son sujet : il était beau et lumineux (de son visage), doté d’un grand charisme et manifestant des dons et des prodiges spirituels. Il a concilié magnifiquement la voie exotérique et la voie ésotérique, il était un savant à la fois complet (il maitrisait toutes les grandes sciences de son temps) et vertueux, s’interdisant le mensonge, la lâcheté, l’hypocrisie et les honneurs politiques si cela devait compromettre sa dignité et son intégrité, et ce, contrairement à ce qu’ont pu dire des menteurs ou des exagérateurs (soumis à leurs passions) qui voulaient le faire passer pour une personne lâche, malhonnête, hypocrite, et vulgaire. Par des voies de transmissions abondantes, on sait qu’il n’en est rien, ses plus proches disciples et ses contemporains témoignaient de son intégrité, de sa bonté et du fait qu’il était digne de confiance dans tout ce qu’il disait et transmettait. En public comme en privé, il reconnaissait l’orthodoxie religieuse et la légitimité politique des trois premiers califes bien-guidés (Abû Bakr, ‘Umar et ‘Uthmân), tout en vantant les mérites et la grandeur de notre noble imâm ‘Alî (‘alayhî salâm). Il a vraiment réuni tout le bien en lui ! Or, les menteurs prétendent le contraire, et disent que lorsqu’il disait du bien ou qu’il faisait du bien, « il faisait la taqiyya » (la taqiyya n’est autorisée en islâm que lorsqu’il y a un danger de mort, de torture ou d’un grand mal, qu’on ne saurait éviter autrement, et non pas pour déformer la vérité ou mentir « gratuitement », et encore moins de façon systématique, car le Qur’ân et la tradition prophétique condamnent fermement cette attitude), aussi bien en privé qu’en public, même en l’absence de contrainte ou de danger, ce qui est le comble de l’absurdité et de l’hypocrisie, et tout cela est impossible concernant notre imâm Jâ’far. Si ce qu’ils disent était vrai, alors il serait lâche et indigne de confiance, et les gens ne sauraient distinguer ses paroles sincères de ses paroles mensongères (car on pourrait leur rétorquer, à travers le même raisonnement, que leurs récits mensongers le faisant passer pour un personnage vulgaire et haineux, ont été dit sous « taqiyya » pour échapper aux fanatiques se réclamant faussement de lui). L’imâm Jâ’far est innocent d’eux et est bien au-delà de tout ça ! Face aux témoignages authentiques et fiables, aux récits abondants qui remontent jusqu’à lui, et aux dévoilements spirituels qui confirment son rang éminent et ses enseignements authentiques, et aussi par le témoignage de ses disciples sûfis dans la voie spirituelle, dont plusieurs font partie de ses descendants (comme le célèbre Abdul Qadîr al-Jilânî par exemple), on sait que les rawafidhs mentent à son sujet et sont bien loin d’adopter ses enseignements purs et authentiques.

Le Shaykh ul Islâm, sûfi, médecin, historien, théologien, juriste et traditionniste Abû Nu’aym al-Isbahanî dans son Hilya al-’awliyâ’ wa tabaqât al-’aṣfiyâ’ a dit : « Jâ’far al-Sadiq fut cité par un grand nombre de savants et d’imams renommés, comme Malik ibn Anas, Shu’ba ibn Hajjaj, Sûfyan At-Thawri, Ibn Jurayh, Abdullah ibn Amr, Ruh ibn Qasim, Sûfyan ibn Uyayna, Sulayman ibn Bilal, Ismaîl ibn Ja’far, Hatim ibn Ismaîl, Abdul Aziz ibn Bilal, Abdul Aziz ibn Mukhtar, Wahab ibn Khalid, Ibrahim ibn Tahham et plusieurs autres. D’autres disent qu’il fut la source originelle de narrateurs tels que Malik, Imâm Shafi’î, Hassan ibn Salih, Abû Ayub Sakhtiyani, Umar ibn Dinar, Ahmad ibn Hanbal et d’autres. Anas ibn Malik dit : « Aucun œil n’a jamais vu, aucune oreille n’a jamais entendu, aucun cœur n’a jamais connu un homme meilleur que Ja’far al-Sadiq en ce qui concerne son savoir, son adoration et sa piété » ».

L’imam Mâlik dira à son sujet : « L’homme sincère (As-Sâdiq) ne sera pas atteint par la décrépitude, et ne perdra pas sa lucidité lors de ses derniers instants. Et qui peut prétendre être plus sincère que celui qui a été appelé « le Sincère » par les amis, les ennemis et l’histoire, lui, l’imâm as-Sâdiq Abû Abdallah Jâ’far, qu’Allâh soit Satisfait de lui et de ses pères » (Cf. Mustafa Brahami, Les six grands Imams – Abû Hanîfa, Mâlik, Zayd, Ja’far, Shâfi’î, Ahmad et les autres… : Evolution historique du fiqh, éd. Tawhid 2010 ; ainsi que Muhammad Abû Zahra dans al-Imam Sâdiq).

L’imam Farîd ud Dîn Al ‘Attâr dans son Tadhkirat ul Awliyâ (Le mémorial des saints) débuta même un de ses livres contenant des notices biographiques sur les saints de l’islam sunnite en ces termes : « Afin d’attirer les faveurs célestes, nous allons tout d’abord parler de Jâ’far As Sâdiq, car il fait partie des gens de l’intimité/proximité [avec Allâh], il est le modèle de tous les savants et il a mieux parlé qu’eux tous réunis de la voie spirituelle menant à Allâh ».

L’imâm Mâlik Ibn Anas a dit sur son maître Jâ’far As Sâdiq (‘alayhî salâm) : « J’allais visiter Jâ’far Ibn Muhammad, il aimait beaucoup plaisanter et sourire, mais lorsqu’on mentionnait devant lui le Prophète (salla Llâhu ‘alayhi wa sallam), son attitude changeait complètement. Je le fréquentai régulièrement pendant un certain temps, et à chaque fois, il était occupé à l’une de ces trois activités : prier, jeûner, ou lire le Qur°ân. Et je ne l’ai vu transmettre des ahâdîth du Prophète (salla Llâhu ‘alayhi wa sallam) qu’en état de pureté rituelle, ne parlant que de ce qui le concernait. Il faisait partie de ces savants détachés de ce bas-monde, craignant Allâh et L’adorant. Il était toujours à se priver du coussin sur lequel il s’asseyait habituellement pour moi [et que je puisse ainsi m’asseoir dessus] » (Az Zawâwî, Manâqib ul Imâm Mâlik).

Al Imâm Abû Hâtim Ibn Hibbân dit : « Il était parmi les plus grands Sayyids des Ahl ul Bayt dans le fiqh et la science en générale, ainsi que par le mérite » (Ibn Hajar Al ‘Asqalânî, Tahdhîb ut Tahdhîb).

Al Imâm Abû Hâtim Ar Râzî a dit aussi : « Il était thiqah (fiable, digne de confiance, véridique), et ceci sans aucun doute possible ! » (Ibn Hajar Al ‘Asqalânî, Tahdhîb ut Tahdhîb).

Et Al Imâm Muhyi Ddîn An Nawawî a dit aussi dans Tahdhîb ul Asmâ’ wa Al Lughât : « Ils (les savants) sont unanimes sur son imamat et sa grandeur ».

