Il est l’imâm Abû `Abdillâh Jâ’far ibn Muhammad As-Sâdiq (83 H/683 – 148 H/748), l’imâm, le modèle, l’ascète, le Sûfi, le Pôle spirituel de son temps, le médecin, le mathématicien, l’astronome, le chimiste, l’historien, le théologien, le logicien, le métaphysicien, le juriste, le muhaddith, l’exégète du Qur’ân, le ussûlî, le modèle des Sunnites traditionnels et des Shiites, l’un des maillons de la plupart des voies sûfies, le véridique, le digne de confiance, le maître spirituel, celui qui a synthétisé en lui toutes les sciences de la Religion et les beaux caractères. Il est né durant le premier siècle de l’Hégire, ce qui fait de lui un Salâf, de la génération des tabi’îns (plusieurs historiens, savants et témoignages indiquent qu’il a rencontré quelques Sahâba, dont Sayyidûna Anas Ibn Mâlik et Sahl ibn Sa’d).
Il est l’imâm de son temps, et celui des musulmans à l’unanimité, l’emblème et le modèle des imâms et des saints après l’époque des Compagnons du Prophète (ﷺ). Il est le sûfi (celui qui a atteint la réalisation spirituelle), l’ascète, le saint, le connaissant par Allâh, le logicien, l’éloquent qui maitrisait le kalâm louable (logique, philosophie, rhétorique), le juriste, le traditionniste (spécialiste du hadîth), le maître des grands imâms du fiqh (Abû Hanifa, Sûfyan At-Thawrî, Sûfyan Ibn Uyayna, Mâlik Ibn Anas et d’autres qu’eux), le médecin, le chimiste, l’astronome, le mathématicien, le physicien, l’historien, le grammairien, le poète, celui qui connaissait bien la vie du Prophète, de ses compagnons et de ses descendants, l’exégète du Qur’ân, le ussûlî (spécialiste des fondements de la religion), le noble descendant du Prophète par ‘Alî et Fatima (que la Paix soit sur eux) ainsi que de la lignée de Sayyidunâ Abû Bakr (que la Paix soit sur lui).
Il est le fils du grand imâm de son temps, Muhammad al-Baqîr, et le neveu du grand imâm Zayd Ibn ‘Alî, les deux furent l’élite des Ahl ul Bayt en leur temps. Sa mère était Umm Farwah bint al-Qâssim (descendante de Abû Bakr) dont son père était Al-Qâssim ibn Muhammad ibn Abi Bakr et son grand-père était Muhammad ibn Abi Bakr. Elle eut un deuxième fils avec Muhammad al-Baqir nommé Abdullâh Ibn Muhammad al-Baqir. Elle avait de nombreuses connaissances en histoire et était une Imamiyyat (femme du Ahl ul Bayt) qui transmettait des récits sous l’autorité de l’imâm ‘Alî Zayn al-Abidîn. Son grand-père est `Ali Zayn al-`Âbidîn (38 H/658 – 95 H/714) qui était le fils de l’imâm Al-Hussayn (‘alayhi salâm) et de Shahr Banû (dame de la cité) qui était l’une des filles du dernier empereur sassanide de Perse, Yazdgard III.
Depuis lors, la noble lignée des Ahl ul Bayt était à la fois arabe et perse.
A sa naissance, l’imâm Jâ’far était donc déjà riche de ses deux lignées :
– du côté paternel, son grand-père ‘Alî Zayn al-‘Abidîn (fils de Hussayn) avait pour épouse sa cousine Fatima (fille de Hassân). Ainsi, il appartenait doublement à la branche du Prophète (ﷺ).
– du côté maternel, son grand-père al-Qâssim (petit-fils d’Abû Bakr) avait pour épouse sa cousine Asma (petite-fille d’Abû Bakr aussi). Ainsi il appartenait aussi doublement à la branche de notre maître Abû Bakr.
Il est donc Sayyidunâ Ja’far As Sâdiq Ibn Muhammad Al Bâqir Ibn ‘Alî Zayn ul ‘Âbidîn Ibn Al Hussayn Ibn ‘Alî Ibn Abî Tâlib (qu’Allâh l’agrée ainsi que sa noble ascendance). En plus d’être un descendant de Sayyidunâ ‘Alî Ibn Abî Tâlib Al Murtadâ’, il était également un descendant de Sayyidunâ Abû Bakr As Siddîq. Comme cela fut rapporté à la fois par les shiites et les sunnites, Al Imâm Ja’far As Sâdiq a dit : « Je suis né deux fois à partir de Abû Bakr » (Ibn ‘Inâbah, ‘Umdat ut Tâlib). Car en effet, sa mère Ummu Farwah avait pour père l’éminent Faqîh de Médine, Al Imâm Al Qâsim Ibn Muhammad Ibn Abî Bakr As Siddîq, et pour mère la pieuse et noble Asmâ’ Bint ‘Abd ar Rahmân Ibn Abî Bakr As Siddîq. Rappelons également que Muhammad Ibn Abî Bakr As Siddîq avait été adopté et élevé par Sayyidinâ ‘Alî à la mort de Sayyidinâ Abû Bakr, et qu’il fut un fervent partisan de Ahl Al Bayt cruellement assassiné. C’est ainsi que l’Imâm Jâ’far naquit au sein d’une famille éminemment noble, en 80 H., la même année que les Imâms Zayd Ibn ‘Alî Zayn ul ‘Âbidîn et Abû Hanîfa.
Al Hâfiz Ad-Dhahabî a dit dans son Tadhikrat ul Hufâz que l’Imâm Jâ’far As Sâdiq apprit divers domaines de science notamment auprès de son père Muhammad Al Bâqir, son grand-père paternel ‘Alî Zayn ul ‘Âbidîn, son grand-père maternel Al Qâsim Ibn Muhammad ainsi qu’auprès des Imâms ‘Urwah Ibn Az Zubayr Ibn ‘Awwâm, ‘Ubaydu Llâh Ibn Abî Râfi’, Nâfi’ et ‘Atâ’ (qu’Allâh les agrée tous). Il devint ensuite un immense savant dans de nombreux domaines aussi bien religieux que naturels, notamment dans le Qur’ân, le Hadîth, le Fiqh, la ‘Aqîda, le Tasawwûf, la langue Arabe, l’histoire, la médecine, la chimie, les rêves (l’interprétation des songes, à l’instar de ses ancêtres Abû Bakr et ‘Alî), etc. Connu pour sa véracité, il est considéré comme « thiqah » dans la science du hadîth et il rapporta plus de 2000 hâdîth. Ad-Dhahâbî parle d’au moins 2000 ahadiths de l’imâm Jâ’far, répartis dans les différents recueils dont il avait connaissance, donc il y en a potentiellement plus (il existe de nombreux recueils de ahadiths sunnites en plus des 6 recueils très connus). Ad-Dhahâbî est un vérificateur reconnu, donc on peut parler de ahadiths ayant au moins le rang de « hassân » (parmi les 2000 considérés fiables) et dont le contenu est conforme au Qur’ân. On a moins de ahadiths de la part de At-Thawrî, alors qu’il était aussi appelé l’émir des croyants dans le hadîth…Il n’y a donc pas eu la volonté d’amoindrir les mérites de l’imâm Jâ’far. On ne trouve pas tous les compagnons ni l’imâm Jâ’far et d’autres salafs réputés comme étant fiables dans le Sahîh Bukharî, mais ce dernier n’avait jamais prétendu réunir tous les ahadiths sahîh dans son recueil. Il rapporte notamment de l’imâm ‘Alî et d’autres ahl ul bayt, ce qui infirme la thèse qu’il aurait été un ennemi des ahl ul bayt, car même certains compagnons ne sont pas présents dans son Sahîh. Ca dépend tout simplement de qui Bukharî a entendu le hadith, il n’y avait pas Jâ’far dans ce qu’il a entendu comme ahadiths (ayant une chaine fiable) parmi ses maîtres peut-être, et il n’a pas retenu les ahadiths où ceux qui ont suivi l’imâm Jâ’far dans la chaine de transmission parmi les rapporteurs, qui n’étaient pas reconnus pour leur probité, wa Allâhu a’lam.
Il est l’un des éminents modèles pour ceux qui s’enracinent dans la voie du tasawwûf . Les plus grands savants de son époque venaient le voir lorsqu’ils en avaient l’occasion. Plusieurs sources indiquent qu’il fut aussi le maître du célèbre sûfi et scientifique Jabir Ibn Hayyân (721-815 ; exégète du Qur’ân, philosophe, mathématicien, cheminant sur la voie du tasawwûf, chimiste, alchimiste, et physicien, il fut surnommé le père de la chimie expérimentale).
L’Imâm Shams ud Dîn Ibn Khallikân a dit de lui dans Wafayât ul A’yân : « Abû ‘Abdi Llâh Ja’far As Sâdiq Ibn Muhammad Al Bâqir Ibn ‘Alî Zayn ul ‘Âbidîn Ibn Al Hussayn Ibn ‘Alî Ibn Abî Tâlib fut l’une des 12 personnes qui fut considérée comme Imâm par les shi’ites. Cet illustre descendant du Prophète Muhammad (que Le Salut et La Paix d’Allâh soient sur lui) fut surnommé As Sâdiq (le véridique) de par sa véracité, et ses mérites sont trop nombreux pour être rapportés ici. Il rédigea un traité d’alchimie, de prédictions et de présages [en conformité avec les fondements de l’islam], et le Sûfi Abû Mûsâ Jâbir Ibn Hayyân At Tûsî rédigea un livre de 2000 pages dans lequel il inséra les examens de son Shaykh Ja’far As Sâdiq, ceci organisé d’après 500 traités. Ja’far naquit en l’an 80 de l’Hégire, mais selon d’autres avis, sa naissance serait survenue juste avant l’aube du Mardi 8 Ramadân 83 ».
Il était doux, juste, généreux, modeste, équitable, bon,
clairvoyant, bienveillant et bienfaisant, il passait son temps à étudier, à
enseigner et à pratiquer continuellement de bonnes œuvres. Ses contemporains
étaient tous unanimes à son sujet : il était beau et lumineux (de son
visage), doté d’un grand charisme et manifestant des dons et des prodiges
spirituels. Il a concilié magnifiquement la voie exotérique et la voie
ésotérique, il était un savant à la fois complet (il maitrisait toutes les
grandes sciences de son temps) et vertueux, s’interdisant le mensonge, la
lâcheté, l’hypocrisie et les honneurs politiques si cela devait compromettre sa
dignité et son intégrité, et ce, contrairement à ce qu’ont pu dire des menteurs
ou des exagérateurs (soumis à leurs passions) qui voulaient le faire passer
pour une personne lâche, malhonnête, hypocrite, et vulgaire. Par des voies de
transmissions abondantes, on sait qu’il n’en est rien, ses plus proches
disciples et ses contemporains témoignaient de son intégrité, de sa bonté et du
fait qu’il était digne de confiance dans tout ce qu’il disait et transmettait.
En public comme en privé, il reconnaissait l’orthodoxie religieuse et la
légitimité politique des trois premiers califes bien-guidés (Abû Bakr, ‘Umar et
‘Uthmân), tout en vantant les mérites et la grandeur de notre noble imâm ‘Alî
(‘alayhî salâm). Il a vraiment réuni tout le bien en lui ! Or, les
menteurs prétendent le contraire, et disent que lorsqu’il disait du bien ou
qu’il faisait du bien, « il faisait la taqiyya » (la taqiyya n’est
autorisée en islâm que lorsqu’il y a un danger de mort, de torture ou d’un
grand mal, qu’on ne saurait éviter autrement, et non pas pour déformer la
vérité ou mentir « gratuitement », et encore moins de façon
systématique, car le Qur’ân et la tradition prophétique condamnent fermement
cette attitude), aussi bien en privé qu’en public, même en l’absence de
contrainte ou de danger, ce qui est le comble de l’absurdité et de
l’hypocrisie, et tout cela est impossible concernant notre imâm Jâ’far. Si ce
qu’ils disent était vrai, alors il serait lâche et indigne de confiance, et les
gens ne sauraient distinguer ses paroles sincères de ses paroles mensongères
(car on pourrait leur rétorquer, à travers le même raisonnement, que leurs
récits mensongers le faisant passer pour un personnage vulgaire et haineux, ont
été dit sous « taqiyya » pour échapper aux fanatiques se réclamant
faussement de lui). L’imâm Jâ’far est innocent d’eux et est bien au-delà de
tout ça ! Face aux témoignages authentiques et fiables, aux récits
abondants qui remontent jusqu’à lui, et aux dévoilements spirituels qui
confirment son rang éminent et ses enseignements authentiques, et aussi par le
témoignage de ses disciples sûfis dans la voie spirituelle, dont plusieurs font
partie de ses descendants (comme le célèbre Abdul Qadîr al-Jilânî par exemple),
on sait que les rawafidhs mentent à son sujet et sont bien loin d’adopter ses
enseignements purs et authentiques.
