Certains orientalistes du courant idéologique de l’hypercritique comme Patricia Crone (avant de revenir en partie sur ses positions initiales), John Wansbrough, Dan Gibson (qui n’est pas pris au sérieux par les chercheurs reconnus) ou Martin Hinds, la Mecque n’existait pas avant l’apparition de l’islam califal, ou qu’il n’existait pas de routes commerciales incluant la Mecque. Or, ces croyances ont été réfutées par la recherche historique et archéologique.
Dans le Livre des Jubilés (texte juif du 2e siècle av. J.-C.), soit plusieurs siècles avant l’islam, on trouve une description détaillée de la maison que le Prophète Ibrâhîm/Abraham aurait construit à Hébron. Certains chercheurs, comme dans l’article Abraham and Ishmael build the Kaʿba correspondant au chapitre 8 de l’ouvrage académique The Idea of Idolatry and the Emergence of Islam: From Polemics to History (Cambridge University Press, 1999), écrit par G.R. Hawting, notent que les détails de cette construction (dimensions, fondations anciennes) présentent des similitudes structurelles frappantes avec le récit qurânique de la construction de la Ka’aba par Ibrâhîm (Abraham) et Ismâ’îl (Ismaël). On y trouve aussi ce propos : « Cette maison, je l’ai bâtie pour moi-même, j’y ai inscrit mon nom sur la terre. La maison d’Abraham ; elle est donnée à toi et à ta descendance pour toujours ; bâtissez ma maison et établissez mon nom devant Dieu pour toujours » (Jubilés 22, 24).
Encore avant ce texte, le chroniqueur Diodore de Sicile (1er siècle av. J.-C.) dans la Bibliothèque historique (Livre III) décrit un temple « très sacré et extrêmement vénéré par tous les Arabes » sur la côte de la mer Rouge. Bien que certains y voient la Kaaba, d’autres y voient plutôt le nord-ouest de l’Arabie (royaume nabatéen), mais les chroniqueurs anciens qui n’avaient jamais mis les pieds dans ladite région pouvaient parfois se tromper d’emplacement ou confondre plusieurs sanctuaires importants.
Dans les sources non-musulmanes à l’époque islamique, plusieurs chroniques évoquent aussi la Mecque et la Ka’aba. Mention de la Ka’aba de La Mecque dans un écrit d’Anastase le Sinaïte (vers 630 – 701), moine, prêtre et théologien byzantin qui a également exercé la fonction d’abbé (supérieur) du célèbre Monastère Sainte-Catherine du Sinaï. Dans l’ouvrage The Cambridge Ancient History (Cambridge University Press, 2000, vol. 14, p. 803), auquel ont contribué les chercheurs Bryan Ward-Perkins et Michael Whitby, est mentionné ce qu’a écrit Anastase le Sinaïte (630–701 apr. J.-C.), dans lequel figure une mention de la Ka’aba de La Mecque.

La Chronique de 741 (Chronique byzantino-arabe) il y est mentionné nommément la Mecque en tant que cité, bien que l’auteur la situe par erreur entre Ur et Harran (en Mésopotamie). Dans la Géographie arménienne (7e siècle) attribuée à Anania de Shirak, elle mentionne une localité nommée Pharan que les Arabes appelleraient Mecque. Citons aussi le nom « ʿAbd Makka » dans certaines inscriptions thamudéennes qui est l’une des plus anciennes attestations textuelles du nom « Makka » remonterait entre le 1er siècle avant J.C et le 4e siècle après J.C., soit bien avant l’Islam, dans une inscription ḥismaïte écrite par un homme appelé « ʿAbd Makka ». Son nom ferait ainsi référence au caractère sacré de La Mecque et à son statut. Dans l’ouvrage Some Thamudic Inscriptions from the Hashemite Kingdom of Jordan (E. J. Brill, 1952), de Gerald Lankester Harding, une inscription thamudéenne est mentionnée, dont le texte est le suivant : (ز)ن | عبد مكت
Ce qui signifie : « Celui-ci est ʿAbd Makka » (« Celui-ci est le serviteur de Makka »). Le docteur Yaḥyā ʿAbâbna a également évoqué cette inscription dans son ouvrage La grammaire arabe à la lumière des langues sémitiques et des dialectes arabes anciens : études comparatives (en arabe, éd. Dar Al-Hamid, 2010, p. 273).

La mention du pèlerinage à la Maison (sanctuaire spirituel) dans les écrits du moine Épiphane de Salamine (v. 315–403), que l’on peut trouver dans son ouvrage majeur contre les hérésies, le Panarion (écrit entre 374 et 377), l’évêque Épiphane de Salamine s’intéresse de près aux calendriers et aux fêtes des peuples voisins. On peut y lire l’expression grecque « Arabas Angathalbaeith » (Ἄραβας Ἀγγαθαλβαείθ) qui découle d’une translittération grecque d’une expression sémitique/arabe. Les philologues ont rapidement décodé le terme Agathalbaith comme une hellénisation de l’arabe Hajj at-Bayt (حج البيت), qui signifie littéralement « Le Pèlerinage de la Maison ». Qu’Épiphane utilise le calendrier de ce pèlerinage pour dater le baptême du Christ démontre que ce cycle rituel arabe était suffisamment stable, connu et structuré au 4e siècle pour servir de repère chronologique à un érudit chrétien de Chypre (1). Le rapport de l’ambassadeur Nonnosus (6e siècle) envoyé par l’empereur byzantin Justinien 1er auprès des tribus arabes (notamment les Kindites et les Ma’addites), le diplomate Nonnosus a consigné ses observations dans un rapport d’ambassade (dont des fragments substantiels ont été préservés par le patriarche Photius au 9e siècle). Nonnosus décrit un sanctuaire considéré comme un lieu de rassemblement commun pour les Arabes, situé dans le désert, dépourvu d’une affiliation religieuse exclusive visible pour un regard byzantin. Ce rapport valide aussi historiquement le concept de la Trêve sacrée que l’on retrouve dans le Qur’ân. Il note par ailleurs que 2 fois par an, l’ensemble des tribus — pourtant perpétuellement en guerre — déposaient les armes, cessaient les razzias, s’interdisaient de chasser et se réunissaient en paix. Ce mécanisme correspond de manière frappante au système des mois sacrés préislamiques (comme Dhû al-Qa’da, Dhû al-Hijja, Muharram et Rajab), essentiels à la tenue des foires commerciales et du pèlerinage de La Mecque. L’ouvrage Archaeoastronomy in the Roman World (publié par Springer en 2019), s’inscrit précisément dans cette démarche scientifique moderne : analyser comment les peuples de l’Antiquité (y compris les populations de l’Empire romain et de ses marges désertiques) utilisaient l’observation du ciel, des astres et des saisons pour structurer leurs calendriers sacrés, orienter leurs monuments et fixer les dates de leurs grands pèlerinages. Ces textes croisés (Épiphane et Nonnosus) prouvent que l’institution du Hajj (le pèlerinage) et la sacralisation d’une « Maison » de culte collective (Al-Bayt) faisaient partie de la réalité culturelle et rituelle de l’Arabie occidentale plusieurs siècles avant l’Islam. Un chercheur indépendant commentait le contenu de l’ouvrage de cette manière : « Le pèlerinage à la Maison est mentionné dans les écrits du moine Épiphane de Salamine, contemporain d’Ammien Marcellin. Il y fait référence à une saison religieuse chez les Arabes appelée « Agathalbaith », c’est-à-dire « le pèlerinage à la Maison », sous sa forme grecque. Le contexte complet des propos d’Épiphane est le suivant : lorsque le Christ — que la paix soit sur lui — atteignit l’âge de trente ans, il se rendit auprès de Jean le Baptiste afin que celui-ci le baptise dans le Jourdain. Épiphane relata ensuite la date de cet événement selon plusieurs calendriers et précisa que celui-ci correspondait au 22e jour du « pèlerinage arabe à la Maison » : Αραβας Άγγαθαλβαείθ Les savants ne sont pas unanimes quant à la Maison à laquelle ce pèlerinage faisait référence. Cependant, la description laisse apparaître une forte ressemblance, presque parfaite, entre cette célébration et la saison du pèlerinage mecquois durant le mois de Dhū al-Ḥijja. C’est également ce que rapporte Nonnosus (Nonnosus), ambassadeur de l’empereur byzantin Justinien Ier au VIe siècle de notre ère. Dans son rapport, il indique que les Arabes vivant au sud de la Syrie, au nord de la péninsule Arabique et au-delà des montagnes de Ṭayyiʾ possédaient un lieu sacré dont l’appartenance religieuse était inconnue. Ils s’y rassemblaient deux fois par an, durant des mois sacrés au cours desquels la paix régnait, et pendant lesquels il leur était interdit de combattre et de chasser les animaux ».


C’est ce que mentionne également la docteure Amal al-Roubi, professeure associée d’histoire grecque et romaine, dans son ouvrage Réponse au livre de Patricia Crone, Le commerce mecquois et l’essor de l’islam (CSC, 2005 ; puis réédité en 2017), ouvrage révisé par Muhammad Ibrahim Bakr, professeur d’histoire ancienne, aux pages 55 à 58. Nombreux sont les chercheurs qui ont abondé également dans le même sens, critiquant les thèses du courant hypercritique (aussi appelé « négationniste », qui vont plus loin que le simple révisionnisme). Par exemple, en se basant sur les sources romaines, byzantines et syriaques le spécialiste Robert G. Hoyland (Professeur à l’Université de New York) dans son ouvrage de référence Arabia and the Arabs (2001), adopte exactement la même démarche qu’Amal al-Roubi, et critique l’interprétation restrictive de Crone tout en démontrant que le système des foires commerciales (Aswâq), de la trêve des mois sacrés et des pèlerinages (Hajj) décrit par Nonnosus et les sources islamiques est une réalité historique indéniable et unifiée dans l’Arabie du 6e siècle. Le chercheur F.E. Peters (1927–2020) de l’Université de New York, confirmait dans son livre Mecca: A Literary History of the Muslim Holy Land, la défense de la mémoire spatiale mecquoise tout en reconnaissant que La Mecque n’était pas une métropole mondiale de l’envergure de Rome ou d’Alexandrie (les sources musulmanes elles-mêmes ne faisaient pas de La Mecque une métropole mondiale), et affirmait qu’elle existait bel et bien comme un centre cultuel régional majeur et un nœud caravanier essentiel pour le Hijâz. L’éminent chercheur Irfan Shahîd (1926–2016) de l’Université de Georgetown à travers sa monumentale série Byzantium and the Arabs, a été l’un des contradicteurs les plus féroces de Crone, et aboutissait aux mêmes conclusions que la Dr al-Roubi en rappelant que le silence ou l’imprécision des auteurs byzantins (qui n’avaient d’yeux que pour les grands empires) ne saurait prouver l’inexistence d’un pèlerinage arabe centré sur la Kaaba. Du côté des épigraphistes et linguistes de terrain, le développement récent de l’archéologie saoudienne et jordanienne a apporté des preuves matérielles qui soutiennent la position d’Amal al-Roubi. Par exemple le chercheur Ahmad Al-Jallad (Chaire d’études arabes, Université de Leyde), par ses découvertes massives d’inscriptions safaïtiques, hismaïtes et thamudiques prouvent que les Arabes préislamiques possédaient une culture alphabétisée, profondément religieuse, rythmée par des pèlerinages et des divinités communes (comme la mention Hajj at-Bayt). Ses travaux invalident l’idée révisionniste d’un désert mecquois déconnecté du reste du monde. Enfin, citons aussi l’école historique allemande et européenne contemporaine avec Michael Marx et l’équipe du projet Corpus Coranicum (Allemagne), projet de recherche textuelle et historique étudie le contexte du Qur’ân, et leurs conclusions réaffirment que le texte qur’ânique est né au sein d’une société sédentaire, marchande et habituée aux rituels du pèlerinage, ce qui discrédite totalement les théories de Crone qui tentaient de situer la naissance de l’islam beaucoup plus au nord, en Syrie ou en Jordanie. Mais citons encore d’autres sources non-musulmanes comme l’ouvrage Christian-Muslim Relations: A Bibliographical History (600–900) (éd. Brill, 2009), ), auquel ont contribué plusieurs auteurs, parmi lesquels David Richard Thomas, Barbara Roggema et Juan Pedro Monferrer Sala, est mentionné un manuscrit syriaque datant de 692 apr. J.-C., dont l’auteur est inconnu, intitulé The Edessene Apocalypse (L’Apocalypse d’Édesse). Ce manuscrit contient le nom de La Mecque, sous la forme MKH. On pense que le manuscrit aurait été écrit dans la ville d’Édesse par un moine orthodoxe. Il est considéré comme l’un des documents les plus importants témoignant, dans une large mesure, des troubles liés à la révolte bien connue de ʿAbdAllâh ibn al-Zubayr, ainsi que des réformes entreprises par ʿAbd al-Malik ibn Marwān en Irak. Le document parle également, vers la fin de l’ouvrage, d’une étrange vision. Selon celle-ci, le roi des Grecs se lancera contre les fils d’Agar depuis l’ouest, et son fils le soutiendra en lançant une campagne similaire depuis le sud. Leurs ennemis fuiront devant eux et se rassembleront à Babylone, puis poursuivront leur route jusqu’à la ville de La Mecque (MKH, selon sa prononciation), où le roi des Grecs les vaincra. La paix s’établira alors et régnera dans son empire pendant 208 ans, avant que Gog et Magog ne sortent de derrière les montagnes d’Arménie. Il s’agit là, selon l’interprétation de l’auteur, d’une allusion au fait que les musulmans seront tués par les Grecs.
