A propos des khawarij (kharijites, takfiristes) et du takfir (excommunication)

A l’origine, les « khawarij » sont ceux qui sortaient publiquement contre l’autorité politique légitime (contre l’imâm ‘Alî), et faisaient ainsi scission, se terminant souvent par un affrontement militaire.

A travers l’histoire du monde musulman, le « kharijisme » a souvent désigné des groupes extrémistes et très sectaires, identifiés comme tels selon certaines caractéristiques, tandis que d’autres caractéristiques ont évolué selon les époques et les groupes.

Contrairement à une idée répandue, surtout de nos jours, le kharijisme n’est pas une doctrine fixe à proprement parler, mais relève d’une mentalité qui caractérise bien le « kharijisme », c’est-à-dire une mentalité sectaire et fanatique pouvant aller jusqu’à la discrimination, l’agression ou le meurtre. Et cette mentalité, on peut la trouver chez des adeptes issus des groupes les plus divers extérieurement (des darwiniens, des athées, des salafistes, des laïcs, des shiites, des néo-mutazilites, des réformistes, des féministes hystériques, des rigoristes en tous genres, des sexistes, des chrétiens identitaires, des juifs sionistes, des marxistes, des nationalistes, etc.).

A travers l’histoire du monde musulman par exemple, le kharijisme a pris plusieurs formes et leurs caractéristiques secondaires ont divergé ; certains faisaient le takfir des musulmans qui commettaient des grands péchés à l’instar kharijites (khawarij) azraqites qui étaient suiveurs d’Ibn Azraq. D’autres groupes furent appelés « kharijites » alors qu’ils ne rendaient pas mécréants les musulmans qui commettaient des grands péchés, tels que les sufrites et les ibâdites (suiveurs d’Ibn Ibâdh). Les muhakkimites (première secte kharijite qui s’opposait à ‘Alî ibn Abû Tâlib pour avoir cru qu’il avait commis une grande mécréance en recherchant un arbitrage humain alors que choisir un juge humain qui se base sur un Jugement Divin n’est pas du tout de la mécréance) qui furent combattus à Nahrawan (en Irak) en raison de leur extrémisme. Leurs successeurs à notre époque méconnaissent l’islam et considèrent parfois des pratiques légiférées en islam ou simplement erronées ou déviantes (mais ne relevant pas de la grande mécréance ou de l’idolâtrie, – kufr/shirk akbar -, ni même parfois du shirk mineur/ashgar) comme étant du shirk/kufr akbar et qui en plus de cela, commettent des meurtres ou des massacres lorsque l’occasion se présente (lors d’une guerre souvent), ce qui fait qu’ils commettent les mêmes dérives et crimes que les tyrans (qu’ils dénoncent parfois) qui massacrent ou répriment tous leurs opposants (résistants ou civils, femmes et enfants). Certains khawarij commettent aussi un acte infondé (du point de vue islamique) nommé « al imtihân » (la mise à l’épreuve pour savoir concrètement si les individus se réclamant de l’islam sont des adeptes de leur groupe ou non) ce qui constitue une déviance et une innovation blâmable en islam. En effet, la personne qui affiche une caractéristique propre à l’islam et qui est connue pour avoir professé la Shahada sans la remettre en question par la suite, est considérée comme musulmane jusqu’à preuve du contraire.


Parmi les kharijites contemporains, en milieu « musulman », il y a des shiites duodécimains extrémistes (pour qui tous les non-shiites duodécimains sont mécréants), des réformistes laïcs (pour qui tous les non-réformistes laïcs sont des obscurantistes, des fanatiques, voire des musulmans qui trahissent l’islam ; or en agissant à travers cette mentalité, ils sont les premiers à manifester les traits de la médiocrité intellectuelle, de l’immoralité, de la bassesse intellectuelle et du fanatisme), des anti-wahhabites primaires, – dont certains ahbash/ahbashites (qui ne font aucunement la différence entre les différentes tendances au sein du wahhabisme-salafisme) et des salafistes/wahhabites extrémistes qui font le takfir de tous les autres musulmans qui ne pensent pas comme eux. Or, ce qui les réunit, c’est bien cette mentalité incluant le sectarisme, l’ignorance de l’islam et de l’histoire du monde musulman (ultra-complexe), leur haine et leur agressivité. Chaque communauté (scientifique, ethnique, religieuse, idéologique, politique, culturelle, vidéoludique, etc.) possède ses extrémistes et ses « khawarij », puisque comme il existera toujours des gens « orthodoxes » (véritables ou auto-proclamés) il y aura aussi toujours des hérétiques (véritablement hérétiques ou non) et donc des défenseurs d’une chose (patrie, religion, état, ethnie, science, etc.) et leurs ennemis (pseudo-scientifiques, politiciens corrompus, médecins charlatans, faux-religieux, etc.). Le problème, ce n’est pas forcément la distinction utile et nécessaire entre les « orthodoxes/véridiques » et les « hérétiques/égareurs/imposteurs », – qui est légitime si elle se fonde sur des principes justes, des idées vraies et des attitudes sages -, mais la réaction par rapport aux « autres », qui ne doit pas faire oublier les principes du bon comportement, de la tolérance pratique et du dialogue constructif.
Par rapport aux ibâdites contemporains, ils ne sont pas du tout des khawarij, car outre leur bon comportement, ils ne déclarent pas mécréants les non-ibâdites et sont plutôt tolérants, acceptant les divergences secondaires dans la ‘aqida (tant que les fondements sont préservés) et dans le fiqh (surtout les branches du fiqh, qui font divergences chez les sunnites comme chez les shiites ou les mutazilites).

Il s’agit donc avant tout d’une mentalité sectaire et agressive, loin de la volonté de l’union, du bon comportement et de la clairvoyance, où leur groupe identitaire et idéologique passe avant la Vérité (Allâh) et le respect des droits humains. A l’origine, il s’agit souvent d’une scission politique, qui se transforme ensuite en une construction idéologique forgeant une identité particulière, caractérisée par la haine et la pensée de considérer tous les autres comme étant dans l’égarement, avec souvent, une attitude agressive et haineuse à leur égard.

Il est possible également d’identifier un groupe (en raison de sa configuration idéologique) comme étant « extrémiste/khariji/takfiriste », mais de ne pas généraliser ce jugement à tous les individus se réclamant de ce groupe, car certains n’adhèrent pas aux comportements déviants constituant la tendance générale ou influente du groupe, ni ne partagent l’ensemble de leurs doctrines.

Tous les wahhabites ne sont ainsi pas de dangereux fanatiques pour autant, tout comme tous les salafistes ne sont pas hautains ou sectaires, mais certains d’entre eux ont simplement été trompés par les slogans trompeurs de ces mouvances, et sont en réalité plus influencés par le Qur’ân et le bon comportement (puisant dans la saine tradition prophétique) que dans les enseignements sectaires du wahhabisme/salafisme. Ils ignorent l’existence-même de certains ouvrages de référence du wahhabisme ancien (apparu vers la fin du 18e siècle) ou du salafisme contemporain.


Certains ahadiths par rapport aux khawarij sont faibles et les rapporteurs semblent avoir opéré certaines confusions. Mais les éléments fiables que l’on peut en tirer et qui correspondent clairement aux réalités historiques et contemporaines, sont contenus dans ces ahadiths :
« Les Khawarij sont les chiens de l’Enfer » (Hadîth rapporté par Ibn Mâjah dans Sunân, n°143). Cela désigne ceux qui prétendent appeler au Bien et au Salut mais qui, par leur mentalité sectaire et leurs actes malveillants, – commis sous de faux-prétextes -, commettent des actes destinés au Feu et dont ils symbolisent ce qui est impur et qui est destiné à disparaitre dans le feu de l’enfer.
« Viendra de ma communauté (ou il adviendra de ma communauté) des gens qui lisent le Qur’ân. Il ne dépassera pas leurs gosiers, ils sortiront de la religion comme le ferait la flèche de sa cible, et ils n’y reviendront jamais. Ce seront les pires de ce qu’Allâh a créé, les pires créatures » (Hadîth rapporté par Muslim dans son Sahîh, n°1067).
C’est-à-dire qu’ils liront ou réciteront le Qur’ân, mais en méditant pas profondément et humblement le Qur’ân, en agissant de façon contraire à ses enseignements et aux qualités morales que le musulman doit incarner et manifester, telles que la justice, l’humilité, la générosité, la bonté, l’équité, l’amour du bien, la bienfaisance, etc. qui sont mentionnées dans le Qur’ân. Leurs actions contredisant le Qur’ân et la tradition prophétique authentique, ils finissent par salir l’islam, combattre les musulmans et repousser les non-musulmans ou les musulmans pêcheurs, de la lumière de l’islam et du Droit Chemin.