Le Shaykh ul Islâm, sûfi, médecin, historien, théologien, juriste et
traditionniste Abû Nu’aym al-Isbahanî dans son Hilya al-’awliyâ’ wa tabaqât
al-’aṣfiyâ’ a dit : « Jâ’far al-Sadiq fut cité par un grand nombre de
savants et d’imams renommés, comme Malik ibn Anas, Shu’ba ibn Hajjaj, Sûfyan
At-Thawri, Ibn Jurayh, Abdullah ibn Amr, Ruh ibn Qasim, Sûfyan ibn Uyayna,
Sulayman ibn Bilal, Ismaîl ibn Ja’far, Hatim ibn Ismaîl, Abdul Aziz ibn Bilal,
Abdul Aziz ibn Mukhtar, Wahab ibn Khalid, Ibrahim ibn Tahham et plusieurs
autres. D’autres disent qu’il fut la source originelle de narrateurs tels que
Malik, Imâm Shafi’î, Hassan ibn Salih, Abû Ayub Sakhtiyani, Umar ibn Dinar,
Ahmad ibn Hanbal et d’autres. Anas ibn Malik dit : « Aucun œil n’a
jamais vu, aucune oreille n’a jamais entendu, aucun cœur n’a jamais connu un
homme meilleur que Ja’far al-Sadiq en ce qui concerne son savoir, son adoration
et sa piété » ».
L’imam Mâlik dira à son sujet : « L’homme sincère (As-Sâdiq) ne sera pas atteint par la décrépitude, et ne perdra pas sa lucidité lors de ses derniers instants. Et qui peut prétendre être plus sincère que celui qui a été appelé « le Sincère » par les amis, les ennemis et l’histoire, lui, l’imâm as-Sâdiq Abû Abdallah Jâ’far, qu’Allâh soit Satisfait de lui et de ses pères » (Cf. Mustafa Brahami, Les six grands Imams – Abû Hanîfa, Mâlik, Zayd, Ja’far, Shâfi’î, Ahmad et les autres… : Evolution historique du fiqh, éd. Tawhid 2010 ; ainsi que Muhammad Abû Zahra dans al-Imam Sâdiq).
L’imam Farîd ud Dîn Al ‘Attâr dans son Tadhkirat ul Awliyâ (Le mémorial des saints) débuta même un de ses livres contenant des notices biographiques sur les saints de l’islam sunnite en ces termes : « Afin d’attirer les faveurs célestes, nous allons tout d’abord parler de Jâ’far As Sâdiq, car il fait partie des gens de l’intimité/proximité [avec Allâh], il est le modèle de tous les savants et il a mieux parlé qu’eux tous réunis de la voie spirituelle menant à Allâh ».
L’imâm Mâlik Ibn Anas a dit sur son maître Jâ’far As Sâdiq (‘alayhî salâm) : « J’allais visiter Jâ’far Ibn Muhammad, il aimait beaucoup plaisanter et sourire, mais lorsqu’on mentionnait devant lui le Prophète (salla Llâhu ‘alayhi wa sallam), son attitude changeait complètement. Je le fréquentai régulièrement pendant un certain temps, et à chaque fois, il était occupé à l’une de ces trois activités : prier, jeûner, ou lire le Qur’ân. Et je ne l’ai vu transmettre des ahâdîth du Prophète (salla Llâhu ‘alayhi wa sallam) qu’en état de pureté rituelle, ne parlant que de ce qui le concernait. Il faisait partie de ces savants détachés de ce bas-monde, craignant Allâh et L’adorant. Il était toujours à se priver du coussin sur lequel il s’asseyait habituellement pour moi [et que je puisse ainsi m’asseoir dessus] » (Az Zawâwî, Manâqib ul Imâm Mâlik).
Al Imâm Abû Hâtim Ibn Hibbân dit : « Il était parmi les plus grands Sayyids des Ahl ul Bayt dans le fiqh et la science en générale, ainsi que par le mérite » (Ibn Hajar Al ‘Asqalânî, Tahdhîb ut Tahdhîb).
Al Imâm Abû Hâtim Ar Râzî a dit aussi : « Il était thiqah (fiable, digne de confiance, véridique), et ceci sans aucun doute possible ! » (Ibn Hajar Al ‘Asqalânî, Tahdhîb ut Tahdhîb).
Et Al Imâm Muhyi Ddîn An Nawawî a dit aussi dans Tahdhîb ul Asmâ’ wa Al Lughât : « Ils (les savants) sont unanimes sur son imamat et sa grandeur ».
As-Shaykh Muhammad Abû Zahrâ’ a dit aussi dans son Târîkh ul Madhâhib : « En plus de tout cela, Al Imâm As Sâdiq était versé dans la science de l’éthique (al akhlâq) et de ce qui pouvait la corrompre. Il reçut cette science en raison de la bonté de son âme, de sa vaste expérience et de son honnêteté, bien qu’il vivait à une époque de trouble. (…) Al Imâm As Sâdiq laissa une forte empreinte dans l’Islâm par le consensus des savants, bien que certaines personnes l’ont aimé d’un amour si extrême que cela les conduisit à l’égarement, mais jamais il n’y eut le contraire car personne ne l’a jamais haï. Il fut un astre lumineux. Certaines personnes ont fait usage de cette lumière afin de renforcer leur perspicacité et leur foi, tandis que d’autres n’ont pas utilisé cette lumière et dévièrent à cause de leur extrémisme. Qu’Allâh l’agrée, il faisait certes parti des pieux véridiques ».
Dans de nombreuses voies spirituelles sûfies, les chaines de transmission initiatiques passent notamment à travers l’imâm Jâ’far (‘alayhî Salâm), d’où son rattachement à la lignée des « saints » dans la communauté sunnite (‘aqida, fiqh et tasawwûf) et d’un grand amour pour le Qur’ân et le modèle prophétique.
Il eut de nombreux élèves dont les Imâms Abû Hanîfa, Sûfyan At-Thawrî et Mâlik Ibn Anas figuraient parmi plus les érudits et les plus célèbres. Ses enseignements marqueront d’ailleurs profondément les deux premières écoles juridiques de l’Islâm que furent le Hanafisme et le Malikisme. Le Shaykh Muhammad Abû Zahrâ’ a dit dans son Târîkh ul Madhâhib : « Les Imâms parmi les Ahl us Sunnah qui vivaient à son époque apprirent la science de lui, les Imâms Mâlik, Sufyân Ibn ‘Uyaynah, Sufyân At-Thawrî et de nombreux autres bénéficièrent de sa science. Abû Hanîfah (qui mourut en 150) bénéficia de son savoir alors qu’ils étaient sensiblement du même âge et il le considérait comme le plus savants de tous, d’autant plus qu’il connaissait bien les différences entre les gens. Un grand nombre de Tâbi’în apprirent le hadîth auprès de lui comme Yahyâ Ibn Sa’îd Al Ansârî, Ayyûb As Sukhtiyânî, Ibbân Ibn Taghlib, Abû ‘Amr Ibn Al ‘Alâ’ et beaucoup d’autres savants du fiqh et du hadîth parmi les Tâbi’în, tout comme de nombreux Tâbi Tâbi’în rapportèrent le hadîth de lui ».
Dans sa biographie, al Hafîz Ad-Dhahâbî dit de lui dans son Siyâr a’lam an-Nubalâ’ : « Jâ’far Ibn Muhammad Ibn ‘Ali fils du martyr Hussayn fils de ‘Ali Ibn Abi Talib, l’imam de la famille alide, as-Sadiq, un des maîtres emblématiques. Fils de la fille d’al-Qasim Ibn Muhammad, sa grand-mère maternelle est Asmâ’ fille de ‘Abd ar-Rahman fils d’Abû Bakr. Pour cette raison, il disait : “Je suis le fils d’Abû Bakr par deux fois”.
Il a rapporté des hadiths et paroles de son grand-père al-Qâsim, de son père Abû Ja’far al-Baqir, de ‘Ubaydallah, de ‘Urwah Ibn Zubayr, de ‘Ata’ Ibn Rabah (esclave affranchi, le grand maître de la Mecque), de Nâfi’ (esclave affranchi de ‘Abdallah Ibn ‘Umar, devenu son disciple et son continuateur, l’un des grands maîtres de Mâlik) et de beaucoup d’autres. Ont rapporté de lui Mâlik, les deux Sûfyan (At-Thawrî et Ibn ‘Uyayna), Hâtim, … et beaucoup d’autres personnes…
Abû Hanifa disait de lui : “Je n’ai pas vu plus savant que Jâ’far Ibn Muhammad”. (…) Il est rapporté que Jâ’far donnait de son argent jusqu’à n’en rien laisser à sa famille. Les qualités de cet homme noble, sont très abondantes. Et parmi les meilleures, nous pouvons citer ce que rapporte Hafs Ibn Ghiyyath qui l’a entendu dire : “Avant d’espérer l’intercession de ‘Alî (Ibn Abi Tâlib), j’espère celle d’Abû Bakr, car il m’a engendré deux fois” (…) Bukhari n’a pas cité de hadiths rapportés de sa part, mais tous les autres savants en ont cité ».
Concernant al-Bukharî, il en aurait cité dans d’autres ouvrages que dans son Sahîh. Plusieurs raisons ont été avancées pour expliquer cela (notamment les pressions politiques par certains dirigeants). Cependant on ne peut pas taxer al-Bukharî d’être un ennemi des Ahl ul Bayt, puisqu’il rapportait des ahadîths de l’imâm ‘Alî et d’autres Ahl ul Bayt, et disait aussi parfois « ‘alayhî salâm » lorsqu’il évoquait l’imâm ‘Alî. De même, Al-Bukharî dans son Sahîh, au chapitre de la récitation derrière l’imâm, rapporte de Ishâq Ibn Jâ’far, le fils de l’imâm Jâ’far. Ishâq Ibn Jâ’far Al Mu’tamin rapportait des ahadîths de l’imâm Mâlik, qui était aussi l’élève de l’imâm Jâ’far (‘alayhî salâm), ainsi que de son frère Abdullâh Ibn Jâ’far, comme le rapporte Ibn Hibbân dans son ouvrage At-Thiqât.
On peut aussi retrouver des ahadiths rapportés par l’imam Mâlik qui comptent l’imam Ja’far dans la chaîne de transmetteurs, à l’exemple des Hadiths suivants dans le Muwatta’ (n°946) :
« Selon Ja’far Ibn Muhammad, selon son père qui a dit : « Fatima, la fille du Prophète, pesa les cheveux de Hasan, de Husayn, de Zaynab et d’Umm Kalthûm, et donna en aumône l’équivalent (en poids) en or ».
Il faut d’ailleurs noter que le long hadith fondateur du Hajj chez Muslim dans son Sahîh (n°2137) est rapporté par Jâ’far As-Sâdiq. C’est ce hadith sous forme de petits morceaux que nous retrouvons aussi chez Mâlik, Nasâ’î (n°649), At-Tirmidhî (n°797) et les autres dans leurs recueils.
Son père Muhammad al-Baqîr a relaté des ahadiths de ses ancêtres (le Prophète Muhammad, ‘Alî, al-Hassân, al-Hussayn, Muhammad Ibn Al-Hanafiyya, ‘Alî Zayn ul Abidîn) ainsi que de Ibn ‘Abbâs, Abû Hurayra (dans les ahadiths qui n’étaient pas singuliers), Samura Ibn Jundub, ‘Aîsha, Umm Salama, Ibn ‘Umar, Jâbir, ‘Abdallâh Ibn Jâ’far et d’autres). Pour lui, donc, ‘Aîsha et Ibn ‘Umar (le fils d’Umar ibn al-Khattâb) étaient des musulmans dignes de confiance dans ce qu’ils transmettaient (voir Ad-Dhahâbî, Siyâr a’lam an-Nubalâ’, 4/401-409).
Il reconnaissait l’orthodoxie et la piété des califes comme Abû Bakr et ‘Umar et prit leur défense face aux calomnies qui commencèrent à se propager à son époque par certains faux partisans qui se réclamaient des Ahl ul Bayt.
Il a été rapporté en effet ces récits de l’imâm Jâ’far : « Ô Sâlim ! Serais-tu quelqu’un qui insulte mon grand-père ? Abû Bakr est mon grand-père ! Et que l’intercession de Muhammad ne me soit pas accordée lors du jour du jugement si jamais je les hais et si jamais je ne me dissociais pas de leurs ennemis ! » (‘Abd ul Ghanî Al Maqdisî, Tahdhîb ul Kamâl). Et il a dit aussi : « Je n’ai pas besoin de l’intercession de ‘Alî si je ne souhaite pas celle de Abû Bakr, car je suis né deux fois à partir de lui » (‘Abd ul Ghanî Al Maqdisî, Tahdhîb ul Kamâl). Pour l’imâm Jâ’far (‘alayhî Salâm), ses ennemis sont ceux qui calomnient, méprisent, maudissent ou excommunient Abû Bakr aussi bien que les Ahl ul Bayt.