Parmi les anciennes mentions de la Mecque, comme étant une ville sainte au sein de la péninsule arabique, il y a celle de l’érudit arménien Anania de Shirak dans son Œuvre Ashkharhatsuyts (Աշխարհացոյց), souvent traduite par Géographie. Cette œuvre a été écrite vers l’an 650-660, soit bien avant la date tardive avancée par certains orientalistes. Il y dit : « …où se trouve la ville de Pharan, que je pense que les Arabes appellent la Mecque ».
Dans son ouvrage fondateur Akhbar Makkah (Histoire de La Mecque), l’historien Al-Azraqi (m. vers 250 H/863) décrit méticuleusement la ville. Il confirme que la colline d’Al-Hajun (où se situe le cimetière) servait de lieu de sépulture exclusif pour les clans des Quraysh d’en haut (Quraysh al-Bawahir) bien avant l’islam.
Le cimetière de Jannat al-Mu’alla (ou cimetière d’Al-Ma’la) à La Mecque, où repose Khadija bint Khuwaylid, constitue également une preuve matérielle majeure pour l’histoire locale de la population mecquoise. Le fait que Jannat al-Mu’alla soit historiquement connu sous le nom de Maqbarat Quraysh (le cimetière des Quraysh) prouve que la tribu préislamique des Quraysh enterrait ses morts à cet endroit précis avant le 7e siècle déjà. C’est une preuve solide de l’existence d’une communauté stable et sédentarisée dans la vallée de La Mecque avant et pendant la vie du Prophète. L’emplacement du cimetière au nord de la Grande Mosquée (au pied du mont Al-Hajun) s’aligne parfaitement avec les descriptions textuelles des premières chroniques islamiques. Cela montre que la topographie sacrée de la ville n’est pas une invention tardive faite à des milliers de kilomètres de là, mais s’ancre dans un tissu urbain réel. Néanmoins, de nombreux monuments comme des tombes, maisons, sépultures et autres datant des premières décennies de l’hégire (débuts de l’islam) ont été détruites et rasées dans les années 1925-1926 sous le règne du wahhabite Ibn Saud. Étant utilisé sans interruption depuis plus de 1400 ans, les couches archéologiques les plus anciennes se trouvent profondément enfouies sous des siècles de sépultures successives. Lors de grands travaux d’aménagement autour du cimetière (notamment en 2019), la Municipalité de La Mecque et la Commission du patrimoine ont mis au jour d’anciennes pierres tombales et stèles funéraires gravées. Cependant, toutes les inscriptions déchiffrées sur ces stèles remontent à l’ère islamique. En raison des réformes architecturales de l’ère moderne en Arabie saoudite (allant à l’encontre d’une pratique perpétuée depuis les premiers musulmans jusqu’aux Ottomans), les dômes, mausolées ottomans et structures qui marquaient historiquement les tombes (comme le dôme sur la tombe de Khadija) ont été démolis pour laisser place à des sépultures anonymes et simples, ce qui complique l’analyse des vestiges de surface (2).


Dans l’Antiquité, Ptolémée plaçait cette localité dans la région occidentale de la péninsule Arabique (l’Arabie Heureuse), ce qui correspond à la zone globale du Hijâz (où se trouvent La Mecque et Médine). Les négationnistes de la Mecque se mordent la queue puisqu’ils prétendent pour la ville de Macoraba que si cette ville existait bien au 2e siècle, il s’agissait très probablement d’une autre localité de l’Arabie occidentale qui a aujourd’hui disparu ou changé de nom, mais ils ne l’admettent pas pour la Mecque. Ainsi leur principal argument vole en éclat selon leur propre raisonnement. Or, il existe des traces préislamiques localisées à la Mecque et quand bien même cela n’aurait pas été le cas, une ville ancienne peut disparaitre en grande partie pendant des générations avant que l’on reconstruise une autre ville par-dessus. Parmi ceux qui ont identifié la ville et mention de Macoraba à la Mecque nous pouvons citer le chercheur, historien et spécialiste de l’Antiquité Mikhail D. Bukharin, qui dans ses contributions majeures (notamment The Qur’an in Context, 2010), étudie les routes caravanières de l’Arabie préislamique, et où il soutient que La Mecque existait bel et vu sa position, elle s’insère logiquement dans le réseau d’escales marchandes antiques qui correspond à la zone de Macoraba. Dans un ouvrage collectif intitulé The Qur’an in Context: Historical and Literary Investigations into the Qur’anic Milieu (éd. Brill, 2010) sous la direction d’Angelika Neuwirth, de Nicolai Sinai et de Michael Marx, Bukharin rappelle dans le chapitre qu’il y a écrit (Mecca on the Caravan Routes in Pre-Islamic Antiquity) les sources disponibles pour le commerce préislamique dans et autour de la région du Hijâz et expose les faiblesses et erreurs de la thèse de Crone à ce sujet. Bukharine cite quelques sources :
« 1. Une inscription connue sous le nom de RIE 277 raconte qu’un certain roi d’Axoum déclare que la raison pour laquelle il a mené une campagne en Arabie était de restaurer la paix sur les routes terrestres et maritimes autour de l’Arabie méridionale et occidentale. Boukharine soutient que l’inscription a été composée vers la fin du 3e siècle.
- Le graffiti RES 1850 mentionne une caravane appartenant à un certain commerçant Ḥaḍramī et protégée par un détachement militaire. Bien qu’une datation absolue de RES 1850 soit difficilement possible, elle date au plus tôt du 1er ou du 2e siècle de notre ère.
- Une inscription sabéenne du 3e siècle Ja 577 (lignes 10-13) mentionne des commandants militaires axumites séjournant à Najran, ce qui, selon Bukharine, devait avoir lieu pour protéger les marchands axumites dans leurs activités commerciales.
- Une inscription du 4e siècle réalisée par un marchand juif nommé Kosmas a été trouvée à Qana, un port du sud de l’Arabie, une route commerciale majeure entre l’Inde et la Méditerranée. Kosmas prie pour son navire et sa caravane.
- « Un certain nombre d’inscriptions provenant du nord-ouest de l’Arabie semblent confirmer l’utilisation continue des routes caravanières et des activités de construction le long de celles-ci. Concernant le VIe siècle de notre ère, nous sommes en possession d’informations directes sur les caravanes byzantines faisant du commerce entre Axoum et la Méditerranée. « . La citation de la partie byzantine de cette affirmation est : « Théophane, Chronique, 223 ; John Malala, Chronographia, 433, qui concerne les événements du milieu du IVe siècle de notre ère (Glaser, Abessinier, 179) ».
Il aborde ensuite plusieurs questions comme le cas des navires romains qui ne faisaient pas grand-chose à La Mecque. Il soutient ensuite que La Mecque était située sur la Route de l’Encens, il examine aussi les premières références dans les sources classiques au commerce entre Arabes. Dans son ouvrage Sur la mer Érythrée, Agatharchides de Cnide au milieu du 2e siècle fait référence à l’exportation d’une épice d’Afrique de l’Est « qui est appelée larimna en arabe ». Boukharine soutient que larimna est une forme grecque de l’arabe ar-rumman, qui signifie « grenade » ou « parfumé d’arbre fruitier ». Le Périple de la mer Érythrée du premier siècle fait référence à un peuple appelé Κανραῗται autour du sud des Nabatéens (20.7.11). Boukharine tire son nom Κανραῗται de Ghmar, un endroit situé à 90 km au nord-est de La Mecque. Boukharine dit également que la proximité de Κανραῗται à Μακόραβα confirme également que cette dernière se trouvait dans la région de La Mecque. Pline l’Ancien (vers 23 – 79) lui-même fait référence à des marchandises transitant par Nabataei Trogodyta. Bukharine écrit : « Par Trogodytae, les ethnographes classiques désignent toujours les habitants de la côte est-africaine vivant dans des lieux éloignés entre Axoum et la frontière sud de l’Égypte. Les Nabataei Trogodytae mentionnés par Pline doivent donc être interprétés comme faisant référence aux habitants de la côte de Ḥijâzî, qui étaient sous le contrôle des Nabatéens mais vivaient en dehors de leur noyau historique. L’expression désigne ainsi les Arabes Ḥijāzī, vivant sur les côtes de la mer Rouge : c’est par leur territoire que s’effectuait le commerce caravanier des parfums et des épices ». Après avoir passé en revue plus de preuves, il conclut que « Tout cela confirme que déjà entre le deuxième siècle avant notre ère et le premier siècle de notre ère, la population arabe nomade du sud du Hijâz participait au commerce maritime et terrestre des parfums et des épices entre l’Afrique de l’Est et la Méditerranée (…). Les Axumites devaient traverser la côte du sud du Hijāz, d’où leur chemin menait vers le sud jusqu’à Najrān. Très probablement, ce chemin passait par la Mecque moderne (…). Les preuves de diverses sources combinées, notamment Al-Muqaddasi, Pline et un poète préislamique nommé Amir ibn al-Tufayl, suggèrent qu’il était au moins possible que La Mecque se livre au commerce des parfums et des épices (…), la viticulture était pratiquée par la population juive d’aṭ-Ṭāʾif [un site à deux jours de La Mecque], le raisin jouait un rôle dans le commerce caravanier des Quraysh, dans lequel un certain al-Ḥaḍramī aurait été impliqué, le « vin arabe » était commercialisé en Inde via Qana’, et une inscription faite par le propriétaire de la caravane juive Kosmas a été trouvée sous une synagogue. Si l’on relie tous ces faits, on peut conclure que les caravanes de Kosmas transportaient des raisins et du vin du le sud du Hijâz jusqu’à Qanaʾ, et sur le chemin du retour, ils ont dû emporter des encens et des épices d’Arabie du Sud » (pp. 125-131), et son mot de la fin est que : « Même si l’on ne peut pas parler d’une suprématie mecquoise dans le commerce du parfum, les données présentées ci-dessus confirment ce qui suit : La Mecque se trouvait sur la route de l’encens, la route de l’encens a survécu jusqu’aux 6e et 7e siècles de notre ère, et les habitants du sud du Hijâz participaient au commerce qui y coulait, principalement en tant que caravaniers. Le commerce caravanier n’a donc rien perdu de son importance au profit des routes maritimes et a fonctionné pendant toute la période préislamique. Ainsi, depuis les derniers siècles avant notre ère jusqu’à la montée de l’Islam, le sud du Hijâz était relié à l’Afrique de l’Est, à l’Arabie du Sud et à la Méditerranée orientale par des routes terrestres et maritimes et était donc ouvert aux influences linguistiques et religieuses extérieures ».
