Intégrer la complexité du patrimoine islamique dans nos analyses

Le monde musulman, comprenant un immense territoire, des cultures diverses et nombreuses, des communautés religieuses d’une grande disparité, des mentalités parfois antagonistes, a su toutefois fédérer à travers l’histoire toutes ses cultures et communautés autour d’une civilisation riche, puissante et brillante sur de nombreux siècles. Toutefois, le facteur humain demeurant, les dirigeants injustes ne gouvernant pas avec justice, piété religieuse et sagesse ont aussi existé. Des savants n’ont pas été épargnés par le fléau du fanatisme, ou de la bêtise sur certains sujets.

Là où l’Islam se veut inclusif du point de vue politique (le dirigeant doit gouverner selon les préceptes fondamentaux de l’islam, et accepter la liberté de conscience et de culte pour tous les citoyens), certains ont voulu imposer à tous les musulmans une école théologique ou juridique en particulier, alimentant ainsi certaines persécutions ou injustices. Or, il ne convient pas d’imposer une méthodologie (1) découlant d’un raisonnement humain (aussi brillant soit-il) comme s’il s’agissait de la Révélation ou de la pratique prophétique (établie avec certitude).

Si la norme a bien été la tolérance (2), il a existé toutefois des exceptions tragiques concernant le traitement des non-musulmans. Mais ce que certains occultent, c’est que les musulmans dissidents ont souvent été les premières victimes des dirigeants injustes dans le monde musulman du passé et contemporain.

Lorsque les citoyens, les savants et les dirigeants délaissent la spiritualité et la piété religieuse, ils tombent dans les mêmes dérives que les autres nations, mais lorsqu’ils baignent dans les lumières de l’Islam (dans ses piliers, ses fondements et ses finalités), ils atteignent ainsi l’excellence. Dans le patrimoine islamique (corpus juridique, exemples historiques, courants de pensée, …) on trouvera donc le meilleur, le pire et le contestable ; le meilleur étant le produit de l’excellence islamique, le pire étant la conséquence de l’éloignement manifeste des préceptes islamiques, et le contestable étant un mélange entre l’islam, la culture et l’effort de réflexion. Quant aux musulmans des générations actuelles et à venir, ils ne doivent pas raviver les passions, vices et querelles du passé, car elles ont été un fléau pour le monde musulman, et nous devons nous rapprocher toujours, sans cesse, de l’idéal islamique, loin des erreurs ou des dérives commises par les générations passées.

Selon un hadîth rapporté dans le Sahîh al-Bukharî, il est dit que le Prophète ﷺ a dit : « Les meilleurs gens sont mes contemporains (c.-à-d. ma génération actuelle) et ceux qui les suivent (c.-à-d. La prochaine génération) », Imran, le rapporteur du hadith, ajouta : « Je ne sais plus si le Prophète (ﷺ) a répété la phrase deux fois ou trois. Le Prophète () a ajouté : “Et après eux, il y aura des gens qui témoigneront, alors qu’il ne leur sera pas demander de donner leur témoignage ; Ils seront des traîtres et personne ne leur fera confiance, et ils feront des promesses mais ne les respecteront pas, et l’obésité apparaîtra parmi eux ».

Les compagnons, qui constituent la première génération, avaient le bonheur et le mérite d’avoir connu, soutenu, entendu directement et côtoyé le Prophète Muhammad ﷺ. Ils bénéficiaient directement de sa lumière, de sa proximité, de son éducation directe et de sa bienveillance. Les meilleurs d’entre eux avaient une très bonne connaissance de l’arabe, du contexte de la Révélation, des réalités spirituelles, des règles juridiques, de la doctrine théologique et de l’éthique, sans qu’ils n’aient pensé à devoir tout codifier et mettre par écrit, ce qui fut fait par la suite à travers les générations ultérieures. Malheureusement, de faux récits, après leur mort, ont commencé à circuler, leur imputant ainsi des avis qui n’étaient pas les leurs, ou qui étaient altérés ou décontextualisés.
Ils constituent donc l’élite des croyants en ce sens, ainsi que les ahl ul bayt de son époque, et qui eux, possèdent un autre mérite, qui est celui d’appartenir à sa noble famille biologique, et par laquelle se transmet aussi une certaine lumière spirituelle particulière, bien qu’appartenir à la « Famille Divine » est encore plus noble, comme Abû Bakr et Salmân al-Farisî par exemple. De façon générale, si nous leur devons un profond respect (à la première génération), cela n’empêche pas que, dans les cas particuliers, certains aient commis de grands péchés, ne connaissaient pas forcément totalement le Qur’ân, ni n’accomplissaient toutes les traditions (sunan) du Prophète, polémiquaient parfois ou se disputaient entre eux. Seuls les plus grands nobles compagnons du Prophète, qui bénéficièrent de sa noble éducation et compagnie durant de longues années et durant des épreuves difficiles, peuvent être considérés comme des modèles, bien qu’ils ne soient ni infaillibles ni impeccables du point de vue moral (ils ont pu commettre des erreurs et des péchés). Tous les « compagnons » ne se valent donc pas sous ce rapport.

