La civilisation islamique et sa place particulière dans l’histoire des civilisations



La civilisation islamique est la civilisation qui a produit le plus de savants et de manuscrits avant l’avènement du monde moderne. Nous trouvons littéralement des milliers de savants dans chaque ville importante du monde musulman, avec parfois plus de 150, 300, 800, 900 ou même plus de 1300 ouvrages (pour un seul savant) à leur actif, et sur des sujets fort variés (droit, théologie, poésie, grammaire, histoire, logique, zoologie, physique, mathématiques, astronomie, médecine, religions comparées, …) ! Nous recensons également de nombreux commentaires de traités scientifiques, juridiques, théologiques, métaphysiques, philosophiques, etc.

Ces dernières années, les chercheurs du monde entier ont retrouvé des dizaines de milliers de manuscrits qui ne sont pas encore étudiés, que ce soit en Inde, en Turquie, en Algérie, au Mali, au Sénégal, en Oman et ailleurs. Doit s’ajouter à tout cela, les millions d’ouvrages détruits par les mongols et par les croisés, puis par les colons (essentiellement britanniques et français), ainsi que d’autres ouvrages qui furent pillés et emmenés dans leur pays. Mentionnons encore le fait que certains savants ont détruit eux-mêmes leurs propres ouvrages, de peur d’avoir commis des erreurs et d’induire ainsi des gens dans l’égarement ou l’erreur sur certains points.

En Algérie : « Le ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi a fait état, mardi à Alger, de 35.000 à 40.000 manuscrits conservés dans les bibliothèques traditionnelles dans le sud du pays, en sus de 5000 autres recensés à la Bibliothèque nationale (BN) » (« Plus de 35.000 manuscrits conservés dans les bibliothèques traditionnelles du sud du pays », APS, 24 octobre 2018 : http://www.aps.dz/culture/79763-plus-de-35-000-manuscrits-conserves-dans-les-bibliotheques-traditionnelles-du-sud-du-pays).

Plus de 35 000 manuscrits conservés dans les bibliothèques traditionnelles du sud du pays : « Le président du laboratoire des manuscrits algérien en Afrique, Ahmed Djaâfri, a indiqué que « le portail algérien des manuscrits est un projet de recherches à haut impact socioéconomique, lancé sur budget du Fonds national de la recherche scientifique et du développement des technologies, sous le patronage de la direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Pour M. Djaâfri, « ce site électronique s’emploie à mettre en oeuvre plusieurs démarches consistant en la classification et la numérisation, à court terme, d’un patrimoine de plus de 30.000 manuscrits algériens existant au niveau des Khizanate (bibliothèques de particuliers) ainsi que des bibliothèques algériennes et dans le monde » » (« Adrar: Portail algérien des manuscrits, un projet scientifique pour répertorier le manuscrit algérien », APS, 13 novembre 2018 : http://www.aps.dz/culture/80624-adrar-portail-algerien-des-manuscrits-un-projet-scientifique-pour-repertorier-le-manuscrit-algerien).

Le célèbre Shaykh Abû al-Hassan An-Nadwi faisait état, dans ses mémoires récemment sorties, dans un ouvrage concernant les orientalistes, du fait que de nombreux savants et lettrés du sous-continent indien (Pakistan et Inde actuels principalement) ont produit des œuvres majeures de recherche en dehors des institutions habituelles qui aident les universitaires (bourses et autres fonds gouvernementaux, équipes de doctorants les assistant, etc.), et il donne l’exemple concret du Shaykh Hassan Khan, un savant du Rajasthan mort en 1946, qui avait décidé de composer un dictionnaire biographique d’écrivains musulmans de tout horizon et époque, sans viser l’exhaustivité mais, surtout, tout seul : le résultat comptabilisera environ 60 volumes, correspondant à 40 000 noms approximativement.

En Oman, plus de 60 000 anciens manuscrits furent découverts, portant sur différentes sciences, comme le rapporte le Dr. Musa Bin Abdullah Al Kindi, directeur de « Arab Open University » (Oman branch), au cinquième forum scientifique sur les études des manuscrits d’Oman (Studies in Omani Manuscripts) (« Oman ‘has 60,000 manuscripts », 25 octobre 2016 http://omantribune.com/details/16006/).

Au Sénégal, plus de la moitié des manuscrits estimés du Sénégal (10.000 ? au total) sont conservés à l’ancien IFAN, devenu l’Institut Fondamental d’Afrique noire- Cheikh Anta Diop (IFAN-CAD). Le reste des collections, sont la propriété privée de lettrés en arabe, l’héritage familial, notamment dans la vallée et au Waloo, dans les bibliothèques des confréries ou des associations culturelles islamiques. L’IFAN-CAD a le privilège de disposer de quatre fonds exceptionnels dans son département « manuscrits » fondé depuis 1965, et qui sont :

a) Le Fonds Brevié;

b) Le Fonds Figaret;

c) Le Fonds Viellard:

d) Le Fonds Kamara

L’examen du contenu des « Fonds », en la troisième partie de cet exposé, donnera une idée exacte de la très grande importance historique. La contribution de sénégalais et les efforts « d’exhumation », de traduction et d’impression de pièces rares par des « orientalistes » ou administrateurs français au Sénégal, rend ce pays incontournable pour l’étude du manuscrit africain. Les Sénégalais, entre autres ont pour nom Yoro Diaw pour ses « Cahiers », Amadou Wade pour son Geste, Siré Abass Sow pour son manuscrit et Cheikh Moussa Kamara pour son abondante production, absolument inégalable. Les Français concernés sont Faidherbe, Binger, Gaden, Delafosse, Houdas et Clozel, en plus de l’équipe de l’Ifan :Mauny, Charles et Vincent Monteil en particulier ».http://www.ebad.ucad.sn/Archives/colloque_BNAF/Sohamody.htm