Un autre spécialiste, Irfan Shahîd (1926–2016), déjà évoqué précédemment dans ce texte, éminent chercheur de l’Université de Georgetown, reste une référence contemporaine incontournable sur l’Arabie préislamique et il défendit vigoureusement l’existence de La Mecque préislamique contre le courant négationniste/hypercritique, arguant notamment que le réseau de sanctuaires de la région (les Haram) correspondait parfaitement à la racine sémantique de Macoraba (Mikrab/temple). Pour l’historien et spécialiste Robert G. Hoyland, il rappelle que l’absence de mentions répétées dans les sources gréco-romaines ne prouve pas l’inexistence d’une ville et que pour lui La Mecque préislamique existait sous la forme d’un bourg-sanctuaire local, ce qui explique pourquoi les Grecs l’ont notée au passage (Macoraba) sans s’y attarder, et qu’aucune raison valable n’existe pour remettre cela en cause.
Le chercheur Robert Bertram Serjeant (1915–1993) de l’Université de Cambridge qui était l’un des premiers et plus brillants contradicteurs de Patricia Crone, disait dans ses articles de synthèse, que la vallée de La Mecque était une colonie viable précisément parce qu’elle compensait son absence de ressources agricoles par son intégration au réseau caravanier régional, et défendait l’existence du sanctuaire préislamique comme un Haram (zone neutre protégée), un point capital pour la sécurité des marchands. Le chercheur et historien Gene W. Heck dans son étude majeure Arabia without Spices: An Alternate Hypothesis (2003, vol. 123, n°3 du Journal of the American Oriental Society – JAOS) et ses autres ouvrages, critique point par point l’idée d’une Arabie préislamique déconnectée des flux mondiaux. Ses recherches prouvent que l’économie du Hijâz était dynamique, vibrante, productive et reposait sur l’exploitation des mines locales et l’exportation de cuir, de tissus et de produits régionaux transités par La Mecque.
Le chercheur Fred M. Donner (Professeur émérite à l’Université de Chicago) dans ses ouvrages comme Narratives of Islamic Origins ou Muhammad and the Believers (Darwin Press, 1998 et rééd. Chez Routledge, 2021) et Muhammad and the Believers: At the Origins of Islam (Harvard University Press, 2010), il rejette les modèles révisionnistes géographiques et démontre la cohérence globale de la mémoire musulmane primitive, faisant bien du Hijâz le berceau originel de l’Islam. Pour lui, la structure et le vocabulaire du Qur’ân s’insèrent parfaitement dans la culture d’une élite urbaine sédentaire, vivant dans l’environnement tribal et de sanctuaires propres au Hijâz (englobant les villes de La Mecque et Médine).
Le chercheur et historien Glen Warren Bowersock (1936 – 2019), spécialiste de l’histoire antique des mondes grecs, romains et arabes, analysa les dynamiques géopolitiques de l’Arabie comme il l’aborde dans ses travaux dont The Crucible of Islam (Harvard University Press, 2017), il valide l’importance de La Mecque comme un sanctuaire pivot préservé par sa neutralité politique entre les superpuissances de l’époque (Byzance, la Perse sassanide et le royaume chrétien d’Aksoum).
La spécialiste Iwona Gajda (du CNRS et du Laboratoire Orient & Méditerranée) démontre dans son ouvrage de référence Le royaume de Ḥimyar à l’époque monothéiste : L’histoire de l’Arabie du Sud du IVe au VIe siècle de l’ère chrétienne (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2009) qu’en analysant les grandes stèles épigraphiques du Yémen antique, que les souverains d’Arabie du Sud (comme le roi chrétien Abraha au 6e siècle) menaient d’importantes expéditions pour soumettre et unifier les tribus du Hijâz et du Najd. Elle démontre aussi que la région de La Mecque était pleinement intégrée dans les réseaux commerciaux et géopolitiques transarabes décrits par la tradition musulmane, invalidant la thèse d’un Hijâz coupé du monde.
Le chercheur Chase F. Robinson de l’Université d’Oxford, dans son livre Islamic Historiography (Cambridge University Press, 2003) critique les approches révisionnistes qui tentent de déplacer les origines géographiques de l’islam en dehors du Hijâz (vers la Syrie ou la Jordanie généralement). Bien qu’il appelle à la prudence sur le plan de la datation tardive des chroniques littéraires, il valide scientifiquement le fait que le cadre topographique, les tensions sociales et les dynamiques tribales des récits mecquois et médinois correspondent fidèlement à la réalité du Hijâz occidental au 7e siècle.
Une autre spécialiste, Lena Salaymeh de l’Université d’Oxford dans son ouvrage The Beginnings of Islamic Law: Late Antique Islamate Legal Traditions (Cambridge University Press, 2016) s’attaque directement aux théories négationnistes du courant idéologique hypercritique. Elle démontre que l’absence de matériel épigraphique local contemporain du Prophète à La Mecque ne prouve en rien son inexistence, et en étudiant la structure de la première jurisprudence musulmane, elle prouve que les rituels et les coutumes (notamment liés à la Ka’aba et à l’espace sacré) s’enracinent de manière organique dans le droit coutumier sédentaire de l’Arabie occidentale préislamique, excluant l’hypothèse d’une invention tardive hors de cette zone.
La chercheuse Marie Legendre de l’Université d’Édimbourg, dans Authority and Control in the Countryside: From Antiquity to Islam in the Mediterranean and Near East (6th–10th Century) (éd. Brill, 2019), elle montre grâce à l’analyse des plus anciens papyrus administratifs (rédigés en grec, copte et arabe), que la formation de l’État islamique (du Prophète) précoce, décrit comment les élites et l’appareil logistique du califat primitif se sont déployés à partir de l’ouest de l’Arabie. Le fonctionnement impérial montre une centralisation initiale issue des réseaux de l’aristocratie marchande du Hijâz, confirmant le rôle de pivot de La Mecque et Médine.
Le chercheur Hassan Bouali de l’Université de Nanterre dans L’historiographie anglo-saxonne sur les origines de l’islam : de l’hypercritique au consensus critique-constructif (Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée – REMMM -, n°149, 2021), déconstruit les arguments de Patricia Crone et de l’école révisionniste des années 1970 en démontrant que l’approche purement négationniste de La Mecque préislamique a été abandonnée par les chercheurs contemporains au profit d’un modèle « critique-constructif » qui réhabilite l’ancrage géographique historique traditionnel de la cité.
Les chercheurs Harald Motzki (1948 – 2019) de l’Université de Nimègue (notamment dans Analysing Muslim Traditions: Studies in Legal, Exegetical and Maghāzī Ḥadīth, éd. Brill, 2004) et Gregor Schoeler de l’Université de Bâle (notamment dans Charakter und Authentie der muslimischen Überlieferung über das Leben Mohammeds, éd. Brill, 2006) ont développé la méthode dite de l’analyse Isnad-cum-Matn, où en recoupant minutieusement les chaînes de transmission et les variantes de textes, ont prouvé mathématiquement et philologiquement que de nombreux récits sur le début de l’islam et la vie à La Mecque au 6e siècle remontaient bien au 7e siècle, invalidant la théorie selon laquelle les récits mecquois auraient été inventés de toutes pièces deux siècles plus tard en Syrie ou en Irak. On peut mentionner aussi les travaux du Dr. Kader Smail (chercheur postdoctorant à l’IREMAM-CNRS et à l’Université du Maryland), qui appliquent les méthodes rigoureuses de l’analyse textuelle et de la philologie numérique à l’étude des traditions primitives sur les Lieux saints. Il consacre une part importante de ses recherches à l’édition critique et à la traduction commentée du Faḍâʾil Makka (Les mérites de La Mecque), ouvrage attribué à l’imâm Hassân al-Basrî (vers 21 H/642 – 110 H/728), qui était un jeune homme né du temps du Califat d’Umar Ibn Al-Khattâb, contemporain donc des plus proches Compagnons du Prophète Muhammad (ﷺ). À l’instar des conclusions de Motzki et Schoeler, l’étude de ce corpus prouve philologiquement que le discours théologique et littéraire structurant la sacralité et l’importance centrale de La Mecque était déjà pleinement élaboré et formalisé au sein de la première génération de savants musulmans ce qui contredit l’idée d’une « invention tardive » du statut mecquois qui aurait été forgée un ou deux siècles plus tard sous les Abbassides. Kader Smail codirige par ailleurs également des publications académiques collectives portant spécifiquement sur le bâtiment sacré, telles que le projet Symbolismes et représentations de la Kaʿba (mené avec des chercheurs comme Fârès Gillon et Gregory Vandamme) en 2026 au sein du numéro 60 de la revue des Annales islamologiques de l’IFAO, et a aussi analysé des ouvrages récents portant sur l’orientation spatiale et l’importance de la « Maison ancienne » (The Kaʿba Orientations de Simon O’meara, 2020 et rééd. en 2025). Par ces approches croisées (alliant la critique textuelle historique à la technologie appliquée aux manuscrits arabes), ses travaux valident l’ancrage profond et très précoce de La Mecque comme pivot géographique et rituel dès les premières décennies de l’islam.
Rappelons que des milliers de cartes géographiques ne nous sont pas parvenues, et que celles dont nous disposons encore, ne mentionnaient pas toutes les villes anciennes dont il existe des preuves archéologiques et historiques de leur existence. Et concernant les noms des villes, les mêmes villes pouvaient être nommées différemment selon les époques, les pouvoirs politiques, les différences linguistiques, les surnoms donnés à certaines villes ainsi que selon les communautés ethniques ou religieuses, ce qui complique encore la tâche.