« Il y aura une divergence dans ma communauté, et une désunion. Des gens qui parlent bien, aux actes mauvais, ils lisent/récitent le Qur’ân et il ne dépassera pas leurs gosiers. Ils sortiront de la religion comme la flèche sort de la cible, ils n’y retourneront jamais. Ils seront les pires qu’Allah a créé et les pires créatures, bienheureux est celui qui les tue et le tuent, ils appellent au Livre d’Allâh alors qu’il n’y ont aucun lien [relation saine], celui qui les combat est plus digne de lui (le Livre d’Allâh).
Ils dirent : Ô Envoyé d’Allâh, quelles sont leur caractéristiques ? Il dit : le rasage »
(Hadîth rapporté par Abû Dawûd, n°4765). En effet, comme beaucoup d’extrémistes à notre époque, certains utilisent de beaux slogans, des appels à la Vérité et à la Justice, à faire le Bien et d’autres discours du même genre, mais dans les faits, leur compréhension est médiocre et ils cautionnent de nombreuses injustices et des actes mauvais. Quant à la caractéristique mentionnée dans ce hadîth, elle n’est pas générale et systématique, mais dans l’histoire, certains chefs parmi les khawarij ordonnaient ou exhortaient leurs partisans à se raser la tête en signe d’adhésion et d’allégeance à cette mouvance.
« Celui qui rompt l’allégeance, et quitte l’assemblée (des musulmans) et meure, sa mort sera une mort de Jahyliya (époque pré-islamique, mécréance). Et celui qui combat sous une bannière folle, qui se met en colère par partisanat, ou appelle au partisanat (sectarisme), ou pour faire triompher le partisanat (sectarisme) et est tué, il mourra dans la Jahilya (mécréance).
Et celui qui se rebelle contre ma communauté, et frappe sans égard ses bons comme ses mauvais, sans considération pour ses croyants, et ceux qui sont sous leur protection (pacte), celui-là n’est pas de moi, ni moi de lui
(il sera renié par le Prophète) » (Hadîth rapporté par Muslim dans son Sahîh n°1848).
La rupture d’allégeance est un acte grave pour celui qui se rebelle contre une autorité politico-religieuse pieuse et juste et qui veut ensuite semer le chaos dans un endroit. Et celui qui combat sous une bannière aveugle ou pour un groupe politique sectaire et injuste et appelle au sectarisme et à la tyrannie, et préfère la victoire de son groupe sectaire et/ou injuste au détriment de la Vérité et/ou de la Justice, appelle en réalité à une cause non-islamique. Quant à celui qui commet des actes injustes contre les musulmans ou les non-musulmans innocents (qu’ils soient sous un pacte politico-social ou non), il sera «renié» par le Prophète pour avoir violé les préceptes fondamentaux de l’islam et ses engagements.


« Viendra à la fin du temps des jeunes gens [jeunes sots], aux ambitions sottes, ils parlent de la meilleure des façons (belles paroles), (mais) sortiront de l’Islam comme la flèche sort de sa cible, leur foi ne dépassera pas leurs gosiers, là où vous les trouvez, leur mort sera rétribué le Jour de la Résurrection » (Hadîth rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh n°3611 et par Muslim dans son Sahîh n°1066).
Depuis environ 30 ans, nous voyons que les jeunes révoltés qui ont délaissé la spiritualité, l’éducation religieuse traditionnelle et l’accomplissement des œuvres de bienfaisance dans les domaines sociaux et humanitaires, bien qu’ils affichent de beaux slogans trompeurs, n’en demeurent pas moins des gens agressifs, violents, peu cultivés (religieusement, psychologiquement et politiquement parlant), – contrairement à d’autres domaines où ils peuvent exceller (médecine, informatique, chimie, physique, …) -, qui ne manifestent aucune justice ni aucune bienfaisance avec les individus (y compris musulmans) qui ne partagent pas leur vision déviante des choses et qui n’adhèrent pas à leur groupe sectaire. Ainsi, si un adepte du fanatisme prend les armes pour semer le chaos, il devient un devoir de le raisonner si cela est possible, mais le cas échéant, alors le combattre devient obligatoire et nécessaire pour préserver la sécurité des citoyens (le mettre hors d’état de nuire sans le tuer est préférable, mais si la situation dérape et qu’elle exige la mise à mort par nécessité liée à la sécurité et à la légitime défense, alors cela n’est plus un péché, même si c’est une situation triste pour laquelle il ne faut pas se réjouir en tant que tel).


Le Prophète prédit donc l’apparition de mouvements sectaires dans le monde musulman, desquels le musulman doit se désolidariser, – sans pour autant tomber dans l’autre extrême en soutenant des causes injustes ou sectaires -. Attention aussi aux calomnies lancées par des ignorants, des sectaires et des défenseurs malhonnêtes de régimes injustes et tyranniques qui traitent tous leurs opposants de « terroristes » ou de « kharijites » alors même qu’ils ne commettent aucuns crimes ni n’appellent à la terreur, mais appellent soit à la justice, soit défendent militairement les opprimés sans commettre de crimes contre des civils (dans leur camp ou dans le camp ennemi).

D’après l’Imam Ahmad dans son Musnad, le Messager d’Allâh (‘alayhî salât wa salâm) a dit :

« Vous informerais-je au sujet du croyant (mû’min) ?

C’est celui que les gens ne craignent pas quant à leurs biens et leurs propres personnes.

Et le musulman, c’est celui dont les musulmans sont épargnés (du mal) de sa main et de sa langue.

Et le (véritable) combattant (al mujâhid) est celui qui lutte contre son ego.

Et l’émigré (al muhâjir) est celui qui délaisse (quitte) les fautes et les péchés ».


Et les khawarîj sont loin de cette noblesse du comportement.

L’imâm Ismâ’îl Ibn Kathîr (m. 773 H/1373), théolohien ash’arite, historien, exégète du Qur’ân, spécialiste du hadîth et juriste shâfi’ite originaire de Syrie, a dit dans son ouvrage « Al Bidâyah wa An Nihâyah » au sujet des khawarîj :  « Si les khawârij prennent encore le pouvoir, ils corrompront toute la terre de l’Irâq et du Shâm. Ils n’épargneront ni le garçon ni la fille, ni l’homme ni la femme, car selon leur doctrine, les gens sont entrés dans un tel état de corruption qu’ils ne peuvent être réformés que par le meurtre de masse ».

Il y a aussi le hadîth prophétique suivant : « …celui qui sort de ma communauté contre ma communauté, tuant son pieux et son pervers, n’épargnant ni le croyant (musulman), ni celui sous le pacte conventionnel islamique de protection (résidents non-musulmans vivant sur les terres musulmanes), celui-là ne fait plus partie de moi » (Hadîth rapporté par Muslim dans son Sahîh n°1848).


Ainsi que ceux-ci : « Les gens les plus réticents à tuer sont les gens de la foi » (Hadîth rapporté par Ahmad dans son « Musnad » n°3720).

« Il faut pratiquer la bienveillance et prendre garde à ne pas être violent ou indécent » (Hadîth relaté sous l’autorité de ‘Aîsha et rapporté par al-Bukharî, et cité par Tayeb Chouiref dans son ouvrage « Les enseignements spirituels du Prophète », vol. 1, p. 51, hadîth n°8).

« Le serviteur ne cesse d’être dans une situation aisée en matière de religion tant qu’il ne s’est pas entaché les mains d’un sang d’interdit » (Hadîth relaté sous l’autorité d’Abdallâh Ibn Mas’ûd, rapporté par al-Bukharî, Muslim, At-Tirmidhî, An-Nasâ’î et Ibn Majâh).

« Celui qui dit que les gens sont perdus est le plus perdu d’entre eux » (Hadîth rapporté par Muslim dans son Sahîh n°2622).

Dans son Sharh du Sahîh Muslim, An-Nawawî commente ce hadîth en disant : « Dans le hadith du Prophète – ‘alayhî salât wa salâm – : le verbe est rapporté avec deux déclinaisons notoires, notamment la première qui donne à la parole prophétique le sens suivant : « C’est celui qui dit que les gens ont péri qui est le plus perdu d’entre eux ».

La deuxième déclinaison renvoie au sens suivant : « C’est celui qui dit que les gens ont péri qui les a perdus », c’est-à-dire que c’est lui qui les considère comme ayant péri, et non qu’ils aient vraiment péri. Les savants s’accordent pour dire que cette réprobation s’applique à celui qui dit que les gens ont péri à titre d’outrecuidance, de dédain, d’amour-propre et de dénigrement des gens, car il ignore le Secret Divin à l’égard de la créature ».

« C’est être magnanime avec celui qui t’agresse par stupidité, de pardonner à celui qui a été injuste à ton égard, de donner à celui qui t’a privé, de reprendre les rapports avec celui qui a rompu avec toi » (Hadîth rapporté par At-Tabarânî).

« Le compagnon ‘Abdallâh Ibn ‘Amr (qu’Allâh l’agrée) rapporte que : « On a dit : «Ô Messager d’Allâh ! Quel est le meilleur des hommes ? ». Il a répondu : « Tout homme au cœur makhmûm, à la langue véridique ». On lui demanda alors : « L’homme à la langue véridique, d’accord nous le connaissons, mais que signifie au cœur makhmûm ? ». Il répondit : « C’est le cœur pur et pieux où il n’y a ni péché, ni injustice, ni ressentiment, ni jalousie » » (Hadîth rapporté par Ibn Mâjah dans ses Sunan).

« La meilleure oeuvre après la foi en Allâh, est l’amour bienveillant envers les gens » (Hadîth rapporté par At-Tabarânî, hadîth validé, et cité par Tayeb Chouiref dans son ouvrage « Les enseignements spirituels du Prophète », vol. 1, p. 51, hadîth n°7),

« La meilleure foi est celle qui s’accompagne de patience et d’indulgence » (Hadîth rapporté par Ad-Daylamî, authentique, et cité par Tayeb Chouiref dans son ouvrage « Les enseignements spirituels du Prophète », vol. 1, p. 53, hadîth n°9).

Et lorsqu’un compagnon demanda au Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) : « Quelle est la religion (ou voie) la plus aimée d’Allâh ? », le noble Envoyé d’Allâh répondit : « Le monothéisme primordial et indulgent » » (Hadîth rapporté par Ahmad dans son Musnad).