En Mauritanie, « Les tribus nomades qui parcourent le désert mauritanien n’étaient pas seulement formées de riches marchands, mais également par des hommes d’études, des savants et des lettrés qui nous ont transmis des écrits concernant tous les domaines de la connaissance humaine : c’était le monde de « l’université des sables », une université itinérante à chameau…» s’étonne une italienne, Mme Laura Alunno, attachée culturelle de l’ONG Africa 70, en découvrant la « Mahadrah », cette université itinérante et son outil didactique, les dizaines de milliers de curieux manuscrits. Il existerait sur le territoire mauritanien 300 bibliothèques de familles, clans et tribus. La quasi-totalité de ces manuscrits sont propriétés d’individualités et collectivités maures ou poular. Cependant, certaines collections existent en milieux soninké et wolof. L’Institut Mauritanien de Recherches Scientifiques (IMRS crée en 1974 a pu rassembler, à lui seul et par rachat) près de 7 000 manuscrits. Un autre établissement public, l’Institut Scientifique d’Etudes et de Recherches Islamiques (ISERI) en a racheté, lui, près de 4 000 pièces. Le reste, entre 80 000 et 90 000 mille unités dorment, dangereusement menacées par les intempéries, les insectes ; la brutalité des usagés, la piraterie et l’oubli (!), dans des « bibliothèques » privées ou ce qui en tient lieu…En dehors de Nouakchott et les deux centres publics précités, les villes qui abritent des bibliothèques privées les quatre cités caravanières et certaines capitales de « Wilaya » ou de « Moughata’a » importantes culturellement. Cependant l’exception existe concernant des agglomérations, rurales et nomades, que nous verrons plus loin. A titre d’exemple à Chinguetti et ouadane, villes décrétées patrimoine de l’humanité par l’Unesco la seule bibliothèque privée (il en existe 34 autres) de la famille Habott conserve près de 1500 manuscrits dont certains sont pièce unique dans l’ensemble de « Dar el Islam » » (http://www.ebad.ucad.sn/Archives/colloque_BNAF/Sohamody.htm ; le lien n’est malheureusement plus valide à l’heure actuelle).

Les Manuscrits de Tombouctou sont un ensemble de manuscrits médiévaux datant de la période précoloniale, pour la plupart rédigés et conservés depuis des siècles à Tombouctou et dans sa région. Ces lettres qui datent du 12e et 13e siècles pour les plus anciens forment un corpus hétéroclite comprenant aussi bien des documents d’enseignement que de courtes lettres. La majorité de ces manuscrits sont écrits en arabe, dans une langue africaine ou dans une version africanisée de l’alphabet arabe, ensemble généralement désigné par « Écriture Ajami (ou Adjami) ». Les langues écrites pratiquées localement et utilisées dans ces manuscrits sont notamment le Songhaï et le Tamasheq. Ces textes comprennent une grande variété de sujets incluant les sciences islamiques, les mathématiques, la métaphysique, la philosophie, la logique, l’astronomie, la médecine, le droit et d’autres domaines encore (« From Africa in Ajami », Septembre/Octobre 2011, Vol. 62, n°5 : http://archive.aramcoworld.com/issue/201105/from.africa.in.ajami.htm).

Transmis d’une génération à l’autre au sein de familles de Tombouctou (au Mali), ces manuscrits sont souvent conservés dans de très mauvaises conditions (« Towards an omnilingual word retrieval system for ancient manuscripts », Pattern Recognition Vol. 42, n°9, Septembre 2009, pp. 2089–2105), ce qui est valable aussi pour d’autres pays. En octobre 2008, notamment, une de ces bibliothèques domestiques fut inondée et 700 manuscrits furent alors perdus (« Lost Treasures of Timbuktu », Time, 28 septembre 2009 par Vivienne Walt http://content.time.com/time/magazine/article/0,9171,1924486,00.html).

Avec la disparition du système d’éducation arabe au Mali pendant la colonisation française, nombreuses furent les personnes ne sachant plus lire les manuscrits de leur patrimoine historique, et la reconnaissance de la valeur de ces manuscrits a donc considérablement diminué, et certains d’entre eux ont été vendus, notamment par soucis de pauvreté à cause de la colonisation (NMI Goolam, « The Timbuktu Manuscripts – Rediscovering a Written Source of African Law in the Era of the African Renaissance », 2006 http://heinonline.org/HOL/LandingPage?handle=hein.journals/fundmna12&div=23&id=&page=).

Le magazine Time a ainsi relaté qu’un imam a vendu certains d’entre eux 50 $US pièce. Julian Johansen et Sidi ʿUmar Wuld ʿAlī publient en 1995 un premier volume listant les manuscrits du centre Ahmed Baba traitant de 1500 manuscrits (« Handlist of manuscripts in the Centre de documentation et de recherches historiques Ahmed Baba », Timbuktu., Volume 1, Londres, al-Furqān Islamic Heritage Foundation), principalement en arabe, incluant le Qur’ân et son exégèse, les ahadiths, le fiqh (droit musulman), la théologie, la grammaire, la poésie, le tasawwûf, les biographies du Prophète et des savants musulmans, les supplications religieuses, la logique, la médecine, l’astronomie, la philosophie, les mathématiques, la rhétorique, des traités sur les « sciences occultes », l’histoire, et autres (Harry T. Norris, « Bulletin of the School of Oriental and African Studies », Vol. 60, n°3, Octobre 1997, p. 606. L’article est disponible sur le site officiel de l’Université de Cambridge https://www.cambridge.org, mais l’adresse url étant trop long, voici le lien-raccourci DOI : https://doi.org/10.1017/S0041977X00033164).

Ils proviennent du Mali, mais aussi du Niger, de Mauritanie, du Maroc, ainsi que de pays du Proche ou Moyen-Orient.

Un corpus d’environ 30 000 manuscrits est conservé à l’Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmed Baba (IHERI-AB), fondé à Tombouctou par le gouvernement malien en 1973 (« Institut des Hautes Études et de Recherches Islamiques Ahmed Baba (IHERI-AB) », Projet Manuscrits deTombouctou ; consulté le 13 janvier 2013 : http://www.tombouctoumanuscripts.org/fr/libraries/ahmed_baba_institute_of_higher_learning_and_islamic_research_iheri-ab/).

Des collections de manuscrits sont également présentes dans des bibliothèques privées de Tombouctou : Fondo Kati, Al-Wangari et Mamma Haidara.

Ces manuscrits furent collectés grâce aux efforts de quelques personnalités exceptionnelles telles que le Dr. Mahmoud Zubayr, premier directeur du centre, et Abdul Kader Haidara qui a travaillé pour CEDRAB avant d’établir sa bibliothèque personnelle. Ce chiffre de 30000 manuscrits est encore quelque peu conservateur si l’on considère le nombre estimé de manuscrits existant dans la région. La Fondation du Patrimoine Islamique Al-Furqan a déjà publié un catalogue, encore incomplet, faisant état d’une liste d’environ 9000 manuscrits de la collection CEDRAB. Les manuscrits de l’Institut Ahmed Baba provenaient également de toutes les parties du Mali, jusqu’aux frontières de la Mauritanie, du Burkina Faso, du Sénégal, du Niger, de l’Algérie et de la Côte d’Ivoire.

