Bien que les différents courants chrétiens se disqualifient mutuellement pour savoir qui incarnerait mieux le pur message du Christ, il est des faits historiques bien documentés et établis qui indiquent clairement que l’Église catholique n’a pas maintenu plusieurs pratiques anciennes du Christ et de ses apôtres, à commencer par la façon dont ils priaient, prenaient leurs ablutions et observaient les interdits alimentaires. La dichotomie aussi entre le Message spirituel et éthique du Christ et la corruption politique du clergé, avec des pratiques étatiques et politiques qui étaient en contradiction manifeste avec les enseignements fondamentaux de Sayyidûna Issâ’ (Jésus). Bien évidemment, le Catholicisme comme l’Église ne reposent pas uniquement sur des pratiques ou croyances païennes, ni n’ont tout inventé ex-nihilo, car ils ont gardé, du moins officiellement, certaines valeurs morales et doctrines qui remontent bien à Sayyidûna Jésus (Issâ’), et qui relèvent d’ailleurs des enseignements universels apportés par l’ensemble des Prophètes envoyés par le Divin.
Le Catholicisme est en partie le produit de la romanisation du Christianisme primitif, ou le Paulinisme (ou plutôt dans ce qui a été attribué à Paul, parfois de façon non-authentifiée) (1) a remplacé ou déformé le Christianisme originel.
Un érudit parmi nos contacts publiait ce texte le 29 janvier 2026 sur son compte personnel :
« Les symboles gardés par l’église catholique romaine en disent long sur cette institution. Historiquement et théologiquement, le catholicisme correspond plutôt au paulinisme, non au christianisme. Il se trouve que Paul a récupéré l’enseignement du maître de Galilée – qu’il n’a jamais connu, si ce n’est dans son trip halluciné sur le retour de Damas – pour le rendre compatible avec l’appareil oppressif de l’Empire. Il n’en fallait pas plus pour que l’empereur Constantin en face bientôt la religion d’État. Le message est on ne peut plus simple : pour vivre heureux éternellement après la mort, vous devez souffrir et obéir à vos maîtres. Cela rendait la chose plus facile, l’Empire, dont l’économie reposait principalement sur l’esclavage, pouvait disposer de bastion d’esclaves soumis à la nouvelle doctrine de l’Église impériale… Des esclaves hypnotisés par le temps chronologique et laissés dans l’ignorance de la dimension symbolique de la mort telle qu’elle se présente dans les enseignements spirituels. Presque 2000 ans plus tard, toute la théologie du capital récupère ce même fatras d’enseignement pervertis : pour tous vivre heureux un jour grâce au sacro-saint progrès, il faut souffrir de travailler pour les maîtres d’aujourd’hui. Il faut rembourser ses dettes. Il faut se serrer la ceinture, austérité et compagnie. Le logiciel est le même. C’est un scandale. « Malheur au monde à cause des scandales! Car il est nécessaire qu’il arrive des scandales; mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive » (Mt 18:7). Il y a une formule latine qui dit l’essentiel sur tout cela : la corruption du meilleur engendre le pire ».
On pourrait rajouter aussi que le fait que du point de vue politique d’ailleurs, l’impérialisme « sauvage » de l’Église (tempérée parfois par des hommes religieux assez sages) n’est que la continuation de l’impérialisme romain, de même avec l’intégration ou la christianisation de certains rites et dogmes païens ». C’est peut-être là aussi l’origine qui expliquerait la qualification tardive de la Divinité du Christ, alors que lui-même n’avait jamais revendiqué une quelconque divinité. Les autorités rabbiniques de l’époque en voulaient en Christ pour sa prétention à la prophétie, et à la réforme spirituelle et morale de ce qui avait été altéré et sclérosé au fil du temps dans les communautés juives ainsi que de l’hypocrisie d’un certain nombre d’autorités rabbiniques et de leur rapport perverti au Divin et à la Religion après l’époque de Sayyidûna Mûsâ (Moïse), traitant les miracles et prodiges qu’il opérait par la Grâce divine de sorcellerie, et ne comprenant pas certaines allusions ésotériques et spirituelles sur la doctrine de l’Homme universel, où dans la conscience unitive, le créé et l’individualité s’effacent pour n’avoir conscience que du Divin (et donc de l’Incréé et de Sa Volonté), doctrine bien connue des Sûfis musulmans sous l’appellation de la station du fanâ’ (extinction de l’ego/du soi) et qui n’est pas de l’incarnationnisme (où le Divin, dont l’Essence est Infinie, absolue et immuable et donc au-delà des formes créées et corporelles, serait incarné dans un être physique et charnel, ou même dans un concept par définition limité et temporel) ou du panthéisme abolissant la distinction, sur les plans théologique et manifesté, entre la créature et Créateur. Quant aux polémiques théologiques entre Chrétiens et Musulmans, cette perspective spirituelle est l’une des significations de la célèbre parole du maître spirituel et descendant du Prophète Muhammad (ﷺ), l’Émir ‘Abd al-Qâdir, au sujet de la confusion chez les Chrétiens et de la polémique avec les Musulmans autour de la nature du Christ et du rapport au Divin : « Si les musulmans et les chrétiens me prêtaient l’oreille, je mettrais fin à leurs différences et ils redeviendraient frères, intérieurement et extérieurement » comme il l’a écrit dans sa Lettre aux Français publié en 1855, et dont il exposa notamment en détail sa doctrine métaphysique et spirituelle dans son Kitâb Al-Mawâqif (Le Livre des Haltes).