Ensuite vient la génération de leurs disciples, qui n’ont pas rencontré le Prophète, mais qui ont vu et côtoyé ses compagnons. Sur le plan des actes d’adoration, ils étaient très assidus, mais divergeaient aussi entre eux, pouvaient commettre de grands péchés, etc. Leurs disciples à eux suivaient leurs traces, mais de plus grands divergences et disputes apparaissaient à leur époque, et les pressions politiques exercées par des dirigeants injustes qui ne suivaient nullement la voie prophétique, finirent par diviser considérablement les musulmans, et certains, par peur ou convoitise, commirent de grands péchés, forgèrent des mensonges ou dissimulèrent la vérité (là où ces agissements étaient plus rares parmi leurs prédécesseurs).
Ce qui a été transmis abondamment, par des voies nombreuses et fiables, sont la totalité des versets du Qur’ân et leurs différents modes de lecture, les 5 piliers de l’islam (qui sont mentionnés dans plusieurs versets du Qur’ân) et leurs modalités pratiques, les 6 piliers de la foi (qui sont aussi toutes contenues dans le Qur’ân), les fondements de la spiritualité (tasawwûf), des invocations générales et particulières, les vertus morales, les finalités de la religion (protection de la liberté de conscience et de la vie, des biens, la sécurité, le bien-être physique et mental, etc.), les grandes interdictions catégoriques (le meurtre d’innocents, le viol, la maltraitance des parents ainsi que des enfants et des orphelins, la violence conjugale, la fornication, l’ivresse, les jeux de hasard, l’adultère, la sodomie et l’homosexualité, le vol, le banditisme et le pillage, la calomnie, la corruption, la tyrannie, l’injustice, la médisance, l’orgueil, l’hypocrisie, le mensonge gratuit, la trahison des pactes, le non-respect des engagements, la pollution, le gaspillage, la violence gratuite, etc.), les fondements dans le droit, la justice sociale et la justice dont doit faire preuve le dirigeant légitime, etc.

Dans tout ce qui concerne les « branches » de la religion, ou les interprétations secondaires des doctrines théologiques, il y a matière à interprétation et donc à divergence, depuis l’époque des compagnons eux-mêmes. Mais tous les courants de l’islam, même ceux qui s’opposaient entre eux, se basaient sur le même corpus qurânique, ne contestaient aucunement les 5 piliers de l’islam et les fondements de la foi islamique, ni les grands interdits, ni les grandes obligations.

De façon générale, les anciennes générations pieuses accordaient une grande importance à l’apprentissage du Qur’ân, aux rites et obligations religieuses, et s’écartaient scrupuleusement (sauf cas isolés) des interdits comme le mensonge, la fornication, la sorcellerie, le viol, l’adultère, le fait d’enterrer des enfants vivants, etc. Mais certains n’ont pas échappé toutefois au sectarisme et au meurtre pour certains délits ou pour certaines divergences qui ne méritaient pas la peine capitale ou l’emprisonnement du point de vue strictement islamique. Et c’est là leur tort, identique à ceux qui suivent sur ce plan leurs passions de nos jours. En cela, ils ne nous étaient nullement supérieurs, contrairement à leur piété religieuse et au fait d’avoir côtoyé de grands maîtres, et ainsi de suite jusqu’à l’époque des compagnons puis du Prophète ﷺ.

A toutes les époques, il a existé des saints qui ont excellé et surpassé des savants des périodes antérieures, mais il est aussi une évidence que la tendance générale au sein des générations qui se succèdent, que la confiance et la fiabilité des gens diminuent, que les gens accordent moins d’importance à la concentration et à la « perfection » de la prière, du jeûne, des invocations, des prières surérogatoires, etc., sauf une minorité évidemment. Quant à la science, les savants antérieurs conciliaient très bien le savoir religieux, la pratique spirituelle et les sciences naturelles et médicales, en tout cas pour beaucoup d’entre eux. Quant à notre époque, beaucoup n’ont pas la science des anciens, cèdent facilement aux attraits de la corruption politique, du luxe et des préoccupations de ce bas-monde, calomnient ou propagent des confusions ou des mises en garde injustifiées à tout bout de champ. Au sein de la masse, la fornication se répand, tout comme les mensonges, les trahisons, le fait de ne pas tenir ses engagements, l’appât du gain et l’avarice, l’avidité et le consumérisme. Or tout cela restait assez rare et limité durant les époques antérieures.