L’immense opération entreprise par Abdul Kader a été essentielle pour l’acquisition par le centre des 16000 manuscrits collectés entre 1984 et 2002. Les collections de manuscrits s’étendent sur plusieurs pays, notamment au Niger et en Mauritanie.

D’après les « quelques recherches » qui ont été menées, des chercheurs estiment le nombre de manuscrits encore disponibles, à environ 900 000 sur une vaste région, dont 50 000 au moins à Tombouctou (Jean-Louis Triaud, Les Matins de France Culture, 10 juillet 2012 http://www.dailymotion.com/video/xs2r1f_lesmatins-jean-louis-triaud-et-naffet-keita_news?start=2090).

Un article paru dans Le Monde en parlait également : « Elle est loin cette période glorieuse où, au milieu du XVe siècle, Tombouctou accueillait des milliers d’étudiants de toute l’Afrique à la mosquée de Sankoré pour recevoir les enseignements de mathématiques, de philosophie ou de médecine dispensés par des oulémas musulmans, authentiques savants éclairés s’il en fut ! Il en reste une trace : leurs manuscrits et ceux des copistes qui laissèrent là un impressionnant savoir écrit de près de 100 000 documents.

Mais à peine commence-t-on à exhumer cette somme de connaissances qu’un nouvel obscurantisme au nord du Mali risque de la jeter aux oubliettes de l’Histoire parce que des djihadistes armés jusqu’aux dents en auront décidé ainsi. Dans la seule cité dite des « 333 saints » et sa région, on dénombre environ 300 000 de ces manuscrits arabes. Dans un périmètre plus large encore qui couvre une partie du Niger et qui s’étend de Walata à Gao en passant par Arawan, Djenné et Ségou, des historiens maliens reconnus comme Mahmoud Zouber les évaluent à près de 900 000 (certains remontant au XIIIe siècle). Peu importe d’ailleurs les chiffres, ils évoluent à mesure que les familles, jusqu’alors encouragées par les pouvoirs publics, vident leurs caisses pour ouvrir des bibliothèques familiales (dont celle de Kati ou de Mama Haidara), ou que d’autres confient leurs fonds à l’Institut Ahmed Baba, un centre d’archivage créé en 1973 sous l’égide de l’Unesco. Tout y est pour comprendre la vie économique et intellectuelle de ce carrefour de la route de l’or, des épices : les actes de commerce et de justice, les ventes, les précis de pharmacopée, des recueils rédigés à l’endroit des couples sur les relations sexuelles, des précis de grammaire ou de mathématiques. De la littérature religieuse certes, mais aussi et surtout des traités de droit et de gouvernance très en avance sur le temps occidental. Tout ici à Tombouctou permet de penser que, non seulement l’histoire de l’Afrique n’est pas qu’orale, mais écrite ; mais aussi que, sur bien des sujets (en particulier politiques), le rôle et l’influence des intellectuels négro-musulmans ont été, entre les XIVe et XVIIe siècles, propices à la liberté de penser et d’apprendre. Mais là n’est pas l’objet. Ce qui est constaté, c’est l’indifférence générale de l’opinion devant un crime de lèse-civilisation. Si rien n’est fait pour protéger ce patrimoine millénaire que d’aucuns ont tenté, d’Afrique du Sud, d’Arabie saoudite, de Libye (ou de l’ENS de Lyon !), d’aider et de protéger, c’est tout un fondement de l’histoire de l’humanité qui va, à partir de la « cité mystérieuse » (comme l’a si bien dénommée son premier historien occidental, Félix Dubois, en 1907), être englouti » (« Tombouctou, épicentre du nouvel obscurantisme islamiste africain », Le Monde, 28 juin 2012 par Jean-Michel Dijan http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/06/28/tombouctou-epicentre-du-nouvel-obscurantismeislamiste-africain_1725995_3232.html).


Il existe ainsi de nombreux manuscrits uniques conservés dans des cercles privés, des particuliers et des familles, qui n’ont pas indexé officiellement ces manuscrits.

Dans l’ouvrage « Lire et comprendre le Qur’ân » de Abû-Hâmid Al-Ghazâlî, traduit et commenté par Tayeb Chouiref, il rapporte dans l’introduction qu’il en fait, que selon le Shaykh Murtada Al-Zabidî (m. 1791 : commentateur de l’Ihyâ’), Al-Ghazâlî avait rédigé deux tafsirs (ésotérique et exotérique) du Qur’ân, qui sont aujourd’hui introuvables (comme de nombreux autres manuscrits dans le monde musulman et ailleurs, certains restent dans des cercles privés (1) : intellectuels ou familiaux, sans qu’ils les recensent auprès des institutions ou autorités en la matière, constituant ainsi des collections privées inconnues du grand public ou des autorités religieuses, politiques ou scientifiques). Ils étaient intitulés « Tafsîr al-Qur’ân al-‘azîm » et « Yâqût al-ta’wîl fî tafsîr al-Tanzîl ». Le premier était une exégèse (tafsîr) constituée d’environ 300 volumes (!) et aurait été au nombre des ouvrages noyés dans le Tigre (fleuve qui passe par l’Irak) lors de la destruction de Baghdâd par les mongols (2) (au 13e siècle !).

Le second était une exégèse constituée de 40 volumes (selon les indications données par Zabîdî). Le Shaykh ‘Abd al-Rahmân Jâmî (m. 898 H/1492) donne les mêmes renseignements et situe sa composition durant sa retraite spirituelle (dernière période intellectuelle de sa vie, cf. Maurice Bouyges, « Essai de chronologie des oeuvres de Al-Ghazâlî », Beyrouth, 1959, p. 67).