As-Shaykh Muhammad Abû Zahrâ’ a dit aussi dans son Târîkh ul Madhâhib : « En plus de tout cela, Al Imâm As Sâdiq était versé dans la science de l’éthique (al akhlâq) et de ce qui pouvait la corrompre. Il reçut cette science en raison de la bonté de son âme, de sa vaste expérience et de son honnêteté, bien qu’il vivait à une époque de trouble. (…) Al Imâm As Sâdiq laissa une forte empreinte dans l’Islâm par le consensus des savants, bien que certaines personnes l’ont aimé d’un amour si extrême que cela les conduisit à l’égarement, mais jamais il n’y eut le contraire car personne ne l’a jamais haï. Il fut un astre lumineux. Certaines personnes ont fait usage de cette lumière afin de renforcer leur perspicacité et leur foi, tandis que d’autres n’ont pas utilisé cette lumière et dévièrent à cause de leur extrémisme. Qu’Allâh l’agrée, il faisait certes parti des pieux véridiques ».

Dans de nombreuses voies spirituelles sûfies, les chaines de transmission initiatiques passent notamment à travers l’imâm Jâ’far (‘alayhî salât wa salâm), d’où son rattachement à la lignée des « saints » dans la communauté sunnite (‘aqida, fiqh et tasawwûf) et d’un grand amour pour le Qur’ân et le modèle prophétique.

Il eut de nombreux élèves dont les Imâms Abû Hanîfa, Sûfyan At-Thawrî et Mâlik Ibn Anas figuraient parmi plus les érudits et les plus célèbres. Ses enseignements marqueront d’ailleurs profondément les deux premières écoles juridiques de l’Islâm que furent le Hanafisme et le Malikisme. Le Shaykh Muhammad Abû Zahrâ’ a dit dans son Târîkh ul Madhâhib : « Les Imâms parmi les Ahl us Sunnah qui vivaient à son époque apprirent la science de lui, les Imâms Mâlik, Sufyân Ibn ‘Uyaynah, Sufyân At-Thawrî et de nombreux autres bénéficièrent de sa science. Abû Hanîfah (qui mourut en 150) bénéficia de son savoir alors qu’ils étaient sensiblement du même âge et il le considérait comme le plus savants de tous, d’autant plus qu’il connaissait bien les différences entre les gens. Un grand nombre de Tâbi’în apprirent le hadîth auprès de lui comme Yahyâ Ibn Sa’îd Al Ansârî, Ayyûb As Sukhtiyânî, Ibbân Ibn Taghlib, Abû ‘Amr Ibn Al ‘Alâ’ et beaucoup d’autres savants du fiqh et du hadîth parmi les Tâbi’în, tout comme de nombreux Tâbi Tâbi’în rapportèrent le hadîth de lui ».

Dans sa biographie, al Hafîz Ad-Dhahâbî dit de lui dans son Siyâr a’lam an-Nubalâ’ : « Jâ’far Ibn Muhammad Ibn ‘Ali fils du martyr Hussayn fils de ‘Ali Ibn Abi Talib, l’imam de la famille alide, as-Sadiq, un des maîtres emblématiques. Fils de la fille d’al-Qasim Ibn Muhammad, sa grand-mère maternelle est Asmâ’ fille de ‘Abd ar-Rahman fils d’Abû Bakr. Pour cette raison, il disait : « Je suis le fils d’Abû Bakr par deux fois ».
Il a rapporté des hadiths et paroles de son grand-père al-Qâsim, de son père Abû Ja’far al-Baqir, de ‘Ubaydallah, de ‘Urwah Ibn Zubayr, de ‘Ata’ Ibn Rabah (esclave affranchi, le grand maître de la Mecque), de Nâfi’ (esclave affranchi de ‘Abdallah Ibn ‘Umar, devenu son disciple et son continuateur, l’un des grands maîtres de Mâlik) et de beaucoup d’autres. Ont rapporté de lui Mâlik, les deux Sûfyan (At-Thawrî et Ibn ‘Uyayna), Hâtim, … et beaucoup d’autres personnes…
Abû Hanifa disait de lui : « Je n’ai pas vu plus savant que Jâ’far Ibn Muhammad ». (…) Il est rapporté que Jâ’far donnait de son argent jusqu’à n’en rien laisser à sa famille. Les qualités de cet homme noble, sont très abondantes. Et parmi les meilleures, nous pouvons citer ce que rapporte Hafs Ibn Ghiyyath qui l’a entendu dire : « Avant d’espérer l’intercession de ‘Alî (Ibn Abi Tâlib), j’espère celle d’Abû Bakr, car il m’a engendré deux fois » (…) Bukhari n’a pas cité de hadiths rapportés de sa part, mais tous les autres savants en ont cité »
.
Concernant al-Bukharî, il en aurait cité dans d’autres ouvrages que dans son Sahîh. Plusieurs raisons ont été avancées pour expliquer cela (notamment les pressions politiques par certains dirigeants). Cependant on ne peut pas taxer al-Bukharî d’être un ennemi des ahl ul bayt, puisqu’il rapportait des ahadîths de l’imâm ‘Alî et d’autres ahl ul bayt, et disait aussi parfois « ‘alayhî salâm » lorsqu’il évoquait l’imâm ‘Alî. De même, Al-Bukharî dans son Sahîh, au chapitre de la récitation derrière l’imâm, rapporte de Ishâq Ibn Jâ’far, le fils de l’imâm Jâ’far. Ishâq Ibn Jâ’far Al Mu’tamin rapportait des ahadîths de l’imâm Mâlik, qui était aussi l’élève de l’imâm Jâ’far (‘alayhî salâm), ainsi que de son frère Abdullâh Ibn Jâ’far, comme le rapporte Ibn Hibbân dans son ouvrage At-Thiqât.
On peut aussi retrouver des ahadiths rapportés par l’imam Mâlik qui comptent l’imam Ja’far dans la chaîne de transmetteurs, à l’exemple des Hadiths suivants dans le Muwatta’ (n°946) :
« Selon Ja’far Ibn Muhammad, selon son père qui a dit : « Fatima, la fille du Prophète, pesa les cheveux de Hasan, de Husayn, de Zaynab et d’Umm Kalthûm, et donna en aumône l’équivalent (en poids) en or ».

Il faut d’ailleurs noter que le long hadith fondateur du Hajj chez Muslim dans son Sahîh (n°2137) est rapporté par Jâ’far As-Sâdiq. C’est ce hadith sous forme de petits morceaux que nous retrouvons aussi chez Mâlik, Nasâ’î (n°649), At-Tirmidhî (n°797) et les autres dans leurs recueils.

Son père Muhammad al-Baqîr a relaté des ahadiths de ses ancêtres (le Prophète Muhammad, ‘Alî, al-Hassân, al-Hussayn, Muhammad Ibn Al-Hanafiyya, ‘Alî Zayn ul Abidîn) ainsi que de Ibn ‘Abbâs, Abû Hurayra (dans les ahadiths qui n’étaient pas singuliers), Samura Ibn Jundub, ‘Aîsha, Umm Salama, Ibn ‘Umar, Jâbir, ‘Abdallâh Ibn Jâ’far et d’autres). Pour lui, donc, ‘Aîsha et Ibn ‘Umar (le fils d’Umar ibn al-Khattâb) étaient des musulmans dignes de confiance dans ce qu’ils transmettaient (voir Ad-Dhahâbî, Siyâr a’lam an-Nubalâ’, 4/401-409).