Un auteur du nom de Dan Gibson, quant à lui, prétend que l’Islam serait né à Pétra et non pas à La Mecque, alors que le Qur’ân, la tradition musulmane, les sources non-musulmanes de l’époque, les preuves archéologiques, historiques et épigraphiques confirment et convergent toutes vers le Hijaz (La Mecque et Médine). Son seul argument, croire que toutes les anciennes mosquées étaient orientées vers Pétra et non pas vers La Mecque, ce qui là aussi est faux car de très anciennes mosquées étaient orientées vers La Mecque (et d’autres aussi mais parfois avec un certain décalage en raison de contraintes urbaines ou d’imprécisions astronomiques), ce qui l’a poussé non seulement à occulter ces données mais aussi à falsifier ses propres données qu’il avait sélectionnées lui-même. Si plusieurs chercheurs l’ont réfuté, l’un d’entre eux en particulier, a consacré plusieurs articles et livres pour démontrer toutes les imprécisions, erreurs, falsifications et manipulations de Dan Gibson. Il s’agit du chercheur David Anthony King (né en 1941), un historien des sciences britannique mondialement reconnu, diplômé des universités d’Oxford et de Cambridge, et docteur en langues et littératures proche-orientales de l’Université de Yale. Il a été professeur d’histoire des sciences à l’Université Goethe de Francfort (1985-2007) et est considéré comme la plus haute autorité académique mondiale en matière d’astronomie islamique médiévale et de détermination de la Qibla. En décembre 2018, David A. King a publié une réfutation académique de 54 pages intitulée The Petra Fallacy: Early Mosques Do Face the Sacred Ka’ba in Mecca, But Dan Gibson Doesn’t Know How (L’illusion de Pétra : les premières mosquées font bien face à la Ka’aba sacrée de La Mecque, mais Dan Gibson ne sait pas comment), infirmant complètement l’hypothèse défendue par Dan Gibson. Après cette publication, Gibson tenta d’y répondre mais en vain, et d’autres articles sont parus pour critiquer à la fois l’absence de méthodologie sérieuse de Gibson mais aussi ses trop nombreuses erreurs, ce qui a conduit beaucoup de chercheurs et d’observateurs à qualifier Gibson de propagandiste et d’idéologue plutôt que de chercheur « sérieux ». Ils lui ont reproché par exemple son usage de l’anachronisme technologique car son argument central repose sur l’utilisation d’outils modernes (Google Earth, lignes d’azimut géographique par satellite) pour affirmer que les premières mosquées « pointent précisément » vers Pétra avec une marge d’erreur d’un degré, sauf que d’une part plusieurs mosquées parmi les plus anciennes pointaient vers La Mecque, et que d’autre part, toutes les mosquées de l’époque n’étaient pas toujours construites suivant les indications des astronomes musulmans, et aussi que peu importe l’orientation de l’édifice, on peut prier à l’intérieur dans la bonne direction. David A. King démontre qu’au 7e et 8e siècles, les Arabes ne possédaient pas les outils mathématiques ni les données géographiques nécessaires pour calculer un azimut de précision d’une ville par rapport à une autre à des milliers de kilomètres de distance. La trigonométrie sphérique nécessaire à de tels calculs n’a été développée par les mathématiciens musulmans qu’à partir du 9e siècle. Prétendre que les premiers musulmans visaient Pétra à un degré près est une impossibilité technique totale. La redécouverte de la « Géographie Sacrée » et de l’astronomie populaire, constitue la principale erreur méthodologique de Gibson qui est d’avoir masqué et ignoré le corpus massif de la littérature médiévale islamique portant sur l’orientation. King explique comment les premiers musulmans s’orientaient réellement. Les premiers bâtisseurs d’islam utilisaient les levers et couchers du soleil (solstices), les vents majeurs et les étoiles (notamment Canopus ou la Grande Ourse) pour aligner les murs des mosquées. À La Mecque, la Ka’aba possède des parois rectangulaires orientées selon des axes astronomiques précis, l’ancienne méthode d’orientation consistait alors à bâtir une mosquée de manière à ce qu’elle fasse face à l’une des faces spécifiques de la Ka’aba. Par exemple, si une mosquée en Irak était construite parallèlement à la face nord-est de la Ka’aba, son axe architectural pouvait sembler décalé par rapport à une ligne géographique pure reliant l’Irak à La Mecque. C’est ce décalage géométrique naturel que Dan Gibson a surinterprété pour prétendre à tort que les mosquées visaient Pétra. La mise en lumière de la falsification historique par divers chercheurs a montré aussi que Dan Gibson a délibérément occulté le contexte sociologique et les textes de l’époque pour servir sa thèse. Lors d’une émission en 2021 sur le sujet les Dr. Safiyyah Ally (fille de Shabir et Dr. en sciences politiques tout en étant formée aussi aux études islamiques) et Dr. Shabir Ally (islamologue, diplômé aussi de physique et d’études religieuses spécialisé en littérature biblique) discutèrent aussi des lacunes et erreurs de Gibson.
Il n’existe absolument aucun manuscrit, texte, poème ou document administratif préislamique ou islamique précoce qui mentionne une Ka’aba à Pétra, ou une obligation de prier vers la Jordanie, alors que les différents empires ou courants de l’islam auraient mentionné ce changement afin de renforcer leur propre identité ou position, ce qui ne fut pas le cas. De même, les polémistes non-musulmans de l’époque n’ont jamais mentionné cela non plus, alors qu’ils cherchaient des arguments pour discréditer l’Islam ou les prétentions musulmanes. L’affirmation de Gibson selon laquelle le calife Abdallâh ibn al-Zubayr aurait « déplacé la pierre noire » de Pétra à La Mecque sans que la communauté musulmane (y compris ses pires ennemis omeyyades) ne proteste ou ne le consigne par écrit est considérée par le milieu universitaire comme une invention sans aucun fondement historique.
Depuis les années 2010, les travaux de l’historienne, archéologue, épigraphiste et philologue franco-libanaise Laïla Nehmé ont démontré 3 choses fondamentales, qui réfutent à la fois les thèses révisionnistes ou hypercritiques et qui confirment le récit qur’ânique. Tout d’abord, les origines de l’Islam dans la région du Hijâz notamment par les inscriptions épigraphiques préislamiques, par l’écriture arabe liée à l’alphabet nabatéen tardif originaire de cette région et non pas de Syrie ou de Pétra (en actuelle Jordanie) et en attestant une culture scripturale mature juste avant la Révélation qurânique. Ensuite, ses travaux confirment également l’existence d’un paysage religieux (divers ; idolâtre, juif et chrétien notamment) et de pratiques rituelles nomades antérieures au 7e siècle dans le nord-ouest de l’Arabie, qui abritait un sanctuaire religieux comme tout cela est décrit dans le Qur’ân. Enfin, ses découvertes ont permis de cartographier les réseaux de routes caravanières et d’oasis reliant le sud et le nord de la péninsule.
Pour le premier point, l’ancrage historique de l’Islam au Hijâz a été établi dans le cadre de ses travaux d’épigraphie au sein de la Mission archéologique de Madâ’in Sâlih (l’antique Hégra), documentant le chaînon manquant de l’écriture. Elle prouva que l’alphabet arabe qurânique découle directement de l’alphabet nabatéen tardif utilisé dans la région, formalisé dans sa contribution : « The Religious Landscape of Northwest Arabia » (Semitica & Classica, 2020). De plus, la mise en place de la base de données DiCoNab répertorie les inscriptions paléo-arabe et nabatéo-arabes (3e-7e siècle). Pour le second point, l’existence d’une culture religieuse préislamique dans la région, en étudiant la culture matérielle et les graffitis, elle a mis en lumière les pratiques rituelles et religieuses des nomades de l’Arabie préislamique. Ces éléments textuels et archéologiques sont synthétisés dans son étude The Religion and Rituals of the Nomads of Pre-Islamic Arabia (2025), qui atteste la présence de structures sédentaires et de sanctuaires locaux bien avant le 7e siècle. Pour le troisième point, au sujet de l’existence des routes caravanières passant par La Mecque et Médine, cela a été établi à travers le projet d’exploration CaRowS (The Caravan Roads and Way Stations in North-West Arabia) lancé pour prospecter le réseau de pistes entre Hégra et Médine (l’ancienne Yathrib), et l’étude majeure The Darb al-Bakrah. A Caravan Route in North-West Arabia (2018). Il s’agit là de faits historiques et archéologiques qu’il n’est plus possible de nier, et qui ne dépendent nullement d’une quelconque interprétation et idéologie. Par conséquent, les personnes qui continuent de nier cela sont des négationnistes qui le sont soit par idéologie et croyance, soit par ignorance de l’état de la recherche historico-archéologique, mais dans tous les cas, on ne peut donc pas les prendre au sérieux.
Certains révisionnistes affirment que le Qur’ân se trompe lorsqu’il mentionnerait selon eux l’existence d’oliviers à La Mecque (selon leur interprétation des textes). Mais là aussi, la recherche a infirmé leurs allégations. Les révisionnistes insistaient sur le fait que l’olivier (Zaytûn) est un arbre purement méditerranéen incapable de pousser dans l’environnement de La Mecque. Le chercheur David A. King historien des sciences et de la géographie islamique, dans son étude The Sacred Geography of Islam (Islamic Mathematical Astronomy, Variorum, 1986) ainsi que les équipes de recherche en archéobotanique de l’Université de King Saud ont rappelé une erreur majeure des thèses de Crone ou de Gibson : La Mecque est située dans une vallée basse, mais elle est entourée par la chaîne de montagnes du Sarawat et la ville de Taïf (située à seulement 60 km de La Mecque et culminant à près de 1800 mètres d’altitude). La région montagneuse du Hijâz possède un microclimat tempéré où poussent historiquement des oliviers sauvages (Olea europaea subsp. cuspidata), de la vigne et des grenadiers. Le Qur’ân s’adresse aux Mecquois qui possédaient et exploitaient ces vergers d’altitude à Taïf. Le chercheur Nicolai Sinai (professeur d’études islamiques à l’Université d’Oxford) a publié de vastes travaux pour clore ce débat sur l’environnement qur’ânique, notamment son étude The Qur’an: A Historical-Critical Introduction (Edinburgh University Press, 2017). Pour lui, le Qur’ân utilise les oliviers et la flore non pas parce qu’ils pousseraient directement au pied de la Ka’aba, mais parce que le Qur’ân s’inscrit dans une culture littéraire et religieuse globale de l’Arabie occidentale. Les Mecquois voyageaient constamment vers la Syrie et le Yémen via les routes caravanières et connaissaient parfaitement ces paysages agraires. Il qualifie donc l’argument écologique de Crone de « sur-interprétation littéraliste ». Mais comme nous l’avons vu, certains types d’oliviers poussaient bien au Hijâz. Mais quand bien même ils auraient eu raison sur l’absence de vaches et d’oliviers dans la région (ce qui n’est pas le cas), cela ne prouverait pas que l’Islam est né ailleurs. Les historiens ont démontré que La Mecque et son arrière-pays montagneux (Taïf, le Hijâz) disposaient des ressources hydriques et climatiques suffisantes pour abriter ces espèces, brisant ainsi la thèse d’un désert stérile qui servait de fondement au scepticisme de Patricia Crone et de quelques chercheurs amateurs qui l’ont suivi. Patricia Crone utilisait la mention qur’ânique des vaches et des oliviers comme une « preuve » que l’Islam était né en Syrie ou en Palestine, estimant ces espèces impossibles à élever au Hijâz. Or, il a été démontré le contraire, et des chercheurs comme Nicolai Sinai (de l’Université d’Oxford) et les équipes d’archéobotanique de l’Université King Saud ont rappelé une réalité géographique élémentaire, à savoir que La Mecque est indissociable de son arrière-pays, la région montagneuse de Taïf (située à seulement 60 km à l’est et culminant à 1800 mètres d’altitude). Les fouilles et les textes de la Sîrah montrent que les riches notables de la tribu des Quraysh possédaient leurs résidences d’été et leurs vergers à Taïf. C’est dans ce microclimat tempéré que poussaient historiquement les oliviers sauvages (Olea europaea), les vignes et les grenadiers mentionnés dans le Qur’ân, tandis que les vaches de type zébu y étaient utilisées pour l’agriculture. Le Qur’ân décrivait alors simplement l’environnement familier des Mecquois lorsqu’ils se rendaient dans leurs domaines d’altitude. Cependant, le Qur’ân ne précise pas que les oliviers de La Mecque sont ceux qui donnent de l’huile.
« Par le figuier et l’olivier ! Et par le Mont Sinaï ! Et par cette cité sûre [La Mecque] ! » (Qur’ân 95, 1-3). Le figuier et l’olivier symbolisent les terres fertiles du Proche-Orient (le bassin méditerranéen, notamment le Sham (la Syrie, la Jordanie, la Palestine et le Liban actuels), là où ces arbres foisonnent et où de nombreux prophètes ont vécu. Le Mont Sinaï symbolise le lieu de la révélation faite à Mûsâ/Moïse (Paix sur lui). La cité sûre désigne explicitement La Mecque, le berceau de l’Islam. En juxtaposant l’olivier et La Mecque comme des entités distinctes, le Qur’ân respecte la réalité botanique : il ne présente jamais La Mecque comme une terre d’oliviers, mais fait de cet arbre le symbole d’autres contrées bénies reliées à l’histoire prophétique.
Sur la présence des vaches au Hijâz, les chercheurs Michael Lecker et Harry Munt ont réfuté l’hypothèse avancée par Patricia Crone qui affirmait que La Mecque et Médine étant des zones désertiques, l’élevage bovin (Al-Baqarah) y était impossible et que le texte qur’ânique décrivait forcément un paysage du Croissant fertile ou de Syrie.
Or, les historiens Michael Lecker (de l’Université hébraïque de Jérusalem) et Harry Munt (spécialiste de l’histoire préislamique du Hijâz) en analysant les textes juridiques, les registres de propriété préislamiques et les biographies (Sîrah), ont démontré que Médine (Yathrib) et les oasis environnantes de La Mecque (comme Taïf) n’étaient pas de simples déserts de sable, mais des zones agricoles fertiles avec des oasis riches en eau douce.