Le Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) a dit : « Lorsque ma communauté fera grand cas de la richesse matérielle, l’Islam perdra son charisme. Lorsque ma communauté ne commandera plus le bien et n’interdira plus (sagement) le mal, elle perdra la Bénédiction d’Allâh en rapport avec la Révélation » (Hadîth cité par Al Hakîm At-Tirmidhî sous l’autorité d’Abû Hurayra, dans « Nawâdir al-usûl »). Al-Fudayl ibn ‘Iyâd commentait ce hadîth en disant : « Cela signifie que la communauté perdra la [juste] compréhension du Qur’ân » (Récit rapporté par Abû Hâmid Al-Ghazâlî dans « Lire et comprendre le Qur’ân » – « Kitâb âdâb tilâwat al-Qur’ân » et constitue le huitième livre de sa somme « Ihyâ' »).

Après les mongols, ce furent les croisés et les forces coloniales (britanniques, françaises, puis israéliennes et américaines) qui brûlèrent de nombreux manuscrits, des bibliothèques et des mosquées du 18e au 21e siècles (en Algérie, en Egypte, en Lybie, au Sénégal, en Tunisie, en Inde, au Pakistan, en Turquie, en Irak, etc.).

Par ailleurs, ce sont les croisés, et plus tard, leurs successeurs laïcards, qui ont souvent brûlé les livres (sauf ceux qu’ils voulaient garder pour eux) qu’ils voyaient chez les musulmans (Sénégal, Algérie, Mali, Liban, Inde, Pakistan, etc., où au total, quelques millions de livres furent brûlés, comme au Liban, où une grande bibliothèque contenant plus de 200 000 livres fut incendiée volontairement). Le siège de Tripoli au Liban qui eut lieu entre 1102 et 1109 : « En effet, les forces terrestres, conduites par Baudouin, Bertrand et Tancrède respectent ces conditions, au contraire des Génois qui pillent la ville, détruisent sa bibliothèque, le Dar-el-Ilm, et massacrent une partie de la population » (René Grousset, “Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem” – I. 1095-1130 L’anarchie musulmane, Paris, Perrin, 1934 (réimpr. 2006), pp. 404-406).

Concernant cette bibliothèque : « Pour asseoir, leur jeune autorité politique sur Tripoli, sur le plan culturel, les Banû ‘Ammâr ont autour de 1080 créé une maison de la science qu’ils ont conçue comme un symbole de leur souveraineté sur la ville. Malheureusement, cette institution n’a fonctionné qu’une trentaine d’années. Après avoir conquis la ville en 1109, les Croisés ont mis fin à son existence, en livrant – semble-t-il – ses livres aux flammes. Combien étaient-ils, ces livres ? Une source chiite parle, mais de manière exagérée, de trois millions de volumes, parmi lesquels il y avait cinquante mille corans et vingt mille commentaires. Contredisant ces chiffres rhétoriques, une source sunnite évalue le fonds de la bibliothèque à deux cents mille volumes (Y. Eche, “Les bibliothèques arabes”, 118). Bien que plausible, au regard des dimensions des grandes collections de l’époque, ce nombre reste impressionnant. Il rappelle que les grands collectionneurs polymathes, qui ne se contentaient pas d’embrasser toutes les figures du savoir, aspiraient à réunir toutes les quantités de livres possibles. Ainsi pouvaient-ils travailler à l’universalité de leurs collections d’un point de vue tant encyclopédique que morphologique » (Houari Touati, ‘’Dar al-‘ilm : la Maison de la science fatimide’’, in Houari Touati (éd.), Encyclopédie de l’humanisme méditerranéen, printemps 2014 http://www.encyclopedie-humanisme.com/?Dar-al-ilm).

En 1798, Napoléon Bonaparte effectue la conquête d’Egypte. Un notable du Caire, le chroniqueur Shaykh Abd-Al-Rahman Al-Jabarti, raconte : « Au cours de la nuit, les Français pénétrèrent dans la ville comme un torrent à travers les ruelles sans rencontrer d’obstacles. […] Ils entrèrent ensuite dans la mosquée d’Al-Azhar à cheval. Il y avait là avec eux des fantassins, qui étaient comme les boucs des montagnes : ils s’égaillèrent dans la cour intérieure […], ils attachèrent les chevaux à la qibla. Ils saccagèrent les salles attenantes et les dépendances, brisèrent les lampadaires et les veilleuses, brisèrent les coffres à livres appartenant aux étudiants, aux pensionnaires ou écrivains publics ; ils s’emparèrent de tout ce qu’ils trouvaient : vases, plats, effets divers qui avaient été déposés dans les placards et les armoires. Ils jetaient au rebut les livres et les volumes du Qur’ân, marchant dessus avec leurs chaussures ; ils souillèrent les lieux d’excréments, d’urine et de crachats ». Le Shaykh Abd-Al-Rahman Al-Jabarti est un chroniqueur, historien et savant (dans les sciences religieuses). Somalien né en Egypte, il est connu pour sa chronique arabe  »Aja’ib al-athar fi al-tarajim wal-akhbar » qui couvre l’occupation française en Égypte (1798 – 1801) et la prise de pouvoir par Muhammad Ali (1804).

Au Sénégal par exemple, une bibliothèque entière (celle du village Pire qui abritait une université islamique) qui contenait beaucoup de mansucrits couvrant un large éventail de sciences (théologie, droit, hadîth, Qur’ân, logique, médecine, astronomie, littérature, etc.) a été incendiée volontairement par les autorités coloniales. Comme nous le rappelle notre frère Sëriñ Mbàkke Jeŋ : « Pour dominer un peuple, il faut au préalable le dominer culturellement en lui disant qu’il n’a jamais rien écrit », pour qu’il se tourne constamment vers leur envahisseur ».

Au Mali, les colons ont procédé aussi de la même manière (« However, during the period of French colonial domination of Timbuktu (1894–1959), many manuscripts were seized and burned by the colonialists, and as a result, many families there still refuse access to researchers for fear of a new era of pillaging », in ‘’Lost Libraries of Timbuktu’’ http://www. understandingslavery.com/index.php?option=com_content&v iew=article&id= 378 &Itemid= 233).


Les colonisateurs ont brûlé des manuscrits à Tombouctou (mais on peut non seulement généraliser cela à toute l’Afrique, mais aussi partout où le colonialisme est passé, puisque nous savons aussi que dans les républiques soviétiques, les autorités saisissaient les manuscrits « écrits en arabe » pour les brûler…) ce qui a rendu les gens « schizophrènes » quand il est question de les présenter aux « étrangers ».