Ce n’est que par la suite que les principales autorités rabbiniques finiront par considérer comme des idolâtres, les Chrétiens trinitaires avec la propagation et l’imposition de leur dogme tardif (lors du Concile de Nicée en l’an 325), car le nouveau dogme ne correspondait plus du tout aux enseignements fondamentaux des Prophètes et Sages antérieurs au Christ, ni à ce qui était connu de la Torah, tandis qu’ils reconnurent (parmi ceux qui étaient intègres et savants chez les Rabbins) Muhammad et les Musulmans comme étant théologiquement, rituellement et juridiquement plus proches d’eux et comme étant rattachés au cycle de la prophétie et au Message divin, Sayyidûna Muhammad (ﷺ) étant selon eux la réalisation de la Promesse divine faite à Sayyidûna Ismâ’îl faite dans la Torah, et Sayyidûna Muhammad comme étant un Prophète envoyé aux Arabes et aux autres populations non-juives : « L’avènement de Muhammad est annoncé par la Bible. Voici l’un des passages de la Torah les plus explicites à ce sujet : « A l’égard d’Ismaël, je t’ai exaucé. Voici, je le bénirai, je le rendrai fécond, et je le multiplierai à l’infini. Il engendrera douze princes, et je ferai de lui une grande nation » (Genèse 17, 20). De l’avis même des rabbins, cette prédiction s’est bel et bien réalisée, plus de 2300 ans après la promesse faite à Abraham, avec l’avènement du prophète Mouhammad et de l’islam. On peut ainsi lire dans la traduction de la Torah aux éditions Edmont J.Safra, à Genèse 17, 20, ce commentaire de Rabbi Bekhaye qui cite Rabbi Khanael, deux éminents rabbins du 13ème et 11ème siècles : « Nous voyons que l’accomplissement de la promesse faite ici à Ichmaël (Ismaël) a mis 2333 ans à s’accomplir [avec l’essor de l’Islam au septième siècle de l’ère courante]. Ce retard n’était pas dû à leurs fautes…Durant cette longue période, les descendants d’Ichmaël ont continué à nourrir un ardent espoir jusqu’à ce que la promesse s’accomplisse finalement et qu’ils dominent le monde. Nous-mêmes, descendants d’Isaac, qui devons attribuer à nos fautes le fait que les promesses qui nous ont été faites ne se réalisent pas…ne devons-nous pas, a fortiori, espérer la réalisation de la promesse de Dieu et ne pas désespérer ? » (1). Le commentaire entre crochets est celui des rabbins contemporains qui ont collaboré à cette édition, qui clarifient donc l’explication de Rabbi Bekhaye qui cite lui-même Rabbi Khanael. Selon ces rabbins, en promettant à Abraham de faire d’Ismaël une « grande nation », le Seigneur annonce l’avènement de la nation musulmane et donc de son prophète : Mouhammad, le plus illustre de ses descendants. Pourtant, selon les détracteurs de l’islam, la « grande nation » promise à Ismaël est purement terrestre. Il ne s’agit pas d’une nation au sens religieux du terme, une nation guidée par un prophète. Pour eux donc, cette promesse ne fait pas nécessairement de Mouhammad un vrai prophète. Or, si tel était le cas, comment le Seigneur aurait-il pu bénir Abraham en lui promettant une « grande nation » qui donnerait naissance à un faux prophète et comment Abraham aurait-il pu s’en réjouir ?!
D’ailleurs, les promesses divines ne sont jamais simplement profanes, comme l’explique très bien le théologien, historien, chercheur, métaphysicien, islamologue et spécialiste de littérature et des religions comparées anglais Martin Lings : « Ce n’était pas une seule mais deux grandes nations qui devaient regarder Abraham comme leur père. Deux grandes nations, c’est-à-dire deux puissances bien guidées, deux instruments faits pour accomplir la volonté du Ciel, car la bénédiction promise par Dieu n’est pas d’ordre profane, et il n’est de grandeur devant Dieu que la grandeur selon l’Esprit. Ainsi Abraham fut-il la source de deux courants spirituels, qui ne devaient pas s’écouler ensemble mais suivre chacun son propre cours » (2).