« J’ai été envoyé pour parfaire la noblesse du comportement (la réalisation des nobles vertus et caractères) » (Rapporté par Al-Bukhârî dans « Al-adab Al-mufrad » n°273, par Ahmad son Musnad 2/381, par Mâlik dans son « Al Muwattâ’ » et par d’autres).

« Le Prophète me demanda, en croisant les doigts : ‘’Comment te comporterais-tu, Abû Dharr ! si tu te trouvais avec la lie* de l’humanité ? – Que me suggères-tu, Envoyé de Dieu ? – La patience, la patience, la patience, répéta-il. Soyez indulgents pour la nature des hommes, mais ne les suivez pas dans leurs (mauvaises) actions !’’ » (Hadîth rapporté par al-Bayhaqî sous l’autorité d’Abû Dharr). * Il s’agit du rebut, ce qu’il y a de plus vil, de plus mauvais chez une personne ou un groupe de personne. On dit souvent par exemple « la lie du peuple ».

« Le fort n’est pas celui qui triomphe de ses adversaires, mais celui qui triomphe de son égo] » (Ibn Hajar Al-Haythami l’a déclaré authentique dans son « Majma `al-Zawa’id »).

D’après Abû Shurayh : « Je demandai au Prophète (‘alayhî salât wa salâm) de m’enseigner quelque chose qui me ferait mériter le Paradis. Il dit : « Efforce-toi de n’avoir que de belles paroles et répands la paix » » (Hadîth rapporté par Ibn Hibbân dans son Sahîh, n°490).


Les fausses accusations de kharijisme

Prenons garde à ne pas taxer des gens ou groupes qui sont innocents de cette mentalité, d’être des « khawarij ». Malheureusement, cette accusation est souvent lancée par des gouvernements corrompus et tyranniques, qui se désavouent des vertueux, des intellectuels, des savants véridiques et pieux, des résistants qui ne terrorisent pas les civils, etc., dans le seul but de justifier leur tyrannie et leur répression.


S’il faut bien sûr condamner les vrais khawarij, comme l’ont fait le Messager d’Allâh (‘alayhî salât wa salâm) et ses nobles compagnons, il faut aussi dénoncer et condamner les nations et groupes injustes qui s’en prennent injustement aux populations musulmanes et aux opprimés parmi les non-musulmans.


La question du takfir (jeter l’anathème sur une personne se réclamant de l’Islam)

Parmi les principes dont il faut tenir compte au sujet de l’excommunication, on peut rappeler également que l’on n’a pas le droit d’excommunier qui que ce soit en raison des conséquences auxquelles peut donner son discours, et que l’on ne peut justifier l’excommunication par les agissements motivés par ce discours. Il est en effet possible qu’une personne affirme une chose qu’elle pense juste, sans accepter les implications logiques qui découlent de son affirmation.

Le Shaykh Ahmad Mashhûr Al-Haddâd dit dans « Miftah ul Falâh » : « Il y a unanimité sur l’interdiction de jeter l’anathème (kufr) sur un musulman, sauf s’il renie la réalité du Créateur Omnipotent – Gloire à Lui-, ou s’il commet un acte d’associationnisme (shirk) explicite n’admettant aucune interprétation, ou s’il renie le statut du Prophète ou une chose nécessairement connue de la religion, ou encore s’il renie une chose faisant l’objet d’une transmission abondante (tawâtur) ou d’une unanimité nécessairement établie dans la religion ». On compte parmi les choses nécessairement connues de la religion, le monothéisme, la foi en les Prophètes, croire que le Message Divin fut scellé par Muhammad – Paix et Bénédictions sur lui -, la foi en la résurrection, le jugement et la rétribution le Jour Dernier, l’existence de l’Enfer et du Paradis comme réalités supra-physiques (et non pas comme de simples métaphores). Quiconque renie ce qui est nécessairement connu dans la religion est jugé mécréant. Il n’est point possible pour un musulman d’invoquer l’ignorance concernant ces questions, sauf s’il s’agit d’un converti très récent. Ce dernier est excusé jusqu’à qu’il en soit instruit ; il n’aura point d’excuse après cela.

Al-Hafîz Ibn Hajar Al-’Asqalânî a dit dans son « Fath al-Barî » :« On juge mécréant celui dont les propos expriment une mécréance catégorique ou celui qui revendique sa parole ; or, celui qui renonce à ses paroles et se repent ne doit pas être jugé mécréant même si ses paroles impliquent la mécréance. Enfin, on ne traite de mécréant que celui que tous les Musulmans reconnaissent en tant que tel ou fournissent une preuve incontournable explicitant sa mécréance ».

C’est l’avis soutenus par plusieurs savants tels que Ibn Battal, Ibn ’Abd Al-Barr, Ibn Taymiyya et bien d’autres. Même Mohammed Ibn ’Abdel l-Wahhâb dont certains se revendiquent a dit dans « Ad-Durar As-Sanniyya » : « Nous nexcommunions que celui qui est unanimement excommunié par les savants. Un individu ne doit être excommunié que sil répond à tous les critères qui le font sortir de l’Islam ». Mais dans les faits, il a tout de même fait le takfir de masse de façon injustifiée, contredisant sa propre règle.

L’imâm An-Nawawî a dit dans son « Sharh Sahîh Muslim » : « Sache que dans la doctrine des gens de la Vérité, on n’accuse jamais d’incroyance l’un des gens de la Qibla [un Musulman] pour un péché qu’il a commis. De même, on n’accuse pas d’incroyance ceux qui suivent leur passion et ceux qui sont coupables d’innovations ou d’hérésie ».

L’imâm At-Tahawî a dit dans son traité « ’Aqidâ At-Tahawiyya » : « Nous ne traitons pas de mécréante une personne pour un crime tant qu’elle ne le considère pas comme licite ».

L’Imâm Abû Hâmid Al-Ghazâlî a dit dans « Al-Iqtissâd fî Al-Itîqad ») : « Il faut se garder, autant que possible, daccuser les autres dincroyance. En effet, cest une grave erreur que de tuer les Musulmans et de mettre la main sur les biens de ceux qui accomplissent la Salât, tournent leur visage vers la Qibla et disent publiquement : « Nous attestons qu’il n’y a de divinité qu’Allâh et que Muhammad est le Messager d’Allâh ». Et se tromper en laissant vivre 1000 incroyants est moins grave que de se tromper en tuant injustement un seul Musulman ».

L’imâm Al-Qarafî a dit dans « Al-Furûq » : « Quune question soit considérée comme relevant de la mécréance nest pas une affaire de logique mais plutôt de législation ; si le législateur la reconnaît en tant que telle, alors elle l’est effectivement ».

L’imâm Ibn Taymiyya a dit dans « Majmû al-fatawâ » (10/372) : « Les textes du Qur’ân et de la Sunnâh qui recèlent des avertissements ainsi que les livres des savants musulmans qui abordent le sujet de l’excommunication et de la perversité, etc. […] ne peuvent être appliqués au cas particulier de tel ou tel individu que s’il répond à toutes les conditions qu’ils ont fixées et qu’il n’y a pas d’entraves qui interdisent leur application ; en cela, il n’y a pas de différence entre les fondements [al-ussûl] et les questions secondaires [al-furû’] ».
Toujours dans le même recueil, il dit : « Avant d’excommunier celui qui a mal interprété [le Qur’ân ou la Sunnah], il faut lui présenter les preuves irréfutables de sa mauvaise interprétation, lui montrer son erreur et lui présenter la vérité. Il faut encore que l’on sache les situations où l’excommunication n’est plus permise. Parmi lesquelles, on peut citer : l’ignorance, l’erreur et la contrainte. Allâh ta’ala dit : « Quiconque a renié Allâh après avoir cru […] – sauf celui qui y a été contraint alors que son cœur demeure plein de la sérénité de la foi » » [Sûrah An-Nahl, verset 106] ».

L’imâm Ibn Al-Qayyîm a dit dans sa « Al-Qassidah an-Nuniyyah » : « L’excommunication est l’apanage d’Allâh et de Son Prophète. Elle n’est prouvée que par le Livre d’Allâh et la Sunnâh de Son Prophète, et n’est aucunement prouvée par ce que dit tel ou tel homme. Est le véritable incroyant celui que le Seigneur de l’univers et Son Serviteur ont excommunié ».

Ad-Dhahâbî sur la dernière position (à sa connaissance) du Shaykh Ibn Taymiyya vis-à-vis des adeptes des autres courants islamiques, dans son « Siyar A‘lâm an-Nubalâ’ » (15/85-89) : « Le grand Savant, l’imâm des théologiens, Abû al-Hassan ‘Alî ibn Ismâ‘îl ibn Abî Bishr Ishâq ibn Salim ibn Ismâ‘îl ibn ‘Abd Allah ibn Mûssa fils de l’émir de Bassora Bilal ibn Abî Burda fils du compagnon du Prophète () Abî Mûssa ‘Abd Allah ibn Qays ibn Hadhar al-Ash‘arî al-Yamânî al-Basrî. (…) J’ai vu chez Al Ash‘arî une parole qui m’a étonné, et elle est confirmée, al Bayhaqî [m.458 H] l’a rapporté en disant : J’ai entendu Abû Hâzim al ‘Abdawî [m.417 H] dire : J’ai entendu Zâhir ibn Ahmad as Sarakhsî [m.389 H] dire : Lorsque les derniers instants de Abû al Hassan al Ash’arî ont approché dans ma maison à Baghdâd, il m’a appelé, je suis venu, puis il a dit : «Atteste de ma part que je ne rends personne mécréant parmi les gens de la Qiblah, car tous appellent à une Divinité Unique, et nos divergences ne sont que dans les expressions ».