Selon Gomez, dans les années 1100, les Africains d’al-Andalus, un Etat musulman médiéval, contribuèrent de manière significative à la « période intense de production intellectuelle et culturelle » qui dura 800 ans.

L’intelligence africaine d’Ibérie servit de base à la Renaissance européenne qui débuta dans les années 1500 et qui dura jusqu’en 1800. En outre, on venait de partout dans le monde pour étudier dans les universités de Tombouctou à l’époque des empires du Mali et du Songhaï. En fait, les savants européens les plus illustres, comme Hérodote, partaient en Afrique afin d’obtenir des connaissances et des informations.

Voir aussi la documentation historique sur le sujet dans « Histoire d’un parjure » de Michel Habart (éd. Anep, 2007). On y apprend le lourd bilan de la colonisation française d’Algérie, et aussi que les algériens de l’époque étaient bien plus lettrés et civilisés que les français ; les algériens, pour environ 90-95% d’entre eux savaient lire et écrire, et avaient une bonne culture générale : histoire, droit, poésie, littérature, exégèse, hadith, mathématiques, astronomie, médecine, …, soit, bien plus que la plupart des français, y compris les soldats venus coloniser l’Algérie.

D’ailleurs, aux 19e et au 20e siècles de nombreux savants en Egypte, Syrie, Algérie, Maroc, etc. tentèrent de réintroduire les matières scientifiques dans les cursus scolaires et universitaires, pour rattraper leur retard accumulé, mais les puissances coloniales empêchaient toute « réforme » et renaissance allant en ce sens, pour poursuivre leur impérialisme et leur domination politico-militaire. Car un peuple asservi et ignorant ne peut guère s’émanciper, de sorte qu’il reste toujours dépendant d’autres puissances.

Depuis quelques années, des « programmes » sur internet visant à réunir les scientifiques de la sphère islamique jusqu’au 19e siècle (durant la période « coloniale ») ont vu le jour…

Certains chercheurs étaient déjà à quelques 2000 noms et avouaient que ce n’était qu’un travail embryonnaire et qu’il est certain que ce travail ne serait pas fini de leur vivant, avec tous ces manuscrits (« The mission of the Islamic Scientific Manuscripts Initiative (ISMI) » https://ismi.mpiwg-berlin.mpg.de/drupal-ismi/ et « The Islamic Scientific Manuscript Initiative (ISMI) Towards a Sociology of the Exact Sciences in Islam » by F. Jamil Ragep and Sally P. Ragep, 2008 https://www.rasi.mcgill.ca/ISMI_SharedLegacy.pdf).

Ils ont trouvé 2200 noms rien qu’en se basant sur quelques milliers de manuscrits (4000 environ), or il y a encore 5 millions de manuscrits arabes à analyser, sans parler des manuscrits en langue persane, ourdoue, turc ottoman, etc.

Mais dans les pays arabes, les dictateurs laïcs dans les faits, n’accordent presque aucune importance aux sciences, raison pour laquelle les scientifiques doivent quitter le pays pour se former ailleurs…C’était déjà une condition imposée par les colons en Syrie et en Egypte par exemple : interdiction d’enseigner des matières scientifiques.

En 1830, le Shaykh Hassan al Attâr (1766-1835), alors recteur d’Al Azhar (1830-1835) à l’époque, tenta de réintroduire les matières scientifiques dans le cursus traditionnel religieux qui avait été délaissées voire interdites par certains dirigeants incultes ou à la solde des colons. Mais cette nouvelle tentative a été refusée par l’administration coloniale notamment le directeur (français) de l’école de médecine du Caire. D’autres régions connurent les mêmes interdictions (au Maghreb, dans certains pays africains, au Moyen- Orient, etc.). Shaykh Hassan al Attâr était à la fois médecin, logicien, astronome, juriste, théologien, exégète, mathématicien, historien, etc.

Plus récemment, dans les années 1960-70, le régime monarchique au Maroc a tout fait pour freiner l’expansion de l’instruction publique dans le domaine scientifique, et le régime lança une opération pseudo-écoles qurâniques (où la religion fut déformée afin d’éviter que ses principes universels, tels que la connaissance et la justice, ne deviennent de nouveau un moteur d’émancipation, et un moyen pour le peuple de protester contre les injustices ou les scléroses du régime ou des puissances étrangères coloniales). Il existe donc toujours cette accointance entre les régimes dictatoriaux soutenus et mis en place par les puissances coloniales, et les états occidentaux, qui veulent maintenir les autres peuples dans un état d’humiliation, de faiblesse et d’ignorance, pour éviter toute révolte et indépendance. L’Islam est un tout, ses principes englobent aussi bien la recherche et le bien-être dans l’ordre de la spiritualité et de la métaphysique, que dans le cadre cultuel et le domaine social, sur les plans psychologiques et mentaux, et dans la philosophie et les sciences (physique, biologie, optique, astronomie, mathématiques, neurosciences, etc.), car le Qur’ân mentionne bien tous les aspects de l’existence et de l’univers.


Cette culture du savoir et de la connaissance fut le moteur-même de la Tradition islamique, et débuta dès l’origine, notamment avec les versets du Qur’ân et les recommandations prophétiques, puis celles de ses successeurs immédiats, afin d’inciter les musulmans à approfondir leur connaissance dans la théologie, le droit, les mathématiques, l’économie, l’histoire, la géographie, l’astronomie, la médecine, la psychologie, la sociologie, l’ingénierie, etc.

Denis Enet dans son ouvrage « Vendre aux Arabes » (éd. Entreprise moderne d’ED Paris, 1978) disait : « En 712, Les Arabes fabriquèrent le papier, une manufacture fut installée à Baghdâd, son coût à bon marché remplaça le papyrus, et les bibliothèques commencèrent à fleurir dans les quatre coins des pays musulmans. Pour l’exemple, Cordoue comptait entre ses murs un million d’habitants, avec 80 écoles publiques et une bibliothèque de 600 000 volumes, fondée par l’Omeyyade ‘Abd Ar-Rahaman (792-852) quatrième souverain Omeyyade en Andalousie. La bibliothèque du Caire fondée en 875 par Ahmad Ibn Touloun (835-884) fut émir de Damas puis de l’Egypte en 868. La plus grande bibliothèque du monde Arabo-Musulman, comptait 1 600 000 volumes. Alors qu’à la même époque la bibliothèque de la Sorbonne s’enorgueillit d’être avec mille (1000) volumes, la plus grande de l’Occident. Trois siècles après la mort du prophète, la langue Arabe était devenue celle de la culture et de la science ». Et ce, même en Occident, où les grands savants européens étudiaient l’arabe et/ou le persan pour avoir accès directement aux manuscrits scientifiques, théologiques, philosophiques, spirituels et techniques.