Par ailleurs, alors que Sayyidunâ ‘Umar est aux yeux des shi’ites extrémistes l’une des pires créatures après le diable en personne, l’Imâm Jâ’far a dit : « Celui qui prétend que je me désavoue de Abû Bakr et ‘Umar, qu’il sache que je me désavoue de lui ! » (‘Abd ul Ghanî Al Maqdisî, Tahdhîb ul Kamâl). Mais quoi de plus normal de la part de cet Imâm des Ahl ul Bayt alors que son ancêtre le Prophète Muhammad (ﷺ) a dit : « N’insultez pas mes Compagnons ! Celui qui les insulte, que la malédiction d’Allâh, des Anges et de tous les êtres humains soient sur lui ! Allâh (qu’Il soit exalté) n’acceptera ni justification ni excuse de sa part ! » (Al Qâdî ‘Iyyâd, As-Shifâ’, et dans un autre hadîth, le Prophète (ﷺ) dit aussi : « N’insultez pas mes Compagnons », rapporté par al-Bukharî et Muslim dans leur Sahîh). Cela, car les insulter ne sert à rien, et que, en raison de certaines incompréhensions, exagérations ou ignorances (en se basant sur des récits déformés ou inventés), cela relèverait de la médisance ou de la calomnie. Par ailleurs le fait que des compagnons aient commis des excès, des erreurs, des péchés (petits ou grands) n’effacent pas pour autant leurs grands mérites et leurs efforts pour soutenir le Messager d’Allâh et sa communauté après son départ vers l’Autre Monde, alors même que les générations ultérieures n’étaient pas présentes. Ils seront de toute façon jugés par Allâh, le Juge Suprême. Quant aux nobles compagnons qui constituent des modèles de piété et de justice, suivons-les, et par rapport aux « compagnons tardifs » qui n’étaient pas très proches du Prophète ou qui ne furent pas éduqués spirituellement par lui, ne les suivons pas dans leurs négligences, injustices ou péchés.
Le noble descendant de Sayyidunâ Al Hussayn et l’Imâm du Yémen de son temps, Sayyidunâ ‘Abdu Llâh Ibn ‘Alawî Al Haddâd a dit dans Sîrat ul Imâm Al Haddâd à propos des Califats de Sayyidunâ Abû Bakr, Sayyidunâ ‘Umar, Sayyidunâ ‘Uthmân, Sayyidunâ ‘Alî et Mu’âwiya et des dirigeants qui leur succédèrent : « En ce qui concerne Abû Bakr, ce fut un choix unanime, ‘Umar fut désigné par Abû Bakr, ‘Uthmân le fut à l’unanimité après délibération (shûrâ), et quant à Sayyidunâ ‘Alî (qu’Allâh l’agrée) ce fut par allégeance des gens de Badr, des Muhâjirûn et des Ansâr. Quant à Mu’âwiyah, il fut désigné suite au désistement de Al Hassân Ibn ‘Alî qui lui prêta finalement allégeance. Quant aux autres ce fut par l’épée, la tyrannie et l’agression, excepté pour ‘Umar Ibn ‘Abd ul ‘Azîz, où ce fut à nouveau par unanimité et allégeance (…).
Quant à leur opinion concernant le fait que Sayyidunâ ‘Alî était plus digne du califat, s’il en avait assumé la fonction après le Prophète (ﷺ) ce qui lui arriva plus tard quand il le fit lui serait arrivé alors, c’est-à-dire la discorde, les querelles, et son comportement envers les rebelles, car c’est ce qui avait été décrété pour lui, c’était son destin. Mais Sayyidunâ Abû Bakr fut accepté par les gens, et entre autres par Sayyidunâ ‘Alî, et cela pour avoir été le premier à accepter l’Islâm, accompagné le Prophète (ﷺ) dans la grotte, et conduit la prière rituelle durant la vie du Prophète (ﷺ) ». La science de l’imâm Abdullâh Ibn ‘Alawî Al-Haddâd remontait de père en fils jusqu’aux grands imâms, en plus de sa grande culture générale sur l’histoire, la théologie, le droit musulman, l’exégèse, la langue arabe, la littérature, la poésie, etc., et cela, en plus du fait qu’il était un maître spirituel doté de prodiges, dont de nombreux dévoilements spirituels.
Et aussi, alors que les shi’ites prétendent que l’Imâm Jâ’far serait infaillible comme l’étaient les Prophètes (que La Paix soit sur eux) et que certains extrémistes le déifient, l’Imâm Jâ’far a dit : « Celui qui prétend que je suis un Imâm infaillible auquel on doit absolument obéir, qu’il sache que je me désavoue de lui ! » (‘Abd ul Ghanî Al Maqdisî, Tahdhîb ul Kamâl). Si l’imâm Jâ’far avait en effet de nombreuses inspirations divines, une grande clairvoyance, qu’il était aussi gratifié de profondes et diverses connaissances ainsi que de prodiges spirituels, lui-même admettait ne pas être infaillible et encore moins omniscient sur toutes les choses existantes ou invisibles. Cependant, sa doctrine était pure (conforme au Qur’ân, à la Tradition prophétique authentique et à la voie de l’imâm ‘Alî), de même que ses actes et ses pensées l’étaient.
La voie des Ahl ul Bayt est celle des prophètes, et celle des prophètes, est celle qui est conforme aux Révélations Divines. Or dans aucune des révélations, y compris le Qur’ân, n’est fait mention des thèses des shiites duodécimains, qui non seulement ne s’appuient sur aucun principe qurânique valable, mais non plus sur aucun verset du Qur’ân explicite, alors qu’ils en font des obligations doctrinales, qui étaient même inconnues des grands imâms au début, puis quand ces thèses se sont répandues à l’époque de certains imâms, ils s’en sont eux-mêmes désavoués.
Même les propres fils de l’imâm Jâ’far, qui furent éduqués par lui, n’adoptaient pas les croyances des shiites duodécimains, comme al Imâm Mûsâ Al Kâzim Ishâq Ibn Jâ’far, Ismâ’îl Al A’raj Ibn Ja’far, Muhammad Ad Dîbâj Ibn Jâ’far et ‘Abdullâh Al Aftâh Ibn Jâ’far, qui furent critiqués et rabaissés par les shiites duodécimains extrémistes pour cette raison. Cependant, sans adhérer au dogme de l’infaillibilité, il est une évidence que certains fils sont plus savants et mieux inspirés que d’autres. Et parmi les fils de Jâ’far, Mûsa est le plus saint, le plus savant et le plus spirituel, mais lui-même n’adoptait pas la croyance du shiisme duodécimain. Par ailleurs, l’imâm Jâ’far ne fit pas le takfir de ses enfants, – dans les récits authentiques -, or, comme l’admettent les shiites duodécimains, ils n’adhéraient pas au dogme shiite. Or, chez les extrémistes duodécimains, celui qui n’y adhère pas n’est pas croyant, ni orthodoxe ni réellement musulman dans l’Au-delà, et font partie des pires créatures pour certains d’entre eux (l’avis de plusieurs shiites extrémistes).
Voir par exemple le savant sectaire Al Majlisî dans Bihâr ul Anwâr (37/15), qui relate les positions du savant shiite Al Mufîd, ainsi que As Sadûq dans son Kamâl ud Dîn (1/70) qui critiquent Ishâq, Ismâ’îl, Muhammad et ‘Abdullâh.
Al Imâm ‘Abd ur Rahmân Ibn Khaldûn a dit sur son comportement et celui de ses ancêtres vis-à-vis de certains shi’ites, dans sa célèbre Al Muqaddimah : « Ils prétendent (les shi’ites extrémistes) que l’Imâm est soit un être humain aux attributs divins, soit carrément un dieu incarné. En somme, c’est ce que les chrétiens appellent, concernant ‘Îsâ (que La Paix soit sur lui), l’incarnation (al hulûl). D’ailleurs, ‘Alî lui-même fit brûler vifs ces extrémistes [ndt : ce récit n’est pas forcément sahîh]. Et Muhammad Ibn Al Hanafiyyah se fâcha contre Al Mukhtâr Ibn Abî ‘Ubayd quand il apprit que Al Mukhtâr avait suggéré quelque chose du même genre à son sujet. Il le maudit alors et l’exclut publiquement. Ja’far As Sâdiq en fit autant avec ceux qui voulaient le diviniser ».
Ceci n’est pas un point de vue exagéré de la part des Sunnites que nous sommes car l’un des plus grands spécialistes du hadîth shiite Al Hurr Al Âmilî a dit dans Wasâ’il us Shi’â : « Et il est bien connu et dûment établi que les livres sur lesquels ils (les Imâms) nous ont dit de nous baser pour œuvrer, contiennent de nombreux rapporteurs faibles ou inconnus et contiennent également de nombreux ahâdîth dont la chaîne de transmission est interrompue », ce qui fit d’ailleurs dire au Shaykh Yûsuf Al Bahranî dans Lu’lu’at ul Bahrayn : « Et de deux choses l’une, soit nous prenons tous ces ahâdîth [en les considérant fiables] comme l’ont fait les prédécesseurs parmi nos savants, soit nous prenons une religion autre que celle-ci (le shi’isme imâmite) et une jurisprudence autre que celle-ci, ceci en raison de son imperfection et de son incomplétude, ainsi que de l’absence de preuve sur un ensemble de ses jugements juridiques (ahkâm) ». Leur savant tardif de référence, de l’ère safavide, Al-Majlisî conclut dans Mir’at al-Uqul que plus de 60% des récits dans Al-Kafi ne sont pas authentifiés.
Plus tard, au 20e siècle, le savant shiite Abû al-Qâssim al-Khoei et ses disciples, écarteront aussi une grande partie des récits de ce recueil car du point de vue technique et historique, ils ne sont pas fiables et on ne peut pas les authentifier comme provenant réellement des imâms de la famille alide.
Le savant shiite Muhammad Baqir al-Behdudi, lui aussi du 20e siècle, publia le Sahîh al-Kafi, ne gardant que ce qui était considéré comme étant sahih (authentifié) selon sa méthodologie, écartant ainsi près de 12 000 récits (soit environ 75%) pour ne garder que 4000 récits. Certains vont même plus loin, parlant de 90% de récits non-authentiques. L’Ayatollah Makarem Shirazi, concernant le Bihar al-Anwar estime que près de 90 % des récits ne sont pas authentiques. Il considère que ce recueil a été compilé par Al-Majlisi comme une “encyclopédie brute” incluant tout ce qui était disponible, sans tri critique préalable. Là où pour les Sahihayn d’Al-Bukhari et Muslim du côté sunnite, c’est plutôt l’inverse, où plus de 90-95% des ahadiths et récits sont jugés sahîh selon les critères techniques et historiques. Les savants shiites du courant ussûli (les plus rationnels et intelligents parmi les Shiites duodécimains) adoptent une approche plus critique que les rawafidhs du courant akbari, qui eux sont des littéralistes dont les croyances sont aussi fortement teintées d’idolâtrie, et qui prennent pratiquement tous les récits d’Al-Kafi comme authentiques, même ceux qui contredisent le Qur’ân, la Sunnah, l’intellect et la personnalité des grandes figures de la famille alide.
La mère de Jâ’far était la fille d’al-Qâsim, petit-fils d’Abû Bakr, ce dernier avait été éduqué par notre mère ‘Aîsha qui n’était autre que sa tante paternelle et il contribua ainsi largement à transmettre l’immense héritage scientifique (hadiths et avis juridiques) de celle-ci. Riche de cela, al-Qâsim fut considéré comme l’un des 7 grands fuqahâ’ de Médine qui comptèrent parmi les grands transmetteurs, les juristes et les références de Médine en leur temps.
Al-Qâsim s’intéressa aussi entre autres à l’école de ‘Abdallâh Ibn ‘Abbâs à La Mecque. En outre, al-Qâsim semblait béni puisqu’Allâh lui permit d’avoir les meilleurs éducateurs : quand son père, Muhammad fils d’Abû Bakr mourut, sa mère épousa l’imâm ‘Alî qui éduqua le jeune qu’était al-Qâsim. Al-Qâsim était aussi connu pour son grand effort d’authentification des hadiths qu’il rapportait au Qur’ân ainsi qu’aux hadiths authentifiés connus. Il rassemblait en lui les deux grandes spécialités de l’époque, le Hadith et le fiqh, en plus de l’éthique et de la spiritualité. Al-Qâsim eut de nombreux disciples, dont Abû Zinâd, l’autre grand maître de Mâlik dans le fiqh et le Hadith, et l’un des maillons les plus sûrs dans la chaîne de transmission du Hadith.
Al-Qâsim fut donc le premier précepteur et éducateur de Jâ’far jusqu’à l’âge adulte en même temps que son père Muhammad al-Baqîr. À travers lui, Jâ’far put donc hériter une bonne partie des connaissances médinoises jusqu’au jour où ce dernier mourut en 108 H, Jâ’far avait alors environ 28 ans.
D’un autre côté, le père de Jâ’far, Muhammad al-Baqîr, lui légua non seulement ses connaissances diverses (exégèse qurânique, tasawwûf, fiqh, hadiths, médecine, astronomie, histoire, …), la beauté du verbe arabe, la sagesse qui dicte l’éthique, mais aussi l’élévation de l’âme, le souci du détail et la sincérité dans la recherche intellectuelle. L’imâm Jâ’far avait environ 34 ans quand son père mourut.
À l’instar de son père et de son grand-père, il se mit lui aussi en quête constante de science, allant de cercle en cercle dans la mosquée du Prophète (à Médine).