Je dis [Ad-Dhahabî] : Sur cela je pratique ma religion. Notre Shaykh Ibn Taymiyyah [m.728 H] était ainsi lors de ses derniers jours, il disait : « Je ne déclare personne de la communauté mécréant, et le Prophète (ﷺ) a dit : « Personne ne garde son ablution sauf un croyant, quiconque prie avec son ablution est musulman » ».

Le Messager d’Allâh (ﷺ) a dit en effet : « Le musulman qui prie notre prière, se tourne vers notre Qibla et mange de notre sacrifice rituel, est le musulman dont la vie est sous la garantie d’Allâh, ne trahissez pas Allâh dans ses protégés ! » (Hadîth rapporté par al-Bukharî dans son Sahîh sous l’autorité d’Anâs Ibn Malîk).

Citons aussi les paroles de l’imâm Ad-Dhahabî, – personnalité globalement respectée des taymiyyiens, des salafistes, des asharites, des maturidites et des hanbalites atharites -, qui après avoir exploré les différentes polémiques et divergences, a renoncé au fanatisme et s’est mis à appeler les gens à renoncer au sectarisme. Il a dit dans « Siyar A‘lâm an-Nubalâ’ » (20/46) : « Les fanatiques (exagérateurs) Mu’tazilites, les fanatiques shiites, les fanatiques Hanbalites, les fanatiques Ash’arites, les fanatiques Murji’a, les fanatiques Jahmites, les fanatiques Karramites, ont envahi le monde et se sont multipliés. Il y a parmi eux des intelligents, de vrais adorateurs, des savants, on implore le pardon d’Allâh pour les gens du Tawhîd, et on s’innocente à Lui des passions et innovations, on aime la Sunnah et ses gens et on aime le savant pour ses qualités dans le suivi et les bonnes mœurs, et on n’aime pas ce qu’il a innové par une interprétation légitime, car le bon exemple est fruit de la multitude des bonnes œuvres ».

L’imam Ad-Dhahabi a dit dans « As-Siyar A’lam an-Nubalâ’ » dans la biographie de Thâbit ibn Aslam le faqih (juriste) shiite : «Le savantissime (‘allamah) Abou-l-Hassan Al-Jilli, le faqih shiite et le grammairien d’Alep, il fait partie des plus grands élèves du shaykh Abû-s-Salah. Il s’est dévoué à la production scientifique bénéfique, et il a un ouvrage dans le dévoilement des égarements des ismâilites [secte déviante se réclamant du shiisme, adoptée par la dynastie des «fatimides»], il dévoila leur da’wah et qu’elle est basé sur des faussetés. Il fut capturé par le dâ’i [les chefs de la secte ismâ’ilite sont appelés dâ’i/prédicateur] de ces gens, et il fut amené en Egypte [centre des « fatimides »] et Al-Muntassir [le faux calife fatimide] le fit crucifié. Qu’Allâh n’agrée pas celui qui l’a tué. Et pour cela, la bibliothèque d’Alep fut brûlé, il s’y trouvait 10 000 volumes. Qu’Allâh fasse miséricorde à cet innovateur qui a défendu la Religion. Et l’affaire, au final, revient à Allâh ». Ainsi, même pour une personne considérée comme innovateur (selon notre prisme, donc à tort ou à raison), l’équité et la sagesse doivent s’appliquer à son égard également.

Al-Muqbilî dans son livre « Al-`Alam Ash-Shâmikh », au sujet des Mu`tazilites, tient les propos suivants : « Je ne suis ni Mu`tazilite ni Ash`arite. Je n’accepte d’être rattaché qu’à l’Islâm et au Porteur de la Loi (Muhammad) – que la Paix Divine soit sur lui -. Je considère que nous sommes tous frères et que nous œuvrons tous en commun au service de la vérité ».

Il n’est pas non plus permis de désavouer un musulman uniquement en raison du fait qu’il n’adhère pas à un groupe particulier. Ibn Taymiyya a dit dans « Majmû al fatawâ » (20/164) : « Il ne revient à personne d’imposer à la Ummah (communauté islamique) un homme et d’appeler à son chemin et d’allier et se désavouer en fonction de cette personne sauf s’il s’agit du prophète. Et il n’est pas permis d’imposer une parole et de s’allier et se désavouer sur cette parole sauf s’il s’agit de la parole d’Allâh et de Son Messager ou du consensus de la communauté. Plutôt, ceci fait partie des actes des gens d’innovations (blâmables) qui élèvent une personne ou une parole et divisent la communauté (musulmane) en s’alliant sur cette parole et en se désavouant en fonction de cette alliance ».
Et dans le même recueil, il dit : « Toutes les factions égarées se rejoignent en un point ; c’est celui de postuler que la majorité des musulmans sont dans l’égarement et qu’ils sont eux le groupe sauvé, sachant pertinemment qu’ils ne représentent qu’une infime minorité de la Ummah (Communauté musulmane) ».

C’est ce que disait aussi l’imâm Al-Ghazâlî avant Ad-Dhahâbî, dans son « Faysal At-Tafriqah bayn Al-Islâm Waz-Zandaqah » (l’un de ses derniers ouvrages), une partie de ce texte peut aussi se trouver dans son ouvrage « Qawâ’id ul ‘Aqâ’id » : « Si une personne prétend que l’infidélité (mécréance, impiété) est ce qui diverge de la doctrine ash`arite, de la doctrine mu`tazilite, de la doctrine hanbalite [ndt : parmi les littéralistes déviants et non pas selon les hanbalites atharites/orthodoxes], ou d’une quelconque autre doctrine, alors sache que tu as affaire à un niais imbécile, emprisonné dans le suivisme (aveugle). Il te suffit alors, pour lui rabattre le caquet, d’opposer à ses prétentions celles de ses adversaires, car toutes les sectes tiennent le même discours. Supposons par exemple que ton ami penche pour la doctrine ash`arite, et qu’il prétende que s’opposer à celle-ci est une preuve d’infidélité manifeste. Demande-lui alors d’où il tient qu’Al-Ash`arî détient le monopole de la vérité, afin qu’il puisse déclarer infidèle un savant aussi noble qu’Al-Bâqillânî [ndt : qui lui-même était un grand savant asharite, tout en ayant quelques divergences avec Al Ash’arî], qui s’est pourtant opposé à Al-Ash`arî sur la signification de l’Attribut de Perdurance divine (al-baqâ’). Al-Bâqillânî a dit en effet que la Perdurance divine n’était pas une qualité extrinsèque à la Quiddité de Dieu – Exalté soit-Il. Pourquoi Al-Bâqillânî deviendrait-il infidèle, en s’opposant à Al-Ash`arî, plutôt qu’Al-Ash`arî, en s’opposant à Al-Bâqillânî ? Pourquoi faudrait-il que l’un d’eux détienne le monopole de la vérité, au détriment du second ? Est-ce parce que l’un est antérieur à l’autre ? Si c’est cela, alors Al-Ash`arî a été précédé par des Mu`tazilites. Que la vérité soit donc du côté du Mu`tazilite antérieur à Al-Ash`arî. Ou bien est-ce parce que l’un est plus vertueux et plus savant que l’autre ? Dans ce cas, à l’aide de quelle balance ou de quelle mesure estime-t-on les degrés de la vertu ? Si ton ami se retrouve impuissant pour oser dire un mot sur Al-Bâqillânî, et qu’il admette que celui-ci puisse s’opposer à Al-Ash`arî, car étant célèbre pour son savoir et sa vertu, alors demande-lui pourquoi il refuse d’admettre la même chose concernant des hommes non moins savants et vertueux qu’Al-Bâqillânî, et quelle distinction il fait entre Al-Bâqillânî, Al-Karâbîsî, Al-Qalânisî, et bien d’autres encore».

En effet, Al-Baqillânî a divergé d’Al Ashari sur de minutieuses questions, sans remettre en cause les points fondamentaux de la doctrine asharite conforment au Qur’ân.