Pierre Rousseau écrivit : « Vers le début du VIIe siècle, le flambeau de la science passe aux mains des Arabes. Dès lors, l’Humanité a connu une innovation torrentielle qui jaillissait de l’Arabie, emportant toutes les barrières sous son flot irrésistible » (Pierre Rousseau, « Histoire de la science, Ed. Fayard, Paris, 1945, p. 125).

L’historien André Clot écrit que : « Chrétiens et juifs convertis sont organisés en communautés, plus nombreuses, dit-on, que partout ailleurs dans le monde musulman, plus pacifiques aussi, chacun étant satisfait de son sort et ne désirant pas en changer. Cette rapide assimilation, cette adoption des goûts et des habitudes des musulmans n’étaient pas du goût des autorités chrétiennes, loin de là. L’ignorance du latin, la langue de l’Eglise, était telle que l’archevêque de Séville fit traduire la Bible en arabe afin que les chrétiens puissent la lire. Alvaro, un écrivain chrétien de cette époque, qui habitait Cordoue et était à la tête d’un groupe de chrétiens exaltés, observe avec tristesse : « Mes coreligionnaires, dit-il, aiment à lire les poèmes et les romans des arabes, ils étudient les écrits des théologiens et des philosophes musulmans, non pour les réfuter mais pour se former une diction arabe correcte et élégante. Où trouver aujourd’hui un laïque qui lise les commentaires latins sur les saintes écritures ? Qui d’entre eux étudie les évangiles, les prophètes, les apôtres ? Hélas, tous les jeunes chrétiens qui se font remarquer par leurs talents ne connaissent que la langue et la littérature arabes ; ils lisent et étudient avec la plus grande ardeur les livres arabes, ils s’en forment à grands frais d’immenses bibliothèques… Parlez-leur, au contraire, des livres chrétiens. Ils vous répondront avec mépris que ces livres là sont indigne de leur attention… » (« André Clot, « L’Espagne Musulmane VIIIe – XVe siècle », éd. Perrin, 1999, pp. 72-73).

Bruno Guigue dit par exemple que : « La responsabilité de l’antisémitisme est loin d’être universelle. (…) La présence en terre d’Islam de non-musulmans est expressément prévue par le Coran et par la tradition, la Sunna. (…) Ils sont les dhimmis, les protégés. (…) Leur condition y est en effet codifiée par le pacte de la dhimma, qui signifie à la fois garantie, protection et contrat. (…) Grâce à la dhimma, de fortes minorités chrétiennes et juives ont vécu longtemps en paix et en sécurité au milieu des musulmans. (…) Aussi n’y a-t-il aucun équivalent, dans la culture islamique, de l’opprobre lancé par l’Occident chrétien à la face du Juif. Chassés d’Espagne par les rois catholiques après 1492, les Juifs séfarades ont trouvé refuge dans le monde arabe. Et c’est l’empire ottoman qui leur offre, jusqu’au début du XXème siècle, un asile irremplaçable » (Bruno Guigue, « Aux origines du conflit israélo-arabe – l’invisible remords de l’Occident », éd. L’Harmattan, 1998, pp. 51-53).

Professeur américain d’affaires internationales et d’études islamiques à l’université de Georgetown, dans Washington, D.C, John Esposito nous informe que : « Pour plusieurs populations non-musulmanes dans les territoires byzantins et persans déjà soumises aux gouverneurs étrangers, le règne islamique a signifié un changement de gouverneurs, les nouveaux étant souvent plus souples et plus tolérants, plutôt qu’une perte de l’indépendance. Plusieurs de ces populations ont même joui d’une plus grande autonomie locale et ont souvent payé des impôts inférieurs… En ce qui concerne la religion, l’islam s’est montré plus tolérant, accordant une plus grande liberté religieuse aux juifs et aux chrétiens indigènes » (John L. Esposito, « The Islamic Threat: Myth or Reality », éd. Oxford University Press, New York, 1992, p. 39).

Dans un autre ouvrage il dit : « Ils ont remplacé les pays conquis, les dirigeants et les armées indigènes, tout en préservant la plupart de leur gouvernement, bureaucratie, et culture. Pour plusieurs dans ces territoires conquis, ce n’était qu’un échange de maîtres, un qui a amené la paix aux peuples démoralisés et mécontentés par les vicissitudes et l’écrasante taxation résultant des années de conflit Byzantino-Perse. Les communautés locales étaient libres de continuer de suivre leur propre façon de vivre dans les affaires internes et domestiques. Sur beaucoup d’aspects, les populations locales ont trouvé le règne musulman plus flexible et tolérant que celui des byzantins ou des perses » (John Esposito, « Islam: The Straight Path », éd. Oxford University Press, 1998, p.34.).

Même si le monde musulman a perdu sa place de leadership durant ces 3 derniers siècles, les choses changent puisque plusieurs pays du monde musulman, qui ne sont pas soumis au diktat occidental, investissent désormais dans la recherche scientifique.
L’un des pays où la production scientifique connaissait la plus forte croissance, surtout à partir des années 90, était l’Iran, alors sous la domination des religieux (ici en conformité avec l’Islam qui enjoint la recherche scientifique, là où dans les domaines sociaux et politiques, le gouvernement iranien s’éloigne souvent des préceptes islamiques). Dans les années 1970, l’Iran produisait environ 0, 0003% de la production scientifique mondiale, alors qu’en 2003, elle était de 0, 29%, soit environ 1000% de plus que dans les années 70. C’est un très bon résultat, sachant qu’à cette époque-là, la population représentait environ 1% de la population mondiale, tandis qu’au même moment, la Chine représentait déjà 20,13% de la population mondiale, pour seulement 1,38% de la production (d’articles/recherches) scientifique mondiale. (Voir l’article de la revue Science, 1 July 2005, 36-37).
La Turquie, depuis la domination politique du parti musulman AKP (avec Erdogan), connaitra aussi la même croissance en termes de production scientifique, hissant aussi la Turquie parmi les 20 premiers pays dans les domaines scientifiques.
La Malaisie, autre pays musulman dirigé par des musulmans, suivit la même voie dès les années 2000, se propulsant par la suite dans le Top 25 par rapport à la production d’articles scientifiques dans le classement mondial.