A toutes les époques, il y a eu des savants soumis parfois à leurs passions, ou ayant été trop influencé par les normes culturelles de leur milieu et de leur époque (ce qui a orienté leurs interprétations de certains textes religieux), et ayant par ailleurs aussi cédé injustement à la colère et au fanatisme sur certains aspects, tout comme il a existé de grands savants ayant été globalement justes, ainsi que des maîtres spirituels exemplaires qui ont été préservés de suivre leurs passions et de commettre de grands péchés.

Selon l’Islam, celui qui n’a pas de compassion et d’indulgence envers les membres sincères de la Ummah musulmane, en dépit de leur appartenance à des courants différents, n’a pas réalisé la « foi véritable du croyant ». S’il faut bien évidemment réfuter les déviances doctrinales manifestes, montrer l’inanité des superstitions auxquelles adhèrent certains, ou condamner les dérives morales, il faut aussi avoir un discours équitable, sage, intelligent et doux, afin de les sortir des ténèbres et de l’injustice vers la lumière de la religion et la noblesse du comportement.
De même, comme nous l’apprend l’Islam, celui qui n’a pas de compassion de façon générale envers les créatures d’Allâh n’a pas réellement de « foi ».

Le Messager d’Allâh (‘alayhi salât wa salâm) a dit : « Que n’importe quelle personne qui promet la protection à une autre personne puis la tue, sache que je la désavoue, même si la victime est mécréant » (3).

Ainsi que les autres paroles prophétiques :

« Nul n’aura vraiment la foi s’il n’est pas digne de confiance, et nul n’aura vraiment la religion s’il ne respecte pas les pactes » (4).

« Par Celui qui détient mon âme en Son Pouvoir, Allâh n’octroie Sa Miséricorde qu’aux miséricordieux ». On lui dit : « Messager d’Allâh, nous pratiquons tous la miséricorde ». Il (‘alayhî salât wa salâm) répondit : « Il ne s’agit pas de miséricorde envers vos compagnons, mais de miséricorde envers tous les êtres humains » (5).

« La personne (musulmane) n’atteint la réalité de la foi que lorsqu’il souhaitera/aimera pour tous les gens le bien, tel qu’il l’aime pour lui-même » (6).

« La meilleure oeuvre après la foi en Allâh, est l’amour bienveillant envers les gens » (7).

« Allâh m’a révélé ceci : Soyez modestes afin que personne n’opprime un autre (ou ne bafoue les droits d’autrui) » (8).

« Il faut pratiquer la bienveillance et prendre garde à ne pas être violent ou indécent » (9).

« La meilleure foi est celle qui s’accompagne de patience et d’indulgence » (10).

« Le Musulman est celui dont les gens sont épargnés du mal de sa langue et de sa main et le croyant est celui dont les gens ont confiance en ce qui concerne leur vie et leur biens matériels » (11).

« La gentillesse est un signe de foi, et quiconque ne sait pas faire preuve de gentillesse n’a pas de foi » (12).

« Le Prophète me demanda, en croisant les doigts : ‘’Comment te comporterais-tu, Abû Dharr ! si tu te trouvais avec la lie* de l’humanité ? – Que me suggères-tu, Envoyé d’Allâh ? – La patience, la patience, la patience, répéta-il. Soyez indulgents pour la nature des hommes, mais ne les suivez pas dans leurs (mauvaises) actions !’’ » (13).

Encore plus jamais, il faut se souvenir du fait que l’Islam est « connaissance » et « excellence » (intellectuelle, éthique, sociale, spirituelle, …) avant tout, aussi bien dans les intentions, que les actes, les aspirations, les méthodes, les pensées et les finalités.

Allâh a dit : « Non, mais quiconque donne (livre, soumet, laisse) à Allâh son être tout en étant bienfaisant (muhsin), aura sa rétribution auprès de son Seigneur. Pour ceux-là il n’y a nulle crainte, et ils ne seront point attristés » (Qur’ân 2, 112).

