Le scientifique Max Planck (m. 1947) – Les rapports entre la Science et la Religion et la question de Dieu

Max Karl Ernst Ludwig Planck (1858 – 1947), né le 23 avril 1858 à Kiel dans le duché de Schleswig et mort le 4 octobre 1947 à Göttingen en Allemagne. Il était un célèbre physicien et philosophe allemand, prix Nobel de physique en 1918 et l’un des fondateurs de la mécanique quantique, qui se décrivait comme un personnage profondément croyant, mais sa vision de la spiritualité et de Dieu était fondée avant tout sur une démarche rationnelle et scientifique, et n’était pas celle de la trinité chrétienne ni celle d’un Dieu anthropomorphe. Il voyait plutôt la religion et la science comme complémentaires, sans contradiction entre elles, les deux domaines nécessitaient selon lui de recourir en un principe supérieur ou une réalité transcendante afin de les appréhender de façon objective et d’en donner un caractère universel.

Sur le plan scientifique, ses contributions ont mené à des avancées significatives dans le domaine de la physique, comme par exemple la découverte des quanta où il démontre en 1900 que l’énergie s’émet en paquets discrets nommés « quanta ». On lui doit aussi la « Constante de Planck (\(h\)) » où il calcule la constante fondamentale qui définit l’échelle du monde subatomique. On peut citer également la loi du rayonnement grâce à sa résolution de la « catastrophe ultraviolette » en expliquant l’émission thermique des corps noirs. L’obtention de son Prix Nobel en 1918 est liée à ses découvertes sur la théorie des quanta. Il soutiendra également les scientifiques juifs d’Allemagne (sous la période du pouvoir nazi) et validera également la théorie de la relativité restreinte « formalisée » par Einstein (qui en réalité
s’appuyait sur les travaux et les fondements scientifiques développés par ses « prédécesseurs » comme Hendrik Lorentz et Henri Poincaré, Albert A. Michelson, Edward Morley, Joseph Larmor et James Clerk Maxwell).

Dans le domaine de la philosophie, il s’opposait à Ernst Mach en affirmant que la nature existe indépendamment de nos sens, débat opposant le courant du « réalisme » à celui du « positivisme ». Concernant le « déterminisme scientifique » il maintenait que la causalité stricte régit l’univers malgré le flou quantique apparent. Sur les rapports entre la Science et la Religion (ou la « Foi »), il théorisa la compatibilité fondamentale entre la démarche scientifique et la quête spirituelle et l’attitude religieuse, pour peu que l’on en respecte les méthodes et qu’on cultive l’humilité. Il était aussi un opposant du matérialisme philosophique, car il voyait – de par ses travaux scientifiques et ses réflexions philosophiques – l’esprit comme matrice de la matière ; c’est la matière qui découle d’une force consciente, influençant la philosophie de l’esprit, et non l’inverse.

Il s’opposait donc à la croyance réductionniste selon laquelle la matière est la seule réalité fondamentale de l’Univers, en s’appuyant notamment sur ses découvertes en physique quantique, développant une critique philosophique structurée autour de plusieurs points clés :

1. La matière n’existe pas en soi (dans l’absolu) : car pour Planck, l’étude de l’atome a révélé qu’il n’y a pas de « matière solide » ou inerte au fond de la réalité. Lors d’un célèbre discours à Florence en 1944, il résume sa pensée ainsi : « Toute la matière trouve son origine et existe uniquement en vertu d’une force […] Nous devons présumer, derrière cette force, l’existence d’un Esprit conscient et intelligent. Cet Esprit est la matrice de toute matière ».

2. Le primat de la conscience : le matérialisme classique affirme que la conscience est un simple produit accidentel de la matière (le cerveau). Planck inverse totalement cette croyance et perception, car c’est la conscience qui est fondamentale ; la matière est dérivée de la conscience, on ne peut donc pas postuler l’existence de la matière sans une conscience préalable pour la percevoir et la conceptualiser.

3. Les limites de la méthode scientifique : Planck reprochait au matérialisme de vouloir tout mesurer et tout réduire à des mécanismes observables. Selon lui, la science ne peut pas résoudre le mystère ultime de la nature, car nous faisons nous-mêmes partie du mystère que nous essayons de résoudre. Le matérialisme échoue donc à expliquer l’origine des valeurs, de la morale et de la conscience humaine. Et près d’un siècle plus tard, les plus éminents scientifiques et philosophes de l’esprit (cf. Sir Roger Penrose, Dominique Laplane, Mario Beauregard, Pim van Lommel, Amit Goswami, Bernardo Kastrup, Sir John Eccles, David Chalmers, Rupert Sheldrake, Mehdi Golshani, Inès Safi, Bruno Abdelhaqq Guiderdoni, Alper Evrensel, T.O. Shanavas, …) qui se sont penchés sur le sujet confirment cette vision, car de nombreuses expériences scientifiques montrent que la conscience perdure en dehors de l’inactivité cérébrale, et que les fondements ou l’essence de la conscience et de la morale ne sont pas « localisables » dans le cerveau ni quantifiables, échappant ainsi aux « objets matériels et physiques ».