Il reconnaissait l’orthodoxie et la piété des califes comme Abû Bakr et ‘Umar et prit leur défense face aux calomnies qui commencèrent à se propager à son époque par certains faux partisans qui se réclamaient des ahl ul bayt.

Il a été rapporté en effet ces récits de l’imâm Jâ’far : « Ô Sâlim ! Serais-tu quelqu’un qui insulte mon grand-père ? Abû Bakr est mon grand-père ! Et que l’intercession de Muhammad ne me soit pas accordée lors du jour du jugement si jamais je les hais et si jamais je ne me dissociais pas de leurs ennemis ! » (‘Abd ul Ghanî Al Maqdisî, Tahdhîb ul Kamâl). Et il a dit aussi : « Je n’ai pas besoin de l’intercession de ‘Alî si je ne souhaite pas celle de Abû Bakr, car je suis né deux fois à partir de lui » (‘Abd ul Ghanî Al Maqdisî, Tahdhîb ul Kamâl). Pour l’imâm Jâ’far (‘alayhî salâm), ses ennemis sont ceux qui calomnient, méprisent, maudissent ou excommunient Abû Bakr aussi bien que les ahl ul bayt.

Par ailleurs, alors que Sayyidunâ ‘Umar est aux yeux des shi’ites extrémistes l’une des pires créatures après le diable en personne, l’Imâm Jâ’far a dit : « Celui qui prétend que je me désavoue de Abû Bakr et ‘Umar, qu’il sache que je me désavoue de lui ! » (‘Abd ul Ghanî Al Maqdisî, Tahdhîb ul Kamâl). Mais quoi de plus normal de la part de cet Imâm des Ahl ul Bayt alors que son ancêtre le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) a dit : « N’insultez pas mes Compagnons ! Celui qui les insulte, que la malédiction d’Allâh, des Anges et de tous les êtres humains soient sur lui ! Allâh (qu’Il soit exalté) n’acceptera ni justification ni excuse de sa part ! » (Al Qâdî ‘Iyyâd, As-Shifâ’, et dans un autre hadîth, le Prophète dit aussi : « N’insultez pas mes compagnons », rapporté par al-Bukharî et Muslim dans leur Sahîh). Cela, car les insulter ne sert à rien, et que, en raison de certaines incompréhensions, exagérations ou ignorances (en se basant sur des récits déformés ou inventés), cela relèverait de la médisance ou de la calomnie. Par ailleurs le fait que des compagnons aient commis des excès, des erreurs, des péchés (petits ou grands) n’effacent pas pour autant leurs grands mérites et leurs efforts pour soutenir le Messager d’Allâh et sa communauté après son départ vers l’Autre Monde, alors même que les générations ultérieures n’étaient pas présentes. Ils seront de toute façon jugés par Allâh, le Juge Suprême. Quant aux nobles compagnons qui constituent des modèles de piété et de justice, suivons-les, et par rapport aux « compagnons tardifs » qui n’étaient pas très proches du Prophète ou qui ne furent pas éduqués spirituellement par lui, ne les suivons pas dans leurs négligences, injustices ou péchés.

Le noble descendant de Sayyidunâ Al Hussayn et l’Imâm du Yémen de son temps, Sayyidunâ ‘Abdu Llâh Ibn ‘Alawî Al Haddâd a dit dans Sîrat ul Imâm Al Haddâd à propos des Califats de Sayyidunâ Abû Bakr, Sayyidunâ ‘Umar, Sayyidunâ ‘Uthmân, Sayyidunâ ‘Alî et Mu’âwiya et des dirigeants qui leur succédèrent : « En ce qui concerne Abû Bakr, ce fut un choix unanime, ‘Umar fut désigné par Abû Bakr, ‘Uthmân le fut à l’unanimité après délibération (shûrâ), et quant à Sayyidunâ ‘Alî (qu’Allâh l’agrée) ce fut par allégeance des gens de Badr, des Muhâjirûn et des Ansâr. Quant à Mu’âwiyah, il fut désigné suite au désistement de Al Hassân Ibn ‘Alî qui lui prêta finalement allégeance. Quant aux autres ce fut par l’épée, la tyrannie et l’agression, excepté pour ‘Umar Ibn ‘Abd ul ‘Azîz, où ce fut à nouveau par unanimité et allégeance (…).
Quant à leur opinion concernant le fait que Sayyidunâ ‘Alî était plus digne du califat, s’il en avait assumé la fonction après le Prophète (‘alayhî salât wa salâm) ce qui lui arriva plus tard quand il le fit lui serait arrivé alors, c’est-à-dire la discorde, les querelles, et son comportement envers les rebelles, car c’est ce qui avait été décrété pour lui, c’était son destin. Mais Sayyidunâ Abû Bakr fut accepté par les gens, et entre autres par Sayyidunâ ‘Alî, et cela pour avoir été le premier à accepter l’Islâm, accompagné le Prophète (‘alayhî salât wa salâm) dans la grotte, et conduit la prière rituelle durant la vie du Prophète (‘alayhî salât wa salâm) »
. La science de l’imâm Abdullâh Ibn ‘Alawî Al-Haddâd remontait de père en fils jusqu’aux grands imâms, en plus de sa grande culture générale sur l’histoire, la théologie, le droit musulman, l’exégèse, la langue arabe, la littérature, la poésie, etc., et cela, en plus du fait qu’il était un maître spirituel doté de prodiges, dont de nombreux dévoilements spirituels.

Et aussi, alors que les shi’ites prétendent que l’Imâm Jâ’far serait infaillible comme l’étaient les Prophètes (que La Paix soit sur eux) et que certains extrémistes le déifient, l’Imâm Jâ’far a dit : « Celui qui prétend que je suis un Imâm infaillible auquel on doit absolument obéir, qu’il sache que je me désavoue de lui ! » (‘Abd ul Ghanî Al Maqdisî, Tahdhîb ul Kamâl). Si l’imâm Jâ’far avait en effet de nombreuses inspirations divines, une grande clairvoyance, qu’il était aussi gratifié de profondes et diverses connaissances ainsi que de prodiges spirituels, lui-même admettait ne pas être infaillible et encore moins omniscient sur toutes les choses existantes ou invisibles. Cependant, sa doctrine était pure (conforme au Qur’ân, à la Tradition prophétique authentique et à la voie de l’imâm ‘Alî), de même que ses actes et ses pensées l’étaient.
La voie des ahl ul bayt est celle des prophètes, et celle des prophètes, est celle qui est conforme aux Révélations Divines. Or dans aucune des révélations, y compris le Qur’ân, n’est fait mention des thèses des shiites duodécimains, qui non seulement ne s’appuient sur aucun principe qurânique valable, mais non plus sur aucun verset du Qur’ân explicite, alors qu’ils en font des obligations doctrinales, qui étaient même inconnues des grands imâms au début, puis quand ces thèses se sont répandues à l’époque de certains imâms, ils s’en sont eux-mêmes désavoués.