Plus loin il dit : « Si tu es objectif, tu pourras admettre que celui qui place le monopole de la vérité chez l’un de ces groupes en particulier est certainement plus proche de l’infidélité que de la foi. Car il se permet d’élever les disciples de cette secte au rang du Prophète infaillible à l’erreur, par lequel la foi ne se réalise qu’en adhérant à ses idées et par lequel l’infidélité ne se justifie qu’en s’opposant à ses idées. (…) Après tout ceci, tu voudras certainement savoir quelle est cette infidélité qui exclut de la religion islamique. Je vais t’en donner une définition authentique, que tu garderas constamment à l’esprit, qui te ramènera à résipiscence pour ne plus excommunier les sectes musulmanes et qui te portera à retenir ta langue à leur égard, même si les voies qu’elles empruntent sont divergentes, du moment qu’elles demeurent attachées à l’attestation qu’il n’y a de divinité qu’Allâh et que Muhammad est le Messager de Dieu, de manière sincère et dévouée, ne faisant rien allant à l’encontre de la signification de cette formule. Je dis : L’infidélité consiste à démentir le Messager – que la paix soit sur lui – sur une chose qu’il a apportée ; la foi consiste à attester de sa véracité dans tout ce qu’il a apporté [et qui est authentique]. Le Juif et le Chrétien sont ainsi des infidèles [non-musulmans] pour avoir démenti le Messager (Muhammad). Le Brahmane est à plus forte raison un infidèle, puisqu’il renie, outre le Messager, l’ensemble des Messagers [ndt : cela dépend des brahmanes]. Le négateur est, à plus forte raison que le Brahmane, un infidèle puisqu’il renie, outre le Messager, la Réalité Divine – Exalté soit-Il. Ainsi, tout infidèle est une personne démentant le Messager, et toute personne démentant le Messager est infidèle. Il s’agit d’une condition nécessaire et suffisante. Sache que malgré l’évidence des propos que nous venons de tenir, nous sommes amenés à les expliciter davantage, car chaque groupe excommunie ses contradicteurs et les accuse de démentir le Messager. Certains Hanbalites excommunient par exemple l’Ash`arite, sous prétexte que celui-ci démentirait le Messager sur l’affirmation de la Supériorité spatiale d’Allâh (al-fawqiyyah) et sur l’Établissement d’Allâh sur le Trône (al-istiwâ’ `alâ al-`arsh), ce qui contredirait le verset : « Etes-vous assuré que Celui qui est au Ciel ne vous engloutira pas dans la terre ? » [67, 16]. Certains Ash`arites excommunient en retour certains Hanbalites sous prétexte que ceux-ci tiendraient des propos anthropomorphiques, démentant en cela les propos du Qur’ân : «Il n’y a rien qui Lui ressemble» [42, 11] Certains Ash`arites excommunient également les Mu`tazilites sous prétexte que ceux-ci démentiraient le Messager sur la possibilité de voir la Divinité, et sur la négation que des Attributs comme la Science et l’Omnipotence divines puissent être extrinsèques à la Quiddité Divine – Exalté soit-Il. Le Mu`tazilite excommunie en retour l’Ash`arite sous prétexte que celui-ci affirmerait l’existence de plusieurs êtres éternels partageant avec Dieu – Exalté soit-Il – l’Attribut d’Éternité (al-qidam). Car lorsque l’Ash`arite dit que les Attributs divins sont extrinsèques à la Quiddité divine, tout en étant incréés, il sous-entendrait que ces Attributs s’associent à Allâh dans l’Attribut d’Éternité, ce qui amène à démentir le Messager sur le fait qu’Allâh est Un, et que Lui Seul est Éternel, rien ne Lui ressemblant dans Son Attribut d’Éternité ».

Il ajoute enfin (dans son introduction au sujet toujours) que : « Rien ne pourra t’extirper de ce bourbier si ce n’est une connaissance précise de la limite entre l’incrédulité et la créance. Se dévoilera ainsi à toi l’extrémisme de ces groupes, et l’abus d’anathème dont elles usent les unes envers les autres. Mais avant de nous plonger dans le détail de cette distinction, tu dois prendre connaissance de cette petite introduction que nous ne pouvons nous permettre d’omettre, même si elle peut sembler quelque peu insolite pour le lecteur non averti ».

La foi et la volonté de se conformer à l’Ordre Divin, ainsi que le suivi du Messager d’Allâh, sont des qualités (et des conditions) qui ne doivent jamais faire défaut à un Musulman. Il demeure néanmoins que le mode de compréhension du Discours Divin et de l’enseignement prophétique, ainsi que les formes de mise en application des préceptes religieux, peuvent faire l’objet de certaines divergences dues à la nature intellectuelle, – et aux différentes sensibilités mentales et psychologiques – de celui qui reçoit le Message. De plus, certains de ses modes et de ses formes peuvent être appréhendés dans un cadre très large du point de vue de l’énonciation linguistique qui les exprime et grâce à laquelle ils sont compris.

Il poursuit en disant que : « La doctrine salvatrice est l’acceptation du cœur et la reconnaissance de l’existence de tout ce dont Allâh et Son Messager nous ont informé de son existence. Ceci étant acquis, sache alors que l’existence possède des degrés tels, qu’une personne, qui n’y prête guère attention, peut sombrer dans l’excommunication de personnes ne méritant pas d’être excommuniées. Le premier degré est l’existence que les savants qualifient de propre. Il s’agit de ce qui existe dans notre environnement extérieur, comme le ciel, la terre, les mers, les montagnes, etc., c’est-à-dire tout ce dont la réalité ne dépend pas d’une conceptualisation intellectuelle. Le deuxième degré est l’existence sensorielle. C’est l’existence des choses qui se manifestent à l’œil, sans que celui-ci ne les ai perçues réellement pour autant. L’exemple typique est celui des images étranges que le dormeur ou le malade voient pendant leur sommeil, ou qu’une personne éveillée peut se représenter si elle se laisse transporter par son imagination en oubliant le monde qui l’entoure : l’image d’un cheval ailé par exemple. Le troisième degré est l’existence virtuelle. C’est l’existence de l’image d’une chose que l’œil a déjà eu l’occasion de percevoir réellement, et qui se manifeste dans l’imagination, en l’absence de la réalité extérieure qu’elle représente : l’image d’un éléphant ou d’un cheval après qu’ils aient disparu du champ de vision par exemple. Le quatrième degré est l’existence intellectuelle. C’est l’existence d’une chose dont la réalité est avérée, mais qui n’est perceptible que par l’intellect et non par les sens : la puissance, la volonté, ou la vie en sont des exemples, car ces choses sont perceptibles par l’intellect mais seuls certains de leurs effets sont perceptibles par les sens. Le cinquième degré est l’existence métaphorique. Elle concerne une chose identifiée par un nom, mais qui n’a pas d’existence propre à l’extérieur, pas plus qu’une existence sensorielle, virtuelle ou intellectuelle. Ce qui existe est alors une chose autre qui lui ressemble dans un de ses attributs. Nous en donnerons des exemples, dans le cas d’Allâh – Exalté soit-Il. Maintenant que tu sais cela, je vais te donner des exemples de chacun de ces niveaux d’existence, tirés du Livre d’Allâh – Exalté soit-Il – ou de la Sunnah de Son Messager. Quiconque oublie cette hiérarchie de l’existence sombre dans l’excommunication de personnes ne méritant pas d’être excommuniées. Si le Législateur nous informe de l’existence d’une chose, il faut garder à l’esprit que cette existence peut revêtir l’une des formes que nous avons explicitées, et n’est pas nécessairement l’existence propre, qui est, certes, la plus haut-placée dans la hiérarchie de l’appréhension humaine. Le Prophète dit par exemple dans le hadith authentique : « On amènera la mort le Jour de la Résurrection, sous la forme d’un bélier qu’on égorgera entre le Paradis et l’Enfer. On appellera alors : « Ô gens du Paradis, ce sera une vie sans mort ! Ô gens de l’Enfer, ce sera une vie sans mort ! » » [rapporté par Ahmad et Ibn Mâjah]. Certains savants pensent détenir la preuve que la mort est un accident, non une substance, que la mort ne touche que les substances et non les accidents, et que la transformation d’un accident en substance est impossible. En conséquence, on interprète le hadith en disant que le Jour de la Résurrection, les hommes voient une image qu’ils pensent être la mort mais que celle-ci n’existe que dans leur perception, non dans la réalité extérieure. C’est ici le deuxième degré d’existence que nous avons précédemment défini. D’autres savants ne sont pas convaincus de l’impossibilité qu’un accident se transforme en substance. Ils disent alors que la mort se transforme effectivement en bélier qui sera égorgé. Bien que ce deuxième groupe de savants se soit manifestement trompé, nous ne pouvons pas l’excommunier pour autant, car il n’a tenu les propos qui sont les siens que parce qu’il a cru à la lettre du texte, ce qui ne cause de tort à quiconque, comme nous allons le voir par la suite. Allâh – Glorifié soit-Il – dit également : «La Main d’Allâh est au-dessus de leurs mains» [48, 10]. Ceux qui pensent détenir la preuve qu’il est impossible à Allâh – Exalté soit-Il – d’avoir une Main physique et sensible interprètent ce verset en disant qu’il s’agit d’une Main intellectuelle, non sensorielle. Leur idée est que puisque la main est l’organe qui agit, qui saisit, qui donne et qui prive, alors le verset signifie que le Pouvoir d’Allâh est au-dessus de leur pouvoir. Ceux qui ne sont pas convaincus par cet argument disent qu’Allâh a une Main réelle, mais qu’Elle ne ressemble pas à nos mains : Elle n’est qu’un Attribut divin comme l’Ouïe ou la Vue, dont Allâh Seul connaît la réalité. Le Prophète dit : « Allâh Se réjouit de Son Serviteur repentant, tout comme vous vous réjouissez lorsque vous retrouvez ce que vous avez perdu » [rapporté par At-Tirmidhî et Ibn Mâjah, d’après Abû Hurayra]. Et Allâh – Exalté soit-Il – dit : « Ils encoururent la Rigueur (Colère) de Dieu» [2, 61] Certains pensent détenir la preuve qu’il est impossible à Allâh – Exalté soit-Il – de Se réjouir ou de Se mettre en colère, étant donné que la réjouissance est le contentement de l’âme qui a pu satisfaire ses plaisirs et que la colère est un bouillonnement sanguin qui incite au châtiment. Ceux qui pensent détenir la preuve de cette impossibilité disent donc que la réjouissance signifie ici l’agrément, qui lui est nécessairement lié, et que la Rigueur est la volonté du châtiment, voire le châtiment lui-même, qui lui est nécessairement lié également. Ceux qui ne sont pas convaincus par cet argument disent que rien n’empêche l’existence d’Attributs divins qu’on nommerait la Réjouissance et la Rigueur, bien qu’on ne connaisse pas leur réalité (exacte). Maintenant que tu sais cela, tu dois comprendre que toute personne, interprétant de l’une de ces manières une parole du Législateur, demeure croyante. Car l’incrédulité consiste à nier toute forme d’existence de ces choses mentionnées par le Législateur, et à prétendre que ce que dit le Législateur est insensé ou qu’il s’agit d’un pur mensonge par lequel Il cherche à détourner les gens d’une chose qu’Il convoite. Ainsi donc, un interprète n’a pas à être excommunié. Et comment serait-il excommunié alors qu’il n’existe aucun groupe musulman qui n’ait eu recours à l’interprétation (ta’wil) ? Voici même que l’homme le plus éloigné de l’interprétation (générale), l’Imâm Ahmad Ibn Hanbal, a dû interpréter. Des Imâms hanbalites dignes de confiance ont en effet rapporté que l’Imâm Ahmad a eu clairement recours à l’interprétation dans un nombre très limité de questions, trois a-t-on compté (…). Tu comprends ainsi que tout groupe musulman, aussi attaché soit-il à une lecture littérale et aussi éloigné soit-il de l’interprétation, est parfois contraint d’y recourir, sans quoi il pourrait dépasser les limites de l’idiotie, en disant par exemple que la Pierre noire est la véritable Dextre d’Allâh, ou que la mort, bien qu’étant un accident, peut se transformer en substance. Une personne qui pousse aussi loin les limites de son ignorance s’est définitivement détachée du nœud de la raison. En conséquence, il n’est pas permis que chaque groupe se mette à excommunier son contradicteur, s’il juge que ses arguments sont erronés. Il lui est toutefois permis de dire qu’il se trompe ou qu’il s’égare du chemin que lui-même considère comme juste. Mais tu dois également savoir qu’il existe deux niveaux. Le premier est celui de la masse populaire et béotienne. A ce niveau, il convient de suivre le Salaf, de ne pas changer le sens littéral des textes et de ne pas innover d’interprétations qui n’ont pas été proposées par les Compagnons (…) Le second niveau est celui des chercheurs dont les convictions ont été ébranlées. Ceux-là peuvent s’adonner à la recherche théologique, dans la limite de leur besoin. Et ils ne doivent délaisser le sens littéral du texte que lorsqu’ils fournissent une preuve irréfutable étayant leur argumentation. Et il ne faut pas que chaque groupe se mette à excommunier les autres à la moindre divergence de points de vue. Car l’excommunication n’est pas une chose simple avec laquelle on peut se permettre tant de légèretés. Tu dois également savoir que lorsqu’une personne se met à interpréter de manière purement spéculative un texte littéralement explicite, on ne doit pas non plus s’empresser de l’excommunier aveuglément. On étudiera l’interprétation qu’elle propose, et si celle-ci ne touche pas aux fondements des dogmes, elle ne sera pas excommuniée. Si quelqu’un dit par exemple que la fission de la mer pour Moïse est due à la présence d’îles dans le secteur, il est clair que cette interprétation ne s’accorde pas avec le verset : « Et chaque versant fut comme une énorme montagne » [26, 63]. Mais nous n’excommunierons pas pour autant l’auteur de cette interprétation. Nous dirons simplement qu’il se trompe. Dans le cas d’une interprétation conjecturale touchant aux fondements des dogmes les plus importants, on ne doit excommunier que ceux qui changent le sens littéral du texte sans avancer de preuve décisive. On excommuniera ainsi quelqu’un qui nie par exemple la résurrection des corps le Jour de la Résurrection ou quelqu’un qui nie les sanctions physiques dans l’au-delà, n’avançant pour cela que des conjectures, des illusions et des spéculations (…) ».