Selon le Rav Raphaël Sadin, qui reprend aussi des propos du savant juif Maïmonide, l’Islam est une religion parfaite pour les non-Juifs, procurant une foi sans impureté et un monothéisme pur, et qui n’est pas contraire aux fondamentaux, selon eux, de la Torah (3).
La Bible, dans le Nouveau Testament, évoquera aussi la venue de l’Islam comme étant une Religion révélée par Dieu disant que la grande nation (spirituelle et civilisationnelle) changera de peuple, à savoir qu’elle était auparavant dans la lignée israélite (dont faisait partie aussi Issâ’) pour passer à la lignée ismaélite par l’entremise de Sayyidûna Muhammad (ﷺ), toutes 2 issues de la source abrahamique : « C’est pourquoi je vous le dis, le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et sera donné à une nation qui en rendra les fruits » (Matthieu 21, 43) et les fruits au niveau civilisationnel ont été observés car la Communauté musulmane a produit le plus de scientifiques, de maîtres spirituels et Sûfis, de grands théologiens et de grands dirigeants qui ont marqué l’Humanité et protégé les différentes communautés religieuses et ethniques durant leur âge d’or – plus que les communautés antérieures -, s’opposant aussi aux dérives des pouvoirs despotiques et des dérives tribales ou idéologiques d’autres dirigeants ou érudits très éloignés de la piété religieuse et de la Voie prophétique.
Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Je suis (le fruit de) l’invocation de mon père (ancêtre) Ibrâhim, la bonne annonce de Jésus (Issâ’), et le rêve de ma mère que celle-ci a vu, et que les mères des prophètes voient » (5). L’invocation de Sayyiduna Ibrâhîm (Paix sur lui) nous la trouvons dans la Torah et la Bible avec la Promesse divine du fait que de la descendance bénie d’Ismâ’îl, naitra le Prophète Muhammad (ﷺ), et quant à la bonne annonce faite par Sayyiduna Issâ (Paix sur lui) nous pouvons la retrouver dans la Bible avec la mention du Paraclet, qui correspond à un type particulier de Prophète et de Messager ; la description faite dans la Bible correspond à la Lumière Muhammadienne s’incarnant dans un homme devenu Prophète, et qui confirmera également la fonction universelle du Christ sans le nier. En effet, alors que certains érudits chrétiens y voient une allusion au Saint esprit, cela ne correspond pas totalement aux qualités et caractéristiques d’un esprit désincarné, d’autant plus que le Paraclet n’est pas défini comme unique mais comme multiple (comme le sont les Prophètes et Messagers) mais reliés entre eux par l’Unité du Principe et le même Message céleste, dans ses principes et son essence, qui est révélé et manifesté dans des formes particulières par chaque Messager. Quant au rêve de sa mère, il s’agit là d’un dévoilement spirituel qu’Allâh lui gratifia pour lui annoncer la venue de son enfant qui deviendra Prophète. Wa Allâhu a’lam
Et sur le Paraclet annoncé dans le Nouveau Testament, le logicien, épistémologue, historien et sociologue des religions, philosophe, spécialiste de l’art, des religions comparées et des civilisations traditionnelles, Frithjof Schuon a dit : « Si Mohammed avait été un faux prophète, on ne voit pas pourquoi le Christ n’aurait pas parlé de lui comme il a parlé de l’Antéchrist ; mais si Mohammed est un vrai Prophète, les passages sur le Paraclet doivent infailliblement le concerner, — non pas exclusivement, mais « éminemment », — car il est impossible que le Christ, en parlant de l’avenir, ait passé sous silence une apparition d’une telle dimension ; c’est encore cette dimension qui exclut a priori que le Christ, dans ces prédictions, ait pu englober Mohammed dans la désignation générale des « faux prophètes », car Mohammed n’est aucunement, dans l’histoire de notre ère, un exemple parmi d’autres d’un même genre, mais au contraire une apparition unique et incomparable (1); s’il avait été l’un des faux prophètes annoncés, il aurait été suivi par d’autres, et il y aurait de nos jours une multitude de fausses religions postérieures au Christ et comparables par leur importance et leur extension à l’Islamisme. La spiritualité au sein de l’Islamisme, des origines jusqu’à nos jours, est un fait indéniable, et « c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » ; d’autre part, on se souviendra que le Prophète a porté témoignage, dans sa doctrine même, de la seconde venue du Christ, sans s’attribuer à lui-même une gloire quelconque, si ce n’est celle d’être le dernier Prophète du cycle ; et l’histoire est là pour prouver qu’il a dit vrai, aucune apparition comparable à lui ne l’ayant suivi.