Ils rappellent que les textes rapportent de nombreux sacrifices de vaches à Médine et que des vaches de type zébu (adaptées aux climats arides) étaient bel et bien élevées dans la région pour le labour et le lait. On peut trouver cela par exemple dans l’étude de Michael Lecker intitulée Muslims, Jews and Pagans: Studies on Early Islamic Medina (Brill, 1995).
Un autre argument fallacieux qu’ils utilisent, et alors même que de nombreux cas similaires en Afrique et au Moyen-Orient montrent que des tribus arrivent à survivre dans des conditions similaires à la Mecque du 6e ou du 7e siècle, est celui de l’accès à l’eau. En effet, certains orientalistes et islamophobes continuent de raconter n’importe quoi sur les plans historique et scientifique. S’il est vrai qu’à cette époque reculée, l’accès à l’eau à La Mecque constituait un défi permanent, car située dans une cuvette aride et entourée de montagnes rocheuses, la ville ne possédait aucun fleuve ni cours d’eau permanent, cela n’a cependant pas empêché les habitants de la région d’y vivre, comme l’attestent les plus anciennes chroniques (notamment musulmanes) antérieurs au Califat omeyyade. Pour survivre et ravitailler les caravanes ainsi que les pèlerins, les Mecquois de cette époque s’appuyaient sur plusieurs méthodes, dont 3 principales comme le réseau de puits locaux (les Abiyâr), la principale source d’eau potable provenait de la nappe phréatique alimentée par les rares mais violentes pluies saisonnières qui s’infiltraient dans le sable du lit de la vallée (Wadi Ibrahim). La ville était jalonnée de puits, souvent creusés et détenus par les différents clans de la tribu des Quraysh. Ensuite il y avait le puits de Zamzam : situé à seulement une vingtaine de mètres de la Ka’aba, c’était le puits le plus célèbre et le plus abondant, qui depuis au moins le 7e siècle, ne s’est toujours pas épuisé (on y continue de puiser de l’eau pour les pèlerins actuels), offrant un débit exceptionnel qui ne s’assèche toujours pas alors que la population a considérablement augmenté depuis le 7e siècle. Il y avait aussi les puits de clans où d’autres puits (comme Bir Al-Tafla) appartenaient à des familles spécifiques qui s’en servaient pour leurs besoins domestiques et l’abreuvage du bétail. On rapporte aussi dans l’histoire la charge honorifique de la Siqâya (l’abreuvage des pèlerins) où à cette époque, la gestion de l’eau était une affaire politique majeure, dont l’un des clans les plus influents des Quraysh (les Banû Hashim) détenait la charge de la Siqâya. Cette fonction consistait à puiser l’eau de Zamzam et des autres puits, à la stocker dans de grandes citernes ou des jarres en argile installées près de la Ka’aba. Pour rendre l’eau plus agréable et masquer le goût parfois très minéral ou saumâtre des nappes du désert, les Mecquois y ajoutaient souvent des dattes ou des raisins secs pour la faire infuser (une boisson connue appelée Nabidh). Les citernes de collecte des pluies (masani’) permettaient aussi de combler une partie de leurs besoins, car bien que le climat soit désertique, la région subissait de temps à autre des pluies torrentielles qui provoquaient des inondations éclair à travers les oueds. Et pour ne pas perdre cette eau les habitants aménageaient des bassins de rétention et des citernes rudimentaires au pied des montagnes ou dans les replis de la vallée pour capter les eaux de ruissellement. Des canaux très simples ou des rigoles de fortune étaient aussi creusés pour dévier cette eau vers les habitations ou des zones de stockage (3). Voilà comme s’organisaient les tribus de la région dans ce domaine avant les constructions islamiques à l’époque des empires omeyyades et abbassides, que de grands travaux d’ingénierie comme les aqueducs et le réseau de barrages à Taïf viendront sécuriser l’approvisionnement à grande échelle de la région.
Certains idéologues se faisant passer faussement pour des chercheurs (de vérité) affirment de façon erronée qu’il n’y aurait eu que 12 puits (connus) à la Mecque, or cela est faux. Selon la tradition, au moins 33 puits majeurs (en plus de celui de ZamZam) ont été recensés (sans parler même des puits mineurs et privés), ce qui augmente considérablement la quantité d’eau disponible (à une époque qui rappelons-le, les personnes ne consommaient pas autant d’eau qu’aujourd’hui, tout comme on peut retrouver de nos jours en Afrique et en Asie des tribus dans des régions désertiques qui rationnent considérablement l’eau et ne gaspillent pas cette précieuse ressource). L’historien et géographe Al-Ya’qûbî (vers 844 – 905) dans son Kitâb al-Buldân comptait au moins 33 puits majeurs. Lui-même avait confirmé par ses voyages et observations l’existence des puits et des routes caravanières passant par La Mecque et le fait qu’elle était une ville peuplée et viable (avant même les grands aménagements). Il y décrivait aussi minutieusement les itinéraires reliant l’Irak, la Syrie et l’Égypte à la péninsule Arabique. Ses descriptions de La Mecque, de Médine et des détails logistiques liés aux routes du pèlerinage reposent sur des observations de première main et des entretiens menés sur place. Le chercheur et professeur Michael Lecker ainsi que l’historien de l’urbanisme arabe J.W. Fück ont confirmé les données fournies par Al-Ya’qûbî dans son Kitâb al-Buldân (Le Livre des Pays), extrayant la liste nominative des 33 puits historiques forés à La Mecque avant et pendant le premier siècle de l’Islam (au-delà du célèbre puits de Zamzam). Parmi ces puits, on retrouve Bîr Tuwâ (où le Prophète s’est lavé), Bîr Khafîr, Bîr al-Sujal, ou Bîr Maymûn. Ces chercheurs ont prouvé que cette concentration de puits permettait de stocker l’eau des nappes alluviales du Wadi Ibrahim, rendant possible l’accueil de milliers de pèlerins et le ravitaillement des caravanes. La Mecque possédait donc une infrastructure technique capable de compenser l’aridité de sa surface. La source peut être consultée dans l’étude de Michael Lecker The Levying of Taxes for the Same Property in Early Islam (dans Jérusalem Studies in Arabic and Islam, Vol. 27, 2002 ; voir aussi l’édition critique de : Al-Ya’qûbî, Kitâb al-Buldân, édité par M.J. de Goeje, Brill, 1892). Une analyse scientifique modern concernant les indications fournies par Al-Ya’qûbî a été publiée dans un ouvrage collectif intitulé Water Management in the Premodern Middle East: Forces from “Above” and “Below” (Leiden Univesity Press, 2026) sous la direction de Josephine Van den Bent, Maaike van Berkel et Edmund Hayes. Leurs conclusions peuvent se résumer ainsi sur 4 points clés :
1. Une infrastructure « par le bas » (Forces from Below) : L’étude démontre que la viabilité hydrique de La Mecque ne reposait pas uniquement sur de grands projets impériaux centralisés (comme l’aqueduc de la Darb Zubayda), mais sur un réseau décentralisé de puits locaux. Ces 33 puits majeurs étaient souvent maintenus par des tribus, des communautés de quartiers ou des élites locales, illustrant une gouvernance hybride de la ressource.
2. Limitation de la capacité de peuplement sédentaire : En calculant le débit potentiel et la recharge de ces puits alimentés par les nappes alluviales des wadis environnants, les chercheurs concluent que ces infrastructures permettaient de soutenir une population sédentaire permanente. L’eau souterraine locale d’origine purement mécanique (les puits) imposait un plafond écologique strict au développement urbain continu de la ville basse. Cependant, ils n’ont pas pris en compte d’autres moyens possibles de faire acheminer de l’eau. Beaucoup de commerçants peuplaient la Mecque, et il y avait tout un flux d’échanges commerciaux et d’importations de denrées alimentaires et d’autres produits nécessaires venus de l’extérieur par les routes caravanières.
3. Une logistique de crise pour le flux des pèlerins : La véritable prouesse de ce système de 33 puits majeurs n’était pas la quantité absolue d’eau disponible à l’année, mais la gestion de la saisonnalité. Cette configuration était optimisée pour maximiser le stockage et l’extraction rapide lors du pic de demande du Hajj (pèlerinage).
4. Fiabilité textuelle validée par l’archéologie : Le croisement des descriptions topographiques d’Al-Ya’qubi avec les vestiges archéologiques de l’Hijâz confirme la très haute précision du géographe. Ses écrits ne relèvent pas de l’exagération littéraire : les 33 puits correspondaient à une réalité technique concrète visant à capter la moindre goutte des rares crues flash (sayl) pour alimenter les bassins et citernes de la ville.
D’après les travaux de cet ouvrage, nous pouvons estimer la population sédentaire de La Mecque à plusieurs milliers de personnes, et à cela s’ajoute d’autres milliers de pèlerins nomades qui pouvaient être accueillis et abreuvés en eau pour les périodes de pèlerinage.

Une autre erreur souvent commise par les auteurs révisionnistes et même par certains scientifiques peu avertis, c’est que les conditions climatiques, alimentaires et environnementales par le passé n’étaient pas identiques à celles d’aujourd’hui. Or comme l’avait montré une étude de 2015, la valeur nutritive par exemple d’une pomme vers la moitié du 20e siècle était bien supérieure (jusqu’à 50 fois selon l’étude) que celle d’une pomme en 2015, car les rendements et produits industriels, couplés à la pollution des sols ou de l’eau de pluie ou des airs issus de l’ère industrielle, détériorent la qualité de l’eau, des fruits, des légumes et d’autres aliments. De plus, le corps humain comme les espèces animales ont une capacité impressionnante d’adaptation et de résilience dans les environnements difficiles. Faire une moyenne actuelle (quantité d’aliments ou d’eau à consommer chaque jour pour une personne adulte ou un chameau actuellement) n’a donc pas vraiment de sens pour les périodes passées (plus de 1000 ans), d’autant plus que l’on voit bien encore aujourd’hui que des chameaux peuvent se priver d’eau jusqu’à 3 semaines (peut-être plus de façon exceptionnelle) pour les conditions de vie actuelles, et que des êtres humains vivant dans des endroits désertiques ou reculés survivent bien en consommant moins d’eau ou d’aliments que la moyenne du citoyen occidental (qui tombe aussi plus souvent malade à cause de la malbouffe).
Ainsi, même dans un environnement aride comme le Hijâz, l’eau des nappes phréatiques de surface, bien que parfois saumâtre, et les aliments disponibles (dates, lait de chamelle, orge, viande occasionnelle) étaient exempts de polluants industriels et présentaient une densité nutritionnelle et minérale maximale. Par conséquent un individu vivant à La Mecque au 7e ou 9e siècle n’avait pas besoin du même volume de nourriture ou de calories vides qu’un humain moderne pour obtenir les nutriments essentiels à sa survie. Le corps humain moderne (surtout dans les sociétés d’abondance) est physiologiquement « paresseux » et habitué à une homéostasie assistée (accès constant à l’eau, climatisation, nourriture à volonté). Or, les populations du désert présentaient des adaptations métaboliques poussées puisque le métabolisme de l’eau et du sodium chez les bédouins ou les sédentaires des zones arides était optimisé par des siècles de sélection et d’habitude dès l’enfance. Le mécanisme de la sudation, la concentration des urines et la résistance à la déshydratation à court terme étaient radicalement différents de ceux d’un habitant d’une métropole tempérée actuelle. Le cas du chameau est encore plus frappant en raison de sa capacité à stocker l’eau et à supporter des pertes hydriques allant jusqu’à 30 % de sa masse corporelle sans mourir montre que les besoins théoriques calculés dans un zoo ou un élevage moderne ne reflètent en rien l’endurance d’un dromadaire de caravane de l’époque antique ou médiévale. Les limites des modèles mathématiques rigides doivent donc être prises en compte lorsque des chercheurs en hydrologie calculent la capacité de peuplement de La Mecque en se disant « Une personne a besoin de X litres d’eau pure par jour selon les normes de l’OMS, donc XX puits = Y habitants », ils passent en réalité à côté de la réalité historique. Dans la pratique prémoderne, l’eau n’était pas utilisée pour des douches quotidiennes ou des chasses d’eau, le recyclage de l’eau (pour les animaux ou l’entretien) était poussé à son paroxysme, les critères de ce qui était considéré comme « potable » ou « acceptable » pour survivre étaient aussi bien plus larges et la résistance était aussi après supérieure à celle des habitants modernes, car les métabolismes et systèmes immunitaires n’étaient pas identiques en tous points.