« Certes Allâh commande l’équité, la bienfaisance (Al-Ihsân) et l’assistance aux proches. Et il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et l’injustice. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez » (Qur’ân 16, 90).

« Adorez Allâh et ne Lui donnez point d’associé. Agissez avec bienfaisance (Ihsân) envers vos père et mère, envers les proches, les orphelins, les pauvres, le proche voisin, le voisin lointain, le collègue et le voyageur, et les domestiques (captifs) sous votre charge car Allâh n’aime pas, en vérité, le présomptueux, l’arrogant » (Qur’ân 4, 36).

« Et ne semez pas la corruption sur terre après qu’elle ait été réformée. Et invoquez-Le avec crainte et espoir, car la miséricorde d’Allâh est proche des bienfaisants » (Qur’ân 7, 56). Le Prophète a dit : « Allâh vous a prescrit la bienfaisance/excellence dans tout ce que vous entreprenez » (14), En somme, il s’agit d’être bon et d’exceller dans toutes les choses bénéfiques et utiles, car Allâh aime les bienfaisants/ceux qui agissent avec excellence : « Et faites le bien car Allâh aime les bienfaisants » (Qur’ân 2, 195).



Franz Rosenthal rappelait que : « Le terme arabe ‘ilm se traduit assez bien par « connaissance », terme qui ne réussit cependant pas à exprimer tout le sens et toute l’émotion contenus dans (la notion du) ‘ilm. C’est l’un des concepts qui ont toujours dominé l’Islam et donné à sa civilisation sa forme et son caractère propres. En fait, il n’y a aucun autre concept qui détermine dans la même mesure et de manière aussi opérative la civilisation musulmane dans tous ses aspects (…). Il n’y a aucune branche de la vie intellectuelle, de la vie religieuse et politique, et même de la vie quotidienne du musulman moyen, qui n’ait été touchée par cette attitude envers la « connaissance » ; elle emplit tout, elle a quelque chose d’une valeur suprême. Le ‘ilm, c’est l’Islam. (…) dans l’Islam, le concept de connaissance a joui d’une importance sans parallèle dans les autres civilisations » (15).

Le Qur’ân dit en effet : « Ô mon Seigneur, accroît ma connaissance ! » (Qur’ân 20, 114).

Il est donc passionnant d’interroger l’histoire, de méditer sur les positions et parcours des intellectuels et des savants du passé, sans toutefois les suivre aveuglément, ni forcément imiter l’ensemble de leurs avis sur tous les points, surtout là où eux-mêmes ont adapté leurs avis juridiques selon les conditions particulières de leur propre temps, tout comme leurs prédécesseurs l’avaient fait afin d’être en phase avec les nécessités, besoins et particularités propres à leur époque. Il est ainsi indispensable de distinguer les qualités et le savoir de la personne, de ses passions et de ses faiblesses, aussi bien morales qu’intellectuelles lorsque celle-ci traite de certaines questions où des carences perturbent la pureté et la pertinence des arguments, du contexte (ignorance de la situation exacte) ou même des intentions biaisées et pas toujours pures et sincères, de la personne qui produit une argumentation.

Wa Allâhu a’lam.


Notes :

(1) La norme était le respect entre les savants mutazilites et les autres, entre les savants sunnites des écoles juridiques et théologiques, mais il y a aussi eu des périodes, où en raison de l’idéologisation politique de certains courants de pensée, le fanatisme est apparu au sein des différents courants afin d’asseoir leur domination politique, et menant ensuite les gens à s’excommunier mutuellement, à exagérer dans leurs critiques et leurs accusations, à se frapper, à s’exiler ou même à se tuer dans certains cas, même si ces anecdotes restent, à l’échelle collective du monde musulman, assez isolés et minoritaires sur l’ensemble de plus des 1400 ans de l’histoire du monde musulman. Chaque courant comptait au moins des milliers de savants, parfois dans une même époque, et un certain nombre parmi eux furent très tolérants et indulgents. Autre point à noter, c’est que certaines condamnations ne restaient qu’au stade théorique, et furent rarement mises en pratique sur le plan physique, politique ou légal. Pour un certain nombre de cas historiques, voir les ouvrages biographiques des savants comme Al-Khatîb al-Baghdâdî, Abû Nu’aym al-Isbahânî, Ibn Khallikân, Ad-Dhahâbî, As-Subkî, As-Safâdî, Ibn Hajar al ‘Asqalânî, As-Suyûtî, …

(2) Voir l’excellent ouvrage de Reza-Shah Kazemi, L’Esprit de tolérance en Islam – Fondements doctrinaux et aperçus historiques, éd. Tasnîm, 2016.