Parmi les grands fuqaha’ de son temps, il faut signaler l’exceptionnel Shihâb Zuhrî, l’un des grands maîtres de Médine et de l’imâm Mâlik en particulier. L’imam Zuhrî avait hérité des connaissances de nombreux Compagnons, mais surtout du calife ‘Umar et de son fils Abdallâh Ibn ‘Umar ainsi que des Compagnons qui s’étaient formés à l’école de ‘Umar, l’école de la maslaha (le principe de l’utilité et de l’intérêt public). L’Imam Zuhrî avait des liens très forts avec la famille alide à Médine, notamment avec l’imâm Zayd. C’est dire combien la famille alide était en lien constant avec les autres savants à Médine en particulier, mais aussi à La Mecque, Basra et Kufa.
Ad-Dhahâbî dans son Siyâr a’lam an-Nubalâ’ dit de l’imâm Jâ’far : « Chaque fois, que ce soit publiquement ou en privé, il [Jâ’far] s’indignait du mal que disaient les Râfida (extrémistes shiites) sur son grand-père Abû Bakr ; ceci est rapporté sans aucun doute possible. (…) Il n’était pas de ceux qui rapportaient quantité de hadiths, sauf ceux provenant de son père. Ils étaient tous deux parmi les plus grands savants de Médine. Ont rapporté de lui son fils Mûsâ al-Kâzim, Yahyâ Ibn Sa’îd al-Ansârî et Yazîd Ibn ‘Abdallâh, alors que ces deux derniers étaient plus âgés que lui (…), ainsi que ses pairs comme Sufyân, Shu’ba, Mâlik, … ».
Contrairement à ce qu’écrira au début Ibn Taymiyya dans son As sunnah an nabawiyya, où il rabaissait injustement les imâms des Ahl ul Bayt, il dira dans son Kitâb Jâmi’ al-masa’il : « Quant à l’imâm juste, il ne dit et ne suit que la vérité. Celui qui veut suivre ce qui est rapporté de façon sûre du Prophète, de ses successeurs Califes, de ses Compagnons, des imâms parmi ses proches – tels les imams ‘Alî Ibn Hussayn Zayn al- Abidîn, son fils l’imam Abû Jâ’far Muhammad Ibn ‘Ali al-Baqîr ; et son fils l’imam Abû ‘Abdallah Jâ’far Ibn Muhammad as-Sadiq, le maître des savants de la communauté – à l’exemple de Malik Ibn Anas, Thawrî et leurs pairs, trouvera tout cela en accord avec les fondements (ussûl) de la Religion. Il y trouvera aussi ce qui l’éloignera des innovations de beaucoup de personnes parmi ceux qui sont venus après eux, tels les écrits qui contredisent les positions des premiers savants (salaf), dans lesquels les proches du Prophète (Ahl ul Bayt) sont considérés comme des ennemis, dans lesquels on dénie ou diminue leurs droits et on leur porte préjudice, ou bien à l’inverse ceux qui exagèrent plus que de raison sur eux sans argument, et mentent pour cela, portant préjudice par ce faire aux autres, qui les ont précédés ».
Dans ses Majmû’ al-Fatâwâ, Ibn Taymiyya dit aussi : « Abû ‘Abd ar-Rahmân (As-Sulâmî) rapporte dans son livre, “Haqaiq al-tafsir” (Les vérités de l’exégèse), des paroles attribuées à Jâ’far Ibn Muhammad et ses semblables que toute personne versée dans la connaissance sait n’être que purs mensonges. En fait, on n’a jamais inventé autant de mensonges que sur la personne de Jâ’far, parce qu’il était un homme de science et de piété, distingué par Allâh. Par leur connaissance et leur piété, lui, son père Abû Ja’far, et son grand-père ‘Alî Ibn al-Hussayn comptaient parmi les plus grands imâms. Jâ’far n’a pas eu son pareil par la suite dans la famille alide. Beaucoup de menteurs et d’innovateurs se sont approprié son nom en lui faisant porter la paternité de leurs paroles (…) Et concernant leurs mensonges prétendant que certaines de leurs épîtres sont l’oeuvre de Jâ’far, as-Sâdiq, les savants savent pertinemment que celles-ci n’ont été écrites que durant le quatrième siècle (hégirien) (…) Ils rapportent (faussement) qu’il aurait dit : “La taqya est ma religion, ainsi que celle de mes ascendants.” Alors que la taqya est l’emblème même de l’hypocrisie (…) ».
Cependant, Ibn Taymiyya se trompe concernant l’exégèse de As-Sulâmî intitulée Haqaiq al-tafsir, car As-Sulâmî était un spécialiste du hadîth, meilleur et plus grand que Ibn Taymiyya (Al-Qushayrî, al-Bayhaqî et al-Khatîb al-Baghdadî qui étaient de grands savants du hadîth ont témoigné qu’As-Sulâmî était un grand muhaddîth et qu’il était digne de confiance, et il enseigna le hadîth à Al-Bayhaqî et à Al-Qushayrî), qui comme le savent les spécialistes du hadîth, avait l’habitude parfois (du moins durant sa période polémiste) de rejeter des ahadiths bons ou authentiques uniquement car ils contredisaient ses opinions personnelles.
Des savants illustres comme Al-Bayhaqî, Al-Qushayrî, Ad-Dhahâbî, Ibn Kathîr, Tâj ud-Dîn As-Subkî, Ibn Hajar al ‘Asqalânî, Ibn Taymiyya et d’autres, firent son éloge. Ad-Dhahâbî le désigne comme un traditionniste et un maître sûfi, et en tête de notice dans son Siyâr, dit de lui : « al-imâm, al-hafîz, al-muhhadîth, Shaykh Khurassân wa-kabîru l-sûffiya ». Il relate aussi que parmi sa famille (père, grand-père, etc.), il y avait les plus grands traditionnistes de la région du Khurassân.
Al-Khatîb al-Baghdâdî le grand muhhadith et historien répondit d’ailleurs dans son célèbre Tarikh Baghdâd à cette accusation en disant : « Il jouissait dans son pays d’une excellente réputation et occupait une position importante dans sa communauté (tâ’ifa) ; de plus il détenait de bons hadîths (mugawwid). Il a réuni (dans ses ouvrages) des maîtres et leur biographie (classée) par chapitres (jama’a shuyûkhan wa-tarâgima wa-abwâban) ». Ibn Taymiyya dit de lui dans Majmû al fatawa (11/41-42 ; ses propos sont repris aussi partiellement à la page 578) : « Dans ce qu’il (Sulamî) a réuni, il y a de nombreuses choses utiles et profitables. Il est lui-même un homme de bien, de religion, de piété et de mérite. Dans les traditions qu’il rapporte, beaucoup sont authentiques, mais parfois certaines sont faibles et même forgées, les savants savent d’ailleurs qu’elles sont mensongères ».
Al-Hafiz Ibn Hajar al ‘Asqalânî, tout en reconnaissant l’érudition et les qualités de Ibn Taymiyya (dans certains de ses ouvrages), l’a aussi corrigé dans son Qawl al-Musaddad ʻan al-musnad al-Imām Ahmad, sur des questions relatives à la ‘aqida, au hadith et au fiqh : « Ibn Taymiyya, à cause de la mauvaise opinion bien connue qu’il avait de ‘Ali, ne s’est pas limité à considérer ce hadith comme forgé comme l’a fait Ibn Jawzi, il a prit l’initiative d’en rajouter en prétendant que les experts du hadith (muhaddithun) le considéraient comme « forgé ». Ibn Taymiyya a tellement rejeté de hadiths simplement parce qu’ils étaient inconciliables avec ses opinions qu’il est difficile d’en établir la liste complète ». Il faut donc vérifier à chaque fois quand Ibn Taymiyya affirmait que tel ou tel hadith était inventé ou faible, car dans ce domaine, il avait souvent commis des erreurs.
Dans son Minhaj al-Sunnah, il tente de réfuter les arguments des shiites Ibn Al-Mutahhir et d’Al-Hillî, mais en dépit de certains arguments de Ibn Taymiyya, ce dernier est aussi tombé dans l’extrême en rejetant énormément de ahadiths et de récits authentiques et bons (rapportés et authentifiés par les plus grands spécialistes sunnites), uniquement pour justifier ses opinions personnelles, mais après cette période, il adopta un plus grand respect envers les Ahl ul Bayt et certains grands savants sunnites (qu’il rabaissait auparavant). Qu’Allâh lui pardonne et lui fasse Miséricorde !
Comme toutes les grandes personnalités influentes, l’imâm Jâ’far n’a
malheureusement pas échappé à la jalousie politique tout comme aux mensonges
imputés par certains de ses partisans (surtout tardifs), en faisant croire
qu’il adhérait à des doctrines et des pratiques contraires au Qur’ân, aux
nobles manières, à la spiritualité, à la justice, à l’honnêteté et à la piété.
C’est la raison principale pour laquelle, ceux qui vinrent après sa mort, ne
purent pas rapporter directement de lui, car de nombreux récits mensongers
circulaient déjà à son sujet. D’autres par contre, pour échapper aux pressions et
injustices de certains dirigeants omeyyades, ne le citèrent pas directement
comme étant la source de leurs récits ou de leurs avis juridiques, mais firent
tout de même son éloge dès que cela leur était possible, et Allâh sait mieux.
De grands imâms sunnites (sûfis, théologiens, juristes, traditionnistes et
exégètes) l’ont cité dans leurs ouvrages, comme At-Tabarî, As-Sulâmî,
Al-Qushayrî, Al-Hujwirî, Abû Bakr Al-Kalâbâdhi, Farid ud-Dîn Attâr, Ahmad
Ar-Rifâ’î, Ad-Dhahâbî, l’imâm Al-Haddâd, Qâdî ‘Iyyâd (dans “Kitâb
us-Shifâ'”), Ahmad Al ‘Alawî (dans “Mawâdd ul Ghawthiyyah”) et
d’autres, qui étaient de grands maîtres spirituels et dont certains
descendaient même de l’imâm Jâ’far as-Sâdiq.
Il est cependant fort regrettable, que ses avis et ses enseignements se soient
d’une part trop éparpillés et méconnus quelques siècles après sa mort, à
l’instar du Hafîz Sûfyan At-Thawrî (dont son école a également disparu), alors
qu’ils étaient deux grands imâms dans toutes les sciences, en plus d’être des
sûfis, des ascètes et des vertueux. Cependant, à travers les enseignements
spirituels transmis dans les chaines initiatiques sûfies, la quintessence de
leurs enseignements a pu être préservée.
Al Imâm Ja’far As Sâdiq procéda également à l’éducation spirituelle de plusieurs personnes dont les Imâms Abû Hanîfah, Mâlik Ibn Anas et Sûfyan at-Thawrî pour ne citer que les plus connus parmi les fondateurs d’une école juridique. Le célèbre Abû Yazid al-Bistamî (m. 234 ou 265 de l’hégire, soit entre l’an 848 et l’an 875 ; certaines sources indiquent qu’il serait né vers l’an 804) fut également profondément influencé par ses enseignements, sans doute à travers un intermédiaire.
A ce titre, Abû Hanîfa a dit : « Si je n’avais pas eu ces deux années, j’aurais péri ! ». Al Imâm Ibn ‘Âbidîn commenta ces propos en disant dans son Hâshiyah ‘Alâ Radd ul Muhtar : « Pendant deux années, il accompagna Jâ’far As Sâdiq et il acquit la connaissance spirituelle qui fit de lui un gnostique dans la Voie (At Tarîqah)… Abû ‘Alî Ad Daqqâq reçut l’initiation de Abul Qâsim An Nâsirîbâdî, qui la reçut de As-Shiblî, qui la reçut de Sarrî As Saqatî qui la reçut de Al Ma’rûf Al Karkhî, qui la reçut de Dâwud At Tâ’î, qui reçut les deux connaissances, l’intérieure (ésotérique) et l’extérieure (exotérique), de l’Imâm Abû Hanîfa ».
Sur le plan de la doctrine, Abû Hanifa, At-Tahawî, Sûfyan at-Thawrî, Al-Qushayrî, et d’autres qu’eux par exemple, ont suivi la même voie dans les principes : l’affirmation des Attributs d’Allâh, « sans comment », L’exemptant de toutes les limitations et modalités physiques, car Il est Celui qui n’est pas limité, et qui Subsiste par Lui-même sans avoir besoin des choses créées pour Être et Agir.
C’est ainsi qu’il a dit : « Quiconque prétend qu’Allâh (qu’Il soit exalté) est (physiquement) en haut, en bas ou bien dans n’importe quel endroit, celui-là est un mécréant ! » (Al ‘Attâr, Tadhkirat ul Awliyâ’). Et il a dit aussi : « Celui qui prétend qu’Allâh est (physiquement) dans quelque chose, issu de quelque chose ou bien au-dessus de quelque chose a commis du shirk (associationnisme). Car s’Il était au-dessus de quelque chose Il serait porté, s’Il était dans quelque chose Il serait limité, et s’Il était issu de quelque chose, Il serait entré en existence, c’est-à-dire créé » (Al Qushayrî, Ar Risâlah ainsi que par d’autres).