Ce dernier paragraphe doit être nuancé. En effet, d’une part, tout dépend si la personne avait connaissance des versets sur ces sujets (qui ne font pas partie des piliers et fondements de l’islam nécessairement connus pour pouvoir être considéré comme «musulman» tels que la Foi en Dieu, la reconnaissance du Messager d’Allâh et de sa voie, le Jour du Jugement, l’existence des Anges et des Révélations antérieures, la noblesse du comportement, la reconnaissance et le caractère obligatoire de la prière, de la zakâh, du jeûne du mois de Ramadan et du Hajj. Et d’autre part, tout dépend aussi du sens donné à la négation des « corps » et des « sanctions physiques ». Etant donné que les réalités post-mortem sont certes des réalités, mais non soumises (forcément) aux modalités physico-corporelles telles qu’on les connaît, ce n’est donc pas une parole de mécréance que de contester, avec ce sens, la modalité « physique » des corps et des sanctions célestes, tant que l’on s’accorde à témoigner par contre de la réalité de la Résurrection des âmes individuelles (au Jour de la Résurrection) et des sanctions.

Aussi, comme le rappelle Ibn Rushd dans sa réponse à Al-Ghazâlî, dans son ouvrage « Fasl al-maqâl », le terme d’infidélité n’était pas vraiment employé dans un sens catégorique (mais plutôt particulier, à savoir une hérésie mais qui ne fait pas sortir de l’islam), puisque Al-Ghazâlî dans « Faysal at-tafriqa bayna-l’islâm wa az-zandaqa » où il définit justement ce qui distingue le kufr (faisant sortir de l’islam) de l’islam (même sur des divergences d’interprétation larges ou «hérétiques» restant en-deçà de la mécréance pure et simple) : « est infidèle (kafir) quiconque taxe de mensonge le Prophète, sa parole [ndt : si on la sait authentique]. A contrario, est musulman quiconque assent à la totalité des énoncés compris dans la Révélation, et croit que tout ce qui est proposé par la Révélation existe, sous une forme ou sous une autre ». Et en effet, cette définition évite à la fois les dérives du sectarisme, et est conforme aux énoncés qûraniques, aux principes intellectuels et à la voie prophétique. Quant aux autres conditions énoncées par différents savants en dehors du Qur’ân et de la Sunnah, n’engagent qu’eux et relèvent d’un ijtihad, souvent erroné ou partiellement exact, que le musulman n’est pas tenu de suivre, si cela contredit son propre ijtihad basé sur le Qur’ân et la Sunnah. Suivant cette pertinente définition, Al-Farabî et Ibn Sina, malgré quelques positions théologiques jugées déviantes par l’orthodoxie (au sens large), ne sont pas des mécréants ou des apostats, car ils reconnaissaient à la fois le Qur’ân et la Sunnah comme leurs sources fondamentales et vraies en soi. L’excommunication ici sur la base d’une mauvaise interprétation (si l’on adopte l’avis opposé) est infondée selon nous, car il n’y a pas de négation en soi du Jour de la Résurrection, mais de ses modalités exactes, contredisant donc le principe (juste) énoncé par Al-Ghazâlî, mais qui a utilisé ensuite (selon nous) un cas (en guise d’exemple) erroné, sauf si par infidélité il ne désignait par là qu’une hérésie (sans atteindre le stade de mécréance). Al-Ghazâlî généralisait parfois un peu trop sur certains philosophes aristotéliciens, attribuant à tous les philosophes de cette école philosophique les mêmes erreurs et dérives, alors qu’il y avait des divergences entre eux, mais Al-Ghazâlî était un meilleur métaphysicien et logicien qu’Ibn Rushd pensons-nous (sa tentative de réfutation n’est convaincante que sur quelques points), et était doté aussi de dévoilements spirituels, dépassant ainsi les modes de connaissance et les limitations de Ibn Rushd. La critique d’Ibn Rushd est intéressante et partiellement exacte dans les nuances qu’il apporte aux critiques d’Al-Ghazâlî, mais d’autres points débattus le sont moins.