Même les propres fils de l’imâm Jâ’far, qui furent éduqués par lui, n’adoptaient pas les croyances des shiites duodécimains, comme al Imâm Mûsâ Al Kâzim Ishâq Ibn Jâ’far, Ismâ’îl Al A’raj Ibn Ja’far, Muhammad Ad Dîbâj Ibn Jâ’far et ‘Abdullâh Al Aftâh Ibn Jâ’far, qui furent critiqués et rabaissés par les shiites duodécimains extrémistes pour cette raison. Cependant, sans adhérer au dogme de l’infaillibilité, il est une évidence que certains fils sont plus savants et mieux inspirés que d’autres. Et parmi les fils de Jâ’far, Mûsa est le plus saint, le plus savant et le plus spirituel, mais lui-même n’adoptait pas la croyance du shiisme duodécimain. Par ailleurs, l’imâm Jâ’far ne fit pas le takfir de ses enfants, – dans les récits authentiques -, or, comme l’admettent les shiites duodécimains, ils n’adhéraient pas au dogme shiite. Or, chez les extrémistes duodécimains, celui qui n’y adhère pas n’est pas croyant, ni orthodoxe ni réellement musulman dans l’Au-delà, et font partie des pires créatures pour certains d’entre eux (l’avis de plusieurs shiites extrémistes).

Voir par exemple le savant sectaire Al Majlisî dans Bihâr ul Anwâr (37/15), qui relate les positions du savant shiite Al Mufîd, ainsi que As Sadûq dans son Kamâl ud Dîn (1/70) qui critiquent Ishâq, Ismâ’îl, Muhammad et ‘Abdullâh.

Al Imâm ‘Abd ur Rahmân Ibn Khaldûn a dit sur son comportement et celui de ses ancêtres vis-à-vis de certains shi’ites, dans sa célèbre Al Muqaddimah : « Ils prétendent (les shi’ites extrémistes) que l’Imâm est soit un être humain aux attributs divins, soit carrément un dieu incarné. En somme, c’est ce que les chrétiens appellent, concernant ‘Îsâ (que La Paix soit sur lui), l’incarnation (al hulûl). D’ailleurs, ‘Alî lui-même fit brûler vifs ces extrémistes

[ndt : ce récit n’est pas forcément authentique]

. Et Muhammad Ibn Al Hanafiyyah se fâcha contre Al Mukhtâr Ibn Abî ‘Ubayd quand il apprit que Al Mukhtâr avait suggéré quelque chose du même genre à son sujet. Il le maudit alors et l’exclut publiquement. Ja’far As Sâdiq en fit autant avec ceux qui voulaient le diviniser ».
Ceci n’est pas un point de vue exagéré de la part des Sunnites que nous sommes car l’un des plus grands spécialistes du hadîth shiite Al Hurr Al Âmilî a dit dans Wasâ’il us Shi’â : « Et il est bien connu et dûment établi que les livres sur lesquels ils (les Imâms) nous ont dit de nous baser pour œuvrer, contiennent de nombreux rapporteurs faibles ou inconnus et contiennent également de nombreux ahâdîth dont la chaîne de transmission est interrompue », ce qui fit d’ailleurs dire au Shaykh Yûsuf Al Bahranî dans Lu’lu’at ul Bahrayn : « Et de deux choses l’une, soit nous prenons tous ces ahâdîth [en les considérant fiables] comme l’ont fait les prédécesseurs parmi nos savants, soit nous prenons une religion autre que celle-ci (le shi’isme imâmite) et une jurisprudence autre que celle-ci, ceci en raison de son imperfection et de son incomplétude, ainsi que de l’absence de preuve sur un ensemble de ses jugements juridiques (ahkâm) ».

La mère de Jâ’far était la fille d’al-Qâsim, petit-fils d’Abû Bakr, ce dernier avait été éduqué par notre mère ‘Aîsha qui n’était autre que sa tante paternelle et il contribua ainsi largement à transmettre l’immense héritage scientifique (hadiths et avis juridiques) de celle-ci. Riche de cela, al-Qâsim fut considéré comme l’un des 7 grands fuqahâ’ de Médine qui comptèrent parmi les grands transmetteurs, les juristes et les références de Médine en leur temps.

Al-Qâsim s’intéressa aussi entre autres à l’école de ‘Abdallâh Ibn ‘Abbâs à La Mecque. En outre, al-Qâsim semblait béni puisqu’Allâh lui permit d’avoir les meilleurs éducateurs : quand son père, Muhammad fils d’Abû Bakr mourut, sa mère épousa l’imâm ‘Alî qui éduqua le jeune qu’était al-Qâsim. Al-Qâsim était aussi connu pour son grand effort d’authentification des hadiths qu’il rapportait au Qur’ân ainsi qu’aux hadiths authentifiés connus. Il rassemblait en lui les deux grandes spécialités de l’époque, le Hadith et le fiqh, en plus de l’éthique et de la spiritualité. Al-Qâsim eut de nombreux disciples, dont Abû Zinâd, l’autre grand maître de Mâlik dans le fiqh et le Hadith, et l’un des maillons les plus sûrs dans la chaîne de transmission du Hadith.
Al-Qâsim fut donc le premier précepteur et éducateur de Jâ’far jusqu’à l’âge adulte en même temps que son père Muhammad al-Baqîr. À travers lui, Jâ’far put donc hériter une bonne partie des connaissances médinoises jusqu’au jour où ce dernier mourut en 108 H, Jâ’far avait alors environ 28 ans.
D’un autre côté, le père de Jâ’far, Muhammad al-Baqîr, lui légua non seulement ses connaissances diverses (exégèse qurânique, tasawwûf, fiqh, hadiths, médecine, astronomie, histoire, …), la beauté du verbe arabe, la sagesse qui dicte l’éthique, mais aussi l’élévation de l’âme, le souci du détail et la sincérité dans la recherche intellectuelle. L’imâm Jâ’far avait environ 34 ans quand son père mourut.
À l’instar de son père et de son grand-père, il se mit lui aussi en quête constante de science, allant de cercle en cercle dans la mosquée du Prophète (à Médine).

Parmi les grands fuqaha’ de son temps, il faut signaler l’exceptionnel Shihâb Zuhrî, l’un des grands maîtres de Médine et de l’imam Mâlik en particulier. L’imam Zuhrî avait hérité des connaissances de nombreux Compagnons, mais surtout du calife ‘Umar et de son fils Abdallâh Ibn ‘Umar ainsi que des Compagnons qui s’étaient formés à l’école de ‘Umar, l’école de la maslaha (le principe de l’utilité et de l’intérêt public). L’Imam Zuhrî avait des liens très forts avec la famille alide à Médine, notamment avec l’imâm Zayd. C’est dire combien la famille alide était en lien constant avec les autres savants à Médine en particulier, mais aussi à La Mecque, Basra et Kufa.

Ad-Dhahâbî dans son Siyâr a’lam an-Nubalâ’ dit de l’imâm Jâ’far : « Chaque fois, que ce soit publiquement ou en privé, il [Jâ’far] s’indignait du mal que disaient les Râfida (extrémistes shiites) sur son grand-père Abû Bakr ; ceci est rapporté sans aucun doute possible. (…) Il n’était pas de ceux qui rapportaient quantité de hadiths, sauf ceux provenant de son père. Ils étaient tous deux parmi les plus grands savants de Médine. Ont rapporté de lui son fils Mûsâ al-Kâzim, Yahyâ Ibn Sa’îd al-Ansârî et Yazîd Ibn ‘Abdallâh, alors que ces deux derniers étaient plus âgés que lui (…), ainsi que ses pairs comme Sufyân, Shu’ba, Mâlik, … ».