Tout ceci démontre clairement son appartenance au Sunnisme. Et son descendant l’Imâm ‘Abdu Llâh Al Haddâd (qu’Allâh l’agrée) a d’ailleurs dit dans sa Risâlat ul Mu’âwanah que le Madh-hab Ash’arî (dans les grandes lignes) avait une doctrine conforme à celle que professait l’Imâm Jâ’far As Sâdiq (qu’Allâh l’agrée). De même, cela montre que le kalâm orthodoxe existait déjà à l’époque des salâfs.
L’imâm Jâ’far reconnaissait la piété et le rang émérite de son « grand-père » Abû Bakr et cherchera son intercession (auprès d’Allâh) le Jour du Jugement, tout comme il reconnait la grandeur et les mérites de notre imâm ‘Alî, cherchant également son intercession le Jour du Jugement Dernier.
Il s’est désavoué publiquement et en privé de ceux qui maudissaient, excommuniaient et rabaissaient les deux premiers califes de l’Islâm, Abû Bakr et ‘Umar, et il invoquait, tout comme son père Muhammad al-Baqîr, la Paix Divine sur ‘Umar ibn al-Khattâb, suivant en cela la pratique de l’imâm ‘Alî lors du décès de notre maître ‘Umar. Il reçut également l’héritage scientifique de Abû Bakr et de ‘Aîsha en termes de savoir et d’éthique par les membres de leur famille.
L’imâm Jâ’far appréciait aussi l’imâm Abû Hanifa et le trouvait intelligent et orthodoxe, tout comme d’autres imâms des Ahl ul Bayt pensèrent pareil.
Al Hâfiz Abû ‘Umar Ibn ‘Abd al Barr dans son Al Intiqâ’ a rapporté que l’imâm des Ahl ul Bayt, Al Imâm Abû Jâ’far Al Bâqir Muhammad Ibn ‘Alî Ibn Al Husayn Ibn ‘Alî Ibn Abî Tâlib (‘alayhî Salâm) a dit de l’imâm Abû Hanifa : « Combien sa voie, ses faits et ses gestes sont magnifiques ! Et combien sa perspicacité dans le fiqh est superbe ! ».
Ad-Dhahâbî rapporte dans son Siyâr a’lam an-Nubalâ’ (4/402) :
« (…) Abû Ahmad ibn ‘Adiyy a déclaré : Il a raconté de nombreux hadiths de son père, de Jâbir et de ses ancêtres. Les principaux érudits ont rapporté de lui. Et il était l’un des hommes de confiance, comme l’a dit Ibn Ma’în.
Amr ibn Abi’l-Miqdaam a déclaré : Quand j’ai regardé Jâ’far ibn Muhammad, j’ai réalisé qu’il descendait des Prophètes. Je l’ai vu debout à la Jamrah, disant : Demande-moi, demande-moi.
« Ali ibn al-Ja ’d a raconté que Zuhayr ibn Mu’awiyah a déclaré : Mon père a dit à Jâ’far ibn Muhammad : J’ai un voisin qui prétend que vous avez désavoué Abû Bakr et‘ Umar. Jâ’far a dit : Puisse Allâh désavouer votre voisin. Par Allâh, j’espère qu’Allâh me fera bénéficier de mes liens de sang avec Abû Bakr, car je suis tombé malade une fois et j’ai laissé ma volonté à mon oncle maternel ‘Abd ar-Rahmân ibn al-Qâsim (ce qui signifie qu’il était très proche de lui).
Ibn Uyaynah a dit : Ils m’ont raconté de Jâ’far ibn Muhammad – bien que je ne l’ai pas entendu (directement) de lui – qu’il a dit : À l’époque du Messager d’Allâh (que la bénédiction et la paix d’Allâh soient sur lui) , la famille d’Abû Bakr s’appelait la famille du Messager d’Allâh (bénédiction et paix soient sur lui). [ndt : en effet, Abû Bakr et ses enfants étaient pratiquement toujours en compagnie du Messager d’Allâh, ils l’ont soutenu et ont tout dépensé pour sa cause quand les idolâtres s’en prenaient au Prophète et le dénigraient].
Muhammad ibn Fudayl a déclaré, relatant ce que disait Sâlim ibn Abi Hafsah : J’ai interrogé Abû Jâ’far [Muhammad al-Baqîr] et son fils Jâ’far sur Abû Bakr et ‘Umar. Il a dit : Ô Sâlim, considérez-les comme des alliés et désavouez tous ceux qui les considèrent comme des ennemis, car ils sont tous deux des imâms guidés.
Alors Jâ’far dit : Ô Sâlim, un homme injureriait-il son grand-père ? Abû Bakr est mon grand-père, et je ne parviendrai pas à l’intercession de Muhammad (bénédiction et salut soient sur lui) le jour de la Résurrection si je ne les considère pas tous les deux (Abû Bakr et ‘Umar) comme des alliés et si je ne désavoue pas ceux qui les considèrent comme des ennemis.
(Ad-Dhahabî a déclaré) : Ces mots ont été relatés dans des récits abondants (mutawatir) de Jâ’far as-Sâdiq. Je témoigne par Allâh qu’il était sincère dans ses paroles et qu’il n’était pas hypocrite à l’égard de qui que ce soit ni n’essayait d’apaiser quiconque. Puisse Allâh condamner les Rafidis ».
Puis Ad-Dhahabî a commenté le récit ci-dessus en disant : « Sâlim avait une inclination évidente pour le shiisme, mais malgré cela, il transmettait ces paroles vraies. Seuls les gens de vertu reconnaissent la vertu de ceux qui sont vertueux. De même, Ibn Fudayl, le narrateur, était également un shiite mais digne de confiance dans le hadith. Puisse Allâh condamner les shiites (extrémistes) de notre époque ; comme ils sont plongés dans l’ignorance et le mensonge ! Ils attaquent les deux Shaykhs (Abû Bakr et ‘Umar), les deux proches Compagnons du Prophète (bénédiction et salut soient sur lui), et interprètent ces paroles d’al-Bâqir et as-Sâdiq comme ayant été dites par le biais de la taqiyyah (dissimulation) ».
Les Imâms Al Bâqir et As Sâdiq rapportent que ‘Alî Ibn Abî Tâlib invoqua la Grâce et le Salut d’Allâh sur ‘Umar Ibn Al Khattâb et pria en sa faveur. En effet, l’imâm al-Khatîb al-Baghdadî rapporte dans son Al Jâmi’ Li Akhlâq ur Râwî wa Âdâb us Sâmi’ selon une chaine de transmission authentique : « Nous rapportons de Ahmad Ibn Muhammad Abû Ja’far Al ‘Atîqî qui rapporta de ‘Alî Ibn ‘Umar Al Hâfiz, le rapportant de Abû Hâmid Muhammad Ibn Hârûn Al Hadramî qui rapporta de Ya’qûb Ibn Ibrâhîm Ad Dawraqî, qui rapporta de Sufyân Ibn ‘Uyaynah, qui rapporta de Ja’far Ibn Muhammad le rapportant de son père qui rapporta que Jâbir Ibn ‘Abdi Llâh a dit : « ‘Alî dit à ‘Umar Ibn Al Khattâb, alors que ce dernier était allongé sur son lit de mort : « Salla Llâhu ‘alayk – que La Grâce (et la Paix) d’Allâh soit sur toi ! », puis il fit des invocations en sa faveur ». Sufyân rapporta : « On demanda à Ja’far : « N’est-il pas dit que l’on invoque la Grâce [d’Allâh] seulement sur le Prophète (ﷺ) ? ». Il répondit : « Je l’ai entendu tel quel » » ».
La chaine est totalement sahîh, selon tous les vérificateurs (dont Ad-Dhahâbî et Ibn Hajar al ‘Asqalânî). Chacun rencontra l’autre et tous sont fiables et dignes de confiance.
L’imâm Al Hakîm Abû ‘Abdi Llâh, qui était un sunnite ayant relaté les nombreux mérites des Ahl ul Bayt a dit : « Jâ’far [As Sâdiq] Ibn Muhammad rapporta d’après son père Muhammad [Al Baqîr] Ibn ‘Alî [Zayn ul ‘Âbidîn] que ‘Abdu Llâh Ibn Jâ’far Ibn Abî Tâlib a dit : « Abû Bakr As Siddîq est devenu notre Calife et il fut le meilleur des Califes d’Allâh, il fut le plus charitable et le plus attentionné envers nous (les Ahl ul Bayt) » » (Rapporté par al-Hakîm dans son Al Mustadrak).
Abû Bakr disait en effet : « Cherchez la proximité (urqubû) de Muhammad -salallahû ‘alayhi wa salam- à travers les membres de sa famille » (Hadîth rapporté par al-Bukharî et Muslim dans leur Sahîh, sous l’autorité de Ibn ‘Umar).
Cela fut aussi l’attitude de l’imâm ‘Alî (‘alayhî salâm) à l’égard de Abû Bakr (‘alayhî salâm) : « Qu’Allâh fasse miséricorde à Abû Bakr, Par Allâh il était clément envers les pauvres, il récitait le Qur’ân, il interdisait le blâmable, il était un connaisseur de sa religion, il craignait Allâh, il réprimait les actes prohibés et ordonnait le convenable, il passait la nuit en priant et le jour en jeûnant, il a surpassé ses compagnons en piété et en sobriété, et les a devancé en ascétisme et en chasteté » (Nâssikh al-Tawarîkh de Mirza Muhammed Taqî al-Kâshânî surnommé Lissân al-Mulk 5/143-144).
Ad-Dhahâbî rapporte également cette parole de l’imâm ‘Alî : « Auparavant, lorsque j’entendais un hadith de la bouche du Prophète (ﷺ), je m’instruisais de son contenu selon la Volonté Divine, mais lorsqu’il me fut rapporté par une autre personne, je le fis passer sous serment pour s’assurer de sa véracité sauf pour Abû Bakr as-siddîq (le véridique) car Abû Bakr ne dit que la vérité ».
Muhammad ibn Al-Hanafiyya (le fils d’Alî) raconte : « J’ai demandé à mon père, « qui sont les meilleurs gens après l’Envoyé d’Allâh ? ». Il dit : « Abû Bakr ». J’ai alors demandé « qui ensuite ? ». Il dit, alors « `Umar ». Ayant peur qu’il dise ensuite `Uthmân, j’ai donc demandé : « et toi ? ». Il répondit : « je suis seulement une personne ordinaire’ » (Sahîh Bukharî). On reconnait là, à la fois la sagesse et l’humilité de ‘Alî, qui était l’un des plus grands compagnons, aux qualités exceptionnelles, mais qui faisait honneur à ses aînés et qui faisait l’éloge d’autres grands compagnons comme Abû Bakr, ‘Umar et ‘Uthmân. Et certes, il n’était pas du nombre des menteurs ou des lâches. Cependant, pour concilier les différents ahadîths, qui tantôt disent que le plus aimé des hommes par le Prophète était Abû Bakr, tandis que d’autres parlent de ‘Alî, les deux à travers des voies de transmissions authentiques et abondantes, nous dirons que Abû Bakr était l’homme le plus âgé parmi les personnes âgées et ceux qui ne faisaient pas partie biologiquement des Ahl ul Bayt, tandis que l’imâm ‘Alî était le jeune le plus aimé, et faisait partie des Ahl ul Bayt.
Aussi bien Abû Bakr que ‘Alî furent d’un grand secours pour le Prophète, occupèrent des fonctions importantes à l’époque du Prophète (imâm dans la prière, compagnon intime, commandant de bataillons, témoignages en sa faveur, accompagnement lors d’occasions politiques, diplomatiques, sociales et religieuses de grande importance, etc.). Alors que l’imâm ‘Alî n’était encore qu’un enfant sans influence sociale, financière ou tribale pour soutenir le Prophète, ce fut Abû Bakr qui joua ce rôle, et qui continua à le faire, jusqu’à ce qu’Alî grandisse, qu’Umar et ‘Uthmân rejoignirent le Prophète et sa cause, et tous furent d’une grande aide pour le Prophète et sa communauté, sans oublier Khadija, ‘Aîsha, Umm Salama et les filles du Prophète dont la sainte Fatima.
Abû Bakr était une autorité dans le domaine exotérique, tout en étant discret dans son ésotérisme, tandis que l’imâm ‘Alî qui était aussi une autorité dans l’exotérisme, y était cependant plus discret, mais manifestait clairement l’excellence dans son ésotérisme.
Et l’attitude de ‘Alî était conforme à celle du Prophète à
l’égard de Abû Bakr :
« Allâh a élu mes compagnons parmi tous les hommes des mondes, hormis les
Prophètes et les Messagers, et Il m’a désigné quatre parmi mes compagnons. Il a
fait d’eux mes meilleurs compagnons, sachant qu’en chacun de mes compagnons il
y a du bien : Abû Bakr, `Umar, Uthmân et `Alî » (hadîth rapporté par
Abû Nu`aym, Al-Khatîb, par Ibn `Asâkir et par d’autres, dont d’autres ahâdîths
du même sens).
