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Introduction
Il est Dhû-l-Nûn al-Misrî (vers 180 H/796 – 248 H/862), l’imâm du Salaf, le modèle des gnostiques, le Sûfi, le Pôle de son temps, l’ascète, le Saint, l’illustre savant, le théologien, le juriste, le ussûlî, le muhaddith, l’exégète du Qur’ân, le métaphysicien, le logicien, le connaisseur de la philosophie et de l’Égypte ancienne – il était capable de déchiffrer les hiéroglyphes sur les murs des temples égyptiens (comme celui d’Akhmîm) les considérant comme des réceptacles de la sagesse ancienne -, le physicien, le médecin, le chimiste, le mathématicien, le pharmacologue, le botaniste et l’astronome. Il est né à Akhmîm (Haute-Égypte) et est décédé à Gizeh (près du Caire) en Égypte. Il était doté de nombreux prodiges spirituels par la Grâce d’Allâh. Dans l’Égypte médiévale, il était considéré comme le protecteur et le modèle des praticiens de la santé, en vertu de son immense érudition en médecine qu’il complétait une approche spirituelle et thérapeutique.
On lui doit notamment dans ce domaine plusieurs traités comme Mujarrabât et Kitâb al-Asrâr.
Le témoignage des savants Sunnites à son sujet
L’imâm An-Nawawî (m. 676 H) dans Tahdhîb al-Asmâ’ wa-l-Lughât (1/188) : « Dhû-l-Nûn al-Misrî était un savant illustre, un ascète dévoué et un exemple dans la piété ».
L’imâm Ibn Khallikân (m. 681 H) dans son Wafayât al-A’yân (1/315) dit de lui : « Il était l’un des hommes de mérite, possédant une science abondante, une piété scrupuleuse et des états spirituels remarquables ».
Le Shaykh Ibn Taymiyya (m. 728 H) dans Majmû’ al-Fatâwâ (10/516) a dit : « Les gens (parmi les Sûfis) comme Dhû-l-Nûn al-Misrî, Al-Junayd et Sahl al-Tustari sont des maîtres de la guidée. Ils ont suivi le Qur’ân et la Sunnah, et leurs paroles sur la gnose sont une explication de la foi ». Il l’a défendu également contre les fausses accusations d’hérésies émanant de personnes jalouses ou ignorantes.
Le Shaykh Ibn Al-Qayyim (m. 751 H) dans Madârij al-Sâlikîn (3/11) a dit : « Dhû-l-Nûn a dit : « Le signe de l’Amour d’Allâh est de suivre Son Bien-aimé (le Prophète) dans ses mœurs, ses actes (intérieurs et extérieurs) et ses ordres ». Il le cite comme une autorité dans la spiritualité et l’éthique.
L’imâm Ad-Dhahabî (m. 748 H) dans son Siyâr (11/532) dit : « L’Imâm, le Seigneur/maître (Sayyîd ; parmi les gnostiques) des gnostiques, Dhû-l-Nûn Abû al-Fayd Thawbân Ibn Ibrâhîm al-Misrî … Il était d’une sagesse immense et d’une piété exemplaire. On rapporte que lorsqu’il fut emmené devant Al-Mutawakkil enchaîné, il l’exhorta avec des paroles telles que le calife en pleura et le libéra avec les honneurs ».
L’imâm Ibn Kathîr (m. 774 H) dans Al-Bidâya wa an-Nihâya (10/347) dit de lui : « Il était l’un des serviteurs pieux et des gnostiques/connaisseurs d’Allâh… Lorsqu’il mourut, on vit écrit sur son front : « Celui-ci est le bien-aimé d’Allâh, mort dans l’amour d’Allâh » ».
L’imâm Tâj ud-Dîn As-Subki (m. 771 H) a dit dans Tabaqât al-Shâfi’iyya al-Kubrâ (2/147) : « Il était la mine des sagesses et le Pôle de son temps dans la spiritualité ».
L’imâm Ibn Rajab Al-Hanbalî (m. 795 H) le considérait comme une autorité également et dit dans Jâmi’ al-‘Ulûm wa-l-Hikam (Commentaire du Hadith n°2) : « Dhû-l-Nûn al-Misrî a dit : « La gnose est de connaître Allâh par Allâh » ».