En matière de recherches et de publications scientifiques, la Turquie, tout comme l’Iran, la Malaisie et les émirats arabes unis, ont rattrapé le grand retard accumulé au fil des décennies en raison de la corruption et de la dépendance politique lorsqu’ils étaient sous la « tutelle » des puissances occidentales (tutelle directe ou indirecte selon les cas), et où en l’absence de conflits directs, ces pays ont pu investir une part considérable de leur budget, pour la recherche scientifique et le développement des sciences. Ainsi, entre 2008 et 2014 par exemple, l’Iran a presque doublé sa part dans les publications mondiales, avec 2 % en 2014 pour 25588 articles, se plaçant ainsi à un niveau comparable à celui des États arabes (2,4 %), de la Fédération Russe (2,3 %) ou encore de la Turquie (1,9 %). Les articles scientifiques écrits par des auteurs malaisiens ont grimpé de 251 % entre 2008 et 2014, atteignant ainsi 9 998 articles, soit 331 articles par million d’habitants – un chiffre trois fois supérieur à la moyenne asiatique dans son ensemble. Alors que la Turquie avait publié environ 1713 articles scientifiques en 1995, en 2003 (sous l’AKP) on en dénombrait plus de 6224, soit plus du triple en moins de 10 ans, et en 2015, le nombre d’articles publiés est encore plus important qu’en 2003 (3). En 2015, la Turquie atteignait 39275 publications scientifiques (18ème rang mondial, soit une forte progression, en un peu plus de 15 ans, depuis que l’AKP est au pouvoir, c’est près de 23 fois plus de publications scientifiques), soit devant la plupart des pays européens (comme l’Autriche, la Suède, la Belgique, le Portugal, le Danemark, la Norvège, …), avant Israël (30ème, alors qu’Israël reçoit d’importantes sommes d’argent, – des dizaines de milliards d’euro -, de la part des Etats-Unis et de l’Europe) et Singapour également. L’Iran est aussi dans le Top 20, puisqu’en 2015, furent publiés plus de 39727 articles scientifiques, atteignant aussi le 16ème rang mondial dans ce domaine (le classement comptabilise la totalité des articles scientifiques dans les différentes disciplines scientifiques). En 2014, l’Iran (16ème) et la Turquie (19ème), avaient cependant publiés plus d’articles (respectivement 43389 pour l’Iran et 39898 pour la Turquie), occupant de meilleurs rangs que des pays comme la Belgique et Israël par exemple. La Malaisie fait désormais partie du Top 25, avec 23414 articles en 2015, elle est classée 23ème au rang mondial (soit, une énorme progression). L’Arabie Saoudite, quant à elle, est classée au 33ème rang en 2015 (avec 17529 publications scientifiques) et l’Egypte est 36ème (avec 14800 articles scientifiques), restant quand même devant plusieurs pays européens et des pays comme Hong Kong (37ème avec 14710 publications) ou la Nouvelle Zélande (39ème, 13052 publications). Le Qatar, depuis quelques années, a fondé plusieurs grands centres de recherche également.

Le nombre de femmes turques impliquées dans la recherche scientifique a augmenté également depuis 2002, et se situe en moyenne à plus de 35% en 2010 (devançant des pays comme la Suisse, la Corée du Sud, le Japon, la France, la Hongrie, les Pays-Bas, l’Allemagne, …) (4).

En 2017, la Turquie se situait dans une moyenne de 30,1 à 45% (36,9% en 2014) parmi les femmes actives dans la recherche scientifique, devançant des pays comme la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Autriche, les Etats-Unis, etc. La Turquie se situe donc dans la même moyenne que des pays comme la Suède, la Suisse, l’Espagne, le Royaume-Uni, la Russie, etc. sur ce plan. Les Etats arabes ont une moyenne de 39,9%, dépassant la moyenne de l’Europe centrale et orientale qui est de 39,6 %, et dépassant aussi celle de l’Amérique du Nord et de l’Europe occidentale, qui est de 32, 2% en moyenne (chiffres de 2014). Des pays musulmans (en 2014) comme l’Azerbaidjan (54,3%), la Tunisie (53,9%), le Kazakhstan (51,5%), la Malaisie (48,8%), l’Egypte (42,2%), le Bahreïn (39%) et l’Irak (37,5%), dépassent souvent de loin la plupart des pays occidentaux (5).

Tout comme le monde musulman, d’autres pays comme le Brésil, la Chine, le Japon et la Corée du Sud par exemple, ont rattrapé leur retard depuis quelques décennies, et participent désormais activement également à la recherche scientifique.

Espérons que les pays musulmans encore sous tutelle occidentale, se libèrent prochainement et investissent également leurs ressources dans ces domaines, car il existe un énorme potentiel scientifique, où les « grands esprits » sont obligés d’aller étudier puis travailler dans les centres de recherche en Occident.



Notes :

(1) Pour donner un exemple concret : on a Sultan Bahu, l’un des plus grands métaphysiciens d’Inde né dans l’actuel Pakistan au 16e siècle, mais le problème, c’est que nous n’avons pas accès à ses oeuvres métaphysiques parce que ses « descendants » ne veulent pas partager, du fait, on s’arrête à son oeuvre « poétique » seulement (cf. http://www.alfaqr.net/en/quest-for-non-available-books-of-sultan-bahoo).
Un autre exemple : le ministère de la culture d’Oman a essayé de réunir tous les manuscrits du petit pays. Il en a trouvé 4000, mais les « cercles privés » en totalisent au moins 35 000. Pour l’Oman, voir le document « Conservation of ancient manuscripts: Sultanate of Oman » commandité par l’UNESCO (et disponible sur le net ici : http://unesdoc.unesco.org/Ulis/cgi-bin/ulis.pl?catno=40406&set=50E5DC77_2_72&gp=0&lin=1&ll=2, cliquez sur « eng » pour avoir accès au pdf), à la page 5 : « The Ministry estimates that it holds about 4,500 manuscripts and that about 35,000 remain in the hands of the people ».