« Abû Bakr ne vous devance pas par un excès de prières ou de jeûne, mais en raison (grâce à) d’un secret qui se trouve dans son «coeur» [for intérieur] » (Hadîth rapporté par At-Tirmidhî, Ahmad dans Kitab fada’il al-Sahaba, Al-Ghazâlî, Al-Hakîm At-Tirmidhî dans Nawâdir Al-Usûl selon Bakr Ibn `Abd Allâh Al-Muzanî, cf. Al-Maqâsid Al-Hasanah d’As-Sakhâwî, p. 196).
Selon Ibn `Abbâs (qu’Allâh l’agrée), le Prophète Muhammad (ﷺ) a dit : « Abû Bakr est mon Compagnon, celui qui me fut d’une douce compagnie dans la grotte, reconnaissez-lui cela car si j’avais à choisir un ami intime, j’aurais choisi Abû Bakr » (hadîth rapporté par Abd Allâh, le fils de l’Imâm Ahmad [Ibn Hanbal], dans le complément du Musnad, Ad-Daylamî et d’autres).
« Abû Bakr As-Siddîq est mon ministre (wazîri), et mon
Calife (ou mon vicaire) sur ma communauté après ma mort, `Umar parle par ma
langue, `Ali est mon cousin, mon frère et le porteur de mon étendard, et
`Uthmân est de moi et je suis de lui » (Hadîth rapporté
par At-Tabarâni dans Al-Kabîr, et Ibn `Adî dans “Al-Kâmil”, et d’autres
l’ont rapporté également).
« Abû Bakr est de moi et je suis de lui, et il est mon frère ici-bas
comme dans l’au-delà » (Hadîth rapporté par Ad-Daylamî).
Selon `Ali (‘alayhî salâm) le Prophète Muhammad (ﷺ) a dit : « Jibrîl vint me trouver. Je lui dis : qui émigre avec moi ? Il répondit : Abû Bakr, et c’est lui qui te succède à la tête de ta communauté, et c’est lui le meilleur de ta communauté » (Hadîth rapporté par Ad-Daylamî).
Touché par la maladie, Abû Bakr commença à s’inquiéter du sort de la communauté et craignit qu’à sa mort, la discorde menaçât sa cohésion et sa fermeté. Il consulta plusieurs Compagnons du Prophète qui se montrèrent, pour la plupart, en faveur de la désignation de `Umar Ibn Al-Khattâb en tant que Calife. Le dernier mot devant être celui de la communauté, il s’adressa aux habitants de Médine pour demander leur avis. Il dit : « Ô gens ! J’ai fait un choix après avoir consulté nombre de sages. Êtes-vous prêts à l’accepter ? » Les habitants de Médine répondirent par l’affirmative sauf `Alî Ibn Abî Tâlib qui s’exclama : « Non, non… nous n’accepterons que `Umar ! ». Abû Bakr sourit aussitôt et dit : « C’est `Umar ! » » (As-Suyûtî dans Ar-Rawd Al-Anîq fî Fadl As-Siddîq).
Etant un éminent juriste, les avis de l’imâm Jâ’far se retrouvent dans les différentes écoles juridiques sunnites (mais dont beaucoup ont disparu au fil du temps), et les shiites duodécimains ont nommé leur école juridique « jâ’farite » en son honneur, mais beaucoup de leurs avis ne remontent pas de manière certaine et authentique aux enseignements de l’imâm Jâ’far ou des autres grands imâms. De même, les croyances qu’ils lui imputent sont tardives et apocryphes, et contredisent ce qui a été narré de lui de façon mutawâtir, tout en contredisant le Qur’ân, la Sunnah et l’attitude continue (de génération en génération) chez les Ahl ul Bayt parmi les savants et les maîtres spirituels, qui ont tous admis de façon unanime que leurs ancêtres (depuis ‘Alî et ses enfants) faisaient l’éloge d’Abû Bakr, de ‘Umar, de ‘Uthmân et de ‘Aîsha – qu’Allâh soit satisfait d’eux tous ! -. D’ailleurs cela a même été rapporté dans plusieurs sources shiites, mais pour expliquer les contradictions au sein de leur propre corpus, ils prétendent que leurs éloges sont faits sous taqiyya, les traitant alors de menteurs, de lâches et d’hypocrites de qui l’on ne peut donc pas prendre la Religion, car ce qui va dans le sens de leurs croyances pourrait aussi être taxé de taqiyya ou de mensonges sous la menace de groupes shiites fanatiques, d’où l’impasse du shiisme et de leur histoire falsifiée pour contourner toutes les évidences qurâniques, prophétiques, spirituelles, historiques, logiques et le fait que l’immense majorité des maîtres spirituels au sein des Ahl ul Bayt étaient des Sunnites enracinés dans le Tasawwuf.
Tout comme de nombreuses personnes ont menti ou attribué à tort des propos à nos Prophètes Isâ’ (Jésus) et Muhammad, de la même manière cela a eu lieu avec nos maîtres Abû Bakr, ‘Umar, ‘Alî, Ibn ‘Abbâs, Abû Hurayra, Hassân, Hussayn, Muhammad Al-Baqîr, Ja’far As-Sadiq, Ahmad Ibn Hanbal et d’autres, mentant à leur sujet ou déformant des propos en rajoutant leur propre interprétation biaisée ou des paroles qu’ils n’ont pas dites, ou sans en mentionner le contexte précis. Dès lors, pour sortir de l’impasse de la bataille des récits, il convient de se référer au Qur’ân avant tout, ainsi qu’aux faits bien établis sur le plan historique, avec une approche rationnelle et spirituelle (notamment via les dévoilements spirituels) et ensuite croiser les sources sunnites, shiites, ibâdites, mu’tazilites et non-musulmanes afin de se rapprocher le plus possible de la réalité historique, autant de méthodes et d’outils qui sont mentionnés dans le Qur’ân.
Dans les sources sunnites comme shiites, nos imâms ‘Alî Ibn Abî Tâlib et Ja’far As-Sadiq ont affirmé que le Qur’ân devait être la source principale et le critère décisif pour dissocier le vrai du faux dans les informations historiques (présumées ou authentiques) concernant les divergences humaines (juridiques, théologiques, confessionnelles, politiques, morales, éthiques, etc.).
Dans le Nahj al-Balâgha, une source très appréciée chez de nombreux Shiites (et Sunnites également, même si toutes les lettres ne sont pas de lui, une bonne partie remonte bien à l’imâm ‘Alî), il est rapporté de l’imâm ‘Alî aux sermons n°176 et n°198 : « Sachez que ce Coran est un conseiller qui ne trompe pas, un guide qui n’égare pas […] Personne ne s’assoit auprès de ce Coran sans qu’il ne se lève avec une augmentation ou une diminution : une augmentation dans la guidance ou une diminution dans l’aveuglement » et « (Le Qur’ân est comme) une lumière dont les lampes ne s’éteignent pas (…) et un discriminateur (furqân) dont la preuve ne s’affaiblit pas ». Dans le recueil sunnite du Kanz al-Ummâl (n°2887) nous trouvons ce récit de l’imâm ‘Alî : « Le Qur’ân est le remède contre la plus grande maladie, qui est l’incroyance, l’hypocrisie, l’erreur et l’égarement ».
Cela est conforme à la parole prophétique rapportée aussi par ‘Alî où le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit : « Par Celui qui m’a envoyé comme Prophète avec la Vérité (…). Le Qur’ân vous permet de trancher les différends entre vous. Les orgueilleux qui s’en écartent [volontairement et injustement] seront sanctionnés par Allâh, et quiconque recherche la science en dehors du Livre [ses fondements et préceptes] s’égarera. Le Qur’ân est la « corde solide » d’Allâh, Sa lumière éclatante et Sa guérison bénéfique. Quiconque s’attache au Livre sera préservé de l’erreur, quiconque s’attache à lui sera sauvé et ne déviera point. Ses merveilles sont innombrables et les multiples répétitions ne les épuisent pas » (Rapporté par At-Tirmidhî dans ses Sunân n°2906 selon ‘Alî. Muslim dans son Sahîh n°2408 rapporte aussi le hadith suivant : « En effet, je vous laisse 2 choses (fondamentales à suivre) : le Livre d’Allâh (Qur’ân), c’est la corde d’Allâh. Celui qui le suit est dans la direction et celui qui l’abandonne est dans l’erreur (…) »).
Nous trouvons dans un récit shiite d’Al-Kafi (Tome 1 au Chapitre La divergence des ahadiths, hadith n°3 et 5) cette parole attribyée à ‘imâm Ja’far As-Sadiq a dit : « Quel que soit le propos qui ne concorde pas avec le Qur’ân, c’est un propos trompeur (zukhruf) [une décoration sans valeur] » et « Tout ce qui vous parvient de nous [les Imâms], comparez-le au Livre d’Allâh (Qur’ân). Ce qui est conforme au Livre d’Allâh, acceptez-le, et ce qui contredit le Livre d’Allâh, rejetez-le ».
Principe qurânique et universel qui vaut pour toute personne d’ailleurs, y compris les Prophètes : « Et obéissez à Allâh et à Son Messager et ne vous disputez pas, sinon vous fléchirez et perdrez votre force. Et soyez endurants, car Allâh est avec les endurants » (Qur’ân 8, 46) ; « Et gardez dans vos mémoires ce qui, dans vos foyers, est récité des versets d’Allâh et de la sagesse » (Qur’ân 33, 34) ; « Ô les croyants ! Obéissez à Allâh, et obéissez au Messager (Muhammad) et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité (légitime). Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez-le à Allâh et au Messager, si vous croyez en Allâh et au Jour dernier. Ce sera bien mieux et de meilleure interprétation (et aboutissement) » (Qur’ân 4, 59) ; « Il donne la Sagesse à qui Il veut, et à qui la Sagesse a été donnée, certes, il lui a été fait don d’une grâce immense. Et seuls les doués d’intelligence s’en rappellent » (Qur’ân 2, 269) ; « Notre Seigneur, et envoie parmi eux un Messager issu d’eux-mêmes qui leur récitera Tes versets, leur enseignera le Livre et la Sagesse, et les purifiera. C’est Toi, certes, le Puissant, le Sage » (Qur’ân 2, 129) et « Et si vous obéissez à Allâh et à Son messager, Il ne vous fera rien perdre de vos œuvres ». Allâh est Pardonneur et Miséricordieux » (Qur’ân 49, 14). Dès lors, s’il existe une divergence, il faut délaisser l’avis qui contredit frontalement le Qur’ân. Dans les conditions de la foi et le bon comportement à adopter dans les divergences humaines (intra-islamiques et inter-communautaires avec les non-musulmans), la tolérance pratique et le bon comportement sont la règle générale : « Par la sagesse et la bonne exhortation, appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon. (…) Certes, Allâh est avec ceux qui [L’] ont craint avec piété et ceux qui sont bienfaisants » (Qur’ân 16, 125 et 127) ; « Si Allâh l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais Il voulait vous éprouver en ce qu’Il vous a donné, alors rivalisez (entre vous) dans le bien et dans les bonnes oeuvres » (Qur’ân 5, 48) ; « A chacun une orientation vers laquelle il se tourne. Rivalisez donc dans les bonnes œuvres. Où que vous soyez, Allâh vous ramènera tous vers Lui, car Allâh est, certes Omnipotent » (Qur’ân 2, 148) et « Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre, sauf ceux d’entre eux qui sont injustes. Et dites : « Nous croyons en ce qu’on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c’est à Lui que nous nous soumettons » (Qur’ân 29, 46).