4. Le combat contre le positivisme : Planck a mené une longue bataille philosophique contre Ernst Mach et les positivistes, une variante du matérialisme scientifique. Ces derniers affirmaient que la science devait uniquement décrire nos sensations et nos mesures, sans chercher de « réalité » cachée ou subtile. Planck, au contraire, défendait l’idée en l’existence d’un monde réel objectif et ordonné, créé par une intelligence supérieure, que le scientifique a pour devoir de découvrir.

Quelques citations (authentifiées) de son fait concernant Dieu, la science, la foi et le mystère de l’existence :

« Toute la matière naît et existe uniquement en vertu d’une force… Derrière cette force, nous devons supposer l’existence d’un Esprit conscient et intelligent. Cet Esprit est la matrice de toute matière » (1).

« La science ne peut résoudre le mystère ultime de la nature parce que, en fin de compte, nous-même sommes une partie du mystère que nous essayons de résoudre » (2).

« Rien ne nous empêche donc et notre instinct scientifique exige d’identifier l’ordre universel de la science et le Dieu de la religion. Pour le croyant, Dieu se trouve au début ; pour le physicien, Dieu se rencontre au terme de toute pensée » (3).

« Partout où nous portons nos regards, nous ne trouvons nulle part une contradiction entre religion et science de la nature » (4).

« Religion et science ne s’excluent nullement comme le pensent certains esprits superficiels » (5).

« Celui qui s’est sérieusement engagé dans une quelconque tâche scientifique sait qu’un jour, à la porte du temple de la science, est écrit le message : « Aie la foi ». C’est une qualité dont le scientifique ne peut se passer » (6).

« Nous devons admettre qu’un Esprit omniscient, embrassant le passé, le présent et l’avenir, régit les lois de la nature » (7).

« La divinité que l’homme primitif cherchait à s’allier par des sacrifices… s’élève, dans la religion pure, au rang de Principe d’Amour universel qui gouverne le monde » (8).

« Pour le croyant, Dieu est présent au commencement de toutes ses pensées ; pour le physicien, il est à la fin » (9).

« La foi est pour le chercheur une force motrice indispensable ; il ne peut se passer de la confiance en la réalité d’un ordre du monde qu’il s’efforce de déchiffrer » (10).

« Même la science la plus pure ne peut avancer sans une certaine dose d’imagination et de foi en l’inconnaissable » (11).

« La science ne peut jamais remplacer la religion, car l’homme a besoin d’une boussole morale pour agir, et pas seulement de connaissances pour comprendre » (12).

« L’esprit humain ne sera jamais capable de saisir la totalité des secrets de la nature, car chaque mystère résolu en ouvre dix autres » (13).

Notes :

(1) Sa conférence intitulée Das Wesen der Materie (La Nature de la matière), prononcée par Max Planck à Florence (Italie) en 1944.

(2) Dans son ouvrage Where Is Science Going? (Où va la science ?), paru en 1932, p. 217.

(3) Dans sa conférence célèbre intitulée Religion und Naturwissenschaft (Religion et sciences de la nature), prononcée par Max Planck en mai 1937 à la Baltischen Gesellschaft de Riga elle a été publiée plus tard sous forme d’essai.

(4) ibid.  

(5) Ibid.

(6) Dans son ouvrage Where Is Science Going?, 1932, Chapitre 6.

(7) Dans son ouvrage Philosophie der Physik, 1936.

(8) Dans sa Conférence Religion und Naturwissenschaft de 1937.

(9) Ibid.  

(10) Ibid.  

(11) Dans ses Écrits autobiographiques, 1948.  

(12) Dans son discours devant la Société Kaiser-Wilhelm en 1930.

(13) Dans sa conférence sur la nature du libre arbitre intitulée en allemand Vom Wesen der Willensfreiheit, donnée le 27 novembre 1936 à Leipzig, devant la section locale de la Société allemande de philosophie (Deutsche Philosophische Gesellschaft).


Be the first to comment “Le scientifique Max Planck (m. 1947) – Les rapports entre la Science et la Religion et la question de Dieu”