L’imâm Ibn Hajar al-‘Asqalani (m. 852 H) dans Lisân al-Mizân (2/62) dit : « Thawbân Ibn Ibrâhîm, dit Dhû-l-Nûn al-Misrî. Il a rapporté d’après [les imâms du fiqh et du Hadith du Salaf comme] Malik, Layth et Ibn Lahi’a (…). Il est véridique (Saddûq), l’un des maîtres du Tasawwuf. Les critiques l’ont mentionné et ont dit : « Il n’y a pas de mal en lui » (Lâ ba’sa bihi). » On a dit de lui qu’il était un Siddiq (un véridique) » confirmant donc sa fiabilité technique dans la transmission du Hadith, de l’avis des imâms du Salaf dans le fiqh, l’exégèse et la théologie.
L’imâm As-Suyûtî (m. 911 H) dans Ta’yîd al-Haqîqa al-‘Aliyya (p. 45) : « Dhû-l-Nûn est celui qui a ouvert (profondément) la porte de cette science (le Tasawwuf) en Égypte et a clarifié les états des initiés ».
Sa position dans différents domaines
Sur le Tawhîd, les Noms et Attributs divins et Sa Transcendance, Al-Qushayrî dans sa Rissâlat et Ad-Dhahabî dans son Siyâr rapportent : « Quoi que tu puisses imaginer dans ton esprit, Allâh est différent de cela (Makhma khatara bi-bâlika, fa-Allâhu khilâfu dhâlik) », excluant ainsi toute croyance anthropomorphiste, athée, incarnationniste, physicaliste, matérialiste ou panthéiste.
Abû Nu’aym dans son Hilyat al-Awliyâ’ rapporte son propos suivant : « Le Tawhîd consiste à ce que tu saches que la Puissance divine est dans les choses sans mélange, et qu’elle agit sur elles sans instrument (ou modalité physique) ».
Ibn Al-Jawzî dans Sifât as-Safwâ rapporte de lui : « La vérité du Tawhîd est de reconnaître l’Unique sans chercher à Le limiter ou à Lui donner une forme. Celui qui cherche à définir Son Essence est un égaré ».
As-Sulamî dans ses Tabaqât al-Sûfiyya relate de lui : « Allâh possède des Noms par lesquels Il exauce ceux qui L’appellent, mais Il ne répond qu’à celui qui a vidé son cœur de tout ce qui n’est pas Lui ».
Sur le comportement envers les incroyants, l’imâm Al-Qushayrî dans sa Rissâlat al-Qushayriyya au chapitre sur la Gnose (Al-Ma’rifa) rapporte que l’imâm Dhû-l-Nûn mettait l’accent sur la noblesse de caractère (Husn al-Khuluq) comme preuve de la foi : « Le signe de celui qui connaît Allâh (al-‘Ârif) est qu’il est le plus humble des hommes, le plus prompt à servir les créatures et le plus noble et généreux dans son éthique et sa moralité » ; « Ne méprise jamais une créature d’Allâh (qu’elle soit croyante ou non), car tu ne sais pas si elle finira ses jours dans la Proximité divine alors que tu en seras éloigné. Regarde l’incroyant avec miséricorde, car son cœur est entre les doigts du Tout-Miséricordieux ». Il considérait que l’injustice commise envers un non-musulman était une barrière entre l’individu et Allâh : « Allâh ne répond (favorablement) pas aux invocations d’un peuple qui commet l’injustice, fût-ce envers un incroyant (kâfir). Car l’injustice obscurcit le cœur et voile la lumière de la gnose » (rapporté par Abû Nu’aym dans Hilyat al-Awliyâ’, Vol. 9) et ce conformément au célèbre hadith prophétique sahîh rapporté par Ahmad dans son Musnad.
Un récit célèbre illustre son refus de privilégier les musulmans au détriment des autres dans les moments de crise. Alors que l’Égypte subissait une sécheresse et que les gens le pressaient de prier pour la pluie, il dit : « Je ne prierai pas tant que vous ne cesserez pas de léser les droits des citoyens non-musulmans (dhimmis) – que l’Islam ordonne de protéger et de respecter dans leurs droits -. Comment voulez-vous que le Ciel (symbolisant la Transcendance et Providence divine) vous donne de l’eau alors que vous privez les créatures d’Allâh de leurs droits ? » (rapporté par Ibn Kathîr dans Al-Bidâya wa-l-Nihâya, chronique de l’an 245 H). Il dit aussi : « Le signe du gnostique est d’être comme le soleil qui brille sur tous (bons et mauvais), comme la pluie qui tombe sur tous, et comme la terre qui supporte les pas de tous » (rapporté par Al-Qushayrî dans sa Rissâla, Chapitre sur la Gnose).