Contrairement à ce qu’écrira au début Ibn Taymiyya dans son As sunnah an nabawiyya, où il rabaissait injustement les imâms des ahl ul bayt, il dira dans son Kitâb Jâmi’ al-masa’il : « Quant à l’imâm juste, il ne dit et ne suit que la vérité. Celui qui veut suivre ce qui est rapporté de façon sûre du Prophète, de ses successeurs califes, de ses compagnons, des imâms parmi ses proches – tels les imams ‘Alî Ibn Hussayn Zayn al- Abidîn, son fils l’imam Abû Jâ’far Muhammad Ibn ‘Ali al-Baqîr ; et son fils l’imam Abû ‘Abdallah Jâ’far Ibn Muhammad as-Sadiq, le maître des savants de la communauté – à l’exemple de Malik Ibn Anas, Thawrî et leurs pairs, trouvera tout cela en accord avec les fondements (usûl) de la religion. Il y trouvera aussi ce qui l’éloignera des innovations de beaucoup de personnes parmi ceux qui sont venus après eux, tels les écrits qui contredisent les positions des premiers savants (salaf), dans lesquels les proches du Prophète (Ahl ul Bayt) sont considérés comme des ennemis, dans lesquels on dénie ou diminue leurs droits et on leur porte préjudice, ou bien à l’inverse ceux qui exagèrent plus que de raison sur eux sans argument, et mentent pour cela, portant préjudice par ce faire aux autres, qui les ont précédés ».

Dans ses Majmû’ al-fatawâ, Ibn Taymiyya dit aussi : « Abû ‘Abd ar-Rahmân (As-Sulâmî) rapporte dans son livre, « Haqaiq al-tafsir » (Les vérités de l’exégèse), des paroles attribuées à Jâ’far Ibn Muhammad et ses semblables que toute personne versée dans la connaissance sait n’être que purs mensonges. En fait, on n’a jamais inventé autant de mensonges que sur la personne de Jâ’far, parce qu’il était un homme de science et de piété, distingué par Allâh. Par leur connaissance et leur piété, lui, son père Abû Ja’far, et son grand-père ‘Alî Ibn al-Hussayn comptaient parmi les plus grands imâms. Jâ’far n’a pas eu son pareil par la suite dans la famille alide. Beaucoup de menteurs et d’innovateurs se sont approprié son nom en lui faisant porter la paternité de leurs paroles (…) Et concernant leurs mensonges prétendant que certaines de leurs épîtres sont l’oeuvre de Jâ’far, as-Sâdiq, les savants savent pertinemment que celles-ci n’ont été écrites que durant le quatrième siècle (hégirien) (…) Ils rapportent (faussement) qu’il aurait dit : « La taqya est ma religion, ainsi que celle de mes ascendants. » Alors que la taqya est l’emblème même de l’hypocrisie (…) ».

Cependant, Ibn Taymiyya se trompe concernant l’exégèse de As-Sulâmî intitulée Haqaiq al-tafsir, car As-Sulâmî était un spécialiste du hadîth, meilleur et plus grand que Ibn Taymiyya (Al-Qushayrî, al-Bayhaqî et al-Khatîb al-Baghdadî qui étaient de grands savants du hadîth ont témoigné qu’As-Sulâmî était un grand muhaddîth et qu’il était digne de confiance, et il enseigna le hadîth à Al-Bayhaqî et à Al-Qushayrî), qui comme le savent les spécialistes du hadîth, avait l’habitude parfois (du moins durant sa période polémiste) de rejeter des ahadiths bons ou authentiques uniquement car ils contredisaient ses opinions personnelles.
Des savants illustres comme Al-Bayhaqî, Al-Qushayrî, Ad-Dhahâbî, Ibn Kathîr, Tâj ud-Dîn As-Subkî, Ibn Hajar al ‘Asqalânî, Ibn Taymiyya et d’autres, firent son éloge. Ad-Dhahâbî le désigne comme un traditionniste et un maître sûfi, et en tête de notice dans son Siyâr, dit de lui : « al-imâm, al-hafîz, al-muhhadîth, shaykh Khurassân wa-kabîru l-sûffiya ». Il relate aussi que parmi sa famille (père, grand-père, etc.), il y avait les plus grands traditionnistes de la région du Khurassân.

Al-Khatîb al-Baghdâdî le grand muhhadith et historien répondit d’ailleurs dans son célèbre Tarikh Baghdâd à cette accusation en disant : « Il jouissait dans son pays d’une excellente réputation et occupait une position importante dans sa communauté (tâ’ifa) ; de plus il détenait de bons hadîths (mugawwid). Il a réuni (dans ses ouvrages) des maîtres et leur biographie (classée) par chapitres (jama’a shuyûkhan wa-tarâgima wa-abwâban) ». Ibn Taymiyya dit de lui dans Majmû al fatawa (11/41-42 ; ses propos sont repris aussi partiellement à la page 578) : « Dans ce qu’il (Sulamî) a réuni, il y a de nombreuses choses utiles et profitables. Il est lui-même un homme de bien, de religion, de piété et de mérite. Dans les traditions qu’il rapporte, beaucoup sont authentiques, mais parfois certaines sont faibles et même forgées, les savants savent d’ailleurs qu’elles sont mensongères ».


Al-Hafiz Ibn Hajar al ‘Asqalânî, tout en reconnaissant l’érudition et les qualités de Ibn Taymiyya (dans certains de ses ouvrages), l’a aussi corrigé dans son Qawl al-Musaddad ʻan al-musnad al-Imām Ahmad, sur des questions relatives à la ‘aqida, au hadith et au fiqh : « Ibn Taymiyya, à cause de la mauvaise opinion bien connue qu’il avait de ‘Ali, ne s’est pas limité à considérer ce hadith comme forgé comme l’a fait Ibn Jawzi, il a prit l’initiative d’en rajouter en prétendant que les experts du hadith (muhaddithun) le considéraient comme « forgé ». Ibn Taymiyya a tellement rejeté de hadiths simplement parce qu’ils étaient inconciliables avec ses opinions qu’il est difficile d’en établir la liste complète ». Il faut donc vérifier à chaque fois quand Ibn Taymiyya affirmait que tel ou tel hadith était inventé ou faible, car dans ce domaine, il avait souvent commis des erreurs.
Dans son Minhaj al-Sunnah, il tente de réfuter les arguments des shiites Ibn Al-Mutahhir et ‘Allâmeh Hillî, mais en dépit de certains arguments de Ibn Taymiyya, ce dernier est aussi tombé dans l’extrême en rejetant énormément de ahadiths et de récits authentiques et bons (rapportés et authentifiés par les plus grands spécialistes sunnites), uniquement pour justifier ses opinions personnelles, mais après cette période, il adopta un plus grand respect envers les ahl ul bayt et certains grands savants sunnites (qu’il rabaissait auparavant). Qu’Allâh lui pardonne et lui fasse Miséricorde !