Il poursuit en disant : «Sache également qu’un exposé exhaustif de ce qui rend ou ne rend pas passible d’anathème nécessiterait de longs développements. Contente-toi donc maintenant d’un conseil et d’une règle que je te donne. Mon conseil est le suivant : Tu dois retenir ta langue à l’égard des gens de la qiblah, du moment qu’ils témoignent qu’il n’y a de divinité qu’Allâh et que Muhammad est le Messager d’Allâh, n’agissant en rien à l’encontre de cette formule. Et ils ne vont à l’encontre de cette formule que lorsque qu’ils permettent que le Messager d’Allâh puisse mentir. Quant à la règle, tu dois savoir que les théories sont de deux sortes. La première concerne les fondements des dogmes, comme nous l’avons déjà évoqué, tandis que la seconde concerne les branches (secondaires). Les fondements de la foi sont au nombre de trois : la foi en Allâh, la reconnaissance en Son Messager, et la reconnaissance au Jour dernier. Tout ce qui n’entre pas dans ces trois points fait partie des branches secondaires. Et sache qu’au niveau des branches secondaires, l’excommunication n’est envisageable que dans une seule situation : lorsque quelqu’un renie une directive prophétique avérée au moyen d’une transmission concordante (tawâtur) péremptoire, et faisant l’objet du consensus de la Communauté, toutes mouvances confondues. Nier le caractère obligatoire des cinq prières quotidiennes ou celui du jeûne du Ramadân par exemple. De même, dire que le sanctuaire de la Mecque n’est pas la Ka`abah, vers laquelle Allâh nous a ordonné de nous rendre en pèlerinage, est une hérésie, car il est établi de manière concordante chez tous ceux à qui est parvenu le message de l’Islam le contraire de cette prétention. Mais sache aussi que la distinction précise entre la transmission authentiquement concordante et celle qui ne l’est pas peut ne pas être accessible à tous. Beaucoup de personnes croient en effet que ce qui est répandu parmi les gens est nécessairement concordant. Or ceci est une erreur. Car la définition du vrai tawâtur est ce qui a été transmis par un groupe de gens de manière concordante, l’ayant eux-même reçu de la même manière par un autre groupe de gens, de telle sorte qu’il est impossible qu’ils aient pu fomenter conjointement un mensonge. La transmission se poursuit ainsi de groupe en groupe jusqu’à parvenir jusqu’à nous. On sait par exemple, grâce à cette transmission concordante, ce tawâtur, qu’il a existé autrefois des hommes qui se sont présentés comme des Messagers envoyés par Allâh à Sa Création. L’on connaît également, par le même biais, les pays les plus célèbres qui existent dans le monde. Mais on a souvent cru, à différentes époques, qu’on avait affaire à un tawâtur, alors qu’en réalité ce n’en était pas un, car tous ne lui accordaient pas le même caractère péremptoire et décisif. C’est le cas lorsqu’un grand nombre de personnes s’accordent autour d’une opinion donnée pour des motifs précis, comme par exemple un lien qui les rapproche ou un sectarisme qui les domine. Un exemple de ceci est l’allégation de certains Shî`ites qu’il existerait un texte révélé par Allâh – Exalté et Loué soit-Il – établissant le droit de `Alî Ibn Abî Tâlib à occuper, lui et sa descendance, la fonction de Calife. Cette allégation est alors à opposer à ce qui s’est transmis de manière concordante chez leurs adversaires. Et bien que nous condamnons cette assertion des Shî`ites, nous ne les excommunions pas pour autant. Car aussi abjecte et absurde soit leur allégation, il demeure qu’elle ne porte pas atteinte à un des fondements de la religion. Même chose concernant leur allégation selon laquelle le douzième Imâm de la descendance de `Alî – qu’Allâh l’agrée – serait caché dans une fosse en Irak, et qu’il réapparaîtrait pour gouverner le monde. Aussi grotesque que puisse être ce discours, il demeure qu’il ne porte pas non plus de tort à la religion. Le seul tort qu’il occasionne concerne ce Shî’ite idiot qui sort chaque jour de chez lui pour aller accueillir l’Imâm, puis qui rentre bredouille le soir. Ce délire ne lèse donc personne à part lui ».
 Précisons toutefois que selon le Qur’ân, des gens de la Sûrate al Kahf peuvent bien « sommeiller » durant des générations (c’est un prodige, donc ce n’est pas une loi naturelle et ordinaire) avant qu’Allâh décide de les réveiller. Cependant le cas du « Mahdi » selon la vision de certains shiites est différente. Beaucoup de shiites croient que leur « imâm » est en l’état d’éveil (mais en occultation) depuis plusieurs siècles, et certains divergent sur sa localisation précise, en Iran à un endroit précis, des gens peu avertis pensent qu’il se terre dans une grotte souterraine et lui envoie des lettres, de l’argent et d’autres choses, alors qu’il n’existe aucun fondement qûranique, aucune tradition prophétique authentique, aucun témoignage authentique parmi les ahl ul bayt et aucune observation directe ou indirecte, permettant de justifier une telle pratique et idée.

Notre maître Abû Hâmid al Ghazâlî (m.505 H) a écrit dans « Al Iqtisâd Fî al I’tiqâd » (p. 305) : « Il convient au fonctionnaire d’état de pencher vers la précaution sur l’anathème (takfîr) dans un cas où trouver un échappatoire est envisageable, car verser les sangs et s’emparer des biens de ceux qui prient en direction de la Qiblah, qui proclament ouvertement la parole : « Pas de divinité excepté Allâh (la ilaha illa Allah) » est dangereux. L’erreur dans le fait de ne pas laisser en vie 1000 incroyants est moins grave que se tromper en versant une goutte de sang d’un seul musulman ».

Même concernant les shiites duodécimains, le takfir de masse ne fut pas envisagé par les plus grands savants sunnites.

Ibn Taymiyya dit dans son ouvrage intitulé « Al-Rad ’Ala Al-Subkî fi mas-alat ta’liq Al-Talaq » (2/697-698) dit : « […] Et les rafidhites [shiites] font d’eux [les imâms d’Ahlu l-bayt] des infaillibles comme le Messager et disent que tout ce que les imâms disent, ils le rapportent directement du Prophète et ils font du consensus de leur groupe une preuve infaillible, c’est sur ces trois bases qu’ils ont construit les règles de leur religion, cependant, l’ensemble de ce qu’ils rapportent de la Sharî’ah est en accord avec les paroles de l’ensemble des musulmans. […] Il y a [parmi ce que les shiites rapportent] ce qui fait effectivement partie du consensus, il y a ce sur quoi il y a divergence parmi les sunnites, donc la majorité de ce que les shiites rapportent de ces imâms [d’Ahlu l-bayt] concernant les questions de Loi [Shar`] n’est pas mensonge, au contraire, la majorité est véridique, il y a également ce qui est mensonge ou faux en définitive, leurs paroles sont comme celles de leurs semblables parmi les savants des musulmans». Cet ouvrage se voulait être une réfutation de la critique qui lui avait adressé As-Subkî. Ce que l’on peut dire c’est qu’une partie des critiques formulées par As-Subkî était juste et fondée, mais que l’autre partie ne l’était pas ; et que d’autres questions peuvent admettre une certaine divergence.

Quant à Ibn al-Qayyim al-Jawziyya, il dit ans « al-Sawa’iq al-Mursalā » (2/616-617) : « Le neuvième point : les juristes imamites (shiites) des premiers aux derniers rapportent d’Ahl ul-bayt que le fait de jurer de divorcer ne compte pas comme étant un divorce, cela est rapporté de façon consécutive chez les shiites de Ja’far Ibn Muhammad al-Saddīq ainsi que d’autres parmi les Ahl ul-bayt. Admettons qu’un arrogant les ait tous démenti et ait dit : « Ils se sont fondés sur le mensonge au sujet d’Ahl ul-bayt ». [Nous répondons] que parmi les shiites, il y a des jurisconsultes, des savants et des gens doués dans l’ijtihād même s’ils ont tort et sont innovateurs concernant les compagnons, cela ne veut pas dire qu’on doit tous les juger menteurs et ignorants, les auteurs du sahîh [ndt : Bukharî et Muslim] ont même rapporté de certains shiites, ont relaté leurs   ahadîths, et les musulmans les ont utilisés comme preuve, les jurisconsultes ne cessent d’étudier leurs divergences et de faire des recherches avec eux [les shiites]. Même s’ils [les shiites] ont tort sur certains sujets, cela ne veut pas pour autant dire que tout ce qu’ils disent est faux et cela même s’ils ont un avis pour lequel ils se distinguent de l’ensemble de la communauté ».

Le shiisme ne se réduit pas qu’au rafidisme (qui est lui-même composé de sous-tendances, des plus égarées aux plus pondérées dans la doctrine et des « extrémistes » aux plus tempérées dans l’éthique). Certains shiites seulement idolâtrent ‘Alî (en disant qu’il est l’incarnation d’Allâh sur terre, – imitant en cela de nombreux courants chrétiens tardifs -, disent qu’il a créé les cieux et la terre, et disent aux autres « si ‘Alî le veut, qu’Alî te bénisse », ce qui constitue clairement du shirk (s’ils pensent que c’est ‘Alî qui détermine les choses ou qui est l’incarnation d’Allâh en homme, et non pas si le sens est qu’Alî se conforme à la Volonté Divine, mais dire autre chose qu’Allâh le veut du point de vue métaphysique par rapport au futur, n’a jamais été institué ni prononcé par le Prophète ou par l’imâm ‘Alî), et une ferme opposition à la voie de l’imâm ‘Alî, qui elle se fondait sur le Tawhîd le plus pur) et les imâms parmi les ahl ul bayt, disent qu’Alî est supérieur au Prophète, que Jibril s’est trompé ou que le Qur’ân actuel n’est pas authentique ou qu’il est falsifié.
Pour beaucoup de shiites, le Qur’ân actuel est bien authentique, le Prophète est supérieur à ‘Alî et aux imâms et disent que seul Allâh est Omniscient, mais que l’infaillibilité (transmission des réalités et informations reçues par la Volonté Divine via la Révélation pour les prophètes, et l’Inspiration pour les prophètes et les vertueux) peut concerner les prophètes et les imâms (ainsi que les ‘awliyâ pour les sunnites ; les imâms shiites furent sunnites d’ailleurs et sont considérés comme des ‘awliya). Cependant, si l’infaillibilité est possible pour les non-prophètes et garantie pour les prophètes, ce qui est rapporté d’eux ne l’est pas forcément, et c’est là l’erreur communément admise pour beaucoup. Cela montre l’importance de toujours confronter les récits attribués à telle ou telle personne, au Qur’ân et à l’intellect, car le Qur’ân est infaillible et transmis par des milliers de voies différentes, et que l’intellect dans son inspiration ou ses modalités rationnelles à travers des démonstrations solides ou fortes (très probables) ne dépendent pas de la faiblesse des matériaux écrits ou de certaines transmissions orales qui peuvent être affectées par les erreurs, les déformations et les mensonges et manipulations de la part de certaines personnes.