Il préférait la douceur à la dureté pour manifester la vérité de l’Islam : « Sois bon envers celui qui te fait du mal, et sois juste envers celui qui ne partage pas ta foi. Car la bonté est la clé des cœurs, et la justice est la balance de Dieu sur terre » (rapporté par Al-Sulamî dans Tabaqât al-Sûfiyya).
Sur le Salut dans l’Au-delà et la Miséricorde divine : « Si Allâh traitait les gens selon leur mérite, personne ne goûterait au salut. Mais Il traite Ses créatures par Sa grâce, non par leur dû » et « La gnose (Ma’rifa) consiste à savoir que Allâh est plus proche de l’homme que sa propre veine jugulaire, et que Sa Miséricorde et Son Amour Rayonnant précèdent Sa Rigueur pour chaque âme qu’Il a créée ».
Sur les femmes et son enseignante (ustâdhâ) Fatima de Nishapûr pour qui il vouait une admiration sans borne à la profondeur spirituelle des femmes qu’il a rencontrées comme le rapportent les imâms As-Sulâmî dans son Tabaqât al-Sûfiyyâ, Abû Nu’aym dans Hilyat al-Awliyâ’, Al-Qushayrî dans sa Rissâlat, Ibn Al-Jawzî dans Sifât as-Safwâ à la section sur les femmes ascètes et Ad-Dhahabî dans son Siyâr (12/350) : « J’ai vu à Nishapûr une femme (Fatima) dont la parole était une lumière. Elle disait : « Celui qui agit pour Allâh en Le voyant est un gnostique, et celui qui agit pour Allâh en sachant qu’Allâh le voit est un véridique/sincère ». J’ai alors compris que la science des cœurs n’a pas de sexe (…). Elle est ma professeure (Ustâdhâtî) » ; « J’ai croisé une femme dans le désert qui m’a donné une leçon de sincérité que je n’ai trouvée chez aucun homme. Elle me dit : « Ô Dhû-l-Nûn, si tu connaissais Allâh par Son Essence, tu ne chercherais pas à Le décrire par tes propres mots »/ J’ai baissé la tête de honte devant la force de sa certitude » » ; « Le signe de la noblesse d’âme (al-muru’a) est la protection de l’honneur des femmes et la retenue du regard face à ce qui ne nous appartient pas. Celui qui trahit l’honneur d’autrui verra sa propre foi s’effriter » ; « La piété ne consiste pas à s’isoler dans une cellule, mais à se comporter avec douceur et justice envers sa famille. L’homme qui est dur envers ses femmes alors qu’il prétend aimer Allâh est un menteur dans sa prétention ». Il rapporte avoir vu une servante prier avec une telle ferveur qu’il s’en étonna. Lorsqu’il l’interrogea, elle lui répondit avec une finesse théologique qui le bouleversa. Il dit alors : « Par Allâh, j’ai appris d’elle sur l’Amour divin ce que je n’avais pas lu dans les livres des savants ». Ces paroles montrent que pour Dhû-l-Nûn, le respect des femmes n’était pas une simple règle sociale, mais une exigence de la gnose : le gnostique reconnaît la lumière divine partout où elle brille, sans distinction de sexe. Ainsi, celui qui n’agit pas avec droiture, piété, courtoisie, bonté, humilité et douceur envers les femmes ne peut pas accéder à la Proximité divine et compter parmi les Vertueux ou les Saints.