Comme toutes les grandes personnalités influentes, l’imâm Jâ’far n’a malheureusement pas échappé à la jalousie politique tout comme aux mensonges imputés par certains de ses partisans (surtout tardifs), en faisant croire qu’il adhérait à des doctrines et des pratiques contraires au Qur’ân, aux nobles manières, à la spiritualité, à la justice, à l’honnêteté et à la piété. C’est la raison principale pour laquelle, ceux qui vinrent après sa mort, ne purent pas rapporter directement de lui, car de nombreux récits mensongers circulaient déjà à son sujet. D’autres par contre, pour échapper aux pressions et injustices de certains dirigeants omeyyades, ne le citèrent pas directement comme étant la source de leurs récits ou de leurs avis juridiques, mais firent tout de même son éloge dès que cela leur était possible, et Allâh sait mieux.


De grands imâms sunnites (sûfis, théologiens, juristes, traditionnistes et exégètes) l’ont cité dans leurs ouvrages, comme At-Tabarî, As-Sulâmî, Al-Qushayrî, Al-Hujwirî, Abû Bakr Al-Kalâbâdhi, Farid ud-Dîn Attâr, Ahmad Ar-Rifâ’î, Ad-Dhahâbî, l’imâm Al-Haddâd, Qâdî ‘Iyyâd (dans « Kitâb us-Shifâ' »), Ahmad Al ‘Alawî (dans « Mawâdd ul Ghawthiyyah ») et d’autres, qui étaient de grands maîtres spirituels et dont certains descendaient même de l’imâm Jâ’far as-Sâdiq.


Il est cependant fort regrettable, que ses avis et ses enseignements se soient d’une part trop éparpillés et méconnus quelques siècles après sa mort, à l’instar du Hafîz Sûfyan At-Thawrî (dont son école a également disparu), alors qu’ils étaient deux grands imâms dans toutes les sciences, en plus d’être des sûfis, des ascètes et des vertueux. Cependant, à travers les enseignements spirituels transmis dans les chaines initiatiques sûfies, la quintessence de leurs enseignements a pu être préservée.


Al Imâm Ja’far As Sâdiq procéda également à l’éducation spirituelle de plusieurs personnes dont les Imâms Abû Hanîfah, Mâlik Ibn Anas et Sûfyan at-Thawrî pour ne citer que les plus connus parmi les fondateurs d’une école juridique. Le célèbre Abû Yazid al-Bistamî (m. 234 ou 265 de l’hégire, soit entre l’an 848 et l’an 875 ; certaines sources indiquent qu’il serait né vers l’an 804) fut également profondément influencé par ses enseignements, sans doute à travers un intermédiaire.

A ce titre, Abû Hanîfa a dit : « Si je n’avais pas eu ces deux années, j’aurais péri ! ». Al Imâm Ibn ‘Âbidîn commenta ces propos en disant dans son Hâshiyah ‘Alâ Radd ul Muhtar : « Pendant deux années, il accompagna Jâ’far As Sâdiq et il acquit la connaissance spirituelle qui fit de lui un gnostique dans la Voie (At Tarîqah)… Abû ‘Alî Ad Daqqâq reçut l’initiation de Abul Qâsim An Nâsirîbâdî, qui la reçut de As- Shiblî, qui la reçut de Sarrî As Saqatî qui la reçut de Al Ma’rûf Al Karkhî, qui la reçut de Dâwud At Tâ’î, qui reçut les deux connaissances, l’intérieure (ésotérique) et l’extérieure (exotérique), de l’Imâm Abû Hanîfa ».


Sur le plan de la doctrine, Abû Hanifa, At-Tahawî, Sûfyan at-Thawrî, Al-Qushayrî, et d’autres qu’eux par exemple, ont suivi la même voie dans les principes : l’affirmation des Attributs d’Allâh, « sans comment », L’exemptant de toutes les limitations et modalités physiques, car Il est Celui qui n’est pas limité, et qui Subsiste par Lui-même sans avoir besoin des choses créées pour Être et Agir.

C’est ainsi qu’il a dit : « Quiconque prétend qu’Allâh (qu’Il soit exalté) est (physiquement) en haut, en bas ou bien dans n’importe quel endroit, celui-là est un mécréant ! » (Al ‘Attâr, Tadhkirat ul Awliyâ’). Et il a dit aussi : « Celui qui prétend qu’Allâh est (physiquement) dans quelque chose, issu de quelque chose ou bien au-dessus de quelque chose a commis du shirk (associationnisme). Car s’Il était au-dessus de quelque chose Il serait porté, s’Il était dans quelque chose Il serait limité, et s’Il était issu de quelque chose, Il serait entré en existence, c’est-à-dire créé » (Al Qushayrî, Ar Risâlah ainsi que par d’autres).

Tout ceci démontre clairement son appartenance au Sunnisme. Et son descendant l’Imâm ‘Abdu Llâh Al Haddâd (qu’Allâh l’agrée) a d’ailleurs dit dans sa Risâlat ul Mu’âwanah que le Madh-hab Ash’arî (dans les grandes lignes) avait une doctrine conforme à celle que professait l’Imâm Jâ’far As Sâdiq (qu’Allâh l’agrée). De même, cela montre que le kalâm orthodoxe existait déjà à l’époque des salâfs.

L’imâm Jâ’far reconnaissait la piété et le rang émérite de son « grand-père » Abû Bakr et cherchera son intercession (auprès d’Allâh) le Jour du Jugement, tout comme il reconnait la grandeur et les mérites de notre imâm ‘Alî, cherchant également son intercession le Jour du Jugement Dernier.
Il s’est désavoué publiquement et en privé de ceux qui maudissaient, excommuniaient et rabaissaient les deux premiers califes de l’Islâm, Abû Bakr et ‘Umar, et il invoquait, tout comme son père Muhammad al-Baqîr, la Paix Divine sur ‘Umar ibn al-Khattâb, suivant en cela la pratique de l’imâm ‘Alî lors du décès de notre maître ‘Umar. Il reçut également l’héritage scientifique de Abû Bakr et de ‘Aîsha en termes de savoir et d’éthique par les membres de leur famille.

L’imâm Jâ’far appréciait aussi l’imâm Abû Hanifa et le trouvait intelligent et orthodoxe, tout comme d’autres imâms des ahl ul bayt pensèrent pareil.
Al Hâfiz Abû ‘Umar Ibn ‘Abd al Barr dans son Al Intiqâ’ a rapporté que l’imâm des ahl ul bayt, Al Imâm Abû Jâ’far Al Bâqir Muhammad Ibn ‘Alî Ibn Al Husayn Ibn ‘Alî Ibn Abî Tâlib (‘alayhî salâm) a dit de l’imâm Abû Hanifa : « Combien sa voie, ses faits et ses gestes sont magnifiques ! Et combien sa perspicacité dans le fiqh est superbe ! ».