En conclusion, l’évaluation de la population de La Mecque ne peut pas être résolue par une simple équation mathématique basée sur nos modes de vie actuels et il faut prendre en considération l’incroyable capacité de résilience humaine et animale, combinée à des aliments qualitativement bien supérieurs (bien que quantitativement plus rares), permettant d’envisager des estimations de population et une viabilité globale de la cité bien plus flexibles que ce que certains modèles révisionnistes ou purement comptables voudraient nous faire croire.
Concernant les données scientifiques de ce qui vient d’être évoqué :
1) La baisse de la valeur nutritionnelle avec l’étude « 1 pomme d’hier = 100 aujourd’hui » selon laquelle « il faut manger 50 à 100 pommes en 2015 pour retrouver les nutriments d’une pomme de 1950 » a été popularisée dans les médias francophones et internationaux en janvier 2015, mais elle s’appuie sur une synthèse de plusieurs études historiques majeures comme l’étude de référence la plus solide intitulée « Changes in USDA Food Composition Data for 43 Garden Crops, 1950 to 1999 » de l’équipe du Dr Donald R. Davis (Université du Texas à Austin), Melvin D. Epp et Hugh D. Riord, publiée en décembre 2004 dans le Journal of the American College of Nutrition. Il a analysé les données du ministère de l’Agriculture américain (USDA) de 1950 à 1999 pour 43 légumes et fruits de jardin.
• Les données chiffrées de l’évolution (15 à 50 ans) :
• Vitamine C : Une baisse moyenne de 15 % à 30 % a été documentée sur plusieurs variétés de pommes et d’oranges. Pour d’autres légumes comme le brocoli, la perte en calcium atteint 38 % à 75 % selon les variétés.
• Fer : Diminution de 15 % à 25 % en moyenne dans les fruits, et jusqu’à 50 % dans les légumes de grande culture.
• Protéines : Une baisse globale de 6 % sur l’ensemble des cultures maraîchères étudiées.
Ce phénomène est appelé l’effet de dilution génétique en raison du fait que l’agriculture moderne a sélectionné des variétés pour leur rendement, leur vitesse de croissance et leur résistance aux maladies, au détriment de leur capacité à absorber les micronutriments. L’utilisation massive d’engrais chimiques (NPK) altère les réseaux de champignons (mycorhizes) du sol, limitant le transfert des minéraux vers la plante. Les armes chimiques et toxiques utilisées dans les conflits modernes peuvent aussi altérer la qualité des récoltes et des nutriments présents dans les différents aliments, ce qui cause d’ailleurs de terribles dommages environnementaux avec des sols contaminés par des métaux lourds toxiques : plomb, arsenic, cadmium, mercure, et uranium appauvri, qui sont autant de facteurs causant ou aggravant diverses maladies.
2) Sur les Camélidés et leur abstinence hydrique : les grands camélidés domestiques (comme le Dromadaire – Camelus dromedarius et le Chameau de Bactriane – Camelus bactrianus) possèdent les adaptations physiologiques les plus extrêmes du règne animal. Ils peuvent survivre 2 à 3 semaines sans boire en hiver (en tirant l’eau de la végétation), et de 5 à 10 jours en plein été sous des chaleurs de plus de 40 °C. Un chameau peut perdre jusqu’à 30 % à 40 % de sa masse corporelle en eau sans mourir (alors qu’une perte de 12 % à 15 % est mortelle pour l’être humain). Les globules rouges uniques ; leurs hématies sont ovales et non circulaires, cette forme leur permet de continuer à circuler dans un sang devenu très visqueux à cause de la déshydratation, et lors de la réhydratation, ces cellules peuvent gonfler jusqu’à 240 % de leur volume sans éclater (les nôtres explosent). Contrairement à ce que certains pensaient, la bosse ne stockerait pas d’eau mais de la graisse (tissu adipeux), néanmoins la métabolisation de cette graisse produit de l’eau dite « métabolique » (100g de graisse génèrent environ 110g d’eau). Leurs reins concentrent l’urine à l’extrême (elle prend la consistance d’un sirop) et leurs matières fécales sont si sèches qu’elles peuvent être brûlées immédiatement comme combustible, et de plus, ils réabsorbent l’humidité de leur propre respiration par leurs fosses nasales.
3) Les éléphants du désert : Contrairement au dromadaire, l’éléphant a une physiologie qui exige énormément d’eau (un adulte boit normalement 100 à 200 litres par jour à notre époque), cependant, les éléphants du désert se sont adaptés pour survivre jusqu’à 3 à 5 jours consécutifs sans boire sous un climat aride. Ils disposent de capacités impressionnantes également comme la Mémoire spatio-temporelle et cartographie de l’eau où leur survie ne repose pas sur une modification de leurs globules rouges, mais sur leur cerveau informatique naturel ; les matriarches mémorisent sur des centaines de kilomètres l’emplacement exact des tinass (puits naturels sablonneux) et des points d’eau temporaires. Eux-mêmes sont capables de creuser des puits naturels en utilisant leurs pattes antérieures et leur trompe, ils sont capables de creuser le lit des rivières asséchées jusqu’à 1 à 2 mètres de profondeur pour atteindre la nappe phréatique invisible, créant ainsi des points d’eau dont bénéficient ensuite les autres animaux. Grâce à leur gestion thermique, ils adaptent leur rythme en voyageant exclusivement de nuit pour éviter l’évaporation et la sudation excessive, et utilisent l’eau stockée dans une poche pharyngée spéciale située à la base de leur langue pour se rafraîchir en cas d’urgence.
Les plus anciennes inscriptions trouvées dans la région du Hijâz (et parfois non loin de La Mecque) datent du 1er siècle de l’Hégire (7e siècle de l’ère chrétienne), notamment des graffitis de dévotion en arabe coufique (par exemple, l’inscription célèbre de l’an 78 H mentionnant le Masjid al-Haram). Des chercheurs et des campagnes de prospection archéologique ont bel et bien documenté l’existence d’inscriptions épigraphiques préislamiques dans la région de La Mecque. Ces découvertes, notamment répertoriées par la Commission du patrimoine saoudien sur sa plateforme Saudipedia, attestent la présence de graffitis en écriture thamudique gravés sur les rochers de plusieurs oueds de la zone, comme le Wadi Al-Usaylah, des siècles avant l’avènement de l’islam. Comme l’explique le célèbre épigraphiste Ahmad Al-Jallad dans ses travaux, ces inscriptions préislamiques locales consistent presque exclusivement en des noms propres de personnes ou de courtes signatures de voyageurs. Les recherches archéologiques ont ainsi démontré que la province de la Mecque était déjà habitée par des sociétés humaines depuis la préhistoire, et que de très anciennes inscriptions islamiques, datant des débuts de l’islam, ont été recensées (4).
L’ensemble de ces éléments permet de prouver l’existence de la ville de la Mecque avant même l’apparition de l’Islam, puis concernant les débuts de l’Islam. Par ailleurs, l’absence totale de toute contestation de la part des populations chrétiennes, juives, zoroastriennes et idolâtres concernant l’existence de la Mecque est une preuve suffisante qui infirme la croyance des négationnistes à ce sujet, car dans les polémiques de l’époque, jamais cet argument n’a été utilisé durant les premiers siècles de l’islam, or c’était là un argument de taille s’il fallait critiquer les fondements de l’Islam, ou du moins de la Tradition musulmane.
La Mecque et les routes commerciales
Concernant les autres affirmations polémiques de la part de Patricia Crone (bien qu’elle soit revenue en partie là-dessus à partir des années 2000), elles ont été réfutées par d’autres chercheurs, qui eux connaissaient mieux les textes islamiques (que Crone ne maitrisait pas ou ne connaissait même pas pour la plupart d’entre eux), la géographie du Hijâz, l’histoire et l’archéologie. Par exemple l’historien écossais R.B. Serjeant, grand spécialiste des structures sociales et économiques arabes, fut l’un des plus virulents critiques de Crone, démontrant dans son étude Meccan Trade and the Rise of Islam: Misconceptions and Flaws (Journal of the American Oriental Society, Vol. 110, No. 3, 1990, pp. 472-486) qu’elle avait mal traduit ou mal interprété plusieurs termes techniques de l’arabe médiéval (notamment sur la nature des marchandises et le système d’Ilâf, les pactes de sécurité commerciale conclus par la tribu des Quraysh). Serjeant réaffirme la centralité de La Mecque comme un sanctuaire-entrepôt inviolable au carrefour des axes Yémen-Syrie.
L’économiste et chercheur américain Gene W. Heck a publié une contre-enquête majeure dans « Arabia Without Spices »: An Alternate Hypothesis (Journal of the American Oriental Society, Vol. 123, No. 3, 2003, pp. 547-576) et dans Charlemagne, Muhammad, and the Arab Roots of Capitalism (Walter de Gruyter, 2006) où il contredisait la thèse selon laquelle l’environnement stérile de La Mecque empêchait le commerce. En combinant les données historiques arabes et l’analyse des ressources de la région (mines d’or locales, cuirs, industries de transformation), il cartographia une véritable macro-économie de libre marché multi-directionnelle interconnectant La Mecque au reste de la péninsule et aux empires byzantin et sassanide.
Avant et après la thèse de Crone, les historiens W. Montgomery Watt et Fred Donner avaient montré, preuves à l’appui, l’existence du réseau caravanier mecquois. Fred Donner (de l’Université de Chicago) dans Mecca’s Food Supplies and Muhammad’s Boycott (Journal of the Economic and Social History of the Orient, 1977) et Muhammad and the Believers: At the Origins of Islam (Harvard University Press, 2010) a montré que si La Mecque n’était pas forcément le point central du grand commerce mondial des épices de luxe, elle était en revanche le pivot d’un réseau régional de caravanes indispensables, rendu viable par son statut de centre de pèlerinage préislamique où convergeaient les tribus nomades et sédentaires. Il confirma aussi les données et conclusions de l’historien Watt W. Montgomery dans Muhammad at Mecca (Oxford University Press, 1953).
L’historien britannique Robert G. Hoyland dans Arabia and the Arabs: From the Bronze Age to the Coming of Islam (Routledge, 2001) a contesté l’approche purement hypercritique de Crone en y intégrant les découvertes matérielles (archéologiques, historiques et épigraphiques), et dans ses synthèses sur l’Arabie préislamique, il démontre que La Mecque et Médine (Yathrib) s’inséraient parfaitement dans la géographie des oasis et des pistes caravanières d’Arabie occidentale (le Hijâz), et que le commerce caravanier de marchandises fondamentales (comme le cuir, les vêtements et les denrées alimentaires) y était florissant.
Ces différents chercheurs, ainsi que les nombreux autres que nous n’avons pas mentionné, ont montré que La Mecque gérait un commerce massif de produits de première nécessité, de bétail, de métaux précieux et de cuir qui transitait efficacement par les pistes intérieures reliant le Yémen, le Hijâz, l’Irak et la Syrie.