(1) « SI la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l’immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l’homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l’histoire moderne à Mahomet ? Les plus fameux n’ont remué que des armes, des lois, des empires ; ils n’ont fondé, quand ils ont fondé quelque chose, que des puissances matérielles, écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d’hommes sur un tiers du globe habité ; mais il a remué, de plus, des idées, des croyances, des Unies. Il a fondé sur un livre, dont chaque lettre est devenue loi, une nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toutes les langues et de toutes les races, et il a imprimé, pour caractère indélébile de cette nationalité musulmane, la haine des faux dieux et la passion du Dieu un et immatériel. » (Lamartine, Histoire de la Turquie) » (6).
L’imâm Sûfi, théologien ash’arite et juriste shafi’ite Habib ‘Umar Ibn Hafiz, en 2012, évoqua aussi ce hadith dans une assemblée religieuse : https://youtu.be/hTYK6tt1FwU
Plus proche à la fois des conceptions juives et musulmanes, en milieu chrétien il y avait le courant – contemporain à celui du courant trinitaire – dit de l’arianisme, formalisé par Arius (256-336), théologien alexandrin de langue grecque appartenant à l’École théologique d’Antioche, et dont la doctrine christologique affirmait la conviction que Jésus-Christ est le Fils de Dieu (non pas au sens biologique) qui a été créé par Dieu le Père à un moment donné, une créature distincte du Père et qui lui est donc subordonnée et non pas consubstantiel de ce point de vue.
Notes :
(1) Ceci étant dit, les historiens et savants chrétiens remettent aussi en question certaines lettres attribuées (faussement du coup selon leur perspective) à Paul, mais son message, du moins tel que l’Église l’a relaté, s’inscrit en porte-à-faux avec plusieurs enseignements fondamentaux du Christ de même que pour plusieurs préceptes exotériques et rites que le Christ et ses apôtres directs pratiquaient. « A la suite des quatre évangiles et du livre des Actes des apôtres se trouvent les épîtres pauliniennes. Le Canon du Nouveau Testament conserve 13 ou 14 lettres attribuées à l’apôtre Paul (Introduction au Nouveau Testament, Son histoire, son écriture, sa théologie, Daniel Marguerat éd. p140). Sept de ces lettres sont adressées à des communautés spécifiques : une aux chrétiens de Rome, deux à l’église de Corinthe, une à l’église de Colosses, une à celle d’Ephèse et deux à celle de Thessalonique. On compte aussi une lettre aux églises de Galatie, et quatre à l’attention de personnes (deux à Timothée, une à Tite et une à Philémon). La quatorzième lettre, l’épître aux Hébreux, fait l’objet de divergence entre son intégration à la collection des livres de Paul et son exclusion (…). Selon un certain consensus de la recherche, sept lettres sont considérées comme « authentiques » (Introduction au Nouveau Testament, Son histoire, son écriture, sa théologie, Daniel Marguerat éd. p142), à savoir qu’elles ont été dictées et envoyées personnellement par Paul. Il s’agit de ce qu’on appelle les épîtres proto-pauliniennes (…) ». “Epîtres de Paul : l’édification des chrétiens, d’hier et d’aujourd’hui”, Hozana, consulté le 29 janvier 2026 : https://hozana.org/bible/nouveau-testament/epitres-paul ; il y a donc un double problème à son sujet, premièrement celui de l’authenticité des lettres qu’on lui attribue, et deuxièmement l’interprétation qui en est faite, à savoir celle de l’ésotérisme et de l’allégorie pour comprendre certaines paroles concernant la nature du Christ, ou bien la lecture littéraliste et anthropomorphiste qui contredit les principes même du monothéisme et l’enseignement de tous les Prophètes.
(2) Le Houmach, éditions Edmont J.Safra, 2014, p. 79.
(3) Martin Lings, Le Prophète Muhammad. Sa vie d’après les sources les plus anciennes, traduit de l’anglais par Jean-Louis Michon, éd. du Seuil, 1986, p. 12.
(4) La vidéo est accessible ici, relayée le 12 novembre 2025 : https://x.com/Pistach27/status/1988533444364611901
(5) Rapporté par Ahmad dans son Musnad 4/127, hassân/sahîh, At-Tabarî dans son Târîkh 2/128, Ibn Hishâm dans As-Sirah An-Nabawiyya 1/175 et d’autres.
(6) Frithjof Schuon, De l’unité transcendante des religions, éd. L’Harmattan, 2014, p. 124.