Ad-Dhahâbî rapporte dans son Siyâr a’lam an-Nubalâ’ (4/402) :
« (…) Abû Ahmad ibn ‘Adiyy a déclaré : Il a raconté de nombreux hadiths de son père, de Jâbir et de ses ancêtres. Les principaux érudits ont rapporté de lui. Et il était l’un des hommes de confiance, comme l’a dit Ibn Ma’în.
Amr ibn Abi’l-Miqdaam a déclaré : Quand j’ai regardé Jâ’far ibn Muhammad, j’ai réalisé qu’il descendait des Prophètes. Je l’ai vu debout à la Jamrah, disant : Demande-moi, demande-moi.
« Ali ibn al-Ja ’d a raconté que Zuhayr ibn Mu’awiyah a déclaré : Mon père a dit à Jâ’far ibn Muhammad : J’ai un voisin qui prétend que vous avez désavoué Abû Bakr et‘ Umar. Jâ’far a dit : Puisse Allâh désavouer votre voisin. Par Allâh, j’espère qu’Allâh me fera bénéficier de mes liens de sang avec Abû Bakr, car je suis tombé malade une fois et j’ai laissé ma volonté à mon oncle maternel ‘Abd ar-Rahmân ibn al-Qâsim (ce qui signifie qu’il était très proche de lui).
Ibn Uyaynah a dit : Ils m’ont raconté de Jâ’far ibn Muhammad – bien que je ne l’ai pas entendu (directement) de lui – qu’il a dit : À l’époque du Messager d’Allâh (que la bénédiction et la paix d’Allâh soient sur lui) , la famille d’Abû Bakr s’appelait la famille du Messager d’Allâh (bénédiction et paix soient sur lui). [ndt : en effet, Abû Bakr et ses enfants étaient pratiquement toujours en compagnie du Messager d’Allâh, ils l’ont soutenu et ont tout dépensé pour sa cause quand les idolâtres s’en prenaient au Prophète et le dénigraient].
Muhammad ibn Fudayl a déclaré, relatant ce que disait Sâlim ibn Abi Hafsah : J’ai interrogé Abû Jâ’far [Muhammad al-Baqîr] et son fils Jâ’far sur Abû Bakr et ‘Umar. Il a dit : Ô Sâlim, considérez-les comme des alliés et désavouez tous ceux qui les considèrent comme des ennemis, car ils sont tous deux des imâms guidés.
Alors Jâ’far dit : Ô Sâlim, un homme injureriait-il son grand-père ? Abû Bakr est mon grand-père, et je ne parviendrai pas à l’intercession de Muhammad (bénédiction et salut soient sur lui) le jour de la Résurrection si je ne les considère pas tous les deux (Abû Bakr et ‘Umar) comme des alliés et si je ne désavoue pas ceux qui les considèrent comme des ennemis.

(Ad-Dhahabî a déclaré) : Ces mots ont été relatés dans des récits abondants (mutawatir) de Jâ’far as-Sâdiq. Je témoigne par Allâh qu’il était sincère dans ses paroles et qu’il n’était pas hypocrite à l’égard de qui que ce soit ni n’essayait d’apaiser quiconque. Puisse Allâh condamner les Rafidis »
.
Puis Ad-Dhahabî a commenté le récit ci-dessus en disant : « Sâlim avait une inclination évidente pour le shiisme, mais malgré cela, il transmettait ces paroles vraies. Seuls les gens de vertu reconnaissent la vertu de ceux qui sont vertueux. De même, Ibn Fudayl, le narrateur, était également un shiite mais digne de confiance dans le hadith. Puisse Allâh condamner les shiites (extrémistes) de notre époque ; comme ils sont plongés dans l’ignorance et le mensonge ! Ils attaquent les deux shaykhs (Abû Bakr et ‘Umar), les deux proches compagnons du Prophète (bénédiction et salut soient sur lui), et interprètent ces paroles d’al-Bâqir et as-Sâdiq comme ayant été dites par le biais de la taqiyyah (dissimulation) ».

Les Imâms Al Bâqir et As Sâdiq rapportent que ‘Alî Ibn Abî Tâlib invoqua la Grâce et le Salut d’Allâh sur ‘Umar Ibn Al Khattâb et pria en sa faveur. En effet, l’imâm al-Khatîb al-Baghdadî rapporte dans son Al Jâmi’ Li Akhlâq ur Râwî wa Âdâb us Sâmi’ selon une chaine de transmission authentique : « Nous rapportons de Ahmad Ibn Muhammad Abû Ja’far Al ‘Atîqî qui rapporta de ‘Alî Ibn ‘Umar Al Hâfiz, le rapportant de Abû Hâmid Muhammad Ibn Hârûn Al Hadramî qui rapporta de Ya’qûb Ibn Ibrâhîm Ad Dawraqî, qui rapporta de Sufyân Ibn ‘Uyaynah, qui rapporta de Ja’far Ibn Muhammad le rapportant de son père qui rapporta que Jâbir Ibn ‘Abdi Llâh a dit : « ‘Alî dit à ‘Umar Ibn Al Khattâb, alors que ce dernier était allongé sur son lit de mort : « Salla Llâhu ‘alayk – que La Grâce (et la Paix) d’Allâh soit sur toi ! », puis il fit des invocations en sa faveur ». Sufyân rapporta : « On demanda à Ja’far : « N’est-il pas dit que l’on invoque la Grâce [d’Allâh] seulement sur le Prophète () ? ». Il répondit : « Je l’ai entendu tel quel » » ».
La chaine est totalement authentique, selon tous les vérificateurs (dont Ad-Dhahâbî et Ibn Hajar al ‘Asqalânî). Chacun rencontra l’autre et tous sont fiables et dignes de confiance.
 

L’imâm Al Hakîm Abû ‘Abdi Llâh, qui était un sunnite ayant relaté les nombreux mérites des ahl ul bayt a dit : « Jâ’far [As Sâdiq] Ibn Muhammad rapporta d’après son père Muhammad [Al Baqîr] Ibn ‘Alî [Zayn ul ‘Âbidîn] que ‘Abdu Llâh Ibn Jâ’far Ibn Abî Tâlib a dit : « Abû Bakr As Siddîq est devenu notre Calife et il fut le meilleur des Califes d’Allâh, il fut le plus charitable et le plus attentionné envers nous (les Ahl ul Bayt) » » (Rapporté par al-Hakîm dans son Al Mustadrak).
Abû Bakr disait en effet : « Cherchez la proximité (urqubû) de Muhammad -salallahû ‘alayhi wa salam- à travers les membres de sa famille » (Hadîth rapporté par al-Bukharî et Muslim dans leur Sahîh, sous l’autorité de Ibn ‘Umar).

Cela fut aussi l’attitude de l’imâm ‘Alî (‘alayhî salâm) à l’égard de Abû Bakr (‘alayhî salâm) : « Qu’Allâh fasse miséricorde à Abû Bakr, Par Allâh il était clément envers les pauvres, il récitait le Qur’ân, il interdisait le blâmable, il était un connaisseur de sa religion, il craignait Allâh, il réprimait les actes prohibés et ordonnait le convenable, il passait la nuit en priant et le jour en jeûnant, il a surpassé ses compagnons en piété et en sobriété, et les a devancé en ascétisme et en chasteté » (Nâssikh al-Tawarîkh de Mirza Muhammed Taqî al-Kâshânî surnommé Lissân al-Mulk 5/143-144).

Ad-Dhahâbî rapporte également cette parole de l’imâm ‘Alî : « Auparavant, lorsque j’entendais un hadith de la bouche du Prophète (), je m’instruisais de son contenu selon la Volonté Divine, mais lorsqu’il me fut rapporté par une autre personne, je le fis passer sous serment pour s’assurer de sa véracité sauf pour Abû Bakr as-siddîq (le véridique) car Abû Bakr ne dit que la vérité ».