Et que dit Allâh sur les proches Sahâba et Ahl ul Bayt au sens large (Abû Bakr, ‘Umar, ‘Uthmân, ‘Alî, Ibn ‘Abbâs, Salmân al-Fârîsi, Ibn ‘Umar, ‘Aîsha, Fâtima, Khadija, Umm Salâma, Hafsa bint ‘Umar, Asmâ Bint ‘Umays, Asmâ bint Abî Bakr, Abû Dharr al-Ghiffârî, Abû Ad-Dardâ’, etc.) ? Qu’ils font partie des personnes qu’Il a agréé et qui suivront le Messager d’Allâh (ﷺ) dans le Paradis, de par leurs rangs, mérites, efforts et énergie déployés dans le Sentier divin, défendant le Prophète et sa famille. Qu’ils accordaient tous de l’importance au Qur’ân, aux bonnes manières et agissaient selon la justice et la piété religieuse, comme l’indiquent aussi les récits notoires et authentifiés à leur sujet, malgré certaines erreurs ou divergences minimes entre eux, ce qui infirme les récits apocryphes ou douteux isolés qui leurs ont été imputés à tort. De même, les familles d’Abû Bakr, de ‘Umar, de ‘Uthmân et de ‘Alî se sont toutes liées à celles du Prophète Muhammad (ﷺ) via ‘Aîsha, Fâtima, Hafsa, Umm Ruqayya et Umm Kulthûm. De même, leurs familles se sont liées aussi à celle de l’imâm ‘Alî (‘Umar a épousé la fille de ‘Alî appelée Umm Kulthûm lorsqu’elle était en âge de se marier, ‘Alî épousa Asmâ bint ‘Umays après la mort d’Abû Bakr – elle fut d’abord l’épouse de Ja’far Ibn Abî Tâlib puis celle de Abû Bakr à sa mort, puis celle de ‘Alî à la mort d’Abû Bakr et elle dit du bien de chacun de ses époux). L’imâm Muhammad Al-Baqir se maria avec Umm Farwa qui faisait partie de la descendance et de la famille d’Abû Bakr, etc. D’ailleurs de nombreux imâms de la famille alide donnaient les noms d’Abû Bakr, ‘Umar, ‘Uthmân et ‘Aîsha à leurs enfants. Dans la tragédie de Karbalâ, plusieurs membres de la famille alide moururent en martyr aux côtés de l’imâm Hussayn (Ibn ‘Alî) comme ‘Umar Ibn ‘Alî Ibn Abi Talib, Abû Bakr Ibn ‘Alî Ibn Abi Talib, ‘Uthmân Ibn ‘Alî Ibn Abi Talib, Abû Bakr Ibn Hassân Ibn ‘Alî, ‘Umar Ibn Hassân Ibn ‘Alî, Abû Bakr Ibn Hussayn Ibn ‘Alî, ‘Umar Ibn Hussayn Ibn ‘Alî et ‘Uthmân Ibn Hussayn Ibn ‘Alî. Il était en effet une coutume chez les Ahl ul Bayt, de nommer certains de leurs enfants par les noms (en l’honneur) des premiers Califes bien-guidés ou de Sayyida ‘Aîsha, en vertu des liens fraternels, de parenté ou d’alliances (de mariage) qui les unissaient tous, et de l’éducation qui leur fut donné, notamment par la famille de Abû Bakr, de ‘Umar et de ‘Uthmân. Des récits sunnites et shiites indiquent bien que leurs noms étaient donnés en l’honneur des Sahaba et des épouses du Prophète, et jamais ils n’auraient donné leurs noms en sachant les confusions et la haine qui émaneraient des rawafidhs à leur égard, usant de noms visant à les maudire. Par ailleurs il existait des noms bien plus répandus que Abû Bakr, ‘Umar, ‘Uthmân et ‘Aîsha et pour éviter les malentendus et les malédictions, ils en auraient choisi d’autre si l’intention était opposée au fait de les nommer leurs enfants en l’honneur des grandes figures autour du Prophète (ﷺ). Une pratique (des Ahl ul Bayt) absente des Shiites, mais présente chez les Sunnites (qui nomment leurs enfants Muhammad, Abû Bakr, ‘Umar, ‘Alî, ‘Uthmân, Salmân, ‘Aisha, Fatima, Zaynab, Khadija, etc.) n’excluant personne parmi les bien-aimés d’Allâh et de Son Messager (ﷺ).
Dans les thèses spécifiquement shiites (et tournées contre le Sunnisme), tout comme pour les thèses spécifiquement wahhabites, leurs innovations et déviances non seulement sont absentes du Qur’ân, mais contredisent en plus le Qur’ân et de nombreux enseignements prophétiques notoires et authentifiés. En effet, dans le Qur’ân nous trouvons que les épouses du Prophète (ﷺ) font bien partie des Ahl ul Bayt au sens large, – et qu’au sein des Ahl ul Bayt il y a aussi les Ahl ul-Kisâ’ qui ont un rang particulier -, et qu’elles sont toutes les mères des croyants, agréées par Allâh et Son Messager (ﷺ) ici-bas comme dans l’Au-delà, que les grands Sahâba qui l’ont accompagné et soutenu avant le retour victorieux à la Mecque (lors de la libération/conquête de la Mecque face à leurs persécuteurs et ennemis injustes) sont agréés ici-bas comme dans l’Au-délà, qu’Allâh et Son Prophète (ﷺ) les aiment et qu’il est demandé aux croyants d’invoquer le Pardon d’Allâh et Sa Miséricorde pour eux tous, sans exception. Les haïr, les détester, les maudire, les excommunier ou polémiquer à leur sujet n’est pas autorisé, et constitue encore moins une condition de la foi, car le Qur’ân ne fait pas d’événements historiques ultérieurs à la Révélation, des points doctrinaux constitutifs des fondements théologiques, et encore moins quand des récits douteux ont émergé et circulé et qu’ils se contredisent. Ce qui est attesté également, c’est que le Qur’ân ne dit pas que les imâms alides sont infaillibles, – eux-mêmes ont divergé entre eux sur plusieurs questions juridiques et politiques (il y a donc souvent 2 ou 3 écoles et opinions divergentes au sein de la famille alide sur la façon de gérer la politique et de faire face à la tyrannie), et ‘Alî comme ses descendants ont infirmé cette prétention dans des récits authentifiés et dans plusieurs dévoilements spirituels des Saints et Vertueux. Sous les Califats d’Abû Bakr, ‘Umar et ‘Uthmân, l’ensemble des Ahl ul Bayt étaient protégés et n’étaient pas écartés des affaires publiques et politiques de la Ummah, et des paroles authentifiées des imâms ‘Alî, Hussayn, Hassân, Zayn ul ‘Abidîn, Muhammad Al-Baqîr, Zayd Ibn ‘Alî et Ja’far As-Sâdiq ont reconnu leur piété, leur justice, leur rang spirituel éminent et leur orthodoxie. Eux-mêmes ont tous rapportés des ahadiths et paroles par les voies de ‘Aîsha, de Umm Salâma, d’Abû Bakr, de ‘Umar, de ‘Uthmân, de Ibn ‘Abbâs, etc. en le approuvant et en les citant comme sources fiables et preuves, ce qui démontre qu’ils ne limitaient pas le savoir uniquement à celui des Ahl ul Kisâ.
Selon de nombreux Shiites, la taqiyya était obligatoire ou nécessaire pour leurs imâms, au point de mentir sur leurs doctrines et donc de mentir sur Allâh, Son Messager, ‘Alî et la Religion, ce qui est inconcevable pour les Sunnites traditionnels qui considèrent les imâms alides comme des véridiques courageux qui ne mentent pas sur la Religion et qui préfèrent la Voie du martyr (comme les imâms Hussayn et Zayd Ibn ‘Alî) que de mentir sur la Religion ou de soutenir l’oppression, tandis que d’autres (comme Muhammad Al-Baqîr et Ja’far As-Sâdiq), s’écartaient des affaires politiques, appelaient à la patience et à la justice, mais évitaient de semer la fitna ou se taisait pour éviter un plus grand mal, mais jamais ils ne mentaient sur la Religion. Or, selon eux, s’ils mentaient sur la Religion, cela contredit le Qur’ân, qui qualifie d’ailleurs ce type de comportement de perversion et d’injustice. De 2 choses l’une, soit ils étaient menacés de mort ou de torture et ont menti (ils sont alors excusés) mais alors ils n’ont pas eu le même courage que de nombreux imâms sunnites (plus fidèles à la voie des imâms Hussayn et Zayd Ibn ‘Alî), et ils ne seraient donc les plus grands imâms en tant que modèles à suivre (réfutant d’ailleurs un dogme de nombreux Shiites sur les super-pouvoirs attribués à leurs imâms capable d’anéantir leurs ennemis), soit ils ont menti alors qu’ils n’étaient en rien menacés (puisque les récits où ils font l’éloge d’Abû Bakr, ‘Umar, ‘Uthmân et ‘Aîsha ont été rapportés par leurs partisans et élèves également shiites, face à des gens sectaires ou ignorants qui maudissaient les Califes bien-guidés, et donc les imâms n’étaient pas menacés par des Sunnites ou des Califes) et ce sont alors – selon la thèse shiite – des menteurs et des pervers, et l’on ne saurait suivre ce genre de personnes. Les imâms sunnites qui ont défendu les Ahl ul Bayt (Abû Hanifa, As-Shafi’i, Mâlik, Al-Bukharî, etc.) ont été torturés et pourtant ils n’ont pas cédé à la taqiyya, alors que pour vous les imâms alides l’ont fait, donc par faiblesse (contredisant un dogme shiite au demeurant).
Ainsi, tout comme Allâh retourne les arguments spécieux et mensongers des ennemis du Prophète (ﷺ) contre eux-mêmes, Il en fait de même pour ceux qui portent atteinte aux Califes bien-guidés comme aux Ahl ul Bayt. Si leur thèse est fausse, alors la voie sunnite traditionnelle est celle qui se conforme le plus au Qur’ân, à la Sunnah prophétique, à l’histoire et à la voie de la famille alide. Mais si la thèse shiite serait exacte, alors leurs imâms seraient soit des lâches ayant peu de courage ou seraient alors des menteurs (qu’Allâh nous éloigne de ce genre de propos et de doctrines), car ce serait là la conséquence logique de leur thèse, sans même parler du fait que de nombreux récits qui leurs attribuent ne remontent même pas aux imâms alides eux-mêmes.
Comme on peut le voir avec certains groupes Juifs et Chrétiens, parmi les premiers beaucoup ont calomnié Sayyidûna Isâ’ (Jésus) quitte à inventer aussi de faux récits visant à le diaboliser ou à le mépriser, tandis que parmi les seconds, beaucoup ont menti sur lui – pas forcément pour de mauvaises raisons – en lui faisant dire ce qu’il n’a pas dit ou en le divinisant alors que ses enseignements connus et authentifiés récusaient une telle prétention, lui-même n’ayant appelé qu’à adorer Allâh (le Créateur et Seigneur des mondes) tandis que lui n’étaient que son envoyé et le réceptacle (crée) de Sa Parole dans son âme bénie et pure, distinguant ainsi le Principe (Dieu en tant qu’Absolu et Être divin et incréé) de Ses manifestations créées parmi les Anges, les Prophètes et les Saints, qui eux ne doivent pas être adorés, et qui dans leur être limité, ne sont pas Lui sur le plan théologique. En milieu musulman, les mêmes tendances psychosociologiques se sont cristallisées dans les courants appelés nassibi et anthropomorphistes d’une part (plutôt rigoristes et littéralistes comme pour leurs homologues des autres communautés, et aussi méprisant ou occultant l’importance du Prophète ﷺ et de sa famille, faisant de l’Être absolu et divin un corps physique composé d’organes et de limites, inventant parfois des mensonges sur Allâh et sur Son Messager avec des paroles ou attitudes contraires au Tawhîd pur, à la sagesse universelle, à la piété religieuse et à la chevalerie spirituelle) et d’autre part avec les courants dits shiites – des dizaines de tendances et groupes – qui ont suivi plutôt les déviances des groupes chrétiens qui avaient menti ou suivi les récits mensongers de leurs prédécesseurs visant à diviniser le Christ et inventer d’autres éléments doctrinaux que lui-même n’avait jamais enseigné ou accepté, et tout en imitant la structure cléricale des confessions catholiques et zoroastriennes, là où le Qur’ân et les Ahl ul Bayt eux-mêmes n’avaient pas encouragé ou légitimité la structure cléricale ni l’infaillibilité absolue des grandes figures religieuses après les Prophètes (infaillibles dans la transmission spirituelle, religieuse, juridique et éthique de la Religion en tant que Message divin à communiquer à l’Humanité, mais pas d’omniscience ni d’infaillibilité absolue dans tous les domaines du savoir ou de la connaissance du futur, sauf dans une partie qu’Allâh leur avait dévoilé, communiqué ou inspiré). Or, la vérité se situe entre ces 2 voies extrêmes, et c’est la voie adoptée par Abû Bakr, ‘Umar, ‘Uthmân, ‘Aîsha, Khadija, ‘Alî, Ibn ‘Abbâs, Salmân Al-Fârîsi et l’ensemble des grands imâms de la famille alide et des Saints parmi les maîtres sunnites rattachés au Tasawwuf.