L’historien et islamologue William Montgomery Watt (1909 – 2006) dans son ouvrage Muhammad at Mecca (1953), soutient que La Mecque a profité des guerres entre Byzance et la Perse pour devenir une route de dérivation majeure du commerce internationale, même s’il faudrait plutôt parler de commerce régionale comme le fera plus tard l’historien Meir Jacob Kister (1914-2010), montrant l’importance des accords commerciaux (Ilaf) conclus par les Quraysh avec les tribus voisines, suggérant un commerce régional. Il réfutera d’ailleurs dans son Mecca and Tamim – Aspects of their relations (Revue Journal of the Economic and Social History of the Orient (JESHO), Vol. 8, No. 2, 1965, pp. 113-163) la thèse hypercritique développée par Patricia Crone (qui reviendra en partie sur ses anciennes positions). Le chercheur M. J. Kister qui était aussi professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem, développera tout cela dans l’ouvrage susmentionné ainsi que dans son article Some Reports Concerning Mecca (1972), en évoquant le système de l’Īlāf où il analyse les pactes de sécurité conclus par les ancêtres de Muhammad (Hashim ibn Abd Manaf) qui permettaient aux caravanes de traverser les territoires tribaux sans être attaquées. De même, l’importance du Sanctuaire (Haram) de la Mecque n’était pas à négliger car il explique que la richesse de la Mecque ne venait pas seulement du commerce de transit (épices), mais du statut sacré de la ville qui en faisait une zone neutre indispensable pour les foires commerciales annuelles comme celle d’Ukaz. Enfin, il décrit aussi comment les Quraysh ont transformé un sanctuaire local en une puissance diplomatique régionale avant l’arrivée de l’Islam.
L’historien chinois et chercheur Chou Yi-liang (1913-2001) – orthographié aussi Zhou Yiliang – qui était professeur à l’Université de Pékin et la grande référence dans ce domaine, dans son ouvrage Wei Jin Nan Bei Chao shi lun ji (en français Recueil d’essais sur l’histoire des dynasties Wei, Jin, du Sud et du Nord, publié en 1963 et réédité plusieurs fois par Peking University Press) a étudié les routes de la soie maritimes et terrestres. Lui et d’autres chercheurs chinois confirment que les produits chinois (la soie et la porcelaine notamment) arrivaient dans les ports du Yémen et d’Oman, puis remontaient par les caravanes terrestres passant par le Hijâz (et donc La Mecque) pour atteindre l’Empire Byzantin. Il signalait aussi la présence de soie chinoise en Syrie et en Égypte dès le 3e et 4e siècle, attestant de la vitalité de ces routes trans-arabiques avant l’Islam.
L’historien, islamologue et chercheur Francis Edward Peters (1927 – 2020), l’un des plus éminents chercheurs américains dans ce domaine, dans The Hajj: The Muslim Pilgrimage to Mecca and the Holy Places (1994), analysera la symbiose entre commerce et religion à la Mecque. Pour lui, La Mecque n’était pas seulement une étape, mais le point de convergence où les foires commerciales (comme Ukaz) coïncidaient avec les mois sacrés du pèlerinage, garantissant une trêve propice aux affaires. Dans cet ouvrage, il compile des sources grecques, latines et arabes pour reconstituer la topographie de la Mecque antique avant l’apparition de l’Islam Muhammadien, et il accorde une place assez importante aux récits des voyageurs (comme les chroniques byzantines). Il y affirme que le pèlerinage, même avant l’islam, était le moteur du commerce : les marchandises (cuir, métaux, parfums) circulaient parce que le pèlerinage garantissait la sécurité des marchands, faisant aussi de la Mecque une ville qui n’était pas totalement isolée du reste du monde, ce qui confirme les récits de la tradition musulmane. Dans son autre ouvrage Jerusalem and Mecca: The Typology of the Holy City in the Near East (1986), il compare le Haram de la Mecque au mont du Temple à Jérusalem, expliquant que la sacralité de la Mecque préislamique reposait sur une « économie de la trêve », la ville offrait alors un espace neutre pour le commerce car elle était protégée par des tabous religieux, tout comme Jérusalem l’était pour les tribus d’Israël.
L’historien, archéologue et chercheur Shutao Wang rattaché à l’Université de Bergen en Norvège dans The Origins of Islam in the Arabian Context (University of Bergen, 2016) confirme aussi l’existence de la Mecque er le développement commercial de la ville et de la région avant l’arrivée de l’Islam, disant que son statut commercial singulier était aussi lié à son statut religieux (la Mecque étant composée de plusieurs communautés idolâtres tandis que Yatrhib/Médine sera plutôt peuplée de communautés juives et chrétiennes). Il mentionnera aussi l’existence d’un courant monothéisme se voulant fidèle à la Tradition d’Ibrâhîm (Abraham) appelé la Hanifiyya (à ne pas confondre avec l’école juridique sunnite hanafiyya), et qui deviendront musulmans à l’arrivée du Prophète Muhammad, données qui rejoignent aussi la Tradition musulmane.
L’historien et chercheur Richard Bulliet (né en 1940) dira dans The Camel and the Wheel (1975) que l’essor de la Mecque était aussi lié à l’invention d’un nouveau type de selle de chameau (la selle rahala) par les tribus d’Arabie centrale, permettant de transporter des charges plus lourdes sur de longues distances à travers le désert, favorisant ainsi les routes terrestres mecquoises.
L’historien et islamologue Juan Cole (né en 1952) dans son ouvrage Muhammad: Prophet of Peace Amid the Clash of Empires (2018), il soutient aussi l’existence de la ville de la Mecque à la période pré-islamique, comme société commerçante intégrée au monde méditerranéen, et possédant une culture juridique et urbaine. Pour lui, l’absence de mentions explicites dans certaines archives byzantines (à noter que beaucoup d’archives ont été perdues ou n’ont pas encore été étudiées) s’explique par le fait que la Mecque était une puissance régionale informelle, gérée par des marchands et non par un roi, ce qui la rendait moins visible pour les chroniqueurs impériaux, mais capitale pour les marchands de cuir et de textiles. Cole explique que le caractère sacré de la Mecque (l’interdiction de couler le sang dans l’enceinte de la ville) servait de garantie diplomatique. Dans un monde déchiré par les conflits impériaux, la Mecque offrait un espace de négociation et de commerce « offshore », une sorte de « Genève du désert » où les partisans des 2 empires pouvaient se croiser sans s’entretuer, le Qur’ân évoquant aussi le conflit entre Byzance et la Perse sassanide.
L’archéologue Sterenn LE MAGUER-GILLON a consacré ses études au sujet de la route de l’encens conjointement à l’étude d’une géographie commerciale étendue. Elle rejette tout scepticisme sur la disparition du commerce de l’encens/commerce caravanier à l’aube de l’Islam : « Le commerce de l’encens en péninsule Arabique à la période antique a fait l’objet de nombreuses études historiques et archéologiques. L’objet de cette thèse est de comprendre ce commerce durant la période islamique et en quoi il diffère ou s’inscrit dans la continuité de l’Antiquité. Le cadre chronologique débute au IVe siècle et se termine avec le XVIe siècle. Le terme « encens » est pris dans son sens étymologique de « chose brûlée » désignant ainsi différentes substances et, plus largement, un usage. Dans le cadre de cette thèse, une recherche pluridisciplinaire a été réalisée : elle est basée sur la confrontation des données naturalistes et des sources archéologiques et textuelles. Premièrement, les textes anciens et médiévaux témoignent de l’usage de nombreuses substances, ce qui est confirmé par l’archéologie. En effet, des résidus d’encens provenant de contextes anciens et médiévaux ont pu être identifiés. En outre, l’étude des autels à encens préislamiques et des brûle-parfums islamiques atteste d’un usage de l’encens dans tous les niveaux de la société. Concernant la période islamique, les découvertes archéologiques de ces objets dans des contextes domestiques prouvent un usage généralement profane de l’encens, marquant ainsi une évolution par rapport à la période précédente. Enfin, les sources textuelles et archéologiques s’accordent sur la continuité du commerce malgré des évolutions, comme la progressive prédominance des relations entre l’Arabie et l’Extrême-Orient ».
Et la Mecque était intégrée dans les routes commerciales de l’Arabie, contrairement à une thèse orientaliste erronée à ce sujet.
L’archéologue Jérémie Schiettecatte conclut en disant : « (il est) absurde de considérer l’activité commerciale maritime sous le seul angle d’une alternative au commerce caravanier se mettant en place au tournant de l’ère chrétienne et se perpétuant de façon immuable jusqu’à la fin de la période préislamique ».
L’archéologue Christian Julien Robin montre qu’il y a une reprise du commerce caravanier à l’aube de l’Islam, pas de cessation : « Les vents ralentissant la remontée de la mer rouge à bateaux. Makka y joue un rôle entre l’Afrique, l’Inde à l’Arabie méridionale (au Levant). (…) le développement des réseaux économiques caravaniers dominés par les Quraysh de La Mecque qui se mettent en place dès le 6e siècle ».
Le Qur’ân évoque d’ailleurs l’expédition armée d’Abraha vers la Mecque, mais qui fut déroutée avant d’atteindre son objectif. La recherche archéologique a découvert l’inscription Murayghān I (Ryckmans 506) de 552 apr. J.-C., soit avant l’ère islamique, mentionnant cette expédition vers le Hijaz (où se trouvent à la fois la Mecque et Médine) comme l’a montré l’archéologue et expert Christian Julien Robin dans son article de 2012.
De même, François Déroche, éminent islamologue, codicologue et professeur au Collège de France (chaire Histoire du Coran. Texte et transmission), et même si certaines de ses affirmations ne sont pas toujours fondées, a montré dans ses ouvrages S’il ne s’attarde pas sur la géographie pure (contrairement à l’archéologue Christian Julien Robin), sa critique s’exprime dans ses ouvrages Le Coran, une histoire plurielle (2019) et La voix et le calame (2021) que les 2 principales thèses orientalistes du courant hypercritique sont fausses. Tout d’abord il réfute la croyance selon laquelle le Qur’ân et l’Islam califal s’étaient constitués tardivement (entre la fin du 8e et du 9e siècle), alors que par l’analyse des écritures anciennes (hijazi) et la datation par le carbone 14 de manuscrits très anciens (comme les fragments de Paris, de Birmingham ou de Tübingen), il est prouvé matériellement que le texte du Qur’ân s’est fixé dès le milieu du 7e siècle, soit du temps des contemporains du Prophète Muhammad. Cette preuve matérielle ruine l’hypothèse d’une invention théologique tardive hors de l’Arabie. Ensuite, la seconde thèse centrale de l’école hypercritique concerne la Mecque, qui n’existait pas ou qui n’avait aucune importance si jamais elle existait. Or, Déroche montre par l’analyse paléographique et codicologique que les textes les plus anciens partagent une uniformité linguistique et textuelle propre à la transmission issue du Hijâz (la région de La Mecque et Médine). Pour lui, la présence de particularités graphiques archaïques spécifiques à l’Arabie occidentale prouve l’ancrage géographique originel du texte, loin des grands centres scribaux syriaques ou mésopotamiens de l’époque.
Voici la conclusion du chercheur Belkacem Gouni sur la question de l’historicité de la Mecque avant l’apparition de l’Islam dans son article La Mecque avant l’Islam – Rapport des auteurs Grecs (2024) : « Depuis quelques décennies, on peut clairement distinguer une tendance parmi les études portant sur l’histoire de la Mecque. On considère par exemple que le Coran n’a pas été rédigé durant la période du 3ème calife Uthman, que le temple mecquois n’a pas une existence préislamique, que le pèlerinage est une fabrication du milieu du 7ème siècle, que la Mecque à l’aube de l’islam n’était pas à majorité païenne mais plutôt chrétienne (contrairement à l’avis des sources islamiques), que l’histoire rapportée dans le chapitre de l’éléphant (105) dans le Coran n’est qu’une légende…
Nous avons apporté notre regard contradictoire par rapport aux études actuelles qui remettent en cause l’historicité de cette cité emblématique, et nous avons proposé les éléments factuels historiques suivants :
Si nous devons suivre la démarche sur le plan étymologique telle que présentée par
le courant hypercritique, nous allons tout simplement à l’instar de Macoraba, rejeter
de nombreuses villes dont certaines citées par Ptolémée dans Phoenix Arabia. Il s’agit par exemple de : (Dumatha, Egra, Carna, Sobota, Thomna, Khatramōtis, Lathrippa, L’île de Socotora, Ocelis, Ausara, Leukè Kômè, Dédân…). Pourtant aucun chercheur n’a remis en cause ces lieux mentionnés par Ptolémée.