Muhammad ibn Al-Hanafiya (le fils d’Alî) raconte : « J’ai demandé à mon père, « qui sont les meilleurs gens après l’Envoyé d’Allâh ? ». Il dit : « Abû Bakr ». J’ai alors demandé « qui ensuite ? ». Il dit, alors « `Umar ». Ayant peur qu’il dise ensuite `Uthmân, j’ai donc demandé : « et toi ? ». Il répondit : « je suis seulement une personne ordinaire’ » (Sahîh Bukharî). On reconnait là, à la fois la sagesse et l’humilité de ‘Alî, qui était l’un des plus grands compagnons, aux qualités exceptionnelles, mais qui faisait honneur à ses aînés et qui faisait l’éloge d’autres grands compagnons comme Abû Bakr, ‘Umar et ‘Uthmân. Et certes, il n’était pas du nombre des menteurs ou des lâches. Cependant, pour concilier les différents ahadîths, qui tantôt disent que le plus aimé des hommes par le Prophète était Abû Bakr, tandis que d’autres parlent de ‘Alî, les deux à travers des voies de transmissions authentiques et abondantes, nous dirons que Abû Bakr était l’homme le plus âgé parmi les personnes âgées et ceux qui ne faisaient pas partie biologiquement des ahl ul bayt, tandis que l’imâm ‘Alî était le jeune le plus aimé, et faisait partie des ahl ul bayt.
Aussi bien Abû Bakr que ‘Alî furent d’un grand secours pour le Prophète, occupèrent des fonctions importantes à l’époque du Prophète (imâm dans la prière, compagnon intime, commandant de bataillons, témoignages en sa faveur, accompagnement lors d’occasions politiques, diplomatiques, sociales et religieuses de grande importance, etc.). Alors que l’imâm ‘Alî n’était encore qu’un enfant sans influence sociale, financière ou tribale pour soutenir le Prophète, ce fut Abû Bakr qui joua ce rôle, et qui continua à le faire, jusqu’à ce qu’Alî grandisse, qu’Umar et ‘Uthmân rejoignirent le Prophète et sa cause, et tous furent d’une grande aide pour le Prophète et sa communauté, sans oublier Khadija, ‘Aîsha, Umm Salama et les filles du Prophète dont la sainte Fatima.
Abû Bakr était une autorité dans le domaine exotérique, tout en étant discret dans son ésotérisme, tandis que l’imâm ‘Alî qui était aussi une autorité dans l’exotérisme, y était cependant plus discret, mais manifestait clairement l’excellence dans son ésotérisme.

Et l’attitude de ‘Alî était conforme à celle du Prophète à l’égard de Abû Bakr :
« Allâh a élu mes compagnons parmi tous les hommes des mondes, hormis les Prophètes et les Messagers, et Il m’a désigné quatre parmi mes compagnons. Il a fait d’eux mes meilleurs compagnons, sachant qu’en chacun de mes compagnons il y a du bien : Abû Bakr, `Umar, Uthmân et `Alî » (hadîth rapporté par Abû Nu`aym, Al-Khatîb, par Ibn `Asâkir et par d’autres, dont d’autres ahâdîths du même sens).

« Abû Bakr ne vous devance pas par un excès de prières ou de jeûne, mais en raison (grâce à) d’un secret qui se trouve dans son «coeur» [for intérieur] » (Hadîth rapporté par At-Tirmidhî, par Ahmad dans Kitab fada’il al-Sahaba, par Al-Ghazâlî, par Al-Hakîm At-Tirmidhî dans Nawâdir Al-Usûl selon Bakr Ibn `Abd Allâh Al-Muzanî, cf. Al-Maqâsid Al-Hasanah d’As-Sakhâwî, p. 196).

Selon Ibn `Abbâs (qu’Allâh l’agrée), le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) a dit : « Abû Bakr est mon compagnon, celui qui me fut d’une douce compagnie dans la grotte, reconnaissez-lui cela car si j’avais à choisir un ami intime, j’aurais choisi Abû Bakr » (hadîth rapporté par Abd Allâh, le fils de l’Imâm Ahmad [Ibn Hanbal], dans le complément du Musnad, et par Ad-Daylamî et d’autres).

« Abû Bakr As-Siddîq est mon ministre (wazîri), et mon Calife (ou mon vicaire) sur ma communauté après ma mort, `Umar parle par ma langue, `Ali est mon cousin, mon frère et le porteur de mon étendard, et `Uthmân est de moi et je suis de lui » (Hadîth rapporté par At-Tabarâni dans Al-Kabîr, et Ibn `Adî dans “Al-Kâmil”, et d’autres l’ont rapporté également).

« Abû Bakr est de moi et je suis de lui, et il est mon frère ici-bas comme dans l’au-delà » (Hadîth rapporté par Ad-Daylamî).

Selon `Ali (‘alayhî salâm) le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) a dit : « Jibrîl vint me trouver. Je lui dis : qui émigre avec moi ? Il répondit : Abû Bakr, et c’est lui qui te succède à la tête de ta communauté, et c’est lui le meilleur de ta communauté » (Hadîth rapporté par Ad-Daylamî).

Touché par la maladie, Abû Bakr commença à s’inquiéter du sort de la communauté et craignit qu’à sa mort, la discorde menaçât sa cohésion et sa fermeté. Il consulta plusieurs Compagnons du Prophète qui se montrèrent, pour la plupart, en faveur de la désignation de `Umar Ibn Al-Khattâb en tant que Calife. Le dernier mot devant être celui de la communauté, il s’adressa aux habitants de Médine pour demander leur avis. Il dit : « Ô gens ! J’ai fait un choix après avoir consulté nombre de sages. Êtes-vous prêts à l’accepter ? » Les habitants de Médine répondirent par l’affirmative sauf `Alî Ibn Abî Tâlib qui s’exclama : « Non, non… nous n’accepterons que `Umar ! » Abû Bakr sourit aussitôt et dit : « C’est `Umar ! » » (As-Suyûtî “Ar-Rawd Al-Anîq fî Fadl As-Siddîq”).


Etant un éminent juriste, les avis de l’imâm Jâ’far se retrouvent dans les différentes écoles juridiques sunnites (mais dont beaucoup ont disparu au fil du temps), et les shiites duodécimains ont nommé leur école juridique « jâ’farite » en son honneur, mais beaucoup de leurs avis ne remontent pas de manière certaine et authentique aux enseignements de l’imâm Jâ’far ou des autres grands imâms.

Et c’est après une vie pleine de lumière et de lutte acharnée pour la préservation de la Sunnah de son ancêtre le Messager d’Allâh que l’Imâm Ja’far As Sâdiq fut rappelé par son Seigneur, en l’an 148 de l’Hégire. Al Imâm Shams ud Dîn Ibn Khallikân a dit à ce sujet dans Wafayât ul A’yân : « Il mourut au cours du mois de Shawwâl de l’an 148 de l’Hégire et fut enterré au cimetière de Al Baqî’ à Médine. Dans le même caveau se trouve les corps de son père Muhammad Al Bâqir, son grand-père ‘Alî Zayn ul ‘Âbidîn et l’oncle de son grand-père Al Hassan Ibn ‘Alî. Combien ce caveau est magnifique de par sa munificence et sa noblesse ! ».

Ô Allâh, nous témoignons de l’excellence et du modèle de piété que représente l’imâm Jâ’far pour nous. Sanctifie son secret, fais lui miséricorde, accorde-lui Ton Pardon et les plus belles de Tes Grâces, ainsi à l’ensemble des gens de sa famille, de ses partisans et de tous les vertueux qui T’adorent sans associé.
 


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