Tous les shiites ne sont donc pas mécréants. Les shiites ont toujours pu faire leur hajj à la Mecque lorsque la péninsule arabique était gouvernée par des dirigeants orthodoxes (au moins théoriquement), car pour l’orthodoxie islamique, les différents courants shiites restent accrocher aux piliers de l’islam, au Qur’ân et à la figure prophétique en dépit de certaines interprétations ou pratiques déviantes, blâmables ou simplement erronées (comme cela peut exister aussi au sein de certains courants sunnites ou mu’tazilites). Tant qu’ils n’insultent pas ouvertement les nobles compagnons et épouses du Prophète, rien ne doit les empêcher de faire le hajj.

Sont exclus formellement de l’islam, ceux qui parmi eux, ou parmi les nussayrites (considérés aussi comme hérétiques par beaucoup de shiites duodécimains et autres), – puisque tous n’ont pas le même rapport avec la Religion -, idolâtrent clairement des créatures ou pensent qu’Allâh s’est incarné dans certaines créatures, ou rejettent ou abrogent une partie ou la totalité du Qur’ân en soi, – les interprétations raisonnables ne sortent pas les gens de l’islam -, ou rejettent les prophètes (jusqu’à Muhammad) ou prétendent qu’il existerait un autre prophète que Muhammad (ﷺ) ou prétendraient qu’il serait en soi injuste, défaillant (dans la transmission de la Révélation) et qui n’ont pas pour idéaux la Vérité, la piété et la justice, et qui rejettent le caractère obligatoire des piliers de l’islam.

Parmi les nussayrites et certains shiites duodécimains « extrémistes/hérétiques », certains idolâtrent des créatures et les élèvent au rang « d’idoles », en leur attribuant des Attributs propres à Allâh comme la Création sans modèle pré-existant, l’Omniscience, l’Omnipotence, la Volonté Créatrice, etc.

Les auteurs des recueils de ahadîths sunnites comme Muslim, Abû Dawûd, al-Bukharî, etc.ont accepté les récits transmis par certains shiites (qu’ils ne considéraient donc pas comme mécréants) à l’instar de ‘Ubaydallah Ibn Mûsa, al-‘Absî al-Kûfî, ‘Uday Ibn Thabit al-Kûfî, ‘Atiya Ibn Sa’îd Ibn Janâda al-Awfî Abû-l Hassan al- Kûfî, . ‘Alqama Ibn Qays Ibn Abdallah al-Nakh’î, etc.
Voir notamment « Al muraja’at » de Sharafeddin, néanmoins parmi les « shiites évoqués » il y a de nombreux sunnites qui étaient des partisans des ahl ul bayt, mais qui sont qualifiés par certains de « shiites » pour cette raison. Aussi, la plupart des savants qualifiés de « shiites » durant les premiers temps, il ne s’agissait que rarement de shiites duodécimains, mais tout simplement des musulmans/sunnites partisans des ahl ul bayt ou de certains musulmans qui exagéraient par rapport aux ahl ul bayt et qui rabaissaient des sahaba, mais sans être atteints par les croyances ultérieures de plusieurs courants shiites.

Ensuite, même parmi les courants shiites ultérieurs, ils ne furent jamais déclarés massivement apostats ou mécréants par des figures connues chez les sunnites comme l’imâm Abû Hâmid al-Ghazâlî, les descendants du Prophète Muhammad et de l’imâm ‘Alî, tels que les imâms Abdul Qadîr Al-Jilânî, Ahmad Ar-Rifâ’î, l’imâm Al-Haddâd, et même par des savants comme Ibn Taymiyya, Ad-Dhahâbî, Ibn al-Qayyîm, etc. Certains citent parfois leurs propos hors de leur contexte, et occultent leurs paroles qui distinguent clairement les différents types de shiites et le fait qu’ils n’ont pas fait le takfir de masse ni de certains groupes shiites.



Conclusion

Concernant les khawarij, c’est avant tout une mentalité plus qu’une doctrine fixe,car les khawarij ont adopté des doctrines différentes selon le temps et l’espace.

Tous se rejoignent cependant sur le takfir de masse, le fait d’inclure dans le kufr/shirk des pratiques ou doctrines qui n’en sont pas ; dans le cas du wahhabisme, des pratiques licites (tabarrûk, tawassûl, s’allier avec les mécréants dans certaines situations dont le but n’est pas de rabaisser la Parole Divine ou opprimer des musulmans innocents, etc.) sont considérées comme du shirk là où le Qur’ân et les salafs ont autorisé ces pratiques. Dans d’autres cas, des pratiques contestables (divergences entre les savants), erronés ou déviants (mais sans être du shirk), sont aussi inclues dans les actes annulatifs… Il y a énormément de confusions et d’erreurs, même dans leur compréhension du tawhid. De plus les salafs ont divergé sur les khawarij, et sur le fait de savoir s’ils étaient musulmans ou non. Et les combattre est une obligation pour la plupart d’entre eux si ceux-ci s’activent politiquement et militairement.

Les savants ont divergé sur les caractéristiques des khawarij, pouvant aller de 10 à 80 caractéristiques ou même plus.

Et il suffit de savoir que les ahl ul sunnah ont désigné à travers toutes les époques, des khawarij qui ne partageaient pas tous les mêmes doctrines. Les khawarij peuvent aussi exister en milieu shiites ou mutazilites. Par ailleurs un groupe portant la même appellation peut évoluer sur certains points au fil du temps (cf. les shafiites, les asharites, les wahhabites, les shiites duodécimains, les réformistes, etc.), bien que le noyau puisse rester le même globalement.
Et concernant les khawarij de l’époque de l’imâm ‘Alî (‘alayhî salâm), ils ne pensaient pas que ‘Alî et les autres sahaba ne faisaient que des péchés, mais pour eux, c’était des actes de mécréance, alors qu’en réalité, ça n’en était pas, d’où la confusion et la propagande de tous les groupes khawarij à travers l’histoire.

Et que ce soit dans le cas des wahhabites ou des shiites les plus extrémistes et les plus ignorants, ils partagent tous les deux des caractéristiques des khawarij : ils pensent que les autres commettent des actes de shirk/kufr alors que ce n’est pas le cas, ils s’autorisent des actes illicites en les rendant licite (parfois par ignorance, parfois consciemment mais par orgueil et pour justifier leur violence), commettent des grands péchés, font le takfir de masse, massacrent les musulmans qui n’adhèrent pas à leur mouvance (et s’en prennent aussi bien aux pieux qu’aux pervers, aux monothéistes orthodoxes qu’aux déviants, aux civils comme aux combattants), ils confondent des actes qui sont des péchés mais les considèrent comme des actes/croyances de kufr/shirk alors que ce n’est pas le cas (ou pas toujours), ils ignorent les règles de fiqh et s’écartent radicalement de l’éthique qûranique et prophétique, etc.

Ils induisent souvent en erreur les gens de la masse, notamment en utilisant des termes qui déforment la réalité : les wahhabites fanatiques aiment bien taxer leurs opposants (y compris sunnites) de « néo-jahmites » pour désigner les asharites traditionnels (ce qui montre qu’ils ne maitrisent ni le sujet lié à l’asharisme ni au jahmisme), d’apostats (murtaddîn) ou d’idolâtres (mushrikins), et que ceux qui dénoncent les khawarij, sont des ignorants déviants (au mieux, ou des mécréants/apostats au pire), et qu’en vérité, les khawarij pointés du doigt, sont les ahl ul sunnah (musulmans orthodoxes, sous-entendu les wahhabites), alors que non, c’est souvent bien plus compliqué que ça. De même, les fanatiques parmi les shiites aiment bien désigner tous leurs opposants comme étant des « nassibis » et des ennemis du Prophète et des gens de sa maison (ahl ul bayt), alors que la vérité, est que les vertueux et maîtres parmi les sunnites sont les plus grands partisans du Prophète Muhammad (‘alayhî salât wa salâm) et de sa famille.

De façon générale, le Qur’ân et la Sunnah décrivent les égarés comme ceux qui suivent leurs passions en dépit de leurs beaux slogans (même s’ils feignent suivre le Qur’ân et la Sunnah), qui excommunient les gens à tout va, qui massacrent les gens de la masse ou les savants pieux, qui s’en prennent aux musulmans et aux civils non-musulmans, qui se complaisent dans la haine et l’agressivité, qui dépensent pas de leur bien pour les nécessiteux, qui ne sont pas doux ni bienveillants de façon générale, qui préfèrent mettre leur groupe en avant plutôt que la Vérité et la Justice, etc.

En somme, si les méfaits l’emportent sur les bonnes choses, c’est que le groupe n’est pas dans la droiture, et c’est le cas de la tendance générale au sein de Daesh, des milices shiites identitaires, des nations « laïques et démocratiques », des tyrans (laïcs ou non), etc.

Et cette mentalité existe aussi dans les autres communautés (les scientifiques qui excluent d’autres scientifiques de « l’orthodoxie scientifique », des athées qui méprisent et affirment que tels groupes athées ne sont pas de vrais athées ni ne représentent le véritable athéisme, des laïcards qui critiquent des laïcs, et ainsi de suite).

Et enfin, nous terminerons cet article en citant une parole prophétique suivi d’un verset qurânique :
« Evitez (éloignez-vous de) tout extrémisme (al-ghuluww) : (car) il pousse à la destruction » (hadîth rapporté par Ahmad dans son Musnad, An-Nasâ’î dans ses Sunan et par d’autres).

« Tandis que celui qui, redoutant de comparaître devant son Seigneur, aura dompté ses passions ; c’est le Paradis qui constituera son séjour » (Qur’ân 79, 40-41).

Et Allâh est Savant sur toute chose !


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