D’ailleurs, à en croire de nombreux Shiites, si Abû Bakr et ‘Umar étaient les pires êtres de la terre, donc pire que Mu’awiyya et Yazid, pourquoi ‘Ali (le courageux) aurait refusé de se lever contre eux (s’ils étaient des oppresseurs selon la thèse shiite) quitte à mourir pour ce que les Shiites considèrent comme un pilier de la foi (absent pourtant du Qur’ân et des doctrines authentiques des imâms alides) tandis que l’imâm Hussayn se serait levé contre Yazid (et donc même pas contre son père Mu’awiyya) et que l’imâm Zayd Ibn ‘Alî s’était levé contre les oppresseurs de son époque alors que lui et ses partisans étaient peu nombreux (dans ce combat), et qu’il dit justement aux rawafidhs de cette époque, qu’il n’avait jamais entendu sa famille dire du mal d’Abû Bakr et de ‘Umar – qui étaient des imâms justes et pieux appliquant le Qur’ân et la Sunnah selon ses propres mots -, mais que les dirigeants omeyyades de son époque eux, étaient des oppresseurs qui transgressaient le Qur’ân et la Sunnah, et cette parole juste n’a pas plu aux pseudo-shiites (rawafidhs) qui l’ont abandonné. En l’an 122 de l’Hégire (740), alors que Zayd préparait sa révolte à Kûfa contre le calife omeyyade Hisham ibn Abd al-Malik, un groupe de partisans vint l’interroger sur son opinion concernant les 2 premiers Califes (Abû Bakr et ‘Umar), disant : « Qu’Allâh te fasse miséricorde ! Que dis-tu d’Abû Bakr et de ‘Umar ? ». Sa réponse fut : « Qu’Allâh leur pardonne ! Je n’ai entendu personne de ma famille [les Ahl al-Bayt] les désavouer ni dire du mal d’eux, et je ne dis à leur sujet que du bien. Bien qu’ils aient pris (selon mon opinion) ce qui nous revenait de droit [le califat]. Ils ont agi avec justice, ont suivi le Livre d’Allâh et la Sunnah de Son Messager ». Ils répliquèrent alors : « Si tel est le cas, pourquoi combats-tu donc ces gens [les Omeyyades] ? ». L’imâm Zayd répondit alors : « Ceux-là [les Omeyyades] ne sont pas comme eux. Ceux-là sont des oppresseurs envers nous, envers vous et envers eux-mêmes. Ils commandent par l’injustice et agissent contrairement au Livre et à la Sunnah. Je vous appelle au Livre d’Allâh, à la Sunnah de Son Prophète, à venger le sang des Gens de la Maison et à combattre les oppresseurs ». C’est à cet instant précis qu’une partie de ses partisans se retira en disant : « Tu n’es pas notre compagnon ». Zayd leur cria alors : « Vous m’avez donc rejeté ! » (Rafadtumûnî !) ». Ce récit est rapporté notamment par At-Tabarî dans son Târîkh (7/181), Ibn Kathir dans Al-Bidâya wa an-Nihâya (9/330), Abû al-Faraj al-Isfahânî dans Maqatil al-Talibiyyin (p. 122), Ad-Dhahabî dans Siyâr A’lam an-Nubalâ’ (5/390) et d’autres, et la parole « Je n’ai entendu personne de ma famille [les Ahl al-Bayt] les désavouer ni dire du mal d’eux, et je ne dis à leur sujet que du bien » a été transmise de façon authentifiée et ininterrompuée par des milliers de voies à travers l’élite de la descendance de la famille alide depuis plus de 1400 ans jusqu’à nos jours par nos maîtres hussaynides et hassânides de la Qadiriyya, de la Shadhiliyya, de la Naqshbandiyya, de la Ba’alawiya, etc.
La légitimité du « Moins Excellent » (Al-Mafdûl), pour les Zaydites qui considèrent que ‘Alî était le meilleur (Al-Afdal), mais qu’il est légalement possible d’investir un dirigeant moins excellent (Abû Bakr ou ‘Umar) pour l’intérêt de la communauté, tant qu’ils sont justes, pieux et qui se conforment au Qur’ân et à la Sunnah. L’imâm Zayd, suivant la tradition de la famille alide elle-même, rejetait la notion de l’infaillibilité (contrairement à la notion de Sainteté), car pour eux, l’Imâm n’est pas un être quasi-divin ou infaillible, mais un savant pieux issu des descendants de Fâtima qui se soulève contre l’injustice.
C’est pour cela d’ailleurs que les premiers recueils et traités des imâms zaydites sont virulents envers les Shiites duodécimains qu’ils taxent d’égarés (pour ceux qui tiennent ce genre de thèses), et qu’ils sont bien plus proches des Sunnites traditionnels, que ce soit dans la ‘aqida, le fiqh ou la vision de l’histoire (ils sont cependant plus sélectifs, n’acceptant les ahadiths que s’ils proviennent de la famille alide, d’Ibn ‘Abbâs, d’Abû Bakr, de ‘Umar, de ‘Uthmân, de ‘Aîsha, Salmân, etc. et de tous les autres Sahâba qu’ils considèrent comme pieux et justes parmi le cercle rapproché de l’entourage prophétique). A noter que Zayd et d’autres imâms sunnites étaient d’avis que l’imâm ‘Alî avait la préséance sur Abû Bakr et ‘Umar pour le califat, tandis que l’imâm ‘Alî lui-même, ses fils Hassân et Hussayn, ainsi que Zayn ul ‘Abidîn, Muhammad Al-Baqîr et l’imâm Ja’far, eux divergeaient de l’avis de Zayd, et reconnaissaient la préséance d’Abû Bakr et de ‘Umar, d’après les paroles les plus authentifiées.
Comme pour certains imâms sunnites, ibâdites et mu’tazilites des premiers temps, les premiers imâms zaydites considéraient que tout hadith contredisant le texte clair du Qur’ân est rejeté d’office, peu importe sa chaîne de transmission. Or, les thèses spécifiquement shiites (et anti-sunnites) des groupes duodécimains sont soient complètement absentes du Qur’ân et des ahadiths prophétiques et alides les plus notoires et les mieux établis, soit les contredisent formellement, ce qui montre leur caractère à la fois erroné, tardif et apocryphe, provenant de sources extérieures au Qur’ân, à la Sunnah prophétique et à la famille alide.
L’Imâm Al-Qâsim ibn Ibrâhîm al-Rassi (m. 246 H/860) dans son ouvrage Kitâb al-Radd ‘alâ al-Râfida (Réfutation des Rafidites), il critique violemment l’idée que l’Imâm possède une connaissance infaillible ou qu’il soit désigné par un texte secret. Pour lui, l’Imâm doit prouver sa légitimité par le savoir et l’action (al-khurûj), et non par une lignée mystique.
L’imâm zaydite Abū al-Abbas al-Hassanî (m. 353 H/964) dans son livre Al-Masâbih, fustige les récits duodécimains qu’il considère comme des inventions tardives destinées à justifier l’inaction politique des Imâms après Ja’far as-Sâdiq.
L’Imâm Al-Hâdî ilâ al-Haqq (m. 298 H) écrit dans son ouvrage Kitâb al-Majmû’ : « Nous acceptons le récit de tout Compagnon dont l’intégrité (‘adâla) est établie et qui n’a pas manifesté d’inimitié flagrante envers l’Imâm ‘Alî ou n’a pas altéré les prescriptions divines ».
L’Imâm Ahmad ibn Sulaymân (m. 566 H) précise dans Ussûl al-Ahkâm : « Les récits rapportés par Abū Bakr, ‘Umar, Ibn ‘Abbâs, Ibn Mas’ūd et Mu’âdh ibn Jabal sont acceptés et font autorité dans notre jurisprudence, car ils étaient les élèves du Prophète ﷺ et n’ont pas été accusés de mensonge par les Imâms de la Famille ».
Concernant Sayyida ‘Aîsha, la mère des croyantes, l’acceptation des hadiths de ‘Aîsha et des « Trois », est un point de rupture majeur avec les Shiites Duodécimains puisque les Zaydites utilisent des ahadiths transmis par ‘Aîsha ou par les 3 premiers Califes bien-guidés pour déduire des lois juridiques relevant de l’ijtihâd, comme l’ont fait d’ailleurs les imâms ‘Ali Zayn ul ‘Abidîn, Muhammad Al-Baqîr, Ja’far As-Sâdiq et Zayd Ibn ‘Alî. Dans le Majmû’ al-Fiqh de l’imâm Zayd ibn ‘Alî on y trouve des transmissions où Zayd s’appuie sur des pratiques rapportées par ‘Umar ibn al-Khattâb en matière de droit pénal ou de gestion des terres (Kharâj). L’idée est que si ‘Alî ibn Abî Tâlib n’a pas formellement contredit une pratique de ses prédécesseurs (Abû Bakr, ‘Umar et ‘Uthmân), celle-ci est considérée comme valide. Pour le cas d’Ibn ‘Abbâs, il est l’une des sources les plus citées dans le Tafsir et le hadith zaydite. Les textes zaydites anciens le décrivent comme « l’Océan de savoir » (Al-Bahr) et valident ses récits.
Les critères de sélection comprennent aussi le tawâtur (ce qui a été transmis depuis le début par de nombreuses voies indépendantes et concordantes les unes des autres. Les Zaydites imposent cependant une condition : si un récit d’un Compagnon contredit un récit transmis par le Consensus de la Famille du Prophète (Ijmâ’ Ahl al-Bayt), c’est ce dernier qui prime comme on peut le lire chez Al-Mu’ayyad bi-Llâh Ahmad ibn al-Hussayn al-Hârûnî (333 H/944 – 411 H/1020) – qui était un descendant de l’imâm Al-Hassân – dans Kitâb al-Intisâr : « Le récit isolé (khabar al-wâhid) d’un Compagnon, aussi noble soit-il, ne peut renverser une règle établie par le Qur’ân ou par la transmission ininterrompue des descendants d’Al-Hassân et d’Al-Hussayn ».
Les Wahhabites militants comme les Shiites militants inscrivent comme conditions de la foi la haine et le mépris, pour les premiers il s’agit de la haine, du rejet et du mépris de tous les autres, alors que le Qur’ân enjoint à manifester de l’amour bienveillant envers toutes les créatures tout en appliquant la justice sur les criminels qui menacent la vie d’autrui ou la sécurité du pays. Pour les seconds, il s’agit de rejeter, de mépriser, de maudire et de haïr l’ensemble des grands Compagnons du Prophète et plusieurs de ses épouses, pourtant agréés et aimés par Allâh et Son Messager (ﷺ), qui ont dépensé leurs biens pour Lui et pour la cause prophétique et sa famille, qui ont été blessés pour le protéger, et qui sont morts en martyrs pour protéger la Ummah ainsi que la famille prophétique, en leur donnant même une partie de leurs propres biens, et préférant les enfants de Sayyiduna Muhammad (ﷺ) et ceux de ‘Alî à leurs propres enfants !
Les Sunnites traditionnels placent Allâh au-dessus du tout ainsi que le Qur’ân, suivi du Prophète (ﷺ), des Ahl Ul Bayt et des Sahâba parmi les plus éminents, et cela s’observe dans leurs expressions et formulations traditionnelles, reconnaissant leurs mérites et leurs qualités, sans toutefois les diviniser ou les idolâtrer. Chez les wahhabites, certains Sahâba et Ahl ul Bayt sont amoindris ou rabaissés ou ignorés malgré leur rang éminent, et ils interprètent tout selon le filtre déviant de Mohammed Ibn ‘Abd al-Wahhâb, faisant le takfir ou le désaveu selon sa compréhension et non pas selon l’Islam. Chez les Shiites militants rafidites, Allâh et Son Messager (ﷺ) passent au second plan, après les 12 imâms, et ils imputent aux 12 imâms des propos qu’ils n’ont pas tenus, et une partie des Shiites les divinisent et les idolâtrent, là où l’autre partie modère leurs visions et leurs propos, tout en délaissant le bien qu’Allâh a déposé dans les proches Sahâba du Prophète, et qui étaient aimés aussi par Allâh, Muhammad (ﷺ), ‘Alî et ses descendants.
Le sunnisme traditionnel réunit ainsi tout le bien en lui, ne rejetant personne et n’amoindrissant personne parmi les bien-aimés d’Allâh et de Son Messager (ﷺ), sans faire des divergences historiques tardives ni de la haine de certains êtres humains liés à la Ummah, des conditions de la foi, car tout au plus ces sujets là, qui doivent être traités avec la plus grande prudence et la plus grande rigueur méthodologique et historique, peut concerner la perfection de la foi, mais non pas ses fondements ou ses conditions.
Les recueils sunnites contiennent plus de ahadiths prophétiques que chez les Shiites (qui mettent l’accent surtout sur une partie des imâms alides, en délaissant le Qur’ân et le Prophète), et il y a plus de récits ou de hadiths issus des Ahl ul Kisâ que des 3 premiers Califes bien-guidés, ce qui montre bien qu’il n’a jamais été question, dès les origines du sunnisme traditionnel, d’écarter ou d’ignorer le rang et les mérites des Ahl ul Bayt et des Ahl ul Kisâ.
Le Sunnisme traditionnel (tasawwuf, ‘aqida et fiqh) comporte tout le bien (englobant et harmonisant le Qur’ân, le Prophète (ﷺ), les Ahl ul Bayt et les nobles Sahaba) tandis que les Shiites rejettent ou amoindrissent une partie de ce Bien universel et totalisant (amoindrissant l’importance du Qur’ân, du Prophète (ﷺ), et rejetant une partie des plus nobles Sahâba et des Ahl ul Bayt).
Nous conclurons cet article en disant que c’est après une vie pleine de lumière et de lutte acharnée pour la préservation de la Sunnah de son ancêtre le Messager d’Allâh que l’Imâm Ja’far As Sâdiq fut rappelé par son Seigneur, en l’an 148 de l’Hégire. Al Imâm Shams ud Dîn Ibn Khallikân a dit à ce sujet dans Wafayât ul A’yân : « Il mourut au cours du mois de Shawwâl de l’an 148 de l’Hégire et fut enterré au cimetière de Al Baqî’ à Médine. Dans le même caveau se trouve les corps de son père Muhammad Al Bâqir, son grand-père ‘Alî Zayn ul ‘Âbidîn et l’oncle de son grand-père Al Hassân Ibn ‘Alî. Combien ce caveau est magnifique de par sa munificence et sa noblesse ! ».
Ô Allâh, nous témoignons de l’excellence et du modèle de piété que représente l’imâm Jâ’far pour nous. Sanctifie son secret, fais lui Miséricorde, accorde-lui Ton Pardon et les plus belles de Tes Grâces, ainsi qu’à l’ensemble des gens de sa famille, de ses partisans et de tous les vertueux qui T’adorent sans associé, avec pureté et sincérité.