Les savants de Mauritanie ont écrit 92 commentaires (« The Manuscripts of Timbuktu and Islamic Writing in West Africa », by Professor Charles Stewart : sur un livre de grammaire. On peut alors légitimement se demander « pourquoi ? » : mais si l’on prend en compte que :

1) on parle que de la Mauritanie (donc 3 millions de gens seulement environ).

2) qu’il est question ici uniquement d’un livre de grammaire arabe, cela peut nous donner une idée de combien de de commentaires/exégèses (du Qur’ân, des théorèmes mathématiques, des données scientifiques, des traités philosophiques, des sciences du hadîth et des recueils de hadîth, des traités théologiques et juridiques, etc.) non seulement ont été écrits par les Mauritaniens, mais par les tous les musulmans (anciens et contemporains, donc plusieurs millions de savants !) mis ensemble ! Le présentateur (un spécialiste de Tombouctou) lui-même était « en extase » et très excité. Dans certaines civilisations même les Livres Saints n’ont pas eu autant de commentaires, là on parle que de la Mauritanie, et que d’un livre de syntaxe. Cela donne une idée de ce que les millions de manuscrits du Maroc jusqu’en Indonésie peuvent encore nous dévoiler.

Le grand Shaykh Jamâl al-Dîn Muhammad ibn Sulaymân al-Naqih al-Balkhî al-Dimashqi al-Hanafi (m.698 H), maître du célèbre Ad-Dhahâbî, a écrit un commentaire du Qur’ân en 99 volumes. Ad-Dhahâbî fit ses éloges en ces termes : « L’Imâm, le Juge, l’Exégète, le Savant, l’Ascétique ». Jamâl al-Din Muhammad ibn Sulaymân al-Naqih al-Balkhî al-Dimashqi al-Hanafi : « Il compila un très long commentaire du Qur’ân en 99 volumes dans lesquels il figura les lectures Qur’âniques, les contextes de la Révélation, les explications linguistiques, les dires des exégètes, ceux des Sûfis, et leurs haqa`iq (réalités spirituelles) ». Voir Ad-Dhahâbî, « Mu`jam shuyuk al-Dhahâbî », 2/193, dans lequel il cite ses différents maîtres sûfis qui l’ont initié au tasawwûf, au hadîth, au fiqh, au tafsîr, etc. comme les savants Ahmad ibn Abû al-Ma`âlî al-Abarquhî, Ahmad ibn `Abd Allah al-Qadî Shuqayr, Ahmad ibn `Alî al-Qadî al-Jayli al-Dimashqi al-Sûfi, Sadr al-Din Abû al-Majami’ Ibrahim ibn Muhammad al-Juwaynî al-Khurassanî al-Sûfi al-Muhaddith, et dont Ad-Dhahâbî rapporta sur ce dernier, que le gouverneur Mongol Ghazan Khan accepta de devenir Musulman par lui. Il ajouta : « Il était extrêmement respecté par les Sûfis en raison de la haute stature spirituelle de son père Sa`d al-Din ibn Hammuwayh (ou Hamawayh), Sa`d al-Din (d.678) fut Shaykh al-shuyukh à Damas) ».

Le savant Ibn ‘Abdûn (m. 1100) dénonçait également les fraudes et plagiats qui existaient chez certains auteurs malhonnêtes, s’attribuant la paternité des travaux d’autres personnes : « On ne doit pas vendre aux juifs et aux chrétiens [malhonnêtes] de livre de science, sauf s’ils ont trait à leur propre loi ; en effet, ils traduisent les livres de science et en attribuent la paternité à leurs coreligionnaires et à leurs évêques alors qu’ils sont l’oeuvre de musulmans ». (Extrait de son « Traité de la Hisba », écrit à Séville en Andalousie musulmane, il était au service de l’Etat « califale » almoravide et avait la charge de contrôleur des marchés).
En effet, même dans le monde moderne, ce que les historiens attribuent aux savants européens (Newton, Galilée, Darwin pour la faculté d’adaptation, Copernic, etc.), « leurs » découvertes existaient déjà dans le monde musulman depuis plusieurs siècles, puisque des savants musulmans les relataient dans leurs ouvrages (optique, physique, loi de la gravité, sphéricité de la terre et héliocentrisme, découverte du continent des Amériques, faculté d’adaptation, etc.), donc ou bien ils ne sont pas les « pères » desdites découvertes, et en sont venues aux mêmes observations indépendamment de leurs prédécesseurs (s’ils en ignoraient l’existence ou leurs travaux), mais plus tardivement, ou bien ce sont des plagieurs (accusations qui existaient même entre eux parfois).

(2) Le déclin de Baghdad s’amorça lorsqu’elle fut ravagée par les Mongols de Hulagu Khan (petit-fils de Gengis Khan) en 1258, après un siège de 20 jours du 20 janvier jusqu’au 10 février, épisode de la Bataille de Baghdad. La ville tout entière est désarmée et sa population est massacrée. Le Bayt al-Hikma, ou maison de la sagesse, fut pillée et son contenu (des millions d’ouvrages !) jeté dans le Tigre : traités théologiques, philosophiques, métaphysiques, livres d’art, de poésie et d’histoire, ouvrages scientifiques et mathématiques – la richesse intellectuelle de plusieurs siècles -. On dit que quand le pillage mongol prit fin, le Tigre était noir d’encre. La bataille de Baghdad marque également la fin des Abbassides en Irak quand le calife Al-Musta’sim est tué par les envahisseurs. (cf. Le site L’internaute « Histoire de Bagdad » : http://www.linternaute.com/histoire/motcle/1433/a/1/1/bagdad.shtml).

(3)  « Données et chiffres : Publications », http://fr.unesco.org/node/252295 et voir aussi le rapport de Thomson Reuters à ce sujet pour les années correspondantes. Ainsi que la base de données de Scimago Journal & Country Rank http://www.scimagojr.com/

(4) « Science et technologie: Tableaux-clés de l’OCDE : 2010-2013 », OECD, Dernière mise à jour : 27 mai 2013 ; responsabilité : http://oe.cd/disclaimer , période couverte 2003-2010 : https://www.oecd-ilibrary.org/fr/science-andtechnology/femmes-chercheurs_20758448-table3

(5) Fiche d’information de l’ISU n°43, Mars 2017, FS/2017/SCI/4 : http://uis.unesco.org/sites/default/files/documents/fs43-women-in-science-2017-fr.pdf


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