(3) Hadîth rapporté par Ibn Mâjah et Ibn Hibbân.

(4) Hadîth rapporté par Al Bayhaqî et Al Bukharî.

(5) Hadîth rapporté dans le Musnad de Abû Ya’lâ n°4258, par Al Bayhaqî dans « Shu’ab al îmân » n°11060.

(6) Hadîth rapporté par Ibn Hibbân, Sahîh, n°235.

(7) Hadîth rapporté par At-Tabarânî et cité par Tayeb Chouiref dans son ouvrage « Les enseignements spirituels du Prophète », vol. 1, p. 51, hadîth n°7.

(8) Hadîth rapporté par Muslim dans son Sahîh et par An-Nawawî dans son « Riyad As-Salihin », n°1589.

(9) Hadîth rapporté par al-Bukharî, et cité par Tayeb Chouiref dans son ouvrage « Les enseignements spirituels du Prophète », vol. 1, p. 51, hadîth n°8.

(10) Hadîth rapporté par Ad-Daylamî, et cité par Tayeb Chouiref dans son ouvrage « Les enseignements spirituels du Prophète », vol. 1, p. 53, hadîth n°9. Un hadith assez proche est rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh (1/34) où il fut demandé au Prophète : « Quelle est la Voie/Religion la plus aimée d’Allâh ? », ce à quoi il répondit : « La foi primordiale (monothéisme pur), à la fois généreuse, noble, indulgente et tolérante » (al-hanîffiya al-samha).

(11) Hadîth rapporté par An-Nasâ’î dans ses Sunân, n°4995 sous l’autorité d’Abû Hurayra ; l’Imâm Ahmad rapporte aussi un autre hadîth allant dans ce sens dans son Musnad et relaté sous l’autorité de Fudâla Ibn ‘Ubayd « Est-ce que je vous informe sur (le véritable) croyant ? Il s’agit de celui dont les gens en sont en sécurité vis-à-vis de leur bien et d’eux même (le vrai croyant ne peut porter atteinte aux autres ni à leur biens) » prononcé lors de son sermon public d’adieu au pèlerinage ; l’imâm At-Tirmidhî rapporte également un hadîth similaire dans son « Riyâda al-Nafs » au chapitre « le combat intérieur des véridiques », sous l’autorité de Anâs Ibn Mâlik : « Le (véritable) croyant est l’individu dont les gens ne craignent pas les méfaits ». Cela concerne tous les êtres humains et même les animaux. En d’autres occasions, le Prophète insistait sur les droits concernant les musulmans entre eux aussi : « Un Musulman est celui dont les Musulmans sont à l’abri (du mal) de sa langue et de sa main, et un Muhâjir (Emigrant pour la Cause d’Allâh) est celui qui abandonne ce qu’Allâh a interdit » (Sahîh Muslim, selon Jabîr).

(12) Hadîth rapporté par Muslim dans son Sahîh.

(13) Hadîth rapporté par al-Bayhaqî, selon Abû Dharr. * Lie : Il s’agit du rebut, ce qu’il y a de plus vil, de plus mauvais chez une personne ou un groupe de personne. On dit souvent par exemple « la lie du peuple ».

(14) Hadîth rapporté par Ahmad dans son Musnad et par Muslim dans son Sahîh. Le hadîth dans son intégralité dit : « Allâh vous a prescrit la bienfaisance dans tout ce que vous entreprenez. Si vous tuez faites-le d’une bonne manière ; lorsque vous égorgez un animal, faites-le de la meilleure façon. Vous devez bien aiguiser votre couteau afin de faire souffrir l’animal le moins possible ». Comme souvent, lorsqu’il est question d’éthique et de droit, l’exemple donné pour illustrer une qualité universelle s’appuie sur un cas particulier (ou un ensemble de cas particuliers), à moins qu’il n’existe une preuve indiquant une restriction. L’imam An-Nawawî dans son commentaire sur ce Hadith (Sharh Sahîh Muslim) a dit : « Le contexte de ce hadith est général et concerne toutes les manières de tuer toutes les bêtes. Et l’application de la peine de mort à ceux qui la méritent ne sort pas de son cadre… (…). Ce hadith est parmi les hadiths de référence qui rassemblent l’ensemble des jugements en la matière ».

(15) Franz Rosenthal, Knowledge Triumphant : The Concept of Knowledge in Medevial Islam, Leiden, 2007, pp. 1-2, et pp. 334-336.


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