Sur les animaux et la Création, l’imâm Abû Nu’aym dans son Hilyat al-Awliyâ (9/342) et Ibn Kathîr dans Al-Bidâya wa An-Nihâya (au chronique de l’an 245 H) rapportent qu’il voyait dans chaque animal un signe de la Grandeur divine qu’il faut respecter : « Par Allâh, je n’ai jamais entendu le cri d’un animal, ni le bruissement d’un arbre, ni le murmure de l’eau, ni le chant d’un oiseau, sans y percevoir une louange adressée à l’Unique ». Un jour, voyant un homme maltraiter une bête, il dit : « Malheur à toi ! Ne sais-tu pas que cette créature se plaint de toi à son Créateur ? La piété commence par la douceur envers ce qui ne peut pas parler (pour se plaindre de l’injustice ou de la cruauté) ».
Il avait été gratifié par Allâh de nombreux prodiges spirituels. L’imâm Farîd ud-Dîn Attâr dans son Tadhkirat Al-Awliyâ et Al-Yâfi’î. dans son Rawd al-Rayyâhîn rapportent que lors d’un voyage en mer, un passager perdit une perle précieuse et accusa Dhû-l-Nûn (qui semblait pauvre) de l’avoir volée. Il se tourna vers la mer et pria. Aussitôt, des milliers de poissons remontèrent à la surface, chacun portant une perle dans sa bouche. Dhû-l-Nûn en prit une, la donna au passager et quitta le navire en marchant sur l’eau.
Sur la Science, la gnose spirituelle et la Loi (Shar’îah), ces mêmes sources rapportent de lui ses propos : « Il incombe au gnostique que la lumière de sa gnose n’éteigne pas la lumière de sa piété (wara’), et qu’il ne croie pas que la connaissance intérieure abolisse pour lui les injonctions légales extérieures ».
« Le savoir s’apprend par les livres et les maîtres, alors que la gnose est un don qui illumine le cœur purifié ».
« Le savant (‘âlim) parle d’Allâh, tandis que le gnostique (‘ârif) vit en Allâh et par Allâh ».
« La science (exotérique) instruit sur les règles de la religion ; la gnose (spirituelle et ésotérique) conduit à la certitude absolue et à la réalisation spirituelle ».
Sur l’origine de la gnose : « J’ai connu mon Seigneur par mon Seigneur. Si ce n’était mon Seigneur, je n’aurais jamais connu mon Seigneur ».
Sur la différence de statut spirituel entre les ascètes et les gnostiques : « Bien que les ascètes soient des rois dans l’Au-delà, comparés aux gnostiques, ils ne sont que de simples mendiants ».
Sur l’humilité : « Le gnostique devient chaque instant de plus en plus humble, car chaque instant le rapproche d’Allâh ».
Sur le rôle social : « Le savant (exotérique) est une source d’imitation, tandis que le gnostique est une source de guidée ».
Sur le Tasawwuf et le Sûfi : « Le Sûfi est celui dont la parole concorde avec son état, qui garde le silence lorsque ses actes parlent pour lui, et qui rompt (intérieurement) tout lien avec le monde pour se lier (de façon sincère et absolue) au Créateur (…). Le Tasawwuf consiste à posséder rien et à n’être possédé par rien ».
Sur la Futuwwa (chevalerie spirituelle) : « C’est ne pas avoir d’adversaire (ne pas chercher querelle), donner (de gaieté de cœur aux proches ou aux créatures dans le besoin) sans que l’on te demande, et ne pas te plaindre lorsque tu es lésé (…). La futuwwa, c’est l’endurance dans l’Obéissance (divine), la patience dans l’épreuve et la préférence accordée aux autres sur soi-même ».
Sur l’Adab (respect de la bienséance et des convenances) et l’éthique : « L’Adab du gnostique est supérieur à l’Adab du savant, car le gnostique polit son cœur (en plus de sa langue) tandis que le savant (se limitant à l’exotérisme) polit (seulement) sa langue (…). Celui qui manque d’Adab dans sa relation avec Allâh est renvoyé de Sa porte, et celui qui manque d’Adab avec les gens est privé de leur affection ».
Sur la véridicité (Sidq) : « La sincérité est le glaive d’Allâh sur terre : elle ne s’abat sur aucune chose sans la trancher (…). Trois signes marquent la sincérité : l’égalité de l’âme face à l’éloge ou au blâme, l’oubli de ses bonnes actions, et la vision de ses fautes au milieu de ses actes d’obéissance ».
Qu’Allâh lui fasse Miséricorde, qu’Il sanctifie son âme et son secret, et nous permette de tirer profit de ses enseignements bénéfiques !