Par ailleurs, on peut adopter le principe du géographe Pline qui se base sur l’ordre géographique de la description, et par l’argument toponymique. Donc selon ce principe ; on peut déduire que la Mecque reste la seule lecture plausible pour Macoraba.
En outre, de nombreux témoignages d’auteurs grecques, tous antérieurs à la naissance de l’Islam, qui précisent clairement que le temple Mecquois est un sanctuaire qui a existé bien avant notre millénaire et que tous les arabes le vénèrent et se dirigent vers ce haut lieu de pèlerinage durant les mois sacrés.
Selon le géographe (Agatharchides/Diodore), la distance des 500 stades (entre 79 à 90 km) depuis la côte de la mer rouge jusqu’à l’intérieur des terres ne correspond à aucune ville connue avant l’Islam et célèbre pour un haut lieu de pèlerinage et vénérée par tous les arabes à l’exception de la Mecque.
Malgré le peu de crédit accordé aux sources de la tradition musulmane par de nombreux chercheurs [NdE : du courant hypercritique seulement] aujourd’hui, on est étonné par la forte similitude entre les témoignages des auteurs grecques préislamiques et le récit de la tradition. Par conséquent les sources musulmanes sont solides, crédibles et bien fondées ».
Depuis les années 2010, les travaux de l’historienne, archéologue, épigraphiste et philologue franco-libanaise Laïla Nehmé ont démontré 3 choses fondamentales, qui réfutent à la fois les thèses révisionnistes ou hypercritiques et qui confirment le récit qur’ânique. Tout d’abord, les origines de l’Islam dans la région du Hijâz notamment par les inscriptions épigraphiques préislamiques, par l’écriture arabe liée à l’alphabet nabatéen tardif originaire de cette région et non pas de Syrie ou de Pétra (en actuelle Jordanie) et en attestant une culture scripturale mature juste avant la Révélation qurânique. Ensuite, ses travaux confirment également l’existence d’un paysage religieux (divers ; idolâtre, juif et chrétien notamment) et de pratiques rituelles nomades antérieures au 7e siècle dans le nord-ouest de l’Arabie, qui abritait un sanctuaire religieux comme tout cela est décrit dans le Qur’ân. Enfin, ses découvertes ont permis de cartographier les réseaux de routes caravanières et d’oasis reliant le sud et le nord de la péninsule.
Pour le premier point, l’ancrage historique de l’Islam au Hijâz a été établi dans le cadre de ses travaux d’épigraphie au sein de la Mission archéologique de Madâ’in Sâlih (l’antique Hégra), documentant le chaînon manquant de l’écriture. Elle prouva que l’alphabet arabe qurânique découle directement de l’alphabet nabatéen tardif utilisé dans la région, formalisé dans sa contribution : « The Religious Landscape of Northwest Arabia » (Semitica & Classica, 2020). De plus, la mise en place de la base de données DiCoNab répertorie les inscriptions paléo-arabe et nabatéo-arabes (3e-7e siècle).
Pour le second point, l’existence d’une culture religieuse préislamique dans la région, en étudiant la culture matérielle et les graffitis, elle a mis en lumière les pratiques rituelles et religieuses des nomades de l’Arabie préislamique. Ces éléments textuels et archéologiques sont synthétisés dans son étude The Religion and Rituals of the Nomads of Pre-Islamic Arabia (2025), qui atteste la présence de structures sédentaires et de sanctuaires locaux bien avant le 7e siècle.
Pour le troisième point, au sujet de l’existence des routes caravanières passant par La Mecque et Médine, cela a été établi à travers le projet d’exploration CaRowS (The Caravan Roads and Way Stations in North-West Arabia) lancé pour prospecter le réseau de pistes entre Hégra et Médine (l’ancienne Yathrib), et l’étude majeure The Darb al-Bakrah. A Caravan Route in North-West Arabia (2018). Il s’agit là de faits historiques et archéologiques qu’il n’est plus possible de nier, et qui ne dépendent nullement d’une quelconque interprétation et idéologie. Par conséquent, les personnes qui continuent de nier cela sont des négationnistes qui le sont soit par idéologie et croyance, soit par ignorance de l’état de la recherche historico-archéologique, mais dans tous les cas, on ne peut donc pas les prendre au sérieux.
Une autre réfutation de la thèse orientaliste voulant situer l’origine de l’Islam à Jérusalem ou à Pétra – au lieu de la Mecque -, est l’absence totale de témoignages contemporains (de l’époque) de la part des érudits chrétiens, juifs, zoroastriens ou idolâtres de l’époque, or il aurait suffi d’une preuve solide situant les origines de l’Islam en dehors du Hijâz pour détruire les fondations du Qur’ân et de l’Islam selon la perspective traditionnelle, ce qui n’est pas le cas. Aucun polémiste Juif ou Chrétien, hostile ou critique à l’islam, n’a évoqué une telle chose dans les premiers siècles de l’histoire islamique, ni n’ont remis en cause l’existence de la Mecque avant l’Islam alors qu’ils étaient contemporains de la communauté musulmane. Par contre, nous avons d’anciennes chroniques chrétiennes qui parlent de la Mecque, comme étant la ville sainte et importante des Arabes dans la péninsule arabique. En effet, parmi les anciennes mentions de la Mecque, comme étant une ville sainte au sein de la péninsule arabique, il y a celle de l’érudit arménien Anania de Shirak dans son Œuvre Ashkharhatsuyts (Աշխարհացոյց), souvent traduite par Géographie. Cette œuvre a été écrite vers l’an 650-660, soit bien avant la date tardive avancée par certains orientalistes. Il y dit : « …où se trouve la ville de Pharan, que je pense que les Arabes appellent la Mecque ».
Pour une approche complémentaire à la recherche historique et archéologique concernant la Mecque et la Ka’aba, on mentionnera l’ouvrage de l’historien et métaphysicien Martin Lings intitulé La Mecque : des origines à nos jours (éd. Tasnim, 2012, souvent publié avec des essais complémentaires, comme celui de Titus Burckhardt sur la symbolique de la Ka’aba) qui occupe une place très particulière car abordant aussi les dimensions spirituelles, symboliques et géographiques de la Ka’aba, qui sans nier son rôle marchand (mais qui n’était pas une ville-empire marchand) était avant tout un sanctuaire religieux (ce qui est aussi attesté par les preuves historiques et archéologiques).
Pour Lings, la Ka’aba n’est pas seulement un cube de pierre au milieu du désert ; c’est un « archétype », le centre spirituel du monde relié directement au monothéisme primordial d’Abraham et d’Ismaël : « Avec son talent de conteur et sa précision d’historien, Martin Lings nous livre ici une brève mais substantielle histoire de La Mecque et du sanctuaire de la Ka‘ba. Ce n’est pas un des moindres mérites de cet ouvrage que de donner au lecteur la possibilité de saisir les significations spirituelles des rites du pèlerinage musulman. Le sanctuaire de la Ka‘ba remonte aux sources du monothéisme puisque c’est Abraham et son fils Ismaël qui l’édifièrent. Ce sanctuaire est, encore aujourd’hui, le signe visible du rattachement direct de l’Islam au monothéisme abrahamique. Parmi tous les rites de l’islam, ceux du pèlerinage sont certainement ceux qui témoignent avec la plus grande éloquence du caractère primordial et universel de la dernière religion révélée ».

Pour les lecteurs désireux d’aller encore plus loin, nous mentionnerons parmi les historiens de l’Islam qui ont aussi eu une formation traditionnelle dans les sciences du Hadith, de la Sirah et du Qur’ân (en plus de leur formation d’historien), le Shaykh indien Shibli Nomani (1857 – 1914), le Dr. indo-pakistanais Muhammad Hamidullah (1908 – 2002), le Dr. turc Fuat Sezgin (1924 – 2018) le Dr. Muhammad Mustafa Al-A’zami indo-pakistanais (1930 – 2017), le Dr. pakistanais Dr. Zafar Ishaq Ansari (1932 – 2016), le Dr. irakien Akram Diya al-Umari (né en 1942), le Dr. Jonathan A.C. Brown (né en 1977), le Dr. irakien Bashar Awad Marouf (né en 1940), le Dr. jordanien Sharaf al-Qudah (né en 1954), le Dr. jordanien Humam Saïd, le Dr. turc Ismail Lütfi Çakan (né en 1945), le Dr. indonésien M. Quraish Shihab (né en 1944), le Dr. saoudien Hatem Al-Awni (né en 1966) et d’autres. Dans leurs travaux, ils ont montré les contradictions et les faiblesses des thèses orientalistes d’une part, et d’autre part, la solidité du corpus qurânique (y compris sa préservation primitive) ainsi que du Hadith (dans ses fondements) et le sunnisme primitif du point de vue historique, comme étant à la fois fondé et cohérent, contrairement à certaines de ses évolutions tardives (après le 8e siècle). Sur la Sirah, ils en reconnaissent les grandes lignes et un certain nombre de détails, tout en ayant rejeté les récits apocryphes ou douteux, que ce soit du point de vue qurânique, intellectuel/rationnel et historique par rapport à ce qui était bien établi à l’époque (autant de récits douteux ou apocryphes sur lesquels s’appuient les critiques orientalistes, islamophobes ou les groupes kharijites).
Pour les autres références, voir par exemple Sterenn LE MAGUER-GILLON, Le commerce de l’encens de la chute des royaumes sudarabiques à l’arrivée des Portugais dans l’océan Indien (IVe-XVIe siècles) : une étude pluridisciplinaire (2020) ; Jérémie Schiettecatte, Ports et commerce maritime dans l’Arabie préislamique (2008) ; Christian Julien Robin, La reprise du commerce caravanier transarabique à la fin de l’Antiquité, dans A Pioneer of Arabia, in Honor of Moawiyah Ibrahim, edd. Z. Kafafi & M. Maraqten (Rosapat, 10), Rome, 2014, pp.271-304 ; cf. aussi de Christian Julien Robin, « Abraha et la reconquête de l’Arabie déserte : un réexamen de l’inscription Ryckmans 506 = Murayghān 1 », dans Jérusalem Studies on Arabic and Islam, 39, 2012, pp. 1-93.
Notes :
(1) « The Biblical Theory of Epiphanius (Part 1) », 4 juillet 2026 : https://septuagintstudies.wordpress.com/2017/07/04/the-biblical-theory-of-epiphanius-part-1/
(2) « Jannatul Mualla Guide: History, Buried Companions & Visiting the Sacred Cemetery in Makkah », Al Maqam, consulté en septembre 2026 : https://almaqamtransport.com/jannatul-mualla/ ; « Jannatul Mualla – The Sacred Cemetery in Makkah You Should Know About », 23 avril 2026 : https://dreamziarah.com/blogs/jannatul-muualla ; « Saudi Arabia: artifacts found near Makkah cemetery date back to early Islamic era », Arab News, 29 décembre 2019 : https://www.arabnews.com/node/1605781/saudi-arabia ; https://www.arabnews.pk/node/1605016/saudi-arabia ; https://saudipedia.com/en/al-ma%E2%80%99alah-cemetery ; https://www.arabnews.com/node/1606076/amp.
(3) « The water of Hajj: A simple illustrated guide to Zamzam », Aljazeera, 4 juin 2025 : https://www.aljazeera.com/news/2025/6/4/the-water-of-hajj-a-simple-illustrated-guide-to-zamzam
(4) « Objets anciens de la province de La Mecque », Saudipedia, 9 février 2021 : https://saudipedia.com/fr/objets-anciens-de-la-province-de-la-mecque
Article mis à jour le 5 septembre